III. F ièvre intermittente pernicieuse rhumatismale
Trouvera-t-on bien fondée cette nouvelle espèce de fièvre intermittente pernicieuse , quand on saura que , pour l’établir, on s’est contenté de puiser dans Morton un seul exemple de rhumatisme intermittent, sans fièvre, comme sans danger? Afin qu’on puisse apprécier cet exemple (unique fondement d’une fièvre pernicieuse essentielle), nous l’avons rapporté sous le n» 55. N’estil pas évident qu’ici l’on rend pernicieux et essentiel un symptôme qui n’existe point? Marchant sur ces traces et se croyant autori-
(1) Traité des fièvres, p. 402.
sés à établir des fièvres intermittentes pernicieuses sur les mêmes bases , nous avons vu que d’autres médecins avaient aussi créé des fièvres pernicieuses odontalgique , ophthahnique , otalgique, paralytique! comme on le voit sous les 28, 124^,.
137 371 et dans le mémoire cité de M. Colombot ; mais, au moins, dans ces cas, les affections intermittentes externes étaient assez intenses pour provoquer des symptômes généraux, fébriles et gastriques.
ly .^Fièvre intermittente pernicieuse dyspnéique.
C’est Galeazzi qui , le premier , a établi l’espèce de fièvre pernicieuse dont il s’agit , sous le nom de pernicieuse asthmatique ; il s’est fondé sur deux observations qui lui sont propres, et qu’on peut voir sous les n°® 185 et 186. Il suffit de lire ces observations pour se convaincre qu’elles présentent de véritables catarrhes intermittents, accompagnés de toux , de fièvre , de difficulté de respirer , etc. Le professeur Alibert dit , en parlant de Galeazzi 5 c< qu’il a cherché à établir sur deux observations sa fièvre pernicieuse asthmatique , » et lui-même , pour admettre une espèce de fièvre pernicieuse analogue, se contenta d’abord de rapporter les deux observations du médecin italien, et de changer la dénomination 6! asthmatique en celle de dyspnéique. Plus tard, notre professeur ajouta deux autres observations à celles de Galeazzi pour appuyer sa prétendue fièvre pernicieuse dyspnéique mais il n’a pas été très heureux dans le choix de ces observations, comme nous allons le voir : dans l’une, qui appartient à M. Boulîon , il s’agit d’un homme atteint de fièvre intermittente ordinaire dont il avait eu cinq accès , lorsqu’il se refroidit en s’exposant à la pluie; dès lors il ressentit durant les accès, de la difficulté de respirer, un étouffement extrême, et même'une douleur obtuse au côté gauche de la poitrine {ce qui servit à caractériser une fièvre intermittente pernicieuse dyspnéique , on aurait pu dire avec plus de raison pleurétique) ; après le deuxième accès , à dater de l’imprudence dont il s’agit , on administra le quinquina , il ne survint pas d’autres accès ; mais la toux et Voppression persistèrent ; les fonctions digestives ne se rétablirent point, \n fièvre adynamique survint, et, malgré les boissons vineuses , emporta le malade. Cette observation est vraiment admirable, puisqu’elle nous offre successivement chez le même individu trois fièvres essentielles différentes , savoir ; une fièvre
liiiLEXIO-NS El CONCLUSIONS. 685
Ultermiuente ordinaire qui présente cinq accès , une fièvre pernicieuse dÿspneique qui en a deux , et enfin une fièvre conlinue adynamique qui termine la scène ! On dit bien que les fonctions respiratoires et digestives ne se rétablirent point; Biais ce n’est pas leur trouble qui causa la mort , c’est la fièvre adynamique I
L’autre observation, sur laquelle M. Alibert appuie sa fièvre pernicieuse dyspnéique, est de Barthez (f). Il s’agit d’une affection rhumatismale qui s’est portée de l’extérieur à l’intérieur de la poitrine.etqui détermine une suffocation et des douleurs’ extrêmes dans cette cavité ; ces accidents reviennent en type tierce ; le malade meurt durant le quatrièmeaccès. Peut-on, dansce cas,'méconnaitre la nature de l’affection intermittente quis’est fixée sur le poumon, puisque Barthez nous apprend qu’il s’agit d’un rhumatisme?
Peut-on torturer ce fait au point d’y voir une fièvre pernicieuse essentml e dyspnéique , lorsque Barthez ne dit point qu’il y eut evre î II est probable que l’affection du poumon ne fit pas périr le malade sans exercer des influences sympathiques sur le cœur, le cerveau et l’estomac , puisque c’est toujours par la souffrance idiopathique ou sympathique des principaux viscères que la mort ^rive ; mais enfin le professeur de Montpellier ne dit rien qui fasse présumer qu’il ait reconnu dans ce fait une fièvre essentielle quelconque. Voilà pourtant sur quels faits on s’est fondé pour établir , ou mieux pour créer une nouvelle espèce de fièvre pernicieuse intermittente essentielle ! Nous ne sommes pas surpris si un grand partisan de fievres essentielles ne trouve pas les observations dont il s’agit assez concluantes (2) pour établir une espèce de fièvre pernicieuse essentielle.