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TROISIÈME GROUPE

LES LINOTTES. LINOTACEAE.

Les oiseaux de cette petite famille offrent en général une taille peu forte. Leur queue est toujours assez profondément échancrée. Ils ont les ailes de moyenne longueur, c’est à dire, recouvrant environ la moitié de la queue. La première et deuxiéme des rémiges sont plus longues que les autres, mais elles ne dépassent la troisième que d’une ou de deux lignes. Leur bec est petit, droit, peu long, très conique et pointu. Les pieds sont médiocres. Leurs narines sont cachées sous une toufle de petites plumes plus ou moins longues. Les mäles ont, tantôt le dessus de la tête, le croupion ou les parties inférieures du corps, tantôt l’une ou l’autre de ces régions seules, teintes de rouge plus ou moins vif.

Ces oiseaux habitent les régions tempérées et froides des deux mondes, et descendent en Asie jusqu au Népaul. Ils se tiennent sur des arbres ou des arbustes, où ils construisent leur nids, vivent de toutes sortes de menus grains, et s’eloignent pour la plupart, en hiver, à des distances plus ou moins considérables des lieux de leur résidence ordinaire.

Le genre Linota se divise en deux sections assez naturelles, dont chacune ne comprend qu’un petit nombre d’espèces.

A. LES LINOTTES PROPREMENT DITES. LINOTA, Bonar.

Cette section ne comprend que deux espèces, dans l’une desquelles on distingue deux races. Elles ont les narines recouvertes par des plumes peu touffues et peu longues, et les doigts de longueur moyenne. Dans lune, le mâle a le dessus de la tête et la poitrine teints de rouge, tandis que cette couleur n’occupe, dans l’autre espèce, que le croupion. Elles habitent l’ancien Monde, où elles se trouvent dans l'Europe et la partie septentrionale de l’Asie jusqu’au Népaul; les individus, qui fréquentent en été les contrées froides, émigrent en hiver.

Le nom de Linota a été substitué en 1838, par lPun de nous, à celui de Cannabina, déjà employé en Botanique et proposé en 1828 par le pasteur Brehm pour désigner celte section.

1). LINOTA CANNABINA, Cr. Boxar.

PI. 48, figures du mâle et de la femelle adultes.

List, p. 34, sp. 221. — Fringilla cannabina, Linné, Fauna suecica, sp. 240; Syst. nat., 19me édit., p. 322, sp. 28. — Linaria et Linaria rubra major, Brésson, III, p. 131, sp. 29 et p. 135, sp. 80. — Fringilla cannabina et linota, Gmelin, Linné, Syst. nat., p. 916, p.

67.— Ligurinus cannabinus, Koch, Baier. Zool., I, p. 281, sp. 145. — Passer cannabina et papaverina, Pallas, Zoogr., IT, p. 26 et 27, sp. 194 ef 195. — Cannabina linota, Gray, Gen. of Birds. — PL. enl. 485, 1 et 151, 2.— Gould, 191.-- Naumann, pl. 121.

Rostro fusco , Clongit. 4 lin.) ; capite cineraceo ; dorso badio ; remigibus et rectricibus nigris, albo marginatis. Mas: fronte et pectore laete rubris. Ex Europa, Syria.

Longueur totale, 5”.— Aile, 2’ 40" à 3” 1”; pointe de l’aile, 11°”. — Queue, 2; pennes internes, 1” 9°”.— Bec: longueur, 4”; largeur, 2}; hauteur, 3°”. — Tarse, 6;"".— Doigt du milieu, 5}; ongle de ce doigt, 23”. — Pouce, 5”; ongle du pouce, 5°. Bec, couleur de plomb. Pieds, bruns.

Le mâle adulte au printemps. Front et partie antérieure du sommet de la tête, jabot et une partie de la poitrine, d’un rouge ponceau ou vermillion plus ou moins vif. Occiput, nuque, côtés du cou et joues, d’un gris-cendré lavé de brun jaunâtre. Freins, une raie surciliaire, une tache au centre des joues, et la gorge, d’un blanc jaunâtre. Au milieu de la gorge, deux raies longitudinales d’un gris noirâtre. Poitrine, flancs et croupion, d’un brun jaunâtre châtain, foncé vers le centre des plumes, clair sur leurs bords. Bas-ventre et couvertures inférieures de la queue, d’un blanc assez pur. Couvertures supérieures de la queue, noires, largement bordées de blanc. Manteau, scapulaires, couvertures de l’aile et rémiges tertiaires, d’un brun marron plus ou moins clair. Rémiges noires; celles du premier ordre, bordées de blanc à leur moitié basale. Pennes de la queue noires, bordées de blanc; les bords des barbes internes excessivement larges.

Les mäles en hiver offrent des teintes plus claires et moins pures; le rouge du jabot et de la tête n’occupe que la partie basale des plumes et tire ordinairement au carmin pourpré; les plumes du manteau enfin ont leurs bords très clairs et tirant au blanchätre.

Les femelles et les jeunes ressemblent au mâle en hiver; mais ils n’offrent jamais la moindre trace des belles teintes rouges qui ornent plus ou moins le mäle dans toutes les saisons.

La Linotte habite en été toute l’Europe méridionale et tempérée depuis [l'Italie jusqu” aux parties méridionales de la Norwége. On la trouve également dans l’Asie mineure et en Syrie, et les individus rapportés de cette dernière contrée offrent en général des teintes un peu plus rives et plus pures. On trouve cet oiseau sur les montagnes comme dans les plaines, partout où il existe des brousailles ou de petits bois. Il se nourrit de graines de toutes sortes de plantes, telles que le lin, le millet, le chènevis, la rabette etc. Sa voix d’appel est composé d’un son dur, bref, plusieurs fois répété et qu’il fait même entendre en volant; son chant au contraire est assez agréable, varié et sonore. Il niche dans des buissons, sur des arbres, dans des touffes d’herbes ou de plantes aquatiques, ou même sous les toits des maisons. La ponte a lieu plusieurs fois par an, depuis le mois d’Avril jusqu’ en Août; elle est de quatre à cinq oeufs d’un blanc tirant au vert-bleuâtre, avec des points ou de petits

{raits clair-semés d’un rouge pâle ou foncé, rouge-noir ou gris-violet. En automme, ces oiseaux se réunissent par bandes souvent très nombreuses, viennent visiter les plaines ou toutes sortes de lieux qui leur offrent des moyens de subsistance, et émigrent, dans les pays où le froid devient intense, pour passer dans ces parties de lPEurope, où les rigueurs de l’hiver se font moins sentir.

2.) (1a) LINOTA FRINGILLIROSTRIS , Boxap. n. se. PI. 49. figure du mâle adulte.

Linotae cannab. peraffinis , sed rostro longiore, robustiore. Ex mont. Nepal.

Bec : longueur , 44°”; largeur, 2?”; hauteur, 57”.

Cette Linotte qui habite le Népaul forme une race de la Linotte ordinaire, dont elle ne se distingue que par un bec un peu plus long et un peu plus robuste. Les teintes rouges des individus mâles que nous avons examinés, sont en général plus vives que dans les linoites d'Europe et d’un rouge ponceau très brillant, tandis que le brun du dos est plus clair. La Linotte du Népaul diffère moins sous ce rapport de celles qui viennent de la Syrie, mais dont le bec offre les mêmes dimensions que celles, de PEurope.

8). (2) LINOTA MONTIUM, Cr. Boxar. PI. 50. figures du mâle et de la femelle.

List, p.34, sp. 222. — Linaria montana, Wllughby, Ornith. p. 191. — Fringilla fla- Yirostris ? Linné , Fauna suec., sp. 239; Syst. nat., 12m édit., p. 822, sp. 27.—Fringilla montium, Gmelin, Linné, I, II, p. 917, sp. 68, except. syn. sub lilt. B. — Cannabina flavirostris, Degland, Ornith. europ., I, p. 233, n°. 94. — Roux, Orn. prov., pl. 93. — Naumann, pl. 122. — Gould, Birds of Europe, pl. 192.

Flavo-fusca; supra et pectore lituris nigris; rostro brevi, flavescenti. Mas, uropygio rubro. Ex Europa sept.

Longueur totale, 4". — Aile, 2” 8” à 2" 9”; pointe de l’aile, 8”. — Queue, 2”; pennes mitoyennes, 1” 8”. — Bec: longueur, 57”; largeur, 2°”; hauteur, 25. Tarse, 64”. — Doigt du milieu, 4f”; ongle de ce doigt, 23". — Pouce, 27; ongle du pouce, 23”.

Bec, très petit, conique, pointu, jaune de cire. Pieds, d’un brun tirant un peu au rougeâtre.

Le mâle en été. Croupion, d’un rose carminé terne. Plumes des autres parties supérieures, des joues et des côtés du cou, bordées de jaune brunâtre et offrant au

milieu une tache longitudinale noire; cette teinte claire prend sur les côtés du

manteau, une nuance plus ou moins forte de brun châtain. Plumes nasales, freins, une raie surciliaire, et toute la gorge jusque sur le milieu du jabot, d’un jaune brunâtre pur. Cette teinte se prolonge aussi sur les côtés du jabot et sur les flancs, mais elle y est interrompue par des taches longitudinales d’un noir brunâtre. L’abdomen et les couvertures inférieures de aile sont d’un blanc plus ou moins sensiblement lavé de jaune brunâtre. Pennes et plumes de laile et de la queue, d’un noir tirant au brun pourpré, mais ornées de bordures d’un jaune brunâtre; ces bordures sont assez larges sur les pennes mitoyennes de la queue et sur les scapulaires, et se répandent sur toute l'extrémité des grandes couvertures de Paile, où elles sont très claires.

Les femelles et les jeunes ne se distinguent des mäles adultes que par le manque complet de rouge au croupion et par leurs teintes en général un peu plus pâles.

La Linotte montagnarde habite en été les parties septentrionales de l’Europe; c’est à dire le nord de la Russie, la Laponie, la Norwége et PÉcosse, et elle ne vient visiter, réunie par bandes plus ou moins nombreuses, l’Europe tempérée qu’en hiver, s’égarant jusque dans la Suisse, la Lombardie et le Midi de la France. Elle est alors commune en Hollande et dans plusieurs parties de l'Allemagne, mais rare dans d’autres parties, comme en France. En été, elle se tient de préférence sur les montagnes ou rochers dénués d’arbres et couverts de broussailles ou d’arbustes rabougris et clair-semés. Elle construit son nid sur des rochers ou, tout près du sol, dans de petits buissons. Ses oeufs, au nombre de six, sont semblables à ceux de la Linotte, mais un peu plus petits, et présentent souvent une teinte générale d’un beau vert-bleu. Son chant est agréable et paraît être un mélange de celui du tarin et de la linotte.

B. LES SIZERINS. ACANTHIS, Keyser. ET BLasius.

Les espèces de cette section offrent entre elles la plus grande aflinité, et elles sont absolument formées sur le même type. Elles ont le bec petit, comprimé et recouvert, à sa moitié basale, par un faisceau de plumes raides, longues, dirigées en avant et cachant les narines complétement. Leurs doigts sont très courts. Les deux sexes ont le sommet de la tête orné, dans tout les âges et en toute saison, par une calotte d’un rouge très vif, et le mâle a en outre, dans la saison des amours, la poitrine et le croupion teint d’un beau rouge plus ou moins intense.

Les Sizerins habitent en éte les parties les plus froides des deux continents, qu’ils quittent ordinairement en hiver pour passer la mauvaise saison, souvent réunis en bandes nombreuses, dans des régions plus tempérées.

Le nom de Linaria, employé déjà par Gessner pour désigner l’espèce commune de ce genre et la Linotte, ayant été de tout temps appliqué à un genre de plantes, M. M. Keyserling et Blasius Pont changé, en 1842, en celui d’Acanthis; mais ces auteurs y comprennent également le tarin et le chardonneret.

Les différentes espèces et races de ce sous-genre ont été souvent confondues entre elles. Quant à l'espèce à queue un peu alongée du Groënland, à laquelle differents noms ont été appliqués, il est très facile de la reconnaître ; mais il n’en est pas ainsi des deux

races du Sizerin ordinaire, ces oiseaux présentant des variations très sensibles dans leur taille, de sorte que certaines individus font, pour ainsi dire, le passage d’une race à lautre. Pour éclaircir complétement leur histoire, il nous faut, de la part des ornithologistes qui habitent les contrées où nichent ces oiseaux, de nouvelles observations sur la distribution géographique du Sizerin ordinaire ainsi que de ses deux races.

1). ACANTHIS CANESCENS.

PI. 51. figures du mäle et de la femelle adultes.

Linaria canescens, Gould, Birds of Europe, pl. 193. — Linaria Hornemannii, Hollbüll, dans Kroyer, Naturhistorisk Tidskrift, IV, 1843, p. 398. — Fringilla borealis, Temm., Manuel, III, p. 264 (ex parte), et IV, p.644.— Linota canescens, C4. Bonap., List, p. 34, sp. 223.

Major (long. 51 poll.); cauda mediocri; rostro brevi; unguibus celongatis. E Groenlandia. ,

Longueur totale, 5}".— Aile, 5” 2”; pointe de Paile, 4".— Queue, 2” 5°”; pennes internes, 1” 11°”. — Bec: longueur, 51°” à 4"; largeur, 2”; hauteur, 5°”. — Tarse, 6,°".— Doigt du milieu, #4”; ongle de ce doigt, 35°”. — Pouce, 27”; ongle du pouce, 4”.

Bec petit, brun en été, en hiver d’un jaunâtre passant au noiratre sur le dos des mandibules. Pieds d’un brun-noir.

Le mâle adulte en été. Sommet de la tête, d’un beau rouge ponceau brillant. Freins et une large tache sous la mandibule inférieure, d’un noir peu foncé. Toutes les parties inférieures d’un blanc, lavé un peu de rose carminé sur la poitrine, le jabot, la gorge et le bas des joues, où cette couleur prend insensiblement une teinte jaune brunâtre, qui s’étend également sur les joues. Croupion, d’un blanc pur, sans taches et lavé, par derrière, de rose carminé. Les plumes des autres parties supérieures, bordées de blanchätre lavé de jaune brunâtre sur le cou et les côtés du manteau, et pourvues, chacune, au milieu, d’une large tache pointue noirâtre. Pennes et plumes des ailes et de la queue, d’un noir brunâtre, avec des bords blancs, assez larges sur les rémiges tertiaires et les couvertures de l’aile, et occupant toute l’extrémité des grandes couvertures. Couvertures inférieures de l'aile, blanches.

Le mâle en hiver offre en général des teintes moins vives, et on ne lui voit, dans cet habit, des traces de rougeätre que sur le croupion.

La femelle ressemble en général au mâle en hiver, mais elle n’offre du rouge, ni sur le dessous du corps, ni sur le croupion; et cette partie est d’un blanc moins pur et interrompu par des taches longitudinales foncées.

Les jeunes de l’année offrent le même système de coloration que les femelles, mais

toutes les parties antérieures du corps sont fortement lavées de jaune brunâtre, et le rouge du sommet de la tête est moins étendu que dans les adultes.

Cette espèce est facile à reconnaître à sa queue plus longue que d'ordinaire, à son petit bec, à ses ongles plus alongés, à sa poitrine très légèrement teinte de rougeâtre et à son croupion dépourvu de taches foncées dans les mâles adultes.

Elle habite, suivant M. Hollbüll, en été, les parties froides du Groënland, au delà du 69° Lat. bor., et ne visite les parties méridionales de cette contrée que dans la saison froide, sans cependant quitter cette terre. Elle construit son nid dans des buissons, et ses oeufs ressemblent à ceux du Sizerin. Sa voix offre certaine analogie avec celle du Jaseur.

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