‹ Monographie des irritations intermittentes ou traité théorique et pratique des maladies périodiques ... et ... de tout ce qui offre de l'intermittence ou de la périodicité en pathologieChapitre 70 sur 79 · DE CERTAINS PRÉCEPTES THÉRAPEUTIQUES ET DU TRAITEMENT · texte numérisé non relu

DE CERTAINS PRÉCEPTES THÉRAPEUTIQUES ET DU TRAITEMENT

Avant d’entrer dans les détails convenables relatifs au traitement des fièvres dont il s’agit, nous dirons deux mots de certaines bases ou de certains préceptes de thérapeutique , généralement reconnus et adoptés , lesquels concourent à appuyer la proposition que nous avons émise relativement à la nature et au siège des fièvres intermittentes. Ces préceptes consistent à traiter chaque accès fébrile , pendant toute sa durée , de la même manière qu’une fièvre aiguë continue, ou comme la première période d’une irritation inflammatoire quelconque , c’est-à-dire par la diète , les boissons délayantes et légèrement calmantes, par des moyens antiphlogistiques plus ou moins actifs suivant les cas, et de n’employer les remèdes prophylactiques , les stimulants amers ou autres perturbateurs quelconques , seulement pendant l’intermission ou durant l’espace de temps qui sépare les accès ; parce que tant que ceux-ci durent, l’estomac est tellement irrité, soitidiopathiquement, soit sympathiquement, qu’il ne pourrait les supporter ni éprouver une surexcitation quelconque , sans que les douleurs ou les angoisses du malade n’en fussent augmentées , sans qu’il n’en résultât des vomissements plus ou moins pénibles. Les préceptes dont il s’agit sont généralement reconnus bons , quelle que soit la théorie adoptée relativement à la nature et au siège des fièvres intermittentes. Tous les praticiens sont d’accord qu’on ne peut les enfreindre sans augmenter les souffrances des malades, quelquefois même sans danger pour leur vie.

- Pour mettre de l’ordre dans ce que nous avons à dire sur le traitement des fièvres d’accès en général , nous diviserons cette importante matière en plusieurs sections : 1° nous verrons ce qu’on doit faire contre les nuances fébriles les plus légères et dans lesquelles l’apyrexie est parfaite, comme dans la plupart des fièvres intermittentes bénignes des auteurs ; 2'’ nous indiquerons comment il faut traiter les mêmes nuances de fièvre lorsque l’apyrexie est à peine sensible , ou lorsqu’il y a seulement une

35^ FIÈVRES INTERMITTENTES BENIGNES.

certaine rémittence entre les accès fébriles périodiques; 3» de là nous passerons aux nuances les plus graves , appelées intermittentes pernicieuses, ataxiques ou malignes; 4® nous indiquerons les modifications diverses qu’exige le traitement des üèvres d’accès en général , quand elles sont accompagnées ou suivies de lésions plus ou moins remarquables du foie, de la rate, du mésentère, du péritoine, etc. ; 5° nous terminerons en exposant le régime, en faisant connaître les moyens ou les précautions à l’aide desquels on préviendra les rechutes ou les récidives si fréquentes dans ces affections.

ARTICLE PREMIER

traitement des fièvres intermittentes bénignes.

' S’il s’agissait du traitement d’un seul accès fébrile, représentant le groupe de symptômes auctuel on reconnaît une fièvre intermittente ordinaire ou bénigne , il est évident que cet accès, ne récidivant pas , constituerait une fièvre éphémère, si peu importante quelle n’exigerait aucun moyen thérapeutique particulier. Il n’est personne qui n’ait éprouvé une affection semblable , à la suite d’un excès de table, par exemple : on ressent quelques frissonnements passagers, suivis de chaleur, de céphalalgie, d’un malaise général, de bâillements, de soif, de dégoût , d’envies de vomir ou d’un sentiment de plénitude et de pesanteur dans la région épigastrique; tout cela disparaît en quelques heures, sans autre remède que de l’eau sucrée et le repos. Supposons maintenant que par un nouvel excès de table , par une affection morale vive , ou toute autre cause , l’irritation gastrique se renouvelle un certain nombre de fois , qu’il s’établisse une sorte 'd’habitude morbide dans l’économie , alors les mêmes phénomènes fébriles continueront à revenir aux mêmes époques avec une intensité plus ou moins grande , et qui peut aller en augmentant si l’on ne fait rien pour en combattre l’intensité , ni pour s’opposer à la répétition des accès fébriles gastriques. Yeut-on .au contraire atteindre ce but? la première indication qui se présente, c’est d’écarter avec soin toutes les causes connues ou présumées, de régler avec sagacité et méthode toüs les modificateurs hygiéniques , de prescrire un régime diététique , des boissons rafraîchissantes , des lavements , des fomentations émollientes sur l’abdomen , le repos du corps, la tranquillité de l’esprit , etc.

TRAITEMENT

Lorsque , durant l’accès ^ les envies de vomir et les efforts de vomissement sont si marqués qu’on peut présumer dans l’estomac quelques matières alimentaires ou autres dont cet organe ne peut supporter la présence à cause de l'augmentation de sa sensibilité, il faut en favoriser le vomissement, soit en titillant l’arrièrebouche , soit en faisant boire de l’eau tiède aux malades ; car, tout comme nous voyons l’œil, irritéou enflammé, ne pouvoir supporter la lumière , son stimulant naturel; do même l’estomac, durant l’accès d’une fièvre intermittente, ne peut ni se débarrasser par un travail digestif convenable, ni supporter sans douleur, les matières qu’il contient ; le vomissement est alors la voie d’expulsion la plus prompte et la plus favorable.

Les moyens fort simples que nous venons d’indiquer suffiront souvent dans les cas de fièvres intermittentes légères , surtout vernales. Se borner dans le principe à leur usage, est le premier précepte qui découle de la théorie physiologique de ces fièvres; etce précepte n’est pas nouveau, puisqu’il aété établi par Hippocrate lui-même, et mis en pratique depuis lui parle plus grand nombre des vrais praticiens. Ce précepte est suivi régulièrement dans plusieurs hôpitaux de Paris , particulièrement au Val-de- Grâce par M- Broussais , à rHôtcl-Hieu par M. lîusson , à la Charité parM. Bouillaud. Mais doit-on, comme le font plusieurs praticiens, qui prennent à la lettre ce qu’a dit Hippocrate, fixer jusqu’au septième accès le temps pendant lequel il faut se borner au régime et aux délayants? Non sûrement, ce précepte n’est point de rigueur; il serait même quelquefois nuisilfie. Ce n’est point pour attendre une crise , encore moins pour que l’économie ait le temps de se débarrasser par la fièvre de tout ce qu’elle contenait d’impur, qu’il convient de n’employer, dans le principe, que des moyens en quelque sorte hygiéniques. On se borne alors à un traitement antiphlogistique peu actif, parce que , dans la plupart des fièvres intermittentes ordinaires, le peu d’intensité de l’irritation locale indique que ce traitement peut suffire pour la dissiper et rétablir l’équilibre des fonctions organiques, sans imprimer à l’économie aucune secousse très marquée, ou sans un traitement actif quelconque. Ainsi, dans les cas les plus simples, dans les nuances les plus légères de fièvre intermittente, traitement durant l’accès presque nul, ou du moins borné à des précautions hygiéniques et à la prescription d’une boisson rafraîchissante , légèrement acidulée etpropre à étancher la soif du

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malade; encore faut-il qu’il la prenne avec certaines précautions, c’est-à-dire en petite quantité à la fois, et sans jamais en gorger son estomac , parce que cet organe ne les supporterait plus], et les rejeterait par des secousses plus ou moins pénibles de vomissement. Après l’accès ou durant l’apyrexie , soins assidus pour écarter toutes les causes , moyens hygiéniques sagement distribués et modifiés suivant les cas ; ainsi il est très à propos dans plusieurs circonstances, surtout si l’on a cette facilité , de changer l’aT et la manière de vivre habituelle des'malades, de prescrire le repos du corps, la tranquillité de l’esprit, puis la diète, les boissons adoucissantes, et même l’eau froide et pure pour boisson ordinaire. Sénac a guéri (1) des fièvres intermittentes qui avaient déjà duré très long-temps , et qui avaient résisté à un grand nombre de remèdes, par l’usage de l’eau pure pour toute boisson et pour tout remède pendant trois ou quatre jours. Le professeur Fodéré a traité avec succès plusieurs fièvres intermittentes , qui avaient résisté à d’amples doses de quinquina, avec du petit-lait seul ou uni à des sucs d’herbe (2). M. Ghomel , par la diète et l’eau pure , a obtenu la guérison d’une fièvre d’accès qui durait depuis un an et demi , et contre laquelle on avait employé inutilement la méthode du tourniquet, les bains de vapeur, le quinquina en poudre et en extrait, les sulfates de quinine et de fer, à des doses môme très élevées (3). Depuis long-temps M. Broussais , et tous les médecins physiologistes , en attaquant de prime abord la plupart des fièvres intermittentes par la méthode délayante et antiphlogistique , parviennent à les guérir assez promptement sans avoir recours aux amers et au quinquina. Chaque année les annales de la médecine physiologique ont rapporté un grand nombre de faits à l’appui de cette méthode. Quand on permet des aliments aux malades , il faut , comme l’indique Celse , ne leur en donner qu’une petite quantité, et d’une autre qualité que ceux dont ils usaient habituellement ; il faut les choisir de facile digestion , et le plus souvent dans le règne végétal. 11 est quelquefois utile de faire prendre de l’exercice aux malades, surtout s’ils n’en prenaient pas avant d’être atteints de la fièvre intermittente. On sait qu’un exercice soutenu quelque temps avant l’accès en a quelquefois retardé ou prévenu le

(1) Ouvrage cité.

(2) Recherches expérimentales sur les fièvres d’accès.

(3j Traité des fièvres.

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développement. On peut, dans certains cas, administrer des bains lièdes. Fouquet , professeur de Montpellier, a fait prendre des bains tièdes à des individus secs et irritables, et, parce moyen seul , les a guéris de la fièvre intermittente. Enfin , il faut faire cesser toute occupation sérieuse , et entretenir chez les malades de douces habitudes, des distractions agréables. Tels sont les moyens bien simples qu’on emploie d’abord contre les fièvres intermittentes bénignes; ce sera l’ensemble de ces moyens qui constituera pour nous le traitement expectant ^ conseillé par un grand nombre de praticiens.

Lorsque , sous l’influence de ce traitement, on a vu quelques accès fébriles récidiver sans le moindre amendement , on peut , si l’apyrexie est parfaite , administrer tout de suite , et sans crainte , le quinquina ou le sulfate de quinine , pour prévenir le retour des accès fébriles ; il n’y a pas de raisons qui puissent alors contre-indiquer l’administration de ce médicament ; et même on aurait pu déjà l’employer plus tôt , si l’on n’eût pas espéré que la fièvre cédât d’elle-même, ou à l’aide de moyens plus simples et non stimulants.

De ce que nous venons de dire , il résulte déjà que la fièvre in^ termittente n'est point utile. Cette proposition cependant, loin d’être admise par tous les auteurs , est même opposée à l’opinion de plusieurs d’entre eux ; en effet quelques uns ont avancé que la fièvre d’accès était un brevet de longévité. Boerhaave , entre autres , dit que ceux qui ont été sujets à la fièvre quarte durant leur jeunesse sont en général parvenus à un âge très avancé. D’autres médecins (et le nombre en est beaucoup plus grand) soutiennent que la fièvre intermittente est dépuratoire ; que la nature s’en sert avantageusement pour débarrasser notre corps de ses impuretés , et qu’il faut, tant que les accès en sont simples et bien réglés , la laisser marcher ; enfin , prenant à la lettre ce que dit Hippocrate (1) , quelques médecins prétendent que l’existence de cette fièvre, surtout de l’intermittente quarte, est elle-même un préservatif contre toute espèce de maladies graves l

Si la première supposition avait seulement quelque vraisemblance , il n’est personne qui ne voulût acheter la longévité par un certain nombre d’accès de fièvre quarte; les médecins surtout , sachant le secret , ne manqueraient pas d’en faire usage

(1) Epidémie^ liv. i, sect. 3.

pour vivre long-temps et pour faire acheter de bonne heure la longévité à leurs enfants I Quant à la seconde supposition , nous ne voyons point encore ce qui pourrait lui donner quelque apparence de solidité ; souvent on voit les hommes les mieux portants, les plus vigoureux, être atteints de fièvre intermittente. Nul doute que les trois quarts de ceux qui éprouvent cette affection n’en soient attaqués au moment où ils jouissaient de la plus parfaite santé; comment concevoir dès lors qu’ils eussent besoin de quelque dépuration? D’ailleurs, s’il était vrai que la fièvre intermittente purifiât le sang ou débarrassât l’économie de toutes impuretés , ceux qui ont eu pendant long-temps cette fièvre devraient être tellement purifiés et sains qu’ils n’auraient plus aucune maladie à craindre? Et pourtant, n’est-ce pas le contraire qu’on observe chaque jour? et ceux , chez qui cette fièvre a été très opiniâtre , ne restent-ils pas ordinairement valétudinaires ou atteints de quelque lésion organique qui les conduit prématurément au tombeau ?

S’il était vrai aussi que la fièvre d’accès préservât des autres maladies graves , il n’y aurait pas de raison pour que toute personne dont la santé serait chancelante ne fût promptement à la recherche d’une fièvre intermittente quelconque, et ne voulût, aux dépens de quelques accès de frisson , de chaleur, de sueurs, etc., posséder un préservatif contre une maladie beaucoup plus grave quelle aurait à craindre. Enfin, s’il était vrai que cette fièvre fût d’une utilité quelconque, il n’y aurait pas de raison pour qu’on pût jamais la guérir ; car toutes les raisons par lesquelles on voudiait essayer de prouver qu’il est bon de ne pas arrêter une fièvre intermittente dans ses commencements, tendront nécessairement à prouver qu’il est bon de ne f arrêter jamais (1) ! Ce ridicule préjugé de l’utilité de la fièvre, et du danger que court le malade quand on la supprime prématurément , est dû , comme le dit très bien M. Boisseau , à ce que trop souvent l’on emploie des moyens qui , agissant avec violence sur les viscères des voies digestives, produisent une puissante diversion, et font, il est vrai, cesser le développement de la réaction fébrile , appréciable à l’extérieur, mais ajoutent au désordre local intérieur , ou même en produisent un autre quelquefois plus dangereux. Dans ce cas , il est évident que la fièvre intermittente est

\on\onnQ y ouvrage cité.

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salutaire, puisqu’elle est moins dangereuse que le remède (1).

La saine raison et l’expérience de la plupart des bons praticiens prouvent qu’il faut guérir la fièvre intermittente aussitôt qu’on le peut. Il ne faut pas conclure de là qu’il faille administrer le plus promptement possible le quinquina, ou tout autre stimulant ; car si l’on peut se passer de ces médicaments , et guérir la fièvre dont il s’agit par quelques jours de régime, de diète, et d’un traitement antiphlogistique léger, ce traitement est préférable ; mais aussitôt qu’on s’aperçoit de l’inefficacité ou de l’insuffisance de ces m oyens, il faut profiter de la première apyrexie pour administrer promptement le quinquina ; toute espèce de retard , dans l’emploi de ce médicament, devient alors contreindiqué ou nuisible. C’est peut-être le plus grand service que Brown ait rendu à l’art de guérir que d’avoir établi le précepte d’attaquer le plus promptement possible une fièvre quelconque , parce qu’elle était toujours un mal. Si cette vérité fut longtemps regardée comme un paradoxe en médecine , il n’en est plus ainsi depuis que la doctrine physiologique a démontré que toute fièvre était symptomatique d’une lésion locale. « Plusieurs médecins, dit J. -P. Frank, attribuent aux fièvres, surtout aux intermittentes , une force capable de produire des effets salutaires. Cette opinion me paraît aussi ridicule que dangereuse. La fièvre est une maladie , et une maladie ne peut jamais être salutaire. C’est là un axiome qui n’a pas besoin de preuves. Je connais beaucoup de personnes qui , à la suite des fièvres intermittentes, ont éprouvé des accidents terribles; mais je ne me souviens pas qu’elles aient guéri , chez aucun malade, une affection antérieure. Les médecins qui attribuent à la fièvre un effet salutaire , se la représentent sans doute comme un animal placé dans notre corps , et qui tantôt met de l’ordre et de l’harmonie dans nos fonctions , et tantôt y jette le trouble et la confusion. Ceux qui admettent une matière fébrile s’en forment une idée à peu près semblable; pour moi, je puis assurer, qu’à l’exemple de quelques médecins célèbres, je cherche à guérir sur-lechamp toute espèce de fièvres, et que cette conduite m’a toujours réussi. Laissons donc aux panégyristes de la fièvre le soin d’en relever les avantages , et contentons-nous de celui de la guérir (2). r

(1) Journal universel des sciences médicales, t. xv.

(2) De curandis hominum morbis. Vienne, 1792.

358 FIÈVRES INTERMITTENTES BENIGNES.

Toutefois, n’y a-t-il pas certains cas où la fièvre intermittente peut être utile , et dans lesquels il est réellement avantageux de la laisser marcher ou de ne point la guérir? Oui, certainement; l’expérience le prouve, des faits l'attestent. Mais voici dans quel sens une fièvre intermittente, comme toute autre fièvre, sans jamais cesser d’être un mal , devient quelquefois un bien : c’est lorsqu’elle remplace un plus grand mal ; c’est lorsque l'irritation qui l’entretient prend la place d’une autre affection beaucoup plus grave; de la même manière qu’un érysipèle , un phlegmon, une éruption cutanée , un abcès , etc., sont quelquefois utiles, lorsque, par une crise avantageuse , ils remplacent une pleurésie, une gastrite, un catarrhe chronique, etc. Hé bien , il en est absolument de même toutes les fois qu’une fièvre intermittente remplace une affection plus grave qu’elle-même , telles qu’une apoplexie , une épilepsie , une pleurésie ou une pneumonie chroniques ; il est alors prudent , il est avantageux de laisser marcher l’irritation fébrile gastrique plus ou moins long-temps , afin de rompre l’habitude, ou de vaincre la tendance qu’avait l’économie à éprouver périodiquement d’autres affections beaucoup plus graves.

Après avoir établi que la fièvre intermittente était toujours un mal, et indiqué dans quel sens elle pouvait être parfois un bien, justifions nos deux premiers préceptes relatifs à son traitement. Nous disons : 1° qu’il faut, dans le principe, s’en tenir aux moyens hygiéniques et au traitement expectant que nous avons indiqués, parce que le raisonnement, d’accord avec l’expérience de plusieurs praticiens anciens et modernes, et parce qu’un grand nombre de faits prouvent que ce traitement suffit le plus souvent pour opérer la guérison d’une fièvre intermittente ordinaire. Nous avons dit qu’il ne fallait rien faire durant l’accès fébrile, bien qu’il soit établi par la théorie physiologique que cet accès est symptomatique d’une irritation viscérale et le plus souvent gastro-entérique. En effet, que pourrait-on faire? pratiquer des saignées? Mais il s’agit d’une fièvre intermittente bénigne dont les symptômes n’annoncent pas de phlétore sanguine, ni d’inflammation grave quelconque. Donner le quinquina? Mais une longue expérience a appris combien il peut être nuisible , administré à cette époque , c’est-à-dire envoyé dans un estomac plus ou moins irrité et brûlant , qui n’appète que les boissons douces et froides, et qui les supporte à peine. Insanum prorsùs esset, dit

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Senac, corticem peruvianam in frigore fehrili exhihcre ; quid sci-^ licet expectari tune potest ah cjusmodi remedio dum constricta j rigida sunt omnia , dum venir iculus ipsam aquain calidam vix ferre potest (1). Administrer un émétique? Mais ce serait forcer l’estomac à des contractions violentes qui pourraient être très nuisibles , qui pourraient rendre l’accès plus intense ou en prolonger beaucoup la durée ; et tout cela pour é^ acucr des matières bilieuses ou pituiteuses, dont la présence est fort douteuse, et qui le plus souvent n’existent pas. Donner des potions calmantes, ingérer des antispasmodiques sous quelque forme que ce soit? Mais ces remèdes ne seront point supportés par l’estomac, dont l’irritation sera plutôt augmentée qu’affaiblie ou modérée par ces moyens. Agir à l’extérieur par des applications émollientes, par des sangsues , des vésicatoires, etc.? Mais ce serait tourmenter mal à propos les malades ; car l’irritation , qui développe l’accès fébrile , arriverait à sa fin avant que l’influence de ces moyens eût pu devenir sensible.

Après avoir, pendant quelques jours , surveillé l’éloignement des causes et réglé sagement les modificateurs hygiéniques, si l’irritation périodique récidive , si les accès se répètent avec la même intensité ou avec une intensité plus grande , nous disons (deuxième précepte) qu’il faut avoir recours promptement au sulfate de quinine ou au quinquina, et qu’il faut l’administrer pendant l’apyrexie , parce qu’ alors l’estomac remplit ordinairement ses fonctions comme dans l’état de santé ; de la même manière que l’œil, dans une ophtbalmie intermittente, exerce librement ses fonctions durant l’intervalle qui en sépare les accès inflammatoires. Le quinquina ou le sulfate de quinine , administré convenablement durant l’apyrexie, guérit ou prévient les accès de la fièvre intermittente J c’est là une vérité établie par des m.illiers d’observations et qu’une expérience de près de deux cents ans n’a jamais démentie , toutes les fois qu’il a été administré à la dose, sous les formes et suivant les règles convenables. Mais si , depuis bien long-temps , on ne doute plus de l’efficacité du quinquina contre la fièvre intermittente ; si , depuis un siècle et demi , on s’accorde assez généralement à ne l’employer que durant l’apyrexie, on n’est pas également d’accord sur l’époque à laquelle il convient de l’administrer, à dater de l’invasion de la fièvre.

(1) Op. et#.

FIEVRES INTERMITTENTES BENIGNES.

Croyant que la fièvre intermittente est dépurative, et se fondant sur le cinquante-neuvième aphorisme d’Hippocrate, Tertiana exquisita septe^n circuitihus ad summum judicatur, plusieurs médecins établissent comme une règle générale qu’il ne faut jamais administrer le quinquina avant que la dépuration ait eu le temps de s’opérer, c’est-à-dire avant le septième accès. D’autres portent plus loin le précepte dont il s’agit, et veulent qu’on laisse marcher toute fièvre intermittente ordinaire, pendantvingt, trente jours , et plus. Déjà nous avons dit ce qu’il était raisonnable de penser touchant cette prétendue dépuration opérée par la fièvre dont il s’agit. Quant au cinquante-neuvième aphorisme d’ÏIippocrate, il se trouve modifié par d’autres qui font présumer qu’il n’y a rien de fixe à cet égard , de l’aveu même du père de la médecine, qui ailleurs [lib. de jiidicatione) ajoute à l’aphorisme dont il s’agit le mot plerumque , et qui dit iCoerc. pronot. sect, 13): Tei'tiana in quinque aut septem circuitihus , aut ad summum in novem judicatur.

]\ï. Léveillé, dans ses Commentaires sur les aphorismes d’Hippocrate, dit qu’il a observé plusieurs fièvres tierces dont les unes se terminaient après trois ou quatre accès , les autres après sept ou neuf accès, d’autres après onze, quelquefois vingt, vingt-sept, et plus , lorsqu’on ne faisait rien pour les guérir. Nous avons déjà vu précédemment qu’il n’y avait rien de fixe touchant le nombre d’accès que pouvaient présenter les fièvres intermittentes ; nous venons d’établir par le raisonnement qu’il ne faut point les abandonner à elles-mêmes , ni les laisser marcher pendant un temps déterminé , jusqu’au septième accès, par exemple. Nous pourrions à cet égard nous appuyer sur l’autorité d’un grand nombre de praticiens recommandables , tels queSennert, Fernel, Baillou, Morton, etc., qui ne respectent point les fièvres intermittentes jusqu’après un certain nombre d’accès. Sydenham n’abandonne à la nature que les intermittentes vernales , et seulement chez les jeunes gens. Torti ne dit point qu’il faille laisser marcher les fièvres d’accès en général et s’en tenir à un traitement expectant jusqu’au septième accès, même dans les fièvres tierces les plus simples , car il emploie souvent, dès les premiers jours, la saignée et le quinquina. Werhof , après avoir rapporté cinq observations qui prouvent qu’on peut supprimer sans inconvénient les fièvres intermittentes dès leurs premiers accès , ajoute ; Cœteri quos decem numéro , ubi similiter corticem a primo paroxysmQ

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obi

dedi yohsequiori satisfuerunt , etjyerfecté constanierque convalucre omnes. Imo vero non liuj us solum mcdicina eam esse felicitatem^ sed et alias medelas post primam statim aeccssionem adhibitas^ felicius , quamvis haud adeo certo ac ipso corlice y opilulari comperinius (l). Sirack et Senac n’ont pas été plus réservés sur l’emploi du quinquina 5 ils ont souvent administré cette écorce dès les premiers accès de la fièvre intermittente, sans qu’il soit résulté le moindre accident de l’administration hâtive de ce médicament et de la prompte guérison de cette fièvre. Voulonne est d’avis qu’on ne peut trop tôt administrer le quinquina dans les fièvres intermittentes ; il dit que , dans sa pratique, il le donne constamment entre le troisième et le quatrième accès. Fizes veut qu’on commence le traitement des fièvres d’accès parla saignée , quelques minoratifs , et qu’on administre le quinquina dès la fin du troisième accès. « J’ai observé constamment, dit Lucadon , que chaque, accès de fièvre intermittente détériorait de plus en plus les digesiions et aggravait la lésion des organes épigastriques ; aussi ai-je l’attention d’arrêter le plus promptement pos-* siblo les mouvements fébriles. Je n’y ai pas été conduit par l’opinion que je viens d’exposer, mais par les observations nombreuses dont elle est le résultat. Je n’ai pas vu, dans dix ans de pratique, une seule personne de quelque âge qu’elle fût , à qui la fièvre quarte , par exemple , ait été utile ; mais j’en ai vu beaucoup, même parmi les enfants et les jeunes gens, à qui elle a laissé des maladies chroniques incurables. Le temps que l’on perd â la préparation de l’administration du quinquina est d’autant plus précieux que les dangers de la fièvre ne font que s’accroître (2). )$ JM. F izeau rapporte plusieurs observations de fièvres tierces et quartes qu’il a attaquées par le quinquina , et supprimées dès le second accès sans qu’il en soit résulté le moindre accident consécutif.

D’ailleurs , n’est-il pas bien prouvé que , quelque simple que soit d’abord une fièvre intermittente, elle peut changer de caractère et devenir très grave? Elle peut se compliquer de quelque autre affection dont elle devient la cause provocatrice ; car chaque fois que l’équilibre des fonctions organiques est rompu par le développement d’un nouvel accès, on peut craindre qu’il

(1) Observ. de fehri intermitt.

(2) Mémoire sur les maladies les plus familières à Rochefort.

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