CHAPITRE II
DES CAUSES DES FIÈVRES BÉMITTENTES ET INTER>11TTENTES , ET DU MODE d’ ACTION DE CES CAUSES.
AllTICLE PREMIER.
DES CAUSES
Pour indiquer méthodiquement tout ce qui peut produire ou seidemenl favoriser le développement de la fièvre intermittente, nous passerons en revue tous les modificateurs hygiéniques , en nous arrêtant sur ceux dont l’influence a été reconnue la plus constante et la plus active dans la production de cette maladie.
Circumfusa. — Variaiions brusques et très marquées de la constitution atmosphérique, contrastes de chaud et de froid , de sécheresse et d'humidité , non seulement à de longs intervalles , niais dans les vingt-quatre heures et du matin au soir, comme on l’observe au printemps et surtout en automne ; l’air obscur et non renouvelé, l’air chargé de vapeurs aqueuses après des pluies abondantes et répétées , ou dans des lieux sujets aux inondations, principalement l’air vicié par les effluves provenant des marais, des étangs qui se dessèchent, et en général toutes les fois que des matières végétales et animales, contenues dans les eaux stagnantes, entrent en fermentation par suite d’une chaleur plus ou moins grande.
Les émanations putrides, qui résultent de la décomposition de subsiances animales seules ou presque seules , comme celles des voiries , des cimetières , des amphithéâtres de dissection , des latrines , etc. , peuvent aussi développe! des fièvres intermittentes très graves. Il en est de même des miasmes exhalés du corps de certains malades , de la surface des plaies affectées de pourriture et de gangrène , et qu on respire souvent dans les hôpitaux dont l’air n’est pas purifié par des fumigations et renouvelé par des vasistas convenablement disposés. Ges derniers miasmes , quoiqu’ils ne soient pas comme les premiers le résultat de la décomposition de corps privés de vie , mais seulement le produit de l’organisation vivante modifiée par la maladie , n’en sont pas moins très actifs ^et plus ou moins pernicieux. Toutefois il est
d’observation relativement aux fièvres intermittentes qu elles sont plus spécialement occasionnées par les émanations provenant de la décomposition de substances végétales, tandis que les exhalaisons des matières animales corrompues développent de préférence les maladies appelées typhus , peste, fièvre jaune.
Des gaz particuliers dégagés par des procédés chimiques , les
émanations particulières qui résultent du rouissage du chanvre ,
comme l’a observé Lancisi, celles qui se dégagentd’un sol vierge
et mis en culture pour la première fois, peuvent aussi déterminer
des fièvres intermittentes , comme en a été témoin M. Cassan (1).
Les médecins des Etats-Unis ont fait cette dernière observation sur des masses d’individus occupés à défricher une étendue de terrain plus ou moins considérable. Il n’est pas rare en Sardaigne qu’au moment du labourage et quand la charrue entr’ouvre la terre , ou lorsque les premières pluies d’automne viennent la détremper après plusieurs mois d’aridité, il s’exhale des vapeurs pernicieuses et propres à développer des fièvres d’accès, surtout dans les lieux bas , et à quelque distance qu’ils soient placés des eaux stagnantes.
Applicata. — ■ Les vêtements malpropres et surtout humides dont on reste quelque temps enveloppé , le repos et le coucher sur la terre humide , sur des corps froids et humides quelconques , les averses reçues particulièrement quand on se trouve dans un état de chaleur et de sueur, des bains froids répétés intempestivement ou par suite d’un accident , comme la chute dans l’eau froide, dont Bouffey et d’autres auteurs citent des exemples.
Gesta. — Changement soudain d’une vie très active en état sédentaire, et vice versât exercices violents et portés jusqu’à la fatigue et à la sueur , travaux prolongés surtout pendant les heures habituellement destinées au repos et au sommeil.
Percepta. — Affections de l’âme vives et pénibles, comme la crainte , la tristesse , la terreur , les chagrins concentrés ; puis les passions violentes, comme la colère , la jalousie, etc.
Ingesta. — Nous plaçons ici les écarts de régime, l’abus de certaines boissons fermentées et de certains assaisonnements, la mauvaise qualité des eaux ; c’est cette cause qui , d’après Rayn*ond , produit exclusivement les épidémies de fièvres intermittentes qui ravagent l’île de Valcheren. On sait que Linné faisait
(1) Voir ci-devant p. 2S.
DES CAÎ3SES.
jouer un (îrandrôle aux eaux argileuses dans le développement des fièvres intermittentes dans les plaines de Scanie et dansla Sudermanie. "Nous placerons encore dans cette catégorie les aliments gâtés ou de nature indigeste , les fruits de mauvaise qualité , ceux qui n’ont pas acquis leurmaturité , ou qu’on a cueillis avant le temps et fait mûrir artificiellement ; la présence des vers dans le canal digestif ou d’un corps étranger et irritant quelconque.
Excréta. — Dérangement des excrétions et sécrétions habituelles , répercussion de la transpiration cutanée , des sueurs , d’un exanthème, suppression d’une hémorrhagie, d’un émonctoire accoutumé, des règles et des lochies chez les femmes.
Chacun de ces six genres de causes, pris séparément, peutpro» diiire la fièvre intermittente, suivant la disposition des individus qui s’y trouvent soumis; mais il n’y a guère que le premier genre dont les inttuonces soient assez étendues, assez puissantes, pour causer des endémies et des épidémies de la fièvre dont il s’agit. On sait, à n’en plus douter, surtout depuis les recherches de Torti à cet égard , que la présence ou la proximité des marais prédispose les habitants à contracter toutes les espèces de fièvres intermittentes. On croit assez généralement qu’il s’en dégage des effluv æs délétères, lesquels joints à une constitution atmosphérique particulière , rendent ces fièvres endémiques dans les lieux dont il s’agit. Des médecins ont avancé que ces effluves n’existaient point. Il est vrai qu’on ne peut pas en démontrer matériellement; l’existence; il est vrai aussi qu’on voit se développer des fièvres d’accès dans les lieux où il n’y a point de marais , et par beaucoup d’autres causes que des miasmes marécageux. Mais une cause n’en exclut point une autre , et une opinion ne prouve rien tant quelle est négative, tant qu’elle n’est point appuyée de faits tendant à combattre ceux qu’on lui oppose : rien de plus facile que de nier , rien de plus difficile que de prouver. Cette difficulté se fait sentir quelquefois pour la vérité elle-même ; aussi de combien de gens la facile polémique se borne-t-elle à la négative !
L'existence des émanations marécageuses n’est point matériellement prouvée , c’est-à-dire que les chimistes ne sont point encore parvenus à les découvrir , à les isoler des autres gaz et des vapeurs atmosphériques , de manière à les représenter ensuite avec les propriétés qu’on leur reconnaît. On est arrivé en dernière analyse à nous offrir comme réquivtdent des effluves
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marécageux, le gaz hydrogène carhuré l nul doute que ce ne soit là un de leurs principes constituanis ; mais qui peut les connaître tous , et surtout cette combinaison intime de la nature d’où résulte leur action délétère ? On les croyait autrefois composés d’hydrogène carboné , d’azote et de gaz ammoniacal : peut-être arrivera-t-on encore à d’autres résultats. Quant au sujet qui nous occupe , le but le plus utile n’est il pas atteint? Il nous importe peu de savoir en quoi consistent les purs éléments des émanations marécageuses , et moins encore de les rclùire ; l’essentiel c’est de les détruire , ou d’en neutraliser l’action par des moyens hygiéniques , alors qu’il n’est pas donné d’en prévenir la source. On sait d’où proviennent ces émanations , quelles sont les époques de rannée , de la saison , do la journée même, où elles se développent de pi éférence et en plus grande quanti(é ; ce sont Là des données précieuses dont on peut faire le plus salutaire usage dans l’hygiène publique et privée , pour la salubrité du sol et la santé de ses habitants.
P Mais n’a-t-on pas exagéré les influences pernicieuses des effluves marécageux relativement à l’histoire des fièvres intermittentes? On voit survenir celles-ci dans tous les lieux, pendant toutes les saisons , etje dégagement de ceux là n’a lieu que pendant un temps plus ou moins limité, cinq ou six mois au plus dans les pays même les plus marécageux. Le printemps et l’hiver, durant lesquels il n'y a que peu ou point d’émanations délétères, n’y sont pas préservés de fièvres d’accès , et le quart au moins de celles qu’on y observe dans le cours d’une année n’y sontelles pas dues à d’autres causes, telles que la mauvaise qualité des eau X potables , des fruits et des légumes, puis à des averses, à des affections morales et à des excès de tous genres? à plus forte raison les fièvres intermittentes ne seront-elles point attribuées à l’influence des marais dans les contrées où il n’y en a pas ; et si les fièvres y sont plus rares, l’étendue du terrain n’est-elle pas incomparablement plus grande, et telle , relativement aux pays marécageux , qu’on serait conduit à reconnaître la majorité des ' fièvres intermittentes comme le résultat de causes étrangères aux émanations dont il s’agit? On s’arrête d’abord à ce qui frappe le plus, et l’on finit par en faire l’unique objet de ses réflexions, sans tenir i omple des autres cas , des autres lieux. Rien ne frappe comme une endémie qui revient chaque année, qui frappe souvent les mémespersonnes, ou comme uneépidémie qu’on voit attaquant
DES CAUSES
à la fois une masse d’individus de tous à" , de tous sexes , de tous lesnpéraments , de toutes con lilions. Or, toutes les endémies reconnaissent pour principale cause les epriuves marécageux, et plusieurs épidémies peuvent leur être attribuées en grande partie. Il n’est donc pas étonnant qu’on leur ail fait jouer un rôle si puissant, si étendu et presque exclusif dans le développement des fièvres intermittentes et rémittentes en général. Mais soumettons un vaste cham]) à notre observation ; prenons l’Europe, par exenqile ; comptons les fièvres intermittentes survijnues dans l’espace de deux ou trois ans, et nous reconnaîtrons que la moitié, les deux tiers peut-être de ces affections sont dues à d’autres causes qu’aux émanations marécageuses.
D'ailleurs u’abuse-t-on point du nom de marais , quand on le donne indistinctement à toutes espèces d’amas d’eau , même les plus fortuits et les plus passagers, comme ceux qui résultent de pluies fréquentes ou de quelques averses sur un terrain massif, argileux , qui résiste plus ou moins à l’infiltration des eaux? N’en est-il pas de meme quand ils sont la suite d’un débordement partiel et momentané d’une rivière dans un pays sain où la végétation est belle, dont les habitants sont caractérisés par la force et le tempérament sanguin ? Ces eaux, ne séjournant pas long-temps , ne peuvent former que peu ou point de mares putrides ; et si dans ces circonstances , il survient parfois des épidémies de fièvres intermittentes, il faut moins les atlribuer aux émanations délétères qu’aux variations très grandes de froid, de chaleur , d’immidiié , que la présence de ces eaux tend à augmenter; il faut en accuser surtout les intempéries de la saison elle-même; intempéries qui en amènent d’autres dans le régime des habitants, qui les portent à des excès de travaux pour réparer les retards ou les désastres du mauvais temps, et aux excès de vins et d’cau-dc-vie pour s’en distraire. M. Prus a observé des fièvres intci mittentes à Angers, où elles régnent tous les ans à l’époque des déboi demenfs de la Mayenne. M. Mérat les a vues régner à Décise, ville bâtie sur une île au milieu de la Doire, et où n’existent point de marécages. Il en est de même de Nemours , circonscrite par une rivière et un canal. Nul doute que les fièvres inlermittentes , dans ces localités, ne soient dues qu a l’humidité, entretenue par l’entourage des eaux: C est l’opinion de M. Forget, qui a vu ces fiè\res se développer à bord des navires où l’on avait la pernicieuse habitude de laver les
FJEVRES intermittentes ET REMITTENTES.
ponts à grande eau , et disparaîtrai lorsqu’au lavage on substituait le nettoyage à sec.
Halrn rapporte qu’à Breslau, dans une province habituellement très saine, il survint, en 1737, une grande épidémie de fièvres intermittentes par suite de pluies si abondantes que les belles campagnes de la Silésie n’étaient plus que de vastes lacs.
Les débordements de l’Isère dans la haute Savoie , et ceux de l’Arve dans le Faucigny, sont souvent la principale cause des fièvres intermittentes qui attaquent les nombreux villages riverains (1).
Parmi les causes les plus fréquentes des fièvres dont il s’agit, il faut placer les variations très grandes, et surtout rapides, dans
(1 j De vastes travaux de diguements contre ces deux rivières , ayant été entreiji'is et exécutes en 183ü et 1837, on a voulu tirer parti pour l’agriculture de la va.'le étendue de terrain protégée par ces travaux , et dans les temps d’averse ou de pluie, quand leseaux deviennent troubles et charrient diverses matières terreuses, végétales et animales, on les a fait arriver par des écluses, et reposer sur le terrain dont il s’agit. Ce terrain formait par conséquent de grandes nappes d’eau qu’on laissait dessécher. L’on ne pouvait pas dire que ce fussent là des marais ; il s’agit d’un terrain sablonneux tantôt couvert d’eau, tantôt à sec, sur lequel il ne pouvait pas se produire des miasmes particuliers , comparables à ceux qui s'exhalent des vastes marais Pontins , ou de la Bresse, de la Sologne, etc. Cependant il est incontestable que les opérations dont il s’agit n’aient occasionné le développement d’une immense quantité de lièvres de tous genres, de tous types, suivant la prédisposition des individus qui en étaient attaqués. J’en ai vu, pour ma part, un très grand nombre , dont plusieurs avec un caractère tellement pernicieux, qu’elles m’ont obligé d’avoir recours promptement à de très fortes doses de sulfate de quinine.
Durant l’automne dernier, j’ai été appelé, des environs de Genève, dans la province de haute Savoie, pour madame V***, atteinte d’une affection chronique de l’eslomac , et chez qui l’épidémie régnante développait des accès ou des 1 edoublernents pernicieux assez comparables aux pernicieuses cardialgiqiie, hépatique ou cholérique, et chez qui l’ingestion du sulfate de quinine par la bouche avait produit un tel surcroît d’irritation dans l’estomac , que cet organe rejetait par le vomissement tout ce qu’on faisait prendre à la malade, qui se trouvait dans un état de faiblesse et d’angoisse incomparables. Dans cette partie de la province qui se trouve sur les bords de l’Isère, et même jusqu’à une distance de quelques lieues, il y avait dans ce moment une épidémie de fièvres intermittentes et rémittentes à laquelle peu de personnes échappaient. Les médecins eux-mémes , entre autres le docteur Maigrat, en furent plusieurs fois atteints. Toutes les fièvres intermittentes sous formes muqueuse , inflammatoire, bilieuse, quelquefois ataxique et pernicieuse , ont été observées, non seulement dans le même village , mais encore chez le même individu , à cause des fréquentes récidives de ces fièvres qui eurent lieu sous l’influence de la principale cause dont nous avons parlé, puis par les contrastes frappants du froid de la nuit et de la chaleur du jour, et surtout, chez le paysan , par les excès de travaux , le défaut de régime el la malpropreté.
DES CAUSES
la constitution atmosphérique. Ce sont ces variations qui les font naître dans toutes les saisons, et meme en hiver dans les lieux les plus sains d’ailleurs ; c’est ainsi que Ilarder a observé un très grand nombre de fièvres d’accès à Bâle pendant l’iiiver de 1695, et développées par suite de mutations très grandes et subites de température. Ces fièvres régnaient concurremment avec des catïirrhes , des coliques , des pleurésies. Tissot a fait plus tard la même observation à Lausanne. M. Mimaut et le docteur Moris pensent qu’en Sardaigne ce sont bien moins les effluves marécageuxqui occasionnent des fièvres d’accès, que l’extrême inconstance du climat due àl’influence de certains ventsqui y produisent subitement des variations si grandes qu’ils confondent souvent les saisons ; ils font sentir un froid aigu au milieu de l’été, et, réciproquement, pendant riiiverune chaleur intempestive. Il n’est pas rare aussi qu’au soleil brûlant de la journée succède une nuit fro’de et humide (1).
L’inco stance du climat ou les variations atmosphériques, brusques et considérables , doivent être placées , suivant nous , en premit're ligne dans le développement des fièvres d’accès, puisque sans le passage d’une constitution froide à une température plus ou moins élevée, les marais eux-mêmes n’auraient aucun effet funesie. N’est-il pas reconnu qu’il faut constamment le concours de la chaleur pour qu’ils produisent les fièvres? La preuve, c’est qu’on n’en voit point dans les pays marécageux où. la température, même en été, conserve toujours un certain degré de fraîcheur. Les immenses marais de la Russie et de la Lithuanie ne nuisent point à la salubrité de ces vastes contrées. Bien loin que les fièvres intermittentes y soient endémiques, on ne les y connaît pas , et l’homme qui habite dans la proximité de ces marais arrive , comm.e ailleurs , au dernier degré de la vieillesse. On trouve de vastes prairies marécageuses et quelques étangs sur plusieurs points assez élevés de la Savoie; hé bien, je me suis assuré que dans ces lieux la fièvre intermittente ne se manifestait presque jamais, parce qu’il y règne constamment un air vif et frais , même dans les plus fortes chaleurs de l’été. Ne sait-on pas d’ailleurs que dans les pays marécageux le nombre des fièvres d’accès est en raison inverse de l’abaissement de température , et que dans les années froides il y en a incomparable-
(1) Voyage en Sardaigne.
l88 FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES.
ment moins que dans les années remarquables par une grande chaleur. Ce qui prouve encore toute l’influence de la chaleur dans les circonstances dont il s’agit, c’est l’innocuité des marais meme dans les pays chauds , lorsqu’ils se trouvent abrités par des bois si touffus que les rayons du soleil ne peuvent les atteindre. Vient-on à couper ces bois , aussitôt une épidémie de fièvres intermittentes se déclare. M. Cassan a observé ce fait aux Antilles.
Non seulement l’irrégularité dans la succession des saisons , et les changements brusques dans la constitution atmosphérique, favorisent le développement des fièvres d’accès , mais elles influent encore beaucoup, ainsi que l’âge et le caiactère ou l’idiosyncrasie des indi\ idus, sur la nature et les diverses formes que ces fièvres peuvent présenter. C’est ainsi que des chaleurs soutenues et sèches , chez des constitutions irritables et sanguines , favorisent les formes pernicieuses iclérique , cholérique ,hémor^ rhagique ; une chaleur humide qui succède rapidement à un temps froid et sec, amène des intermittentes bilieuses , putrides , adij^ namiques, chez les individus d’une constitution bilieuse à la fois et pléthorique; tandis que les alternatives d’un froid humide, jointes à quelques instants de chaleur humide et accablante, favorisent les formes muqueuse et dysentérique. Quand une chaleur précoce et brûlante se montre tout-à-coup au retour du printemps, les intermittentes sont ordinairement ataxiques ou pernicieuses , surtout chez les individus sanguins et sédentaires , qui s’empressent de jouir, par des exercices prolongés, des premiers beaux jours de mars et d’avril ; chez les vieillards , elles prennent volontiers la forme comaieuse ou apoplectique ; elles sont produites assez souvent par l’impression subite d’une forte chaleur ou d’un grand froid, comme M. Bonnet en cite un exemple remarquable (1) ; chez les enfants et les jeunes gens , elles présentent souvent un trouble remarquable des fonctions cérébrospinales, d'où résultent les fièvres pernicieuses com u^sive et dé-' lirante. La présence des vers dans le canal digestif peut également, chez ceux dont l’irritabilité est très grande, donner lieu aux phénomènes fébriles , convulsifs et nerveux , les plus effrayants.
(1) Trailé des fièvres intermittentes, p. 380.
DU MODE d’action DES CAUSES.
ARTICLE II
DU MODE d’action DES CAUSES.
Parmi les faits que nous avons rapportés , il y a des causes de fièvre intermittente dont le mode d’action est tellement évident qu’on ne peut douter de l’irritation des organes digestifs; tels sont ceux où elle a été occasionnée par une trop grande quantité de melon , de champignons , de lard et autres substances indigestes ; par des fruits non mûrs , des blés et des légumes gâtés par la gelée, comme dans les épidémies de Lausanne, de Modène de 1690; par l’accumiulation des vers dans le canal intestinal et leur irruption jusque dans l’estomac,- comme dans ceitaines épidémies de rémittentes vermineuses observées par Vandesbosch et Méaroli; par la mauvaise qualité des eaux de puits ou de citernes mal entretenues et rendues fétides par une excessif e chaleur, comme dans l’épidémie de Hollande de 1691 ; par le mélange du blé avec l’ivraie , et le défaut de soins pour la coirservation des grains et des farines , d’où il résulte un pain mat, acide et plus ou moins indigeste; par l’usage immodéré ou intempestif du vin et des liqueurs fortes, qu’on prend à jeun dans certains pays (1). Mais si, dans presque toutes les épidémies de fièvres intermittentes, on voit intervenir l’action des ingesta , ce n’est en général que comme causes éventuelles ou auxiliaires dans le développement des fièvres dont il s’agit , et si nous commençons par elles , c’est pour être conduit par analogie à reconnaître le mode d’action , moins facile à saisir , des effluves marécageux qui les produisent le plus souvent et les rendent endémiques dans certaines contrées.
Il est probable que ces effluves pénètrent dans l’économie par toutes les voies de rapport, et spécialement par les membranes muqueuses , pulmonaire et gastrique. Si cette dernière en est plus particulièrement affectée, ce n’est pas, comme on l’a dit, parce qu’ils n’y sont pas soumis à une prompte décomposition comme dans les organes pulmonaires, c’est plutôt parce que la muqueuse digestive est le confluent central de toutes les absorptions cutanée et pulmonaire. Il est même reconnu aujourd’hui que c’est sur cette membrane que retentit l’influence la plus prompte et la plus marquée de toutes les substances délétères
(l)Palmh Réflexions sur Vétat sanitaire des pays marécageux de Sienne»
introduites dans l’économie par voie d’absorption, 'quelle que soit leur forme, solide , gazeuse ou liquide. Ne sait-on pas, par exemple, que la morsure de la vipère détermine promptement des nausées, des vomissements et des angoisses épigastriques plus ou moins remarquables? Quel que soit d’ailleurs le mode d’action en lui-même des émanations marécageuses , on peut s’en rendre compte comme de l’ingestion d’une substance nuisible quelconque. Il en résulte une irritation plus ou moins vive, plus ou moins funeste , quelquefois un véritable empoisonnement miasmatique qui fait promptement succomber les malades. Nous ne parlons pas de l’action intime, moléculaire, de ces émanations sur nos organes ; on ne la connaît pas. Mais en sait-on beaucoup plus sur la manière d’agir de la plupart des autres substances solides, liquides et gazeuses, sans cesse introduites dans notre corps, soit comme médicaments, soit pour les besoins do la respiration et de la nutrition? Toutes les fois que des corps mis en contact n’agissent pas les uns sur les autres uniquement par leurs propriétés physiques et chimiques , quand il y a d’un côté action organique et vitale, savons-nous ce qui se passe autrement que par ces phénomènes locaux et sympathiques qui indiquent la manière d’être de nos organes à l’occasion de tel ou tel agent nutritif, médicamenteux, ou vénéneux?
Peut-on dire que l’action des effluves marécageux soit débilitante et asthénique ^ comme le pensent MM. Petit, Rolando, llécamier, Chomel? et peut-on fonder cette opinion sur ce que l’habitant des marais présente ordinairement dans son organisation, dans son tempérament, certaines modifications qui indiquent de la faiblesse? Non sans doute; car si l’on examine ce qui se passe en lui , on verra que sous l’apparence d’une faiblesse générale , il s’en faut bien que chaque tissu , chaque organe soit également faible; son genre de vie, les variations journalières très sensibles dans la température atmosphérique, chaude le jour , froide la nuit , et presque toujours humide; l’ingratitude d’un sol dont le produit ne répond point à la peine ; des aliments grossiers, des végétaux et des fruits d’une qualité inférieure; tout cela peut bien, en fournissant de mauvais matériaux à la respiration et à la nutrition , faire prédominer la constitution lympathique; mais le système digestif en sera-t-il moins irritable chez lui ? Ne sera-ce pas au contraire le plus animé et le plus stimulé de tout Porganisme? Ce systeme n’ aura-t-il pas en plus ce