‹ Monographie des irritations intermittentes ou traité théorique et pratique des maladies périodiques ... et ... de tout ce qui offre de l'intermittence ou de la périodicité en pathologieChapitre 50 sur 79 · DU MODE D ACTION DES CAUSES · texte numérisé non relu

DU MODE D ACTION DES CAUSES

qu’on observe en moins du côté des organes pulmonaires , locomoteurs et cérébraux? Ce sera donc là qu’il faudra chercher ^ non point une asthénie, mais une surexcitation locale, source première et principale de ces fièvres intermittentes si communes chez l’habitant des marais.

Nul doute que la disposition des individus ne fasse beaucoup varier le mode d’action des émanations marécageuses; tel indigène est habitué à un climat donné , à des influences qui , agissant sur lui depuis long-temps, ont amené dans son organisme des modifications qui contre-balancent en partie l’action de certaines influences morbides au milieu desquelles sa vie se prolonge sans danger, tandis que l’étranger qui s’y trouve tout-à-coup soumis d’une manière absolue , y court risque pour ses jours. Qu’un Lorrain fort et robuste se transporte au mois de juillet dans la Bresse, et surtout dans les îles d’Hyères ; il y contractera une fièvre intermittente dont les symptômes seront beaucoup plus graves , toutes choses égales d’ailleurs, que chez l’habitant de ces lieux marécageux, ün Français, un Allemand, habitués à une température moyenne , ne pourraient traverser impunément an mois d’août les marais Pontins, ni séjourner quelque temps dans ceilains quartiers de Rome, sans être atteints de fièvres intermittentes pernicieuses; tandis qu’un Sarde, un Napolitain, modifiés par des influences atmosphériques habituellement très chaudes et souvent délétères, seront soumis presque sans secousse aux mêmes éprouves. Ce sont des faits confirmés par l’expérience de tous les voyageurs.

Quant à la manière d’agir des effluves marécageux, si variable suivant les fieux , cela peut tenir quelquefois à leur différence de nature et à leur activité plus grande par suite des proportions diverses de substances animales et végétales qui entrent dans leur composition , par suite du mélange de certaines eaux. M. Fodéré a observé que l’irruption des eaux de la mer dans des marais d’eaux douces , contribuait à donner aux effluves des qualités beaucoup plus pernicieuses. Mais la cause principale et la plus rationnelle de cette différence dans l’action de ces effluves , réside dans les différents degrés de latitude et de chaleur atmosphérique des pays marécageux. Par suite d’une chaleur extrême et long temps prolongée , la même cause peut développer la fièvre pernieiense La plus funeste chez les individus qui n’y s(Hit point accoutumés. C’est cette observation qui, fa'te et

répétée sous diverses latitudes, a conduit des médecins voyageurs à penser avec raison que la fièvre jaune n’était qu’une fièvre intermittente dégénérée , ou qu’elle était provoquée par le plus haut degré d’intensité d’une inflammation gastro-hêpaiique. C’est ainsi qu’on voit aux Antilles cette terrible fièvre jaune sévir contre les etrangers non acclimatés , pendant que les indigènes n’éprouvent que des fièvres intermittentes ordinaires. C’est une observation qu’a faite plusieurs fois M. Cliervin dans ses nombreux voyages. Lind avait déjà fait la même observation; il avait vu des Européens nouvellement débarqués dans les Indes être attaqués de fièvre jaune ou de fièvres intermittentes pernicieuses très graves , sous rinfiuence des mêmes causes qui développaient , chez les habitants du pays, des fièvres rémittentes ou intermittentes ordinaires. On sait ce que Baglivi pensait des rémittentes pernicieuses mésenlérxques , que le climat des Etats romains lui permettait d’observer si souvent. MM. Tommasini et Audouard ont reconnu également en Europe cette analogie entre la fièvre jaune et la fièvre intermittente des pays chauds ; celle même de nos climats tempérés revêt parfois des formes qui en approchent dans les saisons remarquables par une grande chaleur. N’a-t-on pas vu , dans le département de l’Ain , par suite d’un été brûlant, survenir des fièvres bilieuses dont la violence des symptômes se rapprochait beaucoup de ceux qui caractérisent la fièvre jaune? Nul doute que la Bresse et la Sologne, exposées à des chaleurs vives et soutenues comme celles qu’on éprouve à Borne ou à Naples , ne devinssent promptement le théâtre des intermittentes les plus pernicieuses, et même de la fièvre jaune. Le mode d’action des émanations marécageuses est donc subordonné à celui du climat, de la constitution atmosphérique et individuelle. Abstraction faite de leur dégagement, plus considérable par suite d’une grande chaleur , cette constitution est ordinairement accompagnée de certains contrastes de fraîcheur et d’humidité qui rendent leur action plus funeste , soit en concentrant par intervalles leurs principes délétères , soit en produisant dans les fonctions organiques de légères et fréquentes secousses qui en amènent facilement le trouble et la maladie.

Voyons , par exemple, ce qui se passe chez un habitant de nos climats tempérés qui va passer à Rome le mois d’août ou de juillet. Les fonctions sécrétoires et exhalantes de la peau sont d’abord très augmentées J il en résulte une moiteur presque conti-

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niielle; la respiration est accélérée, les inspirations courtes et répétées ; les battements du cœur sont plus fréquents , la circulation plus active; le sang , poussé avec force et rapidité vers la télé, dispose à la céphalalgie, parfois à rengourdissenient des fonctions intellectuelles et au sommeil. La nature réagit par tous les moyens en son pouvoir ; de là une déperdition prodigieuse de forces. Il faudrait de bonnes et actives digestions pour les réparer ; mais l’estomac, plus encore que tous les autres viscères, participe à ce surcroît d’irritabilité générale ; ses intimes relations avec le système cutané le mettent dans l’impuissance de remplir ses fonctions d’une manière convenable et énergique ; l’appétit est presque nul ; il y a habituellement du dégoût , de la soif, un sentiment de fatigue , d’agitation générale, et jusqu’à ce que l’économie se soit habituée aux influences locales , il en résultera une faiblesse musculaire ou locomotrice et un surcroît d’irritabilité dans les organes digestifs et cérébraux , qui les dispose à devenir malades. Ajoutez à cette prédisposition acquise des excès de table pour vaincre cette inappétence et cette inertie morale qui devient si pénible ; ajoutez les contrastes frappants entre la chaleur du jour et la fraîcheur de la nuit , qui tendent à paralyser l’activité des fonctions cutanées et à augmenter dans les mêmes proportions l’irritabilité gastrique; ajoutez enfin l'influence des vapeurs humides et des émanations délétères qui descendent sous forme de rosées adondantes depuis six à sept heures du soir , et vous concevrez facilement les attaques de fièvres intermittentes pernicieuses auxquelles notre voyageur sera exposé.

L’action des effluves marécageux se fait ordinairement sentir dans les lieux mêmes où ils se dégagent et sur les personnes qui ont l’imprudence de s’y exposer, ou qui sont conduites par leurs travaux habituels à en recevoir de temps à autre la funeste influence. D’autres fois ils exercent au loin cette influence par le moyen de certains vents qui, balayant la surface des marais, emportent avec eux une quantité plus ou moins considérable d’émanations délétères. Lancisi rapporte que trente individus;* se promenant vers l’embouchure du Tibre, reçurent par ua coup de vent les effluves provenant de marais lointains , et furent tous attaqués de fièvre intermittente , à l’exception d’un seul.

Ce n’est qu’à l’aide des vents qu’on peut concevoir l’endémie 1 des fièvres intermittentes dans certains lieux élevés , où l’on ne

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