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L’existence des névralgies intermittentes , comme celles des névralgies continues, si bien décrites par le professeur Chaussier (i), est établie sur des faits trop nombreux et trop évidents pour qu’on puisse la révoquer en doute. Comment se fait-il donc que M. Bnisseau puisse regarder comme futile et no?i fondée (2) notre division des irritations intermittentes? a Névrose, inflammation, subii'ifiammation, hémorrhagie, ne sont, dit-il, que des mots qui représentent non des maladies, mais des groupes de symptômes, effets de l’irritation. )) Sans doute l’irritation, à moins d’en faire un être imaginaire, ne peut être représentée à nos yeux que par des phénomènes qui indiquent le trouble des fonctions, et pour ainsi dire le cri de souffrance des organes malades ; et c’est l’ensemble de ces phénomènes que nous cherchons à exprimer par des mois qui indiquent autant que possible le siège et la nature des lésions organiques. Des faits matériels ne doiventils pas toujours être représentés par des signes qui tombent sous les sens et auxquels on puisse les reconnaître? D’ailleurs quel qroupe de symptômes y a-t-il quand la douleur seule se fait sentir? n’est-ce pas, au contraire, dans la plus simple nuance de l’irritation intermittente que consiste la névralgie qui se répète périodiquement un certain nombre de fois? Dans ce cas, il est vrai, la modification organique locale échappe souvent à notre investigation, et nous ne savons rien ou presque rien sur ce qui
se passe là où la douleur se fait sentir. Mais est-ce une raison pour effacer la névralgie d’un bon cadre nosologique? Ce que
(1) Table synoptique sur les névralyies.
(1) Journal universel des sciences médicales ^ t. xxiv.
EN GÉNÉRAL
nous disons de l’irritation nerveuse s’applique également aux irritations hémorrhagique et siibinflammatoire ; jamais une hémorrhagie ne sera confondue avec une inflammation ; jamais on ne parviendra à prouver qu’un œdème , une supersécrétion séreuse, oumucoso-albumineuse, commela bronchorrhée, certaines diarrhées, les hydropisies , la leucorrhée, etc., quel que soit !eur type continu ou intermittent , ne constituent pas des maladies particulières bien distinctes les unes des autres et qu’il est impossible de confondre avec l’inflammation. Enfin, il est reconnu que le système sanguin, que le système nerveux comme le système lymphatique , peuvent être primitivement et presque exclusivement affectés sous l’influence de causes particulières à chacun de ces systèmes, et chez les individus qui offrent une prédominance bien marquée de telle ou telle constitution organique. N’avons-nous pas ici la même certitude dans la division des maladies que le physiologiste dans la distinction des tempéraments sanguin, nerveux et lymphatique?
Lliî.
Il y a des maladies intermittentes dans lesquelles l’irritation nerveuse, l’irritation subinflammatoire, se troinent chacune en particulier tellement associées à l’irritation inflam.matoire quelles paraissent fondues avec celle-ci. Nous sommes loin de contester les faits où la distinction entre elles est difficile à établir : il peut arriver que leurs symptômes réciproques soient entremêlés de façon qu’on ait peine à décider lesquelles des subinfiammatoires, des névralgiques et des inflammatoires prédominent dans tel ou tel cas J mais cette difficulté n’existe-t elle pas pour le diagnostic d’un grand nombre d’autres maladies dont l’individualité n’est point contestée? toutes les affections ne s’enchaînent, ne se lient-elles pas les unes aux autres comme les différents tissus dans ia composition de l’organisme? Dans les divers tableaux de maladies continues et intermittentes qui s’offrent à nos yeux , il n’est pas rare d’y voir les couleurs se fondre et nécessiter le prisme de l’observateur attentif; il n’est pas rare qu’il y ait des nuances de symptômes plus ou moins fugitives et variables. Les couleurs pathognomoniques sont rarement si bien tranchées qu’il n’y ait t)esoin d’un tact exercé pour prononcer sur le siège et la nature de la lésion locale. N’est-ce pas là en effet que gît toute la difficulté de l’art médical? Cette difficulté , assez rare quand les ma-
ladîes sont arrivées à leur maximum ou à des degrés d’intensité plus ou moins élevés , s’offre au contraire bien souvent à leur début, et dans le cas où elles persistent à un faible degré, surtout si l’on n’a pas été témoin de ce qui a précédé. Alors en effet, les caractères propres d’une irritation inflammatoire , nerveuse , subinflammatoire, sont peu sensibles; ils s’effacent même à tel point qu’il est parfois fort difficile de les distinguer entre eux, à une époque où ces irritations diverses semblent toutes se rapprocher entre elles , et ne se faire remarquer que par un caractère commun, la surexcitation. Mais ce ne sont pas les maladies prises à leur minimum, c’est-à-dire à une époque où leurs caractères propres tendent à s’effacer, qui doivent nous servir de prototype pour les distinguer entre elles. Il faut bien prendre les faits tels que la nature nous les offre; et si, à trois ou quatre accès névralgiques bien tranchés qui ont eu lieu les jours précédents, s’ajoutent aujourd'hui ou demain, par exemple, une légère congestion sanguine , ou quekpie engorgement lymphatique , sera-ce une raison suffisante pour que la névralgie cesse d’êt! e une irritation nerveuse , pour]qu’clle soit à l’instant caractérisée inflammatoire ou subinfiammatoire , et vice vend ?
Celte difficulté dans le diagnostic de certaines irritations intermittentes est bien réelle , puisque les uns regardent comme inflammatoire telle affection que nous avons placée au rang des intermittentes nerveuses, tandis que d’autres regardent comme nerveuse telle autre maladie rangée par nous avec les intermittentes inflammatoires. Cette difficulté aurait disparu, du moins en apparence , si nous ne nous étions arrêtés qu’aux faits les plus tranchés des unes et des autres espèces d’irritations intermittentes; mais nous n’avons point voulu passer sous silence cette fusion de couleurs et de caractères , dont le vrai praticien est instruit et dont il aurait pu nous demander compte. Nous n’avons point voulu dissimuler les faits qui semblent peu favorables à la doctrine physiologique : ces faits d’ailleurs sont assez rares pour ne former que des exceptions. Il nous semble donc qu’on peut établir d’une manière générale que les symptômes caractéristiques des irritations intermittentes, hémorrhagiques, nerveuses, inflammatoires et lymphatiques, diffèrent peu ou point de ceux à l’aide desquels on distingue ces mêmes affections sous
EN GÉNÉRAL
le type continu. Le diagnostic n’est ni plus ni moins difficile dans les premières que dans les secondes ; dans les unes comme dans les autres , nos moyens d’investigation sont absolument les mêmes pour distinguer les organes affectés et reconnaître la nature de leur affection.
' Le pronostic des irritations intermittentes n’est point en général fâcheux ; il est moins grave , toutes choses égales d’ailleurg, que celui des irritations continues. Jamais l’organisation d’un tissu qui ne souffre que pendant quelques heures, et qui revient par intervalles à son état normal , n’est attaqué aussi profondément que quand il souffre long-temps et sans interruption ; cependant , chez les individus très irritables , on conçoit qu’une irritation superficielle, mais très vive, très aiguë, surtout dans? un organe important, puisse causer des accidents graves et même la mort. Le pronostic des maladies périodiques , comme celui des continues , varie donc suivant les organes qu’elles affectent,, suivant la nature et l’intensité de leurs lésions, suivant les phénomènes sympathiques nerveux , fébriles, gastriques , qui accompagnent cette lésion locale : ainsi , nul doute que les irritations intermittentes siégeant à l’extérieur ne soient en gé^ néral bien moins graves que celles qui se développent dans les viscères. Parmi ces dernières , les affections périodiques qui attaquent le cerveau, les poumons, l’estomac, sont bien plus' dangereuses que celles qui se fixent sur les autres organes ; relativement à leur nature , les irritations hémorrhagiques et subinflammatoires sont en général moins à craindre que les intermittentes nerveuses , et celles-ci beaucoup moins à redouter que les intermittentes inflammatoires. Toutefois, il peut arriver que des affections périodiques nerveuses et subinflammaloires soient aussi graves et même plus promptement mortelles que les inflammations elles-mêmes , comme dans le tétanos , dans les hyperdiacrisies arachnitique et pleurétique par exemple; enfin , le pronostic des maladies périodiques en général est d’autant plus favorable qu’elles présentent un intervalle plus long entre leurs accès. Il est au contraire d’autant plus funeste que cet intervalle est plus court, que leurs accès sont plus longs , que leur type devient rémittent , subintrant, et se rapproche davantage du type continu.
jf Quant au traitement des irritations intermittentes , l’art les maîtrise en frénéral avec plus de facilité et de promptitude que les affections continues. L’expérience a prouvé que le quinquina ou le sulfate de quinine , administré convenablement durant l’intervalle des accès , peut guérir la plupart des affections intermittentes , quels que soient leur siège , leur nature et leur type d’intermittence. L’efficacité de ce médicament contre une irritation intermittente quelconque, est d’autant plus marquée que son type est plus régulier, et présente une intermittence plus parfaite ; elle est d’autant moindre ou plus incertaine que le type de cette irritation est plus variable et plus rapproché de la continuité. D’autres moyens thérapeutiques, adaptés à la nature de l’irritation , et qu’on emploie particulièrement durant les accès , comme les émissions sanguines locales et générales , les applications émollientes, réfrigérantes, narcotiques, le régime , les boissons délayantes , calmantes , relâchantes ; les stimulations évacuantes et sécrétoires sur la muqueuse digestive , les révulsifs externes, etc. ; tous ces différents moyens peuvent être nécessaires, suivant les cas, soit employés conjointement avec le quinquina, soit administrés avant l’usage de ce dernier remède pour en préparer ou mieux assurer l’efficacité. Ces moyens , qu’on peut appeler rationnels parce qu’ils sont dirigés contre l’irritation elle-même , suffisent assez souvent pour amener la guérison des malades ; et , chose remarquable ! la guérison , dans ce dernier cas , est en général plus complète et plus sûre, puisque les rechutes sont moins k craindre : c’est là un fait que l’expérience a constaté , surtout dans les lieux où les affections intermittentes sont endémiques. N'est-ce pas là un trait de lumière qui tend à faire voir qu’il ne faut jamais trop compter sur les remèdes empiriques, qu’il faut y avoir recours
avec réserve , et qu’on finira peut-être par y renoncer quand on aura perfectionné les méthodes rationnelles de traitement ?
Après ces considérations générales, qui s’appliquent indistinctement à toutes les maladies périodiques , nous allons traiter à part chacune des quatre espèces d’irritations intermittentes que nous avons admises , et présenter les faits qui prouvent leur existence , soit à l’extérieur, soit à l’intérieur du corps. L’ex¬
position de ces faits , les conclusions théoriques et pratiques qui en découlent naturellement, serviront d’appui et de déve-
EN GENERAL
loppemciu à toutes les propositions que nous venons d’établir.
Persuadé que pour être méthodique il faut , autant que possible , procéder du connu à l’inconnu, de ce qui est évident et palpable à ce qui l’est peu ou point , nous allons d’abord rapporter des observations qui nous montrent dans les membres et à la surface du corps des irritations intermittentes inflammatoires , hémorrhagiques, subinflammatoires et nerveuses. Après avoir étudié ces irritations dans des lieux où il est facile de s’assurer par la vue et le toucher de tous les symptômes qui les caractérisent , on pourra plus facilement concevoir ce qui se passe dans les cas , bien plus nombreux encore , où ces mêmes affections attaquent les viscères , et dans lesquels on n’a plus à leur égard des moyens aussi sûrs d’investigation.
C’est après avoir étudié à l’extérieur du corps les irritations intermittentes bornées à des symptômes locaux ; c’est après les avoir vues , tantôt exister seules ou déduites à ces derniers symptômes , tantôt développer des symptômes généraux ou fébriles proportionnés au surcroît d’activité et d’intensité de la lésion locale externe, qu’on pourra se faire une juste idée du phénomène de la fièvre joint à la circonstance de la périodicité. C’est après avoir vu ces irritations tantôt présenter ces deux particularités à la fois, tantôt les offrir isolément , tantôt exister sans elles , qu’on pourra se convaincre qu’il n’y a rien d’r55r/2tiel que l’irritation elle-même, et que l’irritation seule. Alors on ne fera plus de certaines affections intermittentes fébriles (fièvres intermittentes essentielles ), des maladies générales ou des êtres particuliers, sui generis, des entités pathologiques placées vaguement dans l’économie , et tout-à-fait en dehors des organes. Depuis que la physiologie n’est plus le roman de la médecine, la médecine doit aussi épurer son langage et se débarrasser de son romantisme ou de ses êtres imaginaires. L’action des causes, quelles qu’elles soient, en définitive, ne porte jamais que sur des organes ; c’est donc en eux qu’il faut chercher l’essentialité morbide et le point de départ des phénomènes généraux plus ou moins nombreux , plus ou moins variés , qui représentaient autrefois des a ffections vitales , des affections générales , ou de simples lésions de fonctions , en un mot , des fièvres essentielles. Il faut ■désormais que le certain l’emporte sur l’incertain, le connu sur Tinconnu. 11 est temps enfin que la médecine , qui par ses moyens thérapeutiques ne peut s’adresser qu’à des organes , devienne tout-à-fait organique et matérielle.