COMPLICATIONS DES LÉSIONS GASTRO-ENTÉRIQUES
engorgés des membres abdominaux? Des vésicatoires aux jambes, des frictions sèches et irritantes sur toute la surface du tronc et des membres supérieurs; des boissons rafraîchissantes , acidulées bien plutôt que nitrées, tels sont les moyens qui nous auraient paru convenables en pareille circonstance. La trop grande confiance de l’auteur dans l’efficacité du sel de nitre dans les cas d’hydropisie et d’enflure, ne l’aura-t-elle point porté à abuser de ce moyen chez la malade dont il s’agit ? Nous reviendrons plus tard sur l’usage qu’on peut faire de ce sel dans les cas dont il s’agit ; car nous ne rappelons ici ce fait que pour l’opposer à la théorie hydraulique et asthénique de l’hydropisie et des engorgements œdémateux des membres abdominaux, suite de la fièvre intermittente. Personne, dans ce cas, ne peut penser qu’un engorgement œdémateux, qui s’est terminé par un érysipèle gangréneux, soit dù à la faiblesse ou à la débilité du système nerveux? Ce fait confirme aussi ce que nous avons ditprécédemment pour prouver que ce ne sont point les obstructions des viscères abdominaux, surtout du foie et de la rate, qui causent l’œdème et l’anasarqueàla suite des fièvres d’accès. En effet, dans l’observation dont il s’agit , la non-existence de ces obstructions n’a pas empêché une enflure considérable de se développer dans les membres abdominaux.
Fondé sur toutes les preuves que nous avons successivement développées et que nous avons tirées de six sources différentes, savoir : de l’analogie reconnue généralement entre les fièvres intermittentes et les maladies périodiques, parmi lesquelles nous avons vu un grand nombre de véritables inflammations, soit à l’extérieur, soit à l’intérieur; 2^ de l’examen des causes, qui nous a fait reconnaître quelles sont toutes plus ou moins stimulantes ou capables de produire des inflammations, des subinflammations, et de plus, quelles agissent toujours médiatement ou immédiatement sur la muqueuse digestive ; 3® de l’analyse des symptômes, qui nous a conduit à distinguer, dans le groupe de ceux ejui constituent la fièvre intermittente et rémittente ordinaire , plusieurs signes constants et non équivoques d’irritation gastro-entérique ; 4® de certains modes de tcrm.inaison de la fièvre intermittente, soit pur le développement à l’extérieur ou à l’intérieur de diverses phlegmasies qui la remplacent par un mouvement critique , soit par l’expulsion du tube digestif de corps étrangers, vivants ou inertes; 5» de l’accord du plus grand nombre des auteurs les plus re-
commandables, anciens et modernes, sur le siège de cette fièvre qu’ils indiquent précisément dans les organes dont les symptômes nous ont fait voir le trouble durant la vie, et les autopsies , la lésion après la mort; 6° de la très grande majorité des faits d’anatomie pathologique, qui prouvent des lésions diverses ou des traces évidentes d’irritations inflammatoires ou subinflammatoires dans le canal digestif et ses annexes ; fondé, disons-nous , sur cette masse de preuves, nous n’hésitons pas à conclure, en •thèse générale, que la fièvre intermittente et rémittente ordinaire est toujours symptomatique d’une affection locale, et que cette affection est presque toujours une irritation gastro-entérique dont la nature, la forme, l’étendue et l’intensité varient selon une infinité de circonstances.
1 On vient de voir sur quelles preuves se fonde la théorie physiologique des fièvres intermittentes ; si l’on recherche maintenant quelles sont celles que peut avoir en sa faveur la théorie de l’essentialité de ces fièvres , que trouve-t-on? Rien, absolument rien , si ce n’est le droit d’aînesse et les préjugés. Qu’opposent à la masse de preuves que nous leur présentons , les partisans de l’essentialité , de l’humorisme et de la névrosité? Il opposent à l’analogie, le mépris; aux causes stimulantes et irritantes, une action débilitante ; à la source des symptômes fébriles provenant d’une irritation locale , primitive et ordinairement gastro-entérique , une autre source qui émane d’un principe morbifique, d’une prétendue viciation des humeurs occasionnée par certaines matières putrides , bilieuses , acres , pituiteuses , contenues dans les premières voies; ou qui provient d’un fluide nerveux qu’ils font à leur gré accumuler et voyager incognito partout où ils ont besoin de son action exaltée ou pervertie; enfin ils opposent aux lésions organiques produites par une inflammation ou une subinflammation , d’autres lésions causées par des symptômes essentiels! Ou bien, et c’est ici une objection à laquelle on veut aujourd’hui attacher beaucoup d’importance, on soutient que les lésions diverses, trouvées constamment dans le tube digestif, ne sont point la cause des fièvres dont il s’agit , parce qu’on trouve ces mêmes lésions à la suite de beaucoup d’autres maladies qui n’ont pas présenté des phénomènes de fièvres graves, continues ou intermittentes, surtout à la suite d’inflammations très intenses des organes pulmonaires. Mais cette grande et solennelle objection prouve-t-elle autre chose, sinon qu’il n’y a presque pas de lé-
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sions organiques graves et profondes dans quel point du corps que ce soit , sans que la muqueuse digestive n’y prenne une part plus ou moins active, et ne soit affectée à son tour de diverses manières? Les redoublements, fébriles et périodiques, de certaines phtbisies pulmonaires, ne proviennent-ils pas le plus souvent de cette complication? Cette prétendue objection si formidable se borne donc à énoncer un principe de la doctrine physiologique, bien loin qu’elle soit contraire à la théorie qui fait provenir de certaines nuances d’irritations et de lésions du canal digestif la plupart des groupes de symptômes fébriles graves , ou des fièvres continues et intermittentes essentielles. D’ailleurs, n’est-ce pas également un principe de la théorie physiologique , que toutes ces mêmes fièvres , quels que soient leur forme et leur type , puissent se développer sous l’influence d’une lésion aiguë et plus ou moins intense de tout autre organe que ceux de l’appareil digestif?
Laissons maintenant aux médecins instruits et de bonne foi, aux praticiens libres d’opinion et de préjugés , à prononcer de quel côté est la vérité, et du quel côté se trouve l’erreur. Pour nous , la théorie qui établit qu’il n’existe point de fièvres essentielles , et que la plupart des fièvres intermittentes et rémittentes sont occasionnées par une irritation inflammatoire et subinflammatoire de la muqueuse digestive , celte théorie , dis-je , que nous venons de développer , nous paraît raisonnable , et nous avons la plus intime conviction qu’elle est bien fondée. Nous nous sommes efforcé jusqu’à présent d’en démontrer l’exactitude et la vérité ; si nous n’avons pas atteint notre but , nous engageons une tête mieux organisée et une plume plus exercée que la nôtre à entreprendre celte lâche , et nous sommes persuadé qu’elle y réussira , parce que nous sommes convaincu que c’est l’exacte vérité , et que la vérité ne peut manquer de se faire jour et de triompher, du moment qu’elle sera présentée dans toute sa force , dans tout son éclat. Nous ne voulons pas dire que ce soit avec la plume qu’on puisse résoudre des questions importantes et établir des vérités en médecine; nous croyons au contraire que ce n’est que par une expérience éclairée et une observation assidue au lit des malades et sur les cadavres ; et c’est, parce que nous étions pénétré de cette vérité , que nous nous sommes emparé du résultat de l’observation et de l’expérience de tous les praticiens les plus recommandables , anciens et modernes ; c’est pour cette raison que nous avons recueilli tous les faits les plus importants ob-
servés et publiés jusqu’à ce jour sur les fièvres et les affections intermittentes quelconques , pour les coordonner, les analyser et en tirer des conséquences utiles. Il serait bien avantageux , sans doute, que de nouveaux faits vinssent à l’appui de ceux que nous avons déjà, et surtout qu’ils fussent plus propres à résoudre certaines questions encore douteuses ; mais combien sont rares les praticiens qui se trouvent placés dans des circonstances favorables pour observer le même genre de maladies sous toutes ses nuances de forme et toutes ses variétés possibles I Et combien sont plus rares encore ceux qui veulent faire abnégation d’euxmêmes et du temps consacré aux occupations d’une clientelle brillante , pour mener la vie d’un Bichat, pour se consumer rapidement et tout entiers soit au lit de leurs malades , soit sur Ie« cadavres de ceux que la mort leur ravit! Combien de médecins qui , placés dans des circonstances favorables pour bien observer et faire des autopsies, ne se donnent pas la peine d’interroger les vivants, à plus forte raison n’interrogent-ils pas les morts! C’est néanmoins sous le rapport de l’anatomie pathologique qu’on a tant besoin encore de nouvelles et nombreuses recherches dans tous les genres de fièvres graves, continues, et surtout rémittentes et intermittentes. Quant aux faits que nous possédons, on ne peut pas nier qu’ils ne soient déjà d’un très grand poids, parce qu’ils ont été observés à des époques si éloignées les unes des autres, et par un si grand nombre de médecins, qu’on ne peut pas supposer qu’ils aient été influencés par une théorie dominante, ni qu’ils aient vu ce qu’ils avaient intérêt de voir. Il n’est pas rare aujourd’hui qu’on porte la mauvaise foi jusqu’à révoquer en doute la vérité des faits qui sont propres à tels ou tels médecins, lorsqu’ils les apportent à l’appui de leur opinion ou d’une théorie qu’ils ont embrassée. Toutefois, aucun soupçon de ce genre ne peut planer sur ceux que nous rapportons , parce qu’ils ont été presque tous observés par des auteurs qui ont vécu plus ou moins longtemps avant nous, par des praticiens recommandables et d’une opinion souvent opposée à la nôtre. On ne peut donc raisonnablement en contester ni l’exactitude, ni la vérité.
TRAITEMENT