‹ Monographie des irritations intermittentes ou traité théorique et pratique des maladies périodiques ... et ... de tout ce qui offre de l'intermittence ou de la périodicité en pathologieChapitre 48 sur 79 · II · texte numérisé non relu

II

Quinze sangsues à l’épigastre pendant la période de la chaleur. Le 8 , dix grains de sulfate de quinine dans une potion gommée, à prendre dans la matinée par cuillerées et d’heure en heure. Apyrexie complète le reste de la journée. Le 9, prescription ut suprà Point de fièvre. Le 10, retour de l’appétit, convalescence. (Bonnet, Traité des fièvres intermittentes.)

Fièvre intermittente tierce y puis quotidienne.

Nq 444. Le fils de M. Del..., âgé de quatorze ans, d’un tempérament lymphatique, d’une santé délicate , habituellement pâle et bouffi, éprouva, le 6 octobre 1829 vers le soir, un froid léger qui débuta par les pieds, gagna les jambes et les cuisses, et se propagea de là au reste du corps. Une chaleur modérée survint ensuite, et tous les accidents disparurent dans la nuit du 7. Le 8 un accès plus intense que le précédent se manifesta; le malade se plaignit d’une vive céphalalgie ; il avait des nausées continuelles et vomissait de temps en temps des matières fades et glaireuses ; le ventre était tendu, un peu douloureux, le pouls petit et fréquent, la langue pâle, la soif nulle. Tisane mucilagineuse. Le 9, apyrexie. Le 10, les mêmes symptômes qu’on a observés le 8, se reproduisent; il y avait de plus des coliques accompagnées de selles liquides, une toux fréquente et une tendance assez marquée à l’assoupissement. Huit sangsues à l’épigastre. Le 11, huit grains de sulfate de quinine dans une potion gommeuse. Le 12, point de fièvre. Le 13, continuation du sulfate de quinine. Convalescence. Le 10 novembre il y eut une rechute dans laquelle la fièvre, au lieu d’être tierce, affecta le type quotidien. On a recours sur-le champ au sulfate de quinine. L’accès suivant manqua, et le malade s’est parfaitement rétabli. {Id. ibid.)

Fièvre intermittente simple.

No 445. Agé de trente-cinq ans, doué d’un tempérament mixte, peu robuste, supportant avec peine la chaleur et les exercices du corps, je fus contraint, dans les mois de mai et de juin 1822, la saison étant très chaude, de faire de longues courses à pied dans les environs de Montluel, mais non dans la partie marécageuse de mon arrondissement médical. Bientôt j’éprouvai des lassitudes permanentes avec diminution de l’appétit; ce fut dans cette disposition qu’après un repas pris avec dégoût et une longue promenade au soleil, excité par la soif, je mangeai une grande quantité de cerises très acides. Le soir même je ressentis des horripilations , une lassitude générale plus prononcée ; mais je n’éprouvai aucun sentiment de douleur ou de malaise à l’épigastre. Les deux jours suivants, l’appétit est nul, la langue est î)lanche, humide, sans mauvais goût, sans désir de boire ; le ventre est souple ; pendant toute la matinée des frissons superficiels et irréguliers parcourent la région dorsale; les genoux et les cuisses sont brisés; tout le système musculaire est sans force; dans le reste de la journée des bouffées de chaleur s’élançaientà la face, les orbites sont pesants, mon sommeil est pénible, le pouls est à peu prés dans son état ordinaire. Le quatrième jour, à huit heures du matin, je ressens dans le dos un frisson plus profond et plus prolongé, très modéré néanmoins. Le brisement des membres inférieurs devient fort douloureux; la face est pâle, le nez froid, la bouche sèche, la soif se fait sentir, et j’éprouve quelques nausées ; les poumons restent parfaitement libres. Au bout d’une heure et demie le froid cesse, et avec lui l’état douloureux des membres et les nausées; la ehaleur succède insensiblement en commençant par la tête, qui devient douloureuse dans la région fronto-orhitaire; la soif augmente, le pouls se relève, devient fréquent et plein. A la sixième heure l’accès est parvenu à son plus haut degré : le front est comme comprimé, les yeux redoutent la lumière et le moindre mouvement de leurs

muscles, la face est rouge, la boisson la plus fraîche ne désaltéré pas, la gorge et le palais sont secs, la langue s’y attache lorsqu’elle cesse un instant d’être humectée; l’anxiété est générale, brûlante, presque intolérable. Il faut avoir été atteint de la fièvre d’accès pour avoir une idée du malaise extrême qu’elle fait éprouver ; car ce n’est point une douleur aiguë, c’est véritablement un malaise général, une angoisse indicible; la fièvre continue la plus violente ne produit pas cet état. Le pouls est plein et fort, il donne cent dix pulsations par minute, l’épigastre est un peu sensible à la pression. Cet état se maintient pendant quatre heures, après lesquelles tous les symptômes commencent à baisser, la peau s’humecte, et quatorze heures après l’invasion du frisson, l’apyrexie est complète. Pendant lintermission dont la durée s’étend depuis minuit jusqu’au surlendemain matin, trente-deux heures, il me reste encore une grande faiblesse , une lourdeur fronto-orbitaire, et je n’ai nul appétit, quoique la bouche soit bonne. Huit sangsues à l’épigastre, limonade, bière coupée, bouillon de poulet et aux laitues, crème d’orge.

Le sixième jour, second accès, débutant à la même heure (huit heures du matin), avec les mêmes symptômes, et précédé d’une nuit asitée ; il se termine dans le même espace de temps par une moiteur plus forte; même intermission, sommeil tranquille; constipation. C’est un phénomène presque constant dans la fièvre tierce, que le calme qui caractérise la nuit qui suit immédiatement l’accès, et l’agitation de la nuit qui le précède ; on pourrait en tirer une conséquence pratique pour ^admini^tration du fébrifuge. Même traitement, les sangsues exceptées. Auhuiliémejour, a[)parition du troisième accès à la même heure, les symptômes en sont plus violents ; pendant le frisson, les nausées et le brisement des cuisses sont plus pénibles, et dans le deuxième stade, la céphalalgie et la chaleur plus intenses. Une véritable sueur termine l’accès ; intermission plus franche, moins de faiblesse. Le dixiéme jour, le frisson du quatrième accès est plus fort et plus prolongé, il s’y joint des vomissement? répétés des boissons, et de quelques mucosités insipides ; la chaleur qui succède semble pénétrer en ruisseaux de feu jusqu’à la dernière fibre de mes organes, et me jette dans une angoisse voisine du délire ; il me semble que ma tête bouillonne, ma bouche est aride, soif inextinguible. Je parviens pourtant à tempérer un peu cette chaleur extrême par un mélange très froid de bière et d’eau, par l’application sur le front de compresses imbibées d'oxicrat froid, sans cesse renouvelées, et en me débarrassant de toute couverture. La durée de cet accès est de seize heures ; il se termine par des sueurs abondantes et un sommeil tranquille et prolongé. Au réveil l’appétit se fait sentir, une éruption pustuleuse se forme sur la paupière droite. Potage. Six heures avanUe cinquième accès présumé, je prends six grains de sulfate de quinine en une seule dose; sa présence dans l’estomac ne s’annonce par aucun effet sensible ; la fièvre ne reparaît pas, l’appétit et les forces reviennent rapidement. Six grains de sulfate de quinine dans les deux Jours suivants. (Nepple, ouvrage cité.)

Fièvre quotidienne inflammatoire.

No 446. La fille d’un vigneron, âgée de dix-huit ans, d’un tempérament sanguin, 'était réglée depuis sa treiziéme année; elle n’avait eu que des maladies propres à l’enfance, comme la rougeole , la variole ; elle habitait depuis peu une maison située au bord d’une rivière. Le 12 octobre 1811, bien que ses régies eussent parule matin, la malade alla vendanger, fut exposée durant le jour à l’ardeur d’un soleil très chaud , et le soir eut l’imprudence d’aller se laver les pieds à la rivière voisine. Suppression des menstrues; deux heures il après, frissons, lassitude générale, pesanteur de tête, tremblement suivi de

FIÈVRES INTERMITTENTES ET REfllITTENTES,

chaleur et d’une sueur abondante qui termine l’accès. La nuit suivante , insomnie. Le lendemain, la malade retourne à son occupation ordinaire, mange et boit bien ; mais sur les trois heures , frissons et accès complet qui dure cinq ou six heures. Au cinquième accès , la fièvre débute par des frissons de longue durée ; les yeux sont brillants; langue humide , pouls fort , peau halitueuse, urines rouges. Huit sangsues à la vulve. Elles tirèrent beaucoup de sang et ramenèrent les règles. Le lendemain plus de symptômes de fièvre» L’écoulement menstruel continue; la guérison est complète. (Ifinel, iYoso^'ra- 'phie philosophique , t. i. )

Fièvre tierce inflammatoire,

1^0447 Une domesliq4ie âgée de trente-six ans, douée d’embonpoint et de vivacité , le visage plein et coloré , habituellement bien réglée, etjouissint de la meilleure santé, éprouva pendant trois étés une fièvre tierce dont voici les symptômes : invasion vers midi sans symptômes précurseurs ; la malade est tout-à-coup saisie, au milieu de son travail , d’un frisson général, et peu après d’un tremblement très fort pendant une heure; tout le visage est violet , la soif extrêmement vive; nul symptôme gastrique, ni muqueux , et môme l’appétit subsiste pendant tout le froid à la fin duquel la malade se couche. Alors paraît une chaleur qui devient très intense , quoique toujours halitueuse ; le visage est d’un rouge vif et animé , la conjonctive injectée ; le mal de tête commence avec la chaleur , s’accroît avec elle et devient très fort , quelquefois meme il y a léger délire ; la soif est beaucoup moindre que pendant le tremblement; le pouls est grand , fort et fréquent. Au bout de quelques lieures il paraît une sueur universelle et copieuse , à la suite de laquelle la malade se lève vers le soir et mange de bon appétit. Hors le temps des accès elle était comme en santé et vaquait à ses travaux ordinaires.

A chaque récidive de la fièvre intermittente elle fut guérie au quatrième ou au cinquième accès par une saignée qu’on fit les deux premières fois au pied et la troisième au bras , sans autre remède et sans que la malade éprouvât aucun inconvénient de cette prompte guérison. ( Fizeau, Mémoire sur les. fièvres intermittentes )

Fièvre inflammatoire , type tierce.

No 448. François , de la commune des Esserts , âgé de trente-quatre ans , d’une constitution sanguine , d'une taille au-dessous de la moyenne, mais assez carrée, tête volumineuse , cou court , fut attaqué , le 25 juillet 1829, d’une fièvre intermittente tierce, dont les premiers symptômes furent peu intenses. Durant l’accès il y avait céphalalgie sus-orbitaire qui devenait très forte et gagnait le sommet de la tête au moment de la chaleur; dégoûts, bouche mauvaise et amère, bâillements, engourdissement des facultés intellectuelles , sentiment de fatigue et de douleur dans les lombes , de gonflement dans la région épigastrique, constipation. Un officier de santé des environs fut appelé, fit vomir le malade avec trois grains d’émétique. Le 27, accès plus fort. Céphalalgie plus intense, stupeur suivie de délire accompagnée de symptômes gastriques très prononcés , embarras intestinal , constipation. Deux onces d’huile de ricin procurent plusieurs selles. Le 29, nouveaux frissons qui annoncent un violent accès. Je fus appelé, et quand j’arrivai prés du malade, il avait rejeté quelques matières 'liquides et glaireuses par un effort de vomissement qui avait signalé l’invasion du tremblement; il entrait dans la période de chaleur; les yeux étaient rouges, brillants; figure étonnée , légèrement bouffie ; tête douloureuse , et si pesante qu’elle entraîne le malade quand il essaie de se mettre sur son séant , stupeur , surdité sensible, mouvements automatiques des mains, réponses vagues oiî

insignifiantes aux questions qu’on lui adresse, prostration générale; langue Iblanche et sèche , pouls dur et fréquent , peau sèche et chaude. Saignée de vingt-quatre onces. Les sueurs s’établissent plus tard, mais elles sont plus abondantes que dans les précédents accès. Décoction d’orge et de pruneaux pour boisson ordinaire , diète, lavements émollients.

Le lendemain, apyrexie très sensible. Le malade est seulement engourdi et enclin au sommeil; il n’y a pas de dégoût, pas de soif, la langue est blanche; le malade est tantôt dans une indifférence surtout ce qui le regarde, tantôt un peu inquiet sur sa fièvre. Vingt-quatre grains de sulfate de quinine divisés en six paquets, sont administrés de deux heures en deux heures, délayés chacun dans une tasse d’infusion de fleurs de tilleul et d’oranger. Le 31 juillet , point d’accès fébrile , mais le malade est faible , engourdi ; il est comme accablé de fatigue et reste blotti dans son lit d’où on a peine à lui arracher quelques mots et à le faire soulever pour lui donner à boire. La chaleur et la transpiration sont presque continuelles. Le lei août, on administre encore six grains de sulfate de quinine divisés en deux doses et délayés dans une infusion de petite centaurée; bouillon de veau et de poulet pour boisson ordinaire; langue toujours blanche ; le malade n’a ni faim ni soif; lavements émollients. Le lendemain , même état d’indifférence, de fatigue et d’inappétence ; large vésicatoire à la nuque ; frictions sèches et rudes exercées sur les membres supérieurs et inférieurs: infusion amère de petite centaurée. Le 3, le malade se plaint de son vésicatoire; le moral commence à se ranimer et le physique à reprendre ses fonctions ; l’appétit se prononce. La convalescence est déclarée, et la guérison rapide.

Fièvre quarte et tierce inflammatoire,

No 449. Jean M***, de la commune de Reignier, âgé de quarante ans, taille îïioyenne , tempérament sanguin , forte constitution , très laborieux et vivai'.t sobrement, n’avait jamais eu d’autres indispositions que des toux et des catarrhes , pendant les hivers précédents. Vers le milieu de septembre 1829, •il fut pris de fièvre intermittente à la suite de travaux fatigants, assidus et prolongés, malgré l’intempérie de la saison. La veille de l’invasion de la fièvre , il avait même reçu une averse sur le corps qui ne l’avait point décidé à changer d’habillement. La fièvre débuta par des frissons et un grand froid dans le dos et les extrémités , mal de tête , toux sèche , bouclie pâteuse , dégoût pour les aliments, fatigue et accablement qui le forcent de sc mettre au lit ; la chaleur et les sueurs se succèdent et durent assez long- temps. Le lendemain, il n’y a qu’un peu de fatigue et de malaise général, le malade sort pour ramasser des fruits ; le jour suivant, il est si bien qu’il se croit guéri et reprend ses travaux de labour.

Le troisième jour, accès semblable au précédent, meme terminaison. Tant que la fièvre lui permet de travailler pendant deux jours de suite, le malade s’en inquiète peu et continue son genre de vie ordinaire. Mais après plusieui s accès le mal de tête devient très violent, la toux fatigante; l’oppression et la difficulté de respirer ne disparaissent plus entièrement pendant les jours' d’intermittence; de fortes quintes de toux se renouvellent chaque soir de manière à empêcher le repos et le sommeil. Quand je vis le malade le 28 septembre, jour de son accès , la peau était chaude et sèche, la face rouge, le teint et les yeux animés, la langue blanche et sèche ; inapi)élcnce, pouls fort et plein , respiration pénible , sentiment de constriction et de gêne vers le îiaut de la poitrine et sur les côtés , céphalalgie devenue insupportable par les quintes violentes de toux ; anxiété, abattement , prostration des forces ; retour de quelques frissonnements dans lesextrémités inférieures , douleur dans les épaules. Saignée copieuse, boissons adoucissantes, diète. Les sueurs

SC font attendre assez long-temps, mais finissent par être très abondantes. Le malade repose durant la nuit, et le lendemain se trouve avoir repris ses forces et son appétit. Lait chaud et sucré pour toute nourriture. Le 30,1e malade est impatient de sortir, mais il ne fut pas plus tôt sur les champs qu'il fut pris d’un violent accès de fièvre semblable aux précédents. Les symptômes gastriques sont plus prononcés, il y eut des nausées et plusieurs vomissements de lait caillé; angoisse, oppression et faiblesse extraordinaire. Quand je revis le malade, le pouls était dur , serré ; la céphalalgie intense, la respiration courte, génée; une douleur assez forte se fait sentir entre les deux épaules surtout pendant la toux; pâleur et inquiétude, yeux rouges ^ saignement par le nez, abattement extrême. Nouvelle saignée de dix-huit onces, eau de gomme édulcorée avec le sirop capillaire, diète. J’attends que l’apyrexie se manifeste pour administrer le quinquina. Elle ne s’établit pas ; il n’y a qu’une rémission bien sensible. Le 2 octobre, il commence l’usage du sulfate de quinine. 11 en avait pris huit grains en deux doses quand un nouvel accès arriva de midi à une heure. Les frissons sontmoins longs, la toux, l’oppression, la céphalalgie moins marquée, la chaleuretlessueurs se prolongent comme de coutume, la bouche reste pâteuse, l’oppression et l’inappétence continuent, mais sans soif, sans rougeur, ni sécheresse de la langue, ni fréquence du pouls. Le sulfate de quinine est administré à la dose de trois grains, de deux heures en deux heures, et délayés dans une décoction de petite centaurée. Le quatrième, dix-huit grains de sulfate de quinine avaient été administrés avant le retour présumé de l’accès; il ne fut retardé de deux heures, ou plutôt il n’eut pas lieu, car tout se borna à un peu de chaleur, d’oppression et de malaise général. La toux est accompagnée de crachats muqueux, l’appétit commence à se faire sentir. On continue la décoction de petite centaurée. Il n’y a pas de nouveaux accès; la toux et l’expectoratiori persistent quelques jours, parce que le malade ne peut s’empêcher deprendre l’air extérieur qui est froid et humide. 11 n’y a pas de rechute.

Fièvre inflammatoire d'abord tierce, puis rémittente quotidienne*

No 450. Marie, du bourg de Elamet, repasseuse, âgée de trente-six ans, d’une petite taille, d’une bonne constitution, n’avait jamais eu de maladie grave. Mère de quatre enfants bien portants, elle accoucha d’un cinquième au commencement de février 1829. Douée d’un courage et d’une grande vivacité naturelle, encouragée d’ailleurs par l’heureuse expérience du passé , elle ne demanda ni les soins ni les conseils de l’art pour sou dernier accouchement. Elle fit des efforts inouïs pour se débarrasser le plus tôt possible d'un gros garçon qu’elle fit sain et plein de vigueur. Le placenta fut expulsé de même très rapidement, soit par les contractions de la matrice, soit par les efforts très prononcés de la malade. A la suite de tout cela, pertes immodérées de sang, coliques, sentiment de pesanteur et douleursvives dans le bas-ventre. La malade ne peut uriner qu’avec difficulté et se plaint d’une ardeur brûlante occasionnée par le passage des urines. Quand je la vis pour la première fois, le 16 février, huit ou dix jours après son accouchement, elle éprouvait encore des pertes assez abondantes de sang pur, chaque fois qu’elle donnait à téter à son enfant. Face pâle, air inquiet et souffrant, pouls serré, d’une force et d’une fréquence modérées ; bouche mauvaise, tangue hlanche et sèche, soif habituelle, constipation, difficulté d’uriner, douleur et pesanteur dans la région de la matrice; faiblesse et abattement général; retour des pertes sanguines quand la malade exerce des mouvements un peu rapides et chaque fois qu’elle donne le sein à son nourrisson. Repos absolu, lavements adoucissants, potion calmante, régime doux et nourrissant. Le 18 la malade s’impatiente dans son lit, se plaint de ne reprendre ni forces, ni

OBSERVATIONS OU HISTOIRES TARTICULIÈRES. 1o3

appétit; cependant les mamelles sont gonflées et fournissent du lait. Elle essiie de se lever, prend froid, et un accès de fièvre se déclare. Pendant le frisson, nouvelles pertes de sang, engourdissement et douleur dans la jambe droite, douleurs plus prononcées dans la région de la vessie et de la matrice ; les urines coulent assez souvent, mais avec un sentiment de brûlure. Céphalalgie , boucbe mauvaise etamére, langue blanche et humide, fréquentes envies de vomir ; agitation, inquiétude pendant la période de chaleur; dés que les sueurs s’établissent, la malade devient plus tranquille et fait un sommeil. iMéme régime, fomentations émollientes sur le bas-ventre, plusieurs demi-lavements qui ont un bon effet. Le 19, la malade se plaint de n’avoir point d’appétit, d’avoir moins de lait; la bouche toujours amére, les envies de vomir fréquentes. Je cède à son désir et lui fais prendre vingt-quatre grains d’ipécacuanha. Elle rejette en effet une grande quantité de bile, et pour la première fols fait deux selles sansjavement ; la dernière selle est accompagnée de coliques. Même ardeur en urinant; chaleur et pesanteur dans le bas-ventre, jambe droite extrêmement pesante, engourdie et douloureuse au genou. Un bouillon est pris et trouvé bon pour la première fois. Régime humectant et adoucissant, frictions chaudes et sèches sur la jambe qu’on enveloppe de flanelle. Le lendemain matin nouvel accès de fièvre, frissons très sensibles qui commencent et se font particulièrement sentir aux extrémités inférieures, dégoût, bâillements, toux sèche, pandiculation, douleur et pesanteur dans la région hypogastrique, mais surtout très prononcée à la partie supérieure interne de la jambe malade ; nouvelles pertes sanguines. La chaleur amène un peu de céphalalgie et d’agitation, les sueurs, un peu de calme et le repos. Application de dix-huit sangsues à la partie supérieure et interne delà cuisse près de la vulve ; il s’écoule peu de sang par les piqûres. Le 21, la malade est tourmentée du désir de manger, bien que la digestion se fasse d’une manière lente et pénible. Elle est désespérée de voir ses mamelles s’affaisser et de perdre son lait. Le volume et le poidsde la jambe a augmenté. Friction avec un liniment camphré et ammoniacal, lavements. Douze grains de sulfate de quinine en quatre doses et délayées[ chacune dans un demi-verre d’émulsions d’amandes douces. Le lendemain, accès moins sensible ; les frissonnements durent peu ainsique la chaleur, mais celle-ci persiste seule et sans sueurs; faiblesse et malaise général, une espèce de cordon saillant et douloureux se dessine de plus en plus le long de la partie interne de la cuisse, et va répondre à un gonflement assez considérable de la vulve et de l’aine du même côté. L’écoulement des urines est toujours pénible, ainsi que le sentiment de chaleur et de pesanteur dans le fias-ventre. La malade est extrêmement faible, et se tourmente beaucoup de ne pouvoir continuer à nourrir; ses mamelles sont flétries et ne contiennent que peu ou point de lait. Neuf grains de sulfate sont encoreadministrés en trois doses. Le 24, redoublement fébrile assez marqué, soif plus prononcée que de coutume, toux fatigante et qui rappelle les pertes sanguines; l’enflure de la jambe s’étend au-dessous du genou, elle est si engorgée, si pesante que la maladeest obligée de la prendre à deux mains pour la changer de place. Cette enflure est chaude et rénitente à la cuisse, ailleurs elle est froide et cède facilement à l’impression du doigt qui ne s’efface que peu à peu. Trois vésicatoires camphrés sont appliqués, l’un à la partie interne et moyenne de la cuisse malade et les deux autres aux mollets de chaque jambe. Bouillon de poulet pour toute boisson, lavements. Les redoublements fébriles deviennent quotidiens; la sécheresse de la langue et la soif habituelle m’empêchent de revenir au sulfate de quinine. Les fonctions digestives ne reprennent point d’énergie; on essaye de l’eau sucrée vineuse quela malade désire ardemment. Elle y trempe un biscuit qu’elle trouve bon. Le 26, redoublement marqué par une plus grande chaleur et le délire, les vésica-

toires sont en pleine activité, mais ne sont sensibles qu’au moment du pansement; la malade se désole et s’affaiblit d’une manière rapide. On ouvre plusieurs phlyctcnes qui se sont développées sur différentes parties de la jambe et du pied engorgés, il s’en écoule beaucoup de sérosité. Dévoiement. Le bouillon de poulet est remplacé par l’eau de riz édulcorée avec le sirop de gomme. Délire et rêvasseries durant la nuit. Le lendemain elle est plus calme, mais la faiblesse est extrême; le pouls est irrégulier. Selles involontaires, excoriations de la partie interne de la cuisse d’où s’exhale de la sérosité rougeâtre et fétide, couleur blafarde des vésicatoires. Le 28 et le 29, redoublements fébriles à des degrés et à des heures qui ne se correspondent point, la respiration s’embarrasse , toutes les fonctions semblent être suspendues en même temps, et la malade succombe le 2 mars.

Autopsie. — Rien de particulier dans l’estomac, si ce n’est quelques pointillements rougeâtres vers la petite courbure ; deux ou trois plaques rouges dans le duodénum ; l’extrémité inférieure des intestins grêles est remplie de matières jaunâtres et grisâtres assez tenaces ; dans le cæcum et le colon quelques élevures blanchâtres et superficielles ; traces d’inflammation plus sensibles sur le rectum dont la muqueuse présente des stries rouges et des points noirâtres. Le corps de la matrice est beaucoup plus dur et plus volumineux qu’il ne doit l’être après un mois d'accouchement, les parois en sont épaisses, gonflées et d’un rouge brun. Du côté droit se trouvent des espèces de mamelons rugueux qui correspondent à un engorgement inflammatoire du cordon et de l’ovaire du même côté. Les parois de la vessie sont gonflées et rouges dans la moitié de sa surface qui correspond à l’embouchure du méat urinaire. Le tissu cellulaire sous-cutané de la jambe droite présente presque dans toute son étendue un pouce d’épaisseur au moins, à la partie supérieure et interne de la cuisse il est dur, comme lardacé; il ne cède qu’avec bruità l’action du scalpel. Au côté droit de l’abdomen et à la partie la plus déclive une énorme poche qui s'était formée presque subitement la veille de la mort, entre la peau et les muscles sous-cutanés ; cette poche renfermait une demi-pinte de sérosité jaunâtre.

Fièvre intermittente double-tierce nerveuse.

No 451. M. Soulages père, de Lunel , âgé de soixante six ans, s’alita le 21 septembre 1782. Depuis quelque temps il se plaignait d’une existence pénible et de rêver toutes les nuits d’objets très disgracieux. Au cinquième paroxysme il survint une attaque de convulsions très alarmante qui laissa une paralysie de la langue. Dés son début la fièvre s’était fait remarquer par un affaissement particulier, et le malade s’était plaint d’une douleur soutenue dans la région lombaire. Les paroxysmes quotidiens marchaient en double tierce et leur intensité se correspondait à jours alternatifs. M. Soulages avait déjà été vidé par l’émétique et le surlendemain par un purgatif dont les effets furent soutenus par des mixtures cordiales. Mon premier soin fut de faire appliquer une ventouse à la nuque et administrer des frictions rudes aux extrémités inférieures. La raison de la préférence que je donnais à ces moyens, trop négligés peut-être, sur les vésicatoires, fut fondée sur le pouls qui , lorsqu’il est mauvais, contre-indique ces topiques , de peur que , après la surexcitation des forces dues à l’irritation, l’atonie ne soit plus grande et plus fâcheuse. On continua les potions cordiales animées avec le lilium de Paracelse et l’espn'f de Mindérérus. La tisane fut une infusion de fleurs de camomille romaine, adoucie avec le miel, le ventre était fermé- A ma visite du lendemain malin, la paralysie de la langue n’existait plus , le paroxysme était tombé sur les quatre heures du matin, et dans la rémission , le malade avait l’air étonné , du penchant à dormir. Son pouls était lent et

OBSERVATIONS OU HISTOIRES PARTICULIERES. lo5

irrégulier sans faiblesse. On appliqua les vésicatoires. La reprise qui suivit et qui commença sur les neuf heures du matin , fut seulement remarquable par des disparates et une certaine difücullé à s’exprimer.

Le septième paroxysme , qui débuta à dix heures du matin , amena de nouveau l’attaque des convulsions et la paralysie de la langue avec beaucoup d’affaissement. Trois gros de quinquina en substance sont administrés de deux heures en deux heures, associés avec trois grains de carbonate ammoniacal dans un véhicule composé de vin et d’eau. Ses heureux effets furent marqués d’abord par la disparition de l’affection paralytique et convulsive, ensuite par la moindre intensité du plus grave paroxyme. J’eus recours à la teinture d’Huxham comme mieux appropriée à la débilité. Ce médicament termina heureusement une maladie que l’age du malade et la gravité des symptômes annonçaient devoir être mortelle. Il prit en tout trois onces de quinquina en substance et deux onces sous forme de teinture. ( Baumes , Traité des fièvres rémittentes , t. ii. )

Fièvre intermittente nerveuse y type tierce.

No 452. Constant M**, âgé de treize ans , d’un tempérament mixte , tenant à la fois du lymphatique et du nerveux, taille très allongée pour son âge, tête volumineuse , développement précoce des facultés intellectuelles ; constitution physique généralement faible et molle , passions douces , se livrant avec succès à l’étude , fut attaqué de fièvre intermittente tierpe au collège de Bonneville, au commencement d’avril 1829. Combattue par force évacuants, ia fièvre céda , mais le malade resta d’une susceptibilité physique et morale très grande; les fonctions digestives étaient tantôt languissantes, tantôt d’une activité telle que l'appétit était insatiable et accompagné d’une soif habituelle. Il lui était resté encore, depuis la guérison de la fièvre, une toux sèche qui le fatiguait beaucoup et rendait son travail pénible. Le jeune malade maigrissait et son teint était pâle; ses parents le rappelèrent auprès d’eux. Il fut soumis à un régime doux et lacté. La suspension de toute espèce d’étude , l’exercice journalier en plein air et un large vésicatoire sur le devant de la poitrine dont on entretint la suppuration pendant plusieurs jours, dissipèrent la toux : il reprit promptement des forces et une bonne santé.

Il en jouissait depuis deux mois, quand la fièvre intermittente se manifesta de nouveau le 5 juin, à la suite d’un refroidissement qu’il éprouva sur le bord d’une rivière où il ôta ses habits pendant qu’il était en sueur. Aussitôt il fut pris de frissons, de céphalalgie, d’un sentiment de fatigue générale, de pesanteur dans les bras et les jambes tel qu’il eut peine à regagner la maison paternelle. Il y avait de plus un engourdissement du moral si marqué, qu’on ne pouvait rien obtenir en le questionnant. Les yeux étaient un peu hagards, la pupille dilatée, la face pâle, légèrement bouffie, le pouls petit et lent, la peau sèche, généralement froide surtout aux extrémités ; salivation abondante et pituiteuse. Après une heure de frisonnements très sensibles et pendant laquelle le malade est resté serré contre lui-même en forme de peloton, !a chaleur commence à se faire sentir. Le malade se remue dans son lit ; il étend et allonge ses membres ; il rend une grande quantité d’urine limpide et à peine colorée en jaune, et boit un verre d’eau chaude sucrée. Céphalalgie plus intense, anxiété générale, espèce de morosité qui contraste avec le caractère du malade; agitation très grande ou assoupissement accompagné de soupirs. Cet état se prolonge pendant deux heures. Alors la peau qui était restée chaude et sèche , devient douce et bientôt humide autour du tronc. Le calme se rétablit; et, après avoir bu un second verre d’eau sucrée , le malade s’assoupit; le sommeil et les sueurs générales s’établissent en même temps ; nuit plus agitée que de coutume.

Le lendemain , calme parfait ; le malade se lève; toutes les fonctions s’exécutent comme dans l’étal de santé ; son teint est pâle , mais il ne se plaint que d’un peu de pesanteur de tête et de courbature dans le dos. Le 7, avant midi, il est généralement bien , déjeune comme à l’ordinaire ; mais vers les six heures, nouvel accès semblable au précédent. Le frisson se prolonge davantage ; même état de flxité dans le regard et d’engourdissement des fonctions intellectuelles; obtusion sensible de la vue et de l’ouïe; toux sèche, céphalalgie intense , douleur lombaire , tiraillement prolongé dans les bras et les jambes. Période de chaleur moins longue que la précédente , mais agitation extrême , eéphalalgie insupportable , yeux larmoyants , lamentations. Le malade s’endort à mesure que les sueurs s’établissent; il se réveille en sursaut plusieurs fois , se soulève , se tourne et se retourne avec force dans son lit, puis se rendort.

Le 8, apyrexie. J’attends du sulfate de quinine pour lui en administrer. Le 9, l’accès se montre deux heures plus tôt par suite d’une contrariété qu’a éprouvée le jeune malade.Mêmes symptômes, la toux, les pandiculations, la céphalalgie, la stupeur, sont on ne peut plus marquées durant le frisson; la morosité, l’inquiétude et le délire caractérisent la seconde période. Le 10, apyrexie. Je fais prendre au malade douze grains de sulfate de quinine, en quatre doses et délayées chacune dans un peu de vin rouge. Le 11, une nouvelle dose de quatre grains dans la matinée. Aux heures habituelles de l’accès le malade est seulement fatigué et dégoûté de tout; il demande à se mettre au lit. Nuit assez agitée. Le lendemain, le malade est faible, engourdi, les pupilles dilatées ; il est altéré et sans appétit. Le 1 3 , les fonctions se rétablissent. Décoction de petite centaurée pendant plusieurs jours. Guérison.

f ^ Autre fièvre intermittente nerveuse , même type.

No 453. Charles p***, de la commune de Reignier, agé-de dix*sept ans , constitution lymphalico-sanguine , maigre , d’un physique faible et peu développé, fut pris de fièvre intermiltenle tierce, vers le milieu de septembre 1829, époque où cette fièvre régnait sous différents types et comme épidémiquement dans sa commune où elle est ordinairement assez rare. Quand je vis le malade , il avait la fièvre depuis vingt jours et avait été beaucoup évacué par le haut et par le bas. Il avait fait usage de quelques boissons amères, surtout d’une décoction de gentiane. La fièvre avait persisté. Le malade était pâle , débile , d’une figure blafarde et un peu bouffie , et d’une apathie extrême. N’ayant pas de douleurs aiguës , il s’inquiétait peu d’une fièvre qui légitimait sa paresse et son indolence. Il se trouvait compensé des souffrances de la fièvre par l’exemption des travaux de la campagne auxquels il était obligé de se livrer, et qu’il redoutait beaucoup. Ses yeux étaient creux et fatigués, le ventre pâteux et assez volumineux relativement à l’état de maigreur des autres parties ; pouls faible , langue blanche , fonctions digestives comme dans l’état normal, sauf des évacuations alvines plus fréquentes et souvent liquides ; peau habituellement sèche. Ce qu’il y avait de plus saillant dans les symptômes de l’accès fébrile, c’était la stupeur et l’engourdissement des fonctions intellectuelles; les frissons commençaient par les extrémités inférieures et le dos , puis se répandaient par tout le corps ; bâillements, dégoûts, céphalalgie, pouls petit et serré, abattement, faiblesse extrême ; urines abondantes et chaudes ; chaleur modérée , avec anxiété et rêvasseries; sueurs peu abondantes. Point de symptômes gastriques prononcés comme chez la plupart des autres malades qui étaient atteints en même temps de fièvre intermittente. Le 5 octobre , dix-huit grains de sulfate de quinine sont administrés en six doses, délayées chacune dans un demiverre de décoction de petite centaurée. L’apyrexie était complète. Le 6,

observàtiojns ou histoires particulières. 107

point (l’accès fébrile; le malade est seulement faible, fatigué , appesanti au physicpie et au moral. On continue la décoction de petite centaurée. Régime tonique et restaurant. Le 8, nouvel accès. Cependant le malade ne paraît pas avoir commis d’imprudence; il n’a été soumis à aucune fatigue , à aucune intempérie: il est resté tranquille dans sa chambre et le plus souvent étendu sur son lit ; le régime et les amers ont été continués. En réfléchissant à cette manière d’être du malade , à l’état de ses yeux , à l’extrême dilatation des pupilles, à son âge , à ses inclinations sédentaires, etc., tout me fît penser qu’il avait de mauvaises habitudes, et en effet je l’amenai à me faire l’aveu qu’il se livrait souvent à la masturbation. De nouvelles doses de quinine, des soins moraux, une surveillance attentive , beaucoup d’exercice au grand air, des frictions sèches exercées sur toute la surface du corps, un régime restaurant, rétablirent peu à peu le malade.

Fièvre muqueuse rémittente quotidienne.

No 454. Un jeune homme de vingt trois ans, d’un tempérament bilieux, d’une constitution robuste , entra le 22 brumaire au soir à la Charité, malade depuis dix jours. L’invasion avait eu lieu par frissons , céphalrJgie , chaleur, puis sueurs et enfin rémission. Les dix jours suivants, retour de l’accès dans la matinée à des heures indéterminées; rémission sans apyrexie. Observé le 23 au matin , époque de la rémission , onzième jour de la maladie, il présentait les sympt()mes suivants : l'air souffrant, oppression très remarquable , peau chaude et sèche , abdomen un peu tendu , langue blanchâtre , peu de céphalalgie , soif extrême, constipation opiniâtre, urines abondantes. Les onze, douze et treiziéme jours , fièvre toujours très forte , pouls développé, point dur, très fréquent , supination, soif extrême , stupeur universelle, langue assez nette chaque soir, accès par frisson , tremblement et chaleur. Petit lait avec tamarin et miel , infusions de bourrache avec oxymel scillitique , poudre tempérante. Quatorzième jour , au matin , stupeur, supination, pouls très fréquent et fort large, abdomen souple quoique volumineux; à quatre heures après-midi, accès en froid sans tremblement, puis chaleur, et ensuite sueur à la tête seulement; à huit heures, oppression , pouls très fréquent et très développé; audition difficile depuis quelques jours, étourdissement très fort, nulle constipation. Quinziéme jour, soubresauts des tendons, supination , affaissement extrême , pouls médiocrement développé, un peu fréquent et faible ; langue nette, rouge et sèche, stupeur très marquée ; le soirpoulsplus fréquent, mou, faible, stupeur moindre. Seizième jour au matin, même état que le soir précédent ; vers les quatre heures aprèsmidi, frissons, tremblement, puis chaleur, augmentation du délire qui oblige d’attacher le malade. Le soir, délire très violent; il se découvre; de temps en temps excitations très violentes; nuit dans le même état. Dix-septième joue au matin , toujours mouvements convulsifs et délire , langue nette , humectée; pouls tendu , fréquent , très concentré, filiforme, abdomen souple. A quatre heures , accès comme le précédent; le soir, pouls plus développé et nullement tendu. Le malade se découvre toujours la nuit. Potion cordiale antispasmodique et camphrée, eau de riz avec sirop de limon et un huitième de vin blanc , bol camphré et nitré. Dix-huitième jour au matin , supination, prostration de forces, stupeur, yeux éteints, langue sèche assez nette , devenant sale vers le fond ; abdomen un peu tendu sans être volumineux ; toujours selles convenables ; pouls assez développé , faible et un peu fréquent ; vers le soir accès. Dix-neuvième jour, commencement de crise; l’ouïe revient, la stupeur diminue , la langue se couvre d’une couche blanche, elle est humectée ; le soir, accès; à huit heures, la joue droite est froide, la gauche très chaude; sueur universelle pendant la nuit. Potion antispasme-

lo8 rlÈVRES INTERMITTENTES ET REMITTENTES,*

d’que ni!rée,bol camphré et nitré , limonade végétale vineuse. Vingtième jour au matin , pouls mou, large , très fréquent ; langue bien humectée , abdomen ballonné. Le soir, pouls un peu moins fréquent , sueurs abondantes «niverselles ; la joue droite est fort rouge, la gauche un peu pûle ; depuis hier, toux avec expectoration de crachats épais et visqueux , d’un blanc grisâtre ; la toux très pénible par la douleur qu’elle occasionne sur l’épigastre et derrière le sternum. Décoction de quinquina avec tamarin , limonade végétale vineuse, bol camphré et nitré. Vingt-uniéme jour, fonctions intellectuelles en bon état, oppressions, respiration un peu pénible, langue humectée, couverte d’un enduit blanc ; le malade dit qu’il se trouverait bien sans la toux ; pouls faible, assez large , assez fréquent et tendu, abdomen ferme sans être ballonné ; selles rares , urines assez abondantes ; nul redoublement le soir. Petitlait et tamarin , limonade végétale, bol camphré et nitré; manne et tamarin. Vingt-deuxième jour, à peu prés même état ainsi que les trois jours suivants. Potion cordiale antispasmodique , infusion de bourrache et oxymel scillitique. Vingt-troisième jour, manne et tamarin , julep somnifère. Vingt-quatre et vingt-cinquième jour , continuation des crachats qui sont très épais, homogènes, un peu grisâtres, tout-à-fait puriformes et assez abondants. La langue s’humecte, l’appétit revient; il n’y a plus qu’un peu de fréquence dans le pouls et un léger redoublement chaque soir. Les vingtsix , vingt-neuf et trentième jours, les crachats diminuent chaque jour, sont moins grisâtres, moins puriformes; ceux du trentième jour sont très blancs et paraissent muqueux : apparence de convalescence prochaine. Dans les jours suivants, les crachatscessérenl tout à-fait ; la peau devint très nette, les forces reparurent à mesure que le malade mangeait. Le 25 frimaire, quarante-quatrième jour de sa maladie , il sortit encore faible de l’hôpital. (Fizeau , Mémoire cité. )

Fièvre muqueuse intermittente quotidienne.

îfo 455. Dansle mois deseptembre 1822 , entre à l’hôpital un jeune homme de diX'huit ans , pâle, bouffi , généralement infiltré, berger dans la Bresse quoique étranger au pays , passant la nuit dans les champs , ne buvant que de l’eau , et travaillé par uneüèvre tierce depuis plusdequinze jours Le dernier accès avait été si violent, qu’on avait été obligé de transporter ce malheureux sans connaissance jusqu’à l’hôpital. A son entrée , l’accès était sur son déclin , la sueur iresque nulle ; la langue était blanche, le malade conservait un peu de soif ; il avait une toux sèche, de la difficulté à respirer, des palpitations. Outre l’infiltration générale, on sentait une fluctuation dans l’abdomen , et une tuméfaction considérable de la rate; diarrhée modérée avec quelques tranchées , légère douleur à la pression , bouche amére.

Le lendemain , dans le milieu du jour, retour de l’accès par un frisson général avec tremblement , augmentation de la toux et de l’oppression , céphalalgie frontale , langue sèche , soif modérée, grande anxiété , nul trouble dans les idées , déclin de la fièvre dans la nuit, sans sueur pendantce paroxysme; l’anasarque a fait des progrès. Le troisième jour de l’entrée, un grain d’émétique amène des vomissements bilieux et des déjections alvines avec des tranchées, une grande soif et même des douleurs de] ventre augmentant à la pression. Dix sangsues autour de l’ombilic font disparaître ces douleurs, mais les déjections alvines persistent. Eau gommée nitrée. Quatrième jour, l’accès est léger, mais l’infiltration générale fait des progrès rapides, la respiration s’embarrasse de plus en plus , le pouls est vif et serré, soif, apyrexie presque complète, sans sueur. Trois vésicatoires, cinq grains de sulfate de quinine. Sixième jour, on oublie de donner une seconde dose de sulfate de quinine; l’accès est plus fort, la langue pâle , mais très sèche; toux conli-

lïuelle , suffocation , céphalalgie nulle , apyrexie moins prononcée. Septième jour, six grains de sulfate de quinine avec vingt grains d’acétate de potasse. L’accès ne paraît pas , mais l’infiltration est devenue si considérable , que le malade ne peut plus respirer, et que la suffocation entraîne la mort dans la nuit.

iVécroscopfe. — Infiltration générale énorme du tissu cellulaire , surtout du tissu cellulaire sous-cutané. Poumons infiltrés sous leur membrane pleurétique, crépitants , excepté vers leur face postérieure et dans le lobe droit supérieur qui se trouve dans un état d’hépatisation molle et blanchâtre. Membrane muqueuse bronchique, rouge, lisse , peu humectée. Sérosité limpide remplissant les deux cavités thoraciques , épanchement de même nature dans le péricarde et dans la cavité péritonéale. Cavités droites du cœur et troncs veineux gorgés de sang noir. L’estomac paraît d’une couleur et d’une consistance naturelles , excepté près de l’orifice pylorique où l’on aperçoit sur la membrane muqueuse une rougeur très vive, et un épaississement mou , comprenant toutes les tuniques. Le foie est très volumineux , d’un brun verdâtre , d’une consistance molle, gorgé d’un sang noir; la vésicule est pleine d’une bile verte. La rate est trois fois aussi volumineuse qu’elle devrait être dans l’état sain ; son tissu est mou , il se déchire avec la plus grande facilité , et laisse écouler comme une bouillie noirâtre. Les intestins sont pâles et flasques, plusieurs anses de l’intestin grêle sont invaginées, sans présenter dans aucun point de la membrane muqueuse une altération quelconque, excepté une moindre consistance ; une matière pultacée jaunâtre jointe à un fluide visqueux la recouvre. ( Nepple , ouvrage cité. )

Fièvre intermittente muqueuse, type tierce.

No 456. Jenny, âgée de soixante ans , d’une faible constitution , se rend à l’infirmerie de la Salpêtrière , après avoir eu quatre accès de fièvre sous type tierce ( huitième jour de la maladie); le soir , retour de l’accès suivi d’une sueur abondante ; chaleur de la peau, pouls fréquent , soif Douzième jour, frisson commençant par les pieds et s’étendant à tout le corps ; alternative de froid et de chaud , chaleur vive de courte durée , sueur abondante ; langue sèche , gercée; bouche amère, pouls fréquent. Quinziéme, horripilations pendant une demi-heure , chaleur durant neuf heures , avec ardeur d’urine. Vingtième , frisson violent; durant la rémission, engourdissement des pieds, douleurs abdominales , langue tantôt sèche, tantôt humide. Vingt-quatrième, point de sueur après l’accès. Le lendemain , paroxysme; peu de changement jusqu’au vingt-neuvième jour; à celte époque, diminution progressive des symptômes jusqu’au trente troisième; alors, œdématié des membres abdominaux. Trente-cinquième , vomissement spontané , traits de la face altérés , pâleur , accroissement de l’œdématie, prostration , pouls faible, fréquent. Quarantième, dévoiement, chute totale des forces. Quarante-deuxième, selles sanguinolentes , anasarque ; mort dans la nuit du quarante-trois au quarante-quatre jour.

Autopsie. — Abdomen météorisé, duquel s’échappe au premier coup de scalpel un gaz très fétide ; épanchement d’un fluide séreux ; les intestins offrent dans toute leur étendue des taches bleuâtres, livides, de différentes gràndenrs; la membrane muqueuse ne présente aucune trace d'inflammation ; les glandes mésentériques sont considérablement développées et d’une couleur cendrée (Pinel, Médecine clinique, p. 60.)

Fièvre intermittente muqueuse , type quotidien.

N« 457. Un individu âgé de trente-six ans, cordonnier, d’une faible constitution, fut pris sur les huit heures du soir , le 21 août 1827, sans cause

,110 FIÈVRES INTERMITTEXTES ET RÉMITTENTES.

connue , de frissons , tremblements , violent mal de tête , soif inextinguible. Le froid dure une heure , puis il survient beaucoup de chaleur qui au bout de huit à neuf heures se termine par une transpiration assez abondante. Tous les jours suivants et à la même heure, des accidents semblables ont paru. Depuis deux ou trois jours il est pris d’un assoupissement très grand et même de perte de connaissance au moment de la fièvre. Le 29 août, jour de son entrée à l’IIôtel-Dieu , langue un peu rouge , soif assez vive , ventre souple et douloureux seulement dans la région épigastriqueetl’hypocondre, le gauche est plus douloureux que le droit; la rate parait tuméfiée, on la trouve sous le rebord des fausses côtes; cœur et poumons sains, strabisme que le malade dit naturel; réponses lentes et paroles incertaines; chaleur de la peau naturelle ; pouls assez large, résistant , donne quatre-vingt-dix pulsations par minute. Chiendent , réglisse , lavements émollients , saignée conditionnelle. Aucune variation dans l’état du ma'ade jusqu’au soir neuf à dix heures ; alors accès, comme les jours précédents , mais plus fort. Le 30 au malin , résolution presque complète des facultés intellectuelles , sensibilité obtuse, extrémités tombant comme des corps inertes quand on les soulève et qu’on les abandonne ; pouls résistant, développé , quatre-vingt-huit à quatre-vingt-dix pulsations. Saignée de pied du trois palettes, lavement purgatif, sinapisme. Légère amélioration. Sur les six heures, il recouvre la connaissance; l’accès paraît sur les dix heures, et est beaucoup plus faible que les autres jours. Le 31, il entend et répond ; il remue assez bien le bras droit , mais ne peut mouvoir le gauche qu’avec peine. La sensibilité est encore obtuse, mais beaucoup moins. Le pouls est toujours développé , résistant , et donne cent pulsations. Trente sangsues à la base du crâne , lavement purgatif, sinapisme. Même état tout le jour.

Le soir sur les neuf heures , accès. Le septembre , il est à peu prés dans le même état que le 30 août au matin. La langue est molle, le ventre paraît moins douloureux. Dix grains de sulfate de quinine immédiatement, A peu prés même état tout le jour ; le soir, l’accès est moins fort que le précédent. Le 2 septembre, il a recouvré la connaissance et est à peu prés dans le même état que le 31. Sulfate de quinine , six grains en deux doses, un demi-lavement avec un demi-gros d’extrait de quinquina. Cette amélioration continue jusqu’au soir; à dix heures l’accès paraît , et le 3 au matin on le trouva à peu prés dans le même état que le 1^'-, sans aucune connaissance , etc. Dix grains de sulfate de quinine , un demi-lavement avec un demi-gros d’extrait de quinquina, des vésicatoires aux jambes, n’aménent aucun changement dans son état. Le soir , sur les neuf heures, accès promptement suivi de la mort; à neuf heures et demie il n’est plus.

Autopsie, trente-cinq heures après la mort. — La muqueuse’ de l’estomac est uniformément ardoisée, épaissie et un peu ramollie, celle des intestins est saine. La rate est doublée de volume; elle est molle ,^à peine estelle incisée qu’il s’écoule une matière noirâtre, ayant la consistance de la lie de vin. Par une douce pression on fait écouler cette matière, et la rate lavée se trouve réduite à sa membrane propre et à sa trame celluleuse. Le foie est un peu plus volumineux que dans l’état ntrmal ; son tissu offre une couleur beaucoup plus foncée que dans l’état ordinaire; il est ramolli; les doigts y pénètrent avec facilité et le réduisent en une espèce de bouillie L’épiploon est très rouge et gorgé de sang. Les poumons sont sains ; le cœur est mou et contient du sang liquide et noir ; on en trouve aussi dans les gros vaisseaux, dans la veine porte surtout. Le cerveau est appliqué immédiatement sur la dure-mère qui paraît très tendue; les veines qui rampent à sa surface et à celle du cerveau sont gorgées de sang noir. Tout le tissu de la pie-mère et la substance cérébrale elle-même sont gorgés de sérosité, La substance corticale est d’une couleur verdâtre et la médullairç

OBSERVATIONS OU HISTOIRES PARTICULIERES. Jll

d’un blanc très terne. Le tissu du cervelet offre le même aspect; ces tissus sont plus résistants que dans l’état sain. Rien de remarquable dans le rachis et dans les autres organes. ( Robonam , Clinique des hôpitaux , 1827. )

Fièvre intermittente muqueuse quolidienne.

No 458. Une fille âgée de vingt-neuf ans, d’un tempérament lymphatique, ayant la tête et les membres volumineux, ta peau molle , pâle et jaunâtre, avait été sujette à des engorgements des glandes du cou dans son enfance ; depuis quelques années , elle était exposée à des aphthes; à chaque retour menstruel elle éprouvait des défailîabces , des coliques , des douleurs des membres: elle avait une leucorrhée ancienne qui s’était supprimée depuis cinq mois; cette suppression avait été suivie de gonflement de l’abdomen, d’œdématie des pieds et des jambes , de coliques continuelles , de vomisse' ments spontanés , notamment après le repas.

Pepuis quelque temps , il était survenu une diarrhée avec ténesme, des frissons irréguliers le jour et une sueur légère la nuit : céphalalgie continuelle , langue couverte d’un enduit muqueux , anorexie, pâleur du visage. Cet état dura quelque temps ; la fièvre se régla et prit le type quotidien intermittent.

Premier jour de la maladie. A quatre heures après-midi, frissons par les pieds , s’étendant progressivement à tout le corps; chaleur , moiteur toute la nuit , céphalalgie occipitale ; langue couverte d’un enduit muqueux , gonflement de l’épigastre, coliques , sensibilité de l’abdomen , selles muqueuses, urines assez abondantes. Infusion de genièvre, acétate de potasse. Deuxième. Apyrexie dans la matinée; accès à la même heure ainsi que les jours suivants. Variation légère de l’accès depuis le huitième jusqu’au quatorzième, soit pour les douleurs abdominales et quelques selles muqueuses , soit pour les douleurs contusivesdes membres; sueurmarquée qui eut lieu au dix-huitième. La diminution des accès fut progressive depuis le trente-troisième. Enfin le quarantième fut exempt de frissons , et la chaleur fut suivie d’une sueur abondante. On s’était borné à l’usage d’une infusion amère et du vin d’absinthe pendant long temps, et ce ne fut qu’au vingt-sixième accès qu’on donna les bols préparés avec le quinquina et le fer ; ce qui n’empêcha point la diarrhée qui eut lieu le vingt-huitième jour , et qu’il fallut encore soutenir dans la suite, en prescrivant de la rhubarbe en poudre ; car les fièvres muqueuses se terminent autant par la diarrhée que par les sueurs. Les paroxysmes ont diminué par degrés; une sueur abondante les a terminés; mais tous les symptômes se sont dissipés progressivement; on a continué le vin d’absinthe; l’apiiélit est revenu , et la malade est sortie de l’infirmerie cinquante ]om?, après son entrée. ( Lasteyras , Dissert, médic. sur la fièvre quotidienne. )

Fièvre continue gastro-céphalique qui devient intermittente

comateuse.

No 459. De vos , soldat au 59^, d une forte constitution , jouissant habituellement d’une bonne santé, entra àl’hôpital de Bone le 4 juillet, le quatrième jour d’une gastro-céphalite aiguë fort intense , et sans rémission appréciable depuis l’invasion : la céphalalgie était atroce , la langue sèche et d’un rouge de sang, la soif inextinguible, l’épigastre douloureux, la peau sèche et brûlante , le pouls dur et fort. Diète , limonade, saignée du bras de quinze onces, soixante sangsues, dont trente à l’épigastre et trente sur le trajet des jugulaires.

Le 5 matin , apyrexie, disparition totale des phénomènes morbides, soit du côté des voies digestives , soit du côté de l’encéphale ; pas même de soif.

Diète, limonade , vingt-quatre grains de sulfate de quinine, à prendre en deux fois, seize grains à sept heures du matin , et huit une heure après. A dix heures, frissons , froid , tremblements; à midi , coma; à deux heures, mort dans l’état soporeux , quatre heures après l’invasion de l’accès.

Ouverture du cadavre , dix-neuf heures après la mort. — L’arachnoïde conserve sa transparence ordinaire , et laisse voir sous elle la pie-mère qui est vivement injectée. Tous les vaisseaux de la périphérie de l’encéphale sont fortement congestionnés. Substance cérébrale molle et très injectée , coloration foncée , noirâtre, de la substance grise; sérosité sanguinolente dans les ventricules; plexus choroïde d’un rouge vif. Le cervelet est également mou et injecté. Moelle épinière : injection fine et vermeille de la pie-mére , substance médullaire généralement injectée, et, comme celle du cerveau, légèrement ramollie; ramollissement blancfluide, de six à huit lignes, à la hauteur des dernières vertèbres dorsales. Poumons crépitants, sains ; quelques légères et anciennes adhérences à la plèvre droite. Le tissu musculaire du cœur est décoloré, mollasse; ses cavités renferment une grande quantité de sang très liquide et très noir. La membrane muqueuse de l’estomac , d’un gris sale , est xamollie et s’enlève par le plus léger grattage : une injection pointillée , vermeille, généralement répandue , indique une irritation récente , entée sur un fond de gastrite chronique. Dans le duodénum, on voit quelques follicules tuméfiés, mais on n’y observe aucune rougeur, soit ancienne, soit récente. Dans la partie supérieure du jéjunum, la muqueuse est d’une teinte gris foncé, avec ramollissement et amincissement des parois du tube digestif ; dans l’étendue de deux pieds environ , de nombreux follicules isolés ont le volume d’un grain de millet. La muqueuse est saine ensuite dans une grande étendue, mais aux environs de la valvule iléo-cœcale elle offre les mêmes altérations de couleur et de cohésion qu'à sa partie supérieure , c’est-à-dire que supérieurement et inférieurement elle était malade depuis long-temps, et que ces deux portions ainsi altérées , étaient séparées l’une de l’autre par une grande étendue de membrane restée saine. Les intestins grêles contiennent un grand nombre de lombrics ; les gros intestins ne présentent rien à noter. (Maillot, Traité des fièvres ou irritations cérébro-spinales intermittentes, 1836.)

Fièvre quotidienne simple qui devient pernicieuse délirante.

No 460. Molard, chasseur au 3e régiment, âgé de vingt-quatre ans, brun, d’une forte constitution, très musclé, en Afrique depuis quinze mois, n’ayant point encore été malade, était, depuis quelques jours à l’infirmerie régimentaire pour des furoncles à la fesse gauche qui l’empêchaient de monter à cheval. Indépendamment de ces furoncles, il était atteint, d’après ce que nous ont rapporté ses camarades, d’une fièvre quotidienne, dont les accès, revenant à huit heures du soir, étaient tellement courts qu’il les avait cachés aux officiers de santé du corps. Ces accès étaient suivis d’un accablement tel que le malade disait pouvoir à peine se tenir debout tous les malins; il se gardait bien cependant de le déclarer au chirurgien de service, dans la crainte d’être mis à la diète. Les cinq premiers accès furent très simples; mais au sixième il survint du délire, et ce fut pendant sa durée que le malade fut apporté à l’hôpital de Bone, le 15 mai 1834, vers huit heures et demie du matin. Délire triste, peu bruyant, roulant sur des affaires domestiques. préoccupation de l’idée d’une mort prochaine : pouls peu développé; langue lancéolée, rouge à son extrémité, couverte dans ses deux tiers postérieurs d’un enduit blanchâtre ; pression sur la fesse gauche arrachant des cris au malade. Saignée au bras de douze onces; quarante sangsues à l’épigastre, vingt sangsues sur les furoncles, vingt-quatre grains de sulfate de

OBSERVATIONS OU HISTOIRES PARTICULIERES. Il5

quinine en potion, à prendre en trois fois, la première dose immédiatement après la saignée, et les deux dernières à une heure d’intervalle; limonade, diète. Tout fut fidèlement exécuté. A midi, meme état à peu prés, toujours du délire; pouls plus développé qu’avant la saignée. A trois heures , délire plus bruyant que le matin, vociférations continuelles; peau très chaude, pouls dur et fort, mouvements convulsifs de la mâchoire inférieure, grincement des dents. Les piqûres de sangsues n’ont presque pas fourni de sang. Saignée du pied qui ne donne pas moins de vingt-cinq onces, fomentations froides sur le front. A huit heures du soir, sueur générale, très abondante, persistance du délire, agitation extrême. Vingt-quatre grains de sulfate de quinine en potion à prendre pendant la nuit. 16 malin, carpologie, délire moins triste, moins bruyant, pouls analogue à celui de la veille, mais beaucoup plus petit; peau froide. Diète, limonade, vingt-quatre grains de sulfate de quinine, deux vésicatoires aux cuisses, deux sinapismes aux jambes. Mort à dix heures, vingt-six heures après son entrée à l’hôpital.

Ouverture du cadavre cinq heures et demie après la mort. — Injection vive et vermeille de la pie-rnére : opacité de rarachnoïde au niveau de plusieurs anfractuosités, tissu cellulaire sous-arachnoïdien infiltré de sérosité lactescente. Congestion très forte de la substance cérébrale ; lorsqu’on la coupe par lranches,et qu’on la comprime légèrement, le sang ensort comme en nappe ; plexus choroïdes rouges; sérosité sanguinolente dans les ventricules. La pie-mére est très finement injectée, d'un rouge vif: substance médullaire, dure, résistante, mais sans injection marquée. Nous aurons plus d’une fois encore occasion de voir le peu de dépendance, le peu de relation qui existe ici entre l’injection des membranes et celle de la moelle elle meme. Sommet du poumon droit hépatisé ; adhérences molles entre la plèvre pulmonaire et costale du même côté. Poumon gauche parfaitement sain. Cœur dans l’état naturel ; surface interne de l’aorte et des veines caves, d’un beau blanc. Adhérences anciennes, très minces et très lâches, de plusieurs anses intestinales. Ramollissement général, avec teinte grise, delà membrane muqueuse de l’estomac; rougeur pointillée , très légère dans le grand culde-sac. Dans toute l’étendue de l’intestin grêle, développement anormal des follicules isolés qui ont le volume d’un grain de millet : à quelques pouces au-dessus de la valvule iléo-cœcale, cinq ou six plaques pointillées, noires, sans saillie, présentant cet aspect qu’on a comparé avec justesse à celui d’une barbe fraîchement rasée Gros intestin sain. Foie volumjneux , jaunâtre, sec, cassant. Rate un peu plus volumineuse que dans l’état naturel, ramollie à un point extrême, réduite en une bouillie de couleur lie de vin. {Id» ibid. )

Fièvre quotidienne et tierce bénigne, qui devient rémittente pernicieuse et puis continue délirante.

No 461. Dupont , soldat au 3^ régiment de chasseurs, âgé de vingt-six ans, ayant eu , au commencement de l’année , une fièvre intermittente bénigne , entra à l’hôpital de Bone le 19 juillet 1834 , le troisième jour d’une fièvre quotidienne dont les accès revenaient à quatre heures du matin. 11 était dans le second accès lorsqu’il arriva , vers sept heures. Il se plaignait d une violente céphalalgie qui avait persisté avec force pendant tout le jour intercalaire; la face était rouge et animée, la soif vive ,1e pouls plein, dur, accéléré- La langue n’indiquait absolument rien ;elle était humide; elle n’était rouge ni à la pointe , ni sur les bords , ni lancéolée , ni couverte de mucosités soit jaunes , soit blanchâtres ; il n’y avait eu ni vomissements , ni douleur à l’épigastre ; tout l’abdomen était souple et indolore. Les organes de la poitrine ne manifestaient aucune souffrance. Saignée du bras , de quinze onces, qua-

Il4 lUÈVRES INTERMITTENTES ET REMITTENTES.

rante sangsues sur le trajet des jugulaires; diète , limonade. A la visite du soir, les voies digestives, jusque là silencieuses , participent à l’affection. Du moins, le malade offre des symptômes qui sont pour nous l’indice d’une gastro entérite, tels que rougeur des bords de la langue, acération de sa pointe , vomissemenls , chaleur Acre de la peau , principalement aux parois abdominales. Cinquante sangsues à l’épigastre, vingt grains de sulfate de quinine en potion à prendre [)endaot la nuit Le 20 au matin , les symptôn;es indiqués persistent avec la même intensité. Diète, limonade, soixante sangsues , dont trente à l’épigastre et trente sur le trajet des jugulaires; vingtquatre grains de sulfate de quinine à prendre dans la matinée. A la visite du soir, légère amélioration. Vingt-quatre grains de sulfate de quinine à prendre pendant la nuit. Le 21 au matin, les signes de gastro-entérite sont aussi prononcés que la veille ; il y a eu des vomissements pendant la nuit ; céphalalgie beaucoup moindre. Diète, limonade, quarante sangsues à l’épigastre, trentedeux grains de sulfate de quinine en pilules , soixante grains dans un quart de lavement. L’accès , ou , pour mieux dire , le paroxysme , puisque la fièvre était devenue rémittente , ne fut pas prévenu ; il s’accompagna d’un délire furieux. Dés ce moment la pyrexie fut continue; on n’aperçut plus de rémittence , et le délire dura jusqu’à la mort , qui arriva le 23 à cinq heures du matin. Pendant les deux derniers jours on s’abstint de toute déplétion sanguine ; on mit des vésicatoires et des sinapismes aux extrémités inférieures , et le sulfate de quinine fut encore donné, le 22, à haute dose.

Ouverture du cadavre dix heures après la mort. — Il s’écoule une grande quantité de sérosité en incisant les membranes du cerveau. Arachnoïde généralement opaque; injection fort vive de la pie-mère; cerveau fortement congestionné , dense , ferme ; l'injection de la substance grise l’emporte sur celle de la substance blanche ; sérosité limpide dans les ventricules. Moelle épiniére : sérosité abondante ; injection très fine et vermeille de la pie-mère. Substance médullaire ferme, sans injection apparente. Rien à noter, pas même d’adhérence dans les plèvres. Membrane muqueuse de l’estomac épaissie, d’une teinte grise, et ramollie au plus haut degré; dans plusieurs points, et notamment vers le pylore , une injection pointillée, d’un rouge vih Dans l’intestin grêle on trouve aussi la même coloration grise et le même ramollissement dans plusieurs portions, mais il n’y a point de traces de rougeur pointillée : vestiges d’anciennes plaques gaufrées , et destruction de la membrane muqueuse au voisinage de lavalvule iléo-cœcale. Teinte noirâtre d’une grande partie du gros intestin , avec ramollissement et développement d’un grand nombre de follicules. Rate volumineuse , molle, couleur d’une pâte de chocolat à l’eau. Foie énorme , gorgé de sang. (Zd., ibid.)

Fièvre quotidienne gastrique qui devient tierce et puis rémittente

typhoïde»

No 462, M. s*’'* âgé de cinquante-six ans, d’un tempérament sanguin, d’une forte constitution, atteint depuis plusieurs années dedouleurs rhumatismales, habitant Ajaccio depuis dix mois, éprouva, le 29 mars 1832 , un malaise général , un accablement extraordinaire , et des frissons qu’il chercha à dissiper en prenant plusieurs tasses de thé. Cet état dura pendant trois jours. Le quatrième, un médecin fut appelé vers sept heures du soir. Il y avait une fièvre assez vive , un peu de céphalalgie , de la soif, de la chaleur et de la sécheresse à la peau; la langue était couverte d’un enduit jaunâtre D’après le récit du malade , on diagnostiqua une fièvre quotidienne , et l’on remplaça l’infusion de thé par celle de tilleul. Il y eut une sueur abondante pendant la nuit. Le cinquième jour matin , la langue est toujours saburrale, mais elle est moins effilée ; il n’y a plus de soif, plus de chaleur ; le pouls a cessé d’être fé-

OBSERVATIONS OU HISTOIRES PARTICULIERES. I t5

brile. Diète, deux onces d’huile de ricin dans une infusion de Ihé. Trois selles dans la matinée. A deux heures après-midi , accès bénin. Le sixième jour matin , apyrexie complète. Diète, douze grains de sulfate de quinine à prendre en quatre fois. Retour de l’accès à la môme heure que celui de la veille : langue rouge , sèche , effilée ; visage coloré , céphalalgie intense. Le malade se refusant à une saignée du bras , on applique quarante sangsues sur le trajet des jugulaires.

Le septième jour, apyrexie. Les piqûres des sangsues ont donné beaucoup de sang; une sueur abondante a , comme les jours précédents, annoncé la fin de l’accès Diète, vingt-quatre grains de sulfate de quinine. L’accès ne revient pas ; une semoule est accordée , ainsi que les deux jours suivants. La convalescence paraît s’établir franchernerit. Du huitième au neuvième jour, la nuit a été très agitée , pouls dur et accéléré , peau chaude et sèche , soif. Diète , petit-lait pour boisson. La nuit du neuvième au dixième jour a été calme; plus de fièvre. Diète, limonade. Dans la matinée du onzième jour, l’état du malade est devenu beaucoup plus grave : prostration , décubitus sur le dos; expression du visage triste , regard fixe, céphalalgie violente; contractions convulsives des muscles de la face. Diète , limonade , pédiluve. Le soir, tous ces symptômes ont empiré : muscles de la face plus fortement et plus fréquemment convulsés ; sens de l’ouïe exalté au plus haut degré; idées confuses , embarrassées ; langue rouge, sèche, effilée; tendance au coma, ballonnement du ventre. Un médecin consultant est appelé. Cinquante sangsues sur l’abdomen et vingt sur le trajet des jugulaires. On obtient peu de sang. Les accidents deviennent de plus en plus graves, et le treiziéme jour matin, je suis prié de me réunir aux deux autres médecins. Les symptômes observés étaient les suivants : coma vigil , carpologie , grimaces et mâchonnements continuels ; langue acérée, rouge sur les bords, chargée au centre de matières noires et desséchées , dents fuligineuses , pouls plein, fort etfréquent; le malade ne reconnaît personne. Ce sujet , d une très forte constitution , n’avait presque pas perdu de sang depuis le commencement de sa maladie ; il pouvait donc supporter les larges saignées qui nous paraissaient indiquées. Diète , limonade, saignée du bras de dix onces, trente sangsues à l’épigastre, vingt à l’anus. Le sang se couvrit de la couenne inflammatoire ; les accidents s’amendèrent considérablement ; la langue s’humecta ; le coma se dissipa en partie; les mouvements convulsifs de la face furent moins forts et moins fréquents. A sept heures du soir, le coma devient plus profond. Saignée de la temporale de huit à dix onces ; fomentations froides sur la tête ; cataplasmes chauds aux pieds. A minuit , même état. Saignée du bras de dix onces. Le quatorzième jour, à cinq heures du matin, sueur abondante, rémission prononcée. Le malade reconnaît les personnes qui l'environnent ; il répond juste aux questions qu’on lui adresse ; la langue, toujours couverte d’une couche épaisse de mucosités , est large et humectée. Diète , limonade , trente grains de sulfate de quinine en lavement , et dix grains en potion. Dans l’après-midi, paroxysme ; coma léger. Vingt sangsues aux tempes. Le quinziéme jour, rémittence moins bien exprimée que celle de la veille à la même heure ; idées moins nettes ; fièvre plus forte ; état de la langue à peu prés le môme. Diète, limonade, cinquante grains de sulfate de quinine eu lavement; ce lavement n’est conservé qu’un ejuart d’heure. Paroxysme à onze heures du matin; délire violent. Saignée du bras de dix onces; continuation des fomentations froides sur la tête , et des cataplasmes chauds aux pieds. Le sang présente encore la couenne inflammatoire. Le seizième jour au matin , les sy mptômes ont à peu près la même intensité que pendant le paroxysme de la veille. Diète, limonade, cinquante grains de sulfate de quinine en lavement; fomentations froides sur la tête, sinapismes aux pieds. Dans l’aprés-midi, même état. Quatre ventouses scarifiées sur la tête; vingt-

Il6 FIÈVRES INTERMITTEiNTES ET REMITTENTES.

cinq sangsues au front; deux vésicatoires aux cuisses. Les deux jours suivants, aucun changement. Diéle, limonade; cinquante grains de sulfate de quinine en lavement. Dès le seizième jour, on ne put plus saisir de rémission, et nous eûmes à observer tous les symptômes d’une gaslro-céphalite ataxo-adynamique. La langue se sécha de nouveau, et se couvrit une seconde fois de matières noirâtres ; les dents et les gencives redevinrent fuligineuses; ïa carpologle et le délire furent continus; le pouls petit, accéléré, filiforme. La mort arriva enfin le vingt-uniéme jour, après une agonie qui dura plus de cinquante heures , et pendant laquelle nous restâmes tout-à-fait inactifs.

Ouverture du cadavre, trente heures après lamort. — Opacité lactescente ^e l’arachnoïde, surtout à la partie antérieure de l’hémisphère gauche; sérosité purulente en grande quantité, accumulée dans sa cavité. Injection excessivement fine de la pie-mère ; congestion des vaisseaux qui rampent à la surface des circonvolutions; substance cérébrale ferme, résistante; substance grise, d’une couleur foncée, tranchant sur la substance blanche, qui confient cependant elle-même tant de sang que , à la section , elle est d’un beau rose satiné ; lorsqu’on la comprime , le sang en sort par une multitude de petits vaisseaux excessivement rapprochés. Plexus choroïdes rouges ; ven- Iricules renfermant beaucoup de sérosité. L’estomac est d’un volume énorme, distendu par des gaz et des liquides. Dans la plus grande partie de son étendue , la membrane muqueuse est d’un rouge vermeil, et ramollie à un tel point que l’extrémité de l’entérotome , en la heurtant légèrement, y fait une érosion qui , au premier aspect, simule une ulcération. Le duodénum est le «iége d’une rougeur pointillée , très serrée. La même altération se rencontre dans plusieurs autres portions de l’intestin grêle. Vers la fin de l’iléum , dans î’étendue de plus d’un pied, la membrane muqueuse présente les mêmes lé- .sions que dans l’estomac , c’est-à-dire qu’elle est d’un rouge vermeil et très l’amollie. {Id, ibid.)

Fièvre rémittente typhoïde.

No 463. Un tailleur âgé de vingt-quatre ans, d’un tempérament sanguin , d’une forte constitution , entré à l’hôpital le 7 février 1824 , racontait ainsi l’origine de son mal : le 4 du présent mois , ayant pris une certaine quantité de vin , il se coucha souffrant de la tête , ce qui l’empêcha de dormir. Le lendemain il se leva avec peine , perdit les forces et Tappélit , et ne put se remettre à son ouvrage. Le troisième jour, ses camarades lui administrèrent une chopine de vin chaud , qu’il rendit aussitôt par le vomissement ; à la céphalalgie s’ajoutèrent des douleurs contusives dans les membres. Le quatrième jour, il but encore du vin chaud qu’il rejeta pareillement par le vomissement. Le cinquiémejour,du dévoiement se manifesta; enfin , le sixième jour , il était dans l’état suivant : chaleur brûlante à la peau , céphalalgie obtuse, soif vive , rougeur intense des bords de la langue, dont le centre est couvert d’un enduit jaunâtre et sec; ventre assez souple, non douloureux à la pression ; plusieurs selles en dévoiement depuis la veille ; dans la poitrine l’auscultation fait entendre du râle sibilant presque général ; le pouls est fort et fréquent. Vingt sangsues à l’anus.

Le septième jour au matin, rémission de la fièvre. Limonade, émulsion, quatre onces; lavement. Au soir, exacerbation des plus fortes. Douze sangsues à l’épigastre. Peu de temps après l’application des sangsues, le malade éprouve des vomissements et une sorte de déraison voisine du délire. Saignée de deux palettes , qui a fourni un caillot marbré à sa surface et diffluent dans son épaisseur.

Le huitième jour au matin , même rémission de la fièvre que la veille ; sur le soir, exacerbation , rêvasseries (vingt-deux sangsues à l’anus) qui pendant

la nuit se convertissent en un délire des plus violents; le malade quitte son lit et court dans la salle en poussant des cris affreux ; on est obligé de le contenir avec la chemise de force. Le neuvième jour, le calme reparaît, mais avec un état de stupeur qui annonce plutôt une concentration qu’une rémission du délire; la langue est aride et comme racornie, la chaleur de la peaiï médiocre , le ventre indolent , le pouls faible, mou, irrégulier. Au soir, cet état persistait. Vingt sangsues à la base du crâne. Pendant la nuit, retour de l’agitation et du délire. Le dixiéme jour , stupeur plus prononcée , marmottement , injection des conjonctives , respiration accélérée; mollesse du pouls.. Saignée du pied , deux palettes. Pendant la nuit , le délire se manifeste encore, accompagné de cris désordonnés. Le onzième jour, subdélirium tranquille , immobilité des traits, fixité du regard, laciturnité; par moment rotation de la tête à droite et à gauche sur l’oreiller; renforcement du pouls qui est devenu plein et fréquent. En outre , douleur à l’épigastre manifestée par des cris ou un changement dans l’expression de la face, lorsqu’on presse sur cette région. Cinquante sangsues à l’épigastre. Le douzième jour, mêmes symptômes , moins ceux tirés du pouls qui estpetit etfaible. En pressant sur l’épigastre , on développe encore de la douleur , mais le malade souffre de même sur quelque partie du corps qu’on exerce la pression ; nonobstant, on applique trente sangsues à l’épigastre et trente à l’anus. Au soir, changement remarquable dans l’état du malade, qui paraît sortir de sa stupeur, et s’ouvrir aux impressions extérieures. Le treiziéme jour, il avait un peu rêvassé pendant la nuit , mais sa connaissance paraissait entière ; il répondait juste aux questions qu’on lui adressait; la face était pâle, amaigrie; le pouls petit sans beaucoup de fréquence, maiscette amélioration futde courte durée. Le quatorzième jour , face hippocratique, respiration courte et suspî* rieuse, faisant entendre du râle sous-crépitant à la base des deux poumons, surtout à droite ; extrémités froides. Décoction de polygala , vésicatoire ais. bras. Prescription qu’on n’a pas eu le temps d’exécuter, le malade ayant succombé à dix heures du malin.

Ouverture du cadavre vingt-trois heures après la mort. — Amaigrissement prononcé , peu de roideur cadavérique. Engorgement marqué des vaisseaux méningiens , et surtout de ceux de la pie-mére ; humectation séreuse de la substance cérébrale qui était un peu œdémateuse , toutefois sans perte de consistance; une once environ de sérosité transparente dans chaque ventricule latéral ; d’ailleurs aucune autre lésion apparente dans le crâne. Poumons libres d’adhérences , sains en avant , mais gorgés de sang en arriére, et là ramollis , friables , comme dans un premier degré d’hépatisation , ce qui était plus marqué au poumon droit qu’au gauche. Cœur dans l’état naturel* Estomac d’un gris ardoisé général à la surface interne , çà et là ponctué en rouge ; la membrane interne d’une faible consistance. Intestins grêles présentant, dans trois à quatre pieds de hauteur au-dessus de la valvule iléocœcale, des désordres quiallaient en croissantà mesurequ’on se rapprochait de ce point. C’était un amas considérable de plaques fongueuses et ramollies, d’élevures graniformes et noirâtres qui, vers la valvule, dégénéraient en aa tissu raboteux et comme lardacé , offrant l’aspect de certains cancers plats de la face. Un grand nombre de glandes mésentériques étaient noirâtres jusque dans leur centre; plusieurs égalaient le volume d’une aveline. Du reste, le gros de l’intestin ne présentait aucune lésion ; le foie et la rate avaient perdu un peu de leur consistance naturelle. (Dance, Archives générales médecme, octobre 1830.)

ARTICLE II

analyse des faits ou des histoires particulières DK FIÈVRES

^ Les observations de M. Chauffard , sous lesno^LlT, 418 et 419, prises entre mille autres semblables , dont plusieurs ont été observées par MM. Broussais, Baumes, Fizeau, Andral , etc,, prouvent évidemment que les symptômes morbides appelés fièvre J peuvent passer du type continu au type intermittent, et vice versâ. Déjà Sydenham avait remarqué qu’il n’était pas rare en automne de voir des fièvres continues passer au type quarte. Lind avait vu au printemps des fièvres continues prendre le type tierce avant de se dissiper entièrement par les seules forces de la nature. Cependant, des auteurs modernes, particulièrement MM. Rayer, Bailly et Nepple , ont adopté une opinion tout-àfait opposée , et soutiennent que des fièvres continues ne deviennent jumaû intermittentes. Cette assertion n’est facile à concevoir que parce quelle est absolument nécessaire à la théorie émise par les médecins dont il s’agit touchant les fièvres d’accès, et par laquelle ils essayent de séparer entièrement, d’élever des barrières insurmontables entre les fièvres continues et les fièvres intermittentes. Cette assertion leur était d’autant plus nécessaire qu’une masse de faits, beaucoup plus imposante il est vrai , les force déjà de convenir que les fièvres intermittentes peuvent passer à la continuité. Obligés de combattre cette puissante preuve d’analogie, ils en sont réduits aux arguments de Strark, et à soutenir avec lui que les fièvres intermittentes qui deviennent continues , ne sont que des fièvres continues apparentes ou déguisées , dont le véritable type reste caché et appartient toujours à V intermittent l Pourrait-on aujourd’hui s’arrêter à réfuter ces subtilités renouvelées des anciens? Ne suffisent-elles pas pour révéler toute la faiblesse de la cause de ceux qui s’en servent faute de bonnes raisons ?

La première de ces observations représente une fièvre gastrique continue. La nature inflammatoire de la lésion locale qui provoque les symptômes fébriles ne peut être douteuse , puisque parmi ces symptômes on trouve les suivants : langue d’un rouge vif sur ses bords et à sa pointe , anorexie , épigastre fort douloureux , dureté du pouls , chaleur niordicante à la peau ,

ANALYSES DES FAITS DELATIFS A CES FIEVRES. llg

agitation , etc. Les sangsues et le traitement antiplilogistique amènent la convalescence; une alimentation trop prompte détermine un accès de fièvre tierce. L’étiologie et le diagnostic de cette fièvre sont faciles à établir chez un malade dont la susceptibilité gastrique est encore très grande au moment où il prend des aliments. Malgré les intermissions très marquées de la fièvre tierce, on craignit avec raison de donner le quinquina par la bouche; ‘ on l’administra en lavements ; le succès fut complet. Le malade était guéri, quand une nouvelle surexcitation de l’estomac provoque le retour de la fièvre et de l’irritation inflammatoire de cet organe; on revient à l’application des sangsues à l’épigastre et au traitement antiphlogistique , puis aux lavements de quinquina; la gastrite et la fièvre sont de nouveau dissipées. Une troisième rechute , occasionnée par la même cause, fut encore traitée et guérie par les mêmes moyens.

L’exemple suivant (n° 418) offre une fièvre continue ataxique, dans laquelle les organes digestifs et cérébraux paraissent souffrir en même temps. Un traitement antiphlogistique et adoucissant amende sensiblement tous les symptômes de cette fièvre, qui passe le septième jour au type intermittent; or, dans ce cas, y a-t-il le moindre doute que ce soient les mêmes organes qui continuent à souffrir d’une manière périodique, puisque, durant les accès quotidiens, la tête est pesante et douloureuse, la langue sèche, l’épigastre sensible , etc. D’ailleurs, l’observation qui suit (no 419'' fournit la preuve authentique et matérielle de cette manière devoir; puisque, dans un cas à peu près semblable et suivi d’autopsie, on trouve des traces manifestes d’inflammation dans la muqueuse digestive , et un épanchement séreux dans les ventricules cérébraux. Dans ce dernier fait , n’est-ce point parce qu’on a attaqué les accès pernicieux uniquement par le quinquina que le malade a succombé? Quelques symptômes nerveux ont sans doute empêché un traitement antiphlogistique qui , prompt et énergique, eût peut-être sauvé le malade. Il aurait fallu qu’on s’occupât bien plus des accès que de l’intermittence; et le traitement durant l’accès était évidemment la saignée et les applications de sangsues sur la région épigastrique. C’est après l’emploi méthodique des moyens antiphlogistiques que l’admiîiistration du quinquina , si elle eût été promptement indiquée, aurait pu être suivie de quelques succès ; et encore , ce n’est point par la bouche et en substance qu’on aurait pu l’adminîs-

trer, mais seulement en frictions et en lavements. Cette observation prouve encore , que si la transformation d’une fièvre continue en fièvre intermittente est ordinairement avantageuse , il peut y avoir des exceptions à cet égard , lorsque les mouvements congestifs et nerveux qui constituent les accès sont très violents, et surtout quand ils ont lieu sur des organes très importants. Cependant quelque grave que soit alors la maladie, nul doute qu’on ne puisse encore la maîtriser aussi bien et même plus facilement que sous le type continu , puisqu’il s’établit un temps de repos ou d’intermission qui laisse la faculté d’agir; mais nul doute aussi qu’il ne faille agir très promptement, très énergiquement et avec beaucoup de méthode, si l’on veut, en pareil cas, évit(;r une terminaison rapide et funeste.

Quelques écrivains nous ont reproché d’avoir (dans la première édition des Irritations intermittentes) réuni sans choix un grand nombre d’histoires particulières de fièvres intermittentes , par la raison que quelques unes d’entre elles présentaient des types qui se rapprochent plus ou moins de la continuité I Certes , les médecins qui nous adressent un pareil reproche n’ont pas réfléchi que nous ne pouvions faire autrement, puisqu’un grand nombre de fièvres intermittentes deviennent rémittentes , et puisque la plupart de celles dont les symptômes s’aggravent au point de conduire les malades au tombeau , deviennent souvent continues quelques jours avant ce dernier accident. Mais, n’est-il pas remarquable que parmi les médecins qui se montrent si sévères envers le choix dont il s’agit , il s’en trouve qui rapportent comme de bons exemples de fièvre intermittente , des faits entièrement semblables à ceux qu’ils ont eu l’air de répudier, si ce n’est même quelquefois les mêmes faits? Dans ces cas, du moins , ils n’ont pas pensé qu’il y ait eu à la fois chez le même individu deux entités fébriles d’une nature différente , et qui se soient succédé l’une à l’autre sans avoir rien de commun entre elles , puisque les symptômes de la maladie sont restés les mêmes pour la forme, qu’ils n’ont fait qu’augmenter d’intensité, et s’allonger au point de n’être plus suivis d’intermission complète 1

Dans la première des observations que nous rapportons sous les nos 420 et 421 , le diagnostic touchant la nature et le siège delà maladie ne pouvait être douteux, puisqu’il s’agit d’un individu qui, avant d’être attaqué de fièvre intermittente; avait déjà eu plusieurs ind'is^osilions provenant d'un dérangement des

organes gastriques, et puisque c'est après avoir mangé (on ne dit pas quoi), quil éprouva son premier accès de fièvre intermittente. Let accès fut caractérisé par le frisson , tremblement soif, bouche sèche, langue rouge, légère douleur abdominale peau sèche, chaleur mordicanle plus intense à la région épigastrique, etc. Pendant 1 intervalle d’un accès à l’autre , la rémission des symptômes , quoique très sensible , n’établissait pas une apyrexie parfaite , et le grand abattement du malade indiquait assez que toutes les fonctions ne reprenaient point leur cours régulier. On eut l’imprudence d’administrer le quinquina par la voie de l’estomac avant d’avoir altaqué la gastro-entérite par des moyens antiphlogistiques convenables. Ce médicament ne put être supporté, et f état du malade empira sous l’infiuence d’un traitement ou nul ou manifestement nuisible ; il succomba et 1 autopsie fit voir des traces évidentes de gastro-entérite Mêmes réflexions à l’égard de l’autre fait publié par le même médecin.

Il est sans doute peu surprenant qu’en 1818 et dans une île do la Grèce fort éloignée du centre des lumières , on fût encore si peu avancé touchant le diagnostic et le traitement des fièvres intermittentes et rémittentes. Mais en est-il de même dans les premiers hôpitaux de Paris? Et pourtant combien de fois des symptômes nerveux, putrides et adynaraiques, n’en ont-ils pas imposé et n’en imposent-ils pas encore aujourd’hui dans les fièvres continues comme dans les fièvres rémittentes et intermittentes i Dans l’observation , sous le n« 422 , recueillie par M. Lugol pendant qu il était élève interne à l’IIôtel-Dieu, il est bien évident que la type rémittent de la fièvre , et ensuite les symptômes adynamis ques firent errer dans le diagnostic et dans le traitement de cette maladie : il s’agit d’une fille de dix-sept ans qui n’est pas encore réglée (première indication que sa maladie pouvait être inflammatoire) ; d’ailleurs elle présentait des yeux vifs , coloration des joues , langue rouge à la pointe et sur les bords , soif aiguë, inappétence, dévoiement, légère tension du ventre, pouls fréquent, peau chaude, etc. Était-ce par desjuleps béchiques avec 1 esprit de Mmderérus et puis par l’extrait de quinquina qu’on pouvmt amender ou arrêter une gastro-entérite rémittente et fébrile bien manifeste? Aussi n’est-on pas étonné quelle fasse des progrès rapides. On observa en vain à M. Petit que la prétendue tievre adynamique pourrait bien n’être qu’une véritable inflamn. 6

malion ; une confiance exclusive pour les antiques formules l’emporta. Le traitement tonique fut continué à des doses plus fortes, et la malade succomba au milieu des symptômes de prostration et d’adynamie les plus prononcés. L’autopsie vint , trop tard pour la malade, éclairer sur la véritable nature d’une prétendue fièvre rémittente adynamique essentielle. On trouva sur la muqueuse digestive , sur le péritoine , le mésentère et dans les poumons, des traces de phlegmasie assez intenses pour provoquer tous les phénomènes sympathiques et fébriles les plus remarquables. N’est-il pas probable qu’avec un traitement antiphlogistique promptement et méthodiquement administré dès l’entrée de cette malade à l’hôpital , on fût parvenu à enrayer la phlegmasie et la fièvre rémittente qui en était la suite? L’âge et la vigueur de la malade ne tendent-ils pas à le faire présumer?

Quant <à l’observation sous le n° 423, quoiqu’incomplète et.peu concluante, nous l’avons rapportée, parce qu’elle peut inspirer de Justes craintes sur l’emploi du quinquina dans des cas où l’on ne faisait jadis aucun scrupule de l’employer promptement et toutes les fois qu’on observait quelques symp'.ômes décorés du nom de pernicieux. Dans cette observation, ce fut \état soporeux du malade cjui en imposa à M. Destrés, et qui sans doute l’empêcha d’avoir recours à un traitement antiphlogistique plus actif et plus énergique. Ce médecin se trouve ici flottant entre deux principes de pratique ancienne et routinière également sacrés à ses yeux , l’un qui prescrivait de laisser marcher jusqu’au septième accès la fièvre intermittente sans lui opposer aucun moyen actif, l’autre cpii faisait un devoir d’attaquer cette fièvre par le quinquina aussitôt qu’il apparaissait quelques symptômes un peu saillants, ataxiques ou pernicieux; principes tous les deux erronés , comme nous le verrons , et qui pouvaient conduire aux plus grandes fautes de traitement, avant qu’ils eussent été modifiés parla doctrine physiologique. En effet, sans parler du premier principe sur lequel nous reviendrons plus tard , bornons-nous à celui qui conduisit à donner le quinquina au malade dont il s’agit : on se contenta de prescrire des boissons délayantes dans un moment où la langue sèche et âpre au toucher , la soif vive et le désir de l’eau froide , la chaleur et la sécheresse de la peau , les déjections alvines, bilieuses , les nausées , l’insomnie, etc., indiquaient les applications de sangsues et les émollients en cataplasmes sur le ventre et en lavements ; l’état soporeux du malade fit

qu’on eut recours au quinquina. On ne put on faire prendre qu’w» gros parce que le malade ne pouvait avaler , sans quoi on lui en eût donné bien davantage que l'estomac n'aurait pu supporter et qu’il eut rendu par le vomissement peu de temps apres son inÿestion , comme l’a observé M. «estrés dans plusieurs autres circonslances ; pourquoi ? parce que ce n’est pas seulement par 1 administration d’un vomitif, comme ce praticien et beaucoup d autres ont coutume de le faire, qu’on doit préparer les malades dont il s agit à l’administration du quinquina , mais au contraire par les mopns antiphlogistiques locaux et généraux les plus convenables , jusqu a ce que l'état do la langue et des fonctions digestives en permette l’usage ; et quand l’irritabilité des voies digestives persiste, il ne faut l’employer que selon la méthode endermique et insister sur les moyens antiphlogistiques et révulsifs externes. Une autre cause qui fait que le quinquina n’est pas supporte par les malades du praticien dont il s’agit , c’est qu’il est dans l’habitude de faire prendre toute la dose qu’il juge nécessaire pour arrêter la fièvre, seulement trois ou quatre heures avant l’invasion du nouvel accès ; or , il n’est pas rare que , dans les nevres iiUermittentes , même les moins pernicieuses , Festomac ne souffre déjeà ou ne soit plus irritable quelques 'heures avant le retour du frisson , et dans ce cas comment voudrait-on qu’il supportât un médicament qu’il n’a pas le temps de digérer avant le retour de l’irritation idiopalhique ou sympathique de la

muqueuse digestive , qui constitue la plupart des accès de la fiévre intermittente ordinaire (1) ?

l!® P'’e"’'ères observations , consignées sous les n., 424 , 4 a et 426 , 1 art essaya d’abord de prévenir les suites funestes des accidents occasionnés par les fautes de l'art. Si l’on n’est point parvenu à cet heureux résullat, ne doit-on s’en prendre qu’à 1 intensité des lésions locales provocatrices des accès fébriles et que autopsie a fait connaître? Dans la première de ces observalions, un traitement stimulant, continué pendant plus de quinze

f T K ®''acuants et ensuite par le quinquina et

a r ubarbe en poudre , par l’eau vineuse, chez un homme d’une forte constitution et malgré la céphalalgie, la bouche sèche, la soi , anorexie, etc., avait dû produire des désordres déjà bien graves dans les organes digestifs quand le malade fut conduit à

(1) il edecine pratique, traitement des fièvres intermittentes.

riiüpital de la Charité. Malgré le retour périodique des accès fébriles , on n’eut recours et avec raison qu’à des boissons tempérantes ; sans doute il y avait de la prudence à s’en tenir à un traitement expectant dans un cas aussi fâcheux; cependant, comme on était loin de prévoir une fin aussi prochaine , l’état delà bouche , de la langue , des fonctions digestives, les selles fréquentes qui épuisaient le malade, en contre-indiquant le petit-lait avec le miel et le tamarin , ne semblaient-ils pas suggérer l’essai de quelques moyens antiphlogistiques locaux et révulsifs externes, plus actifs et plus propres à arrêter les progrès de la maladie?

Dans l’observation suivante, on n’eut qu’à se louer d’avoir pris ce dernier parti; et si le malade succomba également, on ne put en accuser que la complication du catarrhe pulmonaire qui a malheureusement jeté de l’incertitude dans le diagnostic de la maladie; alors on a cédé à cette funeste croyance que le quinquina peut couper des accès fébriles périodiques , alors même que l’inflammation qui les provoque persiste à un degré très sensible. Qu’arriva-t-il? que la fièvre quotidienne devint continue , et conduisit plus rapidement le malade au tombeau.

Quant à la troisième observation , elle a été traitée longuement et obstinément selon l’ancienne et aveugle routine qui poursuivait à toute outrance des accès fébriles quelconques par le quinquina : il s’agit d’un homme dans la force de l’âge , dont la maladie commence par le défaut d’appétit et le dévoiement, et chez qui la sécheresse de la langue , la soif vive , les envies répétées de vomir, les douleurs très sensibles dans la région épigastrique, la chaleur de la peau , etc., n’empêchèrent pas de prescrire force quinquina en décoction et en poudre. C’est en vain que les symptômes deviennent plus graves sous l’influence de ce traitement, on insiste sur ces moyens , bien quel’apyrexie devienne de moins en moins sensible entre les accès , et qu’à l’intensité plus grande des symptômes précédents , se joignent d’abord un léger trouble des fonctions intellectuelles, puis le délire, les soubresauts des tendons, la tension de l’abdomen, etc. Ces derniers phénomènes font seulement ajouter au quinquina des bols camphrés et nitrés ; alors délire furieux, yeux fixes, langue noire, secousses nerveuses, ventre ballonné , et mort après dix-neuf jours d’une stimulation telle qu’on s’attend bien à trouver cette inflammation violente et poussée jusqu’à la’gangrène, que l’autopsie fait voir sur la muqueuse digestive. Aujourd’hui, grâce à l’influence assez généralement

répandue des préceptes de la doctrine physiologique, il n’est plus aucun patricien qui prit, en pareil cas, suivre Tancienne routine et prescrire un pareil traitement.

Dans l’observation sous le n® 427, le cas est sans doute fort difficile, parce que le jeune malade, quoique fortement constitué, avait dû perdre considérablement de forces par suite d’une irritation gastro-intestinale, accompagnée de selles fréquentes, et qui datait de douze jours quand il fut reçu à l’hôpital de Montluel • cependant les lésions trouvées sur le cadavre ne semblent-elles pas prouver qu’on s’est trop vite effrayé des signes de faiblesse occasionnés par l’application de huit sangsues chez un enfant de douze ans? N’est-il pas certain qu’à cet âge , où le sang est si promptement réparé, où la réaction vitale est en général si énergique, on doive peu craindre une faiblesse dont les suites sont réparables, tandis qu’il n’en est pas de même des altérations qu’amène la persistance d’une irritation inflammatoire ! Une nouvelle application de sangsues au fondement, des bains tièdes et des frictions sur toute la surface du corps pour donner à la peau une action qui contrebalançât celle des sécréteurs de la muqueuse intestinale , n’eussent-ils pas été des moyens préférables à l'ingestion du sulfate de quinine? Car on ne peut pas oublier qu’il s’agit d’un malade dont la fièvre est presque continue et chez qui les signes de gastro entérite ont été dès le principe assez évidents, puisqu’il présentait en entrant à l’hôpital une langue sèche et racornie , une soif inextinguible , le ventre douloureux ; la soif était encore très marquée quand on lui administra le sel de quinine, aussi vit-on survenir le soir même un frisson plus violent, puis le délire , des cris , des plaintes , le ballonnement du ventre , etc., qui précédèrent la mort. L’autopsie fit voir des traces d’inflammation dans l’estomac et le duodénum. Mais la bile et les vers contenus clans le reste du tube intestinal n’ont-ils point empêché de leconîiaître queh pâleur delà muqueuse était accompagnée de quelques élevures ou granulations occasionnées par l’engorgement Liane des follicules, surtout dans les endroits correspondants à cette altération des glandes mésentériques , laquelle n’a presque jamais lieu que consécutivement à la subinflammalion de la muqueuse intestinale, et particulièrement de la portion iléo-cœcale ?

Ce que nous venons de dire se trouve en partie confirmé par l’observation sous le n» 428, recueillie par le même auteur : en effet, il nous dit que la fièvre intermittente dont il s’agit fut ag-

gravée par les évacuants et le quinquina donné avant la disparition complète de l’irritation gastrique , tandis que l’état du malade fut amélioré par le traitement antiplilogistique et les évacuations sanguines. Quand ce malade fut reçu à l’hôpital , on reconnut une irritation fixe et permanente des organes digestifs , et malgré cela on administra l’émétique ; aussi les vomissements bilieux n’amenèrent-ils aucun soulagement , et l’accès suivant fut-il plus intense. Deux laxatifs vinrent encore aggraver la position du malade, et par dessus tout l’adminisiration du quinquina en poudre. On conçoit qu’après une pareille médication, les accès fébriles soient devenus plus forts et plus prolongés , le ventre douloureux, la langue sèche, la soif continuelle , et qu’il n’yaitpluseu d’apyrexie ! Dira-t-on, dans ce cas, que ce n’est pas la fièvre intermittente elle-meme qui, par cette stimulation, a du passera la continuité ? Peut-on soutenir que ce ne soit pas la même fièvre qui ait changé de type en augmentant d’intensité, et que la fièvre continue de Labei soit une fièvre intermittente déguisée , ou bien une nouvelle entité fébrile qui en a remplacé une autre avec laquelle pourtant elle n’a aucun rapport? Quelque jugement qu’on ait porté sur le caractère de celte fièvre continue, toujours est-il vrai qu’on s’est décidé cette fois à l’attaquer par une tardive application de quelques sangsues sur le ventre. L’effet de cette émission sanguine ne dut pas être sensible et ne put empêcher les progrès rapides de la gastro-entérite, d’autant plus qu’on eut encore 1 inconcevable idée de revenir à f administration du quinquina joint au camphre I Le malade succomba , et l’autopsie fit reconnaître une altération grave et profonde presque tout le long du canal intestinal. La mucjueuse gastrique présentait une rougeur superficielle, suite de la dernière administration du quinquina et du camphre ; très probablement celte injection de la muqueuse gastrique, qui s’est répétée plusieurs fois dans le cours de cette maladie , n’aurait pas été sensible après la mort sans la dernière et toute récente dose des stimulants. C’est sans doute au retour de cette injection rapide et passagère que furent dus dans le principe les accès sous le type tierce et quarte de la fièvre. Quant à l’irritation fixe et permanente, reconnue dans le canal intestinal dès l’entrée du malade à fhôpital , probablement quelle avait son siège à la fin de l’iléon, là où les recherches multipliées des pathologistes modernes l’ont constamment rencontrée dans toutes les fièvres graves. Aussi la région

iléo-cœcale est-elle devenue, et avec raison , un point dont l’exploration est aujourd'hui presque aussi importante que celle de la légion épigastrique.

A l’époque où fut recueillie par M. Lugol , dans les salles de M. Petit, l’observation dont nous avons parlé sous le n® 422, ce dernier praticien reconnaissait encore , tantôt sous le nom de fièvre adynamique , tantôt sous celui de/^èrre ataxique, essentielleSf la meme maladie qu’une année ou deux plus tard il eût qualifiée de fièvre entéro-mésentérique essentielle, simple ou compila quée. Le fait dont nous venons de parler, par exemple, eût été une fièvre entéro-mésentérique, compliquée de péritonite. Ce que nous disons est justifié par les deux faits sous les n'>*429 et 430, que nous avons extraits du Traité de la fièvre entéro-mésentérique. Dans le premier de ces faits , M. Petit reconnut bien quelques symptômes ataxiques, surtout dans le délire tranquille que le redoublement fébrile de chaque soir rendait plus saillant; mais à cette époque on recueillait à l’Hôtel-Dieu des fièvres entéro-mésentériques et non pas des fièvres ataxiques. Cette observation fut donc naturellement placée au rang des fièvres entéromésentériques ! Il s’agit d’un jeune homme de vingt-six ans , très fortement constitué , dont la maladie débute par des frissons suivis de chaleur, avec dégoût, amertume de la bouche , et puis dévoiement. On lui fait prendre une forte médecine ; évacuations alvines fréquemment répétées, et redoublement fébrile accompagné d’un délire très prononcé. Il est conduit à l’hôpital , où il présente une peau sèche et chaude , langue tremblotiante et couverte d’un enduit jaunâtre, ventre tendu et douloureux à la moindre pression, conjonctives injectées, œil larmoyant, pouls fréquent et assez développé , respiration accélérée , coucher en supination , etc. On prescrit la décoction de quinquina avec d’autres stimulants diffusibles ; le paroxysme du soir est plus violent; délire toute la nuit, agitation, efforts pour sortir de son lit, etc. Le lendemain, le délire continue et alterne avec la somnolence ; face animée , yeux brillants, ventre douloureux]et tendu , langue noire et sèche. On continue le quinquina et autres stimulants. L’état du malade devient de plus en plus grave, et il ne tarde pas à succomber. L’autopsie fit voir sur les deux cinquièmes inférieurs des intestins grêles un grand nombre de boutons rosacés à leur base , et blanchâtres à leur pourtour , tantôt isolés , tantôt réunis pour former des plaques de quinze à dix-huit lignes

d’étendue ; quelques unes de ces plaques sont rouges , les autres blanches , et celles qui sont plus rapprochées de la valvule iléocœcale commencent à être ulcérées. Les glandes mésentériques correspondantes sont très engorgées, les unes rougeâtres, les autres semblables à des tubercules.

La seconde observation de fièvre entéro-mésentérique présente un fait analogue au précédent : jeunesse et force du malade, mêmes symptômes d’irritation de la muqueusegastro-intestinale et du mésentère. Même traitement , même terminaison , autopsie présentant les mêmes altérations organiques.

Que conclure de ces deux faits et de tous ceux analogues consignés dans le Traité dont il s’agit ? La première réflexion qui vient, c’est que M. Petit, fatigué , d’une part, de ne trouver depuis long-temps, et dans presque toutes les affections fébriles , que des fièvres ataxiques, putrides ou adynamiques ; étonné, d’autre part, que M. Serres lui fît voir, dans tous les cadavres de ceux qui succombaient aux fièvres qu’à cette époque on observait à riIôtel-Dieu , des lésions à peu près semblables dans les intestins grêles et le mésentère, imagina qu’il s’agissait d’une fièvre particulière, sut generis, qu’un concours particulier de cir^ constances venait offrir pour la première fois à son observation ; de là 1 idée de recueillir ces faits et d’en faire un traité à part , sous le nom de fièvre entéro-mésentérique . On se souvient sans doute du froid accueil avec lequel les essentialistes de cette époque reçurent cette nouvelle fièvre essentielle , décorée d’un nom si matériel. Le professeur Pinel entre autres soutint que ce n’était là qu’une simple variété de l’un des six ordres de fièvres décrites dans la Nosographie philosophique. Un de ses élèves, M. Goguyer Laprugne , fit de cette controverse le sujet d’une thèse, où il prouva si bien que la prétendue fièvre entéro-mésentérique n’était qu’une variété de fièvre ataxique ou adynamique, qu’alors le procès fut regardé comme jugé en faveur de M. Pinel. On sait comment la gastro-entérite remplaça depuis lors , et en grande partie, toutes ces entités fébriles. Mais revenons à ces deux observations.

Ce sont là, selon MM. Petit et Serres, des exemples bien caractérisés de fièvre entéro-mésentérique essentielle. Entéro~mé-~ sentérique , parce que la maladie dont il s’agit est constamment précédée et accompagnée d’une lésion de la muqueuse intestinale et du mésentère , dont l’autopsie a fait reconnaître l’existence et

l’identité dans tous les cas; essentielle , parce que cette lésion locale ne pourrait pas, selon eux, causer ni expliquer la mort des malades , et qu’il y a en outre un principe morbide plus ou moins délétère qui de la lésion locale dont il pervertit la marche et dénature l’action , se répand dans toute l’économie pour produire la fièvre qui tue les malades. Ce principe délétère étant nécessairement débilitant , comme le prouvent les symptômes de prostration et de faiblesse générale , il faut en combattre les effets par les toniques et les stimulants. Telle est en deux mots toute la théorie de la fièvre entéro-mésentérique. Nous ne ferons point ici le recensement critique des cas dans lesquels les malades ont guéri sous l’influence de ce traitement, et de ceux où ils ont succombé; nous remarquerons seulement c|ue dans l’espace de quelcjues mois on a recueilli un assez grand nombre d’observations suivies d’autopsie , et tout-à-fait semblables aux deux exemples rapportés , sauf la différence des redoublements fébriles, qui furent rarement aussi réguliers que dans ces deux cas. Or, si l’on met de côté ce principe morbifique qu’on fait intervenir ici fort gratuitement pour rendre essentielle^ h la manière des anciens, une fièvre qui s’explique assez par l’influence sympathique de la lésion locale sur tous les principaux viscères, que reste-t-il à combattre si ce n’est la lésion primitive de la muqueuse intestinale? On convient que les purgatifs tendent à la rendre plus grave et plus rapidement funeste; n’en serait-il pas de même du quinquina et des autres stimulants, d’autant plus que la périodicité des redoublements fébriles est assez rare et trop peu marquée pour fournir cette indication ? Telle est du moins l’opinion de Baglivi à l’égard de sa fièvre mésentérique ^ dont on ne peut contester les nombreux rapports avec celle dont il s’agit, soit relativement à la lésion locale, soit relativement aux exacerbations fébriles périodiques.

Quoi qu’il en soit, n’est-il pas certain aujourd’hui, d’après les immenses progrès qu’on a faits dans la théorie et la thérapeutique des fièvres en général, qu’il ne se trouverait plus un seul médecin qui traitât par le quinquina et les stimulants diffusibles des irritations entéro-mésentériques aussi prononcées que dans les exemples dont il s’agit? Quel est le médecin qui, trouvant chez un malade un pouls fréquent et développé , une peau sèche et chaude, le ventre tendu et douloureux, l’inappétence, la soif, les selles en diarrhée, etc.^ ne se croirait pas obligé de recou-

l30 FIÈVRES INTERMITTENTES ET REMITTENTES.

rir au traitement antiphlogistique? Mais , dit-on , V expérience a prouvé que ce traitement est nuisible, — Ceci demande une explication : si Ton entend par traitement antiphlogistique l’usage plus ou moins répété de la saignée générale , on aura le plus souvent raison, parce que le plus souvent il s’agit d’une affection qui débute d’une manière sourde, dont la douleur locale est nulle ou peu sentie, dont les symptômes sont rarement assez violents pour porter les malades à invoquer plus ou moins promptement les secours de l’art ; la plupart sont déjà épuisés , soit par la durée de la maladie que mille drogues ont exaspérée, soit par un dévoiement plus ou moins abondant et opiniâtre, ou par des épistaxis répétées, etc. Or, saigner de tels malades, c’est commettre une grande faute; mais s’ensuit-il de là que le traitement antiphlogistique ne convienne pas? Ce traitement conviendra au contraire dans tous les cas s’il est méthodiquement employé, si l’on se borne à des émissions sanguines locales modérées, répétées selon le besoin , et combinées avec des applications émollientes, des lavements adoucissants , quelques moyens révulsifs à la peau , et un régime convenable. Certes ,"ce n’est pas après des saignées tardives ou contre-indiquées, après de mesquines applications de sangsues au cou pour combattre le délire chez des malades jeunes et robustes , qu’on peut avancer avec confiance que le traitement antiphlogistique est nuisible. Il suffit de parcourir attentivement les observations recueillies dans le Traité de la fièvre entêro-mésentérique^ pour se convaincre que les émissions sanguines locales ont été très utiles dans les cas trop rares où on les a jugéesutiles. N’est-il pas àprésumer qu’employées méthodiquement dès l’entrée à l’IIôtel-Dieu des deux malades dont il s’agit, les applications de sangsues, soit au fondement, soit à la région iléo-cœcale , eussent pu être d’un puissant secours pour arrêter les progrès de la lésion locale, qui , chez l’un , avait reçu une si funeste activité par suite d’un violent purgatif? Cette lésion locale, dit-on, n est pas franchement inflammatoire. Mais est-ce à dire que le sang doive exister rouge et en nature dans toute lésion organique pour constater qu’elle est le résultat d’une inflammation? Le contraire ne se voit-il pas chaque jour à mesure que l’inflammation parcourt ses différentes périodes? L’observation YIIl du Traité dont il s’agit, n’aurait-elle pas dû éclairer sur la véritable nature de la lésion intestinale, puisqu’il s’agit d’une fièvre enléro-mésentérique ^ déterminée par la répercus-

ANALYSE DES FAITS RELATIFS A CES FIEVRES. l3l

sion subite d’une phlegmasie cutanée sporiforme? Il y a d’abord sentiment de faiblesse et de malaise général , puis dégoût, ventre tuméfié et douloureux, dévoiement, symptômes ataxiques, et tous ceux auxquels on reconnaît la fièvre entéro-mésentérique? Hé bien, tout cela disparut par le seul retour de l’affection cutanée. Ce déplacement de l’irritation n’indique-t il pas la nature de la lésion entéro-mésentérique ? D’ailleurs on convient que cette lésion n’est pas 'purement passive ; dès lors pourquoi a t-on si peu de scrupules sur l’emploi des stimulants ? Nous disons si peu, parce que quelques scrupules àcet égard sont venus à MM. Petit et Serres , scrupules dont ils se sont détournés en employant le quinquina en teinture ou en extrait , mais tellement combiné avec des stimulants diffusibles que son action dut, selon eux, se passer tout entière dans la partie supérieure du canal digestif, et loin du foyer delà lésion locale, placée à l’extrémité des intestins grêles. Ce n’est pas du tout contre cette lésion que les praticiens dont il s’agit dirigeaient leur quinquina , mais uniquement contre le principe délétère dont ils avaient pour but de contrebalancer les pernicieux effets... Singulière manière de raisonner que celle qui tend à faire croire que des stimulants envoyés dans l’estomac et dont l’action se répand dans toute l’économie , n’auront aucune influence sur une irritation intestinale ! Singulière théorie que celle de la fièvre entéro-mésentérique î II est vrai quelle date de 1812 à 1813 j cependant il ne faut pas l’oublier, puisqu’il y a des praticiens et des auteurs qui semblent vouloir la rajeunir et la faire revivre de nos jours.

L’observation de fièvre bilieuse ou gastrique consignée sous le n® 431 est très remarquable sous tous les rapports : recueillie et lue à la clinique de M. Landré-Beauvais, son authenticité ne peut être contestée, et les détails quelle contient, l’autopsie dont elle est suivie, ne laissent aucun doute sur la nature et le siège delà maladie. Ces détails nous font connaître le vague, l’incertitude , les contradictions même qui régnaient alors dans la théorie et le diagnostic des fièvres en général. L’exemple dont il s’agit est d’abord caractérisé de fièvre intermittente bilieuse ou gastrique essentielle. Pendant que la fièvre paraît offrir ce caractère, on la traite par les évacuants et les délayants. On administra un émétique à cette malade au moment où elle présentait une langue rouge à sa pointe , soif , chaleur de la peau , ardeur en urinant , diarrhée , etc. Le lendemain , les lèvres et la

a 32 FIEVRES I^TeRMITTENTES ET REMITTENTES."

]an(îue furent sèches et uniformément rouges, haleine fétide, pouls inégal , selles plus fréquentes et accompagnées de coliques. L’accès quotidien (qui se manifeste régulièrement vers la lîn de la journée) est bientôt accompagné d’un délire assez marqué pour caractériser à volonté une fièvre ataxique. Deux ou trois jours après, la prostration des forces, la couleur noire et sèche de la langue , décidèrent l’administration du quinquina, moins pour combattre le type quotidien de la fièvre que pour l’opposer à X adynamie ; car on ne songea point à l’emploi de ce médicament avant l’apparition du caractère adynamique. Quoi qu’il en soit, son usage fut nuisible, puisque les selles diarrhéiques devinrent plus fréquentes , et l’accès suivant plus long et plus violent. Le délire , la prostration et tous les symptômes , firent de rapides progrès. La malade succomba, et l’autopsie fit voir l’estomac et une grande étendue des intestins, phlogosés avec augmentation d’épaisseur de leurs parois. Dans'cette circonstance, ce n’est pas le type de la fièvre, auquel on fit peu attention, qui en imposa au praticien dont il s’agit , c’est plutôt le prestige à^Xessentialitè; c’est ce prestige qui a tellement fasciné les yeux qu’on n’a point su voir d’organes malades. On a combattu les symptômes bilieux de la fièvre essentielle par l’émétique, et les symptômes adijnamiques par le quinquina, sans songer que la rougeur et la sécheresse de la langue , la soif , la douleur épigastrique, les selles diarrhéiques avec coliques , la chaleur de la peau , l’ardeur en urinant , etc. , pouvaient indiquer une irritation quelconque dans le canal digestif! Cette irritation a débuté , comme il arrive souvent, par l’anorexie, l’amertume de la bouche, la céphalalgie , les lassitudes , des douleurs vagues dans le dos ; puis il est survenu des frissons , suivis de chaleur et de sueurs. Cette irritation se renouvelait ou éprouvait un redoublement fébrile chaque jour vers les quatre ou cinq heures de l’aprèsmidi. Les symptômes furent d’abord si modérés qu’il eut peutêtre suffi, dans le principe, de l’administration du quinquina dans l’intervalle des accès périodiques , pour prévenir le retour ou le redoublement de l’irritation gastrique. Mais à l’époque où l’on donna l’émétique , c’était le traitement antiphlogistique qui seul convenait; nul doute qu’ alors des applications de sangsues et des cataplasmes émollients sur la région épigastrique , une diète sévère , des boissons rafraîchissantes , des lavements adoucissants et calmants, eussent amené une prompte guérison , ou du

ANALYSE DES FAITS RELATIFS A CES FIEVRES. l55

moins il en serait résulté une apyrexie si parfaite entre les accès périodiques que le quinquina aurait pu être administré l jns inconvénient, et achever promptement la guérison de la malade. On fit autrement ; nous venons de voir ce qui advint. Le père de la médecine avait bien raison de dire : Judiciu7n difficile, et experientia fallax.

L’observation de M. Broussais , sous le n^ 432 , nous offre un exemple remarquable du changement de type de la fièvre intermittente. Après avoir offert pendant plusieurs jours le type quarte , elle passa au type tierce par suite de l’administration de quelques boissons amères et du quinquina ; on doubla la dose de ce médicament pour la couper enfin sous le type tierce ; la fièvre résista encore et devint quotidienne. Dès lors, bien que le quinquina ne fut pas continué , les accès s’allongèrent et finirent par se joindre, de manière à offrir encore le type rémittent avant de passer tout-à-fait à la continuité. C’était en 1806 , et à cette époque M. Broussais n’avait pas encore été conduit , par une longue et fructueuse expérience , par des recherches cadavériques soigneuses et multipliées , à analyser les symptômes fébriles et gastriques avec cette sagacité vive et pénétrante, avec cette profondeur et cette exactitude qui dévoilèrent bientôt le génie du célèbre réformateur de notre ère médicale. Le malade dont il s’agit eut pendant plusieurs jours une fièvre continue avec un pouls fort et développé, chaleur et inappétence ; cependant on ne dit point qu’on ait employé le traitement antiphlogistique convenable en pareil cas. Aussi voit-on que ce malade perd peu à peu ses couleurs et son embonpoint , après des rémittences et des redoublements alternatifs et prolongés de fièvre; ces derniers correspondaient à la quantité d’aliments qu’on avait la faiblesse de lui accorder; aussitôt qu’il prenait autre chose que la soupe ou la bouillie , le mouvement fébrile se ranimait. On ne conçoit pas aujourd’hui la nécessité de ce régime nourrissant chez un homme dont la fièvre intermittente a passé à la continuité, ou qui n’éprouve plus que des rémissions à peine sensibles; mais c’était beaucoup qu’on s’en tînt là, à l’époque dont il s’agit. Cependant la diarrhée ne tarda pas à se mettre de la partie, pour conduire le malade plus rapidement au tombeau. L’autopsie fit voir la muqueuse gastrique d’un rouge clair et fort épaisse, les intestins grêles, parsemés de points rouges ; celle qui tapisse la fin de l’iléon et le colon était d’un

l54 riÈVRES INTERMITTENTES ET REMITTENTES.

rouge foncé , noire , granuleuse , sphacélée ou ulcérée , etc.

Comparé à la malade de M. Landré-Beauvais, l’individu dont il s’agit nous offre la nuance chronique d’une gastro-entérite, avec des exacerbations fébriles d’abord périodiques sous type quarte, tierce , quotidien , et ensuite irrégulières ou à peine sensibles. Chez le premier, les accès et les redoublements conser- •vèrent leur périodicité jusqu’à la fin ; cependant la gastro-entérite fit des progrès beaucoup plus rapides , et causa la mort pendant sa période d’acuité , et après avoir offert des phénomènes de délire , d’agitation , de soubresauts et d’adynamie qu’on n’observa pas chez le dernier malade , malgré que la lésion locale chez lui soit également parvenue à son plus haut degré d’intensité : il est vrai qu’elle ne parvint à ce degré que d’une manière lente et graduelle ; c’est là sans doute ce qui a été cause qu’elle n’a point présenté les symptômes des fièvres graves, ataxiques, adynamiques , typhoïdes , etc. , bien que l’autopsie ait offert à peu près le caractère anatomique des fièvres dont il s’agit.

L’observation suivante (no433) se présente d’abord sous la forme d’une fièvre intermittente tierce dont l’apyrexie est parfaite j il ne paraît y avoir aucun signe de diathèse inflammatoire. Cependant les amers et le quinquina n’ont pas de succès ; par leur usage la fièvre passe du type tierce au type quotidien. On crut que ce changement provenait de la modération avec laquelle on employait le quinquina; on en augmenta beaucoup la dose : les accès fébriles persistèrent , le ventre s’enfla et durcit, l’estomac devint douloureux , le malade perdit ses forces , et l’œdème survint. On voit avec quel ton de franchise et de vérité M. Broussais nous fait part de ses premières erreurs dans le diagnostic et le traitement des fièvres intermittentes. Se croyant toujours obligé de combattre le type fébrile périodique par des stimulants, il substitua l’opium, l’éther et les eaux spiritueuses aromatiques, au quinquina ; puis il combina tous ces moyens ensemble jusqu’à ce qu’il vît enfin clairement gwe le ventre se refusait à tous les toniques et stimulants. Cependant la confiance de notre illustre praticien dans le quinquina était alors si grande qu’il y revint encore , en modérant autant que possible son action par diverses combinaisons de gélatine. La fièvre parut céder un instant, pendant lequel l’appétit et les forces se ranimèrent; mais des accès quotidiens revinrent avec des coliques et du dé\oiement; alors, potion à la cannelle et au quinquina , pour soutenir les forces du

malade I Celui-ci, en effet, parut un instant reprendre un peu de vigueur et se désinfiltrer j ce fut une dernière réaction vitale qui précéda l’agonie et la mort. N’est-ce pas ce qui arrive bien souvent dans les fièvres adynamiques , quand on fait prendre des tasses devin et des potions amères , aromatiques ou camphrées? Les malades se raniment queFques instants; ils sont comme enivrés ; la nature rassemble ses dernières forces pour réagir contre ces stimulants divers, et bientôt après le collapsus survient. Ce sont ces réunions instantanées de forces dont les dernières parades encouragent mal à propos dans l’emploi des toniques et des stimulants, tandis qu’il en résulte un épuisement plus rapide, parce que ces forces réunies vont se briser à la fois contre des lésions trop profondes pour céder à l’ébranlement dont il s’agit. C’est un jeu de quitte ou double, qui devient presque toujours préjudiciable aux malades ainsi affectés ; tandis qu’avec de la prudence , un régime sévère , un traitement méthodique , ils parviendraient peut-être à une lente et solide guérison.

Dans l’observation sous le n" 43k , il s’agit d’un jeune militaire de vingt-quatre ans, qui est atteint depuis douze jours d’une fièvre intermittente quotidienne. Quelques symptômes gastriques font malheureusement commencer le traitement par un vomitif, pour préparer le malade à l’administration du quinquina. Celui-ci supprime en effet les accès fébriles quotidiens ; mais , pendant qu’on en continue l’usage à titre de préservatif, il se manifesta bientôt une sensibilité plus marquée à l’estomac , et une disposition à la diarrhée. On discontinua l’écorce du Pérou , mais la diarrhée persista malgré les boissons mucilagineuses et le régime. La fièvre cependant ne reparaissait que quand , pour satisfaire le malade, on lui permettait la soupe. Plusieurs alternatives de fièvre et d’apyrexie eurent lieu de cette manière , parce qu’à cette époquel’illustre auteur des Phlegmasies chroniques élmthien loin d’être aussi sévère pour le régime , aussi sûr dans son diagnostic et aussi méthodique dans son traitement , qu’il l’est aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, la fièvre quotidienne reparut avec une intensité aussi grande que la première fois ; elle fut accompagnée d’une diarrhée douloureuse, sanguinolente, et avec ténesme. On n’opposa qu’un régime délayant ou qu’un traitement expectant à cet appareil formidable de gastro-entérite à exacerbations fébriles périodiques. Qu’arriva-t-il? la fièvre devint continue ; l’état aigu étant arrivé à son terme , il n’y eut plus qu’une

î56 FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES.

diarrhée indolente ; mais le malade tomba dans un état de stupidité, de somnolence, bientôt suivi de la mort. L’autopsie fit voir des traces de phlegmasie tout le long du canal digestif, mais d’autant plus marquées et plus profondes qu’on les examinait plus près de la partie inférieure de ce canal.

Quand on réfléchit à ces exemples de fièvres intermittentes et ù plusieurs autres semblables, consignés dans le riche et précieux recueil de faits dont nous venons de parler, quelle immense distance on aperçoit entre l’état de la science à l’époque où la plupart de ces faits furent recueillis, "et celui où il est parvenu aujourd’hui ! Ce ne sont pas les années écoulées qui sont ici quelque chose ; car qu’est-ce qu’un quart de siècle environ dans une science tout entière de faits et d’observations, et à laquelle, sous d’autres rapports, des milliers d’années n’ont presque rien ajouté? On sait assez qui a donné l’élan et qui a le plus fait pour débrouiller cet immense chaos de fièvres essentielles et de toutes ces maladies vitales , sut generis , et indépendantes des organes. Quant au diagnostic et au traitement des fièvres intermittentes en général, si l’on compare ce qu’ils étaient à l’époque dont il s’agit, et ce qu’ils sont aujourd’hui pour tout médecin physiologiste, on peut juger à quel degré de précision, à quelle fixité de méthode et à quelle uniformité de succès on a été conduit à cet égard par la doctrine physiologique. Sauf la saignée, à laquelle quelques pra ticiens avaient parfois recours contre certaines fièvres intermittentes , il suffisait en général qu’une affection fébrile présentât un type périodique quelconque, pour que tout traitement antiphlogistique fût banni, et pour qu’on n’eût foi qu’aux spècifigues ! Aujourd’hui plus de spécifiques ; moyens antiphlogistiques et révulsifs, locaux et généraux, adaptés au siège, à la nature et à l’intensité de la lésion locale ; voilà la base du traitement des maladies intermittentes fébriles , comme de celui des affections continues. On sait combien de fièvres intermittentes et rémittentes cèdent au Val-de-Gràce sous l’influence d’un traitement antiphlogistique et révulsif; quand elles résistent à ces premiers moyens et qu’on juge utile l’emploi du sulfate de quinine , on sait quelles petites doses il suffit alors d’employer pour obtenir les effets les plus sûrs et les plus constants (1).

L’observation sous le n® 435 , recueillie par M. Andral dans

(1) Annalçs de la médecine physiologique pour les années 1830 et 1831.

les salles de M. Lerminier, à l’hôpital delà Charité, nous rappelle celle recueillie par M. Lugol dans les salles de M. Petit à l’Hôtel-Dieu , et dont nous avons parlé au commencement de cette analyse. Ces deux faits nous présentent deux fièvres d’abord intermittentes et rémittentes qui deviennent continues adynamiques.Traitéesà plusieurs années d’intervalle l’une de l’autre, dans deux hôpitaux et par deux praticiens différents , ces deux fièvres ne laissent pas de présenter beaucoup d’analogie sous le rapport des symptômes , du traitement et des lésions cadavériques. Ce qu’il y a de plus remarquable encore , c’est que les deux élèves internes de l’Hôtel-Dieu et de la Charité, pressentirent l’un et l’autre que le type rémittent et les symptômes adynamiques n’exigeaient point l’emploi du quinquina. M. Andral , sans exprimer son opinion aussi ouvertement que M. Lugol , fait pourtant observer que le malade déploie par intervalle des forces assez grandes pour aller sur selle et remonter dans son lit ; il fait remarquer que l’état du malade s’est aggravé aussitôt après la première administration du quinquina. Cependant on continua l’usage de ce médicament , et même on y eut recours par deux voies différentes , en boissons et en lavements I La maladie fit des progrès; la prostration augmenta. Aux symptômes adynamiques succédèrent ou s’ajoutèrent les symptômes nerveux et ataxiques ; le dévoiement continua ; les selles devinrent plus fréquentes et involontaires ; enfin , l’agonie et la mort achevèrent cette scène de fièvre rémittente double-tierce adynamique. Il s’agit d’un jeune homme de dix-huit ans , ayant joui d’une bonne santé jusqu’à l’invasion de la maladie actuelle ; il n’est affaibli par des excès d’aucun genre. Tout-à-coup il perd les forces et l’appétit ; une fièvre se déclare , avec frisson et sous forme de rémittente double -tierce. La langue est blanche et pointillée à son centre, rouge à la pointe, la soif vive, l’épigastre douloureux à la pression , selles en dévoiement. Alors comme aujourd’hui ces symptômes devaient laisser peu de doute sur l’existence d’une irritation de la muqueuse digestive, avec des redoublements fébriles périodiques. On s’en tient d’abord à un traitement expectant. L’irritation augmente ; le malade vomit sa tisane, et va neuf fois à la selle pendant une seule nuit. Sans doute qu’on était peu éloigné d’adopter un traitement antiphlogistique plus ou moins actif, quand une épistaxis et de malheureuses taches typhoïdes vinrent compliquer le diagnostic. Dès lors on perdit de vue toute lésion lo-

l38 FIÈVRES INTERMITTENTES ET REMITTENTES.

cale pour ne s’occuper que de l’entité morbide appelée typhus l Pendant long temps ces taches typhoïdes ou pétéchiales ont été un épouvantail redoutable, parce que l’expérience avait prouvé qu’on ne les observait guère que dans des cas fort graves. En effet , ce n’est pas sans raison que la nature semble se débattre et réagir à l’extérieur par tous les moyens possibles, sous formes de sueurs, d’éruptions, d’hémorrhagies, etc. , bien que souvent ce soient là des efforts inutiles, alors que l’épine de Vanhelmont est implantée trop profondément pour qu’elle puisse être révulsée par ces moyens. Mais, du moment que l’anatomie pathologique nous a fait connaître la nature et le siège de cette lésion , ne conçoit-on pas qu’un traitement antiphlogistique local, pour peu qu’il soit prompt et énergique, puisse enrayer l’irritation inflammatoire ou lymphatico-sécrétoire de la muqueuse gastro-intestinale , source première et principale des phénomènes fébriles, typhoïdes et adynamiques , dont il s’agit? On s’étonne que la mort soit survenue quand on trouve, pour toutes lésions organiques, cfuelques points ulcérés et gangréneux de la muqueuse intestinale ! On ne songe pas que ces points n’ont pas été portés là tout-à-coup comme par une cautérisation, et qu’ils constituent seulement les restes les plus profonds d’une inflammation plus ou moins étendue , qui troublait sympathiquement toutes les principales fonctions de l’économie , et dont les traces ont disparu par l’épuisement successif du malade, pendantquelques jours d’agonie , et surtout après la mort. D’ailleurs compte-t-on pour rien cette irritation sécrétoire si débilitante qui constitue la diarrhée? Ne conçoit-on pas qu’une irritation inflammatoire et lymphaticosécrétoire plus ou moins étendue et violente puisse s’épuiser en épuisant le malade, quand on la laisse arriver à son plus haut degré et se prolonger plus ou moins long-temps?

Le malade sous le n^ 436 présente la même affection et sous un appareil de symptômes à peu près semblable au précédent. La face est à la fois pâle et animée ; il y a soif, anorexie , bouche amère , langue enduite d’un mucus jaunâtre au centre et rouge sur les bords et à la pointe ; le ventre est indolent, un peu tuméfié (celui du précédent malade était douloureux à la pression) ; sept ou huit selles en vingt-quatre heures. H y a aussi des redoublements de fièvre quotidiens. Le malade est resté neuf jours, sans rien faire, avant d’entrer à l’hôpital (c’est à peu près le traitement expectant de l’exemple précédent ). Quelle immense différence a-

t-on donc trouvée entre la fièvre de l’un et la fièvre de l’autre malade, pour qu’à celui-là on ait administré force quinquina, et qu’à celui-ci on ait prescrit cinq saignées consécutives et pour ainsi dire coup sur coup, malgré le dévoiement qui affaiblissait déjà prodigieusement ce malade? Nul doute que le diagnostic et le traitement , si opposés chez ces deux malades , n’aient tenu, chez le premier à l’apparition des taches typhoïdes , et chez le second à la face animée quoique pâle , et surtout à ses yeux brillants , et puis à la couenne dense et épaisse de la première saignée , essayée sans doute comme pierre de touche pour sonder la nature de la maladie! Quoi qu’il en soit, chez le précédent malade on perdit de vue les symptômes de l’irritation gastro intestinale pour ne s’occuper que du typhus. Dans ce dernier cas, on n’a vu qu’une fièvre inflammatoire essentielle , puisqu’on a fait abstraction de l’état des organes digestifs , du météorisme et de la fréquence des selles qui se répétaient jusqu’à quatorze fois par jour ! La couenne dense et épaisse du sang a fait reconnaître une constitution forte , un sang riche en matériaux nutritifs , et l’on a ôté rapidement au malade ses forces, à la nature les matériaux de réparation ou de réaction , dont elle pouvait encore disposer utilement pour la guérison. Se peut-il que, dans les affections les plus graves, on aille ainsi chercher la gravité du mal là où elle n’est pas , et qu’ après avoir prononcé les mots typhus, fièvre essentielle, on perde de vue les lésions locales qui les provoquent et dontles redoublements causent les paroxysmes fébriles ? Comment se fait-il que , chez ce dernier malade déjà saigné cinq fois , un trouble de la respiration { bien léger en comparaison de celui des fonctions digestives ) soit attaqué aussitôt par une application de sangsues, tandis qu’on néglige entièrement des désordres si intenses du côté de l’abdomen , désordres qui datent du commencement de la maladie , et qui à cette époque sont encore annoncés parla rougeur de la langue , une soif ardente, le météorisme du ventre , et treize à quatorze selles par jour , accompagnées de coliques? Dépareilles questions, soulevées touchant le diagnostic et le mode de traitement adoptés par un praticien d’ailleurs si éclairé et si recommandable , prouvent bien à quelles incertitudes pénibles et décourageantes, surtout pour les jeunes médecins, nous étions naguère encore livrés quand il s’agissait du traitement des fièvres dites essentielles. Aujourd’hui, d’après les principes de la doctrine physiologique, on rechercherait tout sim-

l40 FIÈVRES INTERMITTENTES ET REMITTENTES

plement la lésion locale primitive et principale ; il n’est aucun médecin qui, dans les cas dont il s’agit, ne la reconnut aussitôt dans le canal digestif et surtout vers la fin de l’iléon et dans les gros intestins; c’est là qu’on l’attaquerait exclusivement par des saignées locales , non pas trop abondantes , quelle que soit la force de la constitution , mais répétées plusieurs fois et à différents intervalles, pour laisser à la nature le temps de réagir à son tour; à ce premier moyen on joindrait celui des bains tièdes , des applications émollientes, des lavements adoucissants, la diète, les boissons délayantes, et un peu plus tard, les moyens révulsifs externes les plus énergiques et les mieux entretenus.

Quand le dernier malade dont il s’agit est entré à la Charité , sa gastro-entérite dataitde neuf jours, mais elle n’avait été activée par aucun traitement stimulant et aucune imprudence ; il est donc probable que des moyens antiphlogistiques locaux, plus ou moins énergiques et soutenus , auraient empêché l’inflammation de faire des progrès et de se concentrer là où la multiplicité des follicules tendent à la fixer. L’état de la langue et de la bouche , la soif nrdente, etc., indiquaient que l’estomac souffrait dans le principe , en même temps qu’une grande partie des intestins. Si quelques médecins pensaient qu’on a répondu à toutes les exigences de l’inflammation intestinale par les saignées générales, ils seraient dans l’erreur : il est bien prouvé aujourd’hui que les saignées , d’un secours en général si prompt et si sûr contre les inflammations qui ont leur siège dans les cavités pectorales et encéphaliques , surtout contre les phlegmasies des viscères parenchymateux , ne jouissent point , à beaucoup près, de la même efficacité contre les phlegmasies abdominales, et surtout contre les gastro-entérites et lespéritonites. Elles peuveiitêtre utiles, chez des sujets très forts et pléthoriques, pour préparer les bons effets de la saignée locale ; mais le raisonnement et l’expérience ont prouvé aujourd’hui que c’est principalement sur celle-ci qu’il faut compter pour enrayer les congestions locales rapides , et détruire peu à peu les inflammations chroniques les plus opiniâtres de la muqueuse digestive. Les applications méthodiques et réitérées de sangsues alternativement sur la région épigastrique, sur la région iléo-cœcale , et surtout au fondement dans le cas de dysenterie ou de diarrhée , ont le grand avantage de dégorger à la fois les vaisseaux hémorroïdaux et de révulser à la peau l’irritation inflammatoire ou subinflammatoire, sans

ANALYSE DES FAITS RELATIFS A CES FIEVRES. l4l

produire cette faiblesse et cette émotion générales , qui sont le propre de la saignée. Oui, il est bien certain que la répétition trop rapprochée, que T usage abusif de celle-ci , ôte à l’économie le temps et les moyens de réagir convenablement ; de là un collapsus plus ou moins remarquable et toujours très nuisible dans les cas dont il s’agit.

437. L’investigation exacte et attentive de ce malade à l’époque de son entrée à l’hôpital , ne semble laisser aucun doute sur la nature et le siège de l’affection locale, quelque masquée quelle fût déjà par des phénomènes sympathiques (fébriles et nerveux ) plus ou moins remarquables. Il s’agit d’un homme très fort, dont la maladie date de neuf jours; les lèvres et la langue sont noires et sèches, le pouls très fréquent, la peau chaude et brûlante, les régions épigastrique et cœcale douloureuses à la pression ; il y a en outre constipation ; l’abdomen est recouvert de boutons à base rouge, surmontés d’une vésicule et ressemblant à ceux de la variole. Ces boutons , joints à l’état de la langue et de la muqueuse qui tapisse la bouche, n’étaient-ils pas un trait de lumière sur ce qui se passait dans le canal digestif? On sembla pressentir cette vérité quand on ordonna les sangsues au fondement. Mais conçoit-on cette timidité à la fois et cette mobilité dans le diagnostic qui , le lendemain , fait prescrire quatre sangsues de chaque côté du cou chez un homme robuste et dans la force de l’âge ! La veille on en avait prescrit quinze au fondement, qui avaient produit le plus grand bien possible, puisque leur application fut suivie d’une selle et d’un meilleur état de la langue. Comment se fait-il donc qu’on change tout-à-coup de manière de voir, et qu’après ces deux mesquines applications de sangsues, on en cienne à prescrire une décoction de polygala et une tasse de vin? Dès lors la constipation et le délire \ont en augmentant , ainsi que la prostration générale; la langue est redevenue sèche et brune, la peau brûlante, etc. On ajoute à la prescription un lavement de quinquina ! Est-ce pour remédier à la constipation? Ce moyen réussit fort mal, soit dans ce but, soit dans tout autre; l’état du malade devint de plus en plus fâcheux, toutefois avec des alternatives de mieux si prononcées qu’elles simulent les intermittences et les rémittences des fièvres pernicieuses. « Il s’établit chaque soir, dit M. Andral, une sorte de redoublement pendant la durée duquel on observait une véritable agonie. N’était-ce pas une espèce de fièvre rémittente pernicieuse , et le quinquina,

i42 FIÈ\RES ir^TERMITTENTES ET REMITTENTES.

donné pi en i S tnanibus , comme disait Piquer, avant le retour du redoublement, ne l’aurait-il pas prévenu? C’est après le quatrième redoublement que le malade succombe... C’est surtout dans la matinée du 3 juillet qu’une dose de quinquina aurait pu être administrée dans le but que nous venons d’indiquer ; car alors la langue présentait à peu près un aspect physiologique, et il y avait très peu de fièvre. »

Malgré toute la confiance que nous avons dans l’efficacité du quinquina contre les fièvres intermittentes et les affections périodiques en général , nous ne pouvons , dans le cas dont il s’agit, partager entièrement l’opinion de M. Andral, parce que tout indiquait chez ce malade une lésion profonde et continue que le quinquina', donné à pleines mains et surtout administré par la bouche , n’aurait fait qu’aggraver ; mais comme, d’un autre côté, il était urgent d’arrêter les redoublements fébriles qui épuisaient les dernières forces du malade, redoublements qui sans doute étaient dus à cette injection ou congestion sanguine de la muqueuse digestive dont l’autopsie a fait voir des traces , et qui s’ajoutait périodiquement à la lésion chronique continue de l’iléon, nous pensons que c’était ici le cas d’employer le sulfate de quinine selon la méthode endermique sur la plaie d’un vésicr.toire et sur lés parties sinapisées , ou en friction à la surface cutanée abdominale, dont il était d’ailleurs très important de ranimer les boutons qui tendaient à se dessécher; car si la lésion gastro-intestinale fit des progrès très lents chez ce malade , et si les ulcères intestinaux paraissaient marcher vers la cicatrisation , nul doute que ce bienfait de la nature n’ait été dû à la forte action révulsive de la parotide et des boutons développés sur l’abdomen. Nous terminerons en faisant remarquer que cette observation, regardée dans le temps comme une fièvre rémittente ataxo-adynamique essentielle y n’est plus aujourd’hui, pour M. Andral lui-même, qu’une dépendance de la lésion gastro-intestinale , dont il cherche à expliquer les phénomènes sympathiques ou les effets pernicieux par un affaiblissement de Vinnervation. Sans doute il y a dans ces influences sympathiques si remarquables , partant d’une lésion limitée et à peine sentie, quelque chose qu’il est difficile de pénétrer et qu’on peut se contenter de rapporter à la disposition particulière du malade, sans se payer de mots qui n’apprennent rien de plus. Quant au type rémittent , on voit que cet observateur distingué n’y attache qu’une importance relative et fort secon-

ANALYSE DES FAITS EELATIFS A CES FIEVRES. l45

daire , puisqu’il place dans la môme catégorie et les affections fébriles continues , et les affections fébriles rémittentes , et les fièvres dont les accès quotidiens ressemblent à ceux des fièvres pernicieuses. Il en agit ainsi avec d’autant plus de raison qu’il a vu toutes ces fièvres se transformer les unes dans les autres , et présenter tour à tour ou successivement diverses nuances de type. C’est ainsi qu’il nous offre, dans l’observation suivante, une fièvre dont le type , de rémittent quotidien , devient continu par l’administration du quinquina.

Le malade, sous le n° 438, lors de son entrée à la Charité, fut d’abord traité de la manière la plus convenable et la plus rationnelle; après des émissions sanguines locales et générales , le redoublement fébrile quotidien fut attaqué avec succès par le quinquina. Mais la suppression du frisson périodique et famélioration qui s’était manifestée dans l’état du malade, devaient-elles faire oublier qu’il s’agissait d’une fièvre rémittente, et que la première ingestion du quinquina, tout en supprimant les redoublements fébriles périodiques , avait pu augmenter l’irritation continue du canal digestif ? Au lieu de continuer l’administration du quinquina , ne devait-on pas combattre le surcroît présumé d’irritation gastro-entérique par des applications do sangsues sur l’abdomen et au fondement? On n’en fit rien. Qu’arriva-t-il? la langue devint sèche et noire, lasoif vive, le pouls très fréquent; et la fièvre , de rémittente qu’elle était , ne fit qu’augmenter et passer à la continuité. Crut-on que c’était la fièvre rémittente qui s’était déguisée sous cette dernière forme? ou bien l’air de stupeur et la prostration du malade en imposèrent-ils au point qu’on ne vit plus qu’une fièvre ataxique et adynamique essentielle? Quoi qu’il en soit, on continua la décoction de quinquina, dont l’effet pernicieux fut activé encore par une tasse de Aussi le délire ne tarda point à se manifester, et pendant toute la nuit le malade tint les propos les plus incohérents. Dans la matinée du 5 , persistance du délire; on prescrit quatre sangsues derrière chaque oreille ( il s’agit d’un homme âgé de vingt-six ans et d’une forte constitution). On revint encore à deux petites applications de sangsues au cou ; et, malgré la sensation d’une vive douleur aux lombes, une soif ardente, une langue noire et sèche, un ventre ballonné, une peau chaude et sèche, un pouls très fréquent et assez résistant ^ on continua le quinquina et le vin et l’on ne dirigea aucun moyen antiphlogistique du côté de fabdomen. Le

l44 FIÈVRES INTERMITTENTES ET REMITTENTES.

malade ne tarda pas à succomber, et l’autopsie fit voir des traces bien évidentes de phlegmasie tout le long du canal digestif. L’influence sympathique très violente qui fut portée du côté du cerveau , y détermina aussi une congestion très sensible. L’engorgement des follicules muqueux de l’extrémité inférieure de l’iléon était déjcà très marqué, et formait plusieurs plaques d’un gris jaunâtre; partout, dans l’intervalle de ces plaques , la muqueuse était fort injectée.

Dans ce cas, les symptômes nerveux ou ataxiques se trouvèrent liés à un état morbide assez manifeste des méninges ; or, ne pourrait-on pas par analogie conclure de ce qui a lieu lorsque cet état morbide est moins développé ou lorsqu’il consiste en une altération organique moins matérielle et moins appréciable à nos sens? Faut-il alors avoir recours à f affaiblissement de Vinnerva^ tion pour se rendre compte de ces phénomènes? Si l’on procède du connu à l’inconnu, ce serait plutôt à un accroissement morbide ou à une exaltation de celte innervation qu’il faudrait s’en prendre , et dès lors conviendrait-il de stimuler ou de tonifier les malades? ,

Nous sommes loin de croire qu’il faille bannir à jamais, et dans tous les cas, toute espèce de stimulants et de toniques; nous pensons que , dans ce cas en particulier , on fit bien de donner le quinquina la première fois. La suppression des frissons et des redoublements fébriles eut sans doute un effet très avantageux ; mais la continuation fit beaucoup plus de mal que son premier usage n’avait fait de bien, et en somme le quinquina fut très nuisible, parce qu’il donna à la maladie une marche aiguë et rapidement funeste. 11 n’en est pas de même dans les cas où, soit par suite d’un traitement antiphlogistique poussé trop loin, soit par suite d’une disposition particulière, lymphatique ou autre, l’irritation, d’abord inflammatoire de la muqueuse digestive, a passé complètement à l’état subinflammatoire ; ce qui est annoncé par l’assoupissement, la prostration, elle laisser-aller du malade , par l’agitation nocturne sans délire , les selles fréquentes et séreuses ou muqueuses, par les borborygmes, la tuméfaction et l’indolence de l’abdomen, etc. Dans ce cas, le système lymphalico-sécrétoire étant seul ou principalement affecté, l’expérience a prouvé qu’on pouvait employer avec succès certains stimulants tels que les préparations opiacées et mercurielles. On peut en voir des exemples dans l’ouvrage dont il s’agit; car, sous le litre modeste

(le Clinique mèdicalSy M. Ardral trouve moyen de traiter ex professa toutes les parties les plus difficiles et les plus importantes de la pathologie, et de fournir d’utiles, de nombreux matéi iaux pour la solution des questions les plus délicates de la thérapeutique. Si l’on y rencontre parfois des explications hasardées, des théories même antiphysiologiqiies, partout règne un ton de franchise et de bonne foi , partout on trouve un coup d œil observateur et des réflexions judicieuses qui portent le lecteur lui-mêiui^ à bien voir et à réfléchir; c’est là un très grand mérite qui sans doute assignera à cet ouvrage une place à côté de l’immortel traité des Phlecjmasies chroniques .

Le fait suivant ( no offre un exemple remarquable de l’influence sympathique de la lésion gastro-intestinale sur les fonctions cérébrales : le cerveau et ses membranes furent trouvés sains après la mort, quoique le malade eût présenté pendant plusieurs jours un état de surdité et de stupeur remarquable.

Ce qui frappe d’abord dans cette observation , c’est la date déjà éloignée de l’affection gastro-intestinale au moment où le malade entre à la Charité ( 38 jours ). Il avait été stimulé dans le principe par un éméto-cathai tique. Ce qu’il y avait eu en lui de plus saillant jusqu’à son entrée à l’hôpital , c’est le dévoiement et une chaleur brûlante pendant la journée , puis un redoublement fébrile avec sentiment de fi oid ou des frissons assez marqués vers le soir, et suivis de sueurs dans la nuit. Il y avait encore à celte époque chez ce malade , et dans les vingt-quatre heures , quatre ou cinq selles précédées de coliques, puis soif, anorexie, bouche amère, céphalalgie, face rouge, accablement général, etc. On ne trouva dans le mode du traitement adopté , aucune indication précise ! Certes , une maladie déjà livrée à elle-même depuis plus d’un mois, ne semblait-elle pas réclamer autre chose qu’un traitement expectant? Comment les redoublements fébriles et périodiques du soir ne fixèrent-ils point ratleniion I On se décida pourtant à faire pratiquer une saignée. « Ici , dit M. Andral , les émissions sanguines furent-elles seulement infructueuses? ne furent elles pas direc.ement nuisibles ? On serait porté à le penser , si l’on réfléchit avec quelle rapidité, à la suite de la saignée, un état très grave succéda à un ensemble de symi)iômes qui ne présentait rien d’alarmant. Admettrons-nous que, chez cet individu très fort en apparence , les fatigues excessives éprouvées pendant les grandes chaleurs du mois de juillet, aient épuisé rinnervatiou

l46 FIÈVRES I^’TER3IITTEMES ET RÉMITïE:î<1ES.

à tel point que la soustraction subite d’une certaine quantité de sang produisit facilement une prompte adynamie? Admettronsnous que ce fut cet état d’épuisement et d’innervation qui , en même temps qu’il se dessinait à l’extérieur par des symptômes spéciaux, provoqua aussi le mode de terminaison de l’affection intestinale , produisit tour à tour la gangrène et l’ulcération des plaques folliculeuses? »

CommeM.Andral, nouspensonsquc, danscette circonstance/la saignée futplutôtnuisiblequ’utile. Mais est-il nécessaire, pours’en rendre compte , de remonter soit aux fatigues quelconques d’une place de caissier, soit aux chaleurs du mois de juillet qui auraient épuisé l’innervation chez un homme jeune et robuste? Ne suffitil pas de réfléchir à la nature et à la durée de la lésion gastrointestinale dont il est affecté? N’est-il pas facile de concevoir que des fonctions digestives troublées depuis plus d’un mois, qu’un dévoiement habituel depuis la même époque, ont dû non seulement suspendre la chymification et l’hématose, mais encore épuiser les matériaux de l’économie par une déperdition continuelle de fluides divers? De Là sans doute la lenteur qu’a mise cette lésion à parcourir ses différentes périodes. Mais, aucun moyen ne lui ayant été opposé, elle a poursuivi sa marche chronique; elle a passé de l’injection capillaire et de f irritation sécrétoire superficielle, à tout le système muqueux et glandulaire du tiers inférieur de l'iléon , et dans une grande partie du cæcum et du colon. Les efforts de la nature étaient fructueux autant qu’ils pouvaient l’être étant livrés à eux-mêmes , puisque les ulcères de ce dernier intestin commençaient à se cicatriser. Il était déjà trop tard peut-être pour sauver le malade au moment de son entrée à l’hôpital; cependant si l’on eut examiné plus attentivement son état, on ne se serait sans doute pas borné dans le principe à un traitement expectant, et l’on n’aurait point eu recours à celte malheureuse saignée qui produisit tout-à-coup un collapsus si funeste, en ôtant à l’économie les dernières forces dont elle dis* posait pour réagir et pousser à la cicatrisation les points ulcérés. Si elle eût été secondée par des applications mesurées de sangsues sur la région iléo-cœcale , par des moyens révulsifs très énergiques à l’extérieur, d’autres chances plus favorables se seraient-elles présentées pour ce malade? Les désordres cadavériques ne le font guère présumer. Mais , à dater de la saignée , il s’est encore écoulé huit jours jusqu’à sa mort, et huit jours

AKAtYSE DES FAITS IIELATIFS A CES FIEVRES.

pendant lesquels radministration du quinquina, de la serpentaire , dupolygala, des tasses de vin et du camphre, ont sans doute peu agi dans l’intérêt de sa guérison. S’il y a des cas, comme nous l’avons dit précédemment, où l’on peut avoir recours avec succès à quelques moyens stimulants et toniques, ce n’est sûrement pas quand il y a un étal lébrilecontinu, aussi prononcé que chez ce malade. Mais peut-on, je veux dire est-on fondé à établir d'une manière générale que /es divers désordres d’innervation qu'on appelle symptômes ataxiques et adynamiques^ contre-indiquent la saignée et deanandent l’emploi des toniques? Nous sommes loin de partager cette opinion : car combien de phlegmasies intenses provoquent, dès leur début , les symptômes dont il s’agit, et nécessitent pourtant des émissions sanguines locales et générales ! Oter à î’aîaxie et à l’adynamie un rôle pernicieux et spécial pour le faire jouer à rinncrvalion, n’est-ce pas approchant la meme chose ? i

L’observation sous le n» ^'i-0 présente beaucoup d'analogie avec les précédentes , et si elle ne fut pas suivie d’une terminaison iiineste, ne le dut-elle pas à un traitement dirigé en grande partie selon les principes de la doctrine physiologique? Il s’agit d’un homme, jeune et d’une bonne constitution , atteint de lièvie rémittente avec céphalalgie, chaleur générale sèche, langue lancéolée, blanche et humide , bouche amère, respiration gênée, pouls dur et fréquent, anxiété, figure pâle, selles bilieuses, spontanées , etc. On pratiqua une saignée générale qui , loin de soulager le malade , rendit le paroxysme du soir plus fort. D’a- ])rès les principes des partisans de la fièvre typhoïde , le nonsuccès de la saignée aurait été hpierre de touche qui eût indicjué l'épuisement do l’innervation et l’existence de celte prétendue fièvre essentielle, ou de celle entité fébrile sid generis , contre laquelle on eût dirigé force quinquina! Que serait-il arrivé? la gastro-entérite aurait fait des progrès, les redoublements fébriles seraient devenus plus intenses et plus rapprochés les uns des autres; l’irritation, d’abord inflammatoire et superficielle, de la muqueuse intestinale , aurait envahi tout le système muqueux et folliculairo ; elle aurait pu se concentrer là où ces follicules sont à la fois plus nombreux et mieux développés, c’est-à-dire sur la fin de l’iléon. L’irritation communiquée à la valvule iléo-cœcale, l’aurait gonflée , rétrécie; elle en atuait rendu le passage plus difficile à des matières excrcmenlitieires, âcres et fétides; celles-

l48 FIÈVRES INTERMITTENTES ET UÉMIITENTES.

ci, à leur tour , par leur quantité et leur stagnation, seraient devenues une nouvelle source d’irritation et d’altération organique pour les parties affectées; de Là les 'plaques fongueuses^ gauffrées, les ulcérations , puis l’engorgement et l’altération des glandes mésentériques correspondantes. Voilà comment nous concevons le développement des altérations organiques nombreuses et variées qui forment le caractère anatomique de la spécialité morbide appelée autrefois fièvre cntéro-mésentérique , et qu’on nomme aujourd’hui dothinentêrie , fièvre typhoïde. Ncconçoit-on f)as très bien que tout cela eût pu se présenter chez le malade dont il s’agit, pour peu qu’il eût été stimulé par un mauvais régime, par des affections morales tristes, et surtout par des toniques et des stimulants de tout genre? Fort heureusement pour le malade dont il s’agit, malgré son air inquiet , l’amertume très-prononcée de la bouche , et son anxiété, etc., l’on ne craignit point d’avoir recours à des applications de sangsues sur la région épigastrique. Les frissons du redoublement fébrile suivant furent plus légers, bien que les symptômes d'irritation locale continuassent à être très prononcés ; il y avait des déjections bilieuses , le ventre était tendu et douloureux: on revint à l’application des sangsues sur la meme région , mais en trop petit nombre pour que l’effet en fût très sensible. Le redoublement fébrile et périodique du soir fut accompagné de délire ; on administra quelques grains de sulfate de quinine; les redoublements fébriles suivants furent moins forts et moins longs , mais le délire persista jusqu’au moment où l’on vit apparaître sur l’abdomen un grand nombre de petits boutons durs et douloureux , qu’on reconnut bientôt pour des furoncles. Dès lors les paroxysmes fébriles du soir devinrent chaque jour plus légers. Cependant le regard du malade était toujours étonné , et des symptômes d’irritation gastro-entérique assez prononcés s’étaient fait remarquer encore le quatorzième jour; on revint de nouveau à l’application des sangsues et aux cataplasmes émollients sur l’abdomen : alors quelques légères doses de sulfate de quinine suffirent pour achev er la guérison de la fièvre rémittente ou des redoublements périodiques de la gastroentérite dont il s’agit. Ne semble-t-il pas que ce soit là un exemple de dothinentèrie , de fièvre typhoïde ou furonculeiise, de MM. Bretonneau et Louis, qui, par un mouvement criiiqueavantageux , a passé de la muqueuse digestive à la peau , aidée dans ce déplacement par des applications réitérées de sangsues? Pour

AÎSALTSE DES FAITS RELATIFS A CES FIEVRES- l49

d’autres médecins ce sera une fièvre rémittente essentielle, d’abord inflammatoire, puis ataxique ou délirante ; le plus .grand nombre y rccomiaîira auj( urd'liui une nuance de gastro-entérite avec des exacerbal’ons fébriles périodiques, qui a été en grande partie révulsée par des furoncles abdominaux. Quoi qu’il en soit de ces différentes manières de voir sur la nature et le siège d une fièvre rémittente , continue ou intermittente , l’on ne peut guère s’empêcher d’y reconnaître une lésion locale , dont le siège est ordinairement placé dans le canal digestif, et en particulier sur l’extrémité inférieure des intestins gi eles. Quant à la forme , à la nature , à l’étendue de cette lésion , tout doit nécessairement varier, ainsi que les symptômes qui en sont la suite, par une infinité de circonstances relatives aux causes de la maladie , aux erreurs de régime ou de traitement, à la constitution atmosphérique, et surtout à l’idiosyncrasie ou aux dispositions individuelles des malades.

Quelques unes des réflexions que nous avons faites, relatives au traitement des fièvres rémittentes gastriques et pernicieuses observées par M. Andral, se trouvent encore confirmées par l’observation sous le n® 441 , dans laquelle on se hâte beaucoup trop d’administrer le sulfate de quinine, dont la dose quoique faible ne laisse pas de rendre plus violents les accès de la fièvre. On a ie bon esprit de ne pas insister sur ce moyen ; on lui substitue bien vite une saignée générale par laquelle on aurait du commencer le traitement. Mais, bien loin qu’il en résulte aucun amendement, les symptômes paraissent acquérir une intensité plus grande , l’épigastre reste tendu et douloureux ; alors , et malgr é la prostration générale du malade , on applique vingt sangsues sur la région épigastrique. D’autres symptômes pernicieux se déclarent ; on les poursuit par des applications de sangsues réitérées, avant d’en revenir à l’usage du sulfate de quinine qu’on a la précaution d'administrer en lavements , et qui, de cette manière, triomphe facilement des accès fébriles , même à petites doses.

Dans l’exemple suivant, n" 442, on adopte une méthode de traitement diamétralement opposée, et cependant on ne s’écarte point des principes de la doctrine physiologique, qui sont loin d’être aussi exclusifs que veulent bien le dire des médecins routiniers qui ne la connaissent pas. En effet, il s’agit d’un homme d’un tempérament mou et détérioré , sujet à des ophlhalmies

l50 FIÈVRES IINTEHMITTEStES ET REMITTENTES.

chroniques, à des ulcères aux jambes, et qui est atteint d’uæ fièvre tierce gastrique, dont les accès indiquent manifestement le trouble des fonctions digestives, mais avec des symptômes d’irritation snbinflammatoire ou lymphatico - sécrétoire, avec exubérance de bile et de mucosités, comme l’indiquent l’état de îa langue, la couleur des lèvres, l’absence de la soif et de toute espèce de douleur locale. M. Nepple a raison de traiter son malade par la diète et l’émétique. Les accès continuant, et étant toujours suivis de symptômes saburraux, on profite des intermissions suivantes pour administrer deux purgations. La bouche reste encore mauvaise et l’anorexie prononcée ; alors ce praticien ne craint pas de prescrire de nouveau un grain et demi d’émétique dans une tasse de bouillon aux herbes. Des vomissements copieux et verdâtres ramènent le goût et l’appétit; alors une infusion amère suffit pour achever la guérison.

Nous pensons qu’il est fort rare de rencontrer des cas où ce genre de médication puisse convenir d’une manière absolue ; mais il ne faut pas oublier non plus qu’il y a des indications bien positives de recourir aux évacuants ; il y a des constitutions tellement lymphatiques et si peu impressionnables qu elles ne sont modifiées que par de fortes secousses. On voit des individus dont l’hématose est si languissante que ce serait les anéantir que de leur tirer une palette de sang. Il y a par contre chez eux une telle activité dans les organes sécréteurs et exhalants que Téconomie peut difficilement se débarrasser par les moyens et les voies ordinaires de tous les fluides sécrétés , de toutes les humeurs exhalées et versées sans cesse dans des lieux où elles deviennent pour le moins une gêne aux fonctions organiques, dans les cas où elles ne sont pas des causes irritantes et morbides.

Dans l’observation sous le 4i3, il s’agit, comme dans l’exemple précédent, d’une fièvre bilieuse ou gastrique: il y a également un trouble marqué des fonctions digestives ; mais quelle différence dans la constitution du malade, dans la sensibilité générale et surtout épigastrique , dans l’état du pouls et de la langue! Aussi M. Bonnet n’hésite-t-il pas à faire appliquer au creux de l’estomac vingt sangsues , qu’on laisse saigner autant que possible ; il prescrit une diète sévère et des boissons mucilagineuses. L’accès revient encore avec les mêmes symptômes, accompagné de la même douleur épigastrique ; alors nouvelle application de sangsues, suivie d’une prompte administration dp

ANALYSE DES FAITS RELATTAS A CES FIEVRES. l5l

sulfate de quinine qui achève facilement la guérison. Dans ce cas , il y avait aussi des symptômes d’inappétence, de dégoût, des nausées , des vomissements ; cependant le praticien dont il s’agit s’est bien gardé de faire vomir son malade, et de le purger, ni avant ni après l’administration du fébrifuge.

crèmes réflexions à l’égard du fait suivant; mêmes moyens, même succès. Cette dernière observation prouve que , même dans les cas où l’on pourrait adopter sans trop d’inconvénients la méthode évacuante, il est encore plus sûr de ne point y avoir recours ; puisqu’on peut très bien guérir ses malades sans ce moyen, comme le prouve M. Bonnet en agissant d’après les principes de la doctrine physiologique, c’est-à-dire en insistant sur la diète, les l^oissons délayantes ; et, quand on a recours aux évacuations sanguines , il faut alors constamment préférer les saignées locales , qui doivent être peu abondantes ; il vaut mieux y revenir plusieurs fois que d’affaiblir tout de suite et coup sur coup des malades , qui ne supporteraient pas ces sortes d’ébranlements qui d’ailleurs paralyseraient ou entraveraient la nature dans ses moyens de réaction favorables à la guérison.

Nous venons de voir des exemples de fièvres intermittentes bilieuses ou gastriques, les plus simples qui nous soient présentés dans les auteurs , et dans lesquels pourtant il a été facile de reconnaître une nuance d’inflammation ou de subinflammation de la muqueuse digestive , laquelle a été reconnue par les médecins eux-mêmes qui ont observé les malades dont il s’agit, et qui ont dirigé leurs traitements en conséquence.

Noicid’autres observations, sousles no®4i5, 440 et447, qui, par leur rareté et par la bénignité de leurs symptômes , sembleraient devoir former des exceptions dans l’histoire des fièvres intermittentes et rémittentes : il s’agit des cas de fièvre réputés les plus simples, c’est-à-dire dans lesquels il est le plus difficile d’assigner un ou plusieurs organes primitivement et spécialement affectés dans ces fièvres. La première est d’autant plus intéressante qu’elle a été observée par un médecin sur lui-même ; de là l’exactitude et la précision des détails relatifs à la description des symptômes et de toute l’histoire de la maladie. Hé bien ! quelle (]ue soit la simplicité de cette fièvre tierce , n’esl-il pas facile d’y reconnaître une irritation de la muqueuse digestive, puisqu’il y a soif, bouche sèche, inappétence et nausées, durant le premier accès qui paraît d’ailleurs avoir été occasionné par une indiges-

i 5a FIÈVRES IPlTERMITTEIfTES ET REMITrENTES.

lion de cerises très acides, et puisque l’épigastre devient sensible à la pression après quelques accès. Tel paraît avoir été le diagnostic du praticien dont il s’agit, puisqu’il se fait appliquer des sangsues à l’épigastre et qu’il se soumet à un régime diététique et adoucissant , avant de se décider à prendre le sulfate de (juinine dont l’usage prévient le retour des accès.

Les deux faits suivants nous offrent deux exemples de fièvres intermittentes essentielles , les plus simples que nous ayons su trouver dans les auteurs. En les rapportant ici, nous avons eu pour but de fixer nos idées sur ce qu’on peut entendre aujourd’hui par ces mots fièvre intermittente simple. On ne peut pas dire , dans ces deux cas , que les organes digestifs soient malades , puisqu’il n’y a aucun symptôme particulier qui indique leur affection ; on ne peut pas daNantage placer le siège de cette lésion dans les organes cérébraux et pulmonaires. Dans le premier cas, la fièvre est occasionnée par la suppression des menstrues et guérie par îe retour de cet écoulement sanguin; ce qui semble prouver quelle était due, soit à une pléthore sanguine générale, soit à une congestion spéciale de la matrice. Dans le second cas , on ne peut pas facilement reconnaître un organe particulier dont on doive accuser la souffrance ou dont l’irritation paraisse provo-» quer les accès fébriles ; il y a pléthore sanguine et imminence de congestion locale ; cependant, comme ces accès sont chaque fois dissipés ou prévenus par des émissions sanguines , ne peut-on pas en conclure avec quelque probabilité qu’ils sont le résultat do la surexcitation portée par un sang trop abondant , trop irritant ou trop riche en matériaux nutritifs , sur la membrane interne du cœur et des principaux vaisseaux artériels ; de la même manière que cela paraît avoir lieu pour certaines fièvres continues inflammatoires, d’après les expériences et les recherches à cet égard , qu’on doit particulièrement à M. Bouillaud (1). On ne peut donc pas conclure des cas de fièvres intermittentes, réputés les plus simples, qu’ils constituent des groupes de symptômes essentiels y sut generiSy existant par eux-mêmes et sans lésion organique quelconque. Quant au mot simple, ne sembie-t il pas qu’il est ici employé fort mal à propos, puisqu’il sert à caractériser des fièvres , très peu graves il est vrai , mais d’autant moins simples , qu’il y a chez elles tout un système d’organes qui se trouve

(1 ) Traité clinique et expérimental des fièvres, 1828.

irrité, bien loin qu’il n’y ait qu’un point de l’économie ou qu’un seul tissu affecté, comme dans la plupart des autres fièvres? Ne semble-t-il pas qu’on devrait plutôt réserver l’épithète dont il s’agit pour la fièvre dont la lésion provocatrice réside presque toujours dans le même organe et le modifie ordinairement de la même manière, comme la fièvre intermittente gastrique , par exemple? Selon les essentialistes , au contraire , les fièvres intermittentes simples sont celles qui oivent exister avec absence de tout symptôme grave , de toute phieejmasie , ou d'une lésion locale quelconque durant leurs accès ; car du moment qu'ils reconnaissent des symptômes assez saillants de la souffrance d’un ou de {)lusieurs organes, ou des lésions locales quelconques, alors leurs fièvres simples deviennent des fièvres pernicieuses compliquées d'in/lammations ; alors elles perdent ce caractère de simplicité et d’esseniialité qui les distingue ; caractère qui ne peut plus guère exister que dans l’imagination de quelques têtes à préjugés, depuis qu’une observation plus attentive, jointe aiix recherches déjà très multipliées d’anatomie pathologique , en a fait justice.

D’autres exemples de fièvres intermittentes inflammatoires, dont nous avons été témoin , viennent à l’appui de ce que nous venons de dire. Ce sont ceux rapportés sous les m*’ 448 , 449 et 450. Dans ces faits, il est aisé de reconnaître, malgré des influences sympathiques assez prononcées sur l’estomac, que ce n’est pas cet organe qui est le siège primitif et principal de la congestion sanguine périodique. Dans le premier exemple, la stature et la disposition du sujet semblaient devoir rendre assez facile le diagnostic à porter sur la nature et le siège de la maladie ; cependant quelques symptômes gastriques en ont imposé au premier abord; on a voulu les combattre par des évacuants: cette tentative a été funeste ; l’intensité des accès fébriles en a été augmentée, et probablement que l’irritation sympathique de l’estomac n’aurait pas tardé à devenir idiopathique comme celle de l’encéphale, et à rendre la congestion cérébrale plus grave et rapidement funeste , si l’on eût continué à poursuivre par des évacuants les symptômes gastriques qui reparaissaient à l’invasion de chaque accès.

Dans l’observation suivante, n° 449, il paraît probable que, dans le principe, f irritation congestive, provocatrice des accès fébriles , avait lieu simultanément et au même degré sur les or-

l54 FIÈVRES INTERMITTENTES ET REMITTENTES.

ganes digestifs et pulmonaires ; mais la sobriété habituelle du malade, son ardeur pour des travaux pénibles et sa prédisposition aux affections catarrhales , furent cause sans doute que, par la répétition des accès , la lésion des poumons devint prédominante. Quand je vis ce malade pour la première fois, on ne pouvait plus douter que la congestion sanguine périodique n’eût lieu particulièrement sur les poumons ; il ne fallut rien moins que deux saignées très abondantes, soit pour modérer les symptômes inflammatoires, pneumoniques et catarrheux, soit pour disposer le malade à l’ingestion du sulfate de quinine. Ce médicament fut très bien supporté par l’estomac malgré l’inappétence , l’état pAteux de la bouche et la blancheur de la langue. Quand les accès fébriles furent arrêtés , il a suffi du régime et de quelques boissons amères légères pour ramener l’appétit et dissiper peu à peu l’habitude catarrhale.

Nous avons été loin d’être aussi heureux ?dans la troisième observation , n" 4.50 , bien que la malade ait été pour nous l’objet des soins les plus assidus, des visites les plus multipliées et de l’examen le plus attentif. La terminaison funeste de cette maladie et l’autopsie semblent prouver que nous n'avons point assez insisté dans le principe sur le traitement antiphlogistique. La lésion principale, essentielle et provocatrice de la fièvre intermittente, était dans la matrice ; il aurait fallu diriger de ce côté toute notre attention sans trop nous occfiper de ces mallieureux symptômes gastriques qui probablement dans le principe n’étaient que sympathiques de la lésion utérine. L’ipécacuanha, bien qu’il Rit paru soulager momentanément la malade, aura été plus nuisible qu’utile. N’était-ce point par des applications réitérées de sangsues sur le bas-ventretet au fondement qu’il aurait fallu chercher àarrêter les pertes utérines? Et pourtant, remarquez la difficulté du diagnostic: il s’agit d’une femme de très petite stature , pâle, .réduite .à une grande faiblesse par la quantité ^considérable de sang qu’elle ne^cesse de perdre depuis plusieurs (jours ; cependant elle a commencé à nourrir son enfant; elle est de plus sujette à des accès de fièvre intermittente avec des symptômes d’embarras gastrique très prononcés ; enfin , elle offre un engorgement œdémateux des parties génitales et de la jambe 'droite. L’emploi du sulfate de quinine a été plutôt nuisible qu’utile, puisqu’il.n’a exercé aucune inlluence sur la fièvre, et^qu’il n’a pas empêché les accès.fébriles quotidiens de se^répéter comme aupa-

ANALYSE DES FAITS RELATIFS A CES FIEVRES. l55

ravant. Aurait-on du ne l’administrer qu’en lavements? Mais il aurait été également nuisible par cette voie , car l’irritation était très prononcée de ce côté. Son administration selon la méthode cndermique eût été préférable ; peut-être aurait-il fallu y renoncer entièrement, pour s’attacher à combattre uniquement l’inflammation de la matrice et de la vessie , sans s’inquiéter de la pâleur et de la faiblesse de la malade ; il aurait fallu tout de suite l’empécher de nourrir, et ne pas craindre de l’affaiblir encore pour enrayer et éteindre ce terrible foyer inflammatoire de la matrice , d’où il exerçait des irradiations funestes sur toutes les principales fonctions de l’économie. La perte d’une mère si utile à sa jeune et nombreuse famille, nous a trop vivement frappé pour que nous ayons hésité de publier l’histoire de sa maladie ; puisse-t-elle n’être pas inutile, et rendre tout praticien plus circonspect , plus méthodique et plus heureux en pareille circonstance !

Dans ces trois observations que nous venons de rapporter, le système digestif n’était affecté que sympathiquement ou secondairement à une lésion du cerveau , des poumons et de la matrice ; cependant les malades présentaient à peu près les symptômes de la fièvre intermittente ordinaire. C’est parce que de semblables faits sont assez rares que nous les avons recueillis; ce sont presque les seuls de ce genre que nous ayons remarqué au milieu d’un si grand nombre de fièvres intermittentes et rémittentes que avons traitées depuis dix-huit ans que nous exerçons la médecine dans des lieux où elles sont endémiques et se montrent sous les formes les plus variées. La plupart des autres faits si nombreux que nous avons été dans le cas d’observer, nous ont confirmé dans la vérité précédemment énoncée , que ces fièvres sont dues le plus souvent à une lésion idiopathique et primitive de la muqueuse digestive.

Nous venons d’analyser successivement plusieurs faits , la plupart suivis d’autopsies et relatifs aux fièvres intermittentes bilieuses ou gastriques , adynamiques , ataxiques, et inflamma^ foires des auteurs ; il nous reste encore à parler de quelques faits recueillis sur celles qu’on a appelées nerveuses ou cérébrospinales ^ muqueuses ou pituiteuses , et de quelques fièvres rémittentes et intermittentes typhoïdes.

Dans le premier de ces faits , sous le n'’ 451 , qui appartient au pjrofesseur Baumes de Montpellier , il paraît assez évident que l’irritation nerveuse, provocatrice des redoublements fébriles

quotidiens, a son siège dans le cerveau; l’âge du malade, les rêvasseries , les mouvements convulsifs et la paralysie de la langue , qui accompagnent les accès , confirment ce diagnostic. Il en est de même de l’innocuiié des purgatifs, des mixtures rordiales, des potions stimulantes, qui furent prodigués à ce malade. Pour peu que la muqueuse digestive eût été affectée , ces moyens n’auraient pas manqué d’augmenter vivement l’affcction de cet organe dont les influences sympathiques auraient reflué d’une manière pernicieuse du côté du cerveau ; tandis que, dans le cas dont il s’agit , les stimulants portés à l’intérieur parurent joindre leur action révulsive à celle des vésicatoires et des frictions irritantes aux extrémités inférieures , pour débarrasser le cerveau. La réflexion que fait M. Baumes sur la préférence à donner aux frictions irritantes externes sur les vésicatoires au début des affections dont il s’agit, nous paraît très juste et très fondée ; non dans la crainte d’une atonie qui suivrait leur irritation , mais parce que les vésicatoires occasionnent une douleur qui , suivant l’irritabilité des individus , peut augmenter la stimulation portée sur les organes encéphaliques. Cette observation prouve encore qu’on peut avoir recours à des doses très fortes de quinquina, pour arrêter ou prévenir les redoublements fébriles périodiques , dans les cas où ils dépendent d’une affection cérébrale sans complication gastro-entérique.

Chez le second malade, sous le n® 452 , l’absence absolue de toute espèce de dérangement dans les fonctions digestives , son âge de croissance , une élongation rapide , le développement du système nerveux , une tête volumineuse, des facultés intellectuelles très précoces , les pandiculations rapides, la céphalalgie, et une courbature très sensible pendant les accès, tout semblait nous indiquer que le système cérébro-spinal était le siège de Virritation locale périodique dont les influences sympathiques sur le cœur , l’estomac , le système cutané , etc. , provoquaient, de deux jours l’un, des accès fébriles intermittents.

11 en est de même à plus forte raison encore du troisième ma-^ iade, sous le 453 , vu l’état satisfaisant des fonctions digestives en comparaison de ce qui se passe du côté du cerveau et de la moelle épinière , et surtout à cause de l’habitude de masturbation qui chez ce malade rend le système cérébro-spinal très irritable. A en juger par notre observation et celle de nos confrères qui ont .•^ccasiondovoir beaucoupde fièvres intermittentes , nous croyons

que la nuance de fièvre intermittente appelée cérébro-spinale est assez rare. Ce n’est guère qu’en iliéoiie, et en faisant quelques frais d’érudition si ce n’est d’imagination, qu’on parvient à lui faire jouer un très grand rôle. Nous n’ignorons pas qu’il y a des auteurs anciens pour qui toutes les fièvres en général , surtout les intermittentes , n’étaient que des névroses ; mais n’y en a-t-il pas parmi ces auteurs quelques uns , comme Hoffmann par exemple^ dont on a travesti ou fort mal interprété la pensée? Cet auteur célèbre avait reconnu, il est vrai, que la moelle épinière, le cerveau, et principalement les membianes qui enveloppent ces organes, se trouvaient souvent irrités au début d’un grand nombre de fièvres, et surtout durant le frisson des fièvres inlermitteiites; mais cela ne l’empéche point de reconnaître que la cause première de presque toutes les fièvres continues ou intermittenles, consiste dans une irritation ou une lésion de l’estomac et du duodénum. Ce n’est absolument que le spasme fébrile et les frissons qui, selon lui, prennent leur source constante dans une irritation de la moelle épinière(l). C’est aussi à cette irritation que Baiilou , P. Frank , Luchvig, etc. , attribuaient les douleurs dorsales et le tremblement des accès fébriles ; mais il s’en faut bien que ces praticiens crussent que toutes les fièvres intermittentes fussent nerveuses.

Sous le n» ïol , on voit une observation , recueillie par M. Fizeau à une époque déjà bien éloignée , et qui nous offre cet ensemble de symptômes auquel on reconnaissait une fièvre rémittente muqueuse essentielle. Elle nous montre ce ^ ague et cette incertitude qui régnaient alors dans le diagnostic des fièvres, et l’habitude qu’on avait, en recueillant une observation, de noter parci par-là quelques phénomènes un peu saillants sans faire aucune mention des organes malades , et sans rattacher ces phénomènes à aucune espèce de lésion locale ni externe ni interne ou viscérale. Quand on examina pour la première fois l’individu dont il s’agit, l’oppression très considérable , la peau chaude et sèche , l’abdomen tendu, la soif, la constipation, etc., semblaient indiquer que c’était dans les organes de la respiration , et surtout de la digestion , qu’existait une lésion ou modification morbide quelconque. Mais c’était bien de l'état des organes dont on devait s’enquérir , alors qu’on avait à traiter une fièvre muqueuse essentielle ! Aussi

(1) Dissertatio de mot. fob. indolc ac sede.

l58 FIÈVRES INTERMITTENTES ET REMITTENTES,

suivra-t-on , jour par jour et pendant plus d’un mois , ce malade sans noter autre chose que la disparition et le retour des accès ou des redoublements fébriles , frisson , chaleur, pouls plus ou moins fréquent , fort ou faible, langue sèche ou humide , rouge, blanche ou noire , stupeur , supination , délire , prostration , voilà les symptômes sans cesse répétés de diverses manières et à des degrés d’intensité très variés et plus ou moins remarquables, à la suite desquels se trouvent prescrites des potions cordiales ou antispasmodiques, des bols camphrés et nilrés, des limonades vineuses et des décoctions de quinquina, qu’avec une persistance admirable on oppose, et la nuit et le jour, en doses croissantes et décroissantes , à cette fièvre muqueuse , si obstinée qu'après plus de quarante jours de durée, le patient sortit de l’hôpital encore très fa ible ! N’est-ce pas ici le cas de dire que la nature a triomphé à la fois et de la maladie et des remèdes ? Heureusement pour ce malade que l’irritation principale se trouva fixée sur la muqueuse pulmonaire , à en juger du moins par les crachats épais, visqueux et d’un blanc grisâtre , qui commencèrent à s’établir dès le vingtième jour ; dès lors , l’oppression ( dont on n’avait plus parlé depuis le premier jour qu’on rendit compte de l’état du malade) fut moindre et la respiration plus libre , malgré la persistance de la toux qui fatiguait encore beaucoup le malade , qui lui occasionnait des douleurs assez marquées dans la région épigastrique et derrière le sternum. Quoi qu’il en soit , cet individu, âgé de vingt-trois ans et d’une constitution robuste, ne fut délivré , dis-je , qu’après quarante-quatre jours , de cette prétendue fièvre essentielle, dont la crise se fit, dit-on , par des crachats épais, grisâtres et puriformes , lesquels devinrent blancs et muqueux dès que la convalescence eut commencé à s’établir. Tout cela ne ressemble-t-il pas à un catarrhe pulmonaire, sujet à des redoublements fébriles périodiques , et dont la durée ne fut si prolongée que parce qu’on eut recours à un traitement stimulant et très peu méthodique?

Moins bien constitué, quoique jeune, le malade suivant (n® 455) ne put résister à une affection caractérisée également de fièvre rémittente muqueuse. Il présentait, lors de son entrée à l’hôpital , une toux sèche , difficulté de respirer, langue blanche , bouche amère, un peu de soif; infiltration générale, abdomen tuméfié , un peu douloureux à la pression ; diarrhée modérée avec des tranchées. On prescrit un émétique ; il en résulte

ANALYSE DES FAITS RELATIFS A CES l lÈV.RES. ] 5()

des vomissements bilieux, des déjcclions alvines avec tranchées , une grande soif, et des douleurs de ventre plus sensibles. Dix sangsues autour de l’ombilic font disparaître ces douleurs; mais les déjections alvines persistent. Le quatrième jour l’accès revient, la respiration s’embarrasse de plus en plus. Trois vési~ catoires et cinq grains de sulfate de quinine n’empêchent pas le retour d’un accès plus violent qui rend la toux continuelle, la suffocation imminente et bientôt si prononcée, que, malgré une nouvelle dose de quinine , le malade succombe le lendemain. L’autopsie fait voir des traces évidentes d’inflammation dans les membranes muqueuses pulmonaire et digestive , et des épanchements de sérosité plus ou moins abondants dans les cavités thoraciques et abdominales. Le praticien, à qui nous devons cette obser\ation , fait preuve dans maintes autres circonstances d’une assez grande sagacité dans Temploi des moyens thérapeutiques pour qu’il soit «permis de signaler les erreurs dans le diagnostic et le traitement de ce malade. En effet, il s’agit d’un jeune homme de dix -huit ans, dont l’estomac n’avait été précédemment ni fatigué par de mauvaises digestions, ni embarrassé d’une manière quelconque , puisqu’il ne buvait que de l'eau depuis plusieurs jours. Les symptômes de congestion pulmonaire et d’irritation gastro-entérique, étaient assez marqués, surtout au moment de l’accès, pour qu’on ne s’en laissât pas imposer par la blancheur de la langue et l’amertume de la bouche. Le mauvais effet de l’émétique mécessita l’emploi des sangsues sur l’abdomen ; tandis qu’il aurait fallu , dès le principe, saigner le malade, réitérer les applications de sangsues sur la poitrine, insister méthodiquement sur les moyens antiphlogistiques et révulsifs externes. N’est-il pas évident que ce malade meurt suffoqué par les fluides sanguins et séreux accumulés dans les organes pulmonaires? (( Cet épanchement, ditM, Nepple 1), paraît du à l’impuissance où s’est trouvé le tissu cutané de «s’épanouir au déclin de chaque accès, et d’être le siège de l’exhalation dérivative et débilitante qui est alors si nécessaire. L’exhalation .repoussée de la peau s’est fait sur les membranes séreuses de la poitrine et du ventre, Mais d’où vient celte impuissance du tissu cutané à s’épanouir', et quel est le mauvais génie jqui repousse l’exhalation de la peau? Ne sont-cepas là autant de suppositions gra-

(1) Oitvrafje cité, p 62.

l6o . FIÈVRES INTERMITTENTES ET REMITTENTES.

tuiles? Car, si les redoublements fébriles périodiques qui résultent de la congestion des muqueuses pulmonaire et gastrique, ne sont pas suivis de sueurs, n’esl-ce pas simplement parce que l’exhalation dérivative ou l’in italion sécrétoire a plus de tendance à s’opérer sur les membranes séreuses que sur la peau? 11 n’est pas rare d’ailleurs que, malgré des sueurs assez sensibles, cette dernière irritation n’ait beaucoup de tendance à se développer chez des individus dont le système lymphatique est prédominant. Si l’exhalation était repoussée de la peau, pourquoi ne rélaii-elle pas aussi du tissu cellulaire sous-cutané? Cependant ce malade enflait, l’anasarque faisait des progrès, parce que le reflux des Iluides de l’extérieur dans les viscères au moment du fi isson , était si considérable et si violent qu’il en résultait un obstacle à la circulation ; de là des congestions secondaires et un surcroît ii’activité du système lymphatico-sécrétoire non seulement dans les séreuses les plus rapprochées des organes malades , mais encore dans le tissu cellulaire sous-cutané. Il y a même des cas où i’irrilation sécrétoire des membranes séreuses n’est pas seulement une complication de la congestion sanguine périodique qui cause les accès fébriles, mais où cette irritation devient ellemême l’affection principale , qui remplace celle des membranes muqueuses. Ce déplacement morbide peut être avantageux quand il a lieu uniquement dans la séreuse abdominale , ou mieux dans le tissu cellulaire sous-cutané ; mais il est presque toujours funeste quand il se porte sur l’arachnoïde et sur les plèvres, comme les professeurs Broussais et Andral en citent plusieurs exemples.

Les trois derniers faits, relatifs aux fièvres muqueuses intermittentes, et rapportés sous les n°* 456 , 457 et 458, ne sont pas seulement utiles pour nous éclairer sur la nature et le siège des fièvres dont il s’agit , mais recueillis à une époque assez éloignée les uns des autres , ils nous font voir la grande différence qu’il y a dans la rédaction de trois faits à peu près semblables. Dans la première observation, appartenant au professeur Pinel, on ne voitque fièvre tierce essentielle ; ei ^ pendant quarante jours qu’a duré cette fièvre, on ne nous entretient absolument que de la disparition et du retour des accès, de l’état du pouls et de la langue, du frisson , de la chaleur et des sueurs. Il n’est pas plus question des fonctions cérébrales, respiratoires et digestives, que si le malade eut joui de la plus parfaite santé. On ne dit même pas quels remèdes on opposait à l’entité fébrile. Peut-être la laissa-t-on

ANALYSE DES FAITS RELATIFS A CES FIEVRES. l6l

marcher jusqu’au bout , comme dans l’obsei vation sous le n» 431 ^ pour savoir au juste quand et comment elle se terminerait! On pourrait prendre celte réflexion pour une plaisanterie , s’il n’élait pas certain qu’on a dressé plusieurs tableaux assez nombreux à la Salpétrière , pour savoir combien de jours mettent à se terminer, par les seules forces de la nature , beaucoup de fièvres intermittentes auxquelles on n’o|)posa qu’un traitement expectant. Sans doute cette fièvre tierce se trouva du nombre de celles qu’on laissa marcher à son gré. Ce qu il y a donc de plus saillant dans cette observation, c’est que la fièvre marcha quarante-deux jours , et que c’est dans la nuit du quarante-troisième au quarante-quatrième jour qu’elle se termina par la mort de la patiente. L’autopsie fit voir, dans toute l’étendue des intestins, des taches bleuâtres , livides, de différentes grandeurs; les glandes mésentériques correspondantes étaient considérablement développées et d’une couleur cendrée.

' La seconde observation ( n® 457), recueillie en 1827 à l’ Hôtels Dieu , se ressent d’une époque où l’on faisait déjà un peu plus attention aux organes dans l’investigation des phénomènes fébriles. On nous dit que , lors de l’entrée de ce malade à l’hôpital , il présentait une langue rouge, une soif assez vive , un ventre souple mais douloureux dans la région épigastrique et les hypocom dres, surtout dans l’iiypocondre gauche, d’où la rate tuméfiée faisait saillie sous le rebord des fausses côtes , etc. Gomment se fait-il donc qu’on ne songea point à combattre ces symptômes par un traitement antiphlogistique local plus ou moins prompt et énergique? Nul doute que ce ne soit le malheureux type intermittent de la fièvre qui ait empêché d’avoir recours à ce traitement ; et , trop habitué encore à regarder cette fièvre comme une affection générale ou essentielle , on se contenta de prescrire une saignée générale. L’état du pouls, qui était assez large et résistant , ne semblait pas contrc-indiquer cette émission sanguine ; cependant si on eût réfléchi qu’il s’agissait d’un cordonnier d’une faible constitution, et habitant sans doute un lieu bas, humide, ne s’en serait-on pas tenu à un traitement antiphlogistique purement local et le moins débilitant possible? Les accès fébriles , d’abord un peu amendés par la saignée , ne tardèrent pas à se montrer plus intenses qu’aupaiavant et accompagnés de phénomènes nerveux assez remat quabîes. On fit , comme il arrive trop souvent, la médecine des syruplômcs , et l’on attaqua ceux-ci

162 FIEVRES INTER.AII TTETÎTES ET REMITTENTES.

par une application de sangsues au non. L’éiatdu malade ne fut pas amélioré, et les accès revinrent comme auparavant. On eut recours à l’ingestion du sullute de quinine; mais le ventre était encore douloureux; il eut fallu ne l’administrer qu’en frictions et en lavements. Les accès continuèrent , et ce fut durant le frisson de Tun d’eux que le malade succomba. L’autopsie fit voir des lésions assez remarquables dans l’estomac, le foie et la rate. Le cas dont il s’agit était sans doute difficile; mais n’est il pas à regretter qu’on n’ait pas essayé tout de suite des applications do sangsues sur la région épigastrique et les hypocondres avant même la saignée , dont on eût pu se passer, et surtout avant d’en venir à l’ingestion du sulfate de quinine? l.es frictions iriitantes sur les membres et les révulsifs externes les plus énergiques n’étaient-ils pas indiqués, en même temps que l’emploi du sulfate do quinine selon la méthode endermique? Cette observation prouve qu’il ne suffit pas d’employer les matériaux d’un bon traitement pour remplir toutes les indications thérapeutiques , il faut encore que ces matériaux soient employés quand il convient et comme il convient c’est-à-dire avec promptitude , méthode et énergie. C’est là positivement qu’est toute la difficulté de l’art de guérir; et il ne faut rien moins qu’une attention vive et soutenue dans l’investigation des organes malades pour la surmonter avec succès , ou du moins pour arriver le plus près possible du véritable but , alors qu’il n’est pas donné de l’atteindre.

Cette troisième et dernière observation (n® '158] se ressent, comme la première , de l’époque où elle a été recueillie. Gomme dans celle-ci , l’on se contente pendant long temps de noter quelques différences insignifiantes dans le nombre , dans le plus ou moins d’intensité de la plupart des symptômes qui constituent les accès de la fièvre muqueuse essentielle. L’on se borne, pour tout traitement, à prescrire quelques infusions de genièvre avec addition d’acétate de potasse , ou quelque autre infusion amère mêlée de vin d’absinthe ; ce n’est qu’au vingt-sixième accès qu’on se décide à donner des bols pré[)arés avec le quinquina et le fer, ce qui n'empêcha pas (dit-on avec ingénuité et bonne foi] , ce qui n’empêcha pas la diariiiée de continuer à être aussi forte qu’auparavantl Et plus tard quand , par un bénéfice de la nature, cette pauvre diarrhée venait à cesser, on cherchait à la rappeler par l’usage de la rhubarbe en poudre. Enfin l’on a continué le vin d’absinthe jusqu’au bout, avec une constance qui en indi-

ANALYSE DES FAITS RELATIFS A CES ElÈlVRES. l65

quait une aussi , et bien puissanie, du côté de la nature , pour contre-balancei rinfluence nuisible d’un pareil traitement; puisqu’on a laissé mardier ainsi, pc'iidant quaranie jours ^ une lièvre dont les accès étaient caractérisés par la céphalalgie, langue chargée , gonflement de l’épigastre , coliques et sensibilité do l’abdomen , avec selles muqueuses ou en diarrhée! Ne serait-ce pas ici le cas de se demander avec Eoeeihaave , s'il ne serait pas plus avantageux quilquefois quU if y eût point de médecins dans le monde? quand, dans un hôpital où l’on voit les malades tous les jours , on peut laisser marcher une fièvre d’accès avec une diarrhée et des coliques, pendant quarante jours, et garder cinquante jours un indix idu pour le torréfier avec du vin d’absinthe, puis le renvoyer malade encore et plus faible qu’auparavaiU! !

Comme dans les premiers faits que nous avons rapportés de M. Chauffard, nous voyons , sous le n° 459 recueilli par M. Maillot à Alger, une fièvre continue gastrique ou gastro-céphalique, qui passe rapidement de la continuité à l’intermittence. Une saignée et une application de sangsues ont suffi pour opérer ce changement de type , et pour amener, dès le lendemain , l’apyrexie la plus complète. Dira-t-on , comme M. Maillot , que ce n'était pas là la marche d'une affection continue? Sans doute, si on eût laissé livrée à elle-même cette fièvre, elle serait restée continue , et sa marche eut été plus ou moins rapide jusqu’à l’épuisement de la vitalité , ou au manque de réaction vitale annoncé par la mort du malade. Mais la fièvre continue étant devenue intermittente sous l’influence des évacuations sanguines , et par l’amendement très marqué, sinon la disparition complète de la gastroentérite, on devait , ajoute le meme praticien, s'attendre à un accès, soit pour le jour mémo, soit pour le lendemain ; Vindication était précise : on administre donc le sulfate de quinine, dans le but de prévenir le retour des accidents observés la veille. ]\fais remarquons bien qu’on avait d’abord affaire à une fièvre continue ; et de ce qu’elle avait disparu par un traitement antiphlogistique à la fois méthodique et très énergique , ce n’était pas, selon nous , une raison pour que cette fièvre f qui n’était pas essentielle^ mais qui, d’après M. Maillot lui-méme , dépendait d’une gastro-céphalite aiguë) dût revenir dans un temps donné, si l’on avait continué avec méthode le même traitement. Au lieu de cela , que fit-on? Sous prétexte qu’il s’agissait d’une fièvre qui , dans le principe , avait caché sa bonne et véritable allure ,

l64 FJÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMU TENTES.

on crut que l’indication du sulfate de quinine était et on radrninislra par la bouche, à la d»)se de vinj^t-quatre grains en deux doses, à deux heuies d’intervalle. Qu’arriva-t-il? Il y avait à peine une heure que le malade venait d’avaler la dernière dose du médicament, que la fièvre reparut plus intense qu’auparavant, devint comateuse , soporeuse , et si pernicieuse quelle emporta le malade en quelques heures I Comment qu’on envisage CO fait, une mort si rapide doit fournir matière à de sérieuses réflexions. M. Maillot, en médecin physiologiste, croit, comme nous, que ce n’est pas la fièvre pernicieuse essentielle, mais bien une forte et brusque congestion sur le cerveau qui a tué son malade. ((L?i mort est arrivée, dit- il , comme dans les fièvres pernicieuses comateuses, d marche franchement intermittente; et, comme dans ces dernières, nous rencontrons à l’autopsie cadavérique une vive injection des membranes et de la substance du cerveau, de la sérosité sanguinolente dans les ventricules , une injection non moins manifeste de la moelle épinière et de ses enveloppes ; enfin , pour compléter la similitude , nous retrouvons une rougeur vermeille pomtillée sur une membrane muqueuse malade depuis long-temps » v

' ^Mettons à part le prestige de l’intermittence et de la marche franche ou trompeuse de la fièvre, qui parut en imposer à la sagacité habituelle cleM. Maillot, ce praticien distingué reconnut de prime-abord une gastro-céphalite aiguë. La saignée et les sangsues enlevèrent la fièvre symptomatique qui accompagnait cette inflammation ; mais dans le cas peu probable où celle-ci eut été enlevée entièrement aussi, ne pouvait-on pas penser que la muqueuse digestive (dans la supposition encore qu’il n’y ait eu aucun indice sur le vivant de la gastro-entérite chronique que portait le malade) conserverait une sensibilité assez vive pour qu’il y eût quelque danger delà mettre en rapport avec un médicament aussi actif et aussi irritant que le sulfate de quinine? En effet, celui-ci n’eut pas plus tôt produit son action ordinaire, que l’exacerbation aiguë de la gastro-entérite produisit la sienne, c’est-à-dire qu’elle porta rapidement des influences sympathiques du côté du cerveau et de ses dépendances; de là cette conjection ferte et brusque qui tua le malade. Par les évacuations sanguines, l’état aigu de la gastro-entérite avait été dissipé ; de là l’apyrexie complète , ou cette absence de fièvre assez •rdinaire dans beaucoup de gastro-entérites chroniques qui dé-

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cèlent difficilement leur présence , ou qui l’annoncent par tout autre symptôme que par la fièvre. Si l’on eût continué un traitement purement antiphlogistique, et si , en supposant réelle l’indication du sel de quinine , on ne l’eut ingéré qu’en lavements ou selon la méthode endermique, n’est-il pas présumable que, rien n’ayant provoqué l’exacerbation aiguë de la gastro-entérite, la congestion cérébrale eût été prévenue ainsi que la mort du malade ? En effet, tout rentrant alors dans le cas d’une iilflammation chronique ordinaire de la niuqiicuse digestive , n’aurait-on pas eu le temps de la combattre peu à peu et méthodiquement, comme le célèbre professeur du Val-de-Grâce nous a appris qu’on pouvait le faire avec succès quand on y mettait , comme lui, le zèle , la persévérance , et cette actiNité prudente qui consiste à ménager les forces du malade, tout en ne laissant aucun relâche à la gastro-entérite?

Le fait sous le n® 4G0 nous présente un jeune homme d’une forte constitution qui était atteint depuis quelques jours d’une fièvre intermittente quotidienne , appelée simple ou bénigne par M. Maillot , et qu’on eût qualifiée autrefois de fièvre intermittente bilieuse gasti ique, à cause de l’état de la langue rouge à ses extrémités et couverte, dans ses deux tiers postérieurs, d'un enduH blanchâtre. De simple ou gastrique, la fièvre devint pernicieuse, en ce sens que ses accès furent accompagnés de délire; de là, d’après M. Alibert , une pernicieuse délirante essentielle ; et M. Maillot, pour se conformer à l’usage , lui donne le même nom , bien qu’il reconnaisse chez son malade une lésion quelconque de la muqueuse digestive, aussi bien qu’une irritation cérébro-spinale; aussi commence-t-il le traitement par une saignée du bras et une application de quarante sangsues à l’épigastre. Sous l’influence de cette déplétion sanguine il se fait, dit-il, une réaction plus franche , avec accélération et dureié du pouls, avec chaleur à la peau ; mais le délire augmente. Pourquoi? Pourquoi aussi cette accéléï'alion , cotte dureté du pouls? pourquoi cette chaleur de la peau? C’est parce que le malade vient d’avaler vingt-quatre grains de sulfate de quinine en potion. Le bien produit par les évacuations sanguines , par la diète et la limonade , ne fut-il pas aussitôt détruit par la prompte administration de ce médicament? On prescrit une saignée du pied ( de vingt-cinq onces), double en quantité de la précédente; cette évacuation sanguine est encore suivie d’un très bon effet, puis-

l66 FIÈVRES INTERmTTENTES ET REMITTENTES.

qu’une sueur générale très abondante s’établit , et pendant laquelle on a le malheur de faire avaler encore au malade vingtquatre grains de sulfate de quinine. Dès lors plus d’amélioration; dès lors persistance du délire , céphalalgie , peau froide , etc. Quatre* vésicatoires sont appliqués aux jambes, et vingt-quatre autres grains de sulfate sont encore administrés et suivis immédiatement delà mort du malade. Voilà certes une leçon clinique fort éloquente, et qui suffirait pour faire proscrire le médicament dont il s’agit, si M. Maillot , dans beaucoup d’autres circonstances, n’en maniait l’emploi plus méthodiquement et plus heureusement! Comme ce praticien, nous pensons que le raptus violent qui s est opéré sur le cerveau , s'est annoncé par le délire. Gui, nul doute à cet égard; comme aussi il n’y a pas de doute que la rougeur pointillée de la muqueuse digestive ne soit le résultat d’une exacerbation aiguë de la gastro entérite chronique que portait ce malade, exacerbation produite et récidivée trois fois de suite par trois ingestions de vingt-quatre grains chaque de sulfate de quinine, exacerbation dont la première a provoqué un délire plus ou moins prononcé, ou une irritation d’abord sympa* thique du cerveau et de ses membranes ; iiritation sympathique qui, à la seconde ou à la troisième impulsion reçue de l’estomac, est devenue idiopathique, c’est-à-dire avec injection des méninges, avec congestion de la pulpe cérébrale , et épanchement séro-sanguinolent dans les ventricules , qui ont causé la mort du malade.

or En considérant les adhérences de la plèvre et celles du péritoine, la couleur et le ramollissement de la membrane muqueuse de l’estomac , le développement des follicules isolés et les plaques pointillées de l’intestin gréleg on ne peut pas douter, dit M. Maillot, que cet homme n’ait eu, à une époque plus ou moins reculée , plusieurs affections graves , entre autres une fièvre typhoïde. » II' n’est pas nécessaire, selon nous, d’avoir d'affection si grave, ni de fièvre typhoïde, pour présenter les lésions organiques dont il s’agit, qui' ne sont que les traces très fréquentes d’une gastro-entérite chronique ordinaire , et d’une subinflammalion ou d’une irritation propagée aux follicules muqueux ou au système blanc, lymphatico-sécrétoire et glandulaire de la muqueuse intestinale. Porteur de cette inflammation chronique et de cette subinflammation de la muqueuse digestive , ce soldat s’est trouvé soumis aux influences de l’épidémie régnante , qu’il

a dû , par cette raison , et mieux qu’un autre, ressentir. Ces causes épidémiques ont fait en petit ce que plus tard le sulfate de quinine a produit plus en grand ; c’est-à-dire que sous l'influence de causes épidémiques ou miasmatiques quelconques, ou seulement de quelques erreurs de régime, se sont développées des exacerbations aiguës de la gastro-entérite clironiqiie, annoncées par la céphalalgie, les frissons , l’accablement général, le mauvais état de la langue, etc., qui constituaient les accès fébriles quotidiens , ou la fièvre intermittente , appelée d’abord simple , bénigne. Par la répétition des accès , la céphalalgie , d’abord sympathique, a été poussée assez loin pour provoquer le délire ; comme l’influence sympathique sur les méninges et la moelle, qui se bornait dans le principe à des frissons et à l’accablement général , a été plus tard poussée assez loin pour provoquer les mouvements convulsifs, les grincements de dents, puis l’agitation générale, la carphologie , etc. Nous avons dit le reste.

Le fait sous le n^àGl , également recueilli à iVlger par M. Maillot, nous donne une idée très exacte, comme les nos ^^5, 4^6, /diu J y '18 et 'iàO , des fièvres intermittentes qu’on nommait autrefois et que quelques médecins appellent encore aujourd’hui simples , par la raison que , dans le principe ou pendant les premiers accès, on n’aperçoit point de trouble de fonctions assez saillant pour fixer la lésion de tel ou tel organe comme motrice des accès fébriles. Il est vrai que, dans le fait dont il s’agit, cette lésion no tarda pas à se déclarer, et dès le troisième accès, le malade offrit des symptômes qui firent reconnaître une gastro-entérite , tels que rougeur des bords de la langue , acéraiion de sa pointe , vomissements , chaleur âcre de la peau , principalement aux parois abdominales. Une saignée générale ayant déjà été pratiquée à cause de la céphalalgie , on applique cinquante sangsues à l’épigastre. Cette saignée locale est suivie immédiatement de l’ingestion de vingt grains de sulfate de quinine : aussi tout le bien que pouvaient produire les sangsues se trouve-t-il arreté ou paralysé. On revient aux applications de sangsues sur îa même région ; il en résulte encore une légère amélioration , mais quarante-huit grains de sulfate de quinine , donnés coup sur coup et dans les vingt-quatre heures, ramènent des signes de gastro-entérite aussi prononcés que la veille. On revient encore, pour la troisième fois, à une application de quarante sangsues à l’épigastre, c’est-à-dire fju’ofi épuise les forces du malade, qu’on

l68 FIEVRES INTERMITTENTES ET REMITTENTES.

prodigue inutilement le reste de sang et de vie dont la nature avait besoin pour réagir à son tour contre le mal; tandis que , d’autre part, par des prescriptions répétées, exorbitantes et abusives de sulfate de quinine , on entretient et on excite le foyer principal de l’irritation morbide, dont les influences sur les principaux viscères se font sentir d’une manière de plus en plus évidente et pernicieuse. Dès lors la fièvre , qui déjà avait passé au type rémittent, et dont les paroxysmes étaient accompagnés d’un délire furieux , devient continue avec un état délirant qui persiste jusqu’à la mort, laquelle ne se fait pas attendre, attendu qu’on ne cesse point de faire avaler au malade le sulfate de quinine à haute dose. Cet exemple est pour le moins aussi frappant et aussi instructif que les précédents. Ce qui est surtout remarquable et presque incroyable, c’est celte persistance avec laquelle on continue de faire avaler du sulfate de quinine jusqu’à ce que la mort ferme la bouche du malade ! On est obligé de se reporter, avec M. Bailly, à l’hôpital du Saint-Esprit de Rome, pour trouver quelque analogie à cette profusion de fébrifuge qui, loin de chasser des fièvres essentielles intermittentes , ou des gastro-entérites rémittentes, ne chasse, comme dans les exemples rapportés par M. Bailly, que la vie des malades.

En prescrivant à la fois cinquante sangsues sur l’estomac et vingt ou vingt-quatre grains de sulfate de quinine dans l’estomac, M. Maillot nous dit que cette médication, si opposée en apparence, était ordonnée f parce qu’il arrive souvent que le type de la fièvre varie; que de tierce, par exemple , il se transforme en quotidien : il faut , assure-t-il , toujours agir dans la prévision de cette mutation. Mais faut-il donc , dans l’attente d’un accès incertain, provoquer un mal certain ? Le premier, le plus sacré de tous les préceptes en médecine, n’est-il pas de ne jamais nuire? Et dès que la fièvre n’est plus que rémittente , dès qu’elle est continue , pourquoi toujours des doses croissantes de sulfate de quinine? En considérant , ajoute M. Maillot , que les signes de gastro-enlérite étaient très prononcés quand on a prescrit la première fois le sulfate de quinine, et qu’ils ont augmenté d’intensité à mesure pour ainsi dire qu’on a renouvelé l’administration de ce médicament, on sera tenté & accuser \di médication qui a été suivie, d'avoir donné la mort. J’avoue que cette thèse est spécieuse , mais elle tombe devant les faits ; elle ne peut se soutenir quand on sait que c’est ici une exception , et que, dans

la presque universalité des cas , le traitement, si infructueux dans cette maladie , fait avorter en quelques heures de semblables affections. »

En désapprouvant la médication suivie chez les malades dont ils’ap,it, nous avons dù faire connaître les raisons qui ont pu porter M. Maillot è l’adopter. Le lecteur saura les apprécier à leur juste valeur. Quoiqu’il en soit, nous devons unanimement remercier cet estimable praticien de nous avoir fait connaître ses insuccès aussi bien que ses (guérisons ; parce que, s’il ne nous eût fait part que de celles-ci en nous taisant ceux-là , nous aurions pu être tenté, au risque et péril de la vie de nos malades , d’essayer un genre de médication toujours suivi de succès, quoique si dangereux, et l’on pourrait dire si peu méthodique et si peu rationnel,

Le dernier fait que nous avons emprunté à M. Maillot, sous le n® 462 , fournirait matière aux mêmes réflexions et aux mêmes conclusions que les trois précédents. Il s’agit d’une fièvre quotidienne , qu’on aurait appelée jadis fièvre bilieuse ou gastrique , parce quelle présente dès son début quelques symptômes gastriques , tels que soif, chaleur et sécheresse de la peau, langue couverte d’un enduit jaunâtre , etc. On commence également à combattre cette fièvre, comme on l’eût fait autrefois, par une évacuation. Heureusement celle-ci est légère et se borne à provoquer deux ou trois selles. Il survient un léger accès suivi d’une apyrexie complète dont on profite avec raison pour administrer douze grains de sulfate de quinine. Les accès cessent de revenir pendant quelques jours. Puis , au moment où la convalescence paraît se déclarer, et qu’on permet des aliments, les accès fébriles reviennent avec des symptômes d’irritation gastrique assez prononcés. Était-ce le cas de s’en tenir à une médecine expectante , comme on le fit du huitième au douzième jour? Ce qu’il y a de certain, c’est que, pendant ce temps et parla répétition des accès , l’irritation gastro* céphalique dut acquérir plus d’intensité et faire des progrès très sensibles. On fit ensuite une médecine de symptômes en pintant force sangsues partout où se faisaient sentir quelques douleurs. On mit, dans ce cas, une réserve louable dans l’administration du sulfaie de quinine; mais quelle prodigalité inouïe d’évacuations sanguines I Ce fait, comme tant d’autres, nous prouve qu’il ne suffit pas d’employer coup sur coup, et d’épuiser à la fois tous les matériaux d’un bon traite-

Ijo FIEVRES INTER MITl’ EXTES ET REMITTENTES.

ment : le grand point, c’est de les distribuer avec méthode , tantôt avec activité, tantôt avec réserve , et sans jamais perdre de vue que , dans les cas où l’on peut présumer quelques lésions chroniques, il ne faut jamais brusquer le traitement; il faut ménager le sang et les forces des malades , parce que la nature en a besoin pour réagir, pour travailler efficacement à rétablir l’équilibre , et pour réparer des lésions organiques quelconques; elle a besoin, disons-nous, de faire à son tour une dépense de forces et de vitalité , d’employer des matériaux alibiles qui, n’étant pas reproduits de sitôt , ont besoin d’être ménagés avec une prudente réserve , tandis qu’il est très convenable d’insister sur les moyens révulsifs externes les plus énergiques et les mieux adaptés aux circonstances.

Le n® 4G3 nous semble confirmer les réflexions que nous venons de faire, et que nous avions déjà faites sous le n° 457. M. Dance , de qui nous empruntons le fait dont il s’agit, en rapporte Uy' plusieurs autres, à peu près semblables, de fièvres graves, continues et rémittentes), contre’ lesquelles on ne prodigua pas seulement la saignée générale , mais encore les applications de sangsues. Elles se terminèrent par la mort, qui fit reconnaître des lésions plus ou moins remarquables dans le canal digestif. Nous avons fait choix de celle-ci , parce quelle offrait des rémissions périoditpies assez sensibles pendant une grande partie de la journée, et des exacerbations très marquées vers le soir. Chez ce malade , deux saignées et six fortes applications de sangsues au cou , à l’anus , sur la région épigastrique, ont été pratiquées en moins de sept jours. Ne semble-t-il pas au premier abord qu’on ait réellement épuisé sans fruit toutes les ressources qu’on peut trouver dans le traitement antiphlogistique? Cependant le malade succomba, et l’autopsie fit voir la surface interne de l’estomac d’un gris ardoisé , çà et là ponctuée en rouge, et des altérations plus ou moins étendues et profondes sur la fin des intestins grêles et dans la partie correspondante du mésentère.

Tous ces faits nous semblent prouver d’une manière indubitable que ce n’est pas assez, comme nous l’avons déjà dit, d’employer tous les matériaux d’un bon traitement ; le point essentiel consiste d’en user à propos, sans prodigalité comme sans parcimonie , c'est-à-dire avec sagacité et avec méthode. Nous sommes

(1) Archives gén. Je wiéd-r 1830.

ANALYSE DES FAITS RELATIFS A CES FIEVRES. IJl

SOUS ce rapport parfaitement de l’avis de M. Dance, et noas croyons que plusieurs des malades dont il trace l’histoire n'eussent pas succombé si les déperditions sanguines eussent été moins abondantes et faites plus à propos. Mais nous ne pouvons parta^ ."er entièrement l’opinion qu’il émet à cet égard dans le passage suivant : « Le pouls s’accélère et se rapetisse de jour en jour; le malade est dans la somnolence , agité depuis plusieurs jours par des mouvements convulsifs, et l’on applique encore des sangsues, et l’on pratique encore des saignées I Non! non ! ce délire, quel qu’il soit, n’est plus alors de nature à céder à la soustraction du sang; le système nerveux a été frappé d’une atteinte autre que celle qui résulte d’une simple congestion sanguine dans la niasse cérébrale; il semble que l’innervation s"est épuisée en agitations, en mouvements désordonnés , etc.» Il nous paraît qu’ici la sagacité naturelle de M. Dance ne le met point assez à l’abri de la contagion relative à la nervosité. Sans doute il y a dans notre esprit un besoin d’investigation qui ne s’arrête que quand il trouve à peu près la raison de ce qu’il observe; mais combien de fois, au lieu de rester quelque temps dans un doute rationnel , ne se jette-t-on pas aventureusement dans la première hypothèse qui s’offre pour se tirer d’embarras ! N’y a-t-il pas aujourd’hui une sorte de contradiction frappante dans cette tendance qu’ont plusieurs médecins de rechercher, de décrire avec soin , de faire colorier même, tant d’altérations organiaues suite de maladies, de prendre aussi la dénomination d' anatomico-pathologistes , et puis après cela de se jeter à corps perdu dans toutes les abstractions de la nervosité? On ouvre des cadavres, et l’on ne croit à rien de ce que l’on voit, de ce qu’ils nous présentent, ou du moins on n’en fait que peu ou point de cas! On trouve des traces manifestes d'irritation sanguine, de subinfiammation , ou d’irritation sécrétoire etlymphati'co -glandulaire ; on dit même que c’est là le caractère anatomique de la maladie ; et puis, quand il s’agit de se rendre compte des phénomènes fébriles, délirants, ataxiques, etc., qui caractérisent certaines maladies , les fièvres typhoïdes par exemple, on ne veut plus s’en prendre qu’à une atteinte particulière du système nerveux, à un épuisement de V innervation / On ne conteste point que des lésions locales quelconques , externes ou internes, puissent manifester leur existence par le trouble des fonctions de plusieurs organes qui ne sont affectés que sympathi-

quement , c’est-à-dire par le moyen du système nerveux; mais ce système joue-t-il ici d’autre rôle que celui d’entretenir cette espèce de consensus reconnu parles anciens entre tous les organes de réconomie, et particulièrement entre les principaux viscères? Ne se borne-t-il point à être en quelque sorte le messager des sympathies morbides , ou des influences plus ou moins marquées . plus ou moins étendues , de cliaque organe malade avec ceux qui ne le sont point? 11 nous paraît que ceîte débilité nerveuse , celle faiblesse de l'innervation, à laquelle àlM. Chumel, Louis , Récamier , etc., veulent faire jouer un si grand rôle dans leurs fièvres graves ou typhoïdes, n’est qu’un renouv; llement, fort peu convenable aujourd’hui , de la faiblesse nerveuse ou de la névroslhénie de Giannini. Dans la nouvelle doctrine médicale italienne , cette névrosthénie paraît même entièrement abandonnée pour les fièvres continues, et si MM. Tommasini , Rolande, etc., y tiennent encore, ce n’est guère que pour quelques fièvres intermittentes, parce qu’à leurs yeux il y a, dans ce type de Dintermiltence, un prestige tel qu’il ne leur laisse voir aucun rapport, aucune analogie entre les fièvres intermittentes et les fièvres continues. Mais en France, où ce prestige est en grande partie dissipé , conçoit-on qu’on veuille encore faire jouer un si grand rôle à la faiblesse nerveuse dans le développement des fièvres graves? Ne semble-t-il pas que , pour plusieurs de nos écrivains modernes, ce mot ait remplacé celui d'essentiel? Qii’auronsnous gagné à combattre Vessentialité des fièvres si l’on met à sa place l'épuisement ou la faiblesse de l'innervation?

Revenons à l'observation de M. Dance : « Non , dit-il , ce délire, quel qu’il soit, n est plus de nature à céder à la soustraction du sangl » Peut-on croire que la nature de ce délire ait changé pendant les six ou sept jours qu’a duré cette fièvre depuis l’entrée du malade à riiôpital? Ce délire serait-il devenu nerveux après la première ou deuxième saignée , après la troisième ou quatrième application de sangsues? Rien de tout cela ne peut être soutenu. II s’agit d’un jeune homme de vingtquatre ans , d’un tempérament sanguin et d’une forte constitution , et par conséquent point du tout disposé à ce qu’on appelle une faiblesse nerveuse , un délire nerveux. Il s’agissait d’un tailleur , et les hommes de cet état sont enclins aux excès. L’invasion de sa maladie datait probablement de plus loin que n’ont coutume de l’avouer les malades reçus dans les hospices , dans la

crainte d’ôtre trouvés en défaut. Trois ou quatre jours avant son entrée à l’hôpital, l’individu dont il s’agit avait encore pris plusieurs fois du vin chaud ; cette boisson avait été rejetée; enfin il avait alors du dévoi('menl, une chaleur brûlante à la peau , une soif vive , une rongeur iniense des bords de la langue, etc. N’était-ce pas assez pour faire penser que la fièvre grave, reconnue chez ce malade, était due à une gastro-entérite? Les preinièrrs applications de sangsues, quoique mesquines, furent très utiles , puisc|ii’elles amenèrent une rémission très sensible de la fièvre. l’on avait donné plus d’attention à la périodicité assez marc^uée des rémissions et des redoublements fébriles, peut-élie aurait-on essayé le sulfate de quinine en frictions ou en lavements. Quoi qu’il en soit, nous croyons que ce médicament n’était point indispensable à la guérison du malade, et qu’on eût pu l’obtenir uniquement par un traitement antiphlogistique plus méthodique et combiné avecqiielc[ues moyens révulsifs externes. Cette. observation, comme bien d’autres , nous semble fournir la preuve qu’en général on ne s’assure point assez auprès des amis ou des parents des malades , par des questions détaillées et plusieurs fois répétées , de l’époque à laquelle remontent les premières atteintes de la maladie. Gomme il s’anit d’une affection

qui débuteordinairement par des malaises vagues, de la faiblesse et de l’inappétence , la constipation ou le dévoiement, sans douleur si ce n’est quelques courbatures et quelques légères coliques ; il y a d’ailleurs des intervalles de mieux très sensibles , qui portent à attendre plusieurs jours , et souvent à essayer des moyens nuisibles avant d’invoejuer les secours de l’art ; et puis , quand on prend ce parti , jamais on ne tient compte auprès du médecin cpie des derniers redoublements fébriles ou morbides qui ont forcé de se rendre à l’hôpital. Le malade ne s’enquiert nullement de faire connaître quels ont été ses premiers malaises , ni la da(e précise de son indisposition. Cependant, si le pi'aticien ne s’assure pas de cette circonstance, très importante puisqu’elle doit servir à porter un diagnostic plus sûr , à faire présumer que déjà il peut y avoir chez le malade quelque lésion organique profonde ; et, si l’on ne fait remonter l’invasion de la fièvre grave qu'à trois ou quatre jours, tandis qu’il eût fallu compter trois ou quatre semaines , qu’arrive-t-il? qu’on se hàlc de la comliaitre comme une affection aiguë qu’il s’agit de faire avorter , et l’on commet une grave erreur. On ne fait avorter que les

ressources de la nature ; on épuise à coups rapides et redoublés les forces du patient , sans lui ôter sa maladie. Il fallait à celle-ci un temps plus ou moins long pour se terminer avantageusement^, soi^t seule , soit aidée par le secours de l’art ; il fallait que des glandes et des plaques fongueuses eussent le temps et les moyens de se dégorger , les indurations ou les ramollissements , les boursouflements ou les ulcérations de la muqueuse gastro-intestinale le temps et les moyens de se dissiper, de se résoudre, de se cicatriser, pour rendre cette membrane à son état normal. Pour toutes ces opérations il fallait de la part de l’économie une réaction répétée et soutenue; il fallait un déploiement graduel et mesuré d’activité, de résistance et d’action. Hé bien! c’est dans un instant si critique qu’on lui ravit ses forces ! qu’on paralyse son énergie I Enfin on la réduit au néant par une brusquerie et une répétition non interrompue d émissions sanguines locales et générales , par une prodigalité de sang d’autant plus nuisible et irréparable , que les organes digestifs , étant eux-mêmes le siège des lésions plus ou moins profondes dont il s’agit, ne devaient et ne pouvaient pas de long temps encore travailler à le réparer par de bonnes digestions. Ce qui rend difficile et trop souvent infructueux le traitement des fièvres typhoïdes, c’est qu’il y a deux écueils également grands à éviter , et qu’il est bien difficile de se tenir dans ce juste-milieu qui seul peut conduire sûrement à la guérison. Il n’est pas rare que le zèle, qu’on met à éviter un excès , fasse tomber dans l’excès contraire ; ou bien , en usant tout-à-coup fort mal d’un bon moyen , on l’abandonne trop vite et pour toujours, tandis qu’il n’eùt fallu y avoir recours qu’à l’époque où l’on se décide à y renoncer ou à lui substituer un moyen entièrement opposé.

Hans plusieurs exemples d’irritations folliculeuses ou de subinflammations entéro-mésenlériques avec symptômes fébriles graves , nous avons ym nous convaincre que les saignées générales étaient presque toujours nuisibles. Quant aux applications de sangsues au cou pour combattre le délire ou la stupeur, elles sont encore pour le moins inutiles, si elles ne sont pas nuisibles. Quand on est obligé d’avoir recours à plusieurs applications de sangsues , il faut les faire placer alternativ ement à l’anus et à la région iléo-cœcale, en mettant constamment un certain intervalle de temps entre ces applications. Pendant ce temps , il importe beaucoup de donner la plus grande activité possible

aux fonctions cutanées , d’abord par des frictions humides et chaudes, ensuite par des frictions sèches, exercées matin et soir sur toute la surface du corps. Ce moyen est d’un puissant secours pour faire diversion à l’irritation lymphatico-sécrétoire de la muqueuse intestinale, et il n’a pas l’inconvénient d’occasionner de la douleur et d’augmenter l’irritation sympathique du système céréhro-spinal , comme le font bien souvent les vésicatoires, surtout quand ils sont employés trop tôt. Les frictions à la surface de l’abdomen avec la pommade stibiée nous ont paru également très utiles dans certains cas où il est nécessaire de lévulser très fortement à l’extérieur l’irritation folliculeuse ou subinflammatoire.

Pendant un séjour de plusieurs mois que nous avons fait à Paris en 1830, nous avons observé pendant les mois de novembre et de décembre ( rues Pavée-Saint-André-des-Aits et des Boucheries ) , plusieurs exemples assez remarquables de l’affeciion dont il s’agit ( fièvres continues ou rénnitentes typhoïdes ), entre autres chez trois commissionnaires de la Savoie, âgés de vingt-huit à trente ans, et chez une jeune femme du même pays ; tous n’habitaient Paris que depuis cinq ou six semaines. Depuis leur arrivée dans cette ville , livrés à toutes sortes de fatigues , exposés aux intempéries atmosphériques , se nourrissant de fruits de qualités très inférieures , de viandes salées , de harengs saurs, de fritures, etc., buvant alternativement beaucoup d’eau pour apaiser une soif presque continuelle , et quelques verrées d’eau-de-vie pour se ranimer quand ils se sentaient faibles et fatigués , ils ne tardèrent pas à tomber malades. A un appétitinsatiable succéda d’abord Vinappélence qu’ils essayèrent de vaincre en prenant des aliments de haut goût, en mettant force oignons dans leur friture, en mangeant beaucoup de salade , etc. Bientôt il leur survint des frissonnements vagues , un sentiment de lassitude, de fatigue et de faiblesse générales ; pesanteur de tête, renvois fréquents, coliques, borborygmes et dévoiement ; puis abattement, inquiétudes sur leur position , regrets de ne pouvoir travailler; chez la jeune femme , nostalgie, soucis d’un enfant qu’elle venait de sevrer et qu’elle avait laissé dans son pays; chez tous, espèce de somnolence et de stupeur pendant le jour ; insomnies , agitations et rêvasseries durant la nuit. Chez deux de ces commissionnaires il était survenu à peu près en même temps et au début de leur maladie, une grande quantité

(le petits furoncles. Chez l’un , ces furoncles atiaignirent rapidement leur dé\ eloppement , surtout le long du dos et à la partie supérieure des cuisses, où plusieurs fournirent une suppu^ ration abondante. Aussi chez ce malade, le dévoiement cessa-t-il ])ient()t ainsi que le trouble des fonctions digestives, locomotrices et intellectuelles. Chez le second, au contraire, les furoncles n’eurent pas plus tôt fait une appaiition qu’ils disparurent. Dès lors, augmentation du malaise et de la faiblesse générale; il se sent de {)liis en plus engourdi et courbaturé; il reste comme stupide et immobile à la même place ; quand il essaie de sortir du lit pour se promener, il éprouve des frissonnements qui parcourent rapidement toute la surface de son corps , et il se sent tellement las et anéanti , qu’il est obligé de se mettre au lit où il reste comnie blotti des journées entières sans éprouver d'autres besoins que de boire de Feau et d’aller de temps à autre sur selle, toujours en dévoiement. La nuit, grande chaleur, agitation et délire ; somnolences etrêvasseries durant le jour ; stupeur, prostration des forces, pouls fréquent et dur, langue rouge et encroûtée à sa base , ptyalisme fréquent , épigastre douloureux à la pression. Ayant observé de nouveau le malade à cette époque, je fis appliquer tout de suite sur cette région vingt-cinq sangsues qui fournirent une cjuantité prodigieuse de sang, à l’aide d’un large cataplasme émollient appliqué immédiatement après la chute des sangsues, dont quelques piqûres fournissaient encore du sang vingt-quatre heures après leur application ; diète, boissons délayantes , lavements adoucissants , frictions, d’abord cliaudes et humides, puis sèches avec la main ou un morceau de llanelle, sur toute la surface du tronc et des membres, pour stimuler Faction de la peau qui est malpropre , sèche et brûlante. Par ces moyens, tous les symptômes généraux ou sympathiques s’amendèrent assez rapidement ; les coliques , le dévoiement cessèrent et la convalescence ne tarda point à se manifester. Chez un autre malade traité de la même manière, et de plus par une seconde , une troisième application de sangsues sur la région iléo cœcale , nous n’obtînmes un amendement complet et soutenu des phénomènes nerveux , fébriles ou sympathiques, qu’au moyeu des frictions avec la pommade slibiée qui amenèrent une abondante éruption sur les lombes et sur la surface interne <les cuisses.

Chez la jeune femme dont nous avons parlé ,'son état pléiho-

rique nous décida à lai pratiquer d’abord une abondante saignée, espéi ant faire avorter la fièvre plus promptement ; le contraire eut lieu. Il en résulta un colapsus rapide et si extraordinaire que nous n osûmes plus avoir recours à aucune émission sanguine, môme par le moyen des sangsues. Nous nous bornâmes'à un régime sévère , aux boissons délayantes et acidulées , aux cataplasmes émollients sur l’abdomen et aux lavements adoucissants, do! nés à de fréquents intervalles, par demi et par quart pourries faire retenir plus long-temps. La guéi ison se fit plus long-temps attendre que chez les auti es malades. Chez tous , il y eut des redoublements fébi iles le soir , mais rarement assez sensibles et assez réguliers pour constituer des fièvres rémittentes et indiquer l’emploi du quinquina ou du sulfate de quinine, excepté chez une jeune fille , bonne d’enfants dans une maison de commerce , dont les redoublements fébriles et périodiques devinrent si marqués que nous lui prescrivîmes douze grains de sulfate de quinine, qu’elle prit en deux jours , délayés dans une tasse de sa boisson ordinaire. Du reste ces quatre malades présentèrent la plupart des symptômes auxquels on reconnaît soit la fièvre muqueuse alaxo-adynamique , soit l’entérite folliculeuse , soit la fièvre typhoïde. Il est probable qu’à défaut de traitement, et surtout par suite d’une stimulation quelconque, ces malades eussent succombé et qu’on eût trouvé dans leurs organes digestifs, particulièrement sur la fin de l’iléon, les lésions qui forment, dit-on, le caractère anatomique de la fièvre typhoïde. Plusieurs des faits que nous venons de rapporter nous ont fait connaître les lésions dont il s’agit: ce sont toujours à peu près les mêmes que celles observées en Italie par Baglivi, Sarcône, M. Tommasini; en Prusse , par M. Neumann ; en France , d’abord par MM. Broussais , Prost, Petit et Serres , ensuite par MM. Bretonneau, Andral , Bouillaud, Louis et Dance, à la suite des maladies appelées par les premiers fièvres pernicieuses mésentériques , fièvre §aune , fièvres pestilentielles , par les seconds fièvres gastro-entériques par empoisonnement miasmatique , fièvres entéro-mésentériques, fièvres ataxo adynamiques, entérites folliculeuses , fiô- Vi'es typhoïdes , etc.

Il nous semble que, dans l’anatomie pathologique de nos jours, on fait précisément pour les altérations organiques, suite des fièvres graves (continues et rémittentes), ce qu’on faisait autrefois pour la description de leurs symptômes ; on établissait

plusieurs classes à part de ces fièvres dites essentielles; on en formait une grande quantité d’espèces différentes, ingénieusement baptis('es, décrites et encadrées! Aujourd’hui toutes les fièvres essentielles se bornent volontiers , meme pour des professeurs de l’école de Paris, qui ne craignent plus d’entadier leur opinion de brousséfjisme , se bornent, disons-nous, à la fièvre typhoïde ou ataxo-adynamique ; mais, par une espèce de compensation, on nous présente des formes pathologiques assez nombreuses , artistement séparées , décrites et coloriées , telles que les formes granuleuse et gaiifjrée, les formes pu stul eus variolique et fongueuse, les boutons furonculeux, les formes ulcéreuse et gangréneuse , la forme enléro-mésentérique , la îoTVoe pseudo-membraneuse , etc. Ne voilà-t-il pas de quoi choisir en fait de lésions organiques , et se peut-il que cette collection anatomico-pathologique si nombreuse et si variée , dont les fièvres typhoïdes nous fournissent le modèle, soit sans conséquence pour elles-mêmes? Se peut-il qu’on ne puisse ou qu’on ne veuille pas convenir que ces lés’ons so'ent dans le cas de développer sympathiquement tous les phénomènes généraux et pernicieux qui caractérisent ces fièvres ? On ne trouve pas , dit M. Cruveilhier , dans ces lésions organiques, la ra’son suffisante de la mort du malade{i]. N’est-on pas quelque peu exigeant à cet égard? Il nous semble qu’on l’est bien moins quand il s’agit des traces franchement rouges et inflammatoires ; et pourtant ne conçoit-on pas qu’une lésion très intense du système blanc , lymphatico-sécrétoire et glandulaire , quelle que soit sa teinte, blanche, jaune, brune , grisâtre, puisse amener un épuisement de forces dans l’économie, un trouble général et sympathique dans les principales fonctions , aussi bien qu’une lésion rouge et purement inflammatoire? On veut que la fièvre typhoïde , sans être essentielle à la manière des anciens , soit le résultat d’une atteinte portée à Vinnervation l Pense-t-on faire beaucoup avancer la science par ce nouveau refuge dans l’innervation? N’est-ce pas à l’innervation ou à la nervosité qu’on eut de tout temps recours chaque fois qu’on voulut cacher son ignorance sur le siège et la nature d’une maladie quelconque? Est-ce bien ici le cas d’aller se perdre dans les hypothèses de la nervosité, quand on a des traces si matérielles , si connues et si évidemment liées à l’existence de ces fièvres dont on veut gratuile-

(1) Anatomie pathologique , tome I.

analyse des faits relatifs a ces fièvres.

ment enrichir le domaine des affections nerveuses? Pour établir le divorce entre les fièvres graves ataxc-adynaraiques ou typhoïdes et les gastro-entérites, les entéro-mésentérites ou entérites folliculeuses , on s’étudie à décrire séparément les phénomènes qui caractérisent ces fièvres et ceux qui sont propres aux pblcgmasies dont il s’agit, afin de faire ressortir leur dissemblance! Comme s’il n’était pas reconnu partout observateur attentif que les phénomènes locaux et généraux ou sympathiques, qui sont la suite d’une gastro-entérite ou d’une entérite folliculeuse quelconque , puissent varier du plus au moins et depuis les symptômes d’une fièvre éphémère jusqu’à ceux qui caractérisent la fièvre typhoïde la plus intense et la plus pernicieuse! Ne sait-on pas que mille circonstances relatives à Page, au sexe, au tempérament , au climat , à la nature des causes , etc., peuvent provoquer ces variations dans les phénomènes sympathiques ou fébriles qui sont la suite des irritations subinflammatoires, aussi bien que des phlegmasies de la muqueuse digestive? « Il est déplorable, ajoute ce professeur distingué , de voir périr tant d’individus jeunes et vigoureux par une lésion aussi circonscrite et aussi bien définie (l’entérite folliculeuse) .. Le but idéal de la médecine est de tendre à conserver la vie toutes les fois que les rouages principaux de l’organisme ne sont pas trop profondément altères pour pouvoir entretenir les fonctions, et lorsqu’à l’ouverture du cadavre , nous trouvons les organes centraux en bon état , mais seulement dans un petit coin de l’économie de très petites altérations, accusons notre impuissance ou celle de l’art, et cherchons une autre méthode de traitement (!).« Mais d’où vient qu’on regarde comme des altérations très petites le développement presque toujours si marqué des follicules muqueux, des ulcères elliptiques , des plaques saillantes , fongueuses , rouges ou grisâtres , parfois des escarres gangréneuses , puis l’engorgement des glandes mésentériques , en un mot , toutes ces lésions si remarquables qu’on nous fait voir en peinture et qu’on regarde comme des traces d’entérite folliculeuse? D’ailleurs, n’est-il pasr évident que des lésions , très limitées il est vrai , mais aussi très profondes , en supposent d’autres plus étendues, mais qui, n’attaquant que la superficie de la membrane muqueuse , n’ont pu laisser que peu ou point de traces après la mort, bien qu’elles

(1) Jd,t ihid.

l80 FIEVRES INTERMITl EXTES ET REWITTENTES.

aient été très aiguës et très violentes durant la vie? N’est-ce pas par celte acuité et cette violence qu’on peut se rendre raison de cet épuisement si rapide des forces de l’économie? On voit des individus succomber très promptement à des dysenteries , à des choléras qui laissent à peine des traces après la mort ; cependant il y a beaucoup d’exemples dans lesquels les causes , les symptômes , la constitution atmosphérique et individuelle, ne permettent pas de douter de la nature purement inflammatoire et subinflammatoire de ces affections. Pourquoi n’en serait-il pas de même dans plusieurs cas d’entérite folliculeuse , de fièvre typhoïde, qui ne laissent que peu de traces après la mort? Cherchons , dites-vous, une autre méthode de traitement ; oui, sans doute , il faut chercher une autre méthode que celle adoptée par les médecins dont le diagnostic se perd dans les hypothèses , et qui n’ont foi qu’en l’innervation ! Mais nous pensons que la vraie méthode n’est plus à chercher ; nous croyons qu’à cet égard la doctrine physiologique a résolu le problème et trouvé le mode de traitement le plus rationnel et le plus efficace qu’il soit possible d’employer. Toute la difficulté consiste maintenant d’en faire un usage raisonné , méthodique, et modifié suivant les cas. L’appliquer mal à propos ou à demi , pour proclamer ensuite son impuissance , y aui ait-il de la bonne foi ! a Le moment n’est sans doute pas éloigné, dit encore M. Cruveilhier, où le traitement de l’entérite folliculeuse sera tout aussi rationnel et aussi efficace que celui de la pneumonie. » Nous partageons entièrement cette opinion , et nous croyons que ce moment n’est plus à venir pour le professeur Broussais et les médecins physiologistes, toutes les fois qu’il leur est permis de faire une application sage , méthodique et raisonnée, des principes d’une doctrine qui , dévoilant la nature delà fièvre typhoïde ou de l’entérite folliculeuse, et faisant connaître les influences sympathiques sur les appareils circulatoire et cérébro-rachidien de l’irritation subinflainmatoire et lymphatico-glandulaire de la muqueuse intestinale, saura, en combattant efficacement celle-ci, prévenir ou enrayer le développement plus grave de celles-là , puisque c’est par elles que la mort arrive.

DES CAUSES

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