PRINCIPAUX FAITS D ANATOMIE PATHOLOGIQUE
gauche qu’à droile La substance du cerveau avait une consistance ordinaire , lorsqu’on le coupait par tranches :les vaisseaux ouvertsfournirent une inr O nbrable quantité de gouttelettes rouges. Inflammation de quelques portions des intestins grêles et des gros intestins, (/rf., ibid.)
Fièvre intermittente pernicieuse,
N® 557. Louis Baquoni , Agé de dix-sept ans, vint à l’hépital le 17 août 1822 , et fui placé au no 27. Il fut traité pour une fièvre pernicieuse comateuse. Je ne le vis que le 26 août au malin. Son état était le suivant : décubitus sur le dos; il tient ses deux mains en l’air , et parait toucher à quelque chose qui n'existe pas. Peau sèche , chaude ; figure crispée , yeux caves , teint jaune , terreux ; pouls cent soixante-huit. Ventre douloureux sous la pression, délire Deux vésicatoires. Soir , coma vigil , carpologie persistante, sensibilité partout conservée ; mâchoires serrées fortement l’une contre l’autre. Difficulté d’étendre l’avant bras droit. Langue rouge, aride, couverte d’un enduit brun. Sensibilité de la peau de la poitrine exaltée, ventre douloureux sous la pression ; pouls dur , irrégulier , cent cinquante-quatre. 27 août matin , visage abattu , respiration haute; langue rouge, humide; sa connaissance paraît un peu revenue; pouls cent soixante-dix. Mort dans la matinée.
Ouverture. — Injection très vive de toute l’arachnoïde , un peu d’eau dans les ventricules ; consistance du cerveau et du cervelet ordinaire. Poumon droit sain , crépitant; poumon gauche recouvert sur toute la surface d’une couenne qui , à sa base et sur le diaphagme , avait un demi-pouce d’épaisseur ; toute cette cavité gauche était d’ailleurs remplie d’eau. La substance du poumon , surtout dans le lobe inférieur , était hépatisée , dure, rouge. Le péricarde était également enflammé , ainsi que la séreuse qui revêt le cœur; elle était couverte d’une fausse membrane récente , qui s’enlevait facilement avec le scalpel. L’estornac présenta des plaques enflammées très larges, surtout ver.s le pylore ; outre celles-ci , étaient d’autres plaques de la largeur d’une pièce de dix sous, d’un rouge vif, mais d’un aspect particulier; on aurait pu les comparer à des taches de rouille ou à un lichen ; et quand on les examinait avec la loupe, on voyait qu elles étaient formées par l’injection des plus petits vaisseaux invisibles à l’œil nu Les intestins grêles présentaient des portions d’une couleur rose vermeille , ainsi que les gros intestins : la presque lolalilé était blanche , transparente , et remplie de gaz. (Id., ibid.)
Fièvre intermittente pernicieuse convulsive délirante.
No 55S. Thomas Chioricci, âgé de cinquante-un ans, vint à l’hôpital le 18 juillet 1822 II avait un délire furieux. On le lia : son pouls était fort et vibrant , mais il fut impossible de compter le nombre des pulsations à cause des mouvements continuels des bras et du corps. Deux heures après il battait cent vingt-quatre. Avant-bras fléchis sur les bras, à angle aigu et très résistant aux efforts que l'on tentait de faire pour les étendre. Le malade témoi gnait de la douleur si on insistait Mâchoire inférieure fortement serrée contre la supérieure. Pour voir la langue il faut fermer les narines; elle est aride , tremblante , rouge , retirée au fond de la bouche. Muscles des lèvres dans un mouvement continuel. Peau sensible partout; cuisses et jambes dans un mouvement continuel ; région épigastrique douloureuse à la pression ; corps chaud et sec. Saignée de dix onces , lavement. Soir, même état. Dix sangsues derrière l’oreille, hains chauds aux pieds, lavement , sinapisme. Nuit un peu tranquille ; quelques selles. Le 19 matin, mouvements convulsifs moins fréquents; pulsations, cent vingt. Bras toujours fléchis , mâchoire toujours serrée. Boisson à la neige. Soir, Tetour de l’augmentation de tous les symptômes , pouls impossible à compter à raison des soubresauts
-sSo FIÈVRES lîSTERMITTENTES ET REMITTENTES,
•dles tendons. Saignée au pied , boissons à la neige. Après la saignée -, un peu i|)lus de calme ; dans la nuit, exacerbation. Mort à dix heures du malin.
OwnertMre.— Arachnoïde épaissie et d’un rouge brun : l’injeclion des vaisseaux était telle, qu’on distinguait les plus fines ramifications. A sa partie 5postérieurc était une fausse membrane intimement pénétrée de la couleur Touge du sang. L’arachnoïde du cervelet présentait les mêmes altérations. .‘Substance grise du cerveau d’un rouge foncé bien remarquable. Injection des v^tisseaux des corps striés. Dans la poitrine , anciennes adhérences des poumons, adhérence ancienne de toute la surface externe du cœur avec le péri- -carde. Le ventricule et l’oreillette droits plus dilatés qu’à l’ordinaire , ainsi ^uela courbure de l’aorte. Point de resserrement dans les ouvertures artérielles. Adhérences de l’épiploon avec le péritoine des parois antérieures du ventre. Rate plus volumineuse qu’à l’ordinaire, son tissu est en bouillie et à .moitié fluide ; elle adhérait, par toute sa surface convexe, au diaphragme. JL’estomac présentait des traces d’une inflammation ancienne; ses membra- <nes étaient plus épaisses qu’à l’ordinaire et d’une couleur brune. Les intestins étaient le siège d’uiie inflammation récente , les vaisseaux du mésentère étaient vivement injectés. [Id ., ihid.)
Fièvre intermittente pernicieuse gastrique.
No 559. Joseph Maoloni , âgé de soixante ans environ, vint à l’hôpital le 12 septembre 1822. Il était malade depuis cinq jours; ses réponses furent si ■confuses , qu’il fut impossible de savoir quel fut son état antérieur. Seulement il dit avoir vomi des matières amères, et qu’il était tourmenté par la ;Soif , des angoisses , et des douleurs à l’épigastre. Le 21 au soir , langue sèche , d’un rouge vif sur les bords ; constipation , nausées sans vomissements, ■chaleur naturelle aux extrémités , à la poitrine ; chaleur brûlante à l’épigastre ; angoisses, douleur vive d’estomac sous la pression; pouls petit, fréquent. Lavement d’eau d’orge, solution gommeuse, fomentation sur le ventre. Dans la nuit , vomissement et selle. 22 matin , pouls plus large , idées encore confuses, diminution de l’agitation, chaleur naturelle partout, langue sèche, soif. Même traitement. Vers neuf heureset demie, il a vomi la tisane •avec des mucosités , de la bile et quelques lombrics. Vers onze heures et demie , stupidité , douleurs à l’épigastre augmentées. A trois heures après midi , ^douleur de ventre lancinante ; pouls petit, fréquent; extrémités froides et baignées d’une sueur froide, visqueuse ; extrémités inférieures fléchies sur le ventre. Saignée au bras. Mort une demi-heure après.
Ouverture. — Injection des vaisseaux qui rampent sur les circonvolutions ; .substance du cerveau présentant une infinité de gouttelettes de sang; trois iOU quatre onces d’eau à la base du crâne; poumons naturels , crépitants. Dans le ventre quinze ou seizeonces d’un sangnoir coulant comme del’huile; 5’ate crevée à sa partie inferieure, non pas par une fissure , comme dans les autres observations , mais présentant une ouverture de la largeur d’une pièce ■de cinq francs , par laquelle sortait une substance noire et putrilagineuse. Il fut impossible d’enlever la rate d’une seule pièce, tant elle était diffluente ; «lie se sépara dans la main en deux portions , dont l’une, appliquée sur la table , s’aplatit comme de la bouillie, et l’autre resta adhérente au dia- .phragme, que l’on fut obligé de couper pour enlever la rate entièrement ; son volume n’était pas beaucoup plus considérable que celui d’une rate ordi- •naire. Estomac d’un rouge brun dans la plus grande partie de son étendue; inflammation de tout le reste du tube intestinal , qui était d’une couleur rose «n dedans ; vessie naturelle , foie gorgé de sang , langue blanche , pâle par la ffetraile du sang. [Id., ihid.)
principaux faits d’anatomie pathologique.
aSr
Fièvre intermittente pernicieuse comateuse.
No 560. Nicolas Manloni , âgé de dix-neuf ans , d’une bonne constitution , fut apporté à l’hôpital du Saint-Esprit le 13 août 1822, elfut placé au no 77, Il se plaignait de douleurs articulaires et de tête, tl eut la fièvre tous les jours, avec des intermissions bien marquées. Après la sueur qui terminait chaque accès , il prit plusieurs livres de quinquina, jusqu’au 28 août au soir, sans que le coma profond dans lequel il était pendant l’accès fût diminué. On lui appliqua alors deux vésicatoires au bras. Le 29 , il reprit sa connaissance , et répondit en riant qu’il se portait bien à présent. Dans ce jour, il prit trois onces de quinquina : l’accès revint dans la nuit , et avec lui le coma ; le pouls était cent trente-un , plein , fort , tandis que le malin il était assez lent. Le soir la sueur arriva , et le malade mourut.
Ouverture quatorze heures après. — Le cadavre étant couché sur le ventre, rendit plusieurs onces de sang par le nez. Arachnoïde injectée, vaisseaux; engorgés; le cerveau étant enlevé , il resta au moins six onces de sang dans le crâne; poumonsadhérents à gauche, cœur naturel A l’ouverture du ventre il s’écoula au moins deux pintes d’eau sanguinolente assez épaisse. Tout le péritoine est noir , soit au mésentère , soit sur les intestins , sans aucune couenne albumineuse. La partie convexe de la rate était couverte d'un caillot de sang très solide, de quatre pouces de diamètre sur un demi-pouce d’épaisseur. La rate , enlevée avec précaution et lavée , présenta à sa surface convexe plusieurs crevasses de sa membrane, dont deux principales avaient deux pouces de long chacune, sur trois lignes de largeur, entre ces deux était une autre crevasse, d'un pouce de longueur et de trois lignes de largeur environ. Enfin derrière , ou plutôt en haut , prés de son bord supérieur , étaient encore d’autres crevasses irrégulières, par lesquelles se montrait le tissu de cet organe, dont la longueur était de six pouces, la largeur cinq pouces , et l’épaisseur deux pouces. Son tissu était pulrilagineux , et au lieu d’étre sanguinolent ou couleur lie de vin, comme dans toutes celles quej’avais vues, ce putrilage était d’un noir grisâtre, sans mauvaise odeur cependant. Inflammation de toute la surface de l’estomac, éruption sur presque toute son étendue. Il y avait aussi des plaques rouges lichénoïdes, dont nous avons déjà parlé. Vésicule du fiel entièrement vide, deux pintes d’urine dans la vessie , dont le fond extérieur était noir; l’intérieur était blanc et sain. Rectum plein de matières fécales , d’une consistance et d’une nature ordinaires,
Fièvre intermittente pernicicitse algide singultante.
No 561. Vincent Cola Paolo , de Rimini , âgé de quarante ans , d’une bonne constitution , demeurant à Roma Vecchia , vint à Chôpital le 7 juillet. Il avait eu la veille un accès de fièvre. Le 7 au matin, son état était le suivant ; mains plus froides que celles d’un cadavre; pouls cent huit, petit, concentré; hoquet régulier dans ses retours, quatorze fois par minute ; décubitus sur le dos, assoupissement dont on le tire facilement , réponses assez justes : il témoigne une douleur à la région du foie. Le soir, l’accès décline , et le hoquet disparaît. Le 8 au matin , retour complet de la connaissance et du faciès naturel, qui, pendant l’accès , a cet aspect particulier qui caractérise tous ceux qui ont la fièvre ; mais les mains sont toujours glaciales jusqu'à la moitié de l’avant-bras. D’après son propre aveu, il ne sent pas qu’ellessont froides; mais si je les lui applique sur le ventre , il sent très bien qu’elles le sont : il parle comme à l’état de santé. A neuf heures, son aspect devient comme hébété ; il répond avec lenteur, il faut l'y forcer, il a de la tendance à l’assoupissement. 11 se couche sur le côté, les jambes fléchies sur le ventre. L’accès commence , le froid gagne le tronc , la respiration devient courte; on aper-
FIÈVRES INTElUlITlEiNTES ET RÉMITTENTES.
çoit de temps en temps, pendant les mouvements un peu convulsifs delà respiration, quelques [)eliles secousses qui rappellent Tidée du hoquet; enfin il meurt à trois heures apres midi , les yeux ouverts. Il a pris du quinquina pendant l’a pyrexie.
Ouverture — Injection générale de l’arachnoïde, qui est plus épaisse, rouge et comme doublée par une fausse membrane sanguinolente : les vaisseaux qui rampent sur les circonvolutions du cerveau sont engorgés. L’estomac est fortement enflammé dans sa moitié pylorique; le reste du tube intestinal est sain. (Bailly, ibid.)
Fièvre intermittente 'pernicieuse algide.
IVo 502. Angélo Donni, de Milan , âgé de trente-cinq ans, constitution faible, lymphatique , fabricant de macaroni , entra , le 5 juillet 1822 , dans une des^groltes de Monte-Teslaccio ; il éprouva un froid général qu’il essaya de chasser en buvant sept à huit verres de vin. Il ne put cependant se réchauffer. II ressentit alors une grande faiblesse , qui fut le symptôme dominant pendant les six jours qui préeédérent son entrée à I hôpital. Son état était si peu décidément fébrile que, d’ai)rés son rapport, le médecin n’a jamais su lui dire s’il avait eu la fièvre. Il avait un sentiment de douleur générale. Il a pris un vomitif et un purgatif, et s’est remis à son travail ; mais l état général de trouble et de malaise augmentant , ainsi que la faiblesse, le 11 juillet matin il vint à l’hôpilal du Saint-Esprit , à pied , soutenu par un homme de chaque côté. Arrivé dans la première salle où je le vis alors, il s’assit sur un banc et parut se trouver mal. Il se laissait tomber du côté droit; mais l’expressioa de sa physionomie n’était pas celle d’une personne qui éprouve une syncope. Il y avait dans les mouvemenis de sa tête , de ses yeux , quelque chose d’analogue tà ceux que produit l’ivresse, et non le laisser-aller produit par la cessation des mouvements du cœur. On le soutint seulement, et cela se passa ; il put ensuite monter plus de trente marches pour se rendre dans la Salle de clinique. Quand ii fui couché, son état fut ie suivant : pouls fréquent, faible ; température des cuisses , des jambes , des mains, des bras, froide ; langue humide et non ronge: il a pu rendre compte de son état antérieur. Cependant il a prié le médecin d’interroger son camarade qui l’a accompagné à l’hôpita! ; car, quoiqu’il n’y eût ni délire, ni coma, ni syncope, il parut si étourdi, si peu maîlre de ses idées, qu’il renonça à en rendre compte; seulement ii a assuré n’avoir jamais eu la fièvre. Il n’a pas été à la selle depuis le purgatif; après-midi, il s’est trouvé mal deux fois. Soir, pouls à peine sensible; angoisses; extrémités froides, la main gauche plus que la droite; elle est d’une couleur livide Température du ventre, de la poitrine, presque naturelle ; face pâle ; délire , agitation ; inquiétude. Décoction de quinquina, huit onces ; extrait de liina , thériaque, de chaque un gros;laud. liq anod., de chaque vingt grains; émulsion camphrée, vésicatoires aux cuisses. Le 12juillet, à une heure et demie du malin, sueur générale abondante , mais froide. Le malin, à la visite, faiblesse toujours la même; pouls i nsensible aux bras, qui sont froids ainsi que les cuisses; le ventre est un peu plus chaud, mais i! est au-dessous de la chaleur naturelle : pouls à la tête cent quatorze. Plaie des vésicatoires pâle; point d’eau sous l’épidrrme qui n’est que détaché. 11 a toute sa connaissance, mais manib'ste une tendance à l’assoupissement. 11 ne se plaint d'aucune douleur ; le ventre n’est point douloureux à la pression ; il n’accuse qu’une grande fa 'b! esse. Vésica toi res aux bras ; kina , deux gros dans le vin. Un peu plus tard, retour des mêmes symptôrries; alternative de délire et d'assoupissement, froid intense général : mort à cinq heures et demie après-midi. Une demi-heure après la mort, son cadavre était plus thaud que pendant la vie.
PRINCIPAUX FAITS d’anATOMIE PATHOLOGIQUE. 2 85
Ouverture , quinze heures après. — Estomac vivement enflammé entre son grand cul-de-sac cl le pylore; intestins présentant quelques traces légères d’inflammation dans quelques points. Rate en bouillie , foie sain , adhérences anciennes du poumon droit. Avant d’ouvrir le crAne. on sépara la tête d’avec le tronc ; il s'échappa par le trou occipital beaucoup de sérosité sanguinolente Injection de l’arachnoïde dans ses plus petites ramifications, mais un peu plus à gauche qu à droite. Fort engorgement des vaisseaux qui rampent sur les circonvolutions , plus marqué à gauche. Substance grise du cerveau plus pAle que foncée , jtlexus choroïde pâle , sérosité entre les circonvolutions ; cerveau d’une consistance mollasse. {Id , ihid.)
Fièvre intermittente quotidienne,
^ 1N° 563. Tobie Levante , âgé de trente- cinq ans , d une constitution grêle, vint à rtiôpital du Saint-Esi)rit , le 5 juillet , à sept heures du matin. Il avait eu une pleurésie , rn’a-t-on dit, rhiver passé ; il lui restait encore de la toux, de la dyspnée. Dejujis cinq jours , la fièvre lui est venue tous les matins : elle commence par des frissons et se termine par la sueur; il éprouve une douleur sus-orbitaire ; le pouls est à peine fébrile, la respiration est difficile ; il a une grande tendance au sommeil; le ventre est douloureuxsous la pression; le poignet gauche est œdémateux. Une once de quinquina. La fièvre vient avant midi avec des frissons ; pouls cent vingt; augmentation de la douleur du ventre. Le malade tiré de son assoupissement répond à tout, mais retombe. Augmenlalion de la douleur de tête; la vue est obscurcie comme par un voile; vertiges quand il se met sur son séant; bras gauche moins mobile que le droit. 6 juillet matin , décubitus sur le côté droit; somnolence; intégrité de l’intelligence ; diminution de la douleur du ventre; pouls plus élevé , cent ; il prései te quelques intermissions ; légère douleur de tête ; il a eu deux selles. Quinquina. Soir. Meilleur aspect , disparition de l’assoupissement et de l’obscurcissement de la vue , qui revient cependant de temps en temps ; douleur de ventre très forte ; langue rouge , sèche ; pouls , quatre-vingt-dix-huit, irrégulier ; douleur de tête disparue. Une once de quinquina. 7 juillet. Retour de la fièvre , précédée de frissons ; pouls irrégidier, bas et petit Une once de quinquina. Soir. Douleur de tête augmentée , agitations , plaintes , crachats purulents très abondants , râle ; mort à huit heures et demie.
Ouverture. — Arachnilis ancienne , adhérences à la dure-mère; injection récente très prononcée ; ventricules pleins d’eau ; poumons adhérents aux plèvres; le droit est rempli de cavités capables de contenir chacune une amande , le gauche présente <à son sommet une cavité capable de contenir le poing de l'homme le plus gros. Légère phlegmasie à peine sensible de l’estomac. Tout le reste des intestins est parfaitement blanc, transparent et rempli de gaz , vessie contenant plus de deux livres d’urine. {Id., ibid.)
Fièvre rémittente quotidienne.
No 564. Isabelle P***, des environs de Sienne, était d’une constitution grêle, jouissant de peu de fortune ; elle était depuis quelque temps en proie à des chagrins , à des dérangements de santé , lorsque , au mois d’octobre 1819, étant âgée de trente-trois ans, elle fut prise de fièvre. Dans le commencement, elle offrit les caractères d'nne fièvre rbumatique rémittente : la douleur de tête à laquelle cette ft mme était souvent sujette, devird alors d'une violence extrême ; les articulations des pieds devinrent très douloureuses , et l’hypocordre gauche devint le siège d’une douleur permanente et profonde : il était facile de v oir que son siège était dans la rate , bien que celle-ci ne fût pas d un volume plus considérable, et qu elle supportât assez bien la pression qu’on y exerçait. Le second jour , la fièvre revint avec le frisson comme au
^premier accès, et avec elle la céphalalgie et une douleur pongitive sous la mamelle gauche. On la saigne , et on lui donne un éméto-catharlique indiqué par des signes de gastricisme. Elle parut se trouver mieux ; une sueur mo- 4lérée et universelle semblait promettre la solution de cette maladie. Les urines rendues furent claires et en petite quantité : enfin, on était arrivé au sixième jour sans aucun signe fâcheux. Cependant les accès de la fièvre étaient -devenus de moins en moins apparents ; les déjections alvines étaient toujours noirâtres, fluides et d’une mauvaise odeur. La malade prenait du quinquina «t de la valériane. Le septième jour , la fièvre étant devenue plus forte, le «orna et le délire alternèrent. Des vésicatoires furent appliqués aux jambes ■et à la plante des pieds, et la malade mourut apoplectique au commencement du neuvième jour.
A l’ouverture, on trouva de la sérosité entre le crâne et ses membranes : «elles-ci étant incisées , on vit le même liquide sur le cerveau et dans le quatrième ventricule ; du reste , aucune altération de ces parties. Tout était sain dans le thorax. Dans l’abdomen, le foie avait acquis un tel volume, qu’il masquait l’estomac et tous les intestins; la portion gauche de ce viscère s’étendait jusque dans l’hypocondre gauche et adhérait tellement à la rate, qu’on ne put les séparer sans les déchirer. Cependant la substance du foie était vaille , ainsi que les autres viscères abdominaux , à l’exception de la rate qui ■était plutôt un sac rempli d une houillie très noire. Ad acut.
et citron, splen. hisl. animad. Florenlia, 1821.)
Fièvre intermittente double-tierce, quotidienne, puis rémittente, i ^ .et enfin continue hectique.
T\'^ 565. Morelli , professeur de clinique à l’université de Dise , traitait depuis quelque temps un prêtre sexagénaire pour un mœlena : il s’aperçut que ia rate était dure, très dé veloppée et douloureuse. Le malade étant convalescent, il mangea des haricots et des châtaignes; ce même jour, il se sentit très mal, et pendant la nuit qui suivit, il éprouva successivement de la dyspnée, de la strangurie, et enfin une ischurie complète. Dix-huit heures après, aucun moyen de guérison n’ayant réussi , il fut nécessaire de le sonder pour ^ider sa vessie. Il se porta bien ensuite pendant un an environ. Au bout de ce temps , il commença à sentir une douleur sourde et d’abord légère dans l’hypoconclrc gauche ; puis survinrent de la dispepsie et une fièvre qui passa successivement par les types de double-tierce , de quotidienne , de rémittente , et enfin prit les caractères d’une fièvre lente hectique. Les sangsues à l’anus, <îes laxatifs, les boissons rafraîchissantes et les lavements furent employés contre cette maladie. Enfin, le malade commença à rendre par les selles, pendant plusieurs jours , une matière inodore , mais offrant la couleur et la consistance du chocolat : épuisé par la maladie, il mourut bientôt.
A l’ouverture du cadavre, on trouva la membrane extérieure de la rate ^idhérente au colon transversal, là où il se courbe pour former VS iliaque; la rate elle-même ressemblait aune vessie vide ; la substance de cet organe s’était échappée par un trou qui existait au centre de son adhérence avec le colon. {Id., ihid.)
Fièvre intermittente et rémittente quotidienne.
No 566. Une femme âgée de quarante-huit ans, robuste et ayant cessé d’être Æ'églée depuis deux mois seulement, ouvrière à la manufacture de draps, est •mouillée jusqu’à mi-corps dans une inondation : refroidissement avec frisrson ; fièvre intermittente quotidienne, bientôt compliquée d’une phlegmasie de tout le tube digestif, de diarrhée; la fièvre devient alors rémittente. Nul Æ'éêime pendant vingt jours , au bout desquels la violence toujours croissante
PRINCIPAUX FAITS d’anatomie PATHOLOGIQUE. 285-
des paroxysmes force la malade à entrer à l’hôpilal. Soif vive , langue d’iirt blanc brunAtrc ; papilles très allongées; région é[)igaslrique très douloureuse à la pression. Vingt-quatre sangsues sur celte partie en deux jours consécutifs, limonade gommée, diète absolue. Les symptômes de gastro-cnléritediminucnl rapidement , et la lièvre reprend le type intermittent quotidien. Sulfate de quinine , seize grains en deux jours et en quatre doses. Cessation prompte des accès ; aussitôt infiltration^qui , en trois jours, envahit tout 1& corps, et qui s’accompagne d’une soif vive et continuelle, de la sécheresse de la langue, d’un pouls petit et peu fréquent, d’une pesanteur à l’épigastre,, de quelques déjections liquides, mais rares. Boissons mucilagineuses nitrées.
L’enflure devient si considérable que la peau des cuisses se gerce et laisse^ écouler incessamment une grandeabondance de sérosité ; rougeur et cuisson à la partie gercée.
Au douzième jour, à dater de l’apparition de l’enflure, frisson violent avec dyspnée ; figure altérée ; érysipéle gangréneux qui commence à la cuisse ulcérée et gagne rapidement les parois abdominales; rémittence. Le lendemain, second paroxysme plus violent, rémittence. La malade succomba an troisième paroxysme.
Nécroscopie. — Escarre gangréneuse superficielle mais étendue sur lesparties qui sont le siège de l’érysipèle. Le foie est dans son état naturel; 1» rate est saine quoique un peu tuméfiée ; la membrane muqueuse de l’estomac est épaissie et pointillée de rouge , recouverte d’un mucus gluant et tenace, surtout sur sa portion pylorique ; toute la membrane muqueuse du duodénumest d’un rouge brun; le reste du tube digestif présente des traces de phlegmasie beaucoup moins prononcées. La matrice était farcie d’énormes tumeurs fibreuses, de même que les ovaires. La femme qui fait le sujet de cette observation n’avait jamais eu d’enfant. Non seulement une grande quantité de sérosité était épanchée dans le péritoine, mais encore tout le tissu cellulaire qui unit les organes et les gros vaisseaux en était infiltré. Les organesde la poitrine étaient sains , mais il y avait un épanchement séreux dans la plèvre. ( Nepple, ouvrage cité. )
Fièvre intermittente d'abord tieree, quotidienne , puis continue^ puis de nouveau quotidienne , et enfin quarte.
No 567. Je fus appelé, le 10 octobre 1831 , pour voir un h omme qui , disait-on, avait les fièvres depuis dix-huit mois. Cet individu, en effet, était alteini d’une affection fébrile qui datait à peu prés de ce temps, et qui , après avoir débuté par le type tierce , était devenue quotidienne , puis continue , puis denouveau intermittente quotidienne, et avait persisté ainsi jusqu’au mois d’août dernier, époque où elle avait pris la forme rémittente quarte. Lorsque je levis pour la première fois , j e le trouvai maigre, décharné , réduit pour ainsi dire au dernier degré de marasme ; il avait une petite diarrhée qui s’accompagnait souvent de coliques et de ténesme ; on sentait à travers les parois abdominales les glandes du mésentere endurcies ; les hypocondres étaient tous les deux très gonflés, mais le droit offrait une tumeur très dure , très volumineuse, et qui avait la forme du foie. J’attribuai cet état, qui me parut du. reste désespéré, à trois causes: la persistance de la fièvre, un régime peu approprié , et l’énorme quantité de quinquina et de sulfate de quinine qu’on avait donnée. En conséquence, je supprimai ces derniers médicaments; je prescrivis pour toute boisson une eau de riz édulcorée avec le sirop de coing, et l’on ne permit en fait d’aliments qu’un peu de lait coupé. Ce traitement nouveau semble améliorer un peu la position du malade ; mais il était Irop’ tard, le mieux ne fut pas de durée ; la mort eut lieu malgré tous mes efforts^ le 3 novembre.
A l’ouYerlure du cadavre, on trouve l’estomac rétréci, arborisé dans plu-
sieurs points de son étendue et présentant une épaisseur considérable dans les environs du pylore. L’intestin grêle , parsemé çà et là de plaques i)lus ou moins rouges, offrait dans le voisinage de la valvule iléo-cœcale plusieurs ulcérations ; te foie et la rate étaient d’un volume énorme, mais le premier dur, tuberculeux, et contenant dans quelques parties de son parenchyme iinc matière blanche, encéphaloïde ; tandis que l’autre , distendu outre mesure par un sang noir et visqueux, ne présentait aucune altération de texture; les glandes du mésentère, presque toutes engorgées, étaient, les unes fort dures, les autres ramollies à divers degrés ; le reste des viscères abdominaux, ainsi que le cerveau et les organes thoraciques étaient sains. (Bonnet, Traité des fièvres intermittentes.)
^ Fièvre intermittente pernicieuse.
No 568. Un caporal suisse du canton de Soleure, âgé de vingt-sept ans, d’un tempérament bilieux, sanguin, et d’une forte constitution, ayant été atteint d’un accès de fièvre inflammatoire à son retour d’ütrecht, où il était allé conduire un transport, futvisité par le docteur Snabilié, qui reconnut les symptômes d’une fièvre intermittente pernicieuse. (Il régnait alors une épidémie de fièvres quotidienne et tierce.) Ce médecin fit aussitôt une saignée générale aux veines du cou, appliqua des compresses froides sur la tête, prescrivit un lavemetit avec le tartre stibié, et fil mettre les sinapismes aux pieds, puis des vésicatoires aux jambes ; il fit ensuite prendre au malade le sulfate de quinine. Mais tous ces moyens furent itiutiles : le malade expira le lendemain.
Vingt-six heures après la mort, on fit l'ouverture du cadavre. Le visage était d’un rouge bleuâtre ; le cerveau offrait des traces d’inflammation et paraissait gonflé ; les sinus longitudinal supérieur , et latéraux étaient remplis de sang; la substance du cerveau était d’un rouge vif et ramollie ; les ventricules cérébraux, principalement les latéraux , étaient dilatés et contenaient du sang et un liquide séreux; les plexuschoroïdes étaient fortement injectés de sang ; le cervelet était seulement un peu plus rouge, et une certaine quantité de liquide limpide se trouvait à la base du crâne Les deux pournonsétaientadhérents à leur surface extérieure avec la plèvre par de fau.'^ses membranes, et remplissaient les deux cavités de la poitrine ; ils étaient d’un noir brunâtre et fortement injectés de sang ; le cœur était entouré d’une certaine quantité de liquide. Le foie, la rate et le pancréas étaient gonflés, ramollis et sans consistance , les vasa hrevia étaient pleins d’un sang noirâtre , les intestins distendus par des gaz ; la membrane muqueuse de l’estomac était épaissie, les glandes du mésentère durcies et tuméfiées; les organes des voies urinaires se trouvaient dans leur état naturel, et le péritoine était un. peu épaissi. {Bulletin des sciences médicales, t. xv, 1828.)
Fièvre double tierce , ataxique et épileptiforme ou caractère
pernicieux.
No 569 âgé de vingt- cinq ans, d’une constitution saine et robuste, fusilier au 9e de ligne, entre à l’hôpilal le 18 août, pour une fièvre qualifiée de double-tierce, d’après les réponses du malade et son état actuel. Placé d’abord dans la salle Saint-Raphael, no 7, il fut replacé le troisième jour dans la salle Saint-Jean, contiguëii la précédente, et n’offrit rien d’extraordinaire pendant les cinq premiers jours. G*** est mis à l’usage de légers potages et de boissons acidulées. Sa situation n’étant pas aussi satisfaisante que celle de la plupart des autres fiévreux , je lui administre de cinq à huit grains de salicine par jour. Il en avait consommé vingt-huit grains environ, et il avait eu un vésicatoire à la nuque le 23, lorsque je m’aperçois le 24 au matin qu’il aies yeux vitrés, le visage profondément altéré, la langue desséchée, l’épi-
PRINCIPAUX FAITS d’anATOMIE PATHOLOGIQUE. 287
gastre douloureux, les muscles el leurs tendons agités par des mouvements convulsifs et des soubresauts. Il ne répond point à une question, malgré qu’il la comprenne, et il sent bien que je lui pince la [)eau. Excrétion involontaire des urines et des fécés Le chirurgien de garde, ap[)e!é dans la nuit précédente, ayant appliqué quinze sangsues à l’épigastre, elles piqûres saignant encore, j’en fis poser vingt autres aux tempes et derrière les oreilles; mettre, des sinapismes kux pieds, et frictionner les membres avec une très forte décoction de quinquina alcoolisé el camphré. Je reviens auprès du malade à 11 heures du matin, et pour me convaincre si véritablement il ne peut plus boire, je lui en fais donner devant moi. La déglutition est très pénible effectivement ; alors mouvements convulsifs et autres analogues à ceux de l’épilepsie; cela dure trois ou quatre minutes. C’était la troisième attaque depuis la veille; ensuite les membres thoraciques et pelviens gauches sont en convulsion, ceux du côté opposé étaient immobiles. A six heures du soir, pouls très fréquent, facile à déprimer; peau chaude et couverte de sueur; perte de l’usage des sens, spécialement de la vue el de l’ouïe; paralysie complète du côté droit, légers mouvements convulsifs des membres gauches. Application de très larges sinapismes aux cuisses En m’éloignant du malade, je déclare aux personnes qui m’entourent que la mort me parait inévitable pour la fin de la nuit et d’an si violent accès. C^** succomba le 29 à quatre heures et demie du matin.
Nécroscopie, douze heures après la mort. — Sujet charnu, fortement constitué ; tous les vaisseaux des téguments de la Icte, ceux surtout de l’encéph ale, et ses enveloppes sont excessivement distendus par le sang. Ce liquide s’écoule en abondance quand on détache la calotte osseuse. La dure-mère étant enlevée, on remarque çâ et là sur l’hémisphère cérébral gauche des ecchymoses rouges qui ne s’en vont pas au lavage, et paraissent résulter d’une extravasation sanguine opérée durant la vie. Les substances cérébrales grise el médullaire offrent partout une arborisation sanguine extraordinairement prononcée. Tous les vaisseaux de l’encéphale étaient tellement gorgés de sang que j’attribue à celte surabondance l’excédant de son poids, dont j’ai été frappé en le retirant du crâne. L’estomac était partagé en deux poches par un collet ou rétrécissement situé entre les deux extrémités , et qui paraissait être congétiial; l’intérieur n’offrait pas d’aitéralion bien notable; mais en grattant la membrane muqueuse on découvre vers le pylore une arborisation sanguine de l’étendue d’une pièce de cinq francs, el qui résultait de l’iiillammalion .(Gasté, Journaluniversel hebdomadaire de médecine, t. v, 1831.;
, Fièvre intermittente quolidienne.
No570.Un homme âgé de cinquante-huit ans, fortement constitué, entre à l’Hôtel-Dieu dans les derniers jours du mois d août; il avait une fièvre quotidiennedepuisquinzejours; depuis plusieurs mois il avaiteu des accès semblables qui avaient chaque fois disparu par l’emploi du sulfate de quinine, mais qui n’avaient pas tardé à reparaître. La Gévre revenait chaque soir; les stades de froid el de sueurs étaient bien marqués; pendant le froid il existait des tremblements généraux, des claquements de dents, etc. On constata que la rate était volumineuse , la couleur de la peau jaunâtre, ainsi que les conjonctives; les digestions pénibles el l’appétit peu prononcé. Le sulfate de quinine fut de suite administré, en raison de l’ancienneté de la maladie et de la tendance à reparaître, mais à la dose de douze grains. L’effet du médicament fut nul; on le suspendit quelque temps. Bientôt après les accès de fièvre , continuant toujours sous le type quotidien, on constata, par la percussion médiale, un léger épanchement abdominal ; par le meme moyen la rate est trouvée volu-
mineuse, limitée dans tous les sens, excepté en arriére, où l’on ne peut saisir le point où elle cesse, la matité se continuant jusqu’à la colonne vertébrale. Si l’on ne parvient à faire disparaître la fièvre et les accidents qui en dépendent , la mort du malade est certaine. Trente grains de sulfate de quinine n’ont pas plus d’effet que les doses les plus faibles données antérieurement ; il est donc probable qu’il existe dans ce cas quelque lésion profonde contre laquelle le quinquina est sans vertu. Cependant, se rappelant l’observation faite par W. Bailly, qu’il n’existe presque pas de fièvre intermittente qui ne résiste à de très hautes doses de sulfate de quinine, M. Piorry en fit prendre soixante grains parjouràce malade. La fièvre, en effet, manqua le lendemain, puis le surlendemain, et on crut apercevoir que la rate diminuait de volume ; mais cette amélioration fut de courte durée : la fièvre revint malgré l’emploi de la même dose de quinquina, et le malade mourut des suites d’une péritonite survenue brusquement, qu’on soupçonna devoir être due à une perforation, bien que tous les signes qui caractérisent celle-ci ne se présentassent pas.
On eut soin d’examiner le cerveau du cadavre et le bulbe rachidien, qui furent trouvés parfaitement sains. L’abdomen était le siège de lésions remarquables. î! existait une péritonite aiguë, comme on l’avait annoncé. La rate, assez volumineuse et ramollie, n’offrait du reste aucune dégénérescence, mais elle formait la paroi interne d’une cavité contenant un épanchement purement circonscrit, situé dans l’hypocondre gauche. Le liquide, d’une couleur jaunâtre, différait beaucoup du liquide résultat de la péritonite. Peut être qu’une ouverture s’étant faite à l’une des parois du foyer, le liquide s'étant épanché, aura produit la péritonite ; mais ce n’est qu’une conjecture, la perforation n’ayant été cherchée qu'aprés coup en ce point sans avoir été vue. Quant au foie, il était volumineux, et parsemé d’abcès de toutes grandeurs, depuis le point jaunâtre par lequel ils commencent jusqu’au volume d’un petit œuf. Ils présentaient de nombreuses variétés de forme et d’étendue ; les trois lobes en renfermaient plusieurs. Dans quelques uns le pus était d’un blanc laiteux, dans d'autres il s’y mêlait une teinte jaunâtre très prononcée, dans aucun la couleur lie de vin , indiquée par les anciens auteurs, et signalée par les modernes comme étant la plus rare; les parois de chaque fosse, irrégulières et noirâtres, étaient ramollies et nullement endurcies. Les veines examinées dans le foie, et suivies aussi loin que possible, ne contenaient aucune trace de pus, et n’offraient aucune lésion; il en fut de même de la veine cave et de la splénique. Quant à l’artère hépatique , elle renfermait des caillots noirâtres, consistants et un peu adhérents aux parois. Le poumon et le cœur étaient sains. (Piorry, la Lancette française, t. II.)
Fièvre intermittente double-tierce,
571. Tessier, soldat au train des équipages, âgé de vingt-trois ans, depuis peu en Afrique, bien constitué et n’ayant jamais été malade, entra à l’hôpital de Bone, le 6 mars 1834, le quatrième jour d’une fièvre intermittente dont les accès étaient quotidiens, mais se présentaient de manière à caractériser une fièvre double-tierce ; ils étaient beaucoup plus forts les jours pairs que les jours impairs. Il arriva tard, et je ne le vis que le 7 à la visite du matin Le dernier accès avait été plus grave et plus long que les premiers ; cependant, le 7, le pouls était apyrétique ; il y avait une toux assez forte et une céphalalgie légère. Diète, eau gom. , pot. gom., saignée du bras de quinze onces. Accès très simple dans la journée. 8 au matin, apyrexie. Diète, «au gom., pot. gom. Dans la matinée, accès violent; symptômes de gastroentérite tranchés ; soif ardente; langue sèche, rouge ; envies de vomir; pouls
PRINCIPAUX FAITS d’ ANATOMIE PATHOLOGIQUE. 289
dur et fréquent ; peau brûlante; céphalalgie. Quarante sangsues à réjtigaslre.
9 au matin , le malade est tranquille ; il ne reste des accidents graves de la veille qu’une soif assez vive et une langue saburrale. Diète , eau gom , pot. gom. , gargarisme acid. La journée se passe sans fièvre, j O au matin, état des plus satisfaisants; calme parfait ; plus de soif , plus de céphalalgie. Eau gom., pot. gom., garg. acid. Retour d’un accès semblable à celui du 8 Quarante sangsues à l’épigastre. 11 au matin , fièvre forte; soif vive; enduit jaunâtre delà langue au centre , rougeur de ses bords ; météorisme ; deux ou trois selles liquides pendant la nuit. La maladie devenait des plus graves, malgré l'énergie du traitement antiphlogistique; mais en considérant la marche qu’elle avait suivie jusqu’alors, et que , malgré la violence des accès précédents, il y avait toujours eu une intermission bien nette , je me décidai à donner le sulfate de quinine. Diète , eau gommée, potion gommée, lavement émollient, seize grains de sulfate de quinine à prendre en deux fois, dans la matinée 11 n’y a pas d’apyrexie; les symptômes restent à peu prés les mêmes pendant toute la journée. 12 matin , le pouls est encore fébrile ; la langue s’est nettoyée, la soif est bien moins vive ; malgré cette rémission, la céphalalgie persiste toujours à un haut degré. Diète, eau gomm., vingt sangsues aux: tempes, vingt-quatre grains de sulfate de quinine en pilules, le malade ayant de la répugnance à prendre ce médicament en potion. L’amélioration remarquée le malin se soutient et fait des progrès. 13 matin , apyrexie; quelques selles liquides pendant la nuit Diète, eau gomm., lav. émoll., huit grains de sulfate de quinine. Point d’accès. 14 malin, plus de fièvre, plus de soif, plus de céphalalgie , quatre selles pendant la nuit. Diète, eau gomm., lav. arnyl., avec addition de quarante gouttes de laudanum. Dans i’aprés-midi, le malade est bien , mais dans la soirée il est pris d’un accès qui débute par des frissons violents. 15 malin, coma; insensibilité absolue; pouls plein, large, fréquent; respiration courte, haute, difficile ; ailes du nez dilatées; faciès pâle. Saignée de la temporale de douze onces; six sangsues en permanence, à renouveler de deux en deux heures , en les appliquant alternativement au front , aux tempes et aux apophyses mastoïdes ; deux vésicatoires aux cui.sses, deux sinapismes aux jambes; diète, eau gomm. A dix heures, le malade est sorti du coma ; il paraît comprendre ce qui se passe autour de lui, mais il ne peut articuler aucune parole. Yingt-qualre grains de sulfate de quinine à prendre de suite A trois heures après-midi , le pouls est mou , tranquille ; beaucoup de lenteur dans la parole. Seize grains de sulfate de quinine à prendre pendant la nuit ; fomentations froides sur la tête. 16 matin , apyrexie parfaite; intelligence nette; plus de soif, plus de céphalalgie ; pas de selles. Diète, eau gomm., huit grains de sulfate de quinine. Point d’accès , point de malaise dans la jour née. Vingt-quatre grains de sulfate de quinine, à prendre pendant la nuit. Le sulfate de quinine fut continué encore pendant quelques jours, mais la fièvre intermittente fut décidément arrêtée après l’accès du 15 : la diarrhée avait entièrement cessé, et la convalescence se faisait franchement, lorsque , le 20 , il se forma de vastes escarres gangréneuses au sacrum , et un énorme dépôt sous les muscles larges du dos. La suppuration fut très abondante , et épuisa le malade, qui mourut dans le plus grand marasme, le 28 avril , à six heures du soir. On observa , dans les derniers jours, du délire et une contracture du bras droit qui était fortement appliqué contre la poitrine.
Ouverture du cadavre , quatorze heures après la mort. — Marasme squelettique. Vastes foyers purulents sous les muscles larges du dos et au pourtour de l’articulation coxo-fémorale droite. Le sacrum parait à nu au centre d’une large plaie, qui a vingt-deux pouces de circonférence; escarres gangréneuses dans différents points du corps. Légère congestion des vaisseaux qui rampent à la surface des circonvolutions cérébrales. Cerveau présentant
une injeclion sablée de la substance blanche , assez ferme. Cervelet mou. Sérosité abondante accumulée à la partie inférieure du canal rachidien ; injection très fine, d’un rouge vif, de la pie-mére. La moelle est généralement ferme et résistante: la substance blanche nefiaraît pas injectée, tandis que la grise l’est d’une manière bien évidente ; ramollissement blanc, déliquescent, de douze à quinze lignes, au niveau des vertèbres dorsales. Poumon sain. Le péricarde contient une grande quantité de sérosité ; hypertrophie du ventricule gauche. L’estomac ne présente rien à noter. Trois lombrics dans l’intestin grêle. Le cæcum et le colon , dans toute leur étendue, sont d'un beau blanc , sans rougeur, sans ramollissement , sans ulcération, sans développement des follicules. Le rectum est le siège d’une rougeur poinlillée, très serrée ; la rate est dans 1 état naturel , le foie volumineux et gorgé de sang. (.Maillot , ouvrage cité.)
Fièvre intermittente quotidienne.
No 572. Schwemmer, âgé de vingt-neuf ans , a été quatre fois à l’hôpital d’Alger dans le courant de l’année, pour des récidives de fièvre intermittente. Il y renlr I le 18 novembre 1833, le huitième jour d'une fièvre quotidienne. Malgré ses maladies antérieures', cet homme avait de l’embonpoint II était dans une apyrcxie parfaite, lorsque je le vis dans l'aprés-midi : il n’y avait ni malaise, ni céphalalgie, ni soif, ni rougeur de la langue, ni amertume de la bouche. Les accès, du reste fort simples et de peu de durée, ne revenaient pas à une heure déterminée; ils apparaissaient tantôt le matin, tantôt dans la soirée. Diète , limonade. 19 matin , continuation d une apyrexie paifaite. Diète, limonade, seize grains de sulfate de quinine. Accès simple dans l’aprèsmidi. 20, matin. Meme étal que la veille à la même heure. Même prescription. Accès dans la soirée : cet accès est plus fort que les précédents. 21 malin , céphalalgie, un peu de soif. L’accès s’est terminé par des sueurs abondantes. Diète, limonade, trente sangsues au front, seize grains de sulfate de quinine. Accès dans la matinée, signes d’une légère irritation gastro-intestinale. Trente sangsues à l’épigastre. 22 malin, persistance de la céphalalgie, pouls petit, prostration, découragement, appréhension delà mort. Diète, limonade, vingt- quatre grains de sulfate de quinine , potion éthérée , fomentations froides sur la tête. A neuf heures, frissons, froid, tremblements. Mort à midi sans délire , sans coma , sans réaction.
Ouverture du cadavre vingt heures après la mort.— Congestion générale de lasubstance du cerveau, qui est dure et ferme Rien à noter dans les membranes, qu’une injection assez forte des vaisseaux de la pie-mére. Poumons sains, quelques adhérences. Concrétions fibrineuses dans les cavités droites du cœur. Ramollissement, avec teinte d’un gris foncé , de la membrane muqueuse de 1 eslomacqui s’enlève par le plus léger grattage; rougeur pointlllée, disséminée sur une grande partie de sa surface. Les intestins grêles , d’une couleur et dune fermeté naturelles, sont farcis de petites taches circulaires, blanchâtres, et offrant à leur centre un petit point noir. Les gros intestins présentent la même altération. La rate est ramollie, réduite en une bouillie couleur lie de vin. Le foie est gorgé de sang. [Id.ihid.)
Fièvre intermittente tierce.
No 573. Dupont, soldat au COfi, âgé de trente-deux ans, d’une bonne constitution, adonné à la boisson, a eu, en 1831 , plusieurs atteintes de fièvre intermittente qui , toutes, ont cédé en peu de jours à un traitement fort simple. Il enira pour la quatrième fois à l’hôpital militaire d’Ajaccio, le 14 janvier 1 832 , dans l'aprés-midi , le quatrième jour d’une fièvre tierce. U était debout et causait avec ses camarades , lorsque je Je vis au service du
PRINCIPAUX FAITS d’anATOMIE PATHOLOGIQUE. 201
soir, vers trois heures : il dit qu’il a eu deux accès de fièvre , à un jour d’intervalle ; que ces accès ont été très faibles et n’ont duré que deux ou trois heures. Il n’é[)rouve aucun malaise une fois qu’ils sont termines. Il s’est grisé le 12 dans l’espérance de couper la fièvre : c’est une méthode de traitement fort répandue parmi les militaires. A son arrivée, le pouls et la peau sont dans l’étal naturel; il n’y a pas de céphalalgie: la langue étant un peu lancéolée et rouge au pourtour, je pensai que l’origine des accès était une surexcitation légère de l’estomac, et je prescrivis une application de trente sangsues à l’épigastre , dans le but d’enlever les restes de l’irritation gastrique , et de préparer par là l’administration du sulfate de quirnne [)Our le lendemain malin. A onze heures du soir , froid , frissons , tremblements Mort à une heure du matin, sans douleur, sans délire, sans coma, sans convulsions. Les sangsues avaient donné peu de sang
Ouverture du cadavre sept heures après la mort. — Arachnoïde opaque , lactescente dans toute son étendue; glandes de Pacchioni très multipliées; adhérences à la dure-mère , couche de sérosité gélaliniforme infiltrée dans le tissu cellulaire sous-arachn(/idien. Substance cérébrale très fortement injectée, ferme ; la moelle allongée est d’une consistance toul-à-fait extraordinaire. Substance grise du cervelet irés mol'e. Poumons et cœur dans l’état naturel. L’estomac est énormément distendu par des gaz et des liquides aqueux ; la membrane muqueuse , d’un gris roussàtre, est amollie et épaissie dans toute son étendue. Il en est de même dans le duodénum : le reste de l’intestin ne présente rien à noter. {Id., ibid.)
Fièvre quotidienne pernicieuse algide.
No 574. Houblé , sergent à la légion étrangère, âgé de trente-neuf ans, brun, d’une constitution athlétique, faisant un abus continuel des boissons alcooliques , ayant eu l’année précédente une fièvre intermittente bénigne, entra à l’hôpital de Boue le 31 mai 1834, dans l’aptés-midi , pendant le deuxième accès d’une fièvre quotidienne. 11 offrait les symptômes suivants ; peau chaude ; pouls accéléré avec un peu de dureté; langue chargée au centre de mucosités blanchâtres, humectée, rouge sur les bords et légèrement lancéolée, ayant absolument l’aspect qu’elle prend dans la fièvre muqueuse; soif vive; céphalalgie sus orbitaire ; crampes extrêmement douloureuses dans les extrémités inférieures. Diète , limonade, saignée du bras de quinze onces, quarante sangsues à l’épigastre. !«•'• juin à six heures du matin , apyrexie persistance de la céphalalgie et des crampes ; laiigue plate , blanche, humide. Diète , limonade , seize grains de sulfate de quinine à prendre de suite , trente sangsues au front. Malgré celle médication assez énergique, retour de l’accès à l'heure accoutumée : les accidents sont à peu [)rés ce qu’ils étaient la veille. Fomentations froides sur la tête. 2 juin malin, le malade se trouve bien, il n’accuse qu’un peu de faiblesse. Les crampes, beaucoup moins fortes que les jours précédents, se font sentir encore de temps en temps. Voilà ce que le malade raconte , voici ce que j’observe : lenteur extrême du pouls , refroidissement très grand des extrémités, moindre du lo.rse, décoloration des lèvres, pâleur de la langue, plus de soif. A l’ensemble de ces phénomènes , je reconnais que, malgré son état de quiétude, cet homme arrive à l'état que l’on a désigné sous le nom de fièvre algide. Diète , vingt-quatre grains de sulfate de quinine , potion éthérée, deux sinapismes aux jambes , deux vésicatoires aux cuisses. Dans l’aprés-midi, même état. Deux sinapismes aux pieds , deux vésicatoires aux bras , vingt-quatre grains de sulfate de quinine. Vers dix heures du soir, aucun changement; point de réaction ; toujours la même sensation de bien-être ; toujours le même refroidissement^ né rai; toujours la même lenteur de la circulation. 3 juin matin.
refroidissement extrême : la peau donne à la main la sensation de froid que produit le contact du marbre ; la langue elle-même est refroidie ; le pouls a disparu ; du reste ,1e malade se trouve toujours bien ; et, à part cette aberration sur son état, l’intelligence est parfaitement conservée. Diète , limonade^ seize grains de sulfate de quinine avec addition d’un gros d’élher, renouvellement des sinapismes aux pieds. Mort à onze heures du matin.
Ouverture du cadavre cinq heures après la mort. — Congestion des vaisseaux de la périphérie de l’encéphale. Plaques d’un rouge vif à la partie supé* rieure de chaque hémisphère , dues à une fine injection de l’arachnoïde et de la pie-mére. Substance cérébrale présentant à la coupe une rougeur par points très rapprochés. Cervelet mou. Sérosité abondante dans la moelle épiniére. Injection de la pie-mére , extrêmement fine et d’un rouge vermeil, surtout à partir de la huitième vertèbre dorsale. Substance médullaire elle-même fortement congestionnée , principalement la substance grise, qui est d’une couleur très foncée. Ramollissement de plusieurs lignes à la fin de la portion cervicale de la moelle : ce ramollissement est blanc , et contraste avec la fermeté que l’on rencontre dans le reste de la moelle. L’injection des membranes et celle de la moelle ne sont pas en rapport ; c’est-à-dire que les membranes sont bien plus injectées inférieurement que supérieurement, tandis qu’une disposition inverse se rencontre dans la substance médullaire elle-même. Poumons sains, crépitants: adhérences anciennes et filiformes de la plèvre gauche. Cœur flasque et décoloré; sérosité dans le péricarde. L’aorte et les veines caves , ouvertes dans toute leur étendue , sont parfaitement blanches. Ramollissement avec teinte grise de la membrane muqueuse de l’estomac , sans la moindre trace de rougeur, soit striée, soit pointillée , soit par plaques. Tout l’intestin grêle est d’un beau blanc , sans autres altérations que le développementde quelques follicules isolés, et une de ces plaques pointillées, dont l’aspect rappelle celui d’une barbe fraîchement rasée. Rien dans le gros intestin. Rate volumineuse, en bouillie , couleur lie-de-vin. Foie gorgé de sang. / Id.y ibid. )
Fièvre intermittente quotidienne .
N® 575. Cuillet, soldat aux chasseurs à pied , fortement constitué , ayant eu, depuis son séjour en Afrique, plusieurs récidives de fièvres intermittentes, entra à l’hôpital d’Alger le 29 octobre 1832, le quatrième jour d’une fièvre quotidienne. Il arriva dans l’après-midi ; il était dans une anxiété extrême ; il SC plaignait d’une douleur atroce qu’il rapportait au côté gauche, et principalement à la base de la poitrine ; il avait de la toux sans expectoration ; la respiration était fort difficile, cntrecoui)ée; le pouls et la chaleur de la peau n’étaient nullement en rapport avec la douleur et l’anxiélé, car il y avait peu de fièvre; je diagnostiquai une pleurite diaphragmatique Diète, eau gommée, saignée de dix-huit onces, quarante sangsues sur le point douloureux. 30, matin, persistance de la douleur et de la toux ; il y a eu un accès, pendant la nuit, et ce fut alors seulement que le malade nous dit qu’il en avait eu trois avant son entrée à l’hôpital. Diète, eau gommée, saignée du bras, de quinze onces, trente sangsues sur le point douloureux, vingt grains de sulfate de quinine à prendre dans la journée. Dans la soirée, même intensité de la douleur. Six ventouses scarifiées. 31, malin, il n’y a pas eu d’accès pendant la nuit ; la douleur persiste au même degré , elle se fait sentir maintenant toutà-fait dans l’hypocondre gauche; il n’y a pas de tension du ventre, mais la pression est très douloureuse. Diète, eau gommée, douze grains de sulfate de quinine, trente sangsues sur le point douloureux. A la visite du soir, mêmes symptômes, même application Mort à dix heures du soir.
Ouverture du cadavre, dix-huit heures après la mort. — Sérosité roussâlre
PRINCIPAUX FAITS d’anATOMIE PATHOLOGIQUE. 2(jO
<lans la plèvre gauche, anciennes adhérences. Poumons sains. Cœur dans l’étal naturel. Tous les replis du péritoine et le paquet intestinal sont couverts 4i’une couche de sang; en essuyant ce sang, les intestins sont d’un beau blanc, ainsi que le péritoine; il n’existe aucune trace d’adhérences, soit anciennes, soit récentes. En soulevant la masse des intestins, on voit plusieurs onces d'un sang noir, poisseux, d’une consistance sirupeuse, dans le petit bassin. La rate, très volumineuse, présente à sa face externe une rupture de trois pouces d’étendue ; celte rupture, beaucoup plus longue que large, est recouverte par un énorme caillot fibrineux, très résistant; il ne reste rien de la texture ordinaire de cet organe, qui est réduit en une bouillie couleur de lie de vin. Le foie ne présente rien à noter. La membrane muqueuse de l’estomac, sans ramollissement, d’une teinte grisâtre, offre quelques traces de rougeur pointillée. {Id-, ibicl )
Fièvre rémittente perriicieuse délirante.
No 576. Leblanc, Agé de vingt-trois ans, d’une bonne constitution , depuis peu de temps en Afrique, entra à riiôpltal d’Alger le 17 novembre 1833. le dixiéme jour d’une fièvre rémittente avec gaslro-broncho-céphalite. Je le vis dans l’aprés-midi, pendant le paroxysme. Le pouls était plein, dur, fréquent; la peau chaude et sèche; la céphalalgie assez forte; la soiftrés grande; la langue lancéolée, d’un rouge vif sur les bords, chargée au centre de mucosités jaunâtres; depuis deux jours, quatre à six selles dans les vingt-quatre heures. Il y a un peu de rénitence dans la région iliaque droite ; mais la pression ne développe de la douleur dans aucun point de l’abdomen. Toux sèche et revenant fréquemment par quintes; le thorax résonne parfaitement bien, l'air pénètre dans toute l'étendue des poumons; un peu de râle sibilant. Ces symptômes ne conservaient pas toute la journée la même acuité ; ils s’amendaient considérablement pendant la nuit, et tous les malins le malade se trouvait beaucoup mieux ; mais chaque jour, vers midi, les accidents s’exaspéraient de nouveau. D’abord le retour de ces exaspérations périodiques s’accompagnait de frissons; mais depuis le 14 le paroxysme, bien que manifeste encore, n’avait plus de période de froid. Diète, eau gommeuse, saignée du bras de quinze onces, trente sangsues à l’épigastre. 18, matin, la fièvre a beaucoup diminué ; le pouls est encore fréquent, mais il est mou et ondulant; la peau est moite, il y a eu une sueur abondante; la toux seule persiste au même degré ; point de selles pendant la nuit. Diète, eau gommée, seize grains de sulfate de quinine, à prendre en deux fois, trente sous les clavicules. Dans l’après-midi, paroxysme annoncé par le retour de la céphalalgie, par l’augmenlation de la soif, de la chaleur de la peau, de l’accélération du pouls; la langue s’est de nouveau gastrilée ; mais tous ces symptômes sont bien moins prononcés que la veille. 19, malin, un peu de sommeil pendant la nuit; rémission des plus marqués, tendance manifeste à l’apjrexie. Diète, eau gommée, huit grains de sulfate de quinine. Recrudescence des .«ymptemes dans l’après-midi; cependant à trois heures le paroxysme ne paraissait pas devoir être plus grave que le précédent ; mais les accidents marchent rapidenjent, et le délire éclate dans la nuit. 20, malin, le malade est assis sur son lit; il s’est habillé, il vent partir, il parle de son pays et du désir qu’il a de le revoir. Le danger était pressant, l’indication simple .il fallait combattre les accidents actuels et prévenir le retour d’un nouveau paroxysme. Diète, eau gommée, trente sangsues aux tempes. A dix heures du matin, délire moindre. Trente sangsues au front, quarante grains de sulfate de quinine, à prendre en quatre fois de demi-heure en demi-heure. A trois heures après-midi, coma des plus profonds, trismus, résolution des membres. Deux vésicatoires au\ cuisses, deux sinapismes aux jambes. Mort à minuit et demi.
2^4 fjèvres intermittentes et rémittentes
Ouverture du cadavre, quatre heures apres ïa morf. — Sérosité abondante. A la p.nTie moyenne cl supérieure de l'hémisphère gauche, l’arachnoïde offre une plaque d’un rouge foncé de la largeur de la main; toute la pie-mère est vivement injectée. Substance cérébrale fortement congestionnée et ferme; le lobe gauche l’est plus que le droit; sérosité sanguinolente dans les ventricules; plexus choroïdes rouges; vaisseaux des corps striés très volumineux, boumons crépitants; adhérences légères et anciennes au sommet du poumon droit. Trachée-artère et premières divisions bronchiques rougeâtres. Coeur flasque. I.a membrane muqueuse de l’cstomac, d’un gris foncé, est ramollie dans toute son étendue ; elle offre dans plusieurs points, et surtout vers le pylore, une rougeur vermeille, pointillée , et quelques stries, traces évidentes d’un travail inflammatoire récent. L’intestin grêle ne présente rien d’anormal Jusqu’à environ deux pieds a u-dessus de la valvule iléo-cœcale ; là commencent à se montrer des ulcérations, au nombre de vingt-cinq à trente, à bords d’un rouge violacé, sans plaques gaufrées, sans développement des follicules isolés, sans rougeur environnante. Le gros intestin, à l’intérieur, est d’une teinte ardoisée; sur ce fond uniforme tranchent, dans le colon, quelques plaques noires, vestiges d’une colite antérieure, et dans le cæcum une rougeur vermeille pointillée. Rate voiumineuse, réduite en bouillie couleur lie de vin. Foie décoloré, ayant peu de consistance. [Id., ibid.)
^Fièvre rémittente pernicieuse comateuse.
No 577. Un sergent du 59e, âgé de vingt-huit ans, ayant eu, dix-huit mois auparavant, une gastro-entérite en France, et depuis son arrivée en Afrique deux ou trois atteintes de fièvre intermittente, éprouvait depuis une douzaine de jours une céphalalgie assez vive. Cependant il ne gardait ni le lit ni la chambre, et n’avait pas même déclaré son indisposition aux officiers de santé du corps. Le 21 juillet, la douleur de tête devint atroce dans l’aprés-raidi, et le malade tomba dans le coma le plus profond ; il était depuis plusieurs heures dans cet état lorsqu’il fut apporté dans la soirée à l’hôpital de Bone. On fit une saignée de la temporale et une application de quarante sangsues sur le trajet des Jugulaires; on mit des vésicatoires aux cuisses et des sinapismes aux jambes et aux bras ; on administra le sulfate de quinine et l’éther à haute dose. Le malade sortit un instant du coma, mais il y retomba presque aussi vite. On fit de nouvelles applications de sinapismes et de vésicatoires^ on revint au sulfate de quinine associé à l’éther ; mais tous ces efforts furent vains.: la mort arriva le lendemain à dix heures du malin.
Ouverture du cadavre cinq heures après la mort. — Injection de la piemére, substance cérébrale ferme, dense, présentant à la coupe un .«ablé très lin. — Moelle épinière : Injection fine et vermeille de la pie-mère, injection très prononcée de la substance grise dans l'étendue de deux pouces environ à la région cervicale, et de six ou sept lignes au niveau des dernières vei lébres dorsales. Les poumons sont sains, sans adhérences ; le tissu du cœur est mou et décoloré. La membrane muqueuse de l’estomac est épaissie, ramollie, d’un gris ardoisé, sans aucune trace de coloration rougeâtre. Dans l’intestin grêle elle est également ramollie et d’un gris sale ; à la partie inférieure on trouve les vestiges de plu.sieurs plaques gaufrées presque entièrement effacées. Le gros intestin ne présente aumine alléralion. La rate est tuméfiée et ramollie au pins haut degré, couleur lie de vin. Le foie se déchire avec beaucoup de facilité. {Id., ibid.)
Fièvre rémittente pseudo-continue avec gastro-colite.
No 578. Clavel, soldat au 59®, âgé de vingt-trois ans , d’une bonne constitution, n’ayant pas été malade depuis deux ans qu’il est au régiment, d’une
PRINCIPAUX FAITS d’anATOMIE PATHOLOGIQUE. SqS
conduite Irés régulière, entra à l’hôpital de Bone le 15 décembre 1834, au deuxième jour d’une gastro colite à symptômes peu intenses; soif assez vive, enduit légèrement visqueux sur la langue, qui est acérée et rouge sur les bords; peau chaude; pouls accéléré, sans dureté ni plénitude; huit à douze selles dans les vingt-quatre heures. Diète, eau gommeuse, potion gommeuse, trente sangsues à l'épigastre, un quart de lavement amylacé avec addition de soixante gouttes de laudanum. 16 , malin , apyrexie, plus de soif, langue plate et humide, rosée ; une seule selle pendant la nuit. Diète, eau gommeuse, potion gommeuse. A dix heures, invasion d’un accès qui débute par un froid très grand et s’accompagne de beaucoup d’anxiété; point de selles, point de vomissements, point de coma, point de délire. Mort à trois heures après midi.
Ouverture du cadavre, d>x-huit heures après la mort. — Les membranes du cerveau sont presque dans leur totalité d’un ronge foncé. Toute la masse cérébrale est excessivement injectée; lorsqu’on coupe le cerveau et que l’on comprime la partie divisée, le sang en sort comme en nappe. La substance grise est si fortement congestionnée qu'elle en a acquis une teinte brune tirant sur le noir. Sérosité sanguinolente dans les ventricules. Les membranes de la moelle épinière sont aussi vivement injectées que celles de l'encéphale. Il en est de même de la substance grise. La fermeté de la moelle est ti és prononcée dans toute son étendue, excepté à la hauteur des dernières verlèbres dorsales, où il existe un ramollissement blanc de six lignes environ. Les organes de la poitrine sont parfaitement sains ; il n’y a pas même d’adhérences dans les plèvres. Ramollissement de la membrane muqueuse de l’estomac avec une teinte générale d’un rouge brun. La même altération s’observe, mais à un degré moindre, dans toute la longueur de l’intestin grêle. Les follicules isolés sont tuméfiés; il existe aussi des vestiges d’anciennes plaques gaufrées. Rougeur pointillée peu serrée dans le gros intestin. Rate beaucoup plus volumineuse que de coutume, réduite en une bouillie dont l’asiæct rappelle celui d’une pâte de chocolat à l’eau; la membrane fibreuse est sèche, se détache facilement, et résonne comme une feuille de parchemin. Le foie est dans l’état naturel. {Id-, ibid.)
F lèvre rémittente pernicieuse algide. *
No 579. Roux , soldat au 59«, âgé de vingt-deux ans, d’une forte constitution, n'avant pas encore été malade en Afrique , entra à l’hôpital de Bone, le 21 j iiin 1 834 , le sixième jour d’une gastro-céphalite contractée au camp* A son arrivée, vers deux heures après midi, il offrait les symptômes suivants : peau chaude , sèche , brûlante; pouls dur, fort; céphalalgie atroce, tendance au délire , soif ardente , langue acérée , rouge sur les bords et à la pointe , muqueuse au centre ; fréquentes envies de vomir , épigastre douloireux. Depuis l’invasion de la maladie, il n’y a eu aucune rémittence appréciable. Diète , limonade , saignée du bras de dix-huit onces , cinquante sangsues à l’épigastre 22 malin , la céphalalgie a presque entièrement cédé, mais les signes de la gastro-entérite , ainsi que la fièvre , persistent à peu prés au même degré. Diète, limonade , quarante sangsues à l’épigastre. Retour de la céphalalgie dans la journée, exaspération de la gastro -entérite ; crampes très douloureuses dans les mollets. Cataplasme à l'épigastre, fomentations froides sur la tête , un quart de lavement amylacé avec cinquante grains de sulfate de quinine. 23 malin , rémission générale des symptômes , excepté dans la violence des crampes qui arrachent des cris au malade; plus de céphalalgie, peu de soif. Diète, limonade, seize grains de sulfate de quinine en potion. Dans l’aprés-mldi , réapparition de tous les accidents avec une violence égale à celle des jours précédents. Saignée du bras de qu'mze onces, quarante MDgsues à l’épigastre , seize grains de sulfate de quinine , à prendre pendant
SgG FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES,
la nuit. 24 matin, crampes moins douloureuses; langue plate, humide, chargée de mucosités jaunâtres ; peau froide, pouls petit, presque imperceptible ; facultés intellectuelles intactes , plus de soif. Cet état é'ait pour moi un paroxysme algide ; le danger était imminent, j’espérais cependant sauver le malade si , par une médication active, je parvenais, après avoir maîtiisé les symptômes actuels, à prévenir l’invasion d’un nouveau paroxysme. Diète , limonade , quarante grains de sulfate de quinine en potion, à prendre dans la matinée; deux sinipismes aux jambes et aux bras ; deux vésicatoires aux cisses. Mort à neuf heures du matin.
Ouverture du cadavre vingt deux heures après la mort. — L’arachnoïde et la pie-mère offrent des plaques d’un rouge vif très étendues. La substance cérébrale, ferme et résistante, est généralement injectée; la substance blanche l’est plus que la grise. — Moelle épinière. Injection excessivement line et vermeille de l’arachnoïde et de la pie-mère. La substance médullaire elle-mcme est au contraire fort peu injectée. Cœur dans l’état naturel. Poumons parfaitement sains; adhérences légères et anciennes de la plèvre gauche. Ramollissement général de la membrane muqueuse de l’estomac, qui est d’un gris roussâtre ; dans plusieurs points , une rougeur pointillée très serrée ; veines dilatées et variqueuses. Ce sont là les traces d’une surexcitation aiguë entée sur une chronique. L’intestin est sain dans sa partie supérieure ; inférieurement , dans l’étendue de trois pieds environ , la membrane muqueuse est ramollie, avec tuméfaction des follicules isolés , et sans rougeur , soit striée , soit pointillée. Dans la même portion du tube intestinal , on rencontre une douzaine de taches formées par un pointillé noir , et qui sont sans doute les vestiges d’anciennes plaques gaufrées, liées à une dothiiientérie antérieure. Rate volumineuse , ramollie , d’une couleur de pâte de chocolat à l’eau Le foie est congestionné; incisé par tranches, il laisse suinter une grande quantité de sang. {Id. ihid.)
Fièvre intermittente quarte , et puis rémittente quotidienne. |
N“ 580. Un enfant, âgé de cinq ans , d’une faible constitution et d’un tempérament lymphatique , me fut présenté dans les premiers jours de décembre 1834 II était né d’une mère scrofuleuse , et lui-même avait eu à l’âge de trois ans plusieurs tumeurs de même nature, que j’avais traitées avec le même succés^par les préparations d’iode. Cet enfant, élevé chez des parents pauvres, dans une habitation où régnait continuellement la malpropreté et voisine d’un assez vaste marais, fut pris à l’âge de quatre ans d’une fièvre quarte avec engorgement de la rate. Cette fièvre dura huit mois avec des alternatives de diarrhée et de constipation. Cinq à six mois après , il fut de nouveau affecté de diarrhée et de fièvre continue , présentant plusieurs paroxysmes, soit le jour, soit la nuit; une toux légère d’abord, puis très opiniâtre, se manifesta; il rendit des vers à plusieurs reprises. Tels furent les signes commémoratifs que je recueillis sur ce petit malade , qui était alité depuis trois semaines quandje le visitai pour la première fois. Le 4. Face pâle et décolorée, yeux abattus , maigreur très prononcée , langue rouge à sa pointe et sur ses bords , et recouverte d’un enduit blanc très épais. La bouche , les lèvres, sont le siège d’une multitude d’aphthes peu étendues en profondeur. Ventre tendu , ballonné , douloureux à la pression , surtout à l’épigastre, diarrhée muqueuse et abondante ; la rate a acquis un volume double de celui qu’elle a ordinairement ; pouls petit , accéléré , donnant cent trente pulsations par minute. La peau est sèche et plus chaude que dans l’état naturel; toux fréquente, accompagnée d’une expectoration muqueuse et abondante ; soif vive, réponses faciles. Six sangsues à l’épigastre , tisane gommeuse , édulcorée avec le sirop de Briant , looch blanc , cataplasmes émollients sur le ventre , deux demi-la-
PRINCIPAUX FAITS d’aNATOMIE PATHOLOGIQUE. 207
Tements d’eau de riz, diète. Le 5 Mêmes symptômes que ceux de la veille. Le malade a eu trois paroxysmes soit le jour, soit ta nuit. Le même traitement est continué jusqu’au 10. époque à laquelle te malade est beaucoup plus mal ; le ventre est météorisé , tendu et sensible à la pression , la face est très pâle , les pommettes sont saillantes, les yeux enfoncés dans leurs orbites , le pouls est serré, la diarrhée fréquente (sept à huit selles de matières purulentes dans les vingt-quatre heures), les aphthes de la bouche sont profondes, la toux fatigue beaucoup ce malade , sa voix est presque éteinte , la langue est sèche et commence à devenir fuligineuse , les extrémités inférieures se refroidissent, la déglutition estdifficile. Tisane et potion gommeuses, sinapismes aux mollets. Le 11. Prostration profonde, le refroidissement a gagné les extrémités supérieures, nulle connaissance, sueur froide visqueuse, râle des agonU sants, mort six heures après ma visite.
Autopsie trente heures après —L’encéphale ne présente rien de remarquable, si ce n’est que ses ventricules moyens contiennent une cuillerée et demie de sérosité. La muqueuse bronchique est épaissie, très rouge en général ; dans quelques endroits elle est d’une couleur grise ardoisée. Le poumon, gauche présente un peu d’engouement à sa base. La plèvre ne contient pas d’épanchement , le cœur est à l’état normal. La membrane muqueuse qui tapisse lestomac et le duodénum est recouverte d’un enduit muqueux épais ; elle offre des rougeurs nombreuses principalement dans le duodénum. Huit plaquesde Peyer offrent quatre lignesà peu prés d’élévation ; elles sont rouges et gonflées, plusieurs sont ulcérées, cinq lombrics se trouvent dans les intestins grêles. Lors de l’incision du colon Iransverse et du colon ascendant , il s’écoule une assez grande quantité de liquide principalement formé de pus. La membrane muqueuse est amincie dans plusieurs endroits , très rouge, noirâtre ou même grisâtre; elle est le siège de quatre ulcérations et de deux perforations. Cinq à six ganglions mésentériques sont tuméfiés et rouges. Le foie ne présente pas d’altération , la rate est très volumineuse et adhère au diaphragme; elle est noirâ re, mollasse; sa capsule est épaissie. (Blondin, Nouvelle pyrétographie , 1838.)
Fièvre rémittente gastrique.
No 581. Un homme âgé de vingt-huit ans , d’un tempérament sanguin , cultivateur , se trouvant sous l’influence de l’épidémie régnante , et habitant une demeure très malsaine , voisine , et pour mieux dire entourée de marais, ressentit pendant quatre à cinq jours des lassitudes, un malaise général, des douleurs contusives dans les membres inférieurs, des dégoûts, un peu, de diarrhée , quelques coliques et de la céphalalgie. Le 19 maivs, il est pris de fièvre et obligé de garder le lit. Huit à dix jours se passent sans que les secours soient réclamés , et pendant ce laps de temps la ma’a lie fait des progrès rapides. Le 28 , je le vis pour la première fois ; il me présenta les symtômes suivants : décubitus dorsal, peau chaude et sèche, pouls accéléré, donnant cent deux pulsations par minute; face pâle, amaigrissement prononcé, prostration , grande diminution des forces , yeux fixes , pupilles larges, réponses brèves , délire taciture , haleine fétide, langue sèche , fendillée , fuligineuse; deux ou trois selles liquides, noirâtres , fétides, dans les vingt-quatre heures ; douleurs à l’épigastre et à la région iléo-cœcale ; ventre tendu dans ces deux régions , souple ailleurs; rate volumineuse ; bronchite ; l’auscultation fait reconnaître du râle sibilant en haut et en arriére du poumon droit: de nombreuses pétéchies couvrent le ventre, la poitrine, le cou et la face interne des cuisses. Saignée de trois palettes , douze sangsues à l'épigastre , looch blanc, tisane gommeuse , lavements émollients, fomentations adoucissantes sur l’abdomen, sinapismes aux extrémités inférieures.
SgS FIÈVRES INTERMITTENTES ET REMITTENTES.
Le 27 , la prostration est plus prononcée, un peu d'assoupissement réponse» lentes mais assez nettes; les symptômes gastriques sont les mêmes ; le pouls donne cent dix pulsations ; le sang tiré la veille offre un caillot qui ne peut supporter son propre poids Douze sangsues autour de l’ombilic, tisane et potions chlorurées, deux demi-lavements d’amidon. Cette médication, continuée jusqu’au 31 , parut apporter de l’amélioration dans la position du malade; mais dans la nuit du 31 au 1er, il eut un paroxysme fébrile beaucoup plus intense que les précédents , des symptômes nerveux alarmants so manifestèrent : délire , agitation générale , soubresauts de tendons, tremblement partiel des mains , carphologie; la diarrhée devient plus abondante, le ventre se météorise. Sinapismes animés aux membres inférieurs, lave- , ments narcotiques , tisane chlorurée, cataplasmes sur le ventre an osés de chlorure de soude. Le 2 , le hoquet vint se joindre aux autres symptômes ; le malade succomba quelques heures après ma visite.
Autopsie trente heures après la mort. — Les vaisseaux des méninges sont injectés , boursouflement de ces membranes, pas d’autres altérations. Le sang contenu dans le système veineux en général est très fluide. La membrane qui tapisse les bronches est rouge dans beaucoup d’endroits , grisâtre dans quelques autres; elle offre un assez bon nombre d’ulcérations. 11 existe une adhérence h la plèvre gauche , signe d’une ancienne pleurésie. L’e^lomac offre une arborisation pointillée vers son grand cul-de-sac; la memb ane muqueuse est ramollie dans son quart inférieur ; la membrane muqueuse qui tapisse les intestins grêles offre des taches brunâlres ou grisâtres; sept plaques de Peyer sont altérées , elles sont gonflées, rougeâtres, plusieurs contiennent du pus. Le colon offre plusieurs taches brunes et une perforation qui a donné lieu à un épanchement dans la cavité abdominale ; un assez bon nombre de giandes mésentériques sont rouges , mollasses , diffluenles quand on les presse. La rate est plus volumineuse qu’à l’état normal, son tissu est mollasse et couleur lie de vin. (Id.^ibid.)
Fièvre rémittente gastrique , type hi-quotidien,
IN'o 582, Un homme d’un tempérament bilieux , âgé de quarante-huit ans , n’ayant d’aulres occupations que de cultiver une petite propriété , éprouve , dans les premiers jours d'août , une lassitude générale, un peu de céphalalgie, des dégoûts pour toute espèce d’aliments , des nausées , des envies de vomir , quelques coliques, de la diarrhée. Le quatrième jour , la fièvre s’empare du malade ; elle a débuté par un frisson d’une heure et demie de durée. Trois jours s’écoulent encore pendant lesquels la fièvre a régulièrement deux paroxysmes, l’un à l’approche de la nuit, l’autre vers deux heures du matin ; le second paroxysme est moins intense que le premier, chaque jour aussi la rémission s'est faite vers les six heures du malin, et a toujours éléaccompagnée d’une sueur peu abondante à la poitrine et à la tête. Je fus appelé le 10 août près de cet homme, auprès duquel je trouvai un confrère. Le pouls était dur, plein, donnant quatre-vingt-onze pulsations par minute; peau brûlante, chaleurâcre au toucher; langue sèche, recouverte d’un enduit jaunâtrefort épais, rouge à ses bords et surtout à sa pointe ; douleurs dans les lombes , vomissements assez fréquents de matières bilieuses , déjections par le bas de matières analogues, sept à huit selles dans les vingt-quatre heures, régions épigastrique et iléo-cœcale légèrement tendues et douloureuses à la pression, céphalalgie frontale , urines s.ifranées et peu abondantes , soif ardente, désir des boissons froides. Le collègue avec lequel je me trouvais en consultation ne voulut voir dans le groupe de symptômes qu" je viens de signaler qu’un embarras gastro-intestinal. Aussi je prévis que nous ne serions pas d’accord sur le traitement. Interrogé le premier par le malade pour lui indiquer Iç
PniNCIPAUX FAITS D ANATOMIE PATHOLOGIQUE. 209
traitement qu’il devait subir, prié par mon confrère d’ouvrir le premier mon avis , je répondis qu’il fallait appliquer vingt-cinq sangsues à l’épigastre, donner des demi-lavements émollients, appliquer des fomentations adoucissantes sur le ventre; j’ajoutai qu’il fallait plonger le malade dans un bain entier, lui prescrire de la limonade pour boisson , et la diète, et continuer l’usage de ces moyens aussi long- temps qu’il le faudrait pendant le cours de la maladie. Malheureusement ce traitement ne fui pas du goût de mon collègue. Partisan prononcé de la vieille doctrine, et par conséquent des évacuants, il prétendit que les moyens que je venais de prescrire pouvaient guérir le malade , à dire vrai , mais après un temps fort long , et que l’on pourrait faire avorter la maladie par les évacuants. Je réfutai promptement un pareil raisonnement ; mais le malade, flatté de l’espoir d’une prompte guérison , et ayant du reste en horreur les émissions sanguines , préféra les évacuants. Je me retirai en souhaitant prompte guérison au malade. Mon confrère, comme il me le dit le lendemain , lui administra deux grains et demi d’émétique, persuadé d’avance que la maladie allait avorter sous l’influence de ce médicament. Mais combien il fut trompé dans son attente , quand il villes vomissements et tes selles aller toujours en augmentant, au point que le malade présenta trois heures après tous les symptômes du choléra sporadique! Je fus appelé de nouveau le lendemain , mais en arrivant prés du malade, il me fut aisé de reconnaître que nulle médication ne pouvait le guérir. Le pouls était très concentré, ta face grippée , cadavéreuse ; les yeux paraissaient enfoncés dans les orbites ; tout le corps était couvert d’une sueur froide , visqueuse ; l’abdomen était météorisé et tellement douloureux à l’épigastre , que la plus légère pression ne pouvaity être supportée. Les vomissements et les déjections n’avaient pu être arrêtés depuis la veille. Les matières rendues étaient noirâtres , sanguinolentes; les membres se rétractaient avec force; il y avait de véritables crarnpesaux mollets. Le malade poussait des cris plaintifs ; enfin il éprouva une secousse générale convulsive , qui mit fin à celle scène affligeante. Puisse ce terrible exemple servîrde leçon aux médecins partisans des vieilles doctrines, et qui ne voient de salut pour leurs malades que dans les évacuants , ainsi qu’à ceux qui montrent trop de condescendance envers des confrères obstinés !
Ayant obtenu , non sans beaucoup de peine , des parents de C/** d’en faire l’autopsie, j’y procédai trente heures après la mort Roideur cadavérique très prononcée. Les méninges ne présentent rien de particulier; les deux ventricules latéraux du cerveau contiennent à peu prés deux onces de sérosité. Rien d’anor mal dans l’organe pulmonaire; le cœur est plus volumineux que de coutume. La membrane muqueuse de l’estomac présente un grand nombre de rougeurs violacées. La plus grande de ces rougeurs n’a pas plus de deux lignes et demie à trois lignes de diamètre. Il existe autour du pylore une rougeur circulaire très prononcée. Le duodénum contient cinq onces à peu prés de matières liquides, couleur lie de vin. La membrane muqueuse qui le tapisse est le siège de huit à dix rougeurs , dont deux sont noirâtres. L’iléurn et le jéjunum offrent aussi des rougeurs disséminées ; une arborisation poinlillée se remarque sur l’iléum. Plusieurs glandes dePeyersont tuméfiées et ronges, la vessie est légèrement rapelissée ; elle contient peu d’urine. {Id., ibid.)
5oO FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES;
ARTICLE II