MOYENS DE LES PRÉVENIU
dater de sa suppression. Ce praticien recommande donc d’administrer le quinquina de préférence aux époques dont il s’agit, pour prévenir le retour de chacune de ces fièvres. Sydenham avait déjà fait la meme remarque, puisqu’il conseille de renouveler l’emploi de l’écorce du Pérou tous les huit jours à la suite des fièvres tierces, et tous les quatorze jours à la suite des fièvres quartes dont on veut prévenir les récidives. D’après ces grands praticiens, ce ne sont pas seulement les semaines, mais encore les jours paroxystiques qui doivent être régulièrement observés , parce que les rechutes arrivent presque constamment l’un des jours qui auraient été marqués par des accès si la fièvre n’avait pas été interrompue. Aussi , indépendamment de la continuation du quinquina, recommandent-ils, pendant les semaines et les jours correspondant aux accès ou aux paroxysmes fébriles , de redoubler de précautions et de soins pour éviter tout ce qui pourrait les rappeler.
Il en est de même, selon M. Chomel, pour les fièvres intermittentes qui ont été arrêtées par le sulfate de quinine. Ce professeur pense qu’il faut continuer l’usage de ce médicament à doses décroissantes pendant huit jours pour les fièvres quotidiennes, pendant quinze jours à la suite des fièvres tierces , et pendant un intervalle de temps encore plus long pour prévenir le retour des fièvres quartes. Mais quand on a suivi les principes de la doctrine physiologique dans le traitement des fièvres dont il s’agit , il est rare qu’on soit obligé de continuer plus ou moins longtemps l’usage de ces médicaments; ou , si parfois la prudence semble l’exiger, il suffit ordinairement d’en administrer de petites doses et pendant un nombre de jours très limité. Quant à l’emploi du quinquina , à titre de préservatif, durant les semaines paroxystiques, ce précepte ne nous paraît guère fondé que dans les cas où l’on voit survenir chez les convalescents cjuelques prodromes fébriles, tels que la céphalalgie, un malaise général , des lassitudes , quelques frissonnements passagers, etc. Il y a des médecins qui veulent qu’on continue ainsi , à des époques plus ou moins rapprochées , pendant un mois , deux mois , et même plus long-temps, l’administration du quinquina, toujours dans le dessein de prévenir des rechutes. Mais il faut bien prendre garde de donner trop d’extension au précepte dont il s’agit ; il y aurait des inconvénients très graves à insister trop long-temps sur l’emploi d’un stimulant aussi énergique que l’écorce ^du Pérou. 11
y a aussi, dansla’convalescence des fièvres intermittentes opiniâtres comme de toutes les maladies de longue durée et qui ont beaucoup affaibli les malades , certains mouvements fébriles presque continus, ou qui se renouvellent particulièrement vers le soir , et qui sont loin d’exiger l’emploi du quinquina; ce moyen serait même directement nuisible, parce que ces mouvements fébriles, tenant à une faiblesse générale et à une grande irritabilité des voies digestives , indiquent au contraire qu’on doit donner plus d’attention au régime des malades, qu’il faut être plus réservé sur la quantité et le choix des aliments et des boissons. Souvent il faut supprimer le vin pur ainsi que l’usage de certaines substances alimentaires, et diminuer de moitié ou d’un tiers la somme totale des aliments, qu’il faut alors choisir de très facile digestion. Quelquefois même il faut revenir à la diète et aux boissons délayantes pendant deux ou trois jours.
Plusieurs praticiens pensent que la fièvre intermittente a beaucoup plus de tendance à récidiver lorsqu’elle a été supprimée par le quinquina que quand elle a cédé aux moyens diététiques, délayants et antiphlogistiques. Cette opinion nous paraît assez fondée pour qu’on doive insister sur ces moyens dans tous les cas où l’on peut le faire sans danger, et toutes les fois que les accès fébriles paraissent céder peu à peu à leur emploi méthodique; et cela avec d’autant plus de raisons qu’il est prouvé par l’expérience de M. Broussais et de tous les médecins physiolo- {jistes que, dans les cas assez nomibreux où les fièvres intermittentes cèdent à un traitement purement diététique et antiphlogistique , elles ne sont presque jamais suivies d’engorgements des viscères abdominaux et sont beaucoup moins sujettes aux récidives. C’est un fait que MM. Duplan et Caste ont particulièrement constaté, le premier dans l’île de Corse , et le second à La Rochelle, où cespraticiens ont fréquemment occasion d’observer les fièvres dont il s’agit.
Dans tous les cas de fièvres intermittentes opiniâtres et qui ont clé presque exclusivement traitées par la méthode empirique , il est extrêmement prudent, si l’on veut éviter les récidives, non seulement d’éloigner avec soin toutes les causes occasionnelles , mais encore d’interroger attentivement tous les viscères abdominaux afin de combattre activement toute espèce d’engorgement et d’irritation chron’que qui peut survivre plus ou moins long-temps après la disparition de la fièvre. M. Broussais a souvent observé