‹ Monographie des irritations intermittentes ou traité théorique et pratique des maladies périodiques ... et ... de tout ce qui offre de l'intermittence ou de la périodicité en pathologieChapitre 52 sur 79 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DES SYMPTOMES DE LA FIÈVRE INTERMITTENTE ET RÉMIT¬ TENTE, ET DE l’analyse DE CES SYMPTOMES.

ARTICLE PREMIER

DES SYMPTOMES

L’invasion de la fièvre intermittente, comme celle de toute autre fièvre ou de toute autre affection aiguë, est souvent précédée, pendant quelques jours, de malaise, de faiblesse et d’engourdissement général, d’inappétence, de céphalalgie, de quelques frissonnements passagers, etc.; mais il n’y a rien de constant dans le développement de ces phénomènes précurseurs. Il n’est pas rare que le premier accès d’une fièvre intermittente se développe tout-à-coup sous l’influence de quelques unes des causes que nous avons indiquées ; ou s’il y a quelques prodromes, ils sont tellement variables par leur forme et leur durée, qu’il est difficile de rien préciser à cet égard.

Au lieu de copier dans les livres ou de rassembler arbitrairement un groupe de symptômes auquel on reconnaisse la maladie appelée fièvre intermittente, nous nous contenterons de présenter le tableau d’un accès fébrile tracé d’après nature en 1818, à l’hospice clinique de la Charité, sous les yeux de M. Leroux, alors doyen de la Faculté de médecine de Paris ; voici le fait :

No464. Un sous-officier, âgé de trente-neuf ans, d’une constitution forte et sanguine, ayant quitté depuis peu de temps le service

militaire , était attaqué depuis un mois d’une fièvre intermittente qui se présenta d’abord sous le type tierce , et qui passa ensuite au type quarte ; c’est ce dernier type qu’avait la fièvre lorsque le malade fut reçu dans les salles de clinique de la Charité. Pendant les deux jours d’apyrexie, toutes les fonctions s’exécutaient comme en parfaite santé. Le jour de fièvre , me trouvant de garde à l’hospice comme élève interne , je restai auprès du malade pendant toute la durée de l’accès , et voici ce que j’observai : à une heure, les prodromes de l’accès commencèrent à se manifester ; le malade se plaignait d’un malaise général , de dégoût, d’envies de vomir, d’une bouche mauvaise, et d’une céphalalgie fiontale assez intense; le pouls était régulier , plutôt lent que fréquent. Un quart d’heure après, les frissons commencèrent à se faire sentir dans le dos et les extrémités supérieures ; il survint un peu de toux et de gêne dans la respiration ; des bâillements assez fréquents se firent remarquer, et furent suivis de mouvements d’extension et de rétraction plus ou moins violents dans les membres. Outre les symptômes gastriques indiqués, une douleur assez marquée se faisait sentir dans la partie supérieure de la région épigastrique, au-dessous de l’appendice xyphoïde.

A deux heures moins un quart, frissons déjà très sensibles dans tout le corps ; sentiment de froid très grand; pouls petit, irrégulier , ne battant que cinquante fois par minute ; céphalalgie plus intense. A deux heures , redoublement des frissons , espèce de fredonnement des lèvres et craquement des dents lorsque les mâchoires se correspondent. La peau est sèche , resserrée ; les membres thoraciques et abdominaux sont froids , les pieds glacés. Après quelques minutes , l’intensité du froid diminue, les frissons sont moins sensibles ; le pouls , toujours petit, bat cinquante-quatre fois par minute. '

A deux heures un quart , la chaleur commence à s’établir à l’extérieur du corps ; notre main , portée sur la poitrine et sur l’abdomen, éprouve une chaleur manifeste, mais qui, contre l’ordinaire , n’est nullement sentie par le malade. Il n’y a plus de tremblements , mais ils reviennent aussitôt que le malade veut se remuer dans son lit. A deux heures et demie , il est assez tranquille ; le pouls est plus plein, plus frequent ; le trouble des fonctions digestives est moins marqué ; la langue est humide ; il y a un peu de soif; la céphalalgie est encore très sensible ; la

DES SYMPTOMES

douleur dans la région sus-épigastrique a disparu. La chaleur augmente de plus en plus ; à trois heures moins un quart , elle est non seulement très remarquable au toucher , mais elle est brûlante pour le malade lui-même qui la sent se propager au loin de la face et de la poitrine où elle a commencé.

A trois heures, le pouls bat déjà soixante-quinze fois ; la soif est très vive. Après avoir bu , le malade se lève pour épancher de l’eau. Ses urines sont rouges et troubles. En se remettant au lit , il est repris par quelques frissons assez marqués , mais de courte durée. Quelques douleurs assez fortes se font sentir passagèrement dans les genoux. La soif continue à être vive et presque inextinguible. A trois heures et demie, la chaleur est très forte et répandue par tout le corps ; le malade sent son front et ses joues se couvrir de feu. Le pouls conserve encore un peu d’irrégularité et devient toujours plus fréquent; il bat quatrcvingt-cinq fois par minute. La chaleur continue sans moiteur ni sueur jusqu’à cinq heures ; alors la première se fait sentir, et à six heures la sueur s’établit ; de nombreuses gouttelettes se forment, se réunissent, et coulent par tout le corps, principalement sur la face , la poitrine , etc. A huit heures , le malade est baigné de sueur , ainsi que son linge dont il change ; la céphalalgie est plus intense ; l’anorexie continue, la soif est toujours très grande. Il continue de suer si abondamment, qu’on est obligé de changer une seconde fois le linge qui l’enveloppe. La nuit se passe presque sans sommeil et dans un état de fatigue, de chaleur et de moiteur, qui dure jusqu’à six heures du matin , époque à laquelle le malade est complètement débarrassé et ressent déjà de l’appétit.

Je ne m’arrêterai pas sur le reste de l’observation. On attend’t plusieurs jours avant d’administrer le quinquina, quoique l’apyrexie fût parfaite ; les accès furent toujours à peu près semblables au précédent. Enfin l’on prescrivit quinze grains d’ipécacuanlia et un grain d’émétique , puis six gros de quinquina à prendre immédiatement après l’action du vomitif. On continua la même dose de quinquina le second jour d’apyrexie^ et le lendemain il ii’y eut point d’accès. On administra encore pendant plusieurs jours l’écorce du Pérou, dont on diminua graduellement la dose, et le malade sortit de l’hopilal parfaitement guéri.

L’accès fébrile dont nous venons de faire la description est un des plus tranchés que nous ayons observés ; il se rapproche

beaucoup du groupe de symptômes qui caractérise en général la fièvre intermittente d’après tous les auteurs. Mais il s’en faut bien cjue cette fièvre présente constamment toutes les mêmes particularités que nous avons signalées ; il s’en faut bien surtout que les phénomènes fébriles suivent toujours une marche aussi régulière , et qu’ils forment trois périodes aussi distinctes que dans l’exemple précédent. Iljy a sous ce rapport presque autant de variétés qu’il y a de sujets différents qui en sont attaqués. Dans plusieurs autres exemples de fièvre intermittente que nous avons observés dans le même hospice , le trouble des fonctions digestives était tantôt plus, tantôt moins marqué, que dans l’observation précédente , qu’on peut rapprocher néanmoins du groupe de symptômes appelé fièvre intermittente bilieuse ; les périodes de froid et de chaleur étaient également plus ou moins longues j celle des sueurs fut rarement aussi prolongée. Enfin, quelque caractérisé que soit l’accès d’intermittente quarte dont il s’agit, et quoique ceux de beaucoup d’autres fièvres tierces et quotidiennes, puissent s’en rapprocher par l’ensemble de leurs symptômes , néanmoins ce n’est là qu’une individualité de forme qui n:^ suffît point pour représenter des milliers de physionomies d’intermittentes fébriles gastriques et gastro-entériques ; physionomies cjui peuvent varier depuis la fièvre éphémère occasionnée par un simple embarras gastrique , jusqu’à la fièvre aiguë et maligne qui accompagne le choléra le plus meurtrier. Nous aurions pu former un tableau composé de tous les symptômes plus ou moins remarquables ciu’on trouve dans les épidémies de fièvres intermittentes et rémittentes ; mais un pareil tableau eûLété idéal, surchargé de couleurs , et nuisible en ce qu’il eût induit en erreur sur le véritable aspect sous lectuel se présente ordinairement la fièvre intermittente. Ces sortes de tableaux dans lesquels on s’efforce de grouper dans un même cadre toutes les nuances de forme que peuvent présenter les fièvres d’accès , sont toujours vicieux en ce qu’ils prêtent à l’arbitraire; ils sont faux, parce qu’ils ne représentent exactement ni des individualités de forme qui soient ordinaires à la fièvre intermittente, ni un ensemble de formes c[ui puisse convenir à toutes , parce qu’il n’existe pas dans la nature.

La description que nous avons faite d’un accès de fièvre quarte, jointe aux observations particulières que nous avons rapportées ci-devant , suffira pour en donner une idée générale ; quant

DES SYMPTOMES

aux spécialités de forme relatives à certaines dispositions individuelles , à certaines constitutions atmosphériques , comme les fièvres intermittentes et rémittentes , inflammatoire et putride , muqueuse et adynamique, nerveuse et ataxique, nous ne pouvons les faire connaître qu’en rappelant les principaux traits des épidémies où elles se sont présentées. Dans plusieurs de ces épidémies, les symptômes gastriques furent encore bien plus prononcés que dans l’exemple précédent, telle est celle de rémittente bilieuse, décrite par Tissot, dont nous avons déjà parlé, et dans laquelle ce praticien distingué s’étonne de voir coïncider si souvent V aspect de la putridité avec la diathèse inflammatoire.

Une épidémie meurtrière de fièvres intermittentes a été observée en Allemagne et en Hollande par Frédéric Dekker. Elle se déclara vers la fin du mois d’août 1691 , après un été extrêmement chaud , sans pluie , et durant lequel les eaux , surtout en Hollande , étaient devenues fétides et corrompues. La fièvre débutait par un léger accès de froid et de chaud , douleur gravative à la tête et dans tout le corps , soif inextinguible , nausées , vomissement de matières bilieuses et pituiteuses, anxiétés précordiales, respiration courte , difficile ; larmoiement, refroidissement des extrémités; pouls petit, serré, intermittent; sueurs froides, urines d’abord naturelles, puis rouges, troubles et sédimenteuses. Tous ces symptômes allaient si vite en augmentant, qu’au deuxième et troisième accès les vomissements étaient déjà plus pénibles et plus frécjuents ; on voyait apparaître des aphthes dans la bouche , et se développer des mouvements spasmodic{ues ou con\ ulsifs ; quelquefois on voyait survenir tous les symptômes du choléra ou d’une grave dysenterie.

Dans les épidémies de rémittentes et intermittentes fébriles observées par Lancisi à Pvome en 1695, par Lanzoni à Ferrare en 1728, il y avait presque toujours des symptômes nerveux et ataxiques assez prononcés ; elles présentaient ordinairement les symptômes suivants : couleur ictérique du visage, inappétence , céphalalgie gravative , frisson sévère , suivi de chaleur et de soif, vomituritions de matières bilieuses et muqueuses, mêlées assez souvent de petits vers ; sueurs profuses ; inquiétudes vives ; langue jaune , brune et aride; ventre élevé, tendu, douloureux; déjections bilieuses , parfois sanguinolentes et très fétides; pouls petit , inégal ; lipothymies fréquentes ; taches livides sur la peau ; face cadavérique; membres froids et agités de mouvements com

2o4 fièvres INIERIMITTENTES ET RE MIXTE VI ES.’*

vulsifs , délire ou état soporeux ; urines aqueuses ; sueurs glaciales ; mort du septième au neuvième jour. Lancisi rapporte encore qu’en 1705 les eaux des citernes ayant été corrompues par l’infiltration dans les terres d’eaux dans lesquelles on axait fait rouir le chanvre , ou qui entraînaient le fumier et les immondices qu’on laissait amonceler dans les rues d’Orvietto , il survint toutà-coup un grand nombre de fièvres intermittentes , d’abord assez simples, avec frisson, chaleur et sueur. Les premiers accès étaient accompagnés de vomissements bilieux ou de diarrhée , de douleurs de tête et des reins ; cardialgie, tension des hypocondres; la chaleur et les sueurs diminuaient à chaque accès , de telle sorte qu’au troisième ou au quatrième accès les malades restaient comme glacés, et la fièvre constituait une pernicieuse lypirique ou algide.

I L'épidémie de 1719, observée par Kocker , en Belgique , se manifesta après un hiver et un printemps doux et humides, suivis d’un été extraordinairement chaud et sec. Les premiers accès fébriles étaient assez légers, et l’apyrexie complète; mais après trois ou quatre récidives , la fièvre prenait le type double-tierce avec les symptômes suivants : couleur pâle ou ictérique de la face, tuméfaction de l’abdomen, langue sale, soif, nausées, oppression ; vomissement de matières jaunes , vertes , amères ou acides ; urines troubles et écumeuses; souvent diarrhée ou dysenterie; défection absolue des forces ; aphthes plus ou moins nombreux, et qui étaient un signe mortel chez les vieillards. Quelquefois la fièvre se déclarait sous la forme d’un violent choléra qui se terminait promptement et se renouvelait de même.

Dans l’épidémie de fièvres muqueuses quotidiennes et doubletierces qui régna à Marbourg , de 1725 à 1727, les accès , caractérisés par le frisson, la chaleur et la moiteur, étaient remarquables par de fréquentes nausées, par des vomissements de mucosités, par la diarrhée et des douleurs de ventre presque continuelles. Les malades étaient pâles et d’une faiblesse extrême ; ils étaient pris de vertige aussitôt qu’ils voulaient se mettre sur leur séant. Arnold , qui en a tracé l’histoire , observe qu’il suffisait de la moindre erreur de régime pour faire dégénérer cette fièvre en inflammation et en sphacèle de V estomac.

En Provence, surtout dans le village de Grimaud où régnent habituellement des fièvres intermittentes , il survint en 1748, selon le rapport de Darluc, une épidémie de fièvres à redouble-

DES SYMPTÔMES. 2o5

inents quotidiens , avec céphalalgie , chaleur Acre à la peau , pouls fréquent et élevé , pesanteur à l’estomac, langue blanche et visqueuse, puis sale et épaisse; aphonie, délire comateux, grincement des dents , trismus de la mâchoire inférieure , etc.

On a tracé plusieurs épidémies de fièvres intermiitentes et rémittentes vermineuses dans lesquelles les symptômes gastrocnlériques et encéphaliques sont très prononcés. Joyeuse , à Toulon, en a observé pendant plusieurs années consécutives, dont les redoublements périodiques étaient marqués par la céphalalgie , l’accablement , l’inquiétude , le délire , bouche pâteuse, langue aride , douleurs vagues dans l’abdomen , diarrhée avec ténesme , urines jumenteuses, mouvements convulsifs, hoquet, éruption miliaire et une excrétion énorme de vers. Dans la rémittente vermineuse, la forme d’irritation gastro-entérique est ordinairement muqueuse , c’est-à-dire que l’irritation prédomine dans les follicules et dans le système lymphatico-sécrétoire ; de là une abondante sécrétion de mucosités à la surface interne du canal digestif. Ces mucosités , jointes à un surcroît de chaleur, semblent favoriser la génération des vers , car dans presque toutes les fièvres de ce genre on a observé celte complication vermineuse. Rœdérer etWagler, dans l’épidémie de Gœttingue , signalent cette complication et la tendance qu’a la fièvre muqueuse continue et rémittente à dégénérer en vraie putride. Ces auteurs reconnaissent une grande analogie entre la maladie muqueuse qu’ils décrivent et la fièvre intermittente en général. Parmi les symptômes les plus constants de l’épidémie dont il s’agit , se trouvent les suivants : goût dépravé, amertume de la bouche, vomissements et déjections de matières muqueuses et bilieuses , langue couverte de mucosités , jaune à sa base, rouge à sa pointe et sur ses bords ; papilles fongueuses , .rouges , proéminentes à travers la matière blanchâtre ou séro-albumineuse qui semble tapisser la langue et toute la membrane interne des voies digestives; on voit se développer des excoriations dans l’intérieur de la bouche ; les gencives se couvrent d’aphthes douloureux , etc.

Ramazzini a observé à Modène , en 1790, des fièvres intermittentes d’abord tierces , puis double-tierces , et qui par la répétition des accès passaient à la continuité avec des exacerbations vespertines. Ces redoublements fébriles étaient marqués par le vomissement, l’anxiété, la céphalalgie, les vertiges, la stupidité chez quelques malades; d’autres présentaient même de véritables

2oG fièvres intermittentes et rémittentes.

aliénations mentales , et presque tous une grande prostration de forces, et menace d’asphyxie durant la nuit. Les hypocondres étaient durs et tendus ; les évacuations indiquaient la présence des vers intestinaux. Malgré la violence des symptômes durant l’accès ou le paroxysme fébrile , les malades redevenaient le lendemain dans un état de rémission si satisfaisant, que l’appétit se faisait promptement sentir. Dans cette épidémie , on aurait pu appeler la fièvre intermittente et rémittente ataxique ou ataxo-adynamique,

La fièvre rémittente bilieuse , qui fut épidémique à Ferrières, dans le Loiret, en 1806 , présentait les symptômes suivants : frissons d’une heure , vomissements de bile verte, puis douleur, tension de la région épigastrique et des hypocondres avec sentiment d’une douleur vive et mordicante; peau et conjonctive jaunâtres; pouls vif, petit , parfois plein et mou ; langue couverte d’un enduit jaunâtre et limoneux; ventre plutôt constipé que relâché; urines rouges et ardentes; agitation, insomnie. Dès le septième jour, cette fièvre dégénérait en putride ou maligne. Les épistaxis étaient favorables, ainsi que la diarrhée qui survenait vers la fia et qui pjarfois servait de crise.

Voici la description que fait James Johnson de la fièvre intermittente ou rémittente endémique dans les plaines du Bengalej: frissons, douleur et tiraillement de l’estomac, envies de vomir, anxiété précordiale , céphalalgie intense, grand abattement d’esprit, parfois syncope subite, qui est suivi de mouvements spontanés des mains à la tête et à l’épigastre où se font sentir de vives douleurs ; langue sale , vomissements d’une grande quantité de matières bilieuses; chez les sujets jeunes et forts, explosion d’un délire violent, démence; pouls petit, accéléré; soif vive. Douze à quatorze heures après l’invasion de l’accès , les sueurs s’établissent et sont suivies d’une rémittence plus ou moins marquée ; celle-ci est ordinairement courte , accompagnée encore d’une grande faiblesse et de douleurs à l’estomac. Puis les symptômes reparaissent avec une intensité qui va en augmentant , au point que la rémission disparaît ; le pouls devient petit, irrégulier , la langue noire et fuligineuse , le vomissement toujours plus violent. La mort arrive d’ordinaire du troisième au septième accès; quelquefois elle retarde jusqu’au quinzième ou vingtième paroxysme. Les malades succombent avec une teinte jaunâtre , et après avoir vomi des matières noires , semblables à du marc de café.

DES SYMPTOMES

Dans l’épidémie de fièvres intermittentes observée par le professeur Bakker en Hollande, et surtout à Groningue, en 1826, les accès étaient en général caractérisés par un frisson de peu de durée, souvent accompagné de vomissements bilieux ; la langue, d’abord blanche et couverte d’un enduit muqueux , devenait rouge , sèche et noirâtre ; céphalalgie frontale plus ou moins intense; symptômes apoplectiques, comateux ou délirants ; douleurs vagues dans le dos et les membres , surtout aux extrémités thoraciques ; sensibilité fréquente de la région du foie ; pouls fréquent , légèrement tendu et présentant un caractère particulier ; sueurs abondantes, souvent partielles et bornées à la tête ou au tronc ; urines épaisses, briquetées et rendues avec peine; aphthes remarquables sur la langue , dans la gorge, et annoncées par une vive douleur à l’œsophage et à l’estomac ; diarrhée ou dysenterie ; peau sèche, souvent couverte d’éruptions diverses autour des malléoles. Beaucoup de malades succombaient assez promptement, et quand la fièvre se prolongeait , elle était suivie d’hydropisie , d’une grande débilité au physique , et d’une torpeur extrême au moral.

Les fièvres intermittentes et rémittentes endémiques , sur plusieurs points de la Sardaigne, présentent, d’après le docteur Moris , les symptômes suivants : douleurs sourdes dans les membres, céphalalgie, soif, langue d’un rouge vif et embrasé sur toute son étendue ou seulement à sa pointe et sur ses bords, couverte de mucosités à son centre, ensuite sèche et fuligineuse ; sentiment de plénitude et de tension dans la région épigastrique, où la moindre pression développe de la douleur ; ventre météorisé , coüstipaiion ou dévoiement, selles mucoso-bilieuses ; peau sèche et chaude ; pouls petit et fréquent ; délire ou stupeur, abattement et insensibilité plus ou moins prononcés.

Le nombre des épidémies de fièvres intermittentes et rémit-* tentes qui ont été décrites jusqu’à ce jour est déjà si considérable, que nous n’avons eu que l’embarras du choix, et que nous n’en finirions pas si nous voulions exposer toutes les variétés que ces fièvres peuvent offrir, parce que la nature est aussi inépuisable dans les nuances de forme des maladies , que dans celles des physionomies individuelles. Nous avons pensé qu’il fallait avoir recours aux épidémies de fièvres intermittentes et rémittentes pour y trouver des groupes de symptômes plus assortis, plus propres à nous fournir les couleurs des plus grands

2o8 FIEVRES INTERMITTENTES ET REMITTENTES.

tableaux, c’est-à-dire des nuances ou des espèces les plus importantes , les plus graves de ces fièvres , telles que les bilieuses putrides, les muqueuses ataxiques et vermineuses. Pour les nuances les plus légères , comme il est assez facile à chaque médecin <le les rencontrer dans sa pratique, nous nous sommes contenté d’en rapporter quelques exemples sous les nos 442, 443, 444, 445, 446, 447, 448 et 449.

Mais quelque nombreux, quelque variés que soient les groupes de symptômes auxquels on reconnaît en général la fièvre intermittente et rémittente, la source d’où émanent ces symptômes «’en est pas moins uniforme ou à peu près la même dans la grande majorité des cas, c’est-à-dire qu’ils dépendent le plus souvent d’une irritation inflammatoire et subinflammatoire de la muqueuse digestive, comme nous le verrons par l’analyse des symptômes dont il s’agit.

ARTICLE II

ANALYSE DES SYMPTOMES

Ce sont les symptômes les plus ordinaires , les plus constants dans les fièvres d’accès, ceux que tous les auteurs reconnaissent leur appartenir , que nous devons examiner: nous nous arrêterons spécialement aux phénomènes qui caractérisent la première période de l’accès, parce que c’est durant cette période que l’irritation est plus vive , plus intense , et fait courir le plus de danger aux malades. Les symptômes qui distinguent les deux dernières périodes ne sont guère que la suite ou la conséquence des premiers; loin d’être, comme ceux-ci , perturbateurs des fonctions organiques, ceux-là sont ordinairement des phénomènes de réaction et de solution, qui annoncent le rétablissement de l’ordre , la tendance à un équilibre plus ou moins parfait. S’il en est quelques uns qui prennent de l’accroissement avec la période de chaleur, ce ne sont que des symptômes généraux ou sympathiques ; ils sont , comme la chaleur de la peau , une suite de la réaction vitale qui commence à se faire sentir au loin , qui , des viscères gastriques semble refluer vers le cœur pour accélérer et développer le pouls, sur les poumons pour rendre la respiration plus fréquente , au cerveau pour convertir l’engourdissement passager des fonctions intellectuelles en activité nouvelle. Quelquefois la stimulation ou la congestion portée à l’encéphale, pendant la période dont il s’agit, est poussée trop loin; de là une

ANALYSE DES SYMPTOMES

céphalalgie plus sensible et mêlée parfois d’inquiétude, d’agitation, et même de délire. Mais , en général , dès que la chaleur gagne les parties externes du tronc et des membres , à mesure que toute la surface cutanée devient rouge etchaude, puis humide et baignée de sueurs, presque toujours on voit disparaître tous les effets locaux et généraux de la congestion viscérale , et le calme , la régularité , se rétablir dans l’exercice des principales fonctions.

Les symptômes qui caractérisent tout accès de fièvre intermittente sont de deux sortes ; locaux et généraux ou sympathiques. Les premiers, bien qu’ils soient parfois très peu apparents et plus difficiles à constater, ne sont pas moins très importants, parce qu’ils nous donnent la mesure de la lésion primitive dont l’influence se répand au loin, et dé\eloppe plus ou moins rapidement tous les autres phénomènes sympathiques ou fébriles. Les symptômes locaux sont l’inappétence, le dégoût , les envies de vomir et les vomissements; un sentiment de gêne et de plénitude, parfois de chaleur et de douleur dans la région épigastrique ; une langue blanche ou jaunâtre à son centre , rouge à sa pointe et sur ses bords; soif plus ou moins vive; teinte rouge ou jaunâtre de la conjonctive (l),etc. Parmi les symptômes généraux, les plus constants sont la céphalalgie , une espèce d’engourdissement des fonctions cérébrales, les bâillements , les pandiculations et les douleurs des membres , un sentiment de faiblesse et de malaise général; pouls concentré, irrégulier , plutôt lent que fréquent; sensation de froid qui , des extrémités et du dos , se répand sur toute la surface du corps avec frisson, tremblements; peau sèche, décolorée , âpre au toucher; urines d’abord abondantes et claires, ensuite épjaisses et briquetées , etc.

La plupart de ces phénomènes sympathiques et tous les symptômes locaux dont nous venons de parler , ne sont-ils pas à peu près ceux d’un embarras gastrique , d’une fièvre bilieuse ou méningo-gastrique ? Ne représentent-ils pas , par leur ensemble et la spécialité du trouble des fonctions digestives , une nuance très marquée d’irritation gastrique ou gastro-entérique? Faut-il absolument en faire une maladie à part, sut generis, ou une névrose

(1) Nous appeïons tous ces symptômes locaux, parce qu’ils se développent sur le prolongement de la même membrane , qui , de l’estomac , va tapisser toutes les parties dont il s’agit.

210 FIEVRES INTERMITTEINTES ET REMITTENTES,

périodique , parce qu’il y a des frissons et un malaise général un peu plus prononcés, quelques bâillements et pandiculations, en un mot, parce qu’on observe quelques phénomènes particuliers presque toujours accessoires et foit secondaires? Quel est le médecin de bonne foi qui , portant l’analyse dans les symptômes dont nous venons de parler, ne sera pas conduit à reconnaître une irritation de la muqueuse digestive ! N’est-ce pas cette irritation périodique qui appelle à l’intérieur le sang et les humeurs qui se trouvent en moins dans les autres parties du corps, d’après le principe nhi stimulus , ibi fluxiis? N’est-ce pas d’un semblable reflux , ou d’une concentration passagère des fluides sur un ou plusieurs organes, que résulte le frisson qui caractérise l’invasion de toute maladie aiguë? Peut-on douter ici que cette concentration ait lieu sur les organes digestifs, puisque, de tous les phénomènes qui caractérisent un accès de fièvre intermittente, les symptômes gastriques sont les plus marqués et les plus constants? W. Bard , praticien distingué de Beaune, dit qu’en 1827 presque toutes les fièvres intermittentes, qui furent très fréquentes depuis le milieu de l’été jusqu’à la fin de l’automne, étaient toutes caractérisées par des symptômes locaux si fortement prononcés qu’on aurait pu croire d’abord à l’existence d’une véritable gastrite, d’une entérite, d’une méningite, etc. L’on était, ajoute-t-il, d’autant plus disposé à penser que l’état fébrile n’était que l’expression de ce genre de lésion, que les paroxysmes affectaient souvent , dans le principe , un aspect continu , rémittent. Il y eut en général une grande prédominance de l’irritation gastro-duodénale sur toutes les autres (1). On dit (MM, ChomeletFizeau) qu’ily a des exemples de fièvre intermittente dans lesquels on n’observe le trouble d’aucune fonction en particulier, et qui constituent des fièvres simples ou essentielles ! Mais ces exemples , s’ils ne sont pas encore à trouver, par leur rareté du moins ont échappé à la connaissance de beaucoup d’observateurs anciens et modernes; ils peuvent donc être considérés comme des exceptions qui n’infirment point la règle générale; car quelle règle existe sans exceptions ! et si cet axiome est vrai , n’est-ce pas en médecine surtout qu’on peut en faire l’application ?

Les symptômes, qui font le sujet de notre analyse, existent constamment à un degré plus ou moins marqué , et sont vraiment

(1) Bibliothèque médicale de 1829.

ANALYSE DES SYMPTOMES

caractéristiques de la fièvre intermittente ordinaire , puisque tous les auteurs les indiquent en première ligne dans la description qu’ils nous en donnent , et puisque ceux-Là mêmes qui font jouer un très grand rôle au système nerveux dans la production de cette fièvre , comme Cullen par exemple , ne font presque mention que des symptômes gastriques (1). Dans la description que donnent Boerhaave et Stoll d’un accès de fièvre intermittente en général , on trouve l’anxiété , les nausées , les vomissements, une soif très grande , etc., c’est-à-dire constamment des symptômes gastriques assez marqués.Nous répondrons d’ailleurs avec Pinel à ceux qui veulent de prétendues fièvres intermittentes simples et sans aucuns symptômes nerveux, inflammatoires, gastriques, muqueux, etc. , et ne présentant que le frisson, la chaleur et la sueur, qu'ils se font illusion , et qiCils donnent une existence réelle à ce qui n'est quune idée abstraite et générale, Tsul doute , ajoute ce professeur, que les fièvres intermittentes , après une longue durée, ne perdent les signes de leur nature primitive. Mais doit-on , pour reconnaître la véritable nature des objets, ne les considérer que quand ils sont dégénérés ou qu’il n’en reste que des vestiges (2) ?

On sait aussi qu’il y a des exemples de fièvre intermittente dans lesquels les symptômes gastriques sont peu prononcés , surtout durant les premiers accès; pour s’en convaincre il suffit d’observer celte fièvre chez les individus d’une constitution lymphatique, nullement irritable , dont l’estomac est habitué à ce genre de souffrance , comme chez l’habitant des pays marécageux. Dans ce cas , cet organe^décèlera à peine son mode d’irritation périodique par quelques symptômes locaux ; les phénomènes sympathiques seront également peu prononcés ; il n’y aura ni soif, ni rougeur de la langue, ni vomissements, ni douleur de la région

(1) « A l’approche de l’accès de froid , dit Cullen , le désir pour les aliments cesse l'our ne revenir que quand le paroxysme est dissipé , ou que la sueur a coulé quelque temps. 11 y a , en général, pendant tout te paroxysme, non seulement défaut d’appétit , mais aversion pour tous les aliments solides , et I)arli(*uliérement pour tes nourritures animales. Il survient fréquemment un malaise et une nausée qui augmententjusqu’à produire le vomissement d’une matière qui est en grande partie bilieuse : ce vomissement met communément fin à l’accès du froid , et amène celui du chaud. A mesure que ce dernier augmente , la nausée et le vomissement diminuent; et , en général, ils cessent entièrement lorsque la sueur reparaît. {Eléments de médec. prat , t. I, p. 80.)

(2) Nosographie philosophique, t. i.

épigastrique ; la salivation sera seulement augmentée ; la langue blanche et muqueuse, le goût dépravé , l’appétit nul; il y aura ries nausées, des crachements fréquents de matière visqueuse; quelques borborygmes , des selles en diarrhée avec ou sans coliques , ni épreintesi quelconques; mais enfin tant légère, si peu inflammatoire qu’on la suppose , l’irritation toujours existe, et toujours attaque de préférence la muqueuse digestive dans les cas dont il s’agit; voilà ce qui est exactement vrai ; voilà ce qu’on lie peut révoquer en doute sans préjugé ou mauvaise foi. Nous venons de préciser des cas dans lesquels l’irritation des organes digestifs est obtuse, chronique, ou à son minimum d’intensité ; ne pourrions-nous pas également rappeler ceux où elle arrive à son maximum f où elle atteint son plus haut degré d’acuité et de violence , comme dans la plupart des épidémies de fièvres intermittentes et rémittentes, observées à Rome et à Orvietto par Lancisi, à Ferrare, par Lanzoni, en Belgique et en lïollande par Kocker et Bakker, dans le Bengale par Johnson, à Modène par Kamazzini, en Sardaigne par Moris , etc. Alors des gastro-entérites, des gastro-hépatites, des gastro-céphalltes se présenteront à nous sous les formes les plus violentes et les plus meurtrières, comme le prouvent les extraits que nous avons donnés précédemment des épidémies dont il s’agit.

Dans l’énumération des symptômes de fièvre intermittente, que nous avons faite pour les soumettre à l’analyse physiologique, nous avons dû nous tenir dans un juste milieu , afin que nos réflexions pussent s’appliquer à la très grande majorité des cas. Voilà pourquoi nous n’avons indiqué que des symptômes gastriques et gastrc-entériques très modérés ; mais, tout modérés qu’ils soient, encore restent-ils significatifs aux yeux de l’observateur. La dépravation du goût, la soif ardente , l’aspect d’un rouge vif ou d’un blanc mat de la langue , qui devient ensuite brune et noirâtre; une bouche tantôt sèche , tantôt couverte d’aphthes et de mucosités , une teinte rouge ou jaunâtre delà conjonctive, etc., ne font-ils pas présumer que cet état de la membrane muqueuse qu’on voit à l’extérieur, n’est qu’une représentation de ce qui se passe là où elle va tapisser la surface interne de l’estomac et des intestins?

N’est-ce pas sur cette observation qu’est fondée l’investigation attentive qu’on a coutume de faire de l’embouchure supérieure du canal digestif? N’est-ce pas d’après l’observation et l’expé-

ANALYSE DES SYMPTOMES

rience que l’état de la bouche, de la langue et des yeux , a été de tout temps regardé comme une représentation assez fidèle de ce qui se passe à l’intérieur? La couleur rouge de la langue et des yeux n’était-elle pas regardée par Hippocrate lui-même comme un signe de lésion abdominale? Oculorum rubor in febrenatus diutixrnam ventris molesliam dénotât (1). Et peut-il rester le moindre doute sur la souffrance de l’estomac quand à cet état de la bouche et des yeux se joignent la soif, les nausées , les vomissements, tantôt une douleur locale , tantôt un sentiment de chaleur, de plénitude et de tension dans les régions épigastrique et hypocondriaque? Peut-on douter que la partie inférieure du canal digestif prenne part à cette irritation quand il survient des coliques, des borborygmes et du dévoiement? Il n’est pas rare que l’irritation , en se prolongeant le long de ce canal , n’abandonne peu à peu ou plus ou moins rapidement la partie supérieure pour gagner quelques points très irritables et très disposés à la fixer , comme l’extrémité inférieure des intestins grêles et en particulier de l’iléon. Si elle se porte tout-à-coup sur les gros intestins pour occasionner la diarrhée , elle peut devenir un moyen révulsif dont la nature profite pour la guérison des malades ; de là ces fréquentes et heureuses crises de fièvres intermittentes et rémittentes, opérées par la diarrhée et le dévoiement, d’après l’observation de Sydenham, de Pringle, de Huxham, de Lind, de Grant, de Tissot, etc. Qu’arrive-t-il alors? Les humoristes modernes diront-ils , comme les galénistes , que c’est la matière morbifique qui s’en va par les selles , et dont l’évacuation amène ainsi la guérison ? ou bien reconnaîtront-ils une irritation secondaire de la partie inférieure du canal digestif, qui en remplace une autre plus grave , en raison des fonctions plus importantes et des relations sympathiques plus étendues de l’estomac? Cette irritation secondaire devient une crise d’autant plus prompte et plus avantageuse quelle est souvent purement sécrétoire, et quelle amène sans douleur un dégorgement plus ou moins rapide du sang et des humeurs qui avaient afflué sur la muqueuse gastro-intestinale.

Passons maintenant aux phénomènes généraux ou sympathiques qu’on observe ordinairement durant les accès de la fièvre intermittente, (;pmme la céphalalgie, l’engourdissement ou le trouble

(1) Opéra med.coac., 40.

214 FIEVRES INTERIMITTENTES ET REMITTENTES.

des fonctions intellectuelles et sensitives > le malaise général , les lassitudes, les pandiculations, les douleurs dans le dos, dans les membres et les articulations; la petitesse et l'irrégularité du pouls, la difficulté de respirer, etc. Or, tout médecin ne sait-il pas que ces symptômes dépendent de l’influence sympathique qu’exerce sur le cerveau et la moelle épinière, sur le cœur elles poumons, etc., la muqueuse digestive irritée, enflammée ? Les bons observateurs ont de tout temps reconnu les relations étroites et continuelles qu’entretient avec tout l’organisme l’estomac sain , et à plus forte raison quand il est malade. Voici comment s’exprime Hoffmann à cet égard : NuUapars est in corpore quæ tam conspicuam , ac intimam, cum omnibus corporis locis etorganis harmoniam ac sympalhiam alat quam ipse ventriculus ; adeô ut, si ulla pars quæ exquisitœ sensationis est , etiam lo7}gius dissita ,prœter naturam afficiatur atque moveatur , statim etiain stoînachus inde luat , compatiatur et vice versa. C’est ce grand observateur qui le premier a reconnu que les sentiments de courbature, de lassitude et de malaise général, que les douleurs dans les membres, les pandiculations, etc., provenaient de l’influence symphathique de l’estomac sur la moelle épinière.

Voici un passage de Médicus qui confirme ce que nous venons de dire : « L’estomac et les intestins sont-ils vivement affectés, on voit le philosophe cesser de penser , l’homme le plus fin devenir stupide , le plus courageux un lâche , le plus joyeux sombre et taciturne ; la vue la plus perçante s’obscurcit ; l’homme le plus éloquent a la langue glacée , l’ouïe la plus fine devient dure , la beauté la plus attrayante est flétrie. Autant cette influence du canal digestif sur les autres organes diversifie ses effets salutaires dans l’état de santé , autant elle les varie désavantageusement dans l’état morbide. On ne sera donc pas étonné que tant de maladies , et surtout les périodiques, dérivent de l’état altéré de l’estomac et des intestins (1). »

c( De tous les temps , dit Bordeu , les médecins cliniques sont convenus que l’estomac et les viscères circonvoisins sont les organes les plus féconds en maladies. Il y en a peu en effet où l’estomac ne joue pas au moins le second rôle, et dans lesquelles il ne devienne bientôt principal acteur, à cause de la correspondance qu'il a avec toutes les parties, correspondance qui est

(1) Traité des maladies périodiques.

ANALYSE DES SYMPTOMES

prouvée par une foule de faits. Non seulement les orj^anes de la digestion produisent des changements très remarquables dans l’action du cœur ; mais on peut tenir pour certain qu’ils en produisent aussi dans toutes les autres parties qui empruntent de ces organes plus ou moins de leur force et de leurs mouvements (2). »

Les autres symptômes indiqués, tels que les frissons, les tremblements, le sentiment de froid qui se répand des extrémités à toute la surface du corps , dépendent évidemment du jeflux du sang de l’extérieur à l’intérieur , du squelette dans les viscères. Ce qui le prouve c’est la soif plus ou moins vive , le sentiment d’ardeur et de chaleur que les malades ressentent principalement dans la région épigastrique ; c’est le refroidissement et la décoloration de la peau ; c’est la rougeur , la chaleur , la sécheresse des membranes muqueuses , surtout gastrique , comme le prouve l’état de la bouche et de la langue. Le refiux du prétendu fluide nerveux, auquel des médecins veulent faire jouer un si grand rôle dans le développement de la fièvre intermittente, pourrait-il ainsi décolorer la peau, rougir et échauffer l’intérieur? N’est-il pas prouvé aujourd’hui que la source principale de chaleur émane du sang ; que plus il se porte avec force vers un point , et plus son mouvement capillaire y est rapide , plus aussi la chaleur qui s’y développe est considérable ? Le reflux du sang à l’intérieur étant donc admis ( et on ne peut le contester ) , ce fluide doit se répandre dans les viscères suivant les mêmes proportions qu’il s’y distribue dans l’état sain; car, si les lois qui régissent le corps en santé ne nous apprenaient ce qui doit se passer encore dans l’état de maladie, il n’y aurait rien ou presque rien de certain en médecine. Or, l’on sait que ce sont les membranes muqueuses , que ce sont les parenchymes qui reçoivent le plus de sang dans l’état sain ; c’est donc sur ces organes que le sang , abstraction faite des causes, doit être porté en plus grande quantité durant le frisson de la fièvre intermittente. Ce sont ces organes , et en particulier la muqueuse digestive , qui, selon l’expression de Senac , en sont alors comme obstrués. Si maintenant on veut tenir compte de l’action des causes que nous avons vues se porter spécialement sur la muqueuse digestive , on ne sera plus surpris que les symptômes caractéristiques de la fièvre intermittente indi^

(1) OEuvns complètes, t.n.

2i6 fjèvres intermittentes et rémittentes.

quent une irritation inflammatoire ou subinflammatoire de celte membrane. Cette irritation est toujours produite de la même manière , quelle que soit la cause du reflux ou de la congestion du sang à l’intérieur, qu’il y arrive en quelque sorte expulsé de l’extérieur du corps par l’application de corps froids , des linges mouillés par'une averse , par un refroidissement quelconque, ou qu’il y soit appelé par la stimulation déterminée sur la muqueuse digestive par des substances irritantes , solides , liquides ou gazeuses, par desaliments etdes boissons pris en Iropgrande quantité ou de mauvaise qualité , et surtout par l'influence des effluves marécageux ou de gaz putrides et délétères quelconques. Senac , malgré sa théorie hypothétique sur les fièvres intermittentes, avait pourtant admis comme un fait positif que l’estomac était irrité par le sang qui s’accumulait dans cet organe pendant la période de froid d’un accès fébrile. In stomachi regione tune ( inperiodo frigoris ) exurgunt spasmi qui ex sanguinis stagnatione et irritatione decluci dehent (1). « Dans le frisson fébrile , dit M. Alard , comme pendant l’action d’un froid extérieur très intense , non seulement le sang et les humeurs , mais encore la chaleur et la sensibilité sont chassés de la peau et très violemment portés sur les membranes muqueuses ; ce qui établit dans ces dernières un état de pléthore , de surexcitation, de phlogose même, qu’on reconnaît à plusieurs signes non équivoques, ainsi qu’à des altérations organiques encore plus certaines (2).

Quant aux frissons, aux bâillements, aux pandiculations, à l’engourdissementdes fonctions intellectuelles, etc., ne les voyonsnous pas se développer assez souvent, mais à un moindre degré, dans l’état de santé? D’où nous paraissent-ils dépendre alors, et quand les observons-nous ordinairement? N’est-ce pas quand on s’est trop long-temps livré à des travaux intellectuels, quand les fonctions de relation ont été trop vivement et trop long-temps exercées , ou bien quand les fonctions digestives sont livrées à une action pénible et trop souvent répétée? Car il est prouvé que ces deux ordres de fonctions ne peuvent s’exercer en même temps avec avantage , ni présenter à la fois un développement de forces considérable. L’activité des premières , par exemple, semble exclure celle des secondes, et vice versa. Quand l’économie distribue inégalement ses forces et son activité , il faut nécessairement

(1) Op. cit., p. 30.

(2) Du siège et de la nature des maladies, t. ii.

ANALYSE DES SYMPTOMES

que des organes et des fonctions aient en plus ce qui est en moins dans les autres. En effet , nous avons des bâillements , des pandiculations dans l’état de santé, lorsque l’action, l’énergie est en moins du côté des fonctions de relation ; lorsque nous ne pouvons nous livrer à des travaux intellectuels, ni même corporels , quand une lassitude générale nous empêche de rien entreprendre , quand nous avons besoin de repos et de sommeil. On est sujet à des bâillements , à des pandiculations quand on souffre à écouter quelque chose qu’on ne comprend pas ou qui déplaît ; nous éprouvons ces phénomènes et une inaptitude très marquée aux: travaux intellectuels, quelquefois même de légers frissons, après nos repas, surtout lorsqu’ils ont été copieux ou plus substantiels que de coutume ; nous avons aussi des frissons , et parfois do légers tremblements, à la suite d’affections vives de l’ame, comme la crainte, la terreur, la colère. Dans tous ces cas, on. éprouve presque toujours un sentiment de gêne et de malaise vers la région épigastrique ; toutes ces impressions pénibles sont portées au centre nerveux des ganglions (plexus solaire) qui réagit aussitôt sur la muqueuse digestive. C’est ainsi que cette membrane , véritable sens interne qui nous avertit de nos besoins nutritifs et où vont retentir toutes nos émotions vives de plaisir ou de peine , se trouve dans beaucoup de circonstances irritée sympathiquement sans constituer un état morbide ; mais cet état ne tarde point à se développer si quelques causes plus énergiques ou plus matérielles viennent se joindre à celles dont il s’agit; il suffit alors de la moindre inégalité de régime, de quelques aliments pris en trop grande quantité ou avec dégoût, pour provoquer un embarras gastrique , une cardialgie , des vomissements pénibles et une irritation idiopathique plus ou moins intense. On sait d’ailleurs que le frisson par lequel commence tout accès de fièvre intermittente, caractérise également le début de toute fièvre aiguë continue. Un accès fébrile quelconque ne présente-t-il pas tous les phénomènes de la période d’invasion ou d’irritation de toute affection viscérale un peu importante? N’est-ce pas ce qui se passe au début d’une pneumonie,' dont personne n’imaginera de faire une névrose cérébro-spinale , parce qu’elle aura débuté par des frissons , des douleurs de tête , des courbatures et un sentiment général de fatigue et de brisement dans les membres , etc. Prenons pour exemple la première période du typhus de Hildebrand , période qu’il appelle lui-même inflamma-

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