‹ Monographie des irritations intermittentes ou traité théorique et pratique des maladies périodiques ... et ... de tout ce qui offre de l'intermittence ou de la périodicité en pathologieChapitre 47 sur 79 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Ce chapitre se composera P d’un choix d’observations ou d’histoires particulières de fièvres rémittentes et intermittentes ; 2» de l’analyse de ces faits et de réflexions théoriques et pratiques touchant les causes reconnues , les symptômes observés , et le mode de traitement suivi dans les faits dont il s’agit.

ARTICLE PREMIER

CHOIX d’observations ou D’niSTOIRES PARTICULIÈRES.

Comme il n’y a pas de moyens plus faciles et plus sûrs à la fois d’éclairer un sujet donné que de le faire précéder par les principaux faits qui le concernent ; comme Técole des faits est à la fois la plus instructive et la plus convaincante , nous avons jugé convenable de rapporter ici bon nombre d’observations les plus importantes que nous ayons trouvées dans les annales delà science , en donnant la préférence à celles qui étaient suivies d’autopsies. Il était’ d’autant plus nécessaire, pour compléter l’histoire des fièvres intermittentes , de rapporter un certain nombre de faits, que nous avions suivi la même marche pour les autres irritations intermittentes internes et externes dont nous avions déjà tracé l’histoire; d’ailleurs, sans cette exposition de faits particuliers , notre description des causes et des symptômes relative aux fièvres dont il s’agit, aurait pu paraître arbitraire, ou bien n’être qu’une répétition fastidieuse de tous ces groupes de symptômes qu’on trouve entassés, classés, ou symétriquement arrangés dans certains cadres nosologiques , ou dans ces tableaux pyrétologiques , présentés et décrits sous les noms de

OBSERVATIONS OU HISTOIRES PARTICULIERES. yl

fièvres simples , de fièvres nerveuse, inflammatoire, hilieuse, muqueuse, adynamique, ataxique, etc.; groupes de symptômes et tableaux particuliers qui n’ont qu’un seul défaut , celui d’être si peu dans la nature , qu’il n’est pas donné à un praticien d’en rencontrer un seul parfaitement semblable à ceux qu’on nous donne pour modèles.

' Sans adopter aucun ordre particulier semblable à celui des auteurs qui commencent régulièrement par la fièvre intermittente inflammatoire , et finissent par la fièvre ataxique ou nerveuse , nous n’avons eu qu un seul but, celui de présenter des faits plus ou moins différents dans leurs nuances de formes et de couleurs , de manière à faire passer sous les yeux du lecteur un panorama de fièvres rémittentes et intermittentes , très varié comme celui de la nature, sans avoir la prétention d’en approcher pour la nuance et la variété des couleurs, qui, dans ses tableaux , se multiplient à l'infini suivant une multiiude de circonstances relatives aux constitutions atmosphériques , à la nature des causes, et aux idiosyncrasies individuelles. Cela est si vrai, qu’on voit, sous l’influence des mêmes causes générales, un malade contracter une fièvre intermittente bilieuse , un autre l’intermittente inflammatoire; celui-ci une fièvre muqueuse, celui-là une intermittente ataxique ou nerveuse, tandis qu’un cinquième , un sixième , malade présenteront des nuances fébriles, adynamiques , putrides et typhoïdes.

Fièvre gastrique à différents types, continu, quotidien, tierce^ etc.

No 417. Vaillant, jeune militaire du 3e régiment de chasseurs, languissait à l’hôpital, affecté d'une intermittente gastrique, tantôt tierce, tantôt quotidienne, qui souvent avait dégénéré en continue et qui durait depuis dixhuit moi s. Le cas était très difficile, l’épigastre fort douloureux, la langue d’un rouge vif surses bords et sa pointe, l’altération et l’anorexie bien prononcées. Lorsqueje repris mon service , il y avait chez lui , à dater d’une dernière dose de quinquina, une fièvre continue avec dureté du pouls, chaleur mordicante, insomnie, agitation, urines rouges et rares, tiraillement de la face, coloration des pommettes, etc. Quinze sangsues à l’épigastre, petit-lait, solution de gomme acidulée pour boisson. Diminution dessymptômes ; seconde application de sangsues, chute de la fièvre. Le malade se trouve promptement assez bien pour prendre un peu d’aliment ; mais tout-à-coup, après un très petit écart de régime, tremblement et frisson violent, début d'un nouvel accès de fièvre tierce. Les symptômes les plus saillants d’une phlegmasie gastrique se prononcent rapidement. Langue extrêmement sèche et fendillée. Troisième application de sangsues, eau de veau légère etémulsionnée,pointde bouillon. Trois accès se succèdent, la contre-indication du quinquina pris par la méthode ordinaire, demeure évidente. N’attendant aucun effet favorable des révulsions externes, je me détermine à l’essayer en lavement. Deux onces, par-

tagées en cinq doses égales, étendues chaque fois dans quatre onces de décoction, sont injectées dans le rectum, le jour de l'apyrexie et toutes les trois heures. Il n’y eut pas d’accès le lendemain matin. Tisane et bouillons. Le rétablissement marche à grands pas, la langue pâlit et s’humecte ; une petite toux qui ne dépend que de l’affection sympathique de la muqueuse pulmonaire, s’évanouit aussi ; les fonctions digestives se font sans peine; lorsqu’une nouvelle excitation de l’estomac vient encore opérer le retour de la fièvre tierce et de tous les symptômes d’une gastrite violente. Le malade ayant repris des couleurs et de l’embonpoint, j’insiste sur les évacuations sanguines locales, la diète et les boissons délayantes. La longueur des accès diminue, mais ils reparaissent opiniâtrement à la même heure ; circonstance qui annonce une terminaison difficile. Réitération du procédé qui avait déjà si bien réussi ; même succès. Une troisième rechute, due encore à de semblables causes, suscita plus lard de nouveaux accès, accompagnés des mêmes phénomènes, et qui cédèrent au même moyen. (Chauffard, Traité sur les fièvres essentielles, 1825.)

Fièvre continue ataxique qui, en amendant, passe au hjpe ;

quotidien,

r^418. Luce, domestique, âgé de trente-quatre ans, grand et bien musclé, est amené à l’hôpital, le 8 août, au second degré d’une fièvre ataxique. Traitement antiphlogistique, large saignée à la malléole; amendement visible le lendemain matin. Seconde saignée, pédiluve simple, cataplasmes aux bras. Au troisième jour, la tête paraît entièrement débarrassée. Pâleur de la face, yeux languissants, langue humide et muqueuse, pouls assez plein, assez: ample, peu fréquent ; urines légèrement sédimenleuses, mais abondantes; déjections alvines liquides, bilieuses. Lavements, tisane de tamarin ; du reste môme moyen. Au septième jour, la fièvre passe du type continu au type intermittent. Le soir à huit heures, le malade se trouvant d’ailleurs très bien, frisson subit d’une heure de durée, chaleur sèche et sueur qui se prolonge dans la nuit. Apyrexie le malin ; appétit. Cicme de riz. A huit heures du soir, retour des mêmes symptômes; tête pesante et douloureuse pendant l’accès, langue sèche, épigastre sensible. Le matin, je trouve la pointe de la langue très brune, desséchée et tout le reste de sa surface humide etmuqueux. L’estomac me parait disposé à se phlogoser. Petit-lait, etc. Troisième accès. Quatre lavements avec l’alcool et la poudre de quinquina. Suppression de la fièvre intermittente. Continuation des boissons rafraîchissantes; convalescence. Sortie de l’hôpital le 26 du même mois. Ce malade eut une rechute, due à une alimentation peu soignée et à sa voracité, qui guérit facilement; la fièvre fut aussi d’abord continue, puis intermittente. ( Id. ibid.)

Fièvre gastrique continue qui passe au type intermittent.

No 419, Thomas Boyer, jardinier, âgé de soixante-sept ans, tousseetexpectore beaucoup dans le mois de juillet 1822. Il est pris au mois d’août d’une fièvre gastrique, dont il semble convalescent, lorsque le 22, à six heures du soir, se déclara un violent frisson avec froid glacial des extrémités, stupeur, léthargie, etc,, suivi d’une chaleur âcre et intense, et d’ua peu de sueur qui se manifesta dans la nuit du surlendemain. Administration d’une once de quinquina ; mais à quatre heures de l’après-midi, retour d’un deuxième accès, encore plus terrible que le précèdent. La stupeur ne fit que s’aggraver jusqu’au moment de la mort, arrivée le 26, à cinq heures du soir. Dans la matinée on lui avait fait prendre une once de quinquina. La langue était jaune et sèche, le ventre très météorisé.

Autopsie, — Altération profonde de la rate. Elle était si molle qu’elle se

réduisit 6n caillots de sang naal liés. Lavée, elle ne consista plus qu’en iinô espèce de réseau blanchâtre et inextricable. Injection [)rofonde du système capillaire de l’estomac; la membrane muqueuse était presque noire. Larges plaques de même couleur dans les intestins grêles, avec destruction partielle de la muqueuse en plusieurs points, mais encore sans élévation des bords, sans végétation du fond qui la rendissent apparente. Épanchement séreux dans les ventricules et à la base du crâne. Vieilles adhérences entre les plèvres pulmonaire et costale. {Id. ibid,)

Fièvre intermittente gastrique qui devient rémittente et continue.

No 420. Nicolas N***, âgé de trente-quatre ans, d’une faible constitution, avait souffert de temps à autre des indispositions provenant d’un dérangement des organes gastriques. Le 15 juillet 1818 , vers midi , quelque temps après avoir mangé, il ressentit des frissons avec des tremblements, suivis de chaleur et de sécheresse de la bouche, soif, abattement universel, et d’un certain assoupissement ; pendant la nuit sueur abondante. Le 16 au matin, il se sentit épuisé, quoiqu’il y eût rémission complète des symptômes. Vers les onze heures de la même matinée, il fut attaqué d’un nouvel accès plus violent que le précédent ; la chaleur était plus intense. Vers les trois heures après midi il entra à l’hôpitaldeLeucade. Voici les symptômesqu’il présenta: peau sèche, chaleur mordicante, plus intense à la région épigastrique qu’ailleurs, pouls fort et fréquent, donnant 122 pulsations par minute; bouche sèche, soif, langue rouge sur les bords principalement; légère douleur à l’abdomen, céphalalgie ; coma léger qui ne l’empêchait pas de répondre aux questions qu’on lui faisait ; urines rouges et très chargées ; respiration presque dans l’état ordinaire; sueur pendant la nuit. Le 17 au matin, rémission des symptômes; grand abattement dans les forces du malade. Il prend du[ quinquina qu’il vomit quelques instants après. A dix heures , nouvel accès plus intense encore que le précédent , offrant, après la période du frisson, un coma profond ; pupilles dilatées. Il répondait difficilement aux questions qu’on lui adressait; pupille gauche plus dilatée que la droite; soubresauts des tendons, décubitus sur le dos; les membres du côté gauche, lorsqu’on les soulevait, retombaient promptement ; ceux du côté droit n’offraient pas ce résultat. La différence de sensibilité était peu marquée ; mais dans l’un eÉ l’autre elle était moindre qu’à l’ordinaire. Lorsqu’on comprimait l’abdomen, le malade s’éveillait en donnant des signes de douleur manifestes; les traits du visage étaient tirés en haut. Ce paroxysme fut plus long que le précédent.* Le 18, rémission bien moins apparente que le jour précédent; paroxysme vers huit heures et demie : coma profond, altération des Irails du visage plus remarquable que dans le paroxysme précédent ; pupille gauche i)lus dilatée, flaccidité des membres du côté gauche, respiration gênée, pouls fréquent et faible ; le malade succomba vers une heure après midi.

Autopsie. — Dans la cavité du péritoine j’ai trouvé une sérosité peu abondante, mais trouble; la séreuse était légèrement enflammée; la muqueuse de l’estomac rouge, celle des intestins grêles rosée ; la muqueuse des gros intestins n’offrait rien de remarquable. La rate était engorgée, ainsi que le foie; la vésicule du fiel contenait de la bile à l’état liquide; la vessie était pleine et distendue, la muqueuse dans l’état ordinaire. Les viscères delà poitrine étaient dans l’étal naturel; les poumons un peu engorgés. Oa observait dans les vaisseaux de la pie-mère un léger engorgement; l’hémisphére gauche du cerveau présentait une consistance ordinaire ; mais oa remarquait un léger ramollissement vers le corps strié de l’hémisphére droit* (Alph, Ferrera, Topographie méd. de l’Ue Leucade ou St-Maure.)

Fièvre rémittente gastrique dont les derniers paroxysmes ; se joignent.

Ko 421. M.irie Sandinopola, d’une conslilulion nerveuse, âgée de seize ans, cuira à l’iiôpilal de Lcucade le 16 septembre 181 7. Elle était atteinte de fièvre rémitlenle Celte malade, dés l’àge de quatorze ans, avait eu une attaque de paralysie du côté gauche de la lace, précédée de pesanteur de tête, de cé|)halalgie, de vertiges et d’éblouissement. La sensibilité du côté gauche de la face était engourdie, ainsi que la motilité Depuis celte époque elle ressentit dans les membres du même côte, dans le bras surtout, des fourmillements ; les mouvements de ces parties devenaient de plus en plus difûciles; leur sensibilité diminuait. Il y avait à l’époque où nous l’observâmes, affaissement du côté gauche de la face ; quand la malade riait ou éternuait, ce côté restait im|)assible; elle ne pouvait fermer exactement les paupières de l'œil gauche, et les sens du même côté étaient affaiblis. A trois heures du môme jour, elle eut un accès de fièvre avec frisson et suivi de chaleur. Pendant le {)aroxysme nous remarquâmes que le côté j)aralysé était sensiblement plus affecté; en même temps la malade était tourmentée par une céphalalgie intense du côté droit. Elle était dans un abattement extrême, offrant des signes de stupeur ; décubitus sur le dos, avec une apparence manifeste de prostration générale. La prunelle du côté garu'he était un peu dilatée, la peau chaude, le pouls fréquent, la lariguc rouge et sèche ; il y avait cousliiiation ; la respiration était un peu gênée. Ce paroxysme fut de longue durée, et il n’était pas encore fini, lorsqu’un nouvel accès fébrile, j)lus intense que le précédent, apparut le 17. Les symptômes de celui-ci furent plus alarmants qu’ils n’avaient été jusqu’alors, et la malade succombaie Î8 septembre à une heure du malin.

Jirrfopsie. — Vingt-six heures après la mort, fa muqueuse gastro-intestinale pré'entail une teinte rosée ; le colon et la vessie étaient sains. Les organes thoraciques n’offraient rien de remarquable. Après avoir ouvert le crâne et incisé la dure-mère, on remarqua de la sérosité un peu opaque entre l’arachnoïde et la pie-mére de l’hémisphére droit. Les circonvolutions de la partie supérieure de cet hémisphère étaient un peu affaissées et plus épaisses que les circonvolutions environnantes. Le cerveau cédait à la pression des doigts plus facilement que partout ailleurs. L’endroit ramolli avait deux pouces environ de circonférence. Ce ramollissement s’étendait à peu prés à un pouce de profondeur et offrait une couleur verdâtre. Il y avait peu de sérosité dans le ventricule droit, partout ailleurs dans l’encéphale il n’y avait rien de remarquable. [Id. ibid.)

Fièvre d' abord intermittente y puis rémittente , et qui devient

continue adynamique.

Ko 422. Angélique Jousse , âgée de dix-sept ans, bonne d’enfants, non encore réglée, commença à éprouver, en janvier 1811 , de la fièvre avec un mal de tête, toux fréquente et sèche, vomissement spontané quelques heures après le repas , surtout lorsqu’elle se penchait en avant. Depuis son début , la lièvre revenait tous les soirs à quatre heures , et continuait pendant toute la nuit, avec un état de moiteur à la peau ; le sommeil, assez bon, paraissait provoqué par les sueurs. A lafin de janvier, frisson instantané vers le matin, etdepuis fièvre continue avec des frissons passagers. La chaleur était permanente tant que la malade restai tau lit; aussitôt qu’elle se levait, elle sentait des frissonnements, etc. Le 23 février, jour de son entrée à l'Hôlel-Dieu: toux fréquente, coloration des joues, yeux vifs, chaleur a la peau, pouls fréquent, respiration

fréquente, inspiration donlonrense ; poitrine assez sonore ; langue blanchâtre à sa base , rouge à sa pointe et sur ses bords ; soif aigue , ina(»pétence , dévoiement , légère tension du ventre. Le 24 , même étal. Julep bécbique , avec addition d’uu gros d’esprit de Merulérérus , chiendent , rob édulc. Le 28, langue rouge, sèche, offrant des papilles très prononcées; abdomen tendu, ballonné , légèrement douloureux par la pression ; dévoiement, soubresauts; fièvre avec exacerbation très marquée le soir. Julep béchique , avec addition d’extrait de kina , un gros; esprit de Mendérérus , un gros; lavement dequinquina camphré, chiendent , rob édulc. bis. Le 3 mars , les lèvres et les dents sont fuligineuses; langue sèche, noirâtre et fendillée ; soif aigue, dévoiement involontaire , pouls roide ,110 pulsations ; respiration fréquente , 31 par minute ; chaleur sèche , assoupissement , pâleur delà face, accablement général , décubitus sur le côté droit.

(Je lis remarquer À M. Petit que notre prétendue fièvre adynamique serait une véritable inflammation. ) Le traitement Ionique fut continué à des doses plus fortes ; on appliqua des vésicatoires et des sinapismes aux jambes , etc. Le 7 mars, la face était pâle et décomposée, la langue un peu rouge et passablement hurnidn , l’abdomen ballonné, douloureux; il y avait prostration générale , assoupissement , déjections involontaires; chaleur sèche et piquante à la peau , pouls serré , petit et fréquent. IVlort dans la nuit.

Autopsie. — Le ventre était encore tendu sans être météoi isé ; il n’était guère gonflé. L’incision de la paroi antérieure donna lieu à la sortie d’une quantité assezconsidérable de gaz; l’épiidoon avait une couleur rouge foncée, la surface péritonéale de l’inleslin grêle était généralement phlogosée, et d’un rouge très intense , qui approchait même de l’état livide en plusieurs endroits de sa longueur , principalement dans sa portion supérieure , où elle offrait une inflammation de l’étendue de prés de deux pouces. On remarquait à la fin de l’iléon deux poitits gangréneux de neuf à dix lignes de diamètre, que l'on déchirait facilement; il n’y avait cependant pas perforation de l’intestin; la surface muqueuse était saine, à l’exception des endroits qui correspondaient directement aux points gangréneux mentionnés, oiicileétait noire et épaisse II y avait en général dans les intestins beaucoup de liquides qui avaient à pen prés la couleur et la consistance de la purée de pois secs. Le foie était très volumineux , vert d’olive à sa surface , et rouge blanchâtre à son intérieur ; il était gras. Le poumon du côté gauche était légèrement carnifié, et offrait plusieurs indurations de la grosseur d’une noisette. Du côté droit , les surfaces contiguës des plèvres avaient contracté de vieilles adhérences ; le poumon était sain et crépitant , sauf à la partie postérieure où une portion de son tissu , de la grosseur du poing , offrait un commencement d’homogénéité, telle que celle qu’on remarquait généralement du côté gauche. La surface interne de la trachée était généralement rouge , un peu épaissie, surtout à sa partie postérieure. (Lugol, à celte époque èiéve interne à l’IIôlel-Dieu. )

Fièvre intermittente quotidienne , bilieuse et ataxique.

^"^423. Au printempsde 1818, Je fusappelé chezlc sieur CadotdeSancy, âgé de trente ans, d’un tempéramentbilieiix. Il se plaignaitde douleurs aiguës dans tous les membres et dans les lombes ; des nausées , bouche pâteuse , ventre libre, urine rouge et rare, peau sèche, brûlante; pouls grand , fréquent , mou ; face abattue et jaunâtre , somnolence , accès de froid et tremblement très grand. Délayants acidulés. Le 8 mars, yeux larmoyants , face décomposée , abattue , langue sèche , âpre au loucher ; soif vive et désir de l’eau froide, chaleur et sécheresse de la peau, déjections alvines , fréquentes et bilieuses , membres comme fracturés , insomnie, inquiétude. Les autres symptômes sont les mômes ; somnolence continuelle.

Le 9 , nouvel accès ; délire furieux , depuis trois heures du malin. Le 10 ^ face terreuse; les yeux sont larmoyants , les sens obtus ; légères vociférations, prostration extrême des forces, impossibilité de faire le moindre mouvement, roideur de la niAchoire inférieure : c'est avec beaucoup de peine qu’on parvient à introduire un peu de liq uide dans la bouche ; impossibilité d’en sortie la langue ; sueur generale et abondante , pouls petit , très fréquent , irrégulier , respiration stertoreuse. Il meurt dans la journée , n’ayanl pu prendre qu’un gros de quinquina et de serpentaire. ( Désirés , Médecine pratique. )

Fièvre intermittente gastrique, type tantôt quotidien , tantôt

tierce.

No 424. Un peintre âgé de cinquante-quatre ans , d’une constitution assez forte , après avoir éprouvé, pendant les premiers jours de vendémiaire an ii , du malaise avec perte d’appétit, des lassitudes dans les jambes, et , de temps en temps , des éblouissements, des vertiges , des faiblesses, fut saisi le soir, vers trois ouquatre heures, defrisson dans le dos et les extrémités, avec tremblement pendant deux heures. La bouche, d’abord pâteuse, devint sèche ; il y avait soif, cé[)halalgie , urines rouges , rendues fréquemment eten petite quantité. Ensuite la chaleur vint avec moiteur, d’abord au visage , puis par tout le corps, et dura pendant cinq ou six heures. Les urines furent plus abondantes ; il y eut moins de céphalalgie et plus de soif. Le reste de la nuit , le malade dormit assez tranquillement. L’accès revint ensuite en quotidienne, quelquefois en tierce. Il présenta constamment les mêmes symptômes , mais à des degrés variables pour l’intensité. Le malade fut obligé de garder le lit depuis le premier accès. Il éprouvait une tendance continuelle au sommeil , et pendant la nuit des rêvasseries fréquentes. Les premiers jours de la maladie , W avait pris un purgatif; puis, pendant douze jours environ, demi-gros de quinquina avec la rhubarbe, ce qui produisait trois ou quatre selles parjour, et enfin six verres de décoction de kina en troisjours. Sa boisson était de J’eau vineuse. Le 9 brumaire, il fut reçu à l’hôpital de la Charité. Il avait la figure un peu jaunâtre, maigre; la bouche sèche , une soif habituelle; la langue sèche , un peu rude au toucher , un peu jaunâtre en devant et d’un brun noirâtre dans sa moitié postérieure; appétit nul. Légères sueurs pendant les accès ; le malade était couché en supination; il se plaignait d’un sentiment de faiblesse et d’abattement général. Petit lait avec tamarin et miel , infusion de bourrache et poudre tempérante. Pendant la journée il y eut six selles liquides et sans douleurs. A quatre heures apiés midi, l’accès commença par des frissons dans le dos , puis aux mains et aux pieds, ensuite tremblement, soif , amertume de la bouche , etc. Le 10 au malin , apyrexie complète depuis quatre heures. Le malade a peu dormi; langue toujours sèche et noirâtre, soif toujours forte. Réponses un peu lentes, parole embarrassée ; du reste mêmes symptômes et même prescription que la veille. Accès à trois heures après midi , après lequel le malade fut très fatigué ; il dormit un peu durant la nuit et fil quatre selles. Le 11 au malin , apyrexie. Langue un peu humectée ; le malade ne sent de douleur nulle part. Petit lait avec tamarin et miel , limonade végétale, julep simple et cinq bouillons. Accès à six heures du soir; mêmes symptômes qu’auparavant. Le 12, apyrexie le malin ; soif moindre, quoique la langue soit toujours sèche elbrunâtre. Douleur et tuméfaciion à la parotide gauche. Accès à deux heures, symptômes moins intenses que les jours précédents. Mort du malade à trois heures après minuit.

L’autopsie a fait voir dans les cavités du cœur un peu de sang noirâtre coagulé. Le foie, volumineux et sain, se prolongeait à gauche par une lame de substance hépatique qui allait recouvrir la surface convexe de la rate. Celle-

OBSERVATIONS OU HISTOIRES rARTICULlERES.

cî , volumineuse , brunâtre à l’extérieur , présentait à son intérieur un tissu mou , sans consistance et de couleur de lie de vin. L’estomac , sain à l’extérieur , offrait près te grand cul-de-sac une très large tache rougeâtre; ta surface interne de l’organe offrait , presque partout , de petites taches brunes , oblongues , et une coloration rougeâtre aux environs de ces taches. Les intestins étaient sains. {Journal de Corvisart, Leroux , etc., t. ix.)

Fièvre hilieiise intermittente douhle-quarte, puis quarte et enfin

continue.

No 425. Le docteur Blaud rapporte qu’un homme âgé de soixante quatorze ans , d’une bonne constitution , commença à perdre l’appétit dans le mois de juillet 1819 ; peu après la langue devint rouge , sèche, luisante dans toute son étendue ; apyrexie , point de douleur dans l’épigastre. 11 survint dans le mois d’août suivant une fièvre symptomatique, irrégulière , d’abord double-quarte, puis quarte, que l’on regarda comme essentielle . et contre laquelle on employa le quinquina, comme dans les fièvres intermittentes ordinaires. Les accès cessèrent momentanément ; mais l’anorexie devint extrême , la rougeur et la sécheresse delà langue acquirent beaucoup plus d’intensité ; la fièvre reparut ensuite. Combattue encore par le quinquina, elle cessa, pour se développer de nouveau le 13 novembre. Nous fûmes alors, dit ce médecin , appelé en consultation ; la nature de la maladie n’élalt point douteuse : six sangsues à l’épigastre ( l’état des forces ne permettant pas une évacuation sanguine plus considérable ), boissons adoucissantes, acidulées ; crèmes farineuses pour toute nourriture, frictions sur l’intérieur des cuisses avec la teinture alcoolique de quinquina. La fièvre cesse ; mais l’anorexie , la rougeur et la sécheresse de la langue persistent; la faiblesse est extrême. Le Ier janvier , un catarrhe pulmonaire vient compliquer la gastrite. Le 15 , la fièvre reparaît sous le type quotidien ; elle devient continue après l’admiîiistration d’un gros de quinquina , cà laquelle nous eûmes la faiblesse condamnable de consentir ; dès lors le dépérissement augmenta d’une manière rapide , et le malade expira le 27 , à onze heures du soir.

L’autopsie fit voir la membrane muqueuse du pharynx, de lœsophage et de l’estomac , rouge , enflammée dans toute son étendue , et plusieurs taches livides dans ce viscère autour de l’orifice cardiaque ; point d’autre lésion remarquable. ( Bibliothèque médicale , t. lxix.)

Fièvre bilieuse intermittente tierce.

No 426. Le docteu • Arlin rapporte qu'un homme âgé de trente-deux ans , d’un tempérament bilieux , était sans appélit et avait le dévoiement depuis quelques jours , lorsque le 25 décembre 1812, à une heure après midi, il éprouva les symptômes suivants : lassitude générale, mal de tête pénible , grande faiblesse ; bientôt frisson sur le dos , les lombes , et ensuite sur tout le corps ; tremblement violent , soif vive , envies répétées de vojnir , douleur assez forte à l’estomac. A ce stade de froid succéda une chaleur ardente et insupportable, accompagnée d’anxiété précordiale; elle fut suivie d’une, sueur très abondante qui termina l’accès sur les huit heures du soir L’apyrexie qui suivit ne fut pas complète , car il restait une grande faiblesse, de la céphalalgie et du dévoiement. Le 26 et 27 , même accès , même apyrexie. Le 28 , le malade transporté à l’hospice clinique de la Charité , présentait à huit heures du matin l’état suivant : coucher en supination ; visage décoloré , couleur terne des yeux ; enduit très épais de la langue qui est sèche et brunâtre à sa base ; anorexie , tension des hypocondres ; très grande sensibilité à l’épigastre, uu peu de chaleur, pouls faible, dévoiement comme les jours précédents. Décoction de kina gris , trois verres ; quatre gros en poudre; li-

monade végétale , diète. A une heure après midi , tremblement général , mal de tête plus violent, yeux fixes, parole brusque, réponses inexactes aux questions qu’on lui adresse ; grande sécheresse , tremblement et légère teinte brune au centre de la langue, chaleur âcre et mordicanle , vivacité du pouls, très grande sensibilité de l’épigastre et des hypocondres. L’apyicxie n’esfc pas plus complète qu’auparavant Le 29, accès par( il au précédent, fonctions inlelleci uelles un peu plus troublées, mêmes moyens. Le 30 , accès jilus long» sueur très abondante , langue noire et contractée; délire , efforts du malade pour sortir de son lit ; soubresauts des tendons , tension de l’abdomen , dévoiement plus abondant , odeur infecte. Vers les neuf heures dusoir , le délire cesse ; iutermission manifeste. Le 31 , à la visite du malin , état passable du malade. On prescrit deux vésicatoires aux jambes; on augmente la dose du quinquina , et ou ajoute à la prescription des bols composés de parties égales de camphre et de nilre. Accès à la même heure , stade de froid très long , délire furieux , visage décomposé , yeux fixes , couleur plus noire de la langue, impossibilité de la sortir; selle involontaire , secousses générales du corps. Mêmes moyens. Le 1 3 janvier, prostration extrême, sans perte de connaissance; ventre ballonné, yeux enfoncés dans les orbites. A onze heures du malin , frisson général , tremblement considérable , mort du malade.

L’autopsie fit voir une certaine quantité de sérosité épanchée à la base du crâne , et les ventricules latéraux remplis de ce liquide. Les intestins étaient distendus par des gaz très fétides , et présentaient des points noirs , comme gangrénés , réjtandus çà et là avec ulcération de la membrane muqueuse ; la vessie était distendue par les urines; tous les autres organes étaient sains.

{ Arlin , Dissertation médic., 1813. )

Fièvre rémittente bilieuse et puis ataxique.

No 427. Un enfant de douze ans, fortement constitué , berger dans la Bresse , était , en août 1824 , malade depuis douze jours d’une fièvre rémittente bilieuse avec diarrhée , et privé de tout secours. A son entrée à l’hôpital il présentait les symptômes suivants : tous les soirs il survenait un frisson léger, bientôt remplacé par une chaleur générale , sèche et âcre , et par une céphalalgie frontale stupéfiante. La face était rouge avec teinte jaunâtre ; celle couleur était surtout marquée sur la sclérotique, et se laissait entrevoir sur toute la peau La langue était sèche, comme racornie, la soif inextinguible , le ventre plat , douloureux , surtout à la région supérieure ; le malade se perdait dans des paroles sans suite : les selles étaient fréquentes, très liquides et d’un jaune brun. Une rémission assez faible et sans moiteur commençait le matin. Le lendemain, je fais appliquer huit sangsues sur l’épigastre ; le sang coule abondamment pendant douze heures; la face devient très pâle etallérée; il survient des défaillances et une accélération extraordinaire du pouls , avec un caractère misérable. Il y a moins de soif, mais les autres symptômes se soutiennent à peu près au même degré. Le froid du paroxysme suivant est plus prononcé et plus long. Dans le stade de chaleur, délire tranquille , moiteur au déclin. La diarrhée est toujours fréquente dans la rémission , pouls moins accéléré. Limonade gommée. Soif moindre , face d’un jaune pâle. Six grains de sulfate de quinine et dix gouttes de laudanum dans deux onces d’eau gommée. Le soir, à la même heure , frisson avec tremblement de deux heures, puis chaleur modérée, délire, cris cl plaintes,^ pouls petit et très fréquent ; ventre ballonné, assoupissement profond vers le malin. L’enfant est en supination , les bras étendus, les yeux ouverts, immobiles, ternes, la pupille dilatée, et respirant péniblement. Bientôt l’agonie se prononce , et la mort survient dans la nuit.

ISécroscopie. — Cerveau moins consistant qu’il ne l’est ordinairement

mais sans aucune trace de lésion ; tous les vaisseaux sont vides de sang. Estomac rouge et à rides très prononcées sur toute la surface miuiueuse, contenant de la bile verte ; surface muqueuse du duodénum d un rouge pointillé; mésentère farci de glandes duiTs et blanches , intestins p;\les , contenant beaucoup de bile e de vers lombrics ; foie très volumineux , gorgé de sang , moins consistant que dans l’état normal ; vésicule distendue par une bile brune et épaisse. (Nepple, Essai sur les fievres intermittentes, etc.)

Fièvre intermittente gastrique qtii passe au type continu, p

No 428. Lebéi, Agéde trenteans, montagnard robuste, d’un caractère mélancolique , établi depuis deux ans dans une manufacture de draps en qualité de laveur de laines , est affecté à différentes reprises de fièvre tierce, et une fois de fièvre quarte, i.es symptômes en étaient les suivants : frissons avec tremblement , nausées et vomis ernent bilieux dans le premier stade; dans le deuxième , chaleur ardente , douleur fronto orbitaire intolérable, soif, langue rouge , lancéolée ; bouche amère , sensibilité épigastrique , constipation, sueurs modérées. Traités d’abord par les évacuants et le quinquina , ces accidents s’aggravèrent ; ils furent ensuite améliorés par le traitement antiphlogisli(iue et les évacuations sanguines; mais le fébrifuge, mis en usage avant la disparition complète de l’irritation gastrique , n’eut aucune prise sur les accès : ceux-ci ne cessèrent qu’à la longue , et après la supj)ression de tout remède actif. Dans l’espace de deux ans,Lebéi n’eut guère que cinq à six mois de bonne santé. Enfin il rentre à l’hôpital, dans le mois d’août 1821, avec une fièvre tierce pareille à la précédente. Tout indiquait une irritation fixe et permanente des organes digestifs , compliquée d accès fébriles ; ceuxci duraient de huit à dix heures , mais la sueur ne paraissait pas au déclin , et les symptômes gastriques persistaient dans l’apvrexie. L’inconduite de la femme du malade avait jeté celui-ci dans une mélancolie profonde. Tartre émétique, un grain; vomissements bilieux sans soulagement ; accès suivant plus intense. Deux laxatifs ne font que maintenir les accidei ts. Du huitième au neuvième jour , on prescrit dans l’intermission trois gros de poudre de quinquina. Accès plus fort et plus prolongé, ventre douloureux, langue sèche , soif continuelle ; rémission seulemerit. Le onziémejour, douze sangsues sur le ventre , répétées le lendemain. La fièvre devient continue avec délire et prostration; langue rouge, luisante, contractée; œil hagard, visage plombé , loquacité sans fin , accompagnée de bégaiement sur le sujet de ses chagrins ; agitation continuelle des bras , ventre météorisé , douloureux ; déjections rares, liquides , jaunâtres; rétention d’urine ; pouls intermittent et tremblottant ; exacerbation violente le soir. Eau gommée , camphre , quinquina. Les symptômes augmentent rapidement, et le malade succombe le quatorzième jour.

Nécroscopie. — Intestins distendus par des gaz fétides. j'^jimum, l’iléum et le cæcum paraissent à l’extérieur parsemés d'un grand nombre de points noirâtres , entourés de plaques violacées de la largeur d’un cenl'me, jusqu’à celle d’un écu de trois livres A l’intérieuret au centre de ces taches se trouve un putrilage gangréneux , s’ouvrant en forme d’ulcération saillante sur la membrane muqueuse, et cernée par une induration livide , comprenant toute l’épaisseur de l’intestin. Les glandes mésentériques sont blanches, dures et de la grosseur d'une noisette. Le reste du tube intestinal est intact ; la membrane muqueuse de l’estomac est d'un rouge sup rficiel. Le foie est très volumineux , gorgé d’un sang noir , qui ruisselle abo >dammcnt sous le scalpel, ta rate est également engorgée et sans a' t<^ ration de lissu. Une ;.r if dequantité de sérosité d’un jaune brun est répandue dans le ventre. La vessie est tendue, pleine d’urine et phlogosée. Le système veineux cérébral est dans un

état de plénitude; l’arachnoïde est enflammée légèrement ; les ventricules cérébraux sont pleins d’eau. [Id. ihid.)

Fièvre rémittente bilieuse , puis entéro-mèsentèrique,

N» 429. Henri D*** , âgé de vingt- six ans , de l’Anvergne, à Paris depuis trois ans , d’un tempérament bilieux , d’une assez forte constitution , fut pris Je 30 août de frissons suivis d’une vive chaleur sans sueur, de dégoût, d’amertume de la bouche , d’étourdissement et de faiblesse. Le lendemain cet état s’aggrava beaucoup ; il survint unjéger dévoiement qui augmenta le 1er et le 2 septembre , avec une douleur de gorge et de la difficulté d’avaler. Le 3 , la faiblesse fut très grande; il prend une forte médecine qui le fait beaucoup évacuer. Le soir, paroxysme , pendant la durée duquel il y eut un délire assez fort. Le 4, la peau est sèche, très chaude et mordicante; la langue couverte d’un endoitjaunâtre, peu humide, et Iremblottante; le ventre était tendu, douloureux à la pression, la conjonctive injectée, l’œil larmoyant et peu vif; les réponses exactes quoique faites avec hésitation; pouls fréquent, assez développé ; respiration accélérée , coucher en supination. Le 5, le ventre fut un peu plus tendu, douloureux par une légère pression. Décoction de quinquina , lim. rab. douze gouttes Iloff., demi-gros julep ant. , camphre, un scrupule; garg., orge, miel rosat.

Le soir , paroxysme , conjonctive plus injectée ; somnolence, commencement de délire et d’agitation. Pendant toute la nuit, délire considérable, agitation très grande , efforts pour sortir de son lit , crainte de la mort. Le 6 au malin , continuation du délire , et par intervalle somnolence légère ; conjonctive très injectée, face animée, yeux brillants, ventre douloureux et tendu , langue noire et fuligineuse; point de selle , urine rougeâtre et troul)le , pouls très fréquent , mou, facile à déprimer. plus vésicatoires auxjambes. Même paroxysme le soir.

Le 7, chaleur très grande, langue et dents sèches et fuligineuses; ventre douloureux , peu tendu et peu sonore; conjonctive injectée , celle de l’œil gauche surtout; cornée terne, paupières entr’ouvertes , et laissant à découvert le blanc de l’œil ; œil tourné en haut, délire, agitation , tête penchée en arriére , loquacité, mouvements spasmodiques des muscles de la face , pouls extrêmement fréquent et petit (124 puis.), respiration fréquente. Le soir, face cadavéreuse , extrémités froides , pouls vermiculaire et à peine perceptible, tremblotternent des lèvres, dents serrées. Mort à une heure du malin, le neuvième jour depuis l’invasion de la maladie.

Ouverture du cadavre. — Estomac sain, ainsi que les trois cinquièmes des intestins grêles. Les deux cinquièmes inférieurs offraient de loin en loin des taches rougeâtres sur le péritoine , qui étaient plus nombreuses à la fin qu’au commencement. L’ouverture de cette partie de l’intestin étant faite, on remarqua une multitude de boutons surpassant en volume de gros pois ; ces boutons étaient arrondis, rosacés à leur base, etblanchâlres dans le reste de leur étendue; ils offraient tous dans leur milieu une petite ouverture que l’œil apercevait distinctement et que la loupe développait beaucoup. Celte ouverture paraissait être une bouche absorbante ; une soie qu’on y introduisait ne pénétrait pas à deux lignes de profondeur. Ces boutons étaient très nombreux, le plus généralement séparés les uns des autres par l’intervalle de quelques lignes , mais quelquefois réunis deux à deux , trois à trois, etc. Ils Armaient le commencement de plaques qui se remarquaient plus bas. On apercevait à la surface de ces plaques de petites ouvertures qui , par leur nombre et leur disposition, paraissaient correspondre aux boutons qui avaient concouru à leur formation. Ces plaques avaient quinze à dix-huit lignes d’étendue ; elles étaient lisses , leur milieu était boursouflé et très sail-

OBSERVATIONS OU HISTOIRES PARTICULIERES. 8l

^ant;ce boursouflement diminuait à mesure qu’on s’approchait de leurs bords ; ceux-ci se confondaient d’une manière insensible avec la membrane muqueuse, qui était rougcùlre aux endroits correspondant auxboutons et aux. plaques.

Les premières plaques étaient blanchâtres comme les boutons qui les formaient ; celles du milieu présentaient sur leur superficie des stries ou des bandelettes d’un rouge plus ou moins vif; enfin , celle.s delà partie inférieure de l’iléon présentaient un commencement d’ulcération , et offraient ta disposition suivante :1a superficie de ces dernières plaques était généralement rouge ; vers le lieu où l’ulcération se formait, on remarquait un boursouflement et une rougeur plus considérables, au milieu de ce boursouflement •une ouverture très petite qui augmentait peu à peu , et contenait une matière jaunâtre qu’il était difficile de détacher. Cette ouverture différait beaucoup de celle des boutons dont nous avons fait mention ci-dessus, car elles avaient tm orifice arrondi , lisse et toujours d’une dimension égale pour tous les boutons ; celles-là , produites par l’inflammation , étaient inégales, leurs bords découpés, et une partie de la muqueuse détruite. Les glandes du mésentère étalent engorgées et volumineuses, celles qui correspondaient à la partie moyenne de l’iléon étaient rougeâtres intérieurement et extérieurement; celles de la partie inférieure étaient un peu brunes à leur extérieur ; l’intérieur était rouge , mais on y remarquait çà et là quelques points blanchâtres ressemblant assez aux tubercules des poumons des phthisies scrofuleuses. Le foie était sain. La rate avait un volume double de celui qu’elle a ordinairement , mais son tissu n’avait éprouvé aucune altération. Le pancréas était sain. Les poumons étaient gorgés à leur partie postérieure; le cœur sain. L'arachnoïde était légèrement rouge , et en quelques endroits opaque ; la substance du cerveau était blanche, mais plus ferme qu’on ne la trouve ordinairement. Le ventricule latéral droit contenait une demi-cuillerée de sérosité sanguinolente ; le cerveau était un peu plus rouge et un peu plus ferme que de coutume , du reste sans altération organique. ( Petit et Serres , Traité de la fièvre entéro-mésentérique.)

Fièvre rémittente bilieuse ^ puis entéro-mésentérique y

paroxijsmes quotidiens,

A'o 430. Jean-François Martin , âgé de dix-huit ans, servant les maçons, de la Basse-Normandie, à Paris depuis cinq mois, d’un tempérament lymphatico-bilieux , et d’une constitution assez forte , fit une chute de vingt pieds de haut, le 7 août, à la suite de laquelle il n’éprouva aucun accidenU Quinze jours après il ressentit du malaise , des douleurs dans tous les membres, une vive céphalalgie accompagnée de dégoût seulement , sans envie de vomir; rien de nouveau ne se joignit à cet état, jusqu’au 30 du meme mois. Le 31 , la faiblesse devint très grande : il y eut quatre selles ; il se manifesta Je soir une grande chaleur pendant la durée de laquelle il délira légèrement. Le lendemain la journée fut moins agitée ; on lui appliqua douze sangsues au cou qui diminuèrent beaucoup la céphalalgie. Le soir , même paroxysme que termina une légère sueur. Le 2 septembre , il saigna du nez, sans en éprouver desoulagement; dévoiement beaucoup moins fort. Il eut leparoxysme lesoir, ainsique le lendemain. Il entra te4 dans l’état suivant : sécheresse de la peau, chaleur mordicante et élevée ; langue jaunâtre, peu humide ; ventre peu douloureux à la pression , cé|»halalgie sus-orbitaire intense , délire léger et tranquille ; pouls fréquent , vide , peu irrégulier, brisement des membres. Limon, Végét., Iloffm., édul., julep antisp. lim., pédiluve, moutarde, avec application d’eau froide sur la tète. Cessation du délire pendant et quelque temps après l’application d’eau froide. A sept heures du soir , redoublement de chaleur,

pièvhes intermittentes et rémittentes.

peau aride, injection de la conjonctive, augmentation de la céphalalgie, délire commençant et qui dura toute la nuit. Le 5 , lèvres sèches et luisantes, bouche entr’ouverte , somnolence, réponses justes; deux selles la nuit^ Limon, végél., Hoflm., édul., julep antisp., limon., pédil., moutarde, eau froide sur la tête. Le soir , même paroxysme.

Le 6 , même état .même prescription. Le 7, diminution de la céphalalgie, somnolence, agitation légère, chaleur considérable à l’intérieur, qui force le malade à se découvrir à chaque instant ; ventre non tendu et plus doulou-^ reux , deux selles liquides , jaunes; urines rougeâtres , avec un très léger sédiment floconneux grisâtre. Le 8 , conjonctive plus injectée , délire tranquille la nuit, somnolence profonde et continuelle; paupières enlr’ouvertes , ventre un peu plus douloureux ; une selle; pouls très petit, vide et fréquent. Le 9 et 10, point de changement. Le 11 , chaleur augmentée , rougeur de la face plus vive , langue brune et très sèche , tremblollanle , ventre douloureux et un peu tendu, agitation , loquacité , diminution de la somnolence. Vers le soir, délire, loquacité continuelle. Décocl. quinq. édulc.Iloff., un gros (bis), julep antisp., ex tr. de quinquina, lim. végét , un sinapisme au pied. Le 12, extrémités froides, chaleur élevée et piquante au tronc , bouche entr’ouverle , langue brune au milieu et très sèche , blanchâtre et moins sèche sur les côtés ; ventre tendu , point de selles , urines crues, somnolence profonde, délire tranquille, loquacité continuelle , mouvements convulsifs des lèvres, plaintes rares. Même prescription. Le soir , m me paroxysme, conjonctive injectée, chaleur plus vive et inégale , pouls petit , liés fréquent. Le 13 , face décolorée , altération des traits , langue tremblante , ventre plus tendu , mouvement convulsif des lèvres , respiration très fréquente, pouls extrêmement fréquent. Même prescription, plus vingt gouttes d’eau de Rabel dans la limonade. Le soir, exacerbation habituelle , altération plus grande delà face, dents très fuligineuses , ventre plus tendu et plus douloureux; délire, loquacité, réponses justes , pointde selle, pouls extrêmement fréquent et petit, agitation la nuit, efforts pour sortir de son lit vers trois heures du malin Le 14, face cadavéreuse , froid très grand des extrémités, chaleur du tronc , ventre très tendu et sonore , délire , loquacité , dilatation et immobilité de la pupille, pouls vermiculaire , respiration haute et très fréquente, point de selle. Mort à six heures du soir.

Ouverture du cadavre. — L’estomac et le jéjunum ne nous offrirent rien de partictdier. Vers le milieu de l’iléon, nous remarquâmes au travers de la tunique péritonéale , des taches plus ou moins volumineuses , formées par le rapprochement de petits points noirâtres, et affectant le plus généralement une forme carrée ou celle d’un losange. L’intestin ouvert, les premières plaques ne faisaient sur la membrane aucune saillie ; les points noirs que nous avions aperçus étaient ronds, avaient environ un quart de ligne de diamètre, et étaient très symétriquement placés et à des distances égales les unes des autres. Les plaques moyennes formaient une saillie d’une ligne par le boursouflement de la membrane; ces points noirs étaienl séparés par une portion membraneuse intacte et grisâtre, qui s’élevait au-dessus de leur niveau, de telle sorte que la pulpe du doigt, promenée sur leur surface , ressentait l’impression d’une granulation. Ces plaques mises sous un microscope, on remarquait que les petits points noirs étaient formés par la réunion de- plusieurs autres , et présentaient à leurmilieu une ouverture très petite. Aux endroits correspondants à ces deux ordres de plaques, la membrane était grisâtre sans nulle trace d’inflammation. A la partie inférieure de l’iléon , se trouvèrent des plaques plus volumineuses , qui s’annonçaient extérieurement par une couleur légé'-e. A l’intérieur on observait sur leur surface une rougeur assez vive et des ulcérations sur divers points de leur étendue. Une de ces ulcérations avait rongé toute la membrane muqueuse, et laissait à nu la membrane

musculeuse qu’on distinguait aisément par les fibres dont elle était composée ; cette dernière membrane nous parut intacte. Tout à l’entour de ccs dernières plaques , et seulement à la partie convexe de î'intcslin, la membrane muqueuse était injectée dans l’espace de quelques lignes ; les vaisseaux capillaires qui environnaient les plaques se dessinaient parfaitement bien. En séparant la membrane péritonéale des plaques, nous déchirâmes plusieurs vaisseaux capillaires, nous ne pûmes jamais parvenir à isoler les membranes musculeuse et muqueuse ; mais dans la partie corresoondante aux plaques » les vaisseaux artériels étaient très injectés d’un sang rouge et vermeil. Nous observâmes, en faisant celte dissection , des filets nerveux assez gros qui perçaient la membrane péritonéale, et s’épanouissaient sur les membranes musculeuse et muqueuse ; parvenu là , il nous fut impossible d’observer leur disposition. Les replis valvuleux de la membrane interne, très développés dans tout l’intestin , s’effacèrent peu à peu et disparurent entièrement sur les dernières plaques. Les gros intestins étaient dilatés , la membrane interne était un peu rosacée , et présentait dans toute son étendue et dans tous ses points une très grande quantité d’ulcéres. Ces ulcères étaient ronds , le fond en était brunâtre ; ils auraient contenu un gros pois à cautère. La membrane muqueuse était seule altérée , un peu boursouflée à la circonférence de l’ulcére; la membrane musculeuse paraissait à leur fond. La plupart de ces ulcères présentaient une disposition remarquable. Vus en travers de la membrane péritonéale, leur diamètre avait neuf ou dix lignes d’étendue; vu au contraire intérieurement, ce diamètre n’excédai (jamais trois ou quatre lignes. En introduisant un stylet boutonné par leur ouverture, on soulevait la membrane muqueuse , qui , dans l’espace de neuf à dix lignes , était complètement séparée de la musculeuse ; l'ulcéreétait donc en partie recouvert par la membrane muqueuse, et il fallait enlever celle-ci pour en reconnaître Ie.s véritables dimensions. Le foie était blanchâtre, la bile contenue dans la vésicule limpide et peu colorée ; le pancréas était un peu dur. Les glandes du mésentère étaient rougeâtres , mollasses supérieurement, et contenaient dans leur intérieur une matière demi- liquide ; inférieurement , le plus grand nombre était bleuâtre , renfermant dans leur intérieur une matière analogue à celle du méliceris ; leur volume était beaucoup moins considérable que celui des premières. Les organes pectoraux étaient sains. Épaississement léger de l’arachnoïde; deux cuillerées de sérosité dans les ventricules latéraux; la substance du cerveau avait sa consistance ordinaire. [Id. ibid. )

Fièvre intermittente quotidienne bilieuse ou gastrique.

No 431. Le docteur Valette rapporte qu’une femme âgée de soixante-sept, ans, éprouvait depuis quelques jours des lassitudes, des douleurs vagues dans le dos, perte d’appétit, lorsque le 21 messidor, sans cause excitante connue, elle fut atteinte d’un frisson qui se fit serf tir d’abord au dos ; il fut cîisni te général avec tremblement et douleur à la partie postérieure du tronc; il dura deux heures , fut suivi de chaleur avec céphalalgie, lassitudes très grandes et bouche amère; des sueurs abondantes succédèrent à la chaleur Les 22 et

23, à quatre heures du soir, accès complet avec les mêmes symplômes. Le

24, accès h dix heures du malin, pendant qu’on transportait la malade à l’infirmerie de la Salpêtrière où elle demeurait depuis se[»t ans. Le

25, lassitude des membres, face abattue, yeux larmoyants , céphalalgie susorbitaire; langue couverte d’une pellicule blanche, présentant des taches rouges vers sa pointe, bouche amère, soif; douleur épigastrique, douleurs vagues dans l’abdomen. Une selle en diarrhée pendant la nuit, ardeur en urinant, chaleur de la peau, sueurs continuelles. Orge, un grain d’émétique ; orge et oxymel, diète, sans vin; l’émétique procura deux vomisse-

menls et cinq selles avec de légères coliques. A quatre heures, redoublement de symptômes suivi de sueurs Le 26, elle a bien dormi. Céphalalgie frontale diminuée, lèvres sèches, langue sèche et rouge au centre; point de selles , haleine fétide; pouls inégal, intermittent; chaleur forte de la peau, avec moiteur. Orge, oxymel, petit-lait, crème de tartre. A quatre heures, redoublement fébrile avec chaleur et sueurs , une selle. Le 27 , elle a peu dormi. Lèvres et langue humectées ; point de douleurs abdominales, poinlde selles, ardeur légère en urinant ; même état du pouls et de la peau : à cinq heures, délire violent, frisson , trois selles en dévoiement, fin du redoublement à sept heures. Orge, oxymel, petit-lait. Le 28, elle a bien dormi et sué abondamment; point de céphalalgie, pommettes colorées, langue rouge, sillonnée et un peu luisante au centre, humectée sur les bords; urines citrines foncées avec nuage, pouls développé et régulier , chaleur naturelle delà peau, deux selles dans la matinée. A sept heures du soir, redoublement. Même prescription. Le 29, elle a peu dormi et n’a pas sué durant la nuit, îanguemoins sèche, soif moins forte; urines rendues avec un sentiment de chaleur; pouls égal, développé, peu fréquent, chaleur naturelle de la peau, moiteur. /(iem. Le soir, frisson, ensuite chaleur avec délire. Le 30, forces plus accablées, somnolence tout le jour. Le soir à cinq heures, frisson suivi de chaleur, avec un délire violent, céphalalgie et deux injections involontaires. ItZem. Le lei- thermidor, prostration des forces, délire jusqu’au matin, légère céphalalgie, langue sèche, brunâtre au centre, bouche sèche, soif ardente; épigastre et autres réglons de l’abdomen sensibles ; respiration fréquente, un peu difficile, voix faible; pouls fréquent, petit, inégal. Kina, deux gros à dix heures, un gros le soir. Dévoiement après la première administration du' quinquina. A dix heures du soir, frisson pendant un quart d’heure; chaleuret délire jusqu’à cinq heures du matin. Le2, ellen’a pasdorrai; prostration des forces augmentée, langue sèche et fuligineuse; abdomen douloureux, une selle le matin ; pouls fréquent, petit et faible; sueurs froides à la face. Kina, trois gros et un grain d’opium. Le soir, abdomen plus douloureux ; respiration plus laborieuse , stertoreuse. Mort à six heures du malin.

Autopsie. — Enduit gélatiniforme sur quelques poitits de la surface du cerveau, vaisseaux de cet organe gorgés de sang, peu de sérosité dans les ventricules. Estomac phlogosé dans toute son épaisseur sur un espace de trois à quatre pouces de diamètre Phlogosé d’une grande étendue des intestins grêles, de presque tout l’iléon, avec augmentation d’épaisseur de ses paii'ois.Ç Clinique de M. Landré Beauvais, an 1805.)

Fièvre intermittente quarte, changée en continue.

No 432. Tarien, âge de trente-quatre ans, très robuste, fut attaqué le 26 juillet 1806, à Udine, d’une fièvre quarte qu’il garda treize jours avant d’entrer à l’hôpital. Des symptômes gastriques me déterminèrent à prescrire un vomitif, ensuite je donnai quelque.* boissons amères , et, comme la fièvre résistait, quelques gros de quinquina en poudre. Au bout de deux ou trois accès, la fièvre devint tierce : je voulus doubler la dose du fébrifuge ; le jour suivant, la fièvre était quotidienne; et, sans que le quinquina fût continué, les accès s’allongèrent et joignirent le cercle des vingt-quatre heures, vers le vingt-neuvième jour de la maladie. Depuis cette époquejusqu’au quarantedeuxième, je n’observai que fréquence avec pouls fort et développé, chaleur, Inappétence; le malade pâlissait et perdait de l’embonpoint. Du quarantedeuxième au cinquante-sixième, l’apyrexie diminua plusieurs fois, mais ne cessa point entièrement. Je remarquai que ces variations correspondaient aux aliments ; quand je donnais plus que la soupe ou la bouillie, le mouveçicnt fébrile se ranimait. ’S^ers le cinquante-sixième jour survint la diarrhée,

î’apyrexie s’accrut sous le rapport de la fréquence du pouls. Dés lors, progrès effrayants de la phlegmasie du canal digestif; exténuation rapide de tous les tissus, collapsus universel, pouls petitetlent, peau glaciale Tarien succomba le 3 octobre, soixante-septième jour de sa maladie, après une agonie lente et peu douloureuse.

Autopsie. — Induration de la moitié postérieure du poumon gauche, l’autre sain. Muqueuse gastrique d’un rouge clair, mais fort épaisse, celle des intestins grêles offrit d’^abord quelques points rouges isolés; ensuite, dans la fin de l’iléum, elle fut trouvée d un rouge foncé, noire, granuleuse et généralement sphacélée et ulcérée : dans toute la longueur du colon, disposition analogue. Toutes les granulations étaient autant de petits ulcères avec perte de substance de la membrane; les appendices de cet intestin semés de petites glandes noires (Broussais, Phler/masies chroniques^ 4e édit., t. ii.)

Fièvre intermittente tierce et quotidienne.

No 433. Humbert, sergent au 92© régiment, âgé de trente-deux ans, entra dans mon service à rhôpital d’Udine le 18 mai 1806, pour une fièvre tierce <iui ne datait environ que de quatre jours. L’apyrexie était parfaite et très calme, aucun signe de diathèse inflammatoire.

Je le mis d’abord aux amers, qui furent sans effet, j’employai le quinquina à quatre gros ; la fièvre devint quotidienne, je me hâtai d'en porter la dose à «ne once et demie, et je la diminuai successivement jusqu’à la réduire à un gros. Les accès ne perdirent presque rien de leur intensité. Le ventre s’enflait, se durcissait; l’estomac était devenu douloureux, et le malade se débilitait. Me voyant toujours obligé de combattre le type fébrile par des stimulants, je substituai l’opium, l’éther, les eaux spiritueuscs aromatiques, au quinquina, ou je les combinai avec ce médicament. L’appétit et les accès se perdant, l’estomac et le ventre refusant tous les toniques , il fallut prendre une autre marche ; j’attaquai les accès par la gélatine, soit simple, soit aromatisée, dissoute dans la décoction de quinquina, etc. La fièvre cessa, l’œdème qui s’était déclaré diminua, l’appétit et les forces vinrent ajouter à mon espoir; mais tout-â-coup, retour des accès quotidiens sans frissons, légère toux, coliques et dérangement des excrétions alvines. Alors potion à la candie et au quinquina pour soutenir ses forces. Le malade parut d’abord reprendre un pende vigueur et sc désinfiltrer , puis toul-à-coup les forces lui manquèrent ; j’aperçus de la dysi)née, une légère diffusion ictérique;la diarrhée se déclara avec violence ; le marasme fit des progrès, et une douloureuse agonie de quarante-huit heures enleva le malade , après trois mois environ de maladie.

Légère exsudation séreuse dans les différents replis de l’arachno'ide. Endurcissement du coté gauche de la poitrine. Sérosité gélatineuse blanchâtre dans le péritoine; cette membrane était rouge en une foule d’endroits, tant sur l'estomac que sur les intestins, épaissie, et facile à détacher du plan musculaire et à réduire en feuillets celluleux et rougeâtres. La membrane muqueuse rouge et épaisse dans l’estomac, saine dans les intestins grêles, enflammée et semée de petits ulcères ronds dans toute l’étendue du colon ; les cellules épiplo'iqucs remplies de gélatine ; la rate très volumineuse, (/c?. ibid.)

Fièvre intermittente quotidienne.

N® 434. Laon, Belge, âgé de vingt-quatre ans, hussard au 6e régiment, entra à l’hôpital d’Udiiie le 4 août 1806, attaqué depuis douze jours de la fièvre quotidienne. Quelques signes d’irritation gastrique me portèrent à commencer par le vomitif, auquel je fis succéder les boissons aqueuses et

relâchantes. Le croyant ensuite disposé pour le quinquina, je lui administrai ce médicament, qui supprima sur-le-champ la tiévre. Ayant voulu le continuer à petites doses, à titre de préservatif, je m’aperçus d’une sensibilité d’estomac et d une disposition à la diarrhée, qui m’obligèrent de le discontinuer. Il n’en avait pas pris plus de cinq à six jours. Malgré les boissons mucilagineuses et le régime, la diarrhée ne cessa point entièrement. Elle était sans douleur, peu coi»ieuse et sans fièvre, lorsque le malade était tenu à la soupe, au riz ou à la bouillie ; mais aussitôt que, pour le satisfaire, j’augmentais la quantité de la nourriture, il y avait des coliques et un mouvement fébrile le soir. Ces alternatives eurent lieu trois ou quatre fois dans l’espace de vingt jours Le quarante-cinquième jour, la fièvre quotidienne sô remontra avec autant d’énergie qu’au début. En môme temps la diarrhée devint douloureuse, sanguinolente, et s’accompagna du ténesme. Potions anodines, boissons féculentes, eau de riz Au bout de cinq à six jours les accès d’intermittence cessèrent d’être remarquables. Les douleurs dysentériques se calmèrent; tout mouvement fébrile paraissait aboli; c’était le calme de l’épuisement. Laon vécut six jours encore presque sans souffrances, n’allanl plus que trois à quatre fois par jour à la garde-robe, et durant lesquels il tomba dans un état de stupidité, de somnolence, avec dilatation des pupilles, et roulement duglobedc l’œil. Il expira le 23septembre, cinquanteseptiem'e jour de l’invasion de la fièvre intermittente.

Autopsie. extrême sans infiltration. Beaucoup de sérosité

dans les ventricules et dans les fosses cérébrales. Bien de remarquable dans la poitrine. Sérosité un peu gélatineuse, d’un aspect savonneux dans le péritoine; tous les épiploons remplis, au lieu de graisse, d’une lymphe jaunâtre. Le colon tout entier rouge, brun, noir, Sî)hacelé en plusieurs points et se déchirant au toucher vers son extrémité inférieure. Sa muqueuse n’était point ulcérée, elle était épaisse, noire, à odeur de gangrène. Celle des intestins grêles un peu rouge ; mais leurs autres membranes étaient saines. Ils contenaient quelques lombrics. La surface interne de 1 estomac un peu injectée et rugueuse. [Id. ibid.)

Fièvre rémittente double-tierce, transformée en continue.

No 435. Un tailleur âgé de dix-huit ans , cheveux châtains , peau blanche , muscles grêles , habitant Paris depuis huit mois, se nourrissant bien, menant une vie régulière, et jouissant habituellement d’une bonne santé , ressentit d’abord pendant huit jours , sans cause connue, une violente céphalalgie qui occupait surtout la partie supérieure de la tête ; en même temps son appétit se perdit , ses forces diminuèrent. Le 1 1 août , il fut pris , entre huit et neuf heures du matin , d’un grand frisson auquel succédèrent de la chaleur et de la sueur ; celle-ci fut terminée à midi. Le reste de la journée il se sentitcomme les jours précédents ; il dormit bien. Cependant le 12 , en se réveillant, il se trouva si mal à son aise qu’il ne se leva pas : à quatre heures du soir il eut du frisson ; la nuit il sua abondamment. Nous le vîmes dans la matinée du 1 3. Il n’avait plus mal à la tête , la face était remarquable par sa pâleur; la langue était blanche à son centre, pointillée , d’une rougeur uniforme à sa pointe ; la soif était vive ; la pression faisait naître un peu de douleur à l’épigastre. Une selle liquide avait eu lieu depuis vingt quatre heures ; le pouls était fréquent , la peau en sueur. D’après le récit du malade, d'apré.s son état, on pou- Taitle croire atteint d’une fièvre rémittente double-tierce. Le frisson devait survenir dans une ou deux heures, mais le malade n’en eut aucun ressentiment. Il resta toute la journée dans le même état que le malin. Il but de la tisane d’orge avec addition de sirop tarlarcux. La diarrhée augmenta considérablement ; il alla neuf fois à la selle sans douleur jusqu’au lendemain

matin. Il sua le soir, et dormit assez bien dans la nuit. Dans la matinée du 14, il vomit ses tisanes. Une abondante épislaxis eut lieu; quelques taches typhoïdf's ai)parurent sur le thorax et l’abdomen. Le pouls était fréquent et faible; la peau moite. Dans la soirée il eut un fort redoublement sans frisson initial ; la nuit, la sueur fut très abondante. Le 15, deuxième épislaxis, fièvre intense, disparition presque complète des taches; profonds soupirs de temps en temps. Une seule selle depuis hier matin ; ventre indolent ; langue blanchâtre. Redoublement le soir. A la visite du 16, même état. Deux selles. Le soir, le malade délira pour la première fois : il ne sua pas. Dans la matinée du 17 son état était singulièrement aggravé ; ses traits étaient affaissés , l’œil semblait comme égaré , la face était plombée. Les pétéchies avaient reparu, elles couvraient le thorax et l’abdomen ; la peau de ces parties avait une chaleur brûlante supérieure à celle du reste du corps; la peau du front, des joues et du nez était froide ; le pouls petit, fuyant sous le doigt , avait une fréquence extrême Deux selles liquides avaient eu lieu; la langue conservait son humidité. Jusqu’à ce jour le malade n’avait pris que de l’eau d’orge, des lavements émollients; il avait observé une diète sévére. M. Lerminier prescrivit une pinte d’infusion de quinquina , deux vésicatoires aux jambes, uti lavement camphré. Le malade délira toute la nuit; il vomit une assez grande quantité de bile jaune. Le 18, la teinte de la face plombée, livide, présentait un aspect de plus en plus adynamique. Les lèvres décolorées étaient aussi pâles que celles d’un cadavre La langue s’était séchée et avait bruni à son centre. Le nombre des selles restait le même. La chaleur de la peau était répartie aussi inégalement que la veille ; les joues étaient plus froides. Le pouls conservait le même caractère; cependant le malade avait encore assez de force pour se lever seul , se placer sur le bassin et remonter d ms son lit. Il était évidetit que depuis la veille l’état du m.alade s’élail aggravé M. Chomel qui avait pris le service persista dans l’emploi des toniques. Il ajouta à la prescription de la veille une potion gommeuse avec addition de deux gros d’extrait de quinquina. Délire dans la soirée et une partie de la nuit.

Le 19, l’expression des yeux et du reste de la face était meilleure ; le décubitus avait lieu sur le côté comme dans l’état de santé ; les mouvements étaient libres et annonçaient encore par leur vivacité une assez grande énergie ; les facultés intellectuelles étaient nettes; mais le malade, par suite d’une aberration de sensibilité assez commune dans les fièvres graves , accusait de vives douleurs en quelque endroit du corps qu’on le touchât. La langue était sèche comme un morceau de parchemin ; les pétéchies étaient très multipliées. Infusion de quinquina , potion gommeuse avec deux gros d’extrait, lavement de quinquina et de camphre , deux nouveaux vésicatoires. L’agitation fut beaucoup moindre la nuit que les précédentes ; mais dans la matinée du 20 , nous trouvâmes pour la première fois le malade plongé dans un assoupissement dont on ne le lirait qu’avec peine , il ne répondait qu’en balbutiant; il avait lâché sous lui; sa potion avait été vomie. Deux pintes d’eau d’orge avec un quart de vin ; potion gommeuse avec addition de vin de quinquina et de sirop de quinquina , de chaque deux onces ; lavement de quinquina camphré ; fomentation sur les cuisses et sur le ventre avec le vin aromatique ; diète. Le soir, on fut obligé d’attacher le malade, parce que, dans son délire, il arrachait ses vésicatoires. Le 21, la langue, les dents et les lèvres étaient fortement encroûtées et noires; le ventre était ballonné; une ou deux selles involontaires avaient eu lieu ; les taches étaient très petites, brunes ; les yeux restaient ouverts , mais ils exprimaient l’indifférence la plus complète. Le malade avait refusé de boire sa potion. On remplaça dans la potion le vin et le sirop par trente grains de sulfate de quinine. Le 22, le malade ne proférait plus aucune parole , mais il répondait par signes et de l’air le plus indifférent. Même état du reste. M. I erminier qui vait repris le service

supprima la potion, et fit placer un vésicatoire à la nuque. Le 23, prostration de plus en plus grande , dilatation extrême des pupilles ; surface des vésicatoires livide et saignante. La potion suivante fut prescrite : Eau de menthe , quatre onces ; extrait sec de kina, deux gros; sirop d’éther, deux onces. L’infusion de quinquina fut supprimée ; la tisane d’orge légèrement vineuse; le lavement de quinquina camphré et les fomentations aromatiques furent continués.

Jusqu’à ce jour les symplômesadynamiqucsavaient prédominé; maisle 24, les symptômes nerveux devinrent à leur tour plus prononcés. La tête du malade était agitée d’un mouvement continuel de droite à gauche et de gauche à droite ; ses yeux avaient tout-à-fait l’expression de ceux d’un idiot. Interrogé, il ne répondait pas , bien qu’ayant l’air d’écouter et de comprendre ; mais en même temps , chose remarquable ! la langue, les dents, tes lèvres js’étaient un peu nettoyées et humectées. Le pouls était fréquent et très faible ; la peau peu chaude; on n'apercevait plus que quelques taches éparses. Même prescription. Dans la journée, d’abondantes évacuations alvines eurent lieu Involontairement. Le 25, propos sans suite; agitation continuelle des bras et des jambes ; yeux hagards, roulant continuellement dans l’orbite ; soubresauts des tendons ; langue de nouveau sèche et noire. Le 26, le malade était à l’agonie ; il succomba à neuf heures du malin.

Ouverture rZw cadaure. — L’arachnoïde de la convexité des hémisphères présentait une assez vive injection. Le cerveau était fortement piqueté; une cuillerée à café de sérosité limpide existait à peine dans chaque ventricule. Une petite granulation de consistance osseuse , du volume d’un pois , était implantée dans la substance de rhémisi)hére gauche, un peu derrière la scissure de Sylvius et prés de leur superficie. La surface interne de l’estomac était piquetée dans son grand cul-de-sac d'une foule de points rouges agglomérés dont lacouleur résidait dans la muqueuse, assez consistante d’ailleurs. L’intestin grêle, ouvert dans toute son étendue , était blanc partout. Seulement , un peu au-dessus de la valvule iléo-cœcale , apparaissaient quatre ulcérations ; deux à bord et à fond rouge auraient pu admettre à peine un pois ordinaire, les deux autres pouvaient recevoir une pièce de vingt sous. Du fond de l’une de ces dernières faisait saillie une petite cscarrhe jaunâtre, que son adhérence au tissu lamineux ne permettait pas de confondre avec un amas de matières fécales. La surface interne du colon , dans toute son étendue , était parsemée d’un assez grand nombre de yietites élevures, faisant audessus de la muqueuse une saillie très légère , plus sensible à la vue qu’au loucher , à cause de leur couleur d’un blanc plus mat que le reste de la muqueuse; exactement arrondies, elles avaient à peine une ligne de diamètre; un point noir existait à leur centre : c'étaient des follicules plus développés que de coutume. (Andral, Clinique médicale, t. iii, 1830.)

Fièvre rémittente quotidienne d’abord gastrique , plus tard

adijnamique.

No 436. Un porteur d’eau âgé de vingt-cinq ans, arrivé de la Savoie depuis trois mois , tempérament sanguin, constitution forte, fut pris, dans la soirée du 17 janvier 1822, de frissons qui se prolongèrent dans la nuit; le lendemain , sentiment de malaise , diminution de l’appétit; retour des frissons le soir. Même état jusqu’au 20 ; alors coliques , déjections alvines fréquentes. Il ne fit aucun traitement jusqu'au 24; il entra alors à l’hôpital. État du 25 (neuvième jour) : face pâle , animée, yeux brillants, soif, anorexie, langue rouge sur les bords et à sa pointe, enduite d’un mucus jaunâtre au centre; bouche amère , ventre indolent, un peu tuméfié ; sept à huit selles eu vingt-quatre heures ; toux légère, pouls plein et fréquent; peau chaude

et sèche. Saignée de quatre palettes, tisane d’orge édulcorée , diète. Le 26, le sang présenta un gros caillot recouvert d’une couenne dense et épaisse; quatorze selles; même état d’ailleurs. Saignée de deux palettes. Dans la soirée du 26, redoublement de fièvre très violent. Troisième saignée qui ne fut que d’une palette, le malade étanttombé en syncope. Le 27, légéreépistaxis ; le soir, fièvre violente. Saignée de deux palettes. Le sang présenta un petit caillot recouvert d’une couenne mince et molle. Le 28 , épistaxis; face encore rouge , yeux brillants, mais cependant abattement des traits; réponses lentes; môme état de la langue ; soifardente ; ventre un peu météorisé; treize à quatorze selles avec coliques ; pouls fréquent ; peau moite. Tisanes émollientes. Le 29, abondante épistaxis; affaissement, plaintes continuelles; toux sans expectoration ; respiration un peu précipitée , matité légère et râle crépitant à gauche en arriére dans toute l’étendue à peu prés du lobe inférieur. Vingt-quatre sangsues sur le côté gauche du thorax; deux vésicatoires aux jambes. Le 30 et 31, épistaxis , prostration ; face pâle ; même état de la respiration ; môme résultat par la percussion et par l’auscultation; expectoration catarrhale , diarrhée aussi abondante. Vésicatoire sur la poitrine. Le 1er février, trouble de l’intelligence, épistaxis. Le 2 , épistaxis très abondante depuis trois heures du malin ; faiblesse extrême; face pâle et abattue , langue blanche et humide; respiration plus libre; persistance de la toux, du météorisme et de la diarrhée ; pouls très fré{pient et très faible. Tamponnement des cavités nasales ; eau de riz gommée. Le 3 , agitation la nuit; yeux animés , loquacité; mouvements continuels de la mâchoire inférieure ; pouls faible, très fréquent ; langue humide et blanche. Sinapismes. Le 4 , langue blanche , mais sèche, avec quelques pl.iques noires ; dents fuligineuses ; pouls très faible , cent pulsations. Le 5, prostration extrême; gémissements continuels , intégrité de l’intelligence , excrétions alvines involontaires, respiration haute et bruyante; la vessie distendue remonte jusqu’à l'ombilic ; l’urine sort par regorgement; pouls très faible, cent quarante pulsations. Décoction de polygala gommée , vésicatoire sur le sternum, sinapismes aux cuisses. Mort à onze heures du malin.

Ouverture du cadavre. — Cerveau sain, adhérences intimes des plèvres costale et pulmonaire du côté gauche. Le lobe inférieur du poumon gauche était dense , brunâtre et laissait écouler à l’incision un mélange de sang et de pus. Au centre du lobe supérieur, qui était sain , se trouvait une cavité pouvant loger un gros œuf de poule. Sa surface était aréolée, brunâtre; elle contenait une sorte de bouillie d’un gris verdâtre, d’une fétidité gangréneuse. Muqueuse gastrique très blanche dans toute son étendue , ayant son épaisseur et sa consistance ordinaire. Pâleur remarquable de la membrane muqueuse de l’intestin grêle dans ses quatre cinquièmes supérieurs. Dans le cinquième inférieur apparaissent de nombreuses élevures , dont le diamètre varie depuis trois jusqu’à six lignes ; leur couleur est d’un rose pâle ; le centre de quelques unes est ulcéré. Dans l’étendue de quelques travers de doigt audessus de la valvule on trouve plusieurs ulcérations du diamètre d’une pièce de quarante sous. La muqueuse qui forme leur bord est rouge et boursouflée. La surface interne du cæcum et du colon est parsemée d’élevures analogues à celles de l’intestin grêle , mais plus confluentes , et ulcérées à leur centre pour la plupart. La membrane muqueuse est rouge dans toute soti étendue , tandis qu’elle était blanche dans l’intestin grêle. Les ganglions lymi)haliques , correspondant aux portions d’intestins malades , sont gonflés , et leur tissu est rouge. La vessie , distendue parl’urine, s’étend jus(iu’au niveau de l’ombilic; sa membrane interne est légèrement injectée. {Id. Ibid.)

9» FIÈVRES INTER3IITTENTES ET RÉMITTENTES.

Fièvre ataxo-adynamique avec des redouhlements quotidiens.

No 437. Un charpentier âgé de trente-six ans, d’une très forte constitution , fot apporté à la Charité le 24 juin 1820 , dans un état de délire qui ne permit pas de savoir de lui l’invasion et la marche de sa maladie. On apprit de ceux qui l’amenèrent qu’il était malade depuis neuf jours. Etat du 25 : décubitus sur le dos, pommettes rouges, yeux à demi fermés, bouche béante, lèvres noires et sèches , langue noire , sèche, fendillée; douleur à l'épigastre et à la région cœcale par la pression, constipation ; pouls faible et très fréquent; peau .«éehe et brûlante; éruption sur l’abdomen , principalement à l’épigastre . de boutons à base rouge , dont le sommet était surmonté d’une large vésicule encore transparente dans les uns, opaque et contenant un véritable pus dans les autres. Le malade se plaignait beaucoup; il comprenait avec beaucoup de peine les questions qui lui étaient adressées ; il semblait avoir complètement perdu le souvenir des choses passées. Quinze sangsues à l’anus, un vésicatoire à une cuisse ; décoction d orge^ limonade minérale. Dans la journée, il délira complètement Dans la maiitiée du 2G , langue plus humide , «me selle ; même étal du reste. Quatre sangsues de chaque côté du cou Le 27, sueur de la face et des extrémités supérieures; pas de changements d’ailleurs. Tisane d’orge , limonade minérale, décoction de pulygala, une tasse de V'n. Le 28 , tuméfaction très douloureuse de la parotide droite ; langue noire ; point de selle; ventre souple, paraissant insensible à la pression; les boulons de l’épigastre étaient tout blancs, varioliformes ; le pouls était petit et fréquent; le malade était plongé dans un délire tranquille et continu. Même prescription. Le 29, nous trouvâmes la face , le cou et les membres thoraciques couverts de sueur comme le 27. Le 30, le délire persistait , la prostration augmentait. Le pouls, très fréquent , était d’une petitesse extrême , la peau brûlante ; la langue restait sèche et brune ; le ventre était souple, la constipation opiniâtre; la parotide se développait de plus en plus. Un lavement de quinquina fut ajouté à la prescription des jours précédents. A quatre heures du soir l’œil était éteint, à moitié fermé; soubresauts des tendons très multipliés, carphologie, marmottement continuel.

Dans la matinée du 1er juillet, la face avait une expression plus naturelle ; l’œil, moins terne , s’ouvrait de temps en temps ; le malade poussait par intervalles de profonds gémissements ; il faisait effort pour répondre aux questions , mais ne pouvait rien articuler ; il montrait as.sez facilement sa langue lorsqu’on la lui demandait ; elle était sèche , noire , fendillée; point de selle; parotide plus grosse et plus dure. Même prescription. A deux heures après midi, face cadavéreuse, dilatation passive des buccinateurs à chaque expiration , marmottements continuels; pouls très faible , et trop fréquent pour pouvoir être compté. Le 2 juillet, cet état d’agonie persistait. Infusion aqueuse de quinquina, orge, limonade minérale, deux sinapismes.

Nous crûmes que le malade succomberait dans la journée , cependant quel fut notre étonnement lorsque, dans la matinée du 3 nous trouvâmes une amélioration sensible ! la face en particulier avait un bien meilleur aspect. Le malade comprenait les questions , mais n’y répondait point; il lirait lentement et avec peine sa langue : elle était humide , visqueuse , moins noire. Les dents étaient nettoyées; la peau était sans chaleur , le poulsfaible ; même état de la parotide; dessiccation d’une partie des boutons de l’épigastre. Même prescription. A quaIre heures du soir, la face avait repris de nouveau un aspect cadavéreux; le malade ne paraissait plus entendre les questions comme le malin ; la paupière s’abaissait à moitié sur l’œil presque éteint ; les buccinateurs se dilataient comme la veille. Dans la malinée du Sjuillct, une nouvelle amélioration avait eu lieu ; le malade entendait , et pour la pre-

nnére fois il parvint à articuler quelques mots de suite; la langue était luimide et nette , le ventre plat et indolent; une selle avait eu lieu depuis quarante-huit heures. La parotide était très volumineuse , une grande quantité de pus s’écoulait par l’oreille. Même prescription A quatre heures aprèsmidi, le mieux du malin avait disparu; un état lout-cà-fait semblable à celui de la veille , à pareille heure , l’avait remplacé. Le malade succomba le 4 , à sept heures du matin.

Ouverture du cadavre . vingt-cinq heures après la mort. — Demi-marasme ; muscles noirâtres, poisseux; parotide faisant un relief sensible sur la partie latérale de la léle et du cou. Une grande quantité de liquide sanieux et grisâtre séparait les granulations de la glande. Immédiatement au dessous du pavillon de l’oreille se trouvait un petit foyer purulent ; on fit aisément pénétrer par ce petit foyer une sonde jusque dans le conduit auditif externe. Le cerveau non plus que les membranes n’offraient rien de notable ; un peu de sérosité existait dans les ventricules ; les veines qui se rendent dans le sinus longitudinal supérieur contenaient des bulles d’air en assez grande quantité, résultat probable de la décomposition. Le tissu lamineiix du médiaslin antérieur était gonflé par des gaz qui lui dormaient une grande ressemblance avec la surface externe du poumon des re[)ti!es ; le péricarde contenait une quantité notable de sérosité citrine ; le cœur était un peu flasque , vide de sang Les poumons étaient parfaitement sains; celui du côté droit adhérait aux côtes par des brides celluleuses anciennes; les bronches de ce côté étaient rouges. L’estomac était un peu resserré sur lui-méme dans sa portion pylorique ; les intestins grêles avaient leur volume naturel; le gros intestin offrait des resserrements dans divers points de son étendue; la surface interne de l’estomac était parfaitement blanche dans toute la portion splénique , mais la portion pylorique était fortement injectée. La surface interne du duodénum , ainsi que celle des cinq cinquièmes supérieurs environ de l’intestin grêle , était tapissée par du mucus mêlé à de la bile jaune ; toute cette partie de l’intestin était d’ailleurs très saine , blanche et transparente; en quelques points seulement existait une faible injection du réseau capillaire sous-muqueux. Dans le sixième inférieur de l’intestin grêle, lia membrane muqueuse présentait cinq à six larges ulcérations à bords irrégulièrement découpés, et dont le fond rougeâtre était formé par la tunique musculeuse mise à nu. Entre elles, la membrane muqueuse n’était que médiocrement injectée; les ganglions mésentériques correspondants étaient d’un rouge brunâtre et tuméfiés. Le gros intestin, rempli de matières consistantes et jaunâtres , était parfaitement blanc. La rate avait son volume ordinaire ; tous les autres viscères étaient sains. {îd. Jbid.)

Fièvre d’abord rémittente quotidienne , puis continue ataxique

et adynamique .

No 438. Un charpentier âgé de vingt-six ans, d’une forte constitution , habitant un lieu humide , éprouva des chagrins et surtout beaucoup de fatigue au commencement de l’année 1820 Vers le 15 octobre de la même année , il fut pris sans cause connue de lassitudes spontanées , de douleurs dans le.s reins et les membres ; il perdit l’appétit. Ces symptômes persistèrent les jours suivants. Il eut régulièrement des frissons tous les jours vers deux heures de l’aprés-midi ; ils étaient remplacés par une forte chaleur qui n’était pas suivie de sueurs. Cet homme consulta plusieurs médecins qui lui firent prendre un vomitif et deux purgatifs ; ensuite il but une lisatte amère. I! a eu une diarrhée abondante depuis lejouroù il a pris un vomitif. Entré à la Charité le 1er novembre , on lui pratiqua sur-le-champ une saignée de deux palettes, et on appliqua vingt-quatre sangsues à l’anus. Le 2 novembre , le sang

FIÎLVRES INTERMITTENTES ET REMITTENTES.

tiré la veille était recouvert d’une couenne peu épaisse ; le malade présenta l’état suivant : lassitudes générales, insomnie, tintement d'oreilles, narines sèches, bouche amére, langue jaunAlre tendant à la sécheresse , sans rougeur ; peu de soif, anorexie ; abdomen souple , un peu douloureux à la pression ; cinq selles très liquides; respiration large et facile, parole brève, pouls plein et fréquent, peau un peu moite. Les frissons quotidiens indiquaient l’existence d’une fièvre lémiltente, qui fut combattue par une infusion aqueuse de quinquina édulcorée avec le sirop de coing. Bourrache, orge, sinapismes aux jambes.

Le frisson manqua complètement. Le lendemain matin il y avait une amélioration sensible ; le malade avait dormi , sa langue s’était humectée ; pouls moins fréquent , douce chaleur à la peau , ventre souple et indolent, persistance de la diarrhée. Même prescription. Cette amélioration ne fut que passagère , et le 4 les symptômes les plus graves existaient : air de stupeur, prostration portée déjà à un très haut degré, langue sèche et noire, soif vive; ventre indolent , deux selles seulement : pouls très fréquent. Peux vésicatoires aux jambes, frictions sur les membres avec l'alcool camphré; mêmes boissons, et de plus la limonade minérale et une tasse de vin. Dans l’aprèsmidi , le malade commença à délirer ; il tint pendant toute la nuit les propos les plus incohérents. Dans la matinée du 5 , le délire persistait; les autres symptômes n'avaient pas changé. Quatre sangsues furent appliquées derrière chaque oreille, et deux vésicatoires furent placés aux cuisses. Le 6 , même état. Application de huit autres sangsues au cou. Le 7, délire moindre , mais affaissement extrême ; décomposition des traits , sensation d’une vive douleur aux lombes, soif ardente .langue noire ; ventre ballonné, indolent , cinq à six selles liquides rendues dans le lit; pc.au sèche et chaude, pouls très fréquent, assez résistant. Mêmes boissons , troisième application de sangsues au cou. Le 8, laface exprimait l’abattement le plus profond ; la respiration était très accélérée , la langue visqueuse, moins sèche que les jours précédents ; le ventre ballonné, l’intelligence complètement perdue. Mort le 9 à cinq heures du malin.

Autopsie trente heures après la mort. — Une sérosité trouble , lactescente, existait en petite quantité dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien delà face supérieure des deux hémisphères cérébraux. La substance cérébrale , de consistance ordinaire , était piquetée de points rouges ; un sang noir et liquide distendait fortement les sinus de la dure-mère ; une cuillerée à café de sérosité liquide existait dans chacun des ventricules latéraux. Cœur fort, proyiortionné à la taille du sujet et au développement du système musculaire. Lesdeux poumons étaient d’un rouge livide à leur partie postérieure, et à leur base ; ils étaient engoués par une énorme quantité de séro.^ilé rougeâtre; leur tissu était crépitant, mais d’une mollesse extrême ; il se réduisait en une sorte de pulpe sous le doigt qui le pressait. L’estomac était médiocrement distendu par un liquide brunâtre et par des gaz ; sa surface interne était d’un blanc grisâtre dans toute son étendue , excepté le long de la petite courbure où l’on apercevait deux ou trois bandes rouges qui, sans affecter de forme particulière , se prolongeaient du cardia aux environs du pylore. En plaçant celte partie de l’estomac entre la lumière et l’œil, on apercevait distinctement une foule de vaisseaux qui se ramifiaient, et entre eux beaucoup de petits points rougeâtres qui semblaient formés par du sang épanché Examinés à l’extérieur , l'intestin grêle et le gros intestin présentaient un grand nombre de plaques d’un rouge vermeil , offrant terme moyen de deux à trois travers de doigts de longueur , sur un ou deux an plus de largeur. Ces plaques étaient formées par des vaisseaux ramifiés autour desquels existaient des points rouges; elles avaient leur siège dans le tissu cellulaire qui unitla membrane péritonéale à la musculaire ; la portion de muqueuse qui leur corres-

OBSERVATIONS OU HISTOIRES PAExTICULIÈRES.

pondait n’étail point altérée. Examiné à l’intérieur, l’inlestin grêle était sain dans les quatre cinquièmes supérieurs. Le cinquième inférieur , dur et comme bosselé au dehors , présentait en dedans de nombreuses élevures de forme ovale ou irrégulièrement circulaire , couverte d’une sorte de détritus d’un gris jaunâtre , qu’on enlevait en raclant avec le scalpel. Au-dessous de ce détritus l’on trouvait un tissu dur, d’un rouge violacé , paraissant formé par le tissu cellulaire sous muqueux considérablement épaissi. Parmi ceséle- Yures ,les plus étendues avaient Jusqu’à trois et quatre pouces de diamètre en tous sens; les plus petites avaient à peine deux à trois lignes. Dans les intervalles qu’elles laissaient entre elles , la muqueuse était fortement injectée. Préside la valvule iléo-cœcale,etsur cette valvulemême, ellesétaient tellement rapprochées, qu’elles ne formaient plus qu’une seule masse bosselée et rugueuse, d’un gris jaunâtre. Celte altération finissait brusquement à l’entrée du cæcum. La surface interne de ce dernier intestin était très rouge , ainsi que celle du colon ascendant. Ces deux intestins étaient remplis par un mucus rougeâtre et sanguinolent; la muqueuse du reste du gros intestin était très blanche. {Id. ibid.)

. Fièvre rémittente quotidienne et puis adynamique continue.

No 439. Un carrier, âgé de vingt-huit ans, peau brune, cheveux noirs, muscles développés , s'était beaut oup fatigué au travail pendant la première quinzaine du mois de juillet. Vers le 20 juillet , il commença à sentir un malaise général, une forte céphalalgie ; son appétit se perdit, ses forces diminuèrent. On lui donna un éméto-calhartique ; il vomit abondamment, et alla plusieurs fois à la selle. Depuis cetteépoque il a eu de la diarrhée. A dater des premiers jours du mois d’août, il garda la chambre et bientôt s’alita. Toute la journée il éprouvait une chaleur brûlante , le soir il ressentait un froid assez intense dans les pieds et les jambes , il suait beaucoup chaque nuit. II ne prit jusqu’au 28 août aucun médicament actif. Entré alors à la Charité, il offritl’état suivant : céphalalgie sus- orbitaire, face rouge, yeux brillants , brisement des membres , accablement général ; langue couverte d’un léger enduit blanchâtre ; bouche amère ^ soif, anorexie ; ventre indolent et souple , quatre ou cinq selles depuis vingt-quatre heures, précédées de légères coliques ; toux légère , sentiment de chaleur à la gorge, déglutition pénible, pouls fréquent , de force ordinaire ; peau chaude , un peu moite. Aucune indication précise ne se présentait; les symi)lômes étaient assez modérés pour qu’on pût croire qu'ils céderaient à l’usage de sim[»les boissons adoucissantes , de la diète et du repos. Eau rie riz gommée , un bouillon. Le malade n’alla que deux fois à la selle jusqu’au lendemain malin. Froid partiel le soir, et sueur la nuit, comme de coutume A la visite du 29, la céphalalgie , la rougeur de la face, l’injonction des conjonctives , persistaient; la toux était plus fréquente, le pouls plus développé. Ainsi l’état d’éréthisme général s’était accru. Saignée de quatre palettes. Le sang tiré de la veine se réunit en un large caillot mou et sans couenne. L’exacerbation fébrile fut très forte le soir.

Le 30 , la rougeur de la face avait été remplacée par une pâleur remarquable ; la langue , dépouillée de son enduit blanchâtre , présentait une couleur rouge uniforme ; les lèvres, les dents et les narines étaient sèches; quatre selles liquides avaient eu lieu ; le ventre restait souple ; le pouls fréquent se déprimait facilement ; la chaleur de la peau était très élevée. Tisane d’orge gommée, diète absolue. Exacerbation le soir sans froid initial, sueurs et rêves fatigants durant la nuit. Le 31 , air de stupeur; même état du reste. Deux vésicatoires aux jambes. Le soir, léger trouble dans les idées. Le 1er septembre, l’air de stupeur était plus prononcé ; le malade était devenu très sourd, son intelligence paraissait d’ailleurs assez nette j trois fois il s’était levé pour

aller à la selle;la langue était sèche, le ventre ballonné; leponls très fréquent fuyait sons le doigt. Six sangsues derrière chaque oreille, embrocation d’huile de camomille camphrée sur l’abdomen ; lavement de camomille avec addition de douze grains de camphre, tisane d’orge.

Les sangsues coulèrent très abondamment ; dans la matinée du 2 , plusieurs piqûres donnaient encore du sang ; la stupeur avait fait des progrès. La teinte plombée de la face, l’expression morne des yeux que recouvrait cà moitié la paupière supérieure , l’augmentation de la surdité, la lenteur et l'incertitude des réponses , la faiblesse extrême du pouls qui était comme tremblant, et qui battait plus de cent trente fois par minute, le décubitus particulier du malade qui tendait toujours à glisser vers le pied de son lit, annonçaient l’existence d’un état adynamique qu’il était urgent de combattre. La langue était à la fois sèche et pâle , le ventre assez sou[)le; il n’y avait eu que deux selles. Deux nouveaux vésicatoires furent appliqués aux cuisses ; ceux des jambes étaient secs. Infusion de quinquina gommée, décoction de polygola oxyrnclée, lavement et embiocalion comme la veille. Dans la soirée, le malade [larut avoir subi une légère amélioration , I cxpressiori de la face était un [)eu plus animée, il s’était placé de lui-même sur le côté droit ; le [)ouls s’élail relevé ; trois ou quatre i)iqiires de sangsues coulaient encore , quelque effort qu’on eût fait pour arrêter cet écoulement. Petidant la nuit , le malade délira complètement. Le 3 , la langue était humectée, des croûtes noires couvraient les dents; quelques taches lenticulaires d’une teinte livide étaient è[)arses sur l’épigastre âlômes boissons , lavement avec une once de quinquina et douze grains de camphre; liniment ammoniacal avec addition d’une once de teinture de lavande pour frictionner les membres. J>isqu’au lendemain matin , le malade resta continuellement assoupi. Le 4, face cadavéreuse , réponses nulles. Cependant il tirait encore la langue lorsqu’on lui faisait signe de la montrer; elle était piâle, assez humide, légèrement encroûtée à son centre. Des fuligino.''ités recouvraient les lèvres et les dents. Quatre selles involontaires avaient eu lieu. Nous comptâmes cent quarantequatre battements artériels. Deux tasses de vin furent ajoutées à la prescription. L’affaissement devint de plus en plus grand datis la journée. Le malade, immobiledans son lit , les yeux à demi ouverts et entièrement éteints, la bouche entr ouverte, la peau déjà glacée, ressemblait à un cadavre. Des inspirations séparées par des intervalles qui devenaient de plus en plus longs, un pouls filifortne et d’une fréquence telle que ses battements ne t'ouvaient plus être comptés , étaient les seuls signes qui annonçaient encore que le malade n’avait i)as cessé d’exister. Cependant il vivait encore le 5; il avalaitencore très bien les boissons qu'on lui présentait Une demi-once de serpentaire de Virginie , et deux onces de sirop de quinquina furent r joulées à la décoction de cette écorce. Le malade lutta encore toule la journée contre la mort, et le souffle de vie qui lui restait, ne s'éteignit que le G, à cinq heures du matin.

Ouverture du cadavre vingt-neuf heures après la mort. — Le cerveau et ses membranes étaient remarquabb s p r leur pâleur ; les ventricules étaient à peu prés vides. Le cœur , vide de sang, présentait un tissu mou, flasque, entièrement décoloré ; une grande quantité de sérosité sanguinolente d’un brun foncé, engouait les deux poumons. Une pinte environ d’un liquide noir, offrant l'ensemble des propriétés physiques du sang veineux , était épanc hée dans chaque plèvre , qui ne présentait d’ailleurs aucune trace de phlegmasie. L’estomac , distendu par des liquides, présentait à l’extérieur , dans sa portion qui est en contact avec la rate , une teinte rouge livide; à l’intérieur il avait partout, excepté dans cette portion, une teinte d’un blanc grisâtre; la muqueuse était d’épaisseur ordinaire, et se détachait bien sous forme de membrane. Dans la portion splénique existaient quatre ou cinq larges taches

rouges dues à une infiltralion sanguine qui avait son siège dans le tissu cellulaire snu'< muqueux , et qui avait communiqué sa couleur à la membrane elle-même. Le duodénum , le jéjunum et les deux tiers supérieurs de l’iléum étaient pâles , et contenaient une assez grande quantité de bile jaune ; mais dans le tiers itiférieur de l’iléum existaient différentes espèces de lésions : de la surface interne de l’intestin faisaient saillies plusieurs plaques d’un rouge plus ou moins foncé; elles s’élevaient d’une à deux lignes au-dessus du niveau de la muqueuse ; leur forme était irrégulièrement ovalaire ; les i)lus petites égalaient le diamètre d’un pois , et les plus considérables celui d’une |)iéce de trente sous. Elles étaient formées par la muqueuse é[)aissie Dans leurs intervalles , celte membrane n’était que médiocrement injectée. Plusieurs (tlaques présentaient en quelques points de leur surface, des ulcérations dont le fond était formé par le tissu laminenx; d’autres étaient transformées en partie en un tissu jaunâtre , lout-à-fait semblable à une escarre par l’ensemble de ses propriétés physiques; d’autres enfin étaient entièrement transformées en ce même tissu. Sa couleur ne s’enlevait pas par un lavage répété , il fallait le déchirer pour le séparer des tissus subjacents, étonné pouvait le^ confondre avec de la matière fécale. Ailleurs ces escarres étaient en partie enlevées , et il en résultait des ulcérations plus ou moins irrégulières , dont le fond était formé par le tissu lamineux resté sain. Dans une ou deux ulcérations , l’escarre , presque entièrement détachée, ne tenait plus que par un mince ()édicule. Enfin , d’autres ulcérations n’en présentaient plus aucune trace ; une large escarre recouvrait la face sujiérieure de la valvule iléo-cœcale. La muquetise du cæcum et de trois portions du colon, présentait un assez grand nombre de petits ulcères arrondis, superficiels, à bords et à fonds blancs ; ils semblaient marcher vers la cicatrisation ; la muqueuse était pâle dans leurs intervalles. La rate était très voiumineuse. L’aorte contenait ime petite quantité de sang noir , liquide; sa membrane interne était d’une couleur rouge uniforme, (/t/. ihid.)

Filvre rémiltente quotidienne inflammatoire , puis ataxique.

No 440. Un jeune homme de vingt-quatre ans , résidant à IVîontluel , d’une bonne constitution, entre à l’hôpital en déci mbre 1823 , éprouvant depuis trois jours les symptômes suivants: céphalalgie frontale forte, chaleur générale ' é(he , langue lancéolée , blanche et humide; accélération et gêne delà respiration; pouls dur et fréquent, anxiété ; nulle douleur dans l’abdomen même à la pression. Troisième jour : limonade , diète. Épistaxis de cinq à six onces. La céphalalgie disparait, la bouche devient amère; du reste même état que la veille. Paroxysme le soir ; anxiété , figure pâle. Quatrième jour ; deux selles bilieuses spontanées, soif continuelle. Saignée du bras de quatorze onces. Le soir , paroxysme plus fort, yeux animés, dyspnée augmentée avec chaleur dans la poitrine. Eau gommée. Cinquième jour , rémission le malin. Les yeux sont inquiets ; le malade seplaint surtout qu’il ne peut étancher sa soif, et que l’amertume de sa bouche est extrêmement désagréable ; le pouls est toujours dur et accéléré , la respiration pénible, /dem. Sixième jour. L’épigastre devient sensible. Dix sangsues sur cette région. Frissons légers dans la nuit, suivis d’un redoublement violent de tous les symptômes et qui se prolongent le septième jour. Huitième jour , déjections bilieuses, ventre tenduet douloureux, pouls pelitet très fréquent, toux sèche, oppression très marquée, soif toujours vive. Dix autres sangsues au même lieu. Délire qui force de contenir le malade en l’attachant dans son lit. Rémission le matin du neuvième jour. Tisane de fleurs béchiques gommée, six grains de sulfate de quinine dans quatre oncesd’eau gommée. Le paroxysme du soir, débutantcomme les deux précédents par un frisson , est moins violent; le délire est plus trau-

quille ; la face est allernalivcment rouge et pâle; la soif est beaucoup moins vive. La rémission arrive plus tôt , mais le malade déraisonne toujours. Mêmes prescriptions. Paroxysme encore moins fort, rémission plus prononcée*

Le onzième jour. Trois grains de sulfate de quinine. Le malade commence à lier ses idées ; il se plaint beaucoup du ventre. En examinant celui-ci, j’aperçois qu’il est couvert de petits boutons durs , extrêmement douloureux ou toucher. Ces boulons se développent peu à peu et se font reconnaître pour des furoncles; leur nombre et la grosseur de quelques uns d’entre eux ont fait éprouver les souffrances les plus vives jusqu’à la sortie du bourbillon, c’est-à-dire pendant dix à douze jours. Enfin les paroxysmes du soir deviennent chaque jour plus légers. Douziémejour. La toux et l’oppression se maintiennent; expectoration de quelques crachats puriformes; soif peu vive. Deux vésicatoires au bras, boissons émollientes. Treiziéme jour. Le paroxysme qui avait retardé précédemment, ne paraît que dans la malinéeavec modération, et bientôt il est suivi pour la première fois d’un peu de moiteur. Rémission le soir ; la connaissance est entière, mais le regard est encore étonné. Depuis quatre jours il n’y a point de selles. Quatorzième jour. Ventre tendu, douloureux; nausées, efforts de vomissement. Huit sangsues suï l’épigastre, cataplasmes; mieux. Quinziéme jour. Cinq grains de sulfate de quinine ; point de paroxysme. Seizième jour. A la suite d’une forte tranchée, le malade rend une selle avec beaucoup de soulagement. Le pouls est toujours très fréquent , l’expectoration épaisse , abondante , glutineuse; la soif est presque nulle, la peau est humectée. Jusqu’au vingt-lroisiémejour la maladie marche régulièrement vers sa terminaison. A cette époque, retour d’un paroxysme en chaud et en froid. Deux laxatifs , alternant avec quelques doses de sulfate de quinine, font promptement disparaître la fièvre et ramènent l’appétit. (Nepple , ouvrage cité. )

Fièvre inflammatoire , type tierce , puis rémittente quotidienne.

ataxique.

No 441 . L^** , fusilier au 9® de ligne , entre à l’hôpital le 22 août . huitième jour d’une fièvre tierce, récidivée et compliquée de gengivite. Boissons gommées ou acidulées , sulfate de quinine à très faible dose jusqu’au 26 inclusivement. Le 28 au matin, le malade souffre plus que précédemment. Il accuse surtout une céphalalgie violente, avec étourdissements et défaillances. L’accès de fièvre qui se termine a été très violent. Saignée du bras, limonade bis , huit grains de sulfate de quinine. Le 29 au matin , j’apprends que l’accès de la nuit passée a été plus fort qu’aucun autre. La tisane de la veille a été vomie. L’épigastre est tendu et douloureux au toucher; la céphalalgie très vive malgré la saignée, la prostration croissante. Eau sucrée , vingt sangsues à l’épigastre Dans la soirée , l’accès vient plus tôtque d’ordinaire, presque sans frisson et avec une intensité plus alarmante.

Le chirurgien de garde , appelé dans la nuit, trouve le malade avec une fièvre ardente , sans voix , sans connaissance, et offrant les symptômes caractéristiques d’une congestion cérébrale. Il applique aussitôt dix sangsues à chaque tempe. Leurs piqûres saignent encore quand je revois le malade , le 30 au malin. Il a uriné involontairement dans son lit, il a recouvré depuis ua moment l’usage de la parole. Son accablement est tel , qu’il peut à peine se retourner. Il souffre de violents battements dans la tête. Eau sucrée, cinq sangsues derrière chaque oreille , trois demi-lavements , chacun avec cinq grains de sulfate de quinine. La nuitdu 31 au 1er septembre se passe presque sans fièvre, quoique le malade ait divagué et uriné involontairement. Deux autres demi-lavements avec autant de sulfate de quinine. Le 2 septembre, point d’accès. L’apyrexie serait parfaite, si le malade n’avait le pouls fré»

OBSERVATIONS OU HISTOIRES PARTICULIÈRES. gy

quent, roide, et un peu de chaleur à la peau. Il ne peut se tenir debout tant il est faible encore. Néanmoins sa convalescence fait des progrès. Aujourd’hui , 10 septembre, il est dans un état de santé satisfaisant, et qui fait espérer une guérison complète. ( Gasté , Journal universel et hebdomadaire de médecine , 1831.

Fièvre intermittente bilieuse , type tierce.

No 442. Rambaudjâgé de trente-huit ans , d’un tempérament analogue a celui de l’habitant du pays d’étangs , sujet à l’ophthalmie chronique , aux ulcères des Jambes, employé au lavage des laines dans la manufacture de draps de. . ., éprouvait depuis quelques jours du dégoût avec perte d’appétit. Dans le courant du mois de septembre 1822 , le matin , il ressent un frisson général avec tremblement, des nausées, et un brisement des membres inférieurs. Ces symptômes durent deux heures , et sont remplacés par une chaleur modérée et de la céphalalgie frontale. Le malade se plaint en même temps d’une grande amertume du goût ; sa langue est large, humide , jaunâtre ; la soif très modérée; le pourtour des lèvres est d’une couleur verdâtre; le reste de la face est légèrement coloré ; l’épigastre est pesant, nullement douloureux; une sueur abondante commence dans la soirée, et le malade s’endort tranquillement.

Le lendemain, l’apyrexie était complète ; mais tous tes symptômes d’embarras gastrique persistent : la fièvre est réglée en tierce. Diète , limonade. Après le quatrième accès , un grain d’émétique fait rendre une grande quantité d’une bile verte. Le cinquième accès ne diffère point des précédents , et les symptômes saburraux sont à peine diminués. Deux purgations administrées pendant les intermissions suivantes n’amènent aucun changement. La bouche est toujours mauvaise , l’anorexie prononcée. Un grain et demi d’émétique dans une tasse de bouillon aux herbes. Vomissement copieux, verdâtre ; goût naturel , appétit. L’accès suivant , qui est le huitième, est très léger; infusion amère, guérison. (Nepple , ouvrage cité.)

Fièvre intermittente bilieuse double-tierce.

No 443. Le sieur P**^, âgé de trente-huit ans , d’un tempérament bilieux, d’une complexion forte, se plaignait depuis quelques jours de lassitudes, de brisement dans les membres, d’inappétence, de dégoût, de pesanteur à l’épigastre, lorsque, le 3 août 1830, il ressentit tout-à-coup un frisson vif qui, d’abord borné à la partie postérieure du tronc, devint ensuite général etfut suivi d’un Iremblementsiconsidérablequelesdentsse heurtaient avec une violence extraordinaire. Au bout de quelques heures, une chaleur intense se déclara, des vomissements de bile eurent lieu; dans la soirée la fièvre se termina par une sueur légère. Le 4, les accidents fébriles reparurent, mais ils n’étaient pas à beaucoup prés aussi prononcés que la veille. Le 5, à dix heures du matin, un accès semblable à celui du 3 se manifesta. Ce fut alors seulement que le malade me fit appeler. Voici les symptômes qu’il présentait quand j’arrivai auprès de lui ; céphalalgie frontale des plus douloureuses, teinte jaune des yeux et du pourtour des lèvres et des ailes du nez ; langue rouge sur les bords, brune et fendillée dans son milieu ; sensibilité extrême de l’épigastre et de l’hypocondre droit, soif inextinguible, peau brûlante et sèche ; pouls dur, fréquent et serré ; urine très foncée, constipation. Vingt sangsues au creux de l’estomac; laisser saigner jusqu’à ce que le sang s’arrête de lui-même, tisane mucilagineuse, diète sévère. Le 6, il y eut un mouvement fébrile, mais si léger qu’il ne dura qu’une ou deux heures, et que le malade ne fut pas obligé de se coucher. Le 7, accès caractérisé par les mêmes symptômes que celui du 5 , mais beaucoup moins fort.

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