LIVRE PREMIER
inaiTATIONS INTERMITTENTES EXTERNES.
MALADIES PÉRIODIQUES. - FIEVRES LARVEES. - PYREXIES LI¬ MITEES, - FIÈVRES TOPIQUES, LOCALES, ETC., DES AUTEURS.
C’est ici qu’on nous a fait un devoir de placer le nom de Casimir Médicus ! Nous ferons mieux encore, nous donnerons un résumé complet et impartial du Traité des maladies périodiques sans fièvres , afin que chacun soit à même de juger ce que nous devons au médecin allemand. On voit d’abord, par le litre même de son livre, que Médicus ne s’occupe point des fièvres intermittentes; en effet, s’il en parle, ce n’est que comme objet de comparaison : c( Les deux circonstances de l’accès périodique et de l’absence de la fièvre , dit-il , sont le caractère essentiel de toutes les maladies que j’ai rassemblées dans cet ouvrage. »
Le traité des maladies périodiques, de format in-12, contient 372 pages, dont 200 environ sont consacrées à des histoires particulières ou plutôt à de nombreuses citations de maladies périodiques, puisque les plus détaillées de ces histoires, celles par exemple du phlegmon périodique de Barbette, de Dupuy de Bellegarde, de la toux intermittente deBidley, etc., que nous avons rapportées telles qu’ elles se trouvent dans l’ouvrage dontil s’agit, ont été jugées incomplètes et denulle valeur par quelques médecins.
Médicus divise toutes les maladies périodiques en cinq sections : (f Dans la première , dit-il, j’ai rangé celles qui affectent le corps en général ; dans la seconde , celles qui entreprennent la tête; dans la troisième, celles qui attaquent la poitrine; dans la quatrième , celles qui exercent leur violence au bas-ventre ; dans la cinquième enfin, celles qui attaquent les bras et les pieds. » La première section (maladies qui affectent le corps en général) comprend l’apoplexie, l’épilepsie, la léthargie, le tremblement, l'assoupissement, l’insomnie, la chorée, la folie, les défaillances, le froid, la chaleur, les sueurs, les éruptions, l’ictère, la lassitude , la paralysie et l’hydropisie.
Dans la deuxième section ( maladies périodiques de la tête ) se trouvent la céphalalgie, l’étourdissement, l’ophthalmie , la cécité, l’éternuement, l’épistaxis, le froid et la rougeur du nez, le coryza, l odontalgie , la mutité, le rire, l’hémorrhagie alvéo-
laire, la salivation , l’otalgie, la surdité, l’amnésie, le bâillement, la distorsion des traits et la luxation de la mâchoire.
La troisième section (maladies qui attaquent la poitrine) se compose de l’inflammation et enflure périodique du cou, de l’asthme, de la toux, de l’hémoptysie, de la pleurodynie, du crachement de pus, des chaleurs précordiales et des palpitations du cœur.
La quatrième classe ( affections périodiques du bas-ventre ) comprend la cardialgie, le hoquet, l’hématémèse, la boulimie, l’inappétence , la soif, l’adipsée , le vomissement , la diarrhée , la colique , les hémorroïdes , la néphralgie, la rétention d’urine, le diabètes, l’hématurie, la gonorrhée, le prurit de la vulve , l’avortement, l’hémorrhagie ombilicale , la tuméfaction avec battements de la région hépatique.
La dernière section ( maladies périodiques des mains et des pieds ) se compose d’ulcères à quelques parties de la main, d’hémorrhagies par le bout des doigts et des orteils , de la douleur , de l’érysipèle des bras , de la perclusion , des crampes du pied et de la jambe.
Après cette énumération de faits qui comprend les deux tiers environ de son ouvrage, Médicus définit ainsi les maladies périodiques : c( Une complication infinie de divers symptômes qui affectent désavantageusement le corps , mais qui s’accordent en ce qu’ils reparaissent sans fièvre, à des temps déterminés , persévèrent quelque temps, cessent, laissent des intervalles libres, pendant lesquels les malades ne sentent plus d’incommodités. » Puis il fait voir que les maladies périodiques ont une certaine affinité avec les fièvres d’accès. : parce qu’elles peuvent se manifester avec les fièvres intermittentes , et que celles-ci en ont reçu le nom de fièvres de mauvais caractère ou pernicieuses; 2o parce que l’une et l’autre espèce de maladies peuvent se remplacer réciproquement; 3» parce que les maladies périodiques, comme les fièvres d’accès , laissent des intervalles libres aux individus qui en sont affectés; 4^ parce que les unes et les autres rendent l’urine des malades très rouge et déposant un sédiment briqueté ; 5^ enfin , parce que la même méthode curative leur convient.
L’auteur expose à cet égard les sentiments de Morton, de Sydenham , de Van-Swiéten, de Sénac, deDehaen , de Stork, etc.; il passe ensuite aux signes caractéristiques des maladies pério-
diques , qui consitenl : 1*^ dans l’accès même ; 2» dans la récidive de l’accès ; 3^ dans les maladies régnantes ; 4° dans l'urine avec sédiment.
(( Les premières voies , ditMédicus , sont le siège des maladies périodiques; la plupart ont leur cause dans le bas-ventre, surtout l’estomac et le canal intestinal; c’est une proposition fondée sur l’expérience, et que je crois n’avoir pas besoin de prouver. )) En effet , il n’ajoute rien de plus à cet égard , et passe à J’énumération des causes qui sont : 1» l’irritabilité des premières voies devenue trop grande parce que la compacité du mucus nécessaire pour la liaison des parties solides se trouve plus faible ; c’est du degré de consistance ou de compacité de ce mucus que dépend , selon lui , la plus ou moins grande irritabilité de l’estomac et des intestins. Donc, si cette irritabilité devient plus grande qu’elle n’est dans l’état normal , il en résulte une maladie périodique : (( J’en appelle à l’expérience, dit-il; car nombre de maladies périodiques ne se guérissent que par des médicaments fortifiants, et surtout le quinquina. » La seconde cause des maladies périodiques , c’est la bile ; la troisième, la pituite; la quatrième , ce sont les indigestions ou les mauvaises digestions ; la cinquième, les vers.
L’auteur se fait ensuite les questions suivantes : « Comment ces causes peuvent-elles produire des maladies si différentes et si singulières? Pourquoi leur effet est-il tantôt une ophthalmie , une mutité et autres symptômes de nature périodique , telle que je suppose ici ces maladies? cc Sans chercher à discuter et à résoudre ces questions, il avoue simplement qu’il ne peut y répondre, non plus qu’à celles-ci : a Pourquoi la cause morbifique peut-elle résider si long-temps dansle corps , et sc faire si peu sentir qu’on ne peut en présumer l'exi^lenoe? Pourquoi cette cause morbide va-t-elle porter son action sur toute autre partie que celle où elle réside? » Ces questions nous semblent prouver 1® que Médicus croit, comme les anciens, à l’existence d’une matière morbifique qui sommeille et se cache pendant l’intermittence des accès périodiques ; 2® qu’il place cette cause ou cette matière morbifique constamment dans les premières voies , et que dès lors il ne conçoit pas comment cette cause se fait sentir ailleurs que dans cette région , ni comment elle peut déterminer une ophthalmie ou toute autre affection externe. Il essaie cependant de répondre ù cette dernière question, au moyen de la mutuelle correspon-
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dance des viscères digestifs avec tous les autres organes , et au moyen du transport de la matière morbifique ; c’est de cette correspondance et de ce transport que résulte , selon lui , toute espèce de douleur et de désordre qui peut survenir périodiquement dans un point quelconque du corps.
Enfin , l’auteur termine en posant les règles du traitement qu’il réduit à trois : 1® expulser de l’estomac et des intestins les impuretés nuisibles qui y résident ; 2» diminuer la trop grande irritabilité de ces parties , en leur rendant leur force naturelle ; 3» donner une libre issue au transport des matières nuisibles ^ quand il paraît y avoir métastase. 11 indique, pour remplir le premier but , les vomitifs , les purgatifs et les vermifuges ; pour atteindre le second, il prescrit les stomachiques , tels que l’écorce de citron ou d’orange , le poivre en grains, et surtout le quinquina ; la troisième indication s’obtient au moyen des révulsifs.
Médicus dans sa préface dit : « Je ne connais pas de médecin qui m’ait précédé dans cette carrière. On pourrait regarder comme mes prédécesseurs en ce genre, Morton, Senac^ Lautler , etc., qui ont fait quelques réflexions sur ces maladies, mais si on lit attentivement ce qu’ils ont dit de particulier , pour le comparer à mon travail, on verra qu’ils n’ont pas mis le pied dans cette carrière avant moi. » Or, si le médecin allemand n’a pas été devancé dans l’étude des maladies périodiques , son ouvrage doit, de tous points , nous servir de comparaison et représenter à cet égard l’état de la science jusqu’à l’époque de la doctrine physiologique ; puisqu’il n’existe aucun autre ouvrage spécialement consacré aux affections périodiques; et puisque, jusqu’à l’époque actuelle, il n’y en a point eu qui ait embrassé d’une manii re générale toutesles maladies intermittentes et rémittentes, avec fièvre ou sans fièvre. Mais serait-il possible que des écrivains français voulussent encore faire honneur à Médicus et à Reil de ce qui appartient à M. Broussais? C’est au lecteur impartial à juger si l’on peut, de bonne foi, revendiquer en faveur des étrangers les principes de la doctrine physiologique, et s’il est juste de faire sortir de l’Allemagne la théorie nouvelle et toute française des fièvres intermittentes et des maladies périodiques...
Il est vrai qu’on ne trouve presque rien, dans les écrits des anciens médecins , qui prouve qu’ils aient eu connaissance des maladies dont il s’agit; s’ils parlent de quelques affections qui
reviennent par accès, comme de l’épilepsie , des convulsions par exemple , ils ne rapportent pas d’exemples dans lesquels leurs accès se soient répétés à des époques fixes et ré(îulières. Mercatus paraît être un des premiers qui en fassent mention, ou du moins il est un des premiers galénistes qui , tout en faisant jouer un grand rôle à l’effervescence , à l’acreté , à la putridité des hu> meurs dans la production des fièvres intermittentes en général, donne pourtant quelque attention aux organes affectés ; il reconnaît la souffrance du cœur , de l’estomac , du foie , du cerveau dans diverses espèces de fièvres tierces pernicieuses (1). Mais c’est à Morton qu’était réservée la gloire de rassembler un certain nombre d’observations sur différentes espèces d’affections intermittentes ; c’est lui qui , le premier , a établi une bonne méthode de traitement, et qui a , en quelque sorte, posé les éléments de la pathologie relativement aux maladies périodiques. Comme les auteurs qui en ont parlé avant et après lui, Morton donne à ces maladies le nom de fièvres larvées ou déguisées. A part cette supposition d’une fièvre cachée ou d’un venin fébrile pour se rendre compte de l’intermittence , Morton fait preuve d’un praticien consommé , qui distingue très bien les symptômes inflammatoires des phénomènes nerveux dans l’application des moyens thérapeutiques. Presque toujours il a recours aux antiphlogistiques , surtout à la saignée , avant l’administration du quinquina. Si Medicus l’emporte en érudition et pour la théorie , nous croyons que Morton est , à son tour , supérieur comme observateur et comme praticien ; il a lui-même recueilli les trente exemples de fièvres larvées intermittentes, et les seize observations de fièvres larvées continentes ou rémittentes, qu’il rapporte dans ses œuvres de médecine , et avec assez de détails pour l’époque où il écrivait. Morton n’a point , comme Médicus , converti en maladie générale l’apoplexie ou la fièvre larvée soporeuse ; déjà, ce qui est très remarquable , il a su y reconnaître une inflammation de la pulpe cérébrale. Le médecin allemand est le premier qui ait donné uniquementle titre convenable de tnaladies périodiques aux affections dont il s’agit ; mais, soit que son ouvrage n’ait pas été connu et apprécié comme il le méritait , soit qu’il ne fût pas assez complet et traité de manière à porter la conviction sur la véritable
(1) Mercati opéra omnia medica, in folio;— De fehrium essentiâ^ causis et dignotione J 1620,
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nature des affections intermittentes locales et sans fièvres dont il s’occupe; quoi qu’il en soit, son Traité des maladies périodiques n’amena aucune réforme à cet égard ; et , depuis lui , on a continué à se servir des mots fièvres larvées, fièvres masquées , fièvres pernicieuses , et à consacrer les erreurs sur lesquelles étaient fondées ces dénominations.
On donna , dans le principe , aux affections intermittentes locales et sans fièvres , les noms de fièvres larvées , masquées ou déguisées, à cause de l’analogie qu’on crut remarquer entre elles et certains insectes qui éprouvent diverses métamorphoses ! Cette analogie prit sa source dans l’imagination des premiers observa^ teurs ou plutôt dans leur intime croyance, qu’il n’y avait jamais et qu’il ne pouvait y avoir intermittence sans fièvre; c’était pour les anciens un article de foi que l’être, appelé fièvre , devait constamment jouer le principal si ce n’est Tunique rôle dans une affection intermittente quelconque. Or, quand il leur advint d’en rencontrer sans fièvre, que firent ils? îls imaginèrent que la fièvre était cachée et quelle empruntait le masque de la maladie, périodique et locale, qui s’offrait à leurs regards , cjuels c|ue fussent d’ailleurs et la nature et le siège de cette maladie !
On conçoit facilement la cause d’une semblable croyance ou d’une telle erreur. Les irritations intermittentes viscérales avec fièvre ( fièvres intermittentes et rémittentes ordinaires ) , étant beaucoup plus fréquentes que les affections périodiques externes ( fièvres intermittentes larvées ) , durent les premières et presque seules fixer l’attention des médecins, surtout dans un temps où Ton était loin d’être aussi attentif, aussi scrupuleux qu’aujourd’hui dans l’investigation des maladies. On s’était h bitué à ne voir que des symptômes dans les fièvres intermittentes dites essentielles ; on s’était étudié à connaître ces symptômes , à les décrire avec soin , à les grouper pour en faire différentes espèces ou diverses entités pathologiques à part, sans jamais se rendre compte de ce qui pouvait en être la cause immédiate , ni de quelles fonctions ces symptômes indiquaient le trouble , ni par conséquent de quels organes ces fonctions troublées annonçaient la modification et la souffrance. On avait vu deux phénomènes principaux , la fièvre et \ intermittence ; on les avait laissé marcher pour savoir quand et comment ils se termineraient , quand ils reviendraient, etc; enfin, on avait fait l’histoire d’une classe particulière de maladies appelées fièvres intermittentes essentielles 1
Mais dans la suite, rintermitionce ou la périodieitc ayant été reconnue dans la marche de plusieurs affections externes sans se trouver jointe au phénomène de la fièvre , mais seulement aux symptômes d’une névralgie, d’une inflammation, d’une hémorrhagie; on ne put concevoir, dans la persuasion où l’on était resté qu’iniermittence était inséparable de fièvre ; on ne put concevoir , dis-je, que le type intermittent pût ainsi s’aventurer sans sa compagne ordinaire, et l’on soutint que cette compagne (la fièvre) existait sous une forme déguisée; de là cette ordre de fièvres larvées ou masquées. On imagina d’autant plus volontiers que la fièvre , quoique inaperçue, accompagnait toujours l’intermittence , que l’on voyait parfois des maladies périodiques , sans fièvre, devenir tout-à-coup fébriles, ou disparaître pour faire place à des fièvres intermittentes , et celles-ci être remplacées par celles-là.
Pour nous , il ne suffit pas d’élre à l’abri de cette erreur de nos devanciers , il faut encore que nous sachions en tirer parti, non seulement pour reconnaître l’analogie très grande qui existe entre les irritations intermittentes externes et celles qui ont leur siège dans les viscères, entre les maladies périodiques et les fièvre d’accès ; mais il faut encore que nous bannissions à jamais de la science desnoms qui consacrent des erreurs. Quand on voudrait absolument conserverie mot fièvre et donner aux affections dont il s’agit le nom d’un symptôme, celui qui leur conviendrait le mieux alors serait sans doute la dénomination de fèvre locale y qui leur a été donnée par Van SAvicten et Arloing, par la raison que la circulation du sang est souvent très accélérée dans le lieu Ciu’elies occupent. Mais cette fièAre locale n’existe pas toujours ; et quand elle survient, ce n’est pas mieux pour une irritation intermittente que pour une irritation continue ; par conséquent , appeler fièvre locale une irritation intermittente quelconque placée à l’extérieur, ce n’est point la faire connaître ou c’est en donner une idée vague, peu exacte, et c’est abuser encore du mot fièvre, dont ou a déjà tant abusé. Ou renoncera donc à la dénomination dont il s’agit.
Comme l'intermittence n’est plus aujourd’hui quelque chose de mystérieux, comme on ne croit plus qu’une fièvre intermittente puisse se transformer de mille manières , prendre toutes sortes déformés morbides , et se cacher à nos yeux, tantôt sous •le masque d’une inflammation, tantôt sous celui d’une hémor-
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rhagie, tantôt sous la forme d’une affection lymphatique , tantôt sous celle d’une affection nerveuse ; comme , à part un très petit nombre de médecins , on pense généralement aujourd’hui que chacune de ces affections ne porte que son [propre masque et qu’elle ne change point de nature lorsqu’elle prend le type intermittent; on laissera à chacune le nom quelle porte sous le type continu ; au lieu d’appeler, par exemple , une inflammation intermittente de la conjonctive et une hémorrhagie périodique delà muqueuse nasale, des fièvres larvées , et même, d’après quelques médecins, des fièvres intermittentes pernicieuses , ophthalrnique et hémorrhagiejue , on leur donnera simplement les noms d’ophthalmie et d’épistaxis, en ajoutant les épithètes consacrées pour indiquer leur type d’intermittence, telles c[iie tierce, quotidienne , quarte , etc.
Ce n’est pas sans raison que nous noos sommes arrêté a combattre les dénominations vicieuses de fièvres larvées, et les idées fausses qu’on s’en faisait autrefois , puisque certains écrivains, aujourd’hui encore, semblent s’efforcer de rajeunir ces vieilleries et de mettre en honneur les fièvres larvées , sans doute parce que l’on veut s’en servir à réédifier l’ancien système des fièvres intermittentes essentielles. En effet, depuis long-temps et nulle part il n’était plus question de fièvres larvées , pas même dans les grands Dictionnaires de médecine; aujourd’hui on leur consacre, dans la deuxième édition du Dictionnaire de médecine en 25 volumes^ 1838, un article qui n’existait point dans la première édition. C’est M. Littré qui vient remplir cette lacune et qui se charge de nous apprendre que, ce qui a fait donner aux fièvres larvées le nom qu’elles portent ordinairement, ce n’est pas qu’elles aient quelque chose de fébîüe; car, dans un très grand nombre de cas , aucun mouvement de pyrexie ne les accompagne ; mais c’est qu’elles ont une affinité réelle avec les fièvres intermittentes , affinité qui se cache sous une multitude d’apparences extraordinaires , mais cjui n’en reste pas moins au fond de toutes ces affections, et se manifeste surtout par l’influence du fébrifuge qui est aussi le remède par excellence des fièvres larvées... » puisque le fébrifuge les guérit ; donc la fièvre est cachée ou déguisée ! On va même comme Strack jusqu’à croire que non seulement toutes les maladies peuvent les fièvres intermittentes, mais
qu’il y a encore quelques unes de ces fièvres d’accès qui se cachent sous l’apparence de fièvres continues; et la preuve, c’est que le
quinquina conserve alors sur elles un pouvoir qu'il est loin d'avoir sur la véritable pyrexie continue. Enfin on nous apprend que les fièvres larvées pouvant se présenter sous une multitude d'apparences diverses , il est impossible d'en décrire la marche et d'en faire l'histoire. Valait il donc la peine de faire un article sur les fièvres larvées pour nous faire un pareil aveu? Mais revenons à f histoire de ces maladies, puisque nous ne la croyons pas impossible.
Les irritations intermittentes externes comprennent toutes celles qui se montrent dans les membres ou à la surface du corps, dans des lieux accessibles à nos sens, quelles que soient d’ailleurs les différences qu’on observe entre elles relativement à leur nature et aux divers tissus qu’elles affectent.
Nous commencerons par l’histoire des irritations périodiques inflammatoires , parce qu’elle est si importante que celle de toutes les autres semble s’y rattacher plus ou moins ; ces irritations sont d’ailleurs assez communes, quoique bien moins fréquentes que dans les viscères. Après les phle^rmasics externes, nous traiterons des affections intermittentes hémorrha{]iques , qui ne sont en quelque sorte qu’une modification ou une dépendance des premières; après elles nous nous occuperons des subiuflammaiions périodiques; puis nous terminerons cette première partie de notre ouvrage par les irritations intermittentes nerveuses.
Dans le classement des affections périodiques en internes et externes, nous avons été obligé parfois de faire abstraction des causes , parce qu’il n’est point rare que les agents provocateurs des maladies exercent leur influence à l’intérieur pour développer des affections intermittentes externes, comme ils agissent fréquemment à l’extérieur pour affecter périodiquement les ^ iscères.
Une autre difficulté , qui existe également dans les maladies continues, a dû se présenter ici; c’est la coexistence ou la complication de plusieurs lésions différentes , externes ou internes , chez le même individu. Supposons un cas d’irritation intermittente quelconque ; supposons que le fait ait été recueilli avec soin par un praticien recommandable, et qu’il mérite de trouver ici sa place ; mais qu’en faire? et quel rang lui assigner s’il s’agit, par exemple, d’un malade qui présente à la fois une affection goutteuse et une gastro-entérite sous type quotidien , ou bien d’un individu ayant à la fois une bronchite et une éruption cutanée , avec le type tierce ? Hé bien ! nous avons 'placé chacun de ces cas , tantôt au rang des irritations intermittentes externes , tantôt
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parmi les phlegmasies périodiques des viscères , selon que les symptômes chez l’un ou l’autre de ces malades nous ont paru mieux dessinés et plus apparents à l’extérieur ou à l’intérieur. Cette difficulté est si fréquente dans les maladies périodiques qu’il est impossible de l’éviter. Quand elle s’est présentée, nous ne l’avons tranchée qu’en marchant sur les traces de nos devanciers ; nous avons fait comme le professeur Pinel dans certains cas de goutte , de rhumatisme , de scarlatine , de rougeole , etc. , que le célèbre nosographe a placées au rang des phlegmasies externes , alors même qu’elles étaient accompagnées de plusieurs symptômes de gastro-entérite et d’angine. Peut-être dans quelques uns des faits dont il s’agit , notre illustre maître et professeur , M. Broussais, eut il assigné une autre place et rendu aux viscères ce qu’avec Pinel nous avons placé au rang des maladies externes cutanées et articulaires. Quoi qu’il en soit, nous avons fait un libre usage de notre conviction ; à elle seule appartient la responsabilité de nos erreurs. Nul doute que la goutte, l’érysipèle, la rougeole et beaucoup d’au très phlegmasies externes puissent se développer sous l’influence d’une affection concomitante des viscères, surtout gastriques; mais cela ne prouve pas que les premières soient toujours sous la dépendance de la seconde. D’ailleurs , dans l’un comme dans l’autre cas , ne peut-on pas en faire la description avec celle des affections périodiques externes, en faisant abstraction de la cause interne , sauf à donner à cette cause une Jattention convenable dans l’application des moyens thérapeutiques ?
Ce qu’il nous importe ici de constater par des faits avérés et bien positifs , c’est le retour périodique d’une phlegmasie externe, muqueuse, musculaire, cutanée, articulaire ou autre, qui , après avoir eu son commencement, son milieu et sa fin , ou ses diverses périodes d’existence , a disparu rapidement , pendant un certain temps, pour revenir encore; en un mot, c’est la périodicité d’une phlegmasie externe quelconque. Or , depuis quand a-t-on nié l’existence de ces sortes d’affections? Depuis quand s’est-on montré si difficile pour l’étiologie et le diagnostic de ces maladies? N’est-ce pas seulement depuis que la doctrine physiologique s’en est servie, pour achever la destruction de l’ancien édifice des fièvres essentielles, surtout intermittentes? Car celles-ci constituaient pour les essentialistes un dernier retranchement qu’ils croyaient inexpugnable ! Personne, qu’on sache.
ne s’est élevé contre Pinel, quand ce professeur a placé la goutte et le rhumatisme au rang des phlegmasies ; cependant la forme mobile et la marche souvent périodique de ces affections n’étaient-elles pas assez connues? Il ne paraît pas non plus qu’aucun antagoniste se soit jamais offert pour donner un démenti à Morton et à Medicus quand ces praticiens ont rapporté des exemples de phlegmasies périodiques. Chose remarquable I à peine nos adversaires aperçoivent-ils dans une phlegmasie intermittente externe des symptômes fébriles et gastriques , qu’ils sont très disposés à ne voir ici que la fièvre ou l’irritation gastrique, tandis que , dans la même fièvre, sous type continu, à peine s’ils veulent faire attention à cette irritation viscérale ou aux symptômes gastriques, alors même qu’ils sont très prononcés... Ah I si la bonne foi ne vient enfin présider aux importantes discussions médicales agitées depuis vingt ans, combien il est à craindre que la science ne soit arrêtée dans sa marche progressive et ne soit privée , du moins en partie, des progrès immenses qu’elle était appelée à en recueillir!
Si l’on trouve mal placés au rang des affections intermittentes externes, des rhumatismes dont les accès sont accompagnés de beaucoup de fièvre et des phlegmasies cutanées présentant des symptômes gastriques très prononcés ; si l’on nous accuse d’avoir pris , dans les cas dont il s’agit , des fièvres intermittentes inflammatoires et gastriques pour des phlegmasies intermittentes externes , nous ferons toutes les concessions qu’on voudra relativement à la cause de ces phlegmasies. Mais quand la rougeur, la chaleur, le gonflement et la douleur se présentent d’une manière accessible à nos sens pendant plusieurs heures, et puis disparaissent entièrement, pour revenir à des époques régulières, nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître une phlegmasie intermittente externe. Nous ne disons pas qu’elle existe seule, ni qu’elle soit toujours primitive ; mais, la fît-on dépendre toujours d'une fièvre essentielle gastrique ou autre (1), voulût-on la mettre constamment sous la dépendance d’une autre affection plus grave (2), toujours est-il incontestable que les symptômes de l’inflammation , dans les cas dont il s’agit, présentaient sous nos yeux une marche périodique.
tî) M. Bailly, Traité anatotmco paiholofjique des fièvres intermitUntes.
■{2) M. Dubois, Pathologie générale , t.
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JM. Bailly, dont l’opinion est partagée par M. Bayer, veut que toute maladie périodique, toute affection intermittente locale, soit entièrement subordonnée à Vétat du système nerveux abdominal ou à Vétat morbide de Vahdomen et des fonctions digestives. Mais qu’entend-on par ces états nerveux et morbides de l’abdomen et des fonctions digestives? Pourquoi se plaît-on à généraliser , à embrouiller ce qui serait clair , si , reconnaissant comme on le dit ailleurs, une grande vérité sentie et exprimée par Médicus , on disait franebement comme ce dernier que toute maladie périodique, quelle que soit sa nature et quel c{ue soit son siège à l’extérieur ou à l’intérieur, dépend toujours d’une affection abdominale y et le plus souvent d’une irritation des premières voie-. Nous aurions eu nous~même beaucoup de tendance à embrasser cette opinion, si des faits nombreux ne nous eussent forcé d’en adopter une autre plus exacte, parce qu’elle est basée sur la très grande majorité des faits , dont la plupart sont consignés depuis long-temps dans les annales de la science. Ce sont ces faits qui prouvent la vérité de cette proposition , savoir: qu’un grand nombre d’irritations intermittentes externes sont des affections purement locales, et qui constituent tantôt des névralgies et tantôt des subinflammations intermittentes , tantôt des hémorrhagies, et souvent des congestions sanguines ou des inflammations périodiques. Une autre vérité vient à l’appui de celle-ci : c’est la mobilité de certaines inflammations et leur développement plus ou moins rapide et successif dans des organes différents ou sur plusieurs parties de la surface du corps , contiguës ou éloignées les unes des autres. Ainsi, on a vu des érysipèles attaquer aujourd’hui le bras, se porter demain ou après-demain à la surface de la poitrine, dans deux ou trois jours atteindre le cou, la face, et abandonner entièrenîentles points primitivement affectés. M. Genest a observé chez une domestique, dont les règles s’étaient supprimées, une affection rhumatismale qui, des lom.bes où elle s’était d’abord portée, se répandit par tout le corps, puis elle parut se fixer sur les parois antérieures et latérales de l’abdomen; elle se porta des parois du ventre à celles de la poitrine ; elle disparut pendant deux jours pour revenir encore et commencer par l’abdomen (1). M. Ghomel dit que le rhumatisme articulaire est encore plus mobile que le rhumatisme musculaire ; celui-ci
(1) Gazette médicale, 183^2»
change quelquefois de place , celui-là presque toujours. Il est , dit ce praticien, de la nature du rhumatisme de disparaître toutà-coup du point qu’il avait primitivement envahi, de se porter ailleurs , puis de revenir à son premier siège. 11 n’a pas de durée plus déterminée que n’en a , par exemple, une urticaire qui vient, s’en va, et revient instantanément par suite de l’usage des moules (1). Enfin, il ne se passe guère d’années sans que les journaux de médecine ne rapportent des exemples de phlegmasies qui, tour à tour ou successivement, ont parcouru chez le même individu plusieurs organes différents, plusieurs parties contiguës ou séparées soit à l’extérieur, soit à l’intérieur du corps. Or, tous ces faits ne semblent-ils pas a^ oir une grande analogie entre eux? Ces inflammations mobiles et successives n’ont-elles pas une grande ressemblance avec les phlegmasies intermittentes? Il ne peut y avoir de différence que dans le changement de place et la moindre régularité des symptômes inflammatoires , et encore la circonstance du changement de place n’est-elle pas rare dans les phlegmasies intermittentes ; combien de fois les accès inflammatoires ne présentent-ils pas , à chaque retour , un siège différent ! Cela ne s’observe pas seulement dans les affections intermittentes de la peau, des tissus musculaires et fibroséreux des articulations, dont la mobilité a été de tout temps reconnue ; mais les phlegmasies périodiques des viscères en offrent aussi des exemples, comme nous le verrons.
cr Tous les phénomènes morbides intermittents décrits par les b auteurs sous le titre de fièvres rhumatismale, topique, lar- » vée, etc. , dit M. Jolly , sont autant de variétés de névralgies » dont il faut rechercher la cause dans les lésions vitales et ana- » tomiques, directes ou indirectes de l’élément nerveux de la » partie où elles se manifestent (2) I Peu de médecins sans doute penseront avec M. Jolly qu’un rhumatisme intermittent, fébrile ou non fébrile , qui présente dans un lieu déterminé de la douleur , du gonflement, de la chaleur, quelquefois de la rougeur , puisse être une névralgie , surtout quand il a son siège dans une articulation , dans des muscles où il n’y a point de filets nerveux particuliers à la souffrance desquels on puisse attribuer les phénomènes dont il s’agit. Aujourd’hui plus que
(1) Leçons de clinique médicale, t. ii.
(2) Mémoirts sur les névralgies. — Nouvelle bibliothèque médicale, 1828.
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jamais on se jette dans des distinctions subtiles qui tendent à embrouiller plutôt qu’à éclairer l’étiologie et le diagnostic des phénomènes morbides intermittents ; il faut donc bien s’y arrêter, non pour découvrir le fondement réel de ces distinctions , le plus souvent il n’y en a aucun; mais du moins pour entrevoir le but qu’on se propose quand on y a recours , et ce but est assez évident. Il y a long-temps que la division des maladies en vitales et organiques ou anatomiques a été faite et abandonnée. Libre est bien M. Jolly de la ravitailler et de l’arranger à sa façon : trouvera-t-on quelle en devienne plus lumineuse ou plus exacte? Nous ne le pensons pas. Les affections vitales embrassaient jadis le vaste domaine des fièvres essentielles et des névroses. Depuis lors on a localisé les fièvres continues , et pourtant ce n’est pas ordinairement dans les nerfs qu’on a trouvé les lésions anatomiques dont les phénomènes fébriles ne sont plus aujourd’hui que la dépendance. N’est-ce pas au contraire dans le système capillaire sanguin des viscères, et en particulier de la muqueuse digestive, qu’on a trouvé le plus souvent les lésions dont il s’agit? Cette question est aujourd’hui parfaitement résolue pour la grande majorité des médecins; cependant il y en a quelques uns pour qui elle est encore indécise, surtout appliquée aux fièvres larvées et intermittentes : M. Jolly est de ce nombre , et il veut la résoudre à Vaide d'une distinction y et en faisant jouer le plus grand rôle à Vêlement nerveux l Nous ne contestons ni la bonne foi, ni le talent de ce praticien : il défend aussi bien que possible une mauvaise cause ; mais ses arguments, privés comme ils le sont de l’autorité des faits , ne porteront jamais la conviction dans les esprits à une époque où l’on ne se paie plus guère de mots. Tout médecin sait bien que l’élément nerveux joue constamment un certain rôle dans une irritation quelconque ; mais cela ne l’empêche pas d’être inflammatoire quand le sang afflue dans une partie au point d’y provoquer la rougeur , le gonflement , la chaleur , ou la plupart des symptômes auxquels on reconnaît une inflammation ; cela ne l’empêche pas d’être hémorrhagique , quand les vaisseaux capillaires gorgés de sang lui livrent passage au dehors; d’être subinflammaloire quand les vaisseaux blancs sont particulièrement affectés; et enfin d’être nerveuse y de constituer une névralgie ou une névrose quand il y a seulement ou principalement lésion dans une partie limitée du système nerveux.
Mais pour fixer nos idées sur la théorie de M. Jolly et des partisans de la nervosité dans les maladies périodiques, prenons un fait , celui par exemple que nous rapportons sous le n'» 60 : nous choisissons ce fait de préférence parce que M. Jolly, chargé lui-méme d’en rendre compte à l’Alhénée de Médecine de Paris, dont il est secrétaire général (1), soutient dans son rapport qu’il faut appeler le rhumatisme périodique de M. Costa une myélite fébrile intermittente , parce que , selon lui , il ny a pas de doute que la périodicité fébrile ne soit due à une modification quelconque de l'appareil cérébro-spinal l Cependant M. (^osta, qui est lui-méme le sujet de cette observation , qui est comme M. Jolly un praticien exercé, n’a trouvé dans son affection , comme il le dit très positivement dans les réflexions qui en sont la suite , qu'une maladie tout-à-fait locale, externe, et résidant dans les muscles qui , pendant l’accès rhumatismal, étaient durs, contractés, incapables de mouvements . M. Costa (2) affirme quelle n’est point symptomatique d’une affection digestive et nerveuse quelconque ; il dit nettement que ce n'est point une 7iévrose , mais un rhumatisme. Or , lequel en pareil cas doit être meilleur juge et plus compétent pour reconnaître la vérité, de celui qui, médecin lui-même, a senti le mal, ou de celui qui ne fait que l’interpréter d’après une théorie quelconciue ; et la théorie dont il s’agit , nous le disons franchement, est hypothétique et erronée : hypothétique parce qu’elle n’invoque en sa faveur aucun fait évident et bien constaté , erronée parce quelle est en opposition avec nombre de faits dont on ne peut de bonne foi contester l’évidence et l’auihenticité. Certes, nous sommes loin de nier l’existence des myélites intermittentes, pas plus que celles de beaucoup d’autres affections nerveuses périodiques ; mais pourquoi se mettrait-on l’esprit à la torture pour transformer en myélite un rhumatisme musculaire externe? Pourquoi voudrait-on aujourd hui ne voir partout et toujours que des névroses, alors que les maladies offrent le type intermittent?
(1) Tout ccci a été écrit de 1830 à 1831, époque où nous avions annoncé la deuxième édition des Irritations intermittentes.
(2) M. Costa ajoute en note : « La preuve que ce n’était pas ià une névrose , mais bien un rhumatisme, c’est que j’ai vingt-neuf ans, que je suis fortement constitué , que mon père, ma mère et mon frère sont atteints d’affections arthritiques , et que ma maladie se développa après les grands froids de rhiver dernier. »
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II y a des médecins d’ailleurs fort instruits qui vont beaucoup plus loin que M. Jolly, relativement à l’hypothèse de la nervosité cérébro-spinale et ganglionnaire, soit relativement au rôle que joue l’élément ou le fluide nerveux dans les maladies en général : C’est ainsi que M. Gosse de Genève a publié en 1826 un ouvrage sur les Maladies rhumatoïdes, dont le litre, modeste en apparence , ne paraît indiquer qu’une monographie sur le rhumatisme. Lisez le livre ou voyez la table des matières , vous y trouverez toutes les maladies possibles , internes et externes , continues et intermittentes I Rhumatoïde ( composé de deux mots grecs qui veulent dire fluxion setnhiahle ) est , dit M. Gosse , un terme nouveau que j'ai été forcé de créer pour généraliser mes idées ! D’abord on concevra peu cette violence que s’est faite cà lui-même cet écrivain pour la création dont il s’agit... mais ce que personne ne pourra jamais imaginer, c’est que celte fluxion semblable soit toujours celle du fluide nerveux ! En effet , qui pourrait s’imaginer que les systèmes sanguin et lymphatique ne jouent plus qu'un rôle accessoire, secondaire , ou tout-à-fait nul dans les maladies en général ? Tel est pourtant le système de M. Gosse. L’épithète est synonyme de nerveux, seu¬
lement elle emporte avec elle l’idée d’uîie fluxion nerveuse. Ainsi, depuis l’érythème le plus léger jusqu’à la gastro-eatéudte, ou l’encéphalite la plus grave ; depuis la fièvre cpliémère, continue ou intermittente, jusqu’à la fièvre la plus pernicieuse ou le typhus le plus désastreux, toujours et partout il s’agit pour M. Gosse d’une fluxion locale ou générale du fluide nerveux cérébro-spinal et ganglionnaire ; il n’est pas jusqu’aux alfeclions glanduleuses les plus indolentes , au goitre par exemple , qui ne soit une maladie rhumato'ide ; oui , le goitre une fluxion nerveuse ! Pourra-t-on jamais pousser plus loin le système de la nervosité ?
Mais revenons aux auteurs plus judicieux et plus conséquents dans la théorie dont il s’agit , tels que MM. Joiiy, Guérin de Mamers, Dailly, Rayer et Bracliet.Ce n’est plus, comme M. Gosse, toute la pathologie qu’ils essayent d’exploiter au profit du système nerveux cérébro-spinal et ganglionnaire , c’est seulement dans les maladies périodiques , dans les fièvres larvées et intermittentes en général que les écrivains distingués dont il s’agit font jouer à ce système un rôle trop grand et trop exclusif, en transformant en névroses toutes ces dernières maladies. Nous
reviendrons sur cette question et sur celte tendance de quelques auteurs modernes , à ne voir dans toutes les fièvres et dans toutes les affections intermittentes en général, que des névroses cérébro-spinales et ganglionnaires périodiques. Autrefois, dans les névroses, on ne voyait que le défaut ou la perversion du sentiment et du mouvement sans lésion locale ; aujourd’hui on admet déjà cette lésion locale : c’est une concession de bon augure. Espérons qu’on parviendra à s’entendre , et qu’il n’y aura bientôt plus qu’une seule doctrine médicale française dont la théorie, fondée d une part sur la physiologie et l’anatomie pathologique, d’autre part embrassera l’observation et l’expérience de tous les temps.