‹ Monographie des irritations intermittentes ou traité théorique et pratique des maladies périodiques ... et ... de tout ce qui offre de l'intermittence ou de la périodicité en pathologieChapitre 4 sur 79 · I.lRlTATtOJ«S INTERMIITENTPS · texte numérisé non relu

I.lRlTATtOJ«S INTERMIITENTPS

OU inflammatoire n’ôte rien au caractère intermittent de ces maladies ; il suffit, pour rétablir, que chaque lésion locale disparaisse, en tout ou en grande partie pendant un certain temps, et quelle revienne ou se renouvelle à des époques régulières.

Les quatre espèces d’irritations intermittentes, inflammatoire, hémorrhagique , sulinp,ammaloire nerveuse , peuvent se manifester à l’extérieur et à l’iniérieur chez les indiNidus de

tous les âges , de tous les sexes, de toutes les constitutions. On les observe dans tous les lieux , dans toutes les saisons ; mais certains lieux, certaines saisons sont plus favorables à leur développement. 11 y en a qui sont endémiques , comme la plupart des irritations siibinflammatoires, et des congestions sanguines périodiques des organes digestifs. Ces dernières sont aussi quelquefois épidémiques. Pour les unes comme pour les autres de ces irritations, il n’y a pas de faits bien positifs qui prouvent qu’ elles puissent être contagieuses.

Les affections périodiques, soit internes, soit externes, surviennent de préférence et se rencontrent bien plus souvent dans les organes dont les fonctions présentent des interruptions régulières ou une intermittence plus ou moins sensible dans l’état do santé; aussi les organes digestifs, qui entrent en action chaque jour à peu près aux memes heures, dont les fonctions sont soiunises à une alternative Lden marquée de repos et d’action, présentent-ils beaucoup plus souvent que tous les autres viscères un type périodique dans leurs maladies. Les irritations inlermiiientes attaquent assez souvent parla même raison les annexes du canal digestif. Il en est de même de la plupart des orgarics chargés des fonctions de relations; et tout comme , dans l’ordre physiologique, ces organes ont besoin d’un certain relâchement d’action ou d’un véritable repos pour réparer leurs forces avant d’entrer de nouveau et avec succès en activité ; de même, dans leurs maladies, ils présentent des rémissions et des intermissions plus ou moins sensibles ; tels sont, en particulier, le cerveau et ses membranes, puis les organes des sens, surtout les yeux, le nez, les oreilles, la peau; enfin les muscles, le système fibroséreux des articulations, etc.

EN GÉNÉRAL

Les irritations intermittentes des [viscères sont en .général beaucoup plus fréquentes que celles qui se développent à l’extérieur du corps. Toutefois , les intermittentes nerveuses et hémorrhagiques ne sont guère plus nombreuses à l’intérieur qu’à l’extérieur; mais les congestions sanguines, les irritations inflammatoires périodiques des viscères , particulièrement des organea digestifs , sont incomparablement plus fréquentes que les phlegmasies intermittentes externes ; elles sont peut-être , à elles seules , plus nombreuses que toutes les autres affections intermittentes réunies. Elles constituent, comme nous le verrons, un grand nombre de fièvres intermittentes dites pernicieuses, et la grande majorité des fièvres intermittentes et rémittentes ordinaires.

Toute irritation intermittente, quelle que soit sa nature, nerveuse , inflammatoire, hémorrhagique et siibinflammatoire , quel que soit son siège dans les viscères et même à l’extérieur du; corps, peut exercer une influence sympathique assez marquée, sur l’estomac, le cœur, le cerveau , etc , pour qu’il en résulte des phénomènes généraux, tels que le frisson, la céphalalgie, des courbatures, un sentiment de faiblesse et de lassitude, le dégoût , les envies de vomir ; puis la soif , la chaleur et les sueurs. Ces phénomènes conséciuifs sont d’autant plus sensibles que l’irritation locale se développe plus brusqiiem ntet avec un plus vif degré d’intensité. ïl est encore d’observation à cet égard, que les irritations hémorihagiques et nerveuses provoquent très rarement les symptômes généraux et fébriles dont nous venons de parler ; tandis que les irritations périodiques subinfiammatoires les développent assez souvent , et les intermittentes inflammatoires presque toujours , surtout les congestions sanguines et périodiques de la muqueuse digestive. Dans ce dernier cas , le frisson fébrile est presque toujours assez marqué ; il dure ou se prolonge jusqu’à ce cpie l’irritation soit arrivée à son plus haut degré ; alors le frisson fait place à la chaleur ; puis à celle-ci succèdent la moiteur et les sueurs.

La moiteur , les sueurs et autres mouvements fluxionnaires

critiques , comme certaines éruptions ou efflorescences cutanées, Ja sécrétion abondante d’urines briquetées , etc. , annoncent presque toujours que l’irritation a disparu en tout ou en grande partie. En effet, cette disparition est d’autant plus complète et plus assurée, que les phénomènes de réaction critique ou de dérivation supplémentaire ont été plus considérables; et ces phénomènes critiques sont en général d’autant plus marqués que les malades sont plus jeunes, d’une constitution plus forte, et que l’organe principalement affecté joue un plus grand rôle dans l’économie ; parce que la nature semble réagir en proportion des forces dont elle peut disposer , puis en raison de la gravité du mal et de la nécessité qu’il y a pour elle de conserver l’organe malade.

Une irritation, quels que soient son siège et sa nature, quand elle débute par le frisson , la céphalalgie , les bâillements , les pandiculations , le dégoût, les envies de vomir , quelques douleurs dans les régions épigastrique , lombaire , dorsale , articulaires des membres, etc., a presque toujours une grande tendance à se répéter et à présenter le type intermittent ; elle a également une grande disposition à se fixer sur la muqueuse digestive, quand ce n’est pas cette membrane qui est affectée primitivement. Dans tous les cas , le développement et l’intensité des phénomènes sympathiques ou fébriles sont presque toujours subordonnés à l’intensité de la lésion locale, à la constitution et à l’irritabilité des malades , et surtout à l’importance plus ou moins grande de l’organe ou des organes primitivement et principalement affectés : ainsi , relativement cà la constitution individuelle et à l’intensité de la lésion locale, une irritation intermittente quelconque, quand elle attaque une personne jeune très irritable, et quand elle est portée à un très haut degré , peut développer les phénomènes généraux et fébriles les plus remarquables; elle peut causer sympathiquement toute espèce de désordres dans l’économie, comme le prouvent les phénomènes tétaniques et convulsifs qui sont la suite d’une simple piqûre ou d’un léger refroidissement. Quant au rôle que jouent les organes malades , il est bien évident qu’une irritation périodique, siégeant dans le poumon, sur l’estomac, dans le cerveau, etc., développera , toutes choses égales d’ailleurs , des phénomènes gé-

EN GENERAL

néraux ou des influences sympathiques bien plus marquées et bien plus graves , qu’une affection semblable , développée sur la conjonctive, dans un muscle, une articulation, etc. -

Dans une maladie intermittente quelconque , les symptômes locaux et parfois les phénomènes généraux ou fébriles qui constituent chaque accès, peuvent se prolonger assez long-temps, ou se développer de nouveau et successivement à des époques assez rapprochées , pour que l’intermittence de l’irritation soit à peine sensible , pour que ses accès anticipent en quelque sorte les uns sur les autres ; on l’appelle alors subintrante. Quand ces phénomènes ne disparaissent jamais entièrement, et quand l’irritation né diffère d’une affection continue ordinaire que par des rémissions et des redoublements périodiques , alors elle prend le nom de rémittente. Ce dernier type, comme nous le verrons, forme une espèce de transition du type intermittent au type continu ; il sert d’intermédiaire entre l’un et l’autre de ces types ; il semble fait pour unir ou rapprocher entre elles toutes les affectiems périodiques et continues, et pour prouver que le type , dans les maladies en général , n’est qu’une chose tout-à fait accessoire et qui ne change en rien leur nature.

Toute irritation périodique, quelle que soit sa nature nerveuse, inflammatoire , hémorrhagique et subinflammatoire , peut se présenter sous tous les types d’intermittence possibles, depuis le type quotidien, tierce, double tierce, quarte, quintane, sextane, hebdomadaire, octane, nonane , décimane, duodécimane , quindécimane, jusqu’au type mensuel, sextimensuel et annuel. Elle peut encore offrir des types dont l’intermittence est plus courte que dans le type quotidien , et se répéter régulièrement deux ou trois fois par jour par exemple ; on peut indiquer ces types par les mots biquotidien , triquotidien , multiquotidien , etc.

Les irritations intermittentes ne présentent pas , aussi souvent les unes que les autres , chacun des différents types d’intermittence dont nous venons de parler. Il y a quelques uns de ces types qui paraissent mieux convenir à la nature de telle ou telle

IRRITATIONS INTERMITTEN 1 ES

espèce d’irritation en particulier : ainsi les phlegmasies intermittentes choisissent de préférence les types rémittent et intermittent quotidien , tierce ou quarte. Les irritations nerveuses semblent préférer les types dont les accès sont le plus rapprochés, comme les quotidien, double tierce, biquotidien et multiquotidien. Les affections subinflammatoires , au contraire , adoptent de préférence les types septénaire, octane, quindécimane , et surtout mensuel. Les irritations hémorrhagiques semblent offrir les deux extrêmes de longue et de courte durée dans leurs intermissions : en effet, tantôt elles présentent les types familiers aux affections nerveuses , tantôt ceux qu’adoptent le plus souvent les subinfîammations ; et, parmi ces derniers types, celui qu’elles choisissent de préférence, c’est le ty[)e mensuel qui déjà leur appartient dans l’ordre physiologique.

Toutes les maladies périodiques peuvent passer d’un type d’intermittence à un autre ; elles peuvent en présenter successivement plusieurs différents avant de revenir à leur type primitif. Ainsi , de quotidiennes on les voit devenir double-tierces, tierces, quartes, quintanes, puis reprendre le type quotidien; elles peuvent aussi devenir rémittentes, puis passer à la continuité ; de celle-ci , elles remontent quelquefois au type rémittent et intermittent, en présentant toujours les mêmes symptômes caractéristiques. Elles peuvent encore , quel que soit leur type , alterner entre elles , se succéder réciproquement, surtout quand elles sont de même nature ; il n’est pas rare cependant que l’irritation sécrétoire succède à l’irritation sanguine, ou qu’une irritation d’abord très prédominante dans le système capillaire rouge ne le devienne à son tour dans le système nerveux, et plus souvent dans le système sécréteur, folliculeux ou lymphaticoglandulaire. Cette transition, qu’on exprime quelquefois en disant que l’irritation passe à l’état chronique, peut devenir avantageuse à la guérison des malades; mais, pour que cetheureux résultat ait lieu, il faut que des voies naturelles soient ouvertes aux produits de l’irritation sécrétoire, et que l’abondance de cette sécrétion ou exhalation soit telle, qu’en dégorgeant les tissus affectés , elle dissipe rapidement la congestion locale primitive ; c’est ce qui arrive quand une irritation intermittente fébrile fait crise , comme on dit, par une diarrhée , par des sueurs

EN GÉNÉRAL

très abondantes ou par une sécrétion considérable d’urines briquetées.

XLYIII. î

Les irritations intermittentes peuvent se compliquer entre elles ou avec des affections continues ; elles peuvent exister plusieurs en meme temps chez le même individu, non seulement quand elles sont de même nature , mais encore lorsqu’elles présentent un nature différente. Elles peuvent se développer ensemble ou successivement dans plusieurs tissus divers. Elles peuvent passer du côté droit au côté gauche, et vice versâ, en se comportant do l’un et de l’autre côté absolument de la même manière. Elles peuvent aussi se compliquer entre elles , se combiner en quelque sorte dans les mêmes organes, à cause de la structure complexe, de la réunion, de l’entrelacement des tissus différents qui entrent dans la composition de ces organes : ainsi il n’est pas rare qu’aux affections intermittentes nerveuse et lymphatique s’ajoute une irritation inflammatoire , ou que la surexcitation , d’abord limitée à des filets nerveux ou portée spécialement sur des vaisseaux blancs, ne soit transmise au système capillaire sanguin, de manière à provoquer des symptômes inhammatoires plus ou moins sensibles.

Les causes des maladies périodiques sont, en général, à peu près les mêmes que celles des affections continues ; pour les unes comm-e pour les autres, il ne nous est guère permis de découvrir que les causes prédisposantes et occasionnelles. Quanta la cause première ou prochaine , nous ne la connaissons point. Une cause, sans être continue, produit un effet continu j tout comme une cause, sans être intermittente, peut produire uii effet intermittent. Il n’est pas exact de dire qu'une in itation intermittente soit toujours l’effet d’une cause intermittente (1). Les faits prouvent, au contraire , qu’une irritation ayant lieu, nous ignorons le plus souvent pourquoi elle prend plutôt le type

(1) Celte proposition trop générale de M. Roche ne nous empêche point d’apprécier les réflexions très judicieuses qu’il émet sur le dévelop|iernent des fièvres intermittentes occasionnées parles efflnves marécagenx ; il est certainement le premier qui ait envisagé celte questio 1 sous son véritable aspect, comme nous le verrons dans Thistoire des fièvres intermittentes, 1. 11.

intermittent que le type continu; pourquoi elle revient plutôt tous les jours que tous les deux jours ; plutôt tous les trois jours que tous les cinq jours; plutôt tous les huit, douze, quinze jours que tous les mois , tous les six mois , tous les ans. Tout ce qu’on sait de particulier et de positif sur les causes prédisposantes et occasionnelles des maladies périodiques , c’est que l’intermittence des fonctions ou les alternatives ré{;ulières de repos et d’action d’un grand nombre d’organes , les disposent à offrir le type interntittent dans leurs maladies ; c’est que certaines variations périodiques de température provoquent très souvent des affections fébriles intermittentes; c’est qu’il y a des irritations qui semblent dcN oir leur périodicité à leur nature ellemême ou à la manière dont se passent les phénomènes organiques qui les constituent; telles sont les irritations hémorrha' .giques et certaines irritations sécrétoires. Nous verrons que, par le fait même de l’écoulement du sang ou d’une matière séroalbumineuse, les irritations dont il s’agit s’épuisent ou s’éteignent elles-mêmes, jusqu’à ce qu’un nouvel afflux vienne , à des intervalles plus ou moins rapprochés, rappeler les phénomènes locaux de surexcitation et d’écoulement rouge ou blanc, qui caractérisent des accès hémorrhagiques ou subindammatoires. Il y a ensuite beaucoup de causes occasionnelles qui sont communes aux affections continues et aux affections intermittentes. Mais, dans tout cela, il faut bien l’avouer, il n’y a rien qui explique d’une manière tout-à-fait satisfaisante l’intermittence des maladies , parce que la périodicité des fonctions organiques et le mode d’action intermittent de certaines causes, sont communs à beaucoup d’individus qui ne contractent jamais que des maladies continues ; parce qu’il a des organes dont les fonctions ne présentent point d’intermissions, et qui pourtant sont susceptibles de s’affecter périodiquement, comme les poumons et le cœur, par exemple. Il faut donc admettre, chez les individus qui présentent souvent des maladies intermittentes ou périodiques , une disposition particulière, une aptitude à ce genre de maladies , disposition ou aptitude qui rentrent dans ces secrets d’organisation qui ne sont que trop fréquents pour notre faible in tell igence.

Quoique les irritations intermittentes qui résident dans les vis-

EN GÉNÉRAL

cères aient une prédilection bien marquée pour les organes encéphaliques et digestifs, nous ne pensons point avec Hoffmann, Ludwig, P. Frank, et plusieurs écrivains modernes, qu’il faille constamment en placer le siège dans le système nerveux et en particulier dans la moelle épinière! Nous ne partageons pas davantage l’opinion exclusive de Casimir Médicus, de Stoll , de M. Bailly, qui consiste à placer dans les premières voies la cause primitive de toutes les maladies périodiques! Mais ce qu’on peut admettre comme un fait certain et indubitable, c’est que la muqueuse digestive souffre presque toujours sympathiquement dans toutes les affections intermittentes, quel que soit l’organe primitivement et principalement irrité. Nul doute aussi que le siège primitif et principal de ces maladies ne réside très souvent dans les organes digestifs, et que de leur lésion ne partent des influences sympathiques vers les principaux viscères, et vers im point quelconque de l’organisme, suivant l’aciion des causes, la disposition générale des individus, et suivant la disposition spéciale de telle partie ou de tel tissu à s’affecter périodiquement ou à prendre part à l’irritation gastro-entérique.

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