LA SUITE
D3 tous ces faits que nous venons de rapporter ou de citer, et dont, avec quelque érudition , il nous eût été sans doute facile de multiplier le nombre , nous ne voulons point conclure que l’anatomie pathologique indique toujours le siège des fièvres intermittentes , et découvre constamment des lésions organiques auxquelles on puisse rapporter les divers groupes de symptômes qui constituent ces fièvres ; mais nous croyons ne point forcer notre conclusion à cet égard en la rapprochant de celle adoptée pour les fièvres continues par deux professeurs distingués de l’école de Paris l’un, M. Chomel, dans un mémoire (1) où il plaide la cause de Vesseniialité des fièvres , dit que le plus grand nombre, les trois quarts au moins de ceux qui succombent aux fièvres {graves , présentent des altérations plus ou moins remarquables dans les organes digestifs. L’autre, M. Andral, s’exprime ainsi à cet égard : Dans les pyrexies qui constituent les divers groupes morbides , désignés sous le nom de fièvres essentielles , on trouve très fréquemment, quatre-vingt-dix-huit fois sur cent environ , des lésions dans le tube digestif (2). Or, indépendamment des faits nombreux, anciens et modernes, que nous avons rapportés, et qui tous prouvent qu’on a trouvé également des lésions dans le canal digestif et ses annexes à la suite des fièvres rémittentes et intermittentes, nous sommes d’autant plus autorisé à tirer les conclusions dont il s’agit à l’égard de ces dernières fièvres, que les professeurs Chomel et Andral conviennent eux-mêmes avec leurs illustres dévanciers Hallé et Pinel, qu’entre les fièvres d’accès et les fièvres continues il n’y a de différence que dans le type ; c’est du moins ce que tendent à établir plusieurs passages du Traité des fièvres et de la Clinique médicale.
Des deux conclusions relatives aux fièvres continues dont nous venons de parler, nous ferons choix, pour l’appliquer aux fièvres intermittentes , de celle qui est la moins favorable à la doctrine physiologique, c’est-à-dire qu’au lieu de quatre-vingt-dix-huit fois sur cent nous nous contenterons de conclure que, chez les
Tl) Nouveau journal de médecine j l. vu.
(2) Clinique médicale , affections abdominales , t. iii.
NATURE DES LESIONS ORGANIQUES. 5oi
trois quarts au moins des sujets morts de fièvres rémittentes et intermittentes , on trouve dans l’estomac et les intestins , particulièrement dans l’iléon, des lésions organiques assez considérables pour développer secondairement tous les phénomènes généraux et sympathiques qui caractérisent les fièvres dont il s’agit ; phénomènes généraux dont on ne sav ait que faire, dont on ne pouvait deviner la source , pour le développement desquels on faisait intervenir, comme nous l’avons vu , l’influence d’un principe ou d’une matière morbifique, d’un fluide nerveux, d’une viciation d’humeurs , d’un combat de la nature avec tous ces prétendus agents occultes, surnaturels ou imaginaires. Or, nous le demandons à tout médecin instruit et de bonne foi , aujourd’hui qu’on rejette l’intervention supposée dont nous venons de parler, aujourd’hui qu’on met de côté les systèmes et les théories fantastiques d’où l’on faisait dériver V cssentialité de la fièvre intermittente , pourrait-on encore conserver cette hypothèse de V cssentialité ou de la spécialité morbide, sans se rendre compte de rien? Ou bien convient-il de profiter des faits nombreux et matériels qui établissent l’existence presque constante des lésions organiques chez ceux qui succombent à la fièvre dont il s’agit, pour établir que ces lésions sont la source des souffrances , le mobile des mouvements désordonnés , et de tous les phénomènes morbides qui constituent les fièvres rémittentes et intermittentes ? Convient-il , en un mot , de considérer ces lésions organiques comme la cause primitive et principale de ces prétendues fièvres esentielles? Il nous paraît, d’après ce que nous avons déjà dit, qu’on ne peut hésiter à résoudre cette question par l’affirmative ; cependant nous allons entrer dans quelques détails propres à élucider une question qui est peut-être la plus importante qu’il soit possible d’agiter en médecine , et dont la solution intéresse le plus et les progrès de l’art et le bien de l’humanité. C’est dans cette solution , c’est devant un si grand intérêt, que les préjugés doivent se taire, que l’amour-propre doit fléchir.
Avant d’aborder la question dont il s’agit, il importe d’examiner dans quel état elle se trouve et de bien la poser. On convient que , chez les individus morts de fièvres continues graves , l’autopsie fait voirie plus souvent (quatre-vingt-dix-huit fois sur cent) des lésions organiques assez remarquables dans le canal digestif, on ne peut douter que cette vérité ne soit applicable ^ux fièvres rémittentes et intermittentes , puisqu’on convient que
3o2 fièvres INTERMITl entes EF REMITTENTES.
celles-ci, à rintermittence près, ne diffèrent qne peu ou point des fièvres continues. Il est donc établi, soit par le résultat des autopsies faites à la suite des fièvres continues, en vertu de la similitude et de l’idenlilé que nous avons prouvée entre ces fièvres et les intermittentes, soitpar les faits nombreux d’anatomie pathologique que nous avons rapportés , il est établi et prouvé incontestablement qu’on trouve presque toujours, sur les individus qui succombent aux fièvres d’accès , des lésions remarquables dans le canal digestif et ses annexes. Ces lésions sont une rougeur inflammatoire superficielle ou profonde, plus ou moins étendue, avec ou sans gonflement de la membrane muqueuse ; tantôt des taches rouges, livides , noirâtres , disséminées çà et là sur cette membrane ; tantôt des inégalités , de simples élevures ou des boutons isolés, de formes et de couleurs variées, résultat de la subiiiflammation ou du développement anormal des follicules muqueux; tantôt des plaques ovoïdes, d’un blanc jaunâtre , gaufrées ou fongueuses , formées par l’agglomération et l’altération diverses de ces follicules; tantôt des escarres gangréneuses, ou seulement des excoriations et des ulcères de la membrane muqueuse ; tantôt des rugosités très marquées avec resserrement du tube digestif. Quant aux annexes de ce canal, ce sont des engorgements avec induration ou ramollissement de tissu, et une couleur variée du foie , de la rate , du mésentère, spécialement dans les parties de ce dernier organe qui correspondent aux portions affectées de l’intestin grêle ; là presque toujours on rencontre des glandes engorgées , rouges, ou d’un blanc grisâtre, dures ou molles, simplement engorgées ou squirrheuses et tuberculeuses. Il s’en faut bien qu’on rencontre à la fois toutes ces lésions organiques ; mais il n’est pas rare qu’on en trouve plusieurs, et le moins deux ou trois sur le même individu. Quand les organes annexés au canal digestif sont altérés, on voit assez ordinairement une lésion plus ou moins marquée sur la portion de ce canal qui leur correspond ; cette lésion s’observe dans la petite courbure de l’estomac pour les lésions très considérables de la rate , dans le duodénum pour les engorgements du foie , et dans l’extrémité inférieure des intestins grêles pour les altérations les plus fréquentes et les plus remarquables du mésentère.
Sans doute les lésions dont nous venons de parler ne sont pas les seules ; il est sûr qu’à l’autopsie des mêmes individus qui
NATL’RE DES LESIONS ORGANIQUES.
succombent à la suite des fièvres d’accès, il n’est pas rare de trouver des lésions plus ou moins sensibles dans les autres principaux viscères en qui résident les rouages les plus compliqués, les plus délicats de l’organisme, et qui , étant les premiers dépositaires de la vie, ne peuvent manquer de souffrir idiopaihiquemenl ou sympathiquement, quand celle-ci est menacée , de quelque part que \iennent les premiers désordres organiques dont la persistance et les suites conduisent les malades au tombeau. Nous devons être d’autant moins surpris de trouver parfois des lésions dans les organes cardiaques, pulmonaires, et surtout cérébraux , que la mort ne peut survenir sans qu’ils ne souffrent, sans que leurs fonctions ne soient troublées ou perverties pendant un certain temps, surtout pendant les vingt-quatre, trentesix ou quarante-huit heures d’angoisses et d’agonie qui précèdent ordinairement l’extinction de la vie. On peut même croire qu’on n’ouvrirait pas de cadavres sans trouver quelques lésions dans les poumons , surtout dans le cerveau et ses dépendances , si on les ouvrait aussitôt que la vie vient de les abandonner ; car il est à présumer que les traces d’une irritation momentanée , d’une congestion légère, disparaissent presque toujours pendant le laps de temps qu’on laisse écouler avant l’ouverture des cadavres. Dans les cas cependant où les souffrances des viscères dont il s’agit, surtout des organes céréOro-rachidiens, ont été très vives et prolongées quelque temps avant la mort, comme dans plusieurs fièvres intermittentes pernicieuses , comateuses, convulsives , délirantes , etc. , dans lesquelles ces derniers et graves phénomènes se sont fait remarquer pendant quelques jours ou durant plusieurs accès, soit redoublements fébriles, alors il n’est pas surprenant qu’il en reste des traces assez évidentes, parce que l’irritation des organes cérébraux, d’abord symptomatique ou provenant de l’influence sympathique exercée par la muqueuse digestive primitivement et gravement malade, ne tarde pas, suivant la disposition des individus , à devenir idiopathique , c’est-à-dire que le cerveau et ses membranes finissent par être congestionnés d’une manière si violente qu’il en résulte diverses nuances de phlegmasie dont les traces ne peuvent plus s’effacer. C’est surtout ce qui a lieu dans les pays où l’influence de la chaleur se fait sentir d’une manière très vive , comme en Sardaigne , dans les Etats romains, napolitains , etc. , où les gastro-entérites périodiques ne tardent point à être compliquées de phénomènes
pernicieux ou cérébraux tellement prononcés et si soutenus qu il est impossible qu’on ne trouve pas bien souvent, comme Ta observé M. Bailly à Rome , des traces évidentes de congestion dans les organes encéphaliques. Mais alors presque toujours, comme le prouvent les faits recueillis par ce zélé observateur à l’ hôpital du Saint-Esprit de Rome, presque toujours l’autopsie lui a fait voir non seulement des congestions sanguines et des plilegmasies aiguës dans le cerveau et ses membranes , mais encore des traces bien évidentes et très étendues d’une gastro-entérite tou^jours plus intense et plus ancienne que celle des lésions précédentes. Presque toujours à des injections vives de l’estomac ou de quelques portions du canal digestif se joignent un fond gris ou ardoisé , des indurations ou des ramollissements , des granulations, des éruptions furonculeuses , des plaques de diverses formes et de différentes couleurs, lésions qui toutes indiquent un certain degré de chronicité de l’irritation inflammatoire, qui dans plusieurs cas même a passé à l’état subinflammatoire , ou s’est communiqué au système blanc lympliatico-glanduleux , etc.
Nous sommes conduit à faire les mêmes réflexions et les mêmes remarques à l’égard de la plupart des faits recueillis à Alger par M. Maillot. En effet, du vivant des malades nous ne voyons d’abord que les symptômes d’une fièvre intermittente ordinaire qui, après avoir duré ou s’être répétés un certain nombre de fois sous forme d’accès fébriles légers ou bénins , se compliquent tout-àcoup de phénomènes nerveux on cérébraux. Dans le principe , on n’observe chez les malades qu’une simple céphalalgie, c’est-à-dire qu’une souffrance d’abord symptomatique des organes encéphaliques par suite des influences sympathiques de la muqueuse di- Ijestive primitivement affectée ; plus tard, à la céphalalgie se joint l’état comateux, convulsif ou délirant, qui indique une inflammation sympathique plus grave et une congestion plus prononcée , laquelle ne peut se répéter plusieurs fois , et avec une certaine violence , sans que les ressorts de la vie , si délicats dans ces organes, ne soient brisés par suite d’une lésion devenue idiopathique et assez intense pour occasionner la paralysie des principales fonctions de l’organisme. En effet , la plupart des observations que nous avons rapportées , principalement celles de MM. Bailly et Maillot , prouvent évidemment que la mort est survenue par suite de l’exacerbation d’une gastro-entérite ordinail'çment chronique et toujours primitive, dont l’influence sympa-
NATURE DES LESIONS ORGANIQUES. 3o5
thique sur les organes cérébro-rachidiens est devenue tout-àcoup assez prononcée pour provoquer les phénomènes généraux ou nerveux les plus graves , et causer plus ou moins rapidement la mort des malades. L’exacerbation dont il s’agit n’est-elle pas démontrée sur les cadavres par ces injections pointillées et récentes , par ces inflammations aiguës entées sur des fonds chroniquement affectés de la muqueuse digestive, et dont il est facile de concevoir les influences funestes , surtout jointe à la chaleur brûlante du climat , aux imprudences des malades , quelquefois même à un traitement hasardeux ou peu méthodique ?
Ce que nous disons des organes encéphaliques , nous l’applîtiuerons à plus forte raison aux viscères qui sont liés ou qui dépendent plus ou moins directement de la muqueuse digestive , comme le foie, la rate, le mésentère, etc. Si nous avons vu quelques cas de fièvres rémittentes et intermittentes dans lesquels ces derniers organes sont primitivement et seuls ou principalement affectés ; ces faits sont en si petit nombre qu’ils peuvent passer pour des exceptions auprès de la très grande majorité des cas dans lesquels on ne peut douter que la lésion primitive n’ait lieu sur le canal digestif où elle éprouve des exacerbations périodiques qui provoquent tous les phénomènes généraux et sympathiques qui constituent les accès fébriles , lesquels par leur répétition et leur intensité provoquent ensuite assez souvent l’engorgement inflammatoire ou les obstructions du foie, de la rate, etc. , comme nous l’avons déjà dit et prouvé précédemment.
Maintenant il s’agit de savoir si les lésions organiques que nous avons énumérées , particulièrement celles du tube digestif qu’on observe le plus ordinairement, et qui ont presque toujours l’initiative, il s’agit de savoir, disons-nous, si ces lésions ont été la cause du groupe de symptômes auquel on reconnaît la fièvre intermittente, ou si c’est au contraire cette fièvre dite essentielle qui a produit ces lésions , comme le soutiennent nos adversaires ou les partisans de la spécialité morbide , de Vessentialité ou de la névrosité des fièvres. La question que nous avons d’abord à résoudre se réduit donc à celle-ci : Les lésions organiques qu’on trouve après la mort sur les individus qui ont succombé à la fièvre intermittente, ont-elles été cause ou effet de cette fièvre? On avoue déjà que les lésions trouvées sur les sujets morts de fièvre continue ont une liaison avec cette fièvre (1). Chacun contl} Chorael , Mémoire cité-
3o6 FIÈVRES INTERMITTENTES ET REMITTENTES.
viendra qu’on ne s’avance pas trop , qu’on ne risque pas de se compromettre par un tel aveu ; car si ces lésions n’avaient pas de liaison avec la prétendue fièvre essentielle qui a tué les malades, on ne sait pas trop ce qu’on pourrait en faire, vu qu’elles ne seraient alors ni cause , ni effet ; il est vrai qu’elles auraient pu être innées comme les tubercules! mais enfin on convient qu’il y a une liaison entre la fièvre essentielle et les lésions organiques dont il s’agit. Quelle est donc cette liaison , ou , en d’autres termes , quel rôle jouent ces lésions? sont-elles cause ou effet? Voilà la question. Nous pensons que les lésions organiques trouvées chez les sujets morts de fièvre intermittente, sont la cause et non l’effet de celte fièvre pour plusieurs raisons : 1® parce qu’on a vu quelques unes de ces lésions se manifester d’abord seules et sans fièvre, par conséquent préexister au développement de celle ci , qui n’est survenue qu’au moment où une irritation aiguë ou inflammatoire s’est trouvée en quelque sorte entée sur une affection chronique , dont le mode de souffrance, d’abord lent et obtus , ne provoquait que peu ou point d’influences sympathiques sur les autres viscères ; on en voit des exemples fréquents dans les faits que nous avons rapportés. Dans les observations, par exemple, que nous avons empruntées à MM. Petit et Serres , sous les nos 429 et 430, ces praticiens reconnaissent que la lésion du canal digestif est antérieure à la fièvre rémittente entéro-mésentérique ; ce n’est donc pas celle-ci qui a déterminé celle-là , à moins que l’effet n’ait précédé sa cause , ce que personne ne peut admettre.
2® Parce qu’il résulte de l’analyse que nous avons faite de l’opinion de la plupart des auteurs , que ce sont des matières âcres . putrides, bilieuses, pituiteuses, etc., qui irritent, altèrent les premières voies, qui engorgent le foie , obstruent la rate, et qui produisent toutes les lésions organiques qu’on rencontre chez ceux qui meurent de fièvres intermittentes. Or , si ces lésions sont causées par des matières âcres et irritantes , ce n’est donc pas la fièvre c}ui les produit , ou au moins la fièvre n’en est point la cause prochaine. Voyons maintenant si la fièvre intermittente peut être la cause éloignée des lésions dont il s’agit, et si c’est elle qui , comme le prétendent plusieurs médecins , fait affluer en plus grande quantité la bile ou d’autres fluides sur la muqueuse digestive , si c’est elle qui rend âcres , putrides , irritantes , les matières ou les humeurs contenues dans les premières voies, et si
ce sont ces humeurs qui par leurs qualités vicieuses déterminent toutes les lésions organiques dont nous avons parlé. Nous pensons que ce n’est point la fièvre qui fait affluer outre mesure la bile ou autres fluides quelconques dans le canal digestif, parce que cet afflux ne peut être occasionné que par la stimulation des organes sécréteurs dont faction a été modifiée et activée ; en un mot parce que toute supersécréiion de bile , de fluides pancréatique, séro - albumineux ou autres, quelles que soient leur abondance et leur nature, est alors provoquée en vertu des mêmes lois qui dans l’état sain mettent enjeu le foie , le pancréas, les follicules muqueux, etc. Nous pensons que ce n’est point la fièvre qui communique aux matières, ou aux fluides divers qui peuvent affluer dans le canal digestif, des qualités âcres et irritantes quelconques , parce qu’il est prouvé , d’après les expériences et fobservation desBordeu,des Chaussier, des Bicliat, des Broussais, et reconnu aujourd’hui par tous les médecins physiologistes, que quand des fluides sont exhalés ou sécrétés dans l’économie en quantités exubérantes et avec des qualités vicieuses quelconques , c’est dans les vaisseaux exhalants , c’est dans les organes sécréteurs ou les glandes qu’il faut en chercher la cause ; ce sont ces organes , dont faction augmentée , modifiée ou pervertie, fait qu’ils exhalent et sécrètent des fluides qui sont en rapport avec les changements qu’ils ont éprouvés. N’est-ce pas d’un tel changement survenu dans la glande lacrymale , et dans les follicules de la membrane pituitaire , par exemple, que provient f âcreté des larmes et du mucus nasal dans f ophthalmie et le coryza? N’est-ce pas d’un changement analogue opéré dans d’autres membranes muqueuses que proviennent les qualités irritantes des flux cholérique et dysentérique, des flux blennorrhagique et leucorrhéen dans les irritations inflammatoires et lymphatico-sécrétoires des muqueuses digestive et urétro-vaginale? C’est donc primiti\ement à une augmentation morbide d’action organique de certains organes chargés de sécréter , d’exhaler des fluides, qu’il faut attribuer les qualités âcres et irritantes dont il s’agit, et non point à la fièvre. Ici du moins n’estil pas évident pour tout médecin attentif et non prévenu, que c’est au moyen de suppositions gratuites qu’on essaie de nous replonger dans fhumorisme? N’est-ce pas après avoir imaginé qu’une fièvre essentielle vicie les humeurs qu’on fait ensuite jouer un rôle à ces humeurs viciées dans le développement des lésions organi-
5o8 FIÈVRES INTERMITTENTES ET REMITTENTES.
ques? Enfin nous soutenons que ce n’est point la fièvre qui communique aux matières ou aux humeurs contenues dans le canal digestif les qualités qui leur font produire des lésions locales , parce que, suivant nos adversaires, et en particulier M. Chomel, o’est fréquemment par leur séjour prolongé , leur accumulation , leur poids , etc. , que ces matières donnent lieu à certaines lésions de la muqueuse digestive! Or , l’on ne peut pas dire que ce soit la fièvre qui leur ait transmis les propriétés physiques en vertu desquelles ces matières agissent en pareille circonstance ; il serait trop absurde , par exemple , de dire que c’est la fièvre qui leur a donné la densité , la pesanteur I Donc , ce n’est pas la fièvre qui communique aux matières et aux fluides divers contenus dans le canal digestif les qualités vicieuses qui les mettent en état d’y produire des lésions; donc la fièvre n’est pas plus la cause éloignée que la cause immédiate des lésions organiques dont il s’agit.
3« Quant aux médecins qui , sans avoir recours aux matières -âcres , irritantes , putrides , placées dans le canal digestif , soutiennent néanmoins que la prétendue fièvre intermittente essentielle est la cause et non l’effet des lésions organiques , nous leur demanderons comme le fait , pour la fièvre continue adynamique, M. Roche dans un mémoire , où il réfute avec le talent qu’on lui connaît les principales objections faites à la nouvelle doctrine des fièvres ; nous leur demanderons qui est-ce qui peut produire ces lésions dans le groupe de symptômes qui constitue la fièvre intermittente : est-ce le tremblement ou le froid d’abord répandu à la surface du corps, est-ce la chaleur qui lui succède qui peuvent ulcérer la muqueuse digestive ? on ne le pense pas. Sont-ce les bâillements , les pandiculations , l’engourdissement des facultés intellectuelles et des organes des sens , le ralentissement ou la fréquence du pouls qui peuvent rougir , gonfler cette membrane, rétrécir la cavité du canal qu’elle tapisse? on ne le croit point encore. Sont-ce la rougeur de la langue, l’amertume de la bouche , les dégoûts , les nausées , les vomissements , etc. , qui produisent sur l’estomac et les intestins , tantôt des éruptions aphtheuses et furonculeuses , tantôt des taches rouges , livides ou noires. Mais tout médecin reconnaît dans ces derniers symptômes des effets et non pas des causes de lésion du tube digestif. Est ce le malaise général, la céphalalgie, la douleur dans le dos, les membres et les articulations , qui produisent sur la muqueuse intestinale des élevures partielles , des plaques gaufrées , fon-
NATURE DES LESIONS ORGANIQUES. Zoi)
gueuses, des escarres gangréneuses? il n’est personne qui puisse le penser. Enfin sont-ce la moiteur et les sueurs répandues sur toute la surface du corps qui engorgent le foie , obstruent la rate et développent dans les parties du mésentère correspondantes aux lésions intestinales, des glandes rouges ou blanches, dures ou molles, de couleur et de forme variées? on ne le pense pas davantage. Or, puisque ce sont bien là tous les symptômes qui caractérisent la fièvre intermittente , il en résulte que chacun d’eux , pris séparément ou réunis deux à deux , trois à trois , ne peuvent pas produire les lésions organiques indiquées ; le groupe total de ces symptômes aurait-il plus d’effet ? Mais il n’est le plus souvent qu’un assemblage arbitraire , une carte de confusion où chacun fait entrer ce qu’il veut , et dont le type modèle n’existe nulle part dans la nature ? De ce que nous venons de dire on peut conclure que ce ne sont pas les symptômes, appelés fièvre intermittente essentielle, qui peuvent être la cause des lésions organiques.
4° Est-ce la viciation des humeurs qui occasionne et la fièvre et les lésions organiques dont il s’agit? Pour établir cette prétendue viciation des humeurs, on nous dit que le solidisme ne peut suffire pour résoudre toutes les questions relatives aux fièvres (continues et intermittentes), et qu’ ainsi il faut bien revenir à l’humorisme pour lui en demander la solution (1)1 Revenir à Vhumorisine, cela ne gêne point les médecins physiologistes , d’autant plus qu’ils ne l’ont jamais répudié entièrement ; toujours ils ont reconnu non pas des vices dans les humeurs, mais un sang plus ou moins riche ou pauvre en éléments nutritifs , bien ou mal élaboré, c’est-à-dire provenant de bons ou de mauvais matériaux alibiles comme dans certains états de pléthore sanguine, ou au contraire dans le scorbut, les scrofules, etc. Sans doute il est utile et convenable d’interroger tous les différents systèmes et les théories médicales même les plus hypothétiques pour y prendre tout ce qu’il y a de bon , tout ce qui peut servir à la solution des problèmes physiologiques et pathologiques qui restent à résoudre. Mais avant de faire briller d’un éclat factice cette lumière si pâle et si faible qui peut nous venir de l’humorisme , a-t-on épuisé toutes celles mille fois plus vives et plus sûres qu’on peut trouver dans le solidisme? Ainsi , pour résoudre certaines questions relatives aux fièvres graves (nous
• (1) Andral , Anatomie pathologique , 1. 1,
3lO FIEVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES.
disons certaines parce que , de l’aveu des humoristes eux-mémes, on doit déjà au solid'sme la solution du plus grand nombre et des plus importantes de ces questions), a-t on interrogé avec assez de soin tous les solides, tous les différents tissus dans leur état morbide? A-t-on fait convenablement la part que chacun d’eux peut fournir au faisceau des lumières dont on a besoin , dans la recherche de la vérité? Nous ne le pensons pas. Jusqu'ici, grâce aux investigations profondes qu’on doit surtout à M. Broussais et aux médecins physiologistes pour l’étude et l’analyse des nombreuses formes , des nuances multipliées que revêtent les phlegmasies dans les divers tissus , presque tout ce qui a rapport aux lésions organiques du système capillaire sanguin a été dévoilé et mis au grand jour ; mais combien n’est on pas éloigné encore d’avoir poussé aussi loin les mêmes recherches relativement au système blanc ou lymphatico-sécrétoire ! Ce système, eu égard au grand rôle qu’il joue dans toutes les opérations saines de l’économie , ne doit-il pas en jouer un autre nécessairement très étendu et très influent dans les opérations morbides? Eh bien, à peine a-t-on commencé à étudier ce système dans l’état de maladie ! Eombien n’est-on pas loin encore de lui avoir fait une part convenable dans la production de ces lésions organiques si nombreuses et si variées d’où peuvent résulter toutes espèces de fièvres? N’y a-t-il pas quelques unes de ces altérations morbides signalées par MM. Dupuytren, Lallemand, Cruveilhier, etc., sous le nom de ramollissement , qui appartiendront a une lésion du système dont il s’agit? N en est-il pas de même de l’ordre des maladies appelées flux par les anciens , et que Guilen rangeait dans la classe des pyrexies? Et cette maladie muqueuse, si bien décrite par Rœderer et Wagler , qui a fait depuis lors tant de bruit sous les noms de fièvre entèro -mésentérique , adéno-méningée , entérite folliculeuse , exanthème intestinal, dolhinentérie , fièvre typhoïde, ne doit-elle pas entrer en grande partie dans les lésions du système blanc sécrétoire et lymphatico-ganglionnaire? Qu’on entre donc avec zèle et persévérance , qu’on entre franchement dans cette voie , et on verra si l’on n’en tire pas plus de fruits pour la science qu’en se replongeant avec MM. Récamier et Petit dans \eprincipe morbifique des anciens, avec MM. Piorry et Gendrin dans l’humorisme , avec MM. Bretonneau et Louis dans des spécialités dothinentérique et typhoïde.
Mais revenons à l’ humorisme dont il faut bien s’occuper^ puis-
JN'ATURE DES LESIONS ORGANIQUES. 5ll
qu’on veut aujourd'hui lui faire jouer le plus grand rôle possible. Le système que ce mot représente , encore plongé dans l’oubli où il gisait depuis des siècles , et d’où il ne semblait guère devoir sortir tant qu’il ne serait escorté que d’un si faible bagage de faits avortés ou caduques comme lui, ce système cependant a été autant que possible ressuscité et ravitaillé depuis quelques années. A peine eut-il reparu sur le théâtre médical , qu’un petit nombre de médecins antiphysiologiques le tournèrent et retournèrent dans tous les sens , le présentèrent sous toutes ses faces pour lui faire produire de l’effet ; en un mot, l’agitèrent de toutes les façons pour en obtenir le plus grand bruit possible. Mais, dans notre siècle de solidisme et presque de matérialisme , il n’y a pas eu d’écho en France pour 1 humorisme; tout ce grand bruit s’est dissipé avec la rapidité d’un feu d’artifice , sans toutefois produire une lumière même instantanée; c’est la montagne en travail qui est accouchée d’une souris î
Le premier , et sans contredit le plus habileqiromoteur de l’humorisme de nos jours , M. Andral , ne semble-t-il pas l’avoir exploité, ainsi que l’essentialité des fièvres, comme une espèce de garantie antibroussénienne, pour arriver plus vite et plus sûrement à cette chaire de médecine qu’il occupe avec tant de succès? On ne voit pas qu’aujourd’hui notre jeune et savant professeur y tienne plus guère. II a même cru, dans l’intérêt d’une cause dont il fut l’avocat, devoir arrêter le zèle de ceux qui après lui se sont jetés en foule dans les voies de l’humorisme , et dont quelques uns, avec plus de zèle que de talent, commençaient à compromettre une cause par elle-même si débile et si chancelante. a Ne compromettons pas, dit-il, la cause de l’humorisme en demandant aux faits qui sont de son domaine plus qu’ils ne peuvent encore donner (1). » Cette prévoyante allocution de M. Andral nous paraît d’autant plus sage, qu’on ne peut raisonnablement demander que fort peu à ces faits du domaine de r humorisme f si du moins on en juge par ceux réputés les meilleurs , qui ont été réunis et invoqués par M. Andral dans le plaidoyer , d’ailleurs très habile , où il cherche à réhabiliter la cause de l' humorisme (2). On n’y trouve pas un seul de ces faits positifs qui entraînent la conviction. A force de réunir tous les
(1) Journal hebdomadaire.
(2) Anatomie pathologique t l, i.
3I2 fièvres intermittentes et REMITTENTES.
accessoires , tous les plus petits lambeaux de preuves , et de profiter des moindres circonstances , on parvient tout au plus à faire ressortir quelques vraisemblances en faveur du système dont il s’agit, mais nulle part et d’aucun point on ne voit surgir la moindre certitude. On tire parti des faits les plus tronqués , les plus merveilleux ; en un mot, on fait arme de tout ce qui se présente, et l’on pousse à l’humorisme tout ce que l’on peut y faire entrer de gré ou de force. Certes, quand on voulait mettre à profit des faits du genre de celui dont on accuse la crédulité de Duhamel , de ce prétendu bœuf surmené dont le sang et les éclaboussures ont produit trois miraculeuses catastrophes! comment n’a-t-on songé à fouiller aussi dans les anciens traités de phthisie pulmonaire? On en eût trouvé de toutes les façons et pour le moins aussi merveilleux que le précédent , jusqu’à des cordons de sonnettes qui, n’ayant été renouvelés dans des chambres où étaient morts des phthisiques , ont suffi pour communiquer à d’autres personnes la même maladie ! Mais laissons là les prodiges et les miracles pour suivre le raisonnement de M. Andral , quand il essaie de prouver qu’il y a égalité d'hypothèses entre l’opinion qui attribue toutes les fièvres essentielles à la gastro-entérite et celle qui les fait provenir de la viciation des humeurs. Indépendamment des fièvres typhoïdes et autres semblables qui se montrent épidémiquement, et dans lesquelles M. Andral soutient qu’il ne peut y avoir aucun doute sur leur nature humorale , puisqu’elles se sont développées sous l’influence de causes manifestes d'infection du sang y il pense encore que celles de ces fièvres qui apparaissent d’une manière sporadique, comme par suite d’une vive affection morale par exemple, sont dues à la même viciation des humeurs, parce qu’une émotion morale vive peut , selon lui, pervertir l’action du système nerveux, qui cesse d’influencer convenablement les différe7îts organes où le sang s’élabore, ceux où il se dépose , où il prend de nouveaux matériaux , ce sang doit s'altérer à son tour, etc. (1). Voilà une de ces hypothèses dans lesquelles M. Andral trouve autant de physiolcgie que dans celle qui consiste à regarder les phénomènes fébriles dont il s’agit comme le résultat constant , nécessaire , d’une inflammation aiguë de l’estomac.
Il a fallu que cet écrivain distingué fût bien préoccupé par
(1) Anatomie pathologique , 1. 1.
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l'idée de composer en faveur de l’humorisme un plaidoyer aussi étendu , aussi chaleureux que possible, pour faire descendre la théorie physiologique des fièvres au rang des hypothèses qu’il imagine pour faire croire à la viciation des humeurs. D’abord , ne serait-on pas en droit de lui demander de quelle théorie il entend parler quand il énonce un principe tellement exclusif et défiguré qu’il n’est jamais entré ainsi dans la nouvelle doctrine? Sans doute aussi que , dans la chaleur de son argumentation ( on dirait volontiers de son improvisation ) , il ne s’est pas souvenu qu’il avait lui-même publié des faits tendant à prouver qu’après la mort des individus qui succombent aux fièvres dites essentielles , on trouve presque toujours ( quatre-vingt-dix-huit fois sur cent environ) des lésions dans le tube digestif. Mais hâtonsnous de dire que le jugement du professeur est venu ensuite rectifier les premiers errements d’une imagination ardente , et qu’aujourd’hui M. Andral admet franchement les conséquences de ces faits ; toutes les pyrexies continues ou intermittentes, toutes les fiè\res graves, jadis essentielles , sont par lui placées au rang des affections abdominales ou des lésions des organes digestifs. Ainsi de ce coté-là, et de l'aveu tardif de M. Andral, il n’y a plus d’hypothèse dans la doctrine physiologique ; en est-il de même de l'opinion qui tend à faire vicier les humeurs sous V influence de causes manifestes d’ infection , et ( ce qui est bien plus extraordinaire encore ) par suite d’une émotion morale vive qui , en pervertissant Faction du système nerveux , conduit à V altération du sang et des humeurs ? Ne conviendra-t-on pas aujourd'hui que cette dernière opinion est la seule qui doive rester au rang des hypothèses? car que sont-elles ces prétendues causes manifestes d’infection du sang? Ne sera-t-il pas permis d’en douter tant qu’on n’aura point prouvé leur existence ? Pour réfuter la dernière cause d’altération du sang, il suffit de deux mots : Où va porter son influence une affection morale quelconque? Est-ce sur. les humeurs? Va-t-elle au contraire retentir à la fois au cerveau et au centre épigastrique ? Si les fonctions digestives sont troublées, si le foie sécrète plus de bile, n’est-ce pas parce que l’estomac et le foie sont irrités ? Et dès lors à qui faut-il s’en prendre du trouble de la digestion et d’une sécrétion surabondante ou vicieuse de bile , si ce n’est aux organes qui exercent cette fonction , qui sécrètent cette bile? N’est-ce pas à ces organes qu’il faut adresser des moyens thérapeutiques pour
3l4 FIÈVRES INTERMITTENTES ET RÉMITTENTES.
rétablir la santé ? Ce que nous venons de dire pour les affections morales nous pourrions également l’appliquer aux prétendues causes d’infection du sang , qui occasionnent des lièvres épidémiques. N’est-ce pas sur des organes qu’ elles vont porter leur action ? Ne sont-ce pas toujours des organes , et en particulier le tube digestif, qu’on trouve altérés après la mort? Dès lors qu’at-on besoin d’imaginer des hypothèses pour se rendre compte de C3s faits ?
Nous ne prétendons pas qu’on puisse trouver dans le solidisme la solution de toutes les questions physiologico-pathologiqucs , du moins jusqu’à présent y en a-t-il plusieurs qu’on n’a pu résoudre encore par son secours; mais est-ce à dire que l’humorisme puisse mieux nous fournir cette solution ? On a beau y fouiller , que nous offre-t-il de satisfaisant ce caduc système , depuis sa restauration? N’est-il pas resté muet et presque complètement inutile ? Sans doute il faut éviter les controverses poussées à l’excès, parce que tout excès en amène un autre en sens contraire et nous éloigne de la vérité. En médecine, moins qu’en toute autre science, il ne convient d’etre exclusif dans sa manière de voir. Le solidisme, poussé trop loin et admis exclusivement, peut conduire à l’erreur. Mais l’exacte vérité ne porte-t-elle pas à convenir aussi que les faits invoqués en faveur de l’humorisme sont en bien petit nombre et d’une bien faible valeur , comparativement à ceux si multipliés et si positifs qui établissent d’une manière solide et durable la doctrine actuelle du solidisme? On parle beaucoup et vaguement de maladies dans lesquelles le sang est altéré ; mais nous dit-on en quoi consiste cette altération ? pas du tout. On peut bien croire que le sang de chaque individu offre des variétés relatives a sou organisation à son tempérament , à ses habitudes , à sa manière d’être , de vivre et de sentir; pourquoi n’en offrirait-il pas aussi relativement à telle ou telle maladie , surtout quand ces maladies durent plus ou moins long-temps? Mais peut-on dire que ce soit là ce qui constitue la maladie, puisque celle-ci a préexisté à cette altération consécutive du sang?
Pour ce qui est de la nature et des qualités du sang et des humeurs , il est certain que tout est relatif aux individus, et que tel se porte bien avec un sang si mal élaboré, qu’il ne pourrait être injecté chez un autre différemment^constitué sans qu’il n’en résultât les accidents les plus graves|et les symptômes fébriles les
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plus remarquables. Si l’on demande auxliumorlsles en quoi consistent positivement les altérations du sang chez les malades qu’ils disent avoir succombé à un prétendu empoisonnement humoral , ne sont-ils pas fort en peine de répondre , puisqu’on peut leur prouver que toutes ces dispositions du sang à se solidifier ou à se liquéfier, que la prédominance aqueuse ou gélatineuse, la couleur q)lus ou moins pâle ou noirâtre de ce fluide , savisco ité , sa moindre consistance , ses caillots noirs et fibreux, ses résidus en bouillie, en un mot, que tous ces états du sang qu’ils considèrent comme la suite d’une affection humorale , peuvent se rencontrer également chez d’autres individus dont la santé n’est point altérée ou dont la maladie n’a offert aucun des phénomènes fébriles et morbides correspondants à cette prétendue viciation des humeurs? Dès lors , ne peut-on pas leur demander si telle modification du sang qu’ils ju^eni vicieuse après la mort chez leurs malades n'était pas déjà telle bien long-temps avant l’invasion de la fièvre putride ou typhoïde à laquelle ils ont succombé? D’ailleurs nos moyens cf analyse chimique , tels qu’on les a possédés et employés jusqu’à présent , n’ont pas fait découvrir de différence sensible et matérielle entre la composition du sang de fhomme sain et de celui qui est atteint de la fiè vre putride la plus intense et la mieux caractérisée. 11 faudra donc nécessairement qu’on restreigne les conséquences cju’on veut aujourd’hui déduire de la viciation du sang et des humeurs, puisqu’on ne parvient point à en établir la preuve d’une manière positive et convaincante. Aussi , nul doute que ce nouvel clan vers l’hurnorisme une fois passé, on ne revienne à une opinion beaucoup plus modérée , et moins favorable à la cause d’un système à qui il ne sera jamais donné d’aller bien loin, s’il ne retombe pas encore dans sa prccédenle nullité, et par suite dans cet oubli qui en est inséparable. En attendant, rappelons l’opinion remarquable émise à cet égard par Milmann à une époque où f anatomie pathologique, encore peu avancée, n’offrait pas comme aujourd’hui des armes si puissantes contre f humorisme. «Les saignées, dit-il, qu’on a pratiquées dans beaucoup de fièvres putrides , malignes, et dans la peste, ont prouvé que le sang variait dans ces maladies comme dans les autres , élnnl quelquefois coagulé et d’autres fois peu disposé à l’ètre ; je 7ie crois pas, ajoute-t-il, Qwe personne de bonne foi puisse assigner la raison de ces différences (1). »
(1] Recherches sur l’origine et le siège du scorbut et des pévres putrides.
5i6 FIÈVRES INTERMITTENTES ET REMITTENTES.
On parle beaucoup aussi de prétendues fièvres essentielles, occasionnées par la résorption du pus ! Certes, nous sommes loin de nier l’effet funeste pour la santé générale qui peut résulter d’une plaie plus ou moins étendue et qui fournit une abondante suppuration; il est trop éNident que cette lésion locale, en attirant à elle toutes les forces de l’économie, est cause qu’elles manquent dans les principales fonctions organiques ; la digestion ne pouvant se faire convenablement , du chyme en plus petite quantité et en moindre qualité , ou plus pauvre en éléments nutritifs , sera fourni pendant un temps plus ou moins long ; de là la maigreur , le dépérissement général et la fièvre. La même chose arrive chez les individus qui, plongés pendant long-temps dans un cachot humide, deviennent scrofuleux ou scoibutiques par suite de mauvais matériaux hygiéniques. Mais que peut-on raisonnablement conclure de tout cela en faveur de l’humorisme? Les matériaux de la nutrition étant mauvais , ceux du sang , des sécrétions et des exhalations, ne doivent pas présenter les qualités ou les mêmes propriétés physiques que chez l'homme mieux nourri ou placé dans des circonstances opposées. Voilà tout co qu’on peut croire, et cela indépendamment do toute viciation d’humeurs et de toute espèce de fièvre putride ou typhoïde essentielle.
D’ailleurs quand il y a suppuration dans quelques points de l’organisme et qu’il survient une fièvre grave quelconque, peuton dire que c’est à la résorption du pus qu’est due cette fièvre? Peut-on dire, dans ce cas, que c'est la présence du pus dans le sang qui produit un véritable empoisonnement d'où peuvent résulter les symptômes de la fièvre adynamique , putride, typhoïde, etc,(l)? Nousjie le pensons pas. Car s’il est vrai, comme on en convient, que, dans presque tous les cas où un fluide putride est absorbé , il se développe une inflammation ou une lésion quelconque de la muqueuse digestive , qu’est-il besoin de faire intervenir la viciation des humeurs pour produire des phénomènes fébriles , putrides et typhoïdes ? Ne suffit-il pas de la lésion gastro-entérique , occasionnée, si l’on veut, par du pus ou des humeurs putrides absorbées , de la même manière quelle l’est d’autres fois par des gaz délétères et des effluves marécageux? Et cela, d’autant mieux que déjà nous avons vu la muqueuse digestive
(1) Andral , Clinique et Journal hebdomadaire.
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être coiume le pointconlral vers lequel convergeaient tous les principes délétères introduits d’une manière quelconque dans l’économie , et l’irritation gastro-intestinale , qui en était la suite , occasionner sympathiquement tous les phénomènes fébriles les plus variés et les plus remarquables.
M. Andral nous dit que ce point de doctrine a été particulièrement élucidé dans ces derniers temps par les travaux de MM. Ribes , Gaspard , Gendrin , Legallois , etc. Mais en quoi ce point de doctrine a-t-il été élucidé? Est-on parvenu à prouver la présence du pus dans le sang? A-t-on spécifié un type particulier d’altération dans les humeurs chez les individus qu’on suppose avoir été victimes d’une infection putride? Nullement. Tous ces travaux se bornent à tourner autour d’un cercle vicieux , à offrir sous des aspects différents la meme question sans jamais la résoudre, à présenter quelques données vagues et incomplètes pour des preuves certaines et indubitables d’une opinion qui , loin d’être avérée , n’est pas même probable; puisqu’elle n’est point adoptée par les chirurgiens qui sont à la tête des grands hôpitaux où ils voient chaque jour un très grand nombre de blessés et d’opérés , chez qui l’empoisonnement dont il s’agit devrait être assez fréquent , si tant est qu’il put avoir lieu de la manière qu’on le suppose (1). Ces illustres praticiens ne font pas mention de ces prétendues fièvres putrides ou typhoïdes, et n’observent guère que des fièvres inflammatoires aiguës , ou des fièvres hectiques, suite de la faiblesse et du dépérissement graduel occasionnés par la suppuration de plaies plus ou moins étendues, c’està-dire par des pertes que des digestions faibles ou incomplètes ne peuvent réparer , d’autant plus que l’appareil digestif est presque toujours sympathiquement troublé par ces lésions locales.
(1) Qi^elques partisans de l’hnmorisme , tels que MM. Louis, Legallois, etc , sont tellement préoccniics de l’idée de cette prétendue absorption du pus et des effets funestes qui peuvent en résulter, qu’ils vont jusqu’à proscrire les exutoires suppuratifs dans la plupart des fièvres graves , et dans un grand nombre de maladies où leur emploi a été jusqu’à présent reconnu comme le moyen de guérison le plus efficace !
D’autres conséquences thérapeutiques qu’on a voulu tirer de l’humorisme paraîtront sans doute plus singulières qu’utiles: telles sont les injections d'eau dans les veines , conseillées par M Magendie dans certains cas d’encéphalite , et le précepte donné par M l’iorry de gorger de boisson'i aqueuses les enfants atteints de croup, et tout cela dans le but de remédier à la densité et à la plasticité du sang ! Si là se bornent les conséquences pratiques qu’on a déduites jusqu’à ce jour de la théorie de l’humorisme , on conviendra volontiers qu’on ne lui doit pas grande reconnaissance!
Ol8 FIEVRES INTERMITTENTES ET REMITTENTES.
N’est-ce pas alors du trouble sympathique des principales fonctions que résultent tous ces phénomènes fébriles , attribués gratuitement cà l’absorption du pus et à la viciation des humeurs? Telles sont en particulier les opinions de MM. Dupuytren, Roux^ Marjolin, J. Cloquct, etc., qui, sur ce point, ont toujours professé les principes de la doctrine physiologique.
D’ailleurs ceux qui admettent l’infection des humeurs par la résorption du pus ont-ils réfléchi que ce pus , auquel il font jouer un rôle si pernicieux, est le plus souventTin fluide aussi pur et aussi innocent que la salive et le lait? Mais en supposant le contraire , les partisans de l’humorisme ont-ils constaté la présence de ce pus dans les fluides excrémentitiels chargés d© l’expulser quand l’économie est assez forte pour résister à son influence délétère? Point du tout; ce qu’ils allèguent de plus concluant à l’appui de leur opinion , c’est que , dans certains cas , ils ont trouvé du pus sur les parois de quelques troncs veineux, comme si les veines étaient exemptes d’inflammation capable de produire du pus! Ils soutiennent encore avoir reconnu telles ou telles modifications de couleur , de densité , de viscosité , de fluidité dans le sang de leurs malades, comme si le sang, qui éprouve des changements innombrables dans l’état de santé, ne pouvait pas en présenter aussi dans une maladie quelconque I Toutes nos humeurs, comme le sang, le mucus , la salive, le lait , le sperme , etc., et le pus lui-même , sont le résultat d’un travail organique ; elles sont engendrées par l’action d’un ordre particulier de vaisseaux capillaires doués de la puissance de convertir le chyme en sang et de puiser dans le sang les matériaux dont ils forment le pus , le mucus et toutes les humeurs possibles. Or ne conçoit-on pas qu’indépendamment de la nature très variable des éléments nutritifs , la puissance sécrétoire de ces vaisseaux soit susceptible d’éprouver diverses modifications qui en apportent également dans la composition des fluides élaborés par eux, et cela, indépendamment de toute fermentation chimique , de toute décomposition et diathèse putride quelconque? D’ailleurs, s’il est vrai , comme en conviennent les humoristes, qu’on trouve constamment l’inflammation de quelques viscères , surtout digestifs, dans les cas d’absorption, cela ne suffit-il pas, comme nous l’avons déjà dit, pour se rendre compte des phénomènes fébriles , putrides et typhoïdes , abstraction faite de la prétendue infection générale du sang et des humeurs ?
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En effet , les recherches pathologiques et les expériences les plus concluantes , celles qui appartiennent à MM. Gaspard, Magendie et Legallois, n’établissent pas autre chose, si ce n’est que la présence de fluides putrides, introduits dans le torrent de la circulation par une injection directe ou par absorption cutanée, muqueuse, séreuse, peut déployer une inflammation du cœur , des poumons , et particulièrement de la muqueuse digestive ; la phlegmasie de cette membrane , avec ou sans hémorrhagie , est la plus fréquente et même la seule qui ait lieu constamment d’après les recherches de M. Gaspard , confirmées par M. Magendie. Mais peut on en conclure, a’^ec ces habiles expérimentateurs, que les vomissements et les déjections noires soient, dans le cas dont il s’agit, le résultat d^une altération générale du sang , due à V introduction de matières putrides daw^ le sgrtème circulatoire? ^on : 1° parce qu’ils n’ont point constaté la présence de ces humeurs putrides dans le sang ; 2» parce qu’ils n’ont point spécifié en quoi consiste cette prétendue viciation du sang et des humeurs ; 3® parce que, dans maintes autres circonstances', on observe des vomissements et des déjections noires sans qu’il existe aucune infection. Des choléra-morbus accidentels, des fièvres muqueuses, des dysenteries , occasionnés par des excès de table, par des fruits ou des boissons de mauvaise qualité , par un refroidissement spontané , etc. , peuvent déterminer le même genre d’évacuations , le météorisme , l’odeur, la fétidité de riialeine , de Turine , des sueurs , des sudamina ou pétéchies, et tous les phénomènes qu’on assigne à une infection générale du sang et des humeurs ; cependant , dans ces derniers cas , il ne s’agit que d’affections locales, d’inflammations ou d’irritations sécrétoires de la muqueuse digestive. Qu’on veuille bien remarquer que ce ne sont pas là des explications nouvelles , imaginées tout exprès pour les opposer aux partisans actuels de l’humorisme ; car il nous serait facile d’invoquer ici le témoignage d’un grand nombre de praticiens plus ou moins éloignés de nous, et dont l’opinion à cet égard est parfaitement d’accord avec les principes de la doctrine physiologique ; voyons entre autres les théories de Quarin et de Dumas : le premier pensait que des humeurs viciées ou putrides , en pénétrant dans l’économie , au lieu d’altérer le sang , étaient transportées d’emblée dans les organes digestifs dont elles provoquaient directement l’inflammation. Le célèbre professeur de Montpellier était plus physiologique dans
l’explication du même fait. Des accès ou des redoublements fébriles survenaient-ils chez des blessés? c’était là, selon lui, une complication analogue à celle produite par une indigestion ; les phénomènes généraux et fébriles plus ou moins graves qu’il observait alors étaient par lui attribués, non pas à l'absorption du pus et à la viciation des humeurs , mais à la funeste diversion des forces de la nature qu’une nouvelle irritation appelait à soi au préjudice des plaies dont le travail se trouvait ainsi troublé ou suspendu; de là des phénomènes locaux et généraux plus ou moins graves (1).
Pour mieux fixer nos idées sur l’importante question dont il s’agit, prenons un exemple saillant, comme la maladie appelée pourriture d'hôpital: plusieurs praticiens, d’ailleurs très habiles, en traitant cette maladie , ne font guère attention qu’à la lésion externe , à la décomposition putride locale , alors même qu’il y a chez les blessés un mouvement fébrile assez prononcé ; cette fièvre n’est pour eux que le résultat d’une réaction vitale à l’aide de laquelle la nature tend à combattre la dégénération de la plaie. De cette opinion trop étroite et extrême, qui ne fait voir dansr la pourriture d’hôpital que la lésion externe , les humoristes se jettent à l’extrémité opposée ; ils perdent de vue toute espèce de lésions locales pour ne voir que la viciation générale des humeurs , dont la fièvre , la dégénération des plaies , et la gastroentérite elle-même, ne sont que le résultat. Les médecins physiologistes , au contraire, évitant les opinions extrêmes que nous venons de signaler , et ne se prononçant que d’après l’analyse des symptômes , d’après l’examen de cadavres où ils ont constamment trouvé des traces de gastro- entérite , considèrent la fièvre qui accompagne la pourriture d’hôpital comme symptomatique delà lésion gastro-intestinale, dont la complication, chez les blessés, peut amener, suivant les circonstances, soit la pourriture d’hôpital , soit toute autre dégénération de leurs plaies , en appelant à elle toute l’attention et toutes les forces de l’économie. Cette théorie est si vraie , et l’hypothèse des humoristes si facile à renverser, qu’il suffit , comme l’expérience le confirme de plus en plus, de combattre promptement et méthodiquement la gastro-entérite , pourvoir les plaies se ranimer,
(1) Mémoire sur la complication des plaies, t. iv de la Société médicale d’émulation.
fournir une bonne suppuration , et s’évanouir tous les symptômes de la prétendue viciation des humeurs.
Cependant nos humoristes modernes ouvrent-ils les cadavres de malades portant des plaies avec suppuration , ou morts à la suite d’une grave opération, et trouvent-ils chez eux des lésions organiques dans les poumons, le cœur, ou sur le tube digestif, ils soutiennent que ces lésions sont le résultat de V absorption du pus et de la viciation des humeurs ! comme s’il n’était pas démontré depuis long-temps , et reconnu par tous les bons observateurs, qu’une plaie , ou une lésion externe quelconque , n’empêche pas le développement de quelques lésions dans les viscères, et peut, au contraire, les favoriser. C’est cette vérité qui, mieux appréciée par M. Broussais , l’a porté à poser en principe -que toutes les fois qu’il existe un point d’irritation dans l’économie , quel que soit son siégea l’extérieur ou à l’intérieur, qu’il soit ou non accompagné de suppuration , il en résulte une excitabilité générale qui prédispose à l’irritation de tout autre organe , et en particulier de la muqueuse digestive. »
De ce que nous venons de dire il résulte évidemment qu’aujourd’hui, comme au temps de Milmann , nos sens ne peuvent point saisir ni spécifier toutes ces prétendues altérations du sang et des humeurs auxquelles on veut faire jouer un si grand rôle ; il résulte que la chimie, malgré ses progrès, ou ne nous apprend rien à cet égard, ou tend à dissiper les hypothèses de l’humorisme ; il résulte qu’on ne peut pas considérer comme une diathèse putride ou une altération essentielle du sang, la présence d’un corps étranger dans ce fluide, ni certains états ou certaines modifications du sang , variables à l’infini dans l’état de santé comme dans la maladie. Quant aux altérations particulières, dues à certaines expériences plus ou moins ingénieuses , en les supposant même plus remarquables ou plus positives que les faits ne tendent à l’établir, n’étant pas applicables à l'état morbide proprement dit , elles ne peuvent donc point servir de fondement à une théorie pathologico-humorale. Enfin , pour ce qui a spécialement rapport aux fièvres d’accès , nous citerons l’opinion d’un professeur qui ne doit pas être suspect de partialité en faveur du solidisme physiologique : «Il est impossible, dit M. Chomel, de prouver que les fièvres intermittentes ont leur siège dans les liquides en général, ou dans tel liquide en parti- 1 culier ; il est également impossible de démontrer que ces mala-
dies ne sont liées à aucune altération des humeurs. Toute question qui ne peut être résolue , et à laquelle on ne peut qu’opposer des hypothèses à d’autres hypothèses , doit être écartée indéfiniment (1). »
5^^ Si l’on examine attentivement en quoi consistent les lésions qu’on trouve chez ceux qui succombent aux fièvres intermittentes , si l’on réfléchit par quel mécanisme elles ont pu se former , on sera nécessairement porté à conclure qu’elles ne peuvent être l’effet de ces fièvres , parce que , dans tous les cas , on est forcé de reconnaître l’irritation inflammatoire ou subinflammatoire comme la cause prochaine ou immédiate de ces lésions , parce que , quelques détours que l’on prenne , quelques subtilités qu’on imagine, quelques sophismes qu’on entasse, on en reviendra toujours à demander comment la fièvre peut-elle rougir , ulcérer une membrane sans inflammation préalable (2) ? Comment la fièvre ou des humeurs âcres peuvent-elles rétrécir un canal , gonfler la membrane qui le tapisse , produire à sa surface des élevures , des taches rouges ou grisâtres , des plaques fongueuses , etc. , sans qu’il y ait eu aucune irritation inflammatoire , subinflammatoire ou lymphatico-glanduleuse ? Nous savons bien que des praticiens, d’ailleurs recommandables, ont jadis soutenu que des taches rouges , livides ou noirâtres , n’étaient pas des traces de phlegmasie; mais plus personne aujourd’hui ne partagera cette opinion , si l’on fait attention que les recherches physiologiques et anatomiques les plus modernes lui sont entièrement opposées ; si l’on réfléchit que les raisons et les faits invoqués en sa faveur ne sont rien moins que concluants. En effet, on dit que les taches rouges trouvées dans le canal digestif de ceux qui ont succombé à des fièvres continues ou intermittentes, ne sont pas le résultat d’une phlegmasie, parce qu’elles peuvent être dues à là stase du sang ou à une infiltration mécanique de ce fluide , qui après la mort obéit à la pesanteur, et parce qu’on a trouvé ces mêmes rougeurs sur des individus qui n’avaient point succombé à une fièvre quelconque , mais qui étaient morts d’une manière violente comme les suppliciés. Nous dirons en deux mots que les raisons fondées sur la prétendue stase du sang ou sur l’infiltration mécanique de ce fluide ne sont d’aucune valeur, parce qu’il est prouvé que les
(1) Traité des fièvres.
E (2) Roche , De 'a nouvelle doctrine médicale , 1827.
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rougeurs dont il s’agit se rencontrent également sur toute la circonférence du canal digestif , et aussi souvent dans les points les plus élevés que dans les endroits les plus déclives de ce canal. Quant aux faits d’anatomie pathologique relatifs aux suppliciés, ils nous paraissent fort mal choisis , et prouver précisément le contraire de ce qu’on voudrait établir parleur secours. Ne saiton pas que des individus condamnés au dernier supplice usent de leurs derniers instants pour se livrer à des excès , pour se gorger de boissons fortes et de stimulants divers à l’aide desquels ils veulent relever leurs forces et exciter leur courage pendant les longues et cruelles heures qui précèdent leur exécution? Et d’ailleurs , quand tout médecin physiologiste ancien et moderne reconnaît que l’influence funeste sur la muqueuse digestive d’une affection morale triste peut aller au point de causer des indigestions et des phlegmasies , pourrait-on n’accorder aucune influence funeste sur cette membrane aux angoisses prolongées et terribles qui précèdent le dernier supplice ? On dit encore que de simples taches rouges ou brunâtres ne sont pas inflammatoires, parce que l’inflammation ne peut exister sans lésion plus ou moins profonde, et surtout sans épaississement de la partie affectée. A cette objection, nous répondrons avec M. Boisseau qu’il résulte des expériences de Fabre et de Spallanzani que le mésentère peut être enflammé sans s’épaissir. A-t-on d’ailleurs mesuré avec toute l’exactitude possible l’épaisseur d’un grand nombre de membranes muqueuses dans l’état normal? Est-ce à l’augmentation d’épaisseur qu’on reconnaît l’inflamniation du poumon et du cerveau? A quel degré d’épaississement de l’arachnoïde peut-on décider quelle est enflammée? La conjonctive est-elle très sensiblement épaissie dans beaucoup d’oplithalmies (1) ?
Ainsi donc la raison et les faits sur lesquels on s’appuie pour soutenir que de nombreuses taches rouges ou brunâtres, que des rougeurs plus ou moins étendues de la muqueuse digestive n’indiquent pas des traces d’inflammation, tendent plutôt à confirmer qu’à combattre notre conséquence; donc les taches rouges les plus légères des lésions trouvées sur les sujets morts de fièvre intermittente sont elles-mêmes la suite d’une irritation ou d’une congestion inflammatoire de la muqueuse digestive ; à plus forte raison les ulcères, les rugosités, les plaques fongueuses, les
(1) Notes du Traité de l'inflammation de Thomson,
escarres gangréneuses, le rétrécissement du canal intestinal , etc.
Plusieurs médecins , partisans de l’essentialité , ont bien senti la difficulté qu’il y avait à faire produire ces lésions immédiatement par la fièvre et sans l’intermède de l’inflammation ; aussi , pour trancher cette difficulté, tout en conservant l’hypothèse de l’essentialité , ont-ils jugé à propos de convenir que ces lésions ’étaientbien le résultatd’une inflammation, mais d’une inflammation nullement périodique comme la fièvre qu’elle provoque (1), d’une inflammation secondaire, et qui n’est elle-même qu’une complication de la fièvre. Hé bien, admettons pour un instant la prétendue complication , et l’on sera encore forcé de convenir que celte complication existe presque toujours , puisque l’autopsie fait découvrir presque constamment des lésions gastro-entériques; que cette complication est ordinairement une affection de même na-
(2) Un professeur célèbre de riiniversilé de Turin , M. Rnlando , convient « qu’il est prouvé que des lésions inflammatoires ont donné lieu quelquefois à des fièvres intermittentes, mais il n’en est pas moins impossible, selon lui, de concevoir comment les paroxysmes d’une tierce ou d’une quarte simple , pourraient être entretenus par une phlegmasie si occulte que, pendant trente-six ou quarante-huit heures , elle ne donnât pas le moindre signe de son existence, et cela durant des mois, comme on l'observe bien souvent dans les fièvres de ce caractère L’appétit d’ailleurs si fréquent dans l’apyrexie des tierces simples , et signe manifeste du bien-être du canal digestif, prouve suffisamment que ce dernier n’est le siège d’aucun vice ou d'aucune altération inflammatoire ^ comme on veut bien le supposer. * »
Les objections que fait ici M. Rolando à la doctrine physiologique des fièvres intermittentes ne sont-elles pas toutes confirmatives de la vérité de cette doctrine ? puisque, d’une part, il appuie de l’autorité de sa longue expérience le fait principal sur lequel elle repose, et le seul qui soit contesté par les médecins essentialistes, savoir : que la fièvre intermittente peut être \ ciîei à' noo lésion inflammatoire ; puisque, d’autre part, le professeur dont il s’agit ne se trouve en opposition avec nous qu’en supposant justement le contraire de ce que nous soutenons. En effet, nous ne disons point que les paroxysmes d’une fièvre tierce ou quarte soient entretenues par une phlegmasie occulte quelconque pendant les trente-six ou quarante-huit heures d apyrexie d’une fièvre tierce ou quarte. Nous soutenons au contraire que , pendant ce temps, la muqueuse digestive a repris son état normal , et que le retour des paroxysmes fébriles est occasionné par la récidive périodique d’une irritation ou d’une congestion inflammatoire de cette membrane , irritation qui se renouvelle tous les deux ou trois jours , selon qu’elle adopte le type tierce ou quarte. Loin donc de supposer que le canal digestif est vicié ou altéré phlogistiquement pendant l’apyrexie , nous croyons au contraire , avec M. Rolando , que V appétit si fréquent pendant ce temps, est un signe manifeste du bien-être de cet organe, et une preuve incontestable de la disparition ou de l’intermittence plus ou moins complète de l’irritation locale dont les retours ou les redoublements périodiques déterminent les accès fébriles.
* Inductions pf-jsiologiquts'et pathologiques sur les différentes espèces d’excitement et d’excitation, p.l65.
lure , puisque ces lésions sont le plus souvent le résultat d’une inflammation; que cette complication attaque presque toujours les mêmes organes, puisque c’est ordinairement dans le canal digestif qu’on rencontre les lésions dont il s’agit ; que cette complication existe dès le commencement de la fièvre intermittente, puisque, dès le début de cette fièvre, on remarque des symptômes qui indiquent le trouble des fonctions , la souffrance des crânes qu’on trouve lésés après la mort. Voilà donc les partisans de l’essentialité réduits , même avec une concession gratuite, à admettre dans presque tous les cas de fièvre intermittente ou rémittente, deux maladies particulières, savoir: la fièvre essentielle commemaladie principale, etfirritation inflammatoire ou subinflammatoire de la muqueuse digestive comme complication. Ainsi , quand on verra un individu atteint de fièvre intermittente quelconque, l’on dira: Voilà deux maladies distinctes, dont l’une vient compliquer l’autre avec une constance et une obstination d’autant plus surprenantes qu’elles n’ont entre elles aucun rapport , et rien de commun que la faculté d’exister ensemble I Quand on réfléchit à combien de suppositions vagues ou imaginaires on est forcé d’avoir recours pour soutenir que la fièvre intermittente est essentielle et non pas symptomatique des lésions gastro-entériques qui existent en même temps qu’elle , et dont on trouve des traces après la mort , quel est le médecin instruit et libre de préjugés qui pourra s’empêcher de reconnaître que ce sont ces lésions qui provoquent sympathiquement tous les phénomènes qui caractérisent la fièvre dont il s’agit ?
De tout ce que nous venons de dire , il résulte évidemment que la fièvre intermittente n’est jamais ni la cause prochaine, ni la cause éloignée des lésions organiques qu’on trouve sur les individus qui succombent à cette fièvre , mais que ces lésions sont toujours la suite d’une irritation locale. Maintenant nous croyons pouvoir soutenir que la fièvre intermittente elle-même n’est que l’effet des lésions dont il s’agit , c’est à-dire qu’elle est symptomatique de firritation gastro-entérique dont ces lésions nous retracent d’une manière assurée l’existence : donc la fièvre intermittente ne constitue point une spécialité ou une esscntialité morbide, indépendante des organes, mais seulement un groupe de symptômes occasionné par une affection de la muqueuse digestive. Cette conséquence se trouve maintenant déduite des six ordres de preuves tirées de l’analogie , de l’examen des causes ,
de l’analyse des symptômes, etc., que nous venons de développer successivement en terminant par celles que fournit l’anatomie pathologique. II est vrai que celles-ci n’établissent point qu’on rencontre toujours des lésions organiques ou des traces bien marquées d’irritation inflammatoire ou subinflammatoire sur les individus qui ont succombé à la fièvre intermittente ; mais on n’en peut point conclure que cette fièvre soit ou essentielle ou un effet sans cause dans le petit nombre des cas où l’on ne trouve point de traces d’irritation locale, parce que celle-ci peut très bien avoir existé sans qu’on en trouve des traces après la mort, ces traces ayant pu disparaître par suite de ce dernier accident. Combien de catarrhes pulmonaires et vésico-urétraux, combien de blennorrhagies et de dysenteries, de leucorrhées et de diarrhées, etc., ne laissent pas de traces sensibles après la mort , dans des cas où il est impossible de douter de leur existence durant la vie I Le fait de la disparition d’une irritation lymphatico-sécrétoire et inflammatoire n’est pas si extraordinaire ni si rare qu’on n’ait pu l’observer plusieurs fois, soit à l’extérieur, soit à l’intérieur du corps. Nous disons que la disparition d’une irritation sécrétoire et d’une phlegmasie après la mort n’est pas extraordinaire, parce qu’il est facile de concevoir que quand la vie a cessé , quand il n’y a plus de sensibilité exaltée, ni de surcroît d’action organique qui appelle ou retienne les fluides sur une surface irritée, enflammée ; on conçoit , dis-je, que le sang et les humeurs qui se trouvent accumulés vers ce point puissent s’en éloigner peu à peu, soit par l’effet de la pesanteur si la position du cadavre en favorise l’action, parce qu’ils sont enlevés par l’absorption qui, comme on sait, continue encore d’avoir lieu quelque temps après la mort. Nous disons que le fait dont il s’agit n’est pas rare, parce qu’il n’est peut-être pas de praticien qui n’ait observé à l’extérieur des ophthalmies , des érysipèles , diverses exhalations et éruptions cutanées, sporiformes , lenticulaires et autres, encore très marqués pendant les derniers instants de la vie , et qui ont cessé d’être apparents dix-huit ou vingt-quatre heures après la mort. Or, pourquoi de pareils changements n’auraient-ils pas lieu également dans les viscères, principalement sur la muqueuse digestive, qui ne diffère que peu ou point de la conjonctive et qui a tant d’analogie avec la peau? Cette proposition, qu’une irritation quelconque , qu’une phlegmasie en particulier jpeut avoir existé sans qu’on en trouve des traces après la mort ,
n’est pas seulement établie sur des faits évidents et qui se sont passés sous les yeux, mais sur l’opinion de praticiens justement célèbres, parmi lesquels nous pouvons citer Tissot, Morgagni ^ Bichat , Broussais , Portai , Pinel , etc. Tissot , après avoir dit que presque toujours dans l’épidémie de fièvre rémittente bi~ lieuse, l’autopsie faisait voir des lésions dans le canal digestif j. particulièrement sur le duodénum, ajoute : « Si quelquefois on n’a point trouvé la véritable cause de la fièvre , cela ne doit point paraître étonnant à celui qui connaît la sensibilité et l’irritabilité de tout le système intestinal , qui sait combien la mort produit de changements et dans le degré de tension des fibres , et dans les lieux qu’occupent les fluides (1). » Morgagni dit qu’il a vu des pleurésies et des apoplexies qui n’ont laissé aucune trace de phlogose ou de congestion dans les organes affectés. Quâ ratione occidant posterum oculos fugit (2). L’opinion de Bichat est encore plus claire et plus positive à cet égard : a II ne faudrait pas juger, dit-il , de la quantité de sang qui pénétrait le péritoine ou la plèvre enflammée par celle qu’on observe vingt-quatre heures après la mort : l’irritation locale était une cause permanente qui fixait le sang dans la partie ; cette cause ayant cessé , il s’en échappe. Une membrane séreuse peut avoir été très enflammée pendant la vie, et présenter presque son aspect naturel après la mort. J’aurais été tenté souvent de prononcer, d’après l’ouverture des cadavres, la non-existence d’une affection qui avait été réelle. La même remarque s’applique un tissu cellulaire , aux surfaces muqueuses enflammées , etc. Voyez un sujet mort d’une angine qui, pendant la vie, avait donné la teinte rouge la plus foncée aux piliers du voile du palais , au voile lui même et à tout le pharynx ; hé bien ! après la mort, ces parties ont presque
repris leur couleur naturelle (3;.« Mais il fait observer qu’il faut distinguer à cet égard les affections aiguës et les chroniques ; une phlegmasie chronique ne lui paraît plus susceptible de la même disparition, parce que le sang s’étant en quelque sorte combiné avec l’organe affecté , il en fait partie intégrante comme il fait partie des muscles dans l’état sain. Dans les affections aiguës au contraire , le sang , retenu momentanément par l’irritation, s’é“ chappe dès que la vie à laquelle est liée cette irritation a cessé..
(1) Dissertation sur les fièvres bilieuses.
(2) De Sedibus et Causis morborum.
(3) Anatomie générale , t. u.
€es principes, ajoute Bichat, sont susceptibles d’être appliqués à une foule de maladies, et ils sont d’une importance extrême dans les ouvertures cadavériques. Leur négligence nCa souvent induit en erreur dans les commencements sur l'intensité et même l’existence des inflammations aiguës dont les organes que j’examinais avaient été le siège.
M. Portai pense que certaines lésions organiques peuvent avoir existé pendant la vie chez des individus affectés de fièvres intermittentes , sans cependant que l’autopsie fasse voir des traces de ces lésions après la mort , comme on peut en juger par le passage suivant : (f S’il y a des fièvres continues, intermittentes, rémittentes, etc., après lesquelles on n’a pas trouvé des altérations dans le foie, la rate, l’estomac, le mésentère, etc., comme cela est arrivé quelquefois , on ne peut pas conclure que ces organes n’aient pas été affectés. Les malades peuvent être morts avant que les affections des organes indiqués aient produit des altérations très remarquables. Ces observations donc ne prouvent nullement que les organes de la bile et autres n’aient pas été affectés. 11 y a des fièvres si violentes et si promptes qu’elles éteignent le principe de la vie avant d’avoir altéré sensiblement les parties où résidait leur siège principal , lequel pendant la vie avait été indiqué par divers signes (1). »
L’opinion du professeur Pinel n’est pas douteuse à l’égard de la disparition de certaines phlegmasies après la mort, comme on peut en juger par le passage suivant : « Dans les inflammations chroniques de la plèvre, cette membrane éprouve une altération très marquée ; sa rougeur est très manifeste et n’est pas susceptible de disparaître, comme cela peut arriver dans les inp.amînations aiguës. » Et ailleurs, en parlant du croup, il dit encore : « L’augmentation de la rougeur de la membrane muqueuse ne s’observe pas constamment après la mort, quoique tous les autres phénomènes du croup aient existé , soit que l’exsudation albumineuse ait empêché l’engorgement inflammatoire de la membrane muqueuse, soitquela mort en ait effacé les traces (2].»
Enfin , les adversaires de la doctrine physiologique conviennent eux-mêmes que la mort peut faire disparaître des rougeurs et des inflammations qui n’ont duré que quelques heures (3). Or,
(1) Observation sur la nature des maladies du foie.
(2) Nosographie philosoph., t. ii.
(3} Chomel, Nouveau journal de médecine, t. vu.
COMPLICATIONS DES LESIONS GASTRO-ENTERIQUES. 320
c’est précisément ce qui arrive dans le cas de fièvre intermittente dont chaque accès , comme nous l’avons établi précédemment , est le résultat d’une irritation locale courte et passagère, et le plus souvent d’une congestion inflammatoire de la muqueuse digestive.
Il résulte de ce que nous venons de dire qu’on ne peut plus révoquer en doute la disparition d’une phlcgmasie après la mort, et que cette disparition est d’autant plus prompte et •plus facile que la phlegmasie a duré moins long-temps et a présenté un caractère d’acuité et de mobilité plus marqué , comme dans la plupart des irritations périodiques qui constituent les fièvres intermittentes ordinaires. Donc le petit nombre de faits d’anatomie pathologique où l’on n’a point trouvé de traces d’inflammation ou de subinflammation à la suite des fièvres intermittentes ne prouvent point que ces lésions n’aient pas existé pendant la vie, puisqu’elles ont pu disparaître après la mort, d’autant plus qu’elles se trouvent dans les conditions les plus favorables à leur disparition.
ARTICLE III
Des complications des lésions gastro-entériques ou des engorgements DU foie, de la rate, du mésentère, suite des fièvres d’accès.
V Nous venons de parler des lésions organiques , primitives et presque constantes , qu’on trouve chez les individus affectés de fièvres intermittentes et rémittentes ordinaires ; mais les lésions gastro-entériques ne sont pas les seules ; nous en avons fréquemment indiqué d’autres qui se développent dans les viscères abdominaux durant le cours des fièvres dont il s’agit ; tels sont en particulier les engorgements ou diverses altérations de la rate , du foie, du mésentère, etc. Quelques unes de ces lésions sont tellement fréquentes , qu’elles sont devenues, dans l’histoire des fièvres d’accès , un objet spécial et presque unique d’investigation pour quelques observateurs. C’est ainsi que Senac donne une très grande importance au foie dans le développement des fièvres intermittentes , et dans la fréquence des engorgements abdominaux qui en sont la suite. M. Portai, qui s’est toujours particulièrement occupé des maladies du foie, fait jouer le principal rôle au système hépatique dans la théorie des fièvres d’ac-
cès , et dans le nombre des lésions organiques qu’on rencontre sur les individus qui y succombent. M. Audouard et quelques médecins anglais ont donné toute leur attention à l’état de la rate chez les personnes affectées de fièvres intermittentes; et, selon eux, c’est dans cet organe que réside exclusivement le siège de ces fièvres, c’est la rate dont les lésions sont les plus constantes et les plus notables à la suite des fièvres dont il s’agit. On »e rappelle que le célèbre Baglivi, d’après certaines fièvres rémittentes , endémiques dans les Etats romains, ne tenait compte que de la lésion du mésentère , parce que dans l’examen attentif qu’il avait coutume de faire de ce viscère , il lui avait paru presque exclusivement affecté dans ces fièvres, qu’il nomma pour celte raison mésentériques.
Rendons grâce aux observateurs dont la longue et persévérante investigation nous a mieux fait connaître l’état de certains viscères à la suite des fièvres rémittentes et intermittentes ; enregistrons le résultat de leur observation , comme des matériaux sans doute très précieux pour l’histoire générale de ces maladies, mais nullement propres à l’établissement d’une théorie médicale quelconque, parce qu’une bonne théorie doit avoir des bases larges et solidement établies; or, de telles bases ne peuvent être que la conséquence de l’universalité des faits et de l’examen comparatif de tous les matériaux contenus dans les annales de la science et fournis parles observateurs de tous les temps.
On sait qu’on a beaucoup agité les questions suivantes : Est-ce la fièvre intermittente qui produit les obstructions des viscères abdominaux? Sont-ce ces obstructions qui développent la fièvre dont il s’agit ? On a beaucoup disputé sans s’entendre, et sans tomber d’accord , sur la solution qui convient à chacune de ces questions ; mais , avant de les aborder, ces questions , il nous semble qu’il aurait fallu d’abord convenir du sens précis qu’on doit attacher à ces mots si vagues et si impropres à' obstructions , d’c^tgorgement-, d'empâtements du ventre ^ de gâteaux fébriles, et quelle est la nature de la maladie qui constitue ces altérations organiques. Si l’on procède de ce qui est bien connu à ce qui l’est moins , de ce qui est placé à l’extérieur, et qu’on peut voir, toucher , examiner sous toutes ses formes , à ce qui est placé à l’intérieur, et pour lequel on n’a plus les mêmes moyens d’investigation qu’après la mort des malades , on verra que ce qu’on regarde à l’extérieur comme un engorgement, une obstruction,
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suivant la théorie de Boerhaave , n’est que l’augmentation de volume d’un organe quelconque, dont l’irritation provoque un appel et une surabondance de fluides ; ces fluides , par leur qualité et leur arrangement , lui impriment certaines modifications de texture qui constituent , tantôt un clou , un phlegmon , un éléphaniiasis ; tantôt un bubon , un carcinome , un broncocèle , uneparotide, etc., c’est-à-dire tout autant d’irritations inflammatoires et subinflammatoires, dont les caractères varient sui^^ant l’organisation et le degré de vitalité de chacune des parties affectées. Or, la même chose se passe à l’intérieur ; et lorsque le foie^ par exemple , s’engorge , c’est parce qu’un stimulant quelconque^ direct ou indirect , sympathique ou essentiel , dirige vers lui un afflux inaccoutumé de liquides : il ne s’agit donc point d’un afflux sans appel , ni d’un engorgement passif déterminé par la stase du sang , par l’inertie ou la faiblesse des vaisseaux capillaires, qui se laissent dilater et obstruer, comme le veulent les médecins antiphysiologistes ! Il est vrai qu’on ne peut pas toujours reconnaître d’où vient la stimulation ; mais n’est-ce pas le plus souvent parce qu’on ne tient pas assez compte de cette vérité incontestable , qu’il suffit de l’irritation portée à l’orifice du conduit excréteur d’une glande quelconque , pour que l’action de celle-ci soit augmentée et même portée à l’état morbide ? N'estce pas , en effet, ce qui a lieu fréquemment dans le cas dont il s’agit? Et si tous les organes contenus dans l’abdomen ne sont pas également susceptibles de devenir le siège d’engorgements ou d’obstructions durant le cours des fièvres d’accès , n’est-ce pas parce que ces organes sont loin d’être dans un rapport aussi immédiat les uns que les autres avec la muqueuse digestive^ dont l’irri'ation est ordinairement la première et principale source des phénomènes fébriles intermittents? C’est un fait reconnu qu’on voit rarement le péritoine , les reins, la matrice, la vessie, devenir le siège de congestions inflammatoires et subinflammatoires qui constituent les obstructions , tandis qu’elles se développent de préférence dans les organes annexés au tube digestif, et dont les fonctions concourent au grand acte de l’assimilation ; de là ces engorgements hypocondriaques, ces gros^ foies, ces grosses rates , et ce que les Anglais appellent les gâteaux des fièvres intermittentes. Donc les engorgements, les obstructions qui se développent assez souvent à la suite de cest fièvres , constituent des affections tout-à-fait analogues à celles
dont nous venons de parler, et qui ont leur siège à l’extérieur du corps.
La théorie des engorgements dont il s’agit est facile à concevoir , si l’on examine attentivement l’organisation et le mode particulier de vitalité des organes glanduleux annexés au canal digestif ; si l’on réfléchit que les phlegmasies s’y présentent ordinairement sous forme chronique , qu’il leur faut un temps assez long (1) pour se débarrasser d’une congestion même peu considérable de fluides; si l’on réfléchit que ces organes ne se prêtent pas facilement, comme les membranes muqueuses, à cette espèce de surexcitation vitale périodique, de congestion passagère, de flux et de reflux du sang de la peau et des membres dans les viscères , et vice versa , qui constituent tout accès de fièvre intermittente. Mais si, par suite de cet accès, il s’opère souvent une congestion de fluides plus ou moins marquée dans les annexes du tube digestif, ce n’est pas par cela seul que ces fluides abandonnent momentanément l’extérieur du tronc et des membres; car, dans cette supposition, pourquoi toutes ces annexes ne s’engageraient-elles pas en même temps, et dans tous les cas de fièvres intermittentes? Pourquoi trouverait- on le foie et le pancréas spécialement engorgés lorsque c’est la muqueuse duodéiiale qui est affectée , la rate plus promptement obstruée lorsqu’il y a des lésions dans le bas-fond ou la grande courbure de l'estomac, enfin certaines portions du mésentère plus particulièrement altérées, lorsque ce sont les parties correspondantes de la muqueuse intestinale qui ont été diversement lésées ou enflammées? 11 y a donc une cause qui , au moment du reflux du sang de l’extérieur à l’intérieur , appelle plus spécialement ce fluide vers certains organes ; cette cause, c’est l’irritation d’une portion plus ou moins étendue de la muqueuse digestive, et par suite la stimulation qui en résulte vers les organes qui lui correspondent immédiatement.
Mais ce que nous venons de dire n’a point lieu d’une manière si constante que cela ne souffre des exceptions, même assez nom-
(1) « C’est un fait connu par des expériences multipliées , et par l’observa- Uon la plus constante , que les viscères parenchymateux ont un sentiment plus mou , plus obscur que les viscères membraneux, et que la même cause qui produit ordinairement sur ces derniers des infl tmmations vives , ne fait naître le plus souvent, dans les premiers, que des infl immations sourdes, et, pour ainsi dire, des demi-inflammations ou des inflammations lentes.» (ï*ujol, OEuvres diverses de médecine pratique ^ t. i.)
COMPLICATIONS DES LESIONS GASTRO-ENTERIQUES. 555
breuses, et dont il est encore facile de se rendre compte. On conçoit en effet que , quelle que soit la nuance d’irritation de la muqueuse digestive, qui, par son influence sympathique sur les systèmes circulatoire et cérébro-spinal , développe le frisson, les tremblements, les pandiculations et les autres symptômes de la fièvre intermittente ; quel que soit son siège le long du canal digestif, on conçoit, disons-nous, que, par son reflux violent et considérable à l’intérieur , le sang soit obligé de s’accumuler dans le foie et surtout dans la rate, dont le tissu moins résistant s’oppose peu à son gonflement ou à son ampliation ; on conçoit que cette ampliation subite , violente et répétée à chaque accès fébrile , puisse bien souvent devenir la source d’une affection chronique, et quelquefois d’une désorganisation rapide de cet organe. On pourrait ajouter à la cause d’obstruction ou d’engorgement dont nous venons de parler celle qui résulte de l’ébranlement communiqué à tout l’appareil digestif, et de la compression exercée sur lui par la constriction , le resserrement de la peau , et surtout par les contractions plus ou moins violentes des muscles abdominaux, les pandiculations des membres, etc. , qui ont lieu pendant le frisson de la fièvre intermitiente.
Il est vrai qu’on voit des individus conserver des fièvres intermittentes pendant assez long-temps sans qu’il survienne aucun engorgement, aucune obstruction dans les organes annexés à la muqueuse digestive; ce qui peut provenir, soit de ce que les portions irritées, enflammées, de celte membrane ne correspondent pas à l’embouchure de leurs conduits excréteurs , ou se trouvent plus ou moins éloignées de ces organes , soit de ce que la congestion passagère dont ils sont le siège pendant chaque accès fébrile n’est pas portée assez loin pour que l’équilibre fonctionnel ne puisse être rétabli parfaitement durant l’intermission. Mais si par des circonstances opposées , si par la prédisposition de ces organes , l’équilibre ne se rétablit point entièrement entre les accès; si le changement , déterminé par l’accumulation du sang^ dans leur mode d’action organique, persiste assez long-temps pour qu’il reste un premier noyau d’engorgement dans l’intervalle d’un accès à l’autre; alors chaque nouvel accès ne fait que l’accroître , et cet engorgement arrive bientôt progressivement à un volume assez considérable pour amener peu à peu ou'rapidement la destruction des organes dont il s’agit.
De toutes les lésions trouvées dans les annexes du canal diges-t
tif à la suite des fièvres intermittentes , celles delà rate sont sans contredit les plus fréquentes et les plus remarquables ; mais ces lésions ne sont point la cause productrice de ces fièvres, 1» parce que souvent la rate s’engorge ou s’affecte de diverses manières sans donner lieu à des fièvres d’accès ; 2» parce que le mode de souffrance de cet organe est ordinairement chronique , latent; ses lésions se développent d’une manière obscure et sans influence sympathique sur les principaux viscères dont le trouble fonctionnel seul constitue toute espèce de fièvre ; parce que si l’on attaque et guérit promptement les fièvres d’accès, on prévient constamment la lésion de la rate. Pendant trente ans de pratique dans toute la Sologne , M. Latour n’a jamais vu survenir l’engorgement de la rate que chez les individus qui, par une raison quelconque , négligeaient de se faire traiter , et surtout chez les pauvres qui trouvaient le quinquina trop cher. C’est une vérité incontestable que l’engorgement et les autres lésionsjdela rate ne surviennent jamais qu’après un certain nombre d’accès fébriles. Or, Tonne peut pas dire que ces lésions soient cause de la fièvre intermittente , puisque c’est elle qui les précède, et qu’un effet ne peut précéder sa cause; 4® parce qu’on peut guérir les fièvres d’accès compliquées d’affections hépatiques avant que la rate soit rendue à son état normal , et parce que Ton voit très souvent les lésions de cet organe persister après la disparition des fièvres dont il s’agit. Plusieurs praticiens , entre autres M. Latour, ont même observé que quand l’engorgement de la rate était arrivé à un grand développement, presque toujours la fièvre d’accès cessait pour faire place à une fièvre continue, lente et chronique. Sydenham semble avoir fait cette remarque relativement au mésentère quand il dit que, chez les enfants atteints de fièvre d’accès, celte fièvre était près de sa fin, alors que le ventre grossissait beaucoup.
Ce que nous venons de dire de la rate peut s’appliquer également au foie , au pancréas, au mésentère , etc. , pour les divers genres d’altérations que ces organes peuvent présenter à la suite des fièvres intermittentes. Toutefois on n’en conclura point que ces organes , surtout le foie et la rate , ne sont jamais susceptibles delésionsaiguëscapables d’occasionner de la douleur et des'phénomènes sympathiques et fébriles; une telle conclusion serait contraire à l’observation. Nous avons nous-même rapporté précédemment des exemples de splénites et d’hépatites accompagnées de douleur de fièvre symptomatique; mais ce ne sont là que des cas fort