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I. CARACTÈRES DISTINCTIFS

Ls Mélasides sont, en général, des insectes de forme oblongue ou allongée, assez souvent cylindrique, ou même un peu conique, rappelant par leur faciès tantôt certains Elatérides, tantôt certains Buprestides. Malgré cela, la position verticale de leur tête, qui est assez enfoncée dans le thorax, leur donne une apparence spéciale qui permet de les reconnaïître facilement. Leur taille, en général petite, arrive rarement à dépasser 20 mm. * Leur couleur varie du brun pâle au noir, le plus souvent est uniforme, et ne prend jamais la teinte métallique que l’on trouve chez quelques Elatérides.

La tête, toujours fortement verticale, rapproche davantage ces insectes des Tryxagides et des Buprestides. L'épistome est grand et infléchi, rétréci à sa base par les cavités antennaires, ce qui lui donne une forme trapézoïdale dont il ne s'écarte que très rarement, et encore, ce n’est que légèrement qu'il s’en écarte. De plus, et ceci est très important à noter, chez ces insectes, l'épistome continue directement la courbure du front, tandis que chez les Elatérides, cette courbure ne se continue plus directement sur l'épistome, mais se trouve sur un plan inférieur. Enfin, tandis que le

1. Ceci ne s'applique qu'aux espèces de notre faune. J1 s'en rencontre de plus forte taille dans les faunes des régions tropicales ; cependant aucune ue dépasse 30 mm.

de te caractères pour la distinelion des nel aussi à la distinction des sexes. me Le rs est Hipremans articulé, ne porta :

lors tout saut di et se april pi chez lesquels, cependant, la mobilité du prothoraz coup plus grande.

en un nent de mentonnière. En arrière, ;l se en une saillie plus ou moins forte, qui se Encore

brement. Les Mélasides, toutefois, se distinguent facilement des Elatérides par cette saillie, pour ainsi dire partagée en deux parties, l’une inférieure, concolore au reste du prosternum, l'autre supérieure, plus ou moins dirigée en arrière et en haut, d’une couleur ordinairement moins foncée *. Remarquons, en passant, que chez les Elatérides, insectes qui sautent beaucoup mieux que ceux qui nous occupent, ce mucro n'existe plus, ou, du moins, quand il existe, ne se présente qu'à l’état rudimentaire *.

Le prosternum offre le plus souvent des sillons antennaires de deux ordres distincts : l’un en dedans, tantôt formé par les sutures prosternales excavées, tantôt juxtasutural ; l’autre, en dehors, plus ou moins rapproché du bord externe

1. C’est cette partie de la saillie que les auteurs, à la suite de Shiôdte, appellent #ucro-sallatorius.

2. Il est intéressant de noter ici comme, de la meilleure foi du monde, les auteurs se contredisent entre eux sur des détails pourtant bien faciles à vérifier. Ainsi, dans une étude de M. R. W. Van Horne sur les larves de Mélasides — étude dont je’ reparlerai plus loin—, je lis ceci : « Le seul caractère qui sépare les Mélasines des Klatérides repose dans l'insertion des antennes à l'extrémité du front. L'appareil saltatoire est présent, mais ordinairement si peu développé qu'il n’est pas possible à ces insectes de bondir dans l’air.» De son côté, M. de Bonvouloir écrit dans sa monographie “ Pour nous, le ##cro-sallatorius ne serait vraiment bien développé que chez les Eucnémides (Mélasides) qui sautent beaucoup moins que ies Elastérides, etn’existerait qu'à l’état rudimentaire chez ces derniers. En définitive, le ##cro-saltalorius serait plutôt un modérateur du saut, caractère qui donnerait plus de yaleur encore à la séparation que nous voulons faire. Du reste, ce mucro-sallatorius ne peut avoir de valeur pour le saut qu'à une condition, c’est que le prothorax ait une grande mobilité ; aussi, voyons-nous que les Buprestides, qui tous ont une saillie prosternale distincte, souvent très développée, ne peuvent pas sauter malgré cela, parce que leur prosternum est immédiatement appliqué contre le mésosternum. Les Throscides (Tryxagides) chez lesquels le prothorax commence à être mobile et où le ##wcro-sallatorius est cependant bien développé, ne doivent pas sauter pour cela, parce que le sillon mésosternal ne possède pas la petite fossette qui sert de point d'appui »...

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des propleures. Dans ju pattes ces si sentent que tout à fait exceptionnellement 4 Agrilus; ils existent constamment chez les Tryx chez les Elatérides, nous ne les retrouvons q | lement chez quelques genres.

L'abdomen est composé de cinq segments distincts dont les deux premiers ne sont pas s Les trochantins ne sont pas apparents ; les.

que les mêmes formes.

IT. Leurs MŒuRS

chées le jour ie qui se dérobènt fétienientt gré tite taille et à leur livrée peu voyante. à

En Europe, quelques auteurs se sont occu question, entre autres Schiodte et tout particul Perris qui, pour le Kvré: RAREsE de viconr

Latr. et d'Eucnemis capucinus Ahr. ÿ En Amérique, peu d'auteurs se sont occupés

: logical Society of Philadelphia ” contient, aux pages 112 et 113, la description des larves de Fornax badius Melsh. et de Fornax orchesides Newm., nos deux espèces les plus communes, avec figures, par M. Osten-Saken. Le travail le plus intéressant et le plus complet que nous trouvions sur ce sujet, aux Etats-Unis, est probablement celui de R. W. Van Horn, publié dans les ‘“ Proceedings of the Entomological Society of Washington ” (vol. xi, 1909, pp. 54-60).

Quelques auteurs ont pensé que certaines larves de Mélasides sont carnassières et vivent dans les galeries creusées par d’autres larves auxquelles elles font la chasse. Ils ont basé leur opinion sur le fait que la cavité buccale de ces larves présente une ouverture si petite, qu'on ne peut l’apercevoir qu'avec la plus grande difficulté. Dans son admirable étude sur la larve de Farsus unicolor Melsh. :, Ed. Perris démontre très bien que cette raison n’est pas suffisante pour établir semblable opinion; d’ailleurs il prouve, aussi bien en s'appuyant sur leur structure anatomique que sur de nombreuses observations, que ces larves sont pour la plupart xylophages.

Nous allons donc passer en revue, en puisant largement dans l’intéressante étude de R. W. Van Horn, dont j'ai parlé plus haut, les espèces les plus connues de notre faune.

On peut diviser ces espèces en deux groupes distincts, celles qui se creusent des galeries dans les bois encore verts et solides, et celles qui vivent dans les bois ramollis par la décomposition. À part celles-là, il y en a quelques-unes qui ont été trouvées sous l'écorce de conifères morts ou gravement atteints; parmi ces dernières on peut mentionner les espèces appartenant aux genres Deltometopus, Épiphanis et

1. Monographie de la famille des Eucnémides, par M. le Vicomte Henry de Bonvouloir, p. 43.

Anclastes. Mais comme on ne connaît pas encore les larves …

de ces espèces, il est difficile d'établir si ces larves se creusent ou non des galeries.

On a été plus heureux avec Tharops ruficornis Say; oma, pu en étudier la larve, et M. R. W. Van Horn en a donné une

très bonne figure dans,son étude. “A specimen of the work of

T.ruficornis in Cornus florida, écrit-il, showed that the larvæ had completely severed the trunk almost as nearly as 1f done by a saw, though not as regularly, as it required nearly a dozen larvæ to accomplish the feat. This presents an eco

nomic side, as this beetle, when numerous, as it sometimes is in hard-wood forests along the coast and along the border

of streams, is quite capable of doing considerable damage.

It makes a broad gallery, extending deep into the wood, yet so shallow as often to escape notice unless the beetle has

emerged, when a small round hole will be seen. . . One cha= racteristic of this group of borers im sound wood, and one

which is rather unusual in coleopterous larvæ, is the fact that at no time can any trace of ejected boring be found

around the host plant. They seem to work in complete secre- … cy, the boring being packed behind the larva as it cuts its .

way through the wood, and the mine always is wide enough

for it to turn around.” Je me rappelle avoir pris, en juin.

1903, dans les environs de Montréal, au delà d’une quarantaine d'adultes de cette espèce, pour la plupart des femelles,

sur la partie fraîchement coupée d’un tronc d'érable; comme:

je ne m'occupais pas, à cette époque, de l'étude des larves,

je n’ai pas eu la curiosité d’en chercher dans cet arbre; je le regrette. Il m'est souvent arrivé, depuis, de trouver isolément des individus de cette espèce, toujours sur la partie fraichement coupée des arbres abattus; mais je n'ai pas eu.

la bonne fortune d'y découvrir de larves.

Les espèces du genre Nematodes: vivent aussi dans les

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bois verts; elles y creusent des galeries différentes : ces galeries, au liew d’être, comme celles de Tharops ruficornis, larges et un peu aplaties, sont petites, de forme ovale ou même parfaitement rondes; en général elles sont creusées parallèlement aux fibres du bois, tandis que les autres le sont transversalement ; elles ne sont pas en ligne droite, mais offrent des courbes plus ou moins fortes et dans toutes les directions.

Les genres Fornax et Microrrhagus vivent dans les bois ramollis par la décomposition; les larves y font des galeries plus ou moins distinctes, selon la période avancée de décomposition du bois; ces larves sont généralement de complexion plus forte, et sont aussi plus fermement chitineuses que celles qui vivent en bois vért; la tête offre une cavité buccale plus petite, à peine perceptible, même au moyen d’une loupe.

Voici comment je pourrais résumer la biologie, encore trop peu étudiée, de ces insectes. Il n’est pas facile de dire où la femelle dépose ses œufs; cependant par la forme même de l’ovipositeur, il est probable que c’est, à la manière des Cérambycides et des Buprestides—avec les larves desquels les larves des Mélasides offrent tant de points de ressemblance, dans les craquelures des écorces. Immédiatement après leur éclosion, les jeunes larves se font leur chemin vers l’aubier. Ceci ne s'applique, bien entendu, qu'aux espèces vivant en bois vert. Là, elles se mettent à creuser leurs galeries vers le cœur de l’arbre. Comme, en général, ces larves n’ont qu’un semblant d’épistome et de labre, et que le jeu horizontal des mandibules est si peu sensible, qu’on peut.le considérer comme nul, il ne faut pas croire qu’elles se creusent leurs galeries à la façon des autres larves xylophages : elles y arrivent plutôt par frottement au moyen de leurs plaques cornées que par morsure, ce que prouve le temps relativement long qu’elles prennent à leur travail d’excavation.

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Ces larves sont apodes, n’ont ni pseudopodes ni de ces bourrelets que présentent presque toutes les autres larves lignivores: on conviendra qu’elles n’ont guère besoin d'or-

ganes de locomotion bien énergiques pour parcourir en n deux ans et plus une galerie d’à peine une couple de pouces

de longueur. Mais il est nécessaire pourtant, afin de lutter contre la résistance des bois qu’elles doivent user, puis tri-

turer, qu’elles puissent avoir de solides points d'appui: la nature les leur a donnés: ils résident dans le mamelon char nu, extractile, qui se trouve à la face dorsale du premier …

segment, et surtout dans les innombrables aspérités, incli=.

nées en arrière, dont leur corps est couvert. Lorsqu'elles le

veulent, leur corps ridé se dilate, il s'accroche de toutes … parts aux parois lisses de la galerie qu’elles creusent et le | mamelon prothoracique sert comme point d’appui spécial au racloir qui travaille, en même temps que de secours à l'action de ce levier. Ces larves opèrent ainsi dans l'ombre pendant deux années et plus; puis, le temps venu, elles se transforment en nymphes: ce stage ne dure que quelques jours.

L’éclosion des adultes semble avoir lieu particulièrement en

mai et juin; il m'est cependant arrivé de trouver des individus de Fornax orchesides Newm. fraîchement éclos en juillet et même en septembre.

Après la description très détaillée de la larve de Fornax “

badius, le baron R. Osten-Sacken ajoute : : “The flat, sharp … edged, denticulated head of the larva of Fornax with its connate parts of the mouth, apparently capable only of almost imperceptible motions, and the small oval opening, render it very probable, in my opinion, that these larvæ pierce the skin of other wood-boring larvæ and suck the

1. Proceedings of the Entomological Society of Philadelphia, Vol. 1, 1861, p. 114. “he

contents of their body. In this respect they would only resemble their congeners, the Elaterideous larvæ, some of which are known to be predaceous.” Cette opinion est assurément erronée; d’ailleurs l’absence de pattes et la lenteur de locomotion de ces larves les rendent impropres à la chasse des autres larves. L'immobilité apparente de leurs mandibules ne saurait les empêcher d’être xylophages, ainsi que nous l’avons vu pour les larves de cette famille creusant en bois vert, d'autant plus que celles de Fornax, de Deltometopus, de Stethon et probablement aussi de Dromæolus, recherchent de préférence les bois en décomposition.

C’est quand on s’arrête à l'étude de la vie larvaire et aux nombreux mystères qu’elle recèle, que l’on comprend bien l'immense chemin qui reste à parcourir pour arriver aux confins de la science entomologique. Il n’y a pas lieu de désespérer, cependant, si l’on considère surtout que cette science est sans contredit celle qui, de nos jours, compte le plus de travailleurs infatigables.

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