‹ Monographie des irritations intermittentes ou traité théorique et pratique des maladies périodiques ... et ... de tout ce qui offre de l'intermittence ou de la périodicité en pathologieChapitre 73 sur 79 · TR.VITE.ME-\ T · texte numérisé non relu

TR.VITE.ME-\ T

ror{5ane affecte et la nature et l’intensité de son afreclion, que doit s’attacher d'abord tout vrai praticien s’il veut poursuivre avec constance et avec sécurité un traitement qu’il n’aura commencé qu’après avoir porté un diagnostic aussi réfléchi et aussi sûr que possible. On est beaucoup trop disposé à changer ou modifier le traitement delà meme maladie sur l’apparition de tel ou tel symptôme qui lui est souvent très accessoire, parce qu’on ne se donne pas la peine de reconnaître et de déterminer positivement en quoi consiste la lésion primitive ou principale, ni quelles influences sympathiques très variées et plus ou moins remarquables peuvent en être le résultat.

L’instabilité, l’hésitation, le peu d’accord qu’on voit en général régner dans le traitement des fièvres dites essentielles, chaque fois qu’il se présente quelques symptômes étrangers aux tableaux tracés dans les auteurs, ne proviennent-ils pas de ce qu’on est liabitué àne voir en elles que des symptômes représentant des entités morbides et non des organes malades ? N’est-ce pas par la même raison qu’on est disposé à faire un si grand cas de tous les phénomènes un peu saillants qu’on voit survenir durant le cours de ces maladies , qu’on les transforme parfois en autant d’affections nouvelles qu’on s’empresse de baptiser et d’attaquer d’une manière différente , bien qu’il ne s’agisse le plus souvent que d’une irrégularité de phénomènes identiques , chez des individus très irritables ou dont le système nerveux est très mobile?

Sans doute peu importerait la création de cjuelques noms particuliers et de quelques entités fébriles à part, si cela ne devait influer en rien sur le traitement; mais faut-il, parce qu’uPxe irritation intermittente des organes digestifs porte le nom de pernicieuse syncopale , délirante , comateuse, etc., faut-il administrer force stimulants , associer au quinquina ou au sulfate de quinine le camphre, le sel ammoniac, administrer la vanille , la serpentaire, la cascarille, etc.? Parce qu’une autre s’aj)pclle alyide, faut-il ne s’occuper qu’à réchauffer le malade? Convienl-il de le placer dans un bain chaud, de le tourmenter par des frictions irritantes, par des fomentations sinapisées, delui donner des cordiaux, des sudorifiques, comme dans quelques uns des faits que nous avons rapportés, et comme le conseillent encore quelejues pathologistes modernes (Ij ? Enfin, parce qu’il surviendra,

iS*

(i) Chomel, Traité des fièvres , p. 38G.

4l8 FIÈVRES INTERMTTTF.N TES ET REMITTENTES PERNICIEUSES.

chez quelques malades, du délire, des mouvements convulsifs, faudra-t-il prodiguer l’opium , l’éther, la valériane, le sulfate do zinc, etc., et parfois négliger le remède par excellence, le quinquina, ou l'administrer beaucoup trop tard, comme dans quelques observations rapportées dans le chapitre !«' ? Ce n’est pas aux vrais praticiens que s’adressent ces reproches , parce qu’ils savent , dit Tissot, qu’il ne faut pas donner des stimulants narcotiques ou antispasmodiques pour guérir des insomnies , des délires, des mouvements convulsifs, qui ne sont dus qu’à Finfluence sympathique des organes digestifs irrités et enflammés. In fehribus , inquit Baglivi , quœ vncantiir à niedicis syncopales , singuUiiosœ , (t vertiginosœ , fomes febrills in vcntriculo latet , qui tunicas ventriculi iwllicando et af/îcietido per consensum cor, diaphragma aut caput offendit, iinclè piavfata symptomata (1). En effet , celui qui connaît les nombreuses sympathies qu’exerce sur toutes les principales fonctions de l’organisme la muqueuse [digestive lorsqu’elle est saine , à plus forte raison quand elle est malade , ne peut être surpris si, par suite d’un état inflammatoire que tant de causes morales et physiques peuvent modifier , exaspérer , il résulte parfois et tour à tour les phénomènes sympathiques les plus variés , les plus remarquables et les plus pernicieux , tels que ceux qui caractérisent la pluparfdes fièvres rémittentes et intermittentes , ataxiques , délirantes comateuses , syncopales , typhoïdes et pernicieuses quelconques. Si l’on voulait alors changer de traitement à chaque décoration nouvelle , à tous les changements un peu saillants survenus dans le groupe morbide essentiel , on exploiterait toute la matière médicale pour une seule et même maladie : ainsi dans une gastro-eniérite fébrile , continue ou intermittente, on peut remarquer d’abord quelques symptômes inflammatoires assez marqués pour exiger les antiphlogistiques et les délayants; s’il survient des symptômes bilieux ou muqueux , on prescrira , d’après la plupart des auteurs, des remèdes évacuants, puis des toniques et des stimulants s'il se manifeste quelques symptômes adynamiques ; s’il se joignait à ces derniers des phénomènes nerveux , ataxiques ou typhoïdes, on aurait recours aux stimulants diffusibles, antispasmodiques, calmants, narcotiques , etc. Ne semble-t-il pas ridicule qu’on puisse traiter ainsi par des moyens si différents et tout-à-fait opposés les uns aux

(1) opéra omnia, 1788.

tr\ite:\ient.

4if)

autres, une meme maladie, par la raison qu’elle présente durant son cours des phénomènes variés , ou (juelques nuances do formes plus ou moins saillantes? Hé bien, c’est pourtant ce que font tous les jours encore quelques médecins retardataires delà science ou trop imbus de leurs vieilles routines. On leur verra prescrire successivement , chez le meme malade, d'abord les émissions sanguines et les délayants , puis un émétique ou un éméto-calhartique , puis un purgatif, quand déjà ils ne commencent pas par là, et avant d’en venir aux saignées ou on meme temps que les évacuations sanguines; plus tard, des toniques, des excitants, et enlin toute la série des calmants et des antispasmodiques (1). Et pour qu'on ne les accuse pas d'avoir affaibli le malade par les saignées et favoi isé le développement des symptômes bilieux o\\ muqueux , puis d’avoir augmenté cette prétendue faiblesse parles évacuants, et d’avoir amené Vadynamie ou la fièvre putride; enfin d’avoir, par les excitants et les stimulants qu’on opposait à cette dernière , déterminé Y ataxie ou la fièvre nerveuse, typhoïde, etc. , il faut bien qu’ils soutiennent que ce sont là trois maladies très différentes et distinctes les unes des autres , qui viennent assaillir l’une après l’autre le même malade? Il faut bien qu’ils soutiennent que les états bilieux ou muqueux , que les états adynamiques on putrides , les états nerveux , typhoïdes ou ataxiques , sont des êtres particuliers, des entités pathologiques très distinctes et qui n’ont rien de comm.un entre elles ! On tombera dans de telles erreurs, à l’égard du traitement des affections fébriles en général , tant qu’on voudra voir en elles des groupes de symptômes essentiels et indépendants des organes , tant qu’on sera conduit par de fausses théories à faire la médecine des symptômes , médecine que de tout temps les vrais praticiens ont presque constamment blâmée ou rejetée ; « Ces maladies, qui, à raison de leurs symptômes, semblent varices à Vinfini , dit Eoerhanve , ne dérivent point cependant de sources aussi multipliées, et n'cxiejent pohu une grande variété de médicaments et de traitements. C’est avec raison ,

(1) Nous avons vu, nicmc dans les hôpitaux de la capitale, prescrire tous ces moyens en quelques jours chez le meme malade el pour la môme maladie. Nous avons vu des médecins, qui se vantaient de quarante ans de pratique , prescrire en meme temps, chez le meme malade et contre la même fièvre continue , la saignée , la diète , le petit-lait édulcoré , et le quinquina. Il est vrai que c’était en 1818 et en 1820 : aujourd’hui , grâce aux progrès de la doctrine physiologique , cela ne se voit plus nulle part.

4^20 FlÈvnhS INIER'IITTENTKS ET REMITTENTES l'ERNICIEUSES .

dil Tissot, qu’on tourne en ridicule, et que les gens d’esprit condamnent cette méthode de traitement qui se dirige tantôt vers la tête , tantôt vers la poitrine , tantôt vers les reins et vers le ventre , et qui non seulement ne guérit point , mais encore est extrêmement pernicieuse. »

-Viini, règles générales de traitement pour les fièvres intermittentes ataxiques ou pernicieuses : prompte administration du quinquina ou du sulfate de quinine durant l’apyrexie, en varier la dose et le mode d’administration suivant l’âge et la suscej tibilité des malades ; nécessité dans certains cas, et alors même que l’apyrexie est complète , de faire précéder l’emploi de ce médicament par celui des anlipldogistiques , surtout de la saignée, comme lorsqu’il y a pléthore et menace de congestion vers cjuclque organe important. Lorsqu’il n’y a point d’apyrexie sensible, insister sur ces derniers moyens; administrer le sulfate de quinine par voie d’absorption cutanée ou la poudre de quinquina en lavements si l’irritation du canal digestif ne s’étend pas aux gros intestins. Pour les rémittentes pernicieuses, ne donner le sulfate de quinine par la voie de l’estomac que quand la fièvre dépend de la lésion d’un autre organe que la muqueuse digestive; hors ce cas, n’administrer ce médicament que selon la méthode endermique ; puis, traitement antiphlogistique absolu, saignées, applications répétées de sangsues sur la région épigastrique si l’inflammation paraît résider dans la partie supérieure du canal digestif, et sur la région iléo-cœcale ou au fondement, lorsqu’elle paraît occuper plus spécialement la partie inférieure de ce canal ; ce qui arrive souvent dans nos régions tempérées alors quM survient des irrégularités brusques dans la température et surtout des refroidissements humides. Il n’est pas rare alors de voir s’établir des formes fébriles etrémiltcntes muqueuses, atrabilaires, foiliculeuses , onde voir survenir des dysenteries très opiniâtres nui entretiennent les fièvres d’accès, et qui, comme elles, offrent

des redoublements et des rémissions plus ou moins sensibles et réguliers.

Les autres moyens locaux sont les cataplasmes adoucissants , les fomentations émollientes, les lavements de même nature, les bains , les demi -bains lièdes , les révulsifs aux extrémités ; enfin la diète, lesboisssons gommeuses, délayantes, acidulés ou muciîagineuses , i’éloignemcnt des causes physiques et morales, conupléteront ce traitement dont on ne déviera point pour quel-

quos symptômes particuliers et plus ou moins saillants qui pourraient suryenir durant le cours de la maladie , parce que ces nou^ veaux symptômes, lors meme qu’ils semblent indiquer une affection nouvelle, ne sont, le plus ordinairement, qu’une dépendance de la même lésion locale dont l’influence sympathique est susceptible de varier par une infinité de circonstances relatives à l’âqe, au sexe, à la constitution atmosphérique, aux idiosyncrasies individuelles dont il n’est pas toujours facile de se rendre compte.

II y a cependant quelques symptômes particuliers qui doivent fixer l’attention du praticien et qui indiquent une modification indispensable dans le traitement ; tels sont ceux qui indiquent la présence des vers dans le canal digestif, comme la dilatation des pupilles, la démangeaison des muqueuses pituitaire et anale, les agitations nocturnes , quelques légères secousses tétaniques , l’odeur fétide et aigre des transpirations cutanée et pulmonaire, des douleurs vives, instantanées et comme déchirantes aux pieds, aux gras des jambes , aux poignets , etc. 11 n’est presque pas de phénomènes pernicieux qui , dans les fièvres d’accès , ne puissent être provoqués par la présence des vers dans le canal digestif. Nous avons vu dans la première partie de cet ouvrage des phénomènes nerveux périodiques très graves , occasionnés par cette seule cause chez des individus très irritables. Quand donc ou présume que des symptômes pernicieux sont dus à cette cause, il faut promptement administrer des anthelmintiques huileux et les moins irritants possible. Quand on a procuré l’expulsion des vers on s’empresse de revenir aux adoucissants pour calmer ou dissiper l’irritation gastro-intestinale que les vermifuges auront passagèrement augmentée ; mais la cause principale et matérielle de celte irritation se trouvant éloignée par ces moyens , on verra bientôt cesser tous les accidents et la convalescence se déclarer. ?(ous ne saurions mieux terminer ce qui a rapport au traitement des fièvres rémittentes ataxiques qu’en faisant connaître à cet égard l’opinion très remarquable d’un médecin en chef des armées navales dans la campagne de 1770. a Dans presque toutes ces fièvres ( rémittentes malignes ) l’éréthisme de l’estomac paraissait l’affection dominante ; elle semblait meme la source de tous les autres symptômes de mauvais caractère. Les nausées, les vomituriiions, les anxiétés précordiales, les défaillances, le hoquet, étaient constants dans cette maladie ; mais ils avaient une telle intensité , qu’ils n’étaient dans aucune proportion avec les

422 FIÈVRES INTERlMITrENTES ET RÉMITTENTES PERNICIEUSES.

mouvcmenls fébriles. Lorsque le délire cessait dans la rémission, soit parce que la maladie était moins (rpave , soit parce que la télé partageait moins les désordres qui en étaient la suite, on retrouvait cette inertie absolue , cet abattement exlrcme de Lame qui caractérise le plus grand nombre des fièvres malignes ( aujourd’hui typhoïdes). La saignée était non seulement admissible, mais souvent nécessaire. Il ne fallait pas attendre pour la pratiquer quelle fût indiqui e par l’état du pouls, parce qu’il n'acquérait jamais assez de force et de dureté. Je crois que chez plusieurs de ces malades , on aurait pu lui substituer l’application des sangsues aux tempes ou à l'anus , lorsque l’estomac était le siège principal de la maladie ; cette manière de tirer du sang est moins énervante, considération majeure dans les fièvres dont il s’agit. Les émétiques ne pouvaient pas se placer dans le traitement de cette maladie, l’éréthisme de l’estomac était trop considérable. S’il y avait saburre , il fallait la combattre par les délayants et les correctifs appropriés. 3’ai moi-méme soupçonné dans quelques cas que le caractère malin de la fièvre n’était dû qu’à l’exhibition déplacée de l’émétique ; du moins ai-je vu les symptômes de mauvais caraotère paraître bientôt après. Les purgatifs n’étaient pas plus favorables que les émétiques ; ils étaient contre-indiqués par l’affection des nerfs, et particulièrement par l’éréthisme de l’estomac ; mais on pouvait quelquefois employer les uns et les autres avec avantage dans le déclin de la maladie. Les vésicatoires étaient très utiles pour combattre l’éréthimie de l’estomac ; ils étaient indiqués aussi par les affections de la tête : il était avantageux de les appliquer aussitôt que la congestion commençait à s’opérer ; ils réussissaient mieux pour la prévenir lorsqu’elle était imminente que pour la combattre lorsqu’elle était formée. Quand la saignée était indiquée , il fallait qu’elle précédât l'application des vésicatoires , sans cela ces remèdes étaient insuffisants pour opérer la révulsion du spasme, qui était augmenté plutôt que diminué. Le quinquina [ malgré le type rémittent ) n’était point indiqué; d’ailleurs, l’irritabilité de l’estomac rendait l’impression de ce médicament très dangereuse. Les vrais remèdes de cotte maladie étaient les adoucissants, les émollients , les miicilagineux , les huileux. Ces derniers étaient surtout très utiles lorsqu’on soupçonnait que l’éréthisme de l’estomac était dû en partie à la présence des vers. On devait non seulement recommander aux malades une ample boisson d’une

TRAITEMENT

tisane adoucissante , mais il fallait encore employer les émollients en fomentations et en lavements ; c’était le moyen le plus sûr, parce que le développement des symptômes malins était souvent précédé de quelque cause irritante (l). »

AR'J'ICLE IV.

TRAITÉMFNT PF.S riKVRF.S RFMlTTr.NTFS F.T INTKRMITTKNTFS COMrLîQUKFS D'ENGORGFMF.NTS , d'obstructions, DHYDROnSIF , ETC.

Il nous reste à parler du traitement des fièvres rémittentes et intermittentes compliquées d’engorgements ou d'obstructions ^ comme on dit, des viscères abdominaux, d’hydropisic , d'œdème des extrémités , etc. D’après la théorie que nous avons précédemment développée , il résulte que ces diverses complications sont ordinairement l’effet de la fièvre intermittente ou de l’irritation fébrile périodique delà muqueuse digestive ; il résulte que, dans le petit nombre de cas où le foie, la rate, etc., se trouvaient engorgés par une cause quelconque avant l’invasion de la fièvre d’accès, celle-ci a toujours rendu ces lésions plus graves et plus intenses; il n’y a donc pas de doute qu’il ne faille alors attaquer le plus promptement possible cette fièvre par tous les moyens les plus efficaces , et spécialement par l’administration méthodique du quinquina ou du sulfate de quinine. 11 est vrai que plusieurs médecins ont accusé ce médicament ( le quinquina ) de produire les complications dont il s’agit. Cette accusation n’est peut-êtreque trop fondée, car il n’y a pas le moindre doute que l’administration de l’écorce du Pérou ne puisse aussi devenir la cause efficiente des engorgements abdominaux , de l’hydropisie , etc., quand elle est employée à contre-temps, à trop fortes doses, sous forme peu convenable ou lorsqu’on en continue trop longtemps l’usage. Mais l’emploi du quinquina ne produit de tels effets qu’en augmentant la fièvre ou l’irritation de la muqueuse digestive, en rendant cette irritation plus grave, plus étendue, et par conséquent plus susceptible de se communiquer aux organes qui se trouvent annexés à cette membrane ; tout comme l’usage des sialagogues , poussé trop loin sur la muqueuse buccale, après avoir provoqué un surcroît d’action (les glandes salivaires, finit par les irriter et les modifier au point de produire leur engorgement.

Si l’abus du quinquina peut occasionner des lésions diverses

(1) Lucadou, Observations et réflexions sur les maladies observées dans l’armée navale de 1779.

424 FIÈVRES intermittentes COMTEIQUÉtS.

dans les viscères abdominaux, il n’en est pas moins certain que son emploi méthodique convient dans laplupart des cas de fièvre intermittente , compliquée d’obstruction , d’hydropisie , etc., soit que ces altérations organiques aient été la suite de celle fièvre, soit qu’elles aient précédé son développement , ce qui est fort rare. Il faut donc administrer convenablement le quinquina ou le sulfate de quinine dans presque tous les cas de complications dont il s’agit , parce qu’on ne peut jamais guérir ces complications sans arrêter d’abord les accès fébriles ou les redoublements périodiques de la gastro-eniérite ; parce que tant que ces accès ou ces redoublements se répètent, le trouble qui en résulte , les frissons, suite du refoulement du sang et du reflux de la chaleur de l’extérieur dans les viscères , en un mot, celte rupture d’équilibre des fonctions organiques qui les caractérise, se fait toujours de plus en plus au préjudice des organes déjà affectés d’une manière quelconque. Or, nous avons vu comment il fallait arrêter les accès et les redoublements de la fièvre intermittente et rémittente ; nous avons vu quand et comment il fallait administrer le quinquina et les autres moyens indiqués contre elle; hé bien, on aura recours aux mêmes moyens, on les administrera delà même manière lorsque, chez un individu atteint de fièvre rémittente ou intermittente , il se présentera des obstructions , des engorgements abdominaux , de gros foies , de grosses rates, l’hydropisie , l’œdème des bourses, des extrémités des membres, etc. On ne devra point perdre du temps à prescrire les diurétiques, les fondants, les apéritifs et les désobstruants ; parce que ces moyens, loin d’attaquerle mal dans sa source, augmenteront au contraireles accès fébriles ou l’irritation périodique locale, et par suite favoriseront plutôt qu’ils n’empêcheront le développement des lésions dont il s’agit. La première indication qui se présente, c’est donc d’administrer le quinquina ou le sulfate de quinine , et d’arrêter le plus promptement possible la fièvre intermittente , bien loin de la laisser marcher , de la respecter , de la favoriser, et meme de la rappeler lorsqu’elle s’arrête d’elle-meme. C’est cependant ce qui résulte delà théorie des médecins rétrogrades qui pensent que la fièvre sert à résoudre les obstructions , qu’elle favorise l’action des fondants , des apéritifs, des désobstruants, en échauffant la matière qui doit se fondre, ou en secouant les canaux qui doivent se désobstruer (1),

(1) Bouffer, Essai sur les fièvres intermittentes.

TRAITEMENT

TS’ous pourrions ici , comme nous l’avons fait pour tous les autres préceptes qui découlent de la théorie physiologique , nous pourrions appuyer tout ce que nous venons de dire par l’autorite et l’expérience d’un grand nombre de praticiens recommandables. II y a plus de vingt siècles qu’Hippocrale reconnut luiniémeque rengorgementdes viscères abdominaux etl’hydropisie étaient l’effet des fièvres intermittentes ou le résultat de leur mauvais traitement. On ne pouvait alors accuser le quinquina puisqu’il n’était pas connu. Sydenham soutient que c’est à tort qu’on accuse l’écorce du Pérou, administrée convenablement, de causer des hydropisies et des obstructions, Il les attribue plutôt à l’usage intempestif des évacuants, dont il a plusieurs fois observé les funestes effets. Morton, Torti, Werlhof, Monro , Pringle , Strack, pensent que ce n’est point au quinquina qu’on doit imputer les obstructions et l’hydropisie , mais à la fièvre elle-même, à sa durée et à ses fréquentes récidives. Ces illustres praticiens rapportent plusieurs exemples de fièvres intermittentes accompagnées d’hydropisie , ou compliquées d’obstructions des viscères abdominaux qu’ils ont attaquées et combattues avec succès par l’administration du quinquina. Senac, Cullen , Dumas , Desbois de Rochefort , etc., pensent également qu’il ne faut pas hésiter à combattre de la même manière les cas de fièvre dont il s’agit. Lucadou dit qu’il a donné avec succès le quinquina et la magnésie à des malades bouffis et obstrués; leur fièvre a été dissipée, et leurs obstructions, loin d’en avoir été augmentées , ont ensuite cédé plus facilement aux moyens appropriés. Il soutient qu’il est inutile , sinon nuisible , d’avoir recours aux" apéritifs , aux fondants végétaux ou métalliques les plus renommés contre les engorgements des viscères, tant qu’on n’a pas arreté la fièvre intermittente (1). a On croyait autrefois, dit Tissot, que le quinquina laissait des obstructions et conduisait à l’hydropisie ; on sait aujourd’hui que ce qui obstrue et conduit à l’hydropisie , c’est la longueur de la fièvre. Non seulement le quinquina empêche ce malheur ; mais lorsqu’il est arrivé parce qu’on ne s’en est point servi assez tôt, son usage guérit encore cette maladie (2). »

Le professeur Pinel , Nysten , Carron d’Annecy, M. Double >

(1) 3Iêmoires sur les maladies familières à Rochefort.

(2) Avis au peuple, t. r.

ont observé plusieurs exemples de fièvres intermittentes tierces et quartes qui présentaient des liydropisies , des engorgements ou des obstructions des viscères abdominaux, et qu’ils ont traitées avec succès par les toniques et le quinquina. Garron surtout s’élève avec force contre cette routine aveugle qui s’opiniâtre à fondre les engorgements dont il s’agit par force évacuants, incisifs et désobstruants, tandis qu’elle respecte la fièvre intermittente, source féconde de ces accidents funestes. Ce n’est pas seulement par le raisonnement , mais c’est par des faits bien observés , c’est par le résultat d’une longue expérience, que ce praticien distingué combat les préjugés qui s’opposent encore à l’administration du quinquina dans les cas dont il s’agit. Il fait voir que l’usage de ce précieux médicament , en supprimant la fièvre , arrête du moins les progrès des lésions abdominales , et permet à la nature, secondée parle régime, les diurétiques , et autres moyens convenables, de les dissiper peu à peu.

M. Chauffard , praticien distingué d’Avignon , a recueilli plusieurs faits qui prouvent qu’il faut attaquer le plus promptement possible, par une forte dose de sulfate de quinine, toutes les fièvres d’accès compliquées d’engorgements de la rate ; pendant qu’on administre le sulfate de quinine , ou bien aussitôt que les accès fébriles sont prévenus , on attaque l’engorgement de la rate par des applications méthodiques de sangsues , et réitérées de huit jours en huit jours , tantôt à l’hypocondre gauche , tantôt à l’anus , dont on favorise les bons effets par des bains de siège , des cataplasmes de farine de riz ou de graines de lin : cc Aujourd’hui , dit-il , je ne traite même plus de pareilles fièvres intermittentes sans combiner avec les fébrifuges les évacuations sanguines les plus rapprochées de la rate , et je donne toujours le quinquina en lavements pour que la révulsion ait plus d’efficacité en s’opérant sur une partie du tube digestif moins en rapport de sensibilité et de fonctions avec le viscère engorgé que l’estomac luimême (1). » Il est donc prouvé par un grand nombre défaits qu’on doit administrer le quinquina , et supprimer le plus promptement possible la fièvre intermittente compliquée d‘obstructions et d’hydropisie. âïais il ne faut pas oublier qu’il y a des cas dans lesquels l’usage de ce médicament peut être nuisible, et hâter la mort des malades en donnant plus d’activité aux lésions

(1) Traité des fièvres.

TRAITEMEPÎT.

organiques dont il s'agit. Ces cas , lieiireusement fort rares , sont presque toujours amenés par la négligence des malades à invoquer les secours de l’art, et par l’usage peu méthodique à la fois et trop tardif du quinquina. Il faut en général s’abstenir de ce médicament toutes les fois qu’on peut juger, d’après l’examen attentif du malade et l’analyse des symptômes qu’il présente , que la lésion des viscères abdominaux ne consiste plus dans un simple engorgement ou une tuméfaction plus ou moins considérable de ces organes, mais qu’il y a altération organique profonde, dégénérescence squirrheuse, tuberculeuse ou autre. Ce qu’on peut reconnaître à l’ancienneté de la fièvre et au développement d’une tumeur placée dans l’hypocondre droit ou gauche, ou sur la partie moyenne de l’abdomen , suivant que c’est le foie, la rate ou le mésentère qui en sont le siège ; ce qu’on peut juger à l’accroissement progressif de cette tumeur, à son volume, à sa forme inégale et bosselée , puis aux douleurs tantôt vives et lancinantes , tantôt sourdes et profondes , que le malade y éprouve , surtout au moment des accès fébriles; enfin le trouble des principales fonctions, un état de prostration et de maigreur extrême , la sécheresse et l’àpreté de la peau qui offre souvent une teinte jaune paille, le peu de régularité des accès ou des redoublements fébriles, l’existence presque continue d’une petite fièvre qui mine sourdement le malade, le trouble ou l’altération très marquée des fonctions digestives ; même pendant l’intervalle des accès la langue est épaisse , blanche à son centre et rouge à son pourtour, Vhaleine fétide, l’appétit languissant ou nul, la digestion lente et pénible , la soif toujours plus ou moins sensi^ ble , les urines peu abondantes et sédimenteuses ; l’œdème des extrémités et l’hydropisie augmentent alors plus ou moins rapidement, et le malade ne tarde pas à succomber. Il n’est point nécessaire que tous ces symptômes se trouvent réunis pour reconnaître une lésion grave et déjà très avancée des viscères abdominaux; quelques uns suffisent le plus souvent au praticien exercé pour qu’il découvre l’altération organique dont il s’agit, et qu’il s’abstienne défaire prendre du quinquina à son malade. Cependant il y a des cas dans lesquels il est si difficile d’établir positivement à quel degré d’altération est parvenue la lésion des viscères, que les praticiens les plus instruits peuvent s’y mé^ prendre ; quelques unes des observations rapportées précédemment nous en offrent des exemples : administré dans des cas

428 FIÈVRES lîSTERMITTElNTES COMPLIQUEES.

OÙ la lésion des viscères thoraciques chez les uns, et raltération des viscères abdominaux chez les autres , étaient trop avancées , le quinquina fut plutôt nuisible qu’utile, et hâta probablement la mort des malades. Il faut, en pareilles circonstances, mettre tout le temps et toute l’attention convenables dans l’examen des fiévreux, afin de porter un diagnostic aussi sûr que possible, et s’abstenir de l’usage du quinquina ou du sulfate de quinine quand on le soupçonne inutile ou dangereux. Il y a aussi des cas de lésions organiques plus ou moins graves, dans lesquels pourtant la périodicité des mouvements fébriles est telle qu’on peut fonder de véritables espérances sur l’efficacité del’ccorce du Pérou; il faut alors faire précéder son usage de quelques moyens antiphlogistiques , moyens auxquels on reviendra encore aussitôt qu’on aura obtenu la suppression des redoublements fébriles périodiques. Un régime méthodique et soutenu est encore indispensable pour conduire à terme une convalescence presque toujours très longue et plus ou moins orageuse. Il faudra bien se garder de répondre trop vite aux désirs du malade ; il n’est pas rare que l’administration des amers provoque un appétit qu’il serait dangereux de satisfaire ; presque toujours aussi les convalescents sont impatients de réparer leurs forces par des aliments restaurants , par l’usage de boissons stimulantes et alcooliques ; de graves rechutes suivraient immédiatement de telles imprudences. Un régime diététique plus ou moins sévère est en général indiqué tant qu’on observe quelque noyau d’engorgement ; il faut tromper l'appétit des malades par quelques fruits cuits, compotes de pommes et pruneaux, par de petites soupes aux herbes fraîches, quelques légumes doux et mucilagineux , continuer les boissons délayantes , revenir plus ou moins souvent à quelcpaes petites applications do sangsues sur la région de l’abdomen correspondante à l’engorgement , favoriser les saignées capillaires locales par des demi-bains tièdes et les cataplasmes émollients ; prescrire encore suivant l’état des malades, et pour augmenter faction des fonctions cutanées et sécrétoires qui est presque toujours nulle ou languissante , l’usage des chemisettes de flanelle, des frictions sèches sur toute la surface du corps, des bains tièdes, des lavements, du petit-lait nitré, des décoctions de chiendent , de chicorée sauvage et surtout de saponaire, rendues quelquefois laxatives par l’addition de quelques gros d’un sel neutre de soude, de potasse ou de magnésie;

MOYENS DE LCS PREVENirx. 4^9

tels sont les moyens à l'aide desquels on obtiendra peu à peu la résolution des engorgements abdominaux.

ARTICLE V

DES MOYENS DK PIIÉVFNIU LES DECHUTES, OU DU DKGÎMF. A SUIVRE A LA SUITE UES FIÈVRES RÉMITTENTES ET INTERMITTENTES.

Lorsque, dans les cas ordinaires de fièvre intermittente, on est parvenu à dompter les accès fébriles par l’emploi mciliodique du quinquina, du sulfate de quinine, ou par tout autre moyen, la tâche du médecin n’est pas encore entièrement remplie, à cause de la tendance aux récidives que présentent la plupart des fièvres d’accès et de la prédisposition dos malades à les contracter de nouveau aussitôt qu’ils se trouvent placés dans quelques circonstances favorables à leur développement et sous l’influence de la moindre des causes qui les avaient produites la première fois. Il faut donc donner des conseils aux malades pour leur faire éviter avec soin tout ce qui peut amener ou seulement favoriser le développement de la lièvre d’accès. 11 faut leur faire connaître les précautions qu’ils ont à prendre, les influences nuisibles à éviter, le régime à tenir, en un mot, comment ils doivent user de tout ce cjuiles environne et comment doivent être distribués à leur égard tous les matériaux hygiéniques. Ainsi , on leur défendra d’user de boissons stimulantes, de liqueurs fortes , d’aliments de haut goût, trop épicés et difficiles à digérer, de manger des fruits de mauvaise qualité ou ejui n’ont pas atteint leur parfaite maturité; on leur recommandera de choisir des aliments de bonne qualité et d’en faire un usage modéré ; car il suffit souvent d’une alimentation trop abondante ou trop riche en matériaux alibiles pour développer un certain état de pléthore ou d’excitation générale qui favorise singulièrement le retour de la fièvre intermittente.

On devrait bien se persuader que ces rechutes si fréquentes , dont on se plaint, sont moins l’effet du caprice ou de la bizarrerie de cette fièvre, que du défaut de régime , de la difficulté de modérer certains appétits effrénés des convalescents et de prévenir une sanguification trop abondante. On leur conseillera de ne pas se livrer à des travaux fatigants surtout pendant la nuit , de prendre chaque jour un exercice modéré au grand air et pendant que le soleil est sur l’horizon ; d’éviter les variations brusques de chaud et de froid , surtout binflucncc d’une humidité

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froide même passagère , de se vêtir trop légèrement suivant la saison. On les engagera à changer d’habitation, si elle se trouve placée dans un lieu bas, humide, au nord-ouest, et surtout dans la proximité de quelques étangs fangeux , ou de marais plus ou moins étendus et malsains. Dans le cas où il est impossible aux malades de changer, même pour un temps limité, leur résidence, il faut au moins qu’ils sachent se soustraire autant que possible aux influences funestes dont il s’agit, qu’ils ne sortent jamais qu’aprèsle lever du soleil , qu’ils rentrent avant son coucher, et qu’ils évitent surtout le froid et l’humidité de la nuit. Une cause fréquente de récidives, c’est l’usage abusif et la mauvaise qualité des eaux : le paysan, pendant ses travaux, est fréquemment très altéré, et boit la première eau qui se présente. Outre qu’il devrait s'abstenir d’en boire beaucoup à la fois, il devrait encore l’aiguiser avec quelques gouttes de vinaigre, ou mieux avec un peu d’eau-de-vie, pour qu’elle fut un léger stimulant pour l’estomac et quelle n’occasionnât pas ces sueurs débilitantes et cet affaissement général qui est souvent la suite de l’ingestion d’une trop grande quantité d’eau. 11 y a en outre des précautions relatives aux affections morales, aux émotions plus ou moins vives de l’âme , aux travaux , aux habitudes, dont il importe de tenir compte. Au physique aussi bien qu’au moral , il faut éviter toute fatigue , toute espèce de trouble et toute commotion inattendue et violente quelconque.

Indépendamment des préceptes dont nous venons de parler et qui tous appartiennent à l’hygiène , il y en a d’autres qui sont du domaine de la thérapeutique, et qui ont également pour but de prévenir le retour de la fièvre intermittente : tel est celui qui, d’après l’expérience d’un grand nombre de praticiens , consiste à revenir de temps à autre â l’administration du quinquina ou du sulfate de quinine. On a appelé paroxystiques les époques auxquelles on a reconnu qu’il était avantageux de continuer quelques doses de ce médicament comme moyen prophylactique. D’après Wcrlhof , ces époques doivent varier suivant le type de la fièvre intermittente , parce qu’il a observé que les rechutes ou les récidives de celte fièvre avaient lieu à des intervalles correspondant à la répétition des accès : il a remarqué , par exemple , qu’elles se manifestaient spécialement dans la seconde ou la quatrième semaine à la suite de la fièvre tierce ; qu’ elles avaient lieu, pour la fièvre quarte, dans la troisième ou la sixième semaine à

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