‹ Monographie des irritations intermittentes ou traité théorique et pratique des maladies périodiques ... et ... de tout ce qui offre de l'intermittence ou de la périodicité en pathologieChapitre 68 sur 79 · QUI ACCOMPAGNENT LES FIÈVRES D’ACCÈS · texte numérisé non relu

QUI ACCOMPAGNENT LES FIÈVRES D’ACCÈS

Il y a encore d’autres lésions organiques ou complications qu’on observe assez souvent à la suite des fièvres intermittentes, surtout lorsqu’elles présentent le type quarte et que leurs accès se répètent un grand nombre de fois, ce sont l’anasarque, fhydropisie , particulièrement l’ascite , l’œdème des testicules et des extrémités des membres abdominaux. Il n’est pas rare même que ce genre d’irritation du système exhalant ou lymphatico-sécréloire , ne survienne après un petit nombre d’accès. Lind a observé une épidémie de fièvres intermittentes dans laquelle la plupart des malades étaient attaqués d’hydropisie immédiatement après les premiers accès fébriles. C’est ce qui arrive particulièrement quand le frisson en est vif et prolongé, surtout chez les individus d’une constitution lymphatique, ou qui, par leur position, leur manière d’être, se trouvent dans des circonstances propres à paralyser la réaction vitale qui constitue la dernièrepériode de l’accès soit le reflux du sang et des humeurs qui, des viscères et en particulier de fappareil digestif, se portent à la surface cutanée pour y provoquer la transpiration et donner lieu à des sueurs plus ou moins abondantes. Tel est le cas des individus qui éprouvent des accès de fièvre intermittente hors d’une habitation où ils puissent recevoir des soins, comme en voyage, au bivouac> au milieu de vastes pâturages pour les bergers de la Bresse et de la Savoie. Dans tous ces cas, faute d’un repos et d’une chaleur convenables et propres à favoriser l’exhalation cutanée, presque tout l’accès fébrile se passe en frissonnements et en chaleur partielle ou passagère qui n’amène aucune crise par la transpiration et les sueurs. Il peut arriver alors, suivant la disposition des malades , qu’il n’y ait que peu ou point d’apyrexie , et que

COMPLICATIONS DES LESIONS GASTRO-ENTERIQUES. 345

la fièvre passe rapidement à la continuité; il peut arriver aussi que le déplacement de l’irritation gastro-entérique ait lieu dans les reins par une sécrétion très abondante d’urines briquetées, ou bien sur la membrane péritonéale, où elle provoque une exhalation extraordinaire de fluides séreux, puis dans les bourses et les extrémités des membres abdominaux , d’où résultent l’ascite et l’engorgement œdémateux des parties dont il s’agit. Dans ces divers cas, le déplacement de l’irritation qui provoque l’accès fébrile a toujours lieu de la même manière: c’est toujours une irritation supplémentaire ou critique qui s’opère par le même ordre de vaisseaux sécréteurs ou exhalants; il n’y a de différence que dans le choix des organes ; mais ce choix des organes en apporte lui -même une très grande dans les résultats, parce que l’action des reins ou l’exhalation péritonéale étant portées trop loin , constituent une véritable maladie, aussi grave et même plus dangereuse que celle qu’elle a remplacée par un mouvement critique analogue à celui des sueurs , toutefois avec l'énorme différence que celui-ci reste dans l’ordre physiologique et ne laisse aucune trace matérielle de son existence. Il n’en est pas de même des autres irritations critiques dont nous venons de parler : dans l’ascite , le résidu de la supersécrétion ou du surcroît d’exhalation reste sur place, et devient lui-même un nouveau centre de fluxion aussitôt que l’accès fébrile, dont il a été la suite, se répète ; alors riiydropisie augmente à la fois pendant la première période de l’accès et pendant la dernière; de telle sorte qu’elle arrivera bientôt au point de déranger les principales fonctions organiques et de compromettre la vie des malades ; il en est de même avec des chances moins graves de l’œdème des bourses et des membres inférieurs , à moins qu’il ne disparaisse chaque fois durant l’intermittence, ce qui est assez rare. Quant à l’irritation supplémentaire des reins, bien que le résidu en soit évacué par la vessie , il peut persister à un certain degré, et constituer bientôt une néphrite ou un diabète, comnœ nous en avons rapporté des exemples. Il est vrai que le plus souventl’irritation sécrétoire des reins ou du péritoine, quand elle est très marquée, remplace définitivement et prévient le retour de l’irritation gastro-entérique qui constitue l’accès fébrile. Nous avons rapporté plusieurs exemples de cette mutation morbide ou de ce déplacement critique. Nous citerons encore celui d’une meunière, accouchée nouvellement, qui nourrissait son enfant et se portait parfaitement bien, quand,

544 FiEJTRES INTERMITTENTES ET REMITTENTES.

huit jours après son accouchement, le fracas occasionné par récroulement d’une roue du moulin lui causa tant de frayeur que son lait fut supprimé totalement. Il survint un mouvement fébrile continu qui se changea en fièvre tierce. Les jambes s’infiltrèrent d’abord ; puis au bout de trois semaines il y eut anasarque , ascite , etc., c’est-à-dire plusieurs déplacements successifs d’irritations diverses (1). Nous avons voulu faire connaître ce fait, parce qu’on le donne comme une preuve des maladies humorales I

M. Nepple dit qu’il a vu un individu , âgé de quarante ans, établi depuis peu de temps dans le pays d’étangs comme maître fermier , être guéri spontanément, au second accès d’une fièvre tierce violente , parla formation rapide d’une collection aqueuse dans le ventre. Chez un autre, l’épanchement séreux se fît dans l’articulation du genou (2). Il peut arriver aussi que l’ascite ou l’œdème des membres soient la suite d’une suppression trop brusque ou trop rapide de la fièvre intermittente, soit par une secousse morale, comme nous venons de le voir, soit par l’administration peu méthodique du quinquina.

D’après une opinion assez accréditée en médecine, on soutient que l’ascite et l’œdème des membres inférieurs , dans les cas de fièvre intermittente, sont la suite de l’obstruction des viscères abdominaux ; cette opinion nous paraît sans fondement. Il peut sans doute arriver que toutes ces complications aient lieu en même temps, car elles proviennent de la même cause; mais ce n’est point f engorgement des viscères qui produit l’hydropisie du péritoine et des membres, parce qu’il n’est pas rare que celle-ci précède ou existe sans celui-là; c’est ce qui arrive particulièrement quand la fièvre intermittente n’est pas suivie de sueurs convenables et que la dernière période de f accès ne peut avoir un libre cours par suite des circonstances dont nous avons parlé. L’engorgement œdémateux des membres inférieurs survient fréquemment au contraire quand on arrête la fièvre intermittente et à mesure que f engorgement des viscères se dissipe ; il survient dans bien des cas où ce dernier n’existe point et dans plusieurs circonstances où la fièvre , loin de disparaître spontanément, n’a cédé qu’à faction des remèdes. Dans tous les cas possibles, rien n’empêche de considérer cet œdème consécutif comme un moyen

(1) Rev/ue médicale , 1827,

12) Ouvrage cité.

COMPLICATIONS DES LESIONS GASTRO-ENTERIQUES. 345

dont se sert la nature pour rompre plus sûrement la tendance aux congestions périodiques abdominales, pour prévenir de nouveaux accès et assurer la guérison des malades • car c’est un fait certain que la récidive est moins à craindre tant que l’oedème dont il s’agit existe , et qu’elle a fréquemment lieu s’il vient à disparaître tout-à-coup ou plus ou moins rapidement. On a même vu l’enflure des extrémités inférieures et la fièvre d’accès alterner plusieurs fois successivement. S’ensuit-il de là , comme le veut un écrivain moderne, que cette enflure soit le résultat d’irim stagnation veineuse qui amène celle de la lymphe , puis une grande faiblesse dans V absorption et en dernière analyse Vinfdtration des pieds, des jambes , et d'aune plus ou moins grande partie du corps? Est-il vrai aussi que V engorgement de la rate tienne à la meme cause et nullement à U7ie phlegmasie (1) ? Celte manière de voir ou cette explication , loin d’avoir été méconnue , comme le dit le môme auteur, n’est-elle pas au contraire celle de plusieurs médecins du moyen âge, qui expliquaient toutes les congestions, tous les engorgements des viscères et autres, par la faiblesse organique ou la stase du sang et des humeurs? C’est là une théorie par trop entachée de mécanisme et d’hydraulique pour qu’elle puisse aujourd’hui paraître simple et naturelle ! Depuis l’établissement de la doctrine physiologique, il nous semble qu’il n’est plus guère permis d’admettre des hydropisies , des œdèmes|, des engorgements par pure faiblesse , par défaut d'impulsion de la circulation ascendante , par débilité du système veineux thoraco-abdominal , etc. (2). Non, on ne peut plus croire aujourd’hui que le foie et la rate aient été disgraciés de la nature de manière à être si souvent victimes de leur faiblesse organique ! Vcui-on dire que le système veineux soit plus faible <]ue le système artériel? Peut-on dire qu’il y a faiblesse quand la circulation est gênée ou interceptée dans un point quelconque? Combien de fois n’arrive-t-il pas que la pléthore sanguine locale et générale entraîne plus de lenteur dans la circulation ! et pourtant cette pléthore n’est-elle pas un signe précurseur d’inflammation? Laissons donc là ces mots de force et de faiblesse morbides , qui nous induisent si souvent en erreur et qui ont fait sacrifier des milliers de victimes au brownisme , pour ne voir

(1) Nepple, Essai sur Us fièvres rémittentes et intermittentes,

(2) Id., ibid*

que l’action et le mouvement des organes. Ce mouvement peut être ralenti, activé, troublé, jamais suspendu que par la privation de la vie ; ce n’est pas parce qu’un engorgement est blanc et froid qu’il doit être taxé de faiblesse , pas plus qu’un engorgement rouge et chaud. Les animaux à sang blanc et froid exécutent avec un degré de force et une activité qui leur est propre, les fonctions qui leur sont dévolues, aussi bien que ceux à sang rouge ef chaud. La vie est sous l’influence de modificateurs organiques qui varient à l’infini par leur nature et par leur mode d’action ; mais partout où il y a vie , il y a force et mouvement. Même dans les cas d’obstacles mécaniques apportés à la circulation du sang, l’engorgement qui survient n’est point dù à la stase et à la faiblesse; il est au contraire occasionné par l’activité qui s’établit en tous sens dans les vaisseaux lymphatiques, sécréteurs , exhalants , absorbants, qui se chargent momentanément des fluides que le système veineux ne peut contenir ; ils se gonflent, se déploient , se subdivisent , se propagent en tous sens pour trouver une place ou une issue au surcroît de fluides dont la circulation normale est gênée ou arrêtée ; enfin , l’induration blanche, la dégénérescence subinflammatoire et la mort peuvent parfois en être la suite ; tout comme l’induration rouge , la suppuration , la gangrène, sont souvent le résultat d’un engorgement sanguin ou inflammatoire. Il n’y a pas plus de faiblesse dans le premier cas que dans le second.

Nous dira-t-on que c’est par suite de la faiblesse qu’est survenu l’engorgement œdémateu x des membres abdominaux dans l’ exemple rapporté sous le n® 566 ? Ne reconnaîtra-t-on pas au contraire une irritation subinflammatoire ou lymphatico-sécrétoire qui vient compliquer les accès ou les redoublements fébriles périodiques de la gastro entérite que le sulfate de quinine semble avoir fait passer à la continuité ? Que pense-t-on qu’il y eut à faire dans un cas aussi grave, qui se rapproche sous quelques rapports de celui retracé sous le n® 450? La sécheresse de la langue, la soif vive et continuelle , le pouls petit et fréquent , la pesanteur à l’épigastre , des selles liquides ; tout cela, après l’emploi du sulfate de quinine, ne semble-t-il pas indiquer autre chose que des boissons nitrées et mucilagineuses? Puisque la malade vécut encore douze jours depuis la manifestation de l’enflure, n’aurait-on pas eu le temps de réappiiquer force sangsues , soit sur la région épigastrique , soit au fondement , soit même sur les points les plus

Page 1