‹ Monographie des Parrocel; essaiChapitre 3 sur 7 · SURNOMMÉ DES BATAILLES · texte numérisé non relu

SURNOMMÉ DES BATAILLES

Peintre et Graveur (1).

Joseph Parrocel , le plus jeune des fils de Barthélémy Parrocel et de Catherine Simon, s'est illustré par le talent de peintre des batailles ; il naquit le 3 octobre 16/Î6 (2) dans la ville de Brignoles , en Provence. Joseph Parrocel n'avait que douze ans, lors du décès de son père , qui ne lui laissa pour tout héritage que son talent (3). Il alla trouver en Langue-

(1) D'Argenville.

(2) Extrait des registres. (Arhard) , tous les autres biographes le font naître en 1648.

(3) Dictionnaire Beaux-Arts. — Lacoml)e, 1753.

doc sou frère Louis Parrocel qui y exerçait avec distinction l'art de la peinture ; ce fut de lui qu'il en reçut les premières notions , mais il le surpassa bientôt. Après un séjour de trois ans , il se déroba de la maison de son frère et vînt à Marseille où il peignit quelques intérieurs de vaisseaux, laissant par ce simple essai bien loin derrière lui les artistes les plus consommés dans ce genre de travail.

Malgré son vif désir d'aller en Italie, ayant appris que son frère Louis Parrocel était à Paris, il en prit à son tour la route. Il comptait que ce frère lui procurerait une entrée facile chez les artistes en réputation dont le commerce lui paraissait nécessaire à son avancement ; son espoir fut déçu : Louis Parrocel , après une dangereuse maladie , était retourné à Avignon , sur Tordre des médecins. Joseph resta donc livré à luimême , sans perdre courage.

Les grands peintres de Paris qui connurent bientôt le talent de Joseph Parrocel et ses merveilleuses dispositions, ne purent lui refuser leur estime et leurs conseils pendant les quatre années de séjour qu'il fit dans la

capitale; ses travaux lui furent une ressource suffisante pour se passer des secours de sa famille.

Joseph Parrocel retourna ensuite en Provence à l'âge d'environ vingt ans et passa de là en Italie. Rome fut la première ville qui l'arrêta. Courtois dit le Bourguignon, célèbre peintre de batailles , y était alors en grande estime, il se mit dans son école et suivit ce genre de peinture vers lequel il se sentait entraîné ; la vigueur des tableaux de Bourguignon ne le frappait pas moins que la fierté des figures de Salvator Rosa, qui peignait presque toujours des gens de guerre, et il étudia également ce maître avec ardeur.

Le Bourguignon charmé des progrès de Joseph, lui accorda son amitié, conduisit son travail, et lorsqu'il se séparèrent il l'assura qu'habile comme il était dans un âge si peu avancé, il pouvait espérer de devenir un grand peintre.

Au sortir de Rome, Joseph parcourut les principales villes d'Italie, Venise fut celle où il demeura le plus longtemps, il en étudia les célèbres coloristes et l'on peut dire qu'il en profita tout le cours de sa vie.

Sans négliger le détail , Joseph Parrocel considérait l'efifet d'un tableau comme la partie la plus essentielle, il fallait, selon lui , frapper rimagination de la foule et fixer son attention par des jeux de lumière bien ménagés et par des compositions fougueuses et hardies.

Huit années passées en ItaHe , dans un travail continuel , l'amour qu'il avait pour ce pays, où il trouva beaucoup de travaux à exécuter et de hautes protections, l'avaient presque décidé à s'y établir , lorsqu'une fâcheuse aventure l'en fit sortir promptement. Sept ou huit assassins apostés par des hommes jaloux de son mérite et de sa réputation qui allait toujours grandissant, -l'attaquèrent la nuit, en passant sur le fameux pont de Rialto. Il ne dut qu'à son courage et à une vigueur extrême le bonheur de sortir sain et sauf des mains de ces misérables.

Joseph revint donc en France, où plusieurs personnes de considération l'attirèrent pour la seconde fois à Paris , en IC'o. Résolu de s'y fixer, il s'y maria six mois après. Les applaudissements que les connaisseurs donnaient à ses ouvrages, inspirèrent à Parrocel

le désir d'être de l'académie de Peinture. Il s'y présenta et fut agréé le 29 février 1676. On lui donna à représenter, pour son tableau de réception, une vigoureuse sortie de Maëstricht, repoussée par les Français, pendant le siège de cette ville ; Louis XIV y paraît sur le premier plan, animant par sa présence et son courage tous ses soldats, qui sont dans un grand mouvement. (Selon M. Villot , ce tableau est actuellement à Versailles). Joseph Parrocel fut reçu le 14 novembre 1676, membre de ladite académie royale de Peinture et de Sculpture, et nommé conseiller en 1703.

Lebrun, dont l'esprit ombrageux craignait toujours des rivaux, éloigna de la composition un certain nombre de tableaux de Joseph Parrocel, représentant les conquêtes de Louis XIV, et qui devaient être exécutées en tapisseries des Gobelins. Il craignait trop le fracas de son coloris ; celui de Vander Meulen se rapprochant davantage du sien, il fit choisir ce peintre.

Le marquis de Louvois, informé du mérite de Joseph Parrocel, lui fit peindre un des quatre réfectoires de l'hôtel des Invalides ; ce ^ont des conquêtes de Louis XIV. Le conten-

tement qu'en eut ce ministre fut marqué par de nouveaux ordres pour les châteaux de Marly et de Yersailles où Ton voit plusieurs sujets de bataille qui auraient attiré sur Parrocel de sensibles effets de sa protection, si une prompte mort n'eut enlevé ce ministre.

Lorsque M. Mansard fut nommé surintendant des bâtiments du roi , Parrocel présenta le passage du Rhin qui lui avait |été commandé pour le château de Marly ainsi que quatre dessus de porte.

Indépendant et fier il négligea de faire sa cour à ce haut fonctionnaire, pour lequel il avait exécuté précédemment plusieurs tableaux dont il n'avait pu être payé. Parrocel le fit assigner, condamner par corps et le fit arrêter dans son carrosse. Le surintendant peu accoutumé a de pareils procédés de la part des artistes et pour se venger de lui, fit mettre à l'écart son tableau. Mais Louis XIV étant à Marly, demanda à le voir, il en fut tellement satisfait qu'il ordonna qu'il fut placé dans la chambre du conseil à Versailles, et en présence des seigneurs qui l'entouraient, il assura à Joseph Parrocel que ses ouvrages lui fesaient beaucoup d'honneur et qu'il était charmé de les voir.

Joseph n'eut plus dès lors à subir aucune tracasserie. Le roi lui commanda encore les tableaux qui ornaient la salle à manger à Versailles , et cinq autres dont l'un est la représentation de la Foire de Bezons et les Quatre parties du inonde. Sa Majesté fit présent dans la suite, de ces derniers tableaux à M. le comte de Toulouse.

Ce peintre fort laborieux travaillait avec une grande facilité , il consultait en tout la nature, extrêmement soigneux dans l'apprêt de ses couleurs, ses teintes sont d'une grande fraîcheur , souvent il employait l'or en poudre, il a quelquefois enchâssé des pierreries dans ses cuirasses sans que son coloris en ait souffert la moindre atteinte.

On ne peut, dit d'Argenville, auquel j'emprunte cette notice, montrer plus de génie et plus de feu qu'il n'en fait paraître dans ses tableaux. Avec une touche plus élégante et plus légère , joint à un coloris surprenant , à un pinceau ferme et assuré et à d'admirables effets de lumière , on aperçoit souvent l'attention qu'il avait de conserver à propos limpresion de la toile, et s'il n'a pas eu une sévère correction dans sa manière de dessiner, il a su, mieux que personne , exceller

dans les grands coups de lumière et dans des compositions aussi riches que variées. Jh Parrocel est nouveau dans tout ce qu'il a produit ; on ne peut l'accuser d'avoir suivi aucun goût ; le ressouvenir de tout ce qu'il avait vu ne nourrissait plus son génie ; il tirait tout de son propre fond ; dans ses tableaux de batailles , tout est mouvement , il donne à ses soldats une action propre à exprimer le vrai courage, et le tout ensemble offre aux yeux, cette horreur si nécessaire à la représentation de pareils sujets. Il n'a jamais suivi , comme le Bourguignon et Vander Meulen, les camps et les armées ; au sujet des tableaux de ce dernier où selon lui les soldats ne portent pas leurs coups avec assez de fureuf, il disait que ce peintre ne savait pas tuer son homme.

A ces heureux talents, Joseph Parrocel joignait l'amour des belles lettres et une parfaite connaissance de l'histoire sainte et profane , il cultivait la poésie , il avait même composé des cantiques qu'il chantait en travaillant lorsqu'il était seul. Pieux sans affectation, trop franc, trop sincère pour être courtisan, exact observateur des lois, charitable envers les pauvres, il a soutenu avec

honneur, quoiqu'avec une fortune très bornée, une nombreuse famille.

Ce peintre était d'une taille au-dessus de la moyenne. Il avait le regard doux et assuré, la physionomie heureuse ; l'égalité de son esprit, une aimable conversation, le faisaient aimer et visiter des seigneurs français et étrangers. Ses talents ne se bornaient pas à peindre des batailles, des marches d'armées, des chasses, des paysages, il peignait encore le portrait, l'histoire et des sujets de caprice. Il abandonna cependant l'histoire , pour s'adonner complètement au genre dans lequel il s'est illustré.

L'Académie reçut de lui avec plaisir, en 1696, une suite de la Vie de Jèsus-Chrisl, qu'il avait gravée à l'eau forte et dont la première édition, tirée à un petit nombre d'exemplaires, se composait de 60 pièces, sous le titre de : les Mystères de la vie de Jèsus-Cfii'isl, et les Miracles de la vie de Jésus-Christ. A la deuxième édition, retouchée au burin par lui-même, Joseph Parrocel, en fit deux suites, l'une de 24 pièces et l'autre de 40.

M. Robert Dumesnil , dans son Peintre- Graveur Français, a décrit toutes ces pièces.

ainsi que divers sujets de guerre et les

Quatre heures du jour, gravées également par lui, formant un total de 90 pièces diverses. Quelques erreurs dans ces descriptions ont été commises par M. Robert Dumesnil. M. Prosper de Baudicour me les a signalées, il doit les rectifier dans son prochain volume.

D'Argenville, en parlant de ces eaux fortes, dit qu'on y retrouve une intelligence surprenante de la lumière, un feu, une imagination vive qui soutiennent dignement la réputation que Josepii Parrocel s'était faite, d'un grand coloriste.

Voici comment s'exprime M. Robert Dumesnil sur le même sujet :

« Joseph Parrocel a gravé à l'eau forte , d'une pointe spirituelle , mais moins légère que pittoresque. Les estampes que nous allons décrire, dans lesquelles il a su rendre tout le prestige du clair-obscur de ses tableaux ; leurs épreuves d'eau-forte pure, feront à tout jamais le charme des peintres et des amateurs ; mais celles retouchées au burin de sa main , si heureux qu'aient été les changements faits à ses compositions de premier jet , ardentes comme sa pensée, impé-

tueuses comme son génie, n'ont pas obtenu la môme faveur, la plupart témoignent trop, en effet , de son peu d'habileté à gouverner l'outil.»

La vie de cet excellent homme , dit d'Argenville, fut terminée par une attaque d'apoplexie qui le surprit en se mettant à table, en l'année 1704, à l'âge d'environ cinquantesept ans. On le porta à l'église St-Sauveur , sa paroisse ; il fut inhumé en face de la chapelle de St-Joseph (1).

De ses nombreux enfants, ceux qui se distinguèrent le plus , furent Charles Parrocel, peintre de Louis XV , son élève , ainsi que Jean-Joseph Parrocel, devenu plus tard chevalier de St-Louis et ingénieur en chef du port et de la ville de St-Malo.

Ses autres disciples étaient François Silveslre de l'Académie, peintre de paysages, et ses deux neveux, fils de son frère Louis, établi à Avignon ; Ignace-Jacques Parrocel et Pierre Parrocel.

(t) Acliard prétend que Joseph Parrocel mourut à Aix le 1" mars 1704 et qu'il fut inluimé a l'i'i'libe St- SauYCur ; j'ai feuilleté les registres de ladite parroisse ainsi que ceux des autres églises d'Aix et je n'ai rien trouve qui coniirniece fait.

La coutume de dessiner de Joseph Parrocel était de se servir d'un trait de plume et de laver au bistre ou à l'encre de Chine, en couvrant le lavis de hachures assez négligées et un peu croisées, en relevant le tout avec du blanc au pinceau, ce qui fait un aussi grand effet que ses tableaux ; ses figures , ses chevaux sont bien dessinés, tout est touché avec esprit, avec feu , cependant un faire tout différent de celui de Bourguignon et de Vander Meulen servira à le faire distinguer de ces deux grands maîtres.

Dans une église de Dunkerque , à la chapelle de la communion , on voit de lui un sujet de l'apocalypse, ce sont les vingt-quatre vieillards, prosternés devant le trône de l'agneau.

En 1694 , il fut chargé par la Compagnie des orfèvres d'exécuter le tableau votif qu'ils offraient le 1" mai à l'église Notre-Dame ; ce tableau représente la Prédication de Sl- Jean-Baplisle dans le désert, il existe encore dans cette cathédrale.

Il peignit également à Paris , dans le réfectoire des Petits-Pères , de la place des Victoires, St-Augmlin faisant des miracles.

Avant la révolution , on voyait de lui , à l'hôtel de Soubise, le père du prince à cheval et de grands portraits en pieds de plusieurs personnes de cette maison ; ils ornaient la grande salle et ils étaient placés entre les croisées.

Souvent il faisait d'excellents morceaux de batailles dans les fonds des grands portraits de Rigaud.

On voyait à Versailles , dans les appartements du roi, onze sujets de batailles qui ornaient la salle à manger, et sur la cheminée de la salle des gardes , un combat où des gardes du roi terrassent quelques cavaliers avec des lances ; on l'appelle la bataille de Leuze.

Indépendamment de la suite de la vie de Jésus-Christ, que j'ai mentionné plus haut , Joseph Parrocel a également gravé de sa main, à l'eau forte , un missel pour l'église Notre-Dame, orné de dix à douze vignettes, plus quatre batailles moyennes et les quatre heures du jour.

Roullet a gravé, d'après lui, un frontispice où David apporte à Saûl la tête de Goliath, et quatre différentes vignettes qui ont servi à des livres.

Il existe de lui actuellement à Versailles , sous le n. 783 , une vue de la place Royale de Paris vers 1680 : le cortège d'un ambassadeur fait le tour de la place et va sortir par le pavillon du roi ; les voitures , attelées de huit cheveaux, sont conduites par des laquais à la livrée du roi.

Le combat de Leuze figure également à Versailles sous le n. 160. Il fut peint par Joseph Parrocel à l'occasion de la victoire que le maréchal de Luxembourg remporta le 18 septembre 1691, à Leuze , sur le prince de Valdek , qui commandait larrière-garde de l'armée ennemie ; le maréchal n'avait que vingt-huit escadrons contre soixante- quinze; on tua aux ennemis quatorze ou quinze cents hommes , on leur fit plus de trois cents prisonniers et on leur prit quarante étendards ; la maison du roi se distingua dans ce combat. (Livret de Versailles.)

Les autres tableaux mentionnés précédemment comme figurant à Versailles , ont été distribués dans diverses maisons royales.

Joseph Parrocel a dessiné de diverses manières ; j'ai mentionné la plus usuelle décrite par D'Argenville.

Les principaux catalogues de l'Europe, en

décrivant les dessins de lui qu'ils possédaient, ont déterminé la façon dont ils étaient exécutés, en en fesant le plus grand cas. Je citerai quelques-uns de ces catalogues que M. Menut, un des collectionneurs les plus riches en dessin de notre ville , a mjs avec une excessive obligeance h ma disposition.

Ce sont : le Musée de Montpellier, février 1773 ; Alliance des Arts, Dunoup ; Lebas , Watelet, de 1787 ; Robelot, Vandenzande, N.-R. Mariette , Bassan , Lempereur , de Julienne, de St-M***, Nouri, Baudoin, Potier, Cayeux, de 1758; Thibaudeau, duc de ïallard, D'Argenville, Boileau, Latour-D'Aigues, Disjonval, Villenove, prince de Ligne.

Michaud, dans sa Biographie universelle , 1823, porte le jugement qui suit sur les œuvres de Joseph Parrocel.

Son coloris est chaud et brillant, sa touche heurtée est pleine de verve ; ses effets de lumière sont vifs et piquants ; ses compositions sont remarquables par le fracas, la fougue et l'enthousiasme ; enfln,le plus grand éloge que l'on ait cru lui adresser, est d'avoir tout tiré de son propre fond. Pour nous, c'est un tort ; nous trouvons le mouvement tant soit peu exagéré et l'expression de ses figures un peu

outrée ; la plupart de ses tableaux ont noirci avec le temps, surtout dans les ombres ; le bleu dont il s'est servi pour peindre ses ciels à la manière des vénitiens, a également poussé au noir ; enfin , l'usage trop fréquent des huiles siccatives pour les glacis de ses tableaux, a écaillé la peinture en plusieurs endroits ; dans un grand nombre de ses ouvrages, et l'on en connait peu qui aient échappé A cette méthode funeste. Ses dessins ne sont pas moins estimés ; ils sont faits à la plume sur un simple trait de crayon et ordinairement lavés à l'encre de Chine ; il y en a quelques-uns de coloriés, où l'on retrouve le môme feu que dans ses batailles. Il s'est exercé dans l'histoire avec moins de succès.

Joseph Lebas est du même avis , son coloris est chaud et brillant , dit-il , et sa touche pleine de verve , malheureusement plusieurs de ses tableaux ont perdu de leur premier mérite à cause de l'altération qu'ont éprouvée les couleurs.

L'observation de Michaud et Joseph Lebas est parfaitement juste , la balaiUe de Leu:e et la vue de la Place Royale que j'ai examinées à Versailles , ont beaucoup poussé au noir.

J'ai fait la même observation dans les deux tableaux que possède M. Fournier de Brignoles, lesquels constamment portés sur les inventaires de sa famille , y sont depuis plus de cent ans; ce sont des épisodes des guerres des français contre les turcs , réentoilés il y a une vingtaine d'années ; il sont dans un bon état de conservation.

Le choc de cavalerie à l'entrée d'une forêt provenant de la collection de Calvet, fondateur du musée d'A> ignon, et qui figure dans ledit musée sous le n. 195, a subi la môme détérioration.

Il n'en est pas ainsi d'une bataille de cavalerie, esquisse très-avancée, donnée par M. Auguste Imer et attribuée, dès le principe , à Bourguignon.

Sur le premier plan, quelques cavaliers se battent à outrance ; sur la gauche, un canon vomit la mitraille; dans le fond on aperçoit la mêlée ; c'est éblouissant de soleil. Il porte le numéro 75.

11 existe encore au musée d'Avignon une halte d'officiers supérieurs qui se disposent ù faire un repas; elle provient de la colleclion Sauvan et porte le numéro 196 ; elle est attri-

buée par le livret à Joseph Parrocel ; c'est là une erreur. Un simple coup d'œil donné aux toiles que possède M. le marquis de Javon Baroncely, à Avignon, et peintes par Joseph- François Parrocel (1), suffit pour prouver que le tableau précédent doit être restitué à ce dernier.

L'église Saint-Pierre d'Avignon possède également deux tableaux de Joseph Parrocel, lesquels, à part la poussière qui les couvre, n'ont subi aucune altération. L'abbé Meynet, conservateur du Musée d'Avignon en l'an X de la république , en donne la description suivante dans son catalogue : numéro 6. Saint- Antoine de Padoue , faisant un miracle, touchant son père accusé d'assassinat; original par Joseph Parrocel, de l'école française.

Le père de Saint-Antoine étant sur le point d'être condamné à mort, comme assassin, le saint commande, au nom de .Jésus-Christ, à celui qui avait perdu la vie, et que l'on voit enveloppé dans son suaire, de déclarer tout haut si son père est l'auteur de l'assassinat.

(1) Joseph-François Parrocel, de l'Académie , et peintre

(lu roi.

Le mort se lève aussitôt et dit publiquement que l'accusé est innocent.

Ce tableau est plein d'expression. Ici c'est Saint- Antoine qui parle au mort el il le ressuscite ; là le père est lié et conduit au supplice; quantité de personnes gémissent h la vue de ce spectacle , mais leurs chagrins se tournent en joie, au moment où ils deviennent témoins de la résurrection du mort et de l'innocence du père de Saint-Antoine ; le fond de ce tableau est magnifique , le coloris en est très beau, les airs de tète bien dessinés, tout l'ensemble très correct; la forme du tableau est triangulaire.

N. 8. Saint-Antoine de Padoue, prêche et convertit plusieurs idolâtres. Original par Joseph ParroceK

Les sermons de ce saint faisaient si grand bruit, que sa réputation se répandit partout et opéra plusieurs conversions , aussi on remarque dans ce tableau un nombre infini d'idolâtres qui accourent ù lui et qui tous veulent l'entendre.

Le costume et les tètes de femmes sont d'un coloris qui ne laisse rien à désirer ; on voit une mère qui dirige avec son doigt les

yeux de son enfant qui rit. et dont le sourire est si gracieux qu'il vous épanouit Tàme ; les carnations de toutes les Ogures qui sont dans ce tableau sont vraies , les attitudes en sont bonnes . le ton des couleurs y est trèsdistingué par l'accord et l'harmonie qui y règne; les draperies sont bien jetées, le fond du tableau est une espèce de paysage où les arbres qui s'entrelacent donnent une grande idée de celui qui les a peints. Le cadre est triangulaire.

Ces tableaux et nombre d'autres des Parrocel dont je parlerai en temps et lieu , avaient été enlevés aux églises lors de la révolution et déposés au musée ; à la Restauration, il ont été restitués aux confréries et aux églises auxquelles ils appartenaient.

Le premier de ces tableaux est placé à droite en entrant par la porte principale de l'église et le second dans une des chapelles de gauche.

L'église Saint-Symphorien à Avignon possède également de Joseph la Diacre Philippe eiVI^imu'iue delà Reine de Candace.

Parmi les tableaux de Joseph Parrocel dont le coloris n'a subi aucune altération , je dois

citer également les deux chasses que possède M. le comte De Sinely à Aix , et dont il m'a affirmé avoir vu les pendants au Louvre, bien que la notice du Musée Impéral n'en fasse pas mention (l). Ces tableaux sont largement peints et ils inaugurent, en quelque sorte, par la manière dont sont disposées les figures, le genre Wateau.

Les quatre grandes batailles qui existent à Chantilly, sont dans le même cas; ce sont des sujets de guerre des Condés , non pas du grand, les costumes étant d'une date postérieure.

Lord Mac Call a eu l'obligeance de m'écrire au sujet de ces tableaux , m'affirmant leur excellent état do conservation et la grande habileté avec laquelle ils sont traités.

En Danemarck, la galerie royale à Copen-

(1) Tous les ans un rei-tain nombre de (alileaux sont relégués dans les magasins et les greniers qui contiennent des "chefs-d'œuvre. Si ma voix avait le privilège d'être entendue, je demanderais que toutes ces toiles, dont les dimensions colossales de quelques-unes s'opposent h leur réssurection, et qui dis])arraissent sous une immense couche do poussière, je demanderais, dis-jc que le splendidc palais de l'Industrie en fut tapissé h tour de rôle. Il n'y aurait pas assez d'vcux a Paris pour venir admirer cette merveilleuse exhibition, et assez d'éloges pour l'autour de cette mesure nationale.

hague , possède une bataille de Joseph Parrocel (1).

En Italie . la grande galerie de Floreuce : un choc de cavaliers (2) .

En Russie, à St-Pélersbourg, dans la galerie de l'Ermitage, qui possédait en 1838, 222 tableaux de l'école Française, la plupart gravés au trait par Labenski en 1805 , il existe également quatre tableaux de Jh Parrocel : Marche d'un convoi: Saint-Martin coupant son manteau pour en donner la moitié à un pauvre ; un combat de cavalerie et une uttaquc d'une ville fortifiée (3).

Le livret de 1 exposition de 1G99 dit que seize tableaux de Joseph Parrocel, conseiller de l'Académie , étaient placés dans le trumeau n" 13. Ils se composaient de paysages , de sièges de ville, de marches militaires , de corps-de-garde où des soldats jouent , plus , d'un Christ et d'une Vierge. M. de Ponchara , marquis de Bannes, habitant Gémenos, près Marseille, possède un beau portrait de noble François Sébastien de Calvet , de la ville

(1) Dussieux , artiste fiançais a l'étranger.

(2) Dussieux.

(3) Dussieux.

d'Avignon , peint par Joseph Parrocel. Je \\\i vu, il est parfaitement conservé, il est coiffé à la Louis XIV. Les vêtements sont largement traités. Le portrait de Joseph Parrocel, peint par Rigaiid , a été gravé en grand par Will , et en un plus petit format par Schmit.

Il est difficile de juger aujourd'hui de l'effet des tableaux de Joseph Parrocel , en raison de raltératiou qu'ont subie les couleurs ; il faut donc s'en rapporter à l'impression qu'ils ont produite sur ses contemporains.

Graveur lui-même , on a très peu gravé d'après lui , ce qui fait que ses tableaux sont moins connus que ses eaux fortes.

Voyez , dont le nom comme graveur est fort peu répandu , a reproduit un tableau , appartenant ù M. Damery, représentant Josué arrêtant le soleil. L'iiabitude où étaient alors ces artistes de copier directement les tableaux sans les renverser sur leurs planches , donne aux personnages ainsi exécutés une certaine gaucherie , surtout dans les tableaux de

bataille , où tous les cavaliers guident leurs moutures de la main droite et tiennent leurs épées de la main gauche : c'est ainsi qu'a été exécutée l'estampe de Voyez. Néanmoins, ce dernier a su rendre avec bonheur les énergiques contrastes ainsi que l'éblouissante lumière qui se rencontraient dans l'œuvre de Joseph Parrocel.

D'Argenville dit que Parrocel donnait à chacun de ses soldats l'expression propre à représenter le vrai courage. Un coup-d'œil attentif jeté sur l'estampe de Voyez , démontre la puissance d'observation et le génie qu'il déployait également lorsqu'il traitait les chevaux. "

Je disais naguère, dans mon compte-rendu du Salon Marseillais de 1860 , cà propos des tableaux d'Ary Schefîer, cette maxime prise par lui pour devise : « L'expression est la loi suprême de l'art. » Eh bien, J. Parrocel était, lui aussi , pénétré de cette pensée.

En considérant le cheval de Josué qui se cabre en rongeant son frein, les naseaux fumants, la tète relevée dédaigneusement sur son cou arrondi , les oreilles droites , la crinière au veut . et dont les yeux intelligents

aux sourcils froncés lancent des éclairs , on est soi-même impressionné , car on ne peut rêver plus d'audace et tout à la fois plus de fierté et d'ardeur que n'en a prodigué Joseph Parrocel dans les allures et la physionomie du belliqueux coursier du chef; on voit que, orgueilleux de son fardeau , insensible au danger, le noble animal flaire avec ivresse le champ de bataille au milieu duquel il brûle de voler.

Par opposition, de l'autre côté du tableau, le cheval barbe qui sert de monture au portedrapeau de l'armée ennemie , s'enfuit épouvanté , le cou tendu , l'oreille basse , la prunelle dilatée , jetant en arrière sans détourner la tète un coup d'œil rempli d'une folle terreur.

Mais au centre , que dire de cette terrible mêlée dont ou suit les péripéties jusqu'aux dernières limites de l'horizon , de ces chevaux Sf^ heurtant avec une furie sans égale , les uns debout, les autres renversés , et dont les regards flamboyants chargés de haine, se croisent pleins de colère ? Animés des mêmes sentiments que leurs maîtres, hennissant douloureusement mais avec fierté , la bouche

éciimante et entr'ouvertc , ils semblent même en tombant prêts à s'entrcdéchircr.

Expression poussée à ses dernières limites, efTefs de lumière inattendus, étranges et puissants, verve inépuisable, grandeur de rimage dans ses œuvres , ce sont là les qiialités qui constituent le génie propre de Jh Parrocel et qui ont fait de lui un des peintres de batailles les plus célèbres que la France eût encore produit

J'ajouterai : c'est surtout dans les esquisses de premier jet que Parrocel déployait une fougue extraordinaire, malgré la rapidité de son exécution la plume et le crayon ne pouvaient obéir assez vite à la fièvre qui l'agitait et à refifervescence de son cerveau, dans lequel se succédaient avec la rapidité de l'éclair les scènes les plus incroyables ; pouvait-il soigner le trait ? non , il jetait sa pensée avec une fougue étourdissante, mais on la lit pleinement : clic est là palpitante devant vous.

Indépendamment de ses œuvres gravées je possède quelques dessins de lui, enlr'aulre une de ces esquisses extrêmement pochée, représentant le sac de la ville de Besancon .

— kk ~

décrire la verve répandue sur cette modeste feuille de papier est une chose impossible.

Ces femmes enlevées ou poursuivies par une soldatesque effrénée , ces hommes précipités du haut des fenêtres dans la rue pèle-mèle avec les meubles que les pillards font voler en éclats après avoir dévalisé les habitants , puis ces prisonniers garotlés et traînés par les cheveux, ces moutons effrayés qu'un soudard pousse devant lui, se heurtant dans une cohue indescriptible d'êtres humains renversés et piétines par un grand cheval qui se cabre, culbutant tout sur son passage et dont le cavalier domine ce tumulte effroyable en paraissant l'encourager du geste ; tout cela, au milieu des tourbillons de flammes et de fumée sortant par les toits ou les ouvertures des maisons qui servent de cadre à celte horrible scène que l'incendie éclaire de ses fauves lueurs , offre bien, vu à distance, l'effrayant tableau d'une ville prise d'assaut où le viol, le meurtre le pillage et l'incendie régnent en souverains.

«lEitlV-JOJîiEPn PARROCEL.

Dessinateur et Ingénieur en elief du Port et de la ville de Saint-Malo.

J.-J. Parrocel, fils aîné de Joseph Parrocel des Batailles, au rapport de IVArgenville , dessina dans sa jeunesse et fut , selon lui , un ingénieur distingué. Ayant fait des études spéciales, J.-J. Parrocel entra au régiment royal artillerie.

Sa nomination au grade de sous-lieutenant date de 1706 (1).

Il assista h la prise de Lerida, en 1707 ; il

(1) Son excellence M. le Ministre de la Guerre, sur ma demande, m'a adressé ses états de service.

fut nommé ingénieur en 1710. Il servit en cette qualité dans les armées de Flandre et du Rhin.

En 1719, il fit de nouveau partie de Tarmée d'Espagne, et, placé sous les ordres de Claude-François Bidal , marquis d'Asfeldt . directeur général des fortifications, il obtint le grade de capitaine, en 1720.

Ses nombreux services valurent à J.-J.

Parrocel des lettres de noblesse ; il fut fait chevalier de Saint-Louis la même année. Il resta dans l'armée active jusqu'en 1727, époque où ayant été nommé chef ingénieur, il vint en cette qualité, peu de temps après , prendre la direction des fortifications à St- Malo, où il mourut en 1744.

D'importants travaux de défenses ont été exécutés, sous ses ordres, dans cette ville.

Son frère, Charles Parrocel, appelé par ordre du roi , pour peindre ses conquêtes, obtint de Sa Majesté un sursis ; il assista ses derniers moments.

YII

CHARL.E!S PABBOCEL.

Peintre et Graveur, FILS DE JOSEPH.

Charles Parrocel, fils cadet de Joseph Parrocel et son élève (1), naquit à Paris , le 6 mai 1G88. Comme il était encore fort jeune lorsqu'il perdit son père, ce fut Charles de La Fosse, son parrain, un des rares coloristes de l'école française, qui le prit à son tour chez lui et qui compléta en partie ses études. 11 devint, comme son père, peintre de batailles, et coloriste (2) comme son second pro-

(1) D'Argenville.

(-2) Ch, Blanc.

fesseur. Poussé par son goût naturel pour l'état militaire, autant que par le désir de se rendre plus habile dans le genre qui avait illustré le nom qu'il portait, il s'engagea en 1705 dans la cavalerie; il était alors^ âgé de dix-sept ans (1).

Là il se familiarisa avec les modèles qu'il devait peindre, et s'y appliqua particulièrement à l'étude des chevaux ; il en vint a savoir par cœur , non-seulement la construction et les formes du cheval, mais tons les détails du harnachement, si bien qu'après les avoir longtemps dessinés d'après nature , il se trouva en état de les dessiner de pratique , avec une justesse surprenante. Les allures du cavalier, aussi bien que le mouvement et les habitudes de sa monture , la diversité de

(1) M. Charles Blanc est le seul écrivain qui s'appuyant sur le témoignage de Cochin, afiirine que Ch. Parrocel s'est engagé h \lix-scpt , Jean-Jnsepli Parrocel , son frôi'e aine," étant entré au service vers 1700, il se peut (|ae cette circonstance ait donné lieu a cette version. D'Argenvillc, Joseph Lebas, Michaurl, en un mot tons les ouvrages que j'ai consultés prétendent queCh. Parrocel, s'est "engagé alors qu'il était membre de l'académie et professeur. Bien qu'il eût déjU obtenu beaucoup de succès dans le genre qu'il avait adopté. La version de M. Cb. Blanc me paraissant plus naturelle, je l'ai adoptée a mon tour et je lui emprunte sa notice, ii part quel(|ues légers changements et des additions qui m'ont paru nécessaires '

physionomies que Ton peut observer dans un régiment, dont les soldats sont originaires de différentes provinces, la coupe et les plis des uniformes, les armes, les chapeaux, tout cela sétait imprimé si fortement dans sa mémoire, qu'on pouvait lui supposer une imagination très-féconde et croire qu'il inventait quand il ne faisait que se souvenir.

Il ne resta pas longtemps au service où , enfin, ses talents auraient pu se perdre ; sa mère l'en retira ; alors il se livra tout entier à l'étude, et plein de l'idée de campements (1) de bataillons et d'escadrons, il se plaisait à les représenter ; son goût le portait à la couleur, et les maîtres qui le touchaient le plus étaient les coloristes , tels que Rubens et Van-Dyck ; il recueillait volontiers les estampes gravées par eux ; ce n'était point pour les imiter servilement, ni pour enrichir ses ouvrages d'idées dérobées , l'abondance de son génie, au contraire, lui avait diffici-

(1) Les études qu'il fit pendant trois campagnes sont considérables et pour le nombre et pour leur excellence ; la souplesse, la cadence, la vérité du mouvement dont est susceptible un cheval, rien ne lui est échappé ; il en avait étudié ii fond l'anatomie et personne n'a assurément mieux dessiné les chevaux que lui, talent assez rare, même parmi les plus grands peintres (d'Argenville) .

lement permis, dans le cours de ses études, de s'assujettir à copier; il a toujours été persuadé que l'imitation vraiment utile des grands maîtres, consiste à regarder leurs ouvrages avec réflexion, et à se les graver si bien dans l'esprit , qu'on puisse parvenir à voir la nature avec des yeux aussi éclairés.

Malgré ses bonnes idées sur l'imitation des maîtres et bien qu'il se tînt en défiance contre ce défaut, le plus grave de tous, Charles Parrocel ne laisse pas que de rappeler dans ses tableaux, qui sont rares, et dans ses dessins, qui sont nombreux, les peintres de batailles qui l'ont précédé: tantôt il veut refaire ces Gères mêlées dont son père savait si bien rendre la confusion et l'horreur, soit dans ses rudes peintures, soit dans ses eaux fortes si pittoresques et si colorées ; tantôt il recommence les rencontres du Bourguignon, mais avec moins de mouvement, de vivacité et de tapage, et d'une touche qui n'est ni si hardie, ni si pétillante, ni aussi bien mouchetée de coups de pistolet. Quelquefois, il a des réminiscences de Salvalor Rosa, mais ce n'est plus la fureur d'un combat de brigands , qui se déchirent dans une plaine

affreuse, au pied des rochers lesplus sauvages, ce sont des engagements de gardes françaises qui ont revêtu des cuirasses pour ressembler aux héros du peintre napolitain ; encore est-ce, le plus souvent, après ou avant la bataille, ou dans une halte, que le peintre français les met en scène, de façon que le farouche Salvator reparaît dans les tableaux de Ch. Parrocel non-seulement francisé, mais très humanisé et fort adouci ; il arrive aussi que son œuvre fait songer aux campements de Waleau et aux pastorales de Berghem, traduites par Boucher ; mais il montre un peu plus d'originalité dans les épisodes journaliers de la vie militaire, par exemple: des cavaliers qui reviennent du fourrage, des gardes suisses qui festinent sur l'herbe, auprès de la tente des vivandières, le lampion sur l'oreille, devisant des combats auxquels ils n'ont pas assisté.

Peu d'années après qu'il eut quitté le service (1) et bien que ses ouvrages lui eussent déjà mérité plusieurs prix à l'académie

(1) D'Argenville, l'a connu a Rome en 1713. Je possède un dessin signé de lui en 1714 k Rome; intitulé : AitembUe d'amis à la Serena, tous français

Charles Parrocel fit le voyage de Rome à ses dépens, et il ne fut nommé pensionnaire du roi à l'école alors dirigée par Poerson , que quelques temps après , sur un tableau qu'il fit en cette ville ; c'est un Moïse sauvé des Eaux.

Après avoir fini son temps, Charles Parrocel parcourut l'Italie, alla jusqu'à Malte et fut ensuite à Venise pour y étudier les grands coloristes. C'est là qu'il vit dans le palais du noble seigneur Sagredo , plusieurs tableaux du Bourguignon, qui avaient été exécutés sur des cuirs dorés dont le fond d'or était ménagé en plusieurs endroits pour le luisant des cuirasses. Ces tableaux échaulïèrent son imagination, et il fut plus que jamais résolu de suivre le genre dans lequel il lui semblait que Joseph Parrocel et Bourguignon avaient excellé.

De retour à Paris et sa réputation commençant à s'étendre , il se présenta à l'académie de peinture le 3 février 1721 ; et par une singulière faveur que lui valut sans doute le souvenir de son père, il fut reçu d'emblée sur l'un des deux tableaux ( un combat d'infanterie et de cavalerie ) qu'il présentait

pour être agréé , et il ne fut point obligé de faire ce qu'on appelait un morceau de réception .

0 Cette même année, pendant l'hiver, un ambassadeur turc fit son entrée à Paris, elle fut pompeuse, et d'autant plus favorable pour la peinture, qu'il la fit à cheval et que les habillements des turcs sont pittoresques et magnifiques ; Charles Parrocel fut chargé, par M. le duc d'Antin, surintendant des bâtiments , de reproduire sur la toile ce riche spectacle ainsi que la sortie du môme ambassadeur par le pont tournant, après son audience. Le roi habitait les Tuileries; on donna à Ch. Parrocel un logement 'et un atelier dans ce palais où il fit les esquisses de ces deux sujets qu'il présenta à Sa Majesté. Il exécuta ensuite ces tableaux sur des toiles de 22 pieds de long ; elles furent universellement admirées , et elles sont un des plus beaux morceaux que l'onpuisss citer en son genre. Placées dans les appartements à Versailles, vis-à-vis l'un des chefs-d'œuvre de Vander Meulen , (le Pont- Neuf) , cette concurrence ne les détruit pas , et si l'on admire dans ce dernier quelques détails rendus avec plus de finesse , Charles

Parrocel l'emporte d'autre part, par le feu de rimagination, par la vigueur du coloris et par la facilité et le large du pinceau (l).

Le roi donna dans la suite, à Charles Parrocel, un appartement aux Gobelins avec une pension de 600 livres. Alors il commença à peindre en grand les deux mêmes sujets qui

(1) Le vendredi, 21 du mois de mars, dit Saint-Simon, le prince de Lambesc et Rémond, introducteur des ambassadeurs, allèrent dans le carrose du roi, prendre l'ambassadeur Ij son hôtel, et aussitôt, ils se mirent en marche pour aller k l'audience du roi ; la compagnie de la police avec ses timballes et ses trompettes a cheval, le carrosse de l'introducteur, celui du prince de Lambesc, entourés de leurs livrées, précédés de six chevaux de main et de huit gentilshommes a cheval ; trois escadrons d'Orléans, douze chevaux de main menés par des palefreniers du roi k cheval , trente-quatre livrées a cheval, deux k deux sans armes; puis, Merlin, aide introducteur, et huit des principaux turcs k cheval ; le fils de l'ambassadeur k cheval, seul, portant sur ses mains la lettre du Grand- Seigneur, sur une étoffe de soie; six chevaux de main harnachés a la turque, menés par six turcs k cheval ; quatre trompettes du roi k cheval.

L'ambassadeur suivit entre le prince de Lambesc et et l'introducteur, tous trois de front a cheval, environnés de valets de pieds Turcs et de leurs livrées, côtoyés de vingt maîtres du régiment, colonel-général, ce même régiment précédé des grenadiers k cheval ; puis, le carrosse du roi et la connétablie.

L'ambassadeur avec tout ce qui l'accompagnait et toute sa suite k cheval, entra par le pont tournant, dans le jardin des Tuilleries; les régiments des gardes françaises et suisses étaient en haie des deux côtés, les taml)Ours rappelant et les drapeaux déployés; l'ambassadeur passa ainsi k cheval, le long de la grande allée, entre deux haies, jusqu'au pied de la Terrasse où il mit pieds a terre.

ont été exécutés en tapisserie dans la même manufacture des Gobelins (D'Argenville.)

Louis XV ayant ouï parler à Latour des talents de Charles Parrocel, s'était souvenu du nom de ce peintre et l'avait désigné pour quelques peintures à faire dans les petits appartements de Versailles et dans celui du duc de Bourgogne. L'artiste y peignit une chasse à l'éléphant , une chasse au taureau sauvage et deux dessus de porte dont l'un représente un camp du régiment du roi et l'autre un conseil de guerre à cheval.

En 1744, Charles Parrocel reçut l'ordre de suivre le roi à l'armée; mais il ne put exécuter immédiatement cet ordre, ayant été obligé de partir pour St-Malo, où Vappelait son frère mourant. Tl se rendit plus tard à son poste et il fut présent , selon Mariette , à la bataille de Fontenoy , dont il fit le tableau d'après les conseils que voulut bien lui donner le maréchal de Sa\e , sur la disposition des corps d'armée , dans cette journée fameuse. Selon d'Argenville , le roi y paraît à cheval, parlant à M. dArgenson, le ministre, et il est entouré de plusieurs oftlciers généraux, dont les tètes sont assez ressemblantes.

Il dessina en Flandre les dix sujets concernant les conquêtes du roi , dont les dessins figurèrent à l'exposition de 1746. Ces.tableaux devaient être exécutés d'après ces dessins pour Choisy. Le seul qu'il ait terminé, est la bataille de Fontenoy. Charles Parrocel avait commencé la bataille de Lawfeld étant paralytique, il ne la put terminer. Ce tableau fut achevé par Pierre Franque; il existe à Versailles sous le n. 213.

Si l'on ajoute à cette suite une halte qui fut peinte pour la salle à manger de Fontainebleau et un portrait équestre de Louis XV pour le château de la Muette, on aura la liste complète des travaux commandés à Ch. Parrocel par la Surintendance des Arts. Ne se croyant pas assez habile pour saisir les ressemblances, Ch. Parrocel avait chargé Jean- Baptiste Vanloo de peindre la tête du roi , et cette collaboration donna lieu à une querelle des plus vives qui pensa finir par un coup d'épée , grâce au caractère peu endurant de Parrocel et à ses allures militaires.

D'Argenville (1), en mentionnant ses ouvra-

(1) Dezollior (i'Argenvillo, né h Paris le 4 juillet 1680 , mort le 20 novembre 1765, a publié l'abrégé de la vie des plus fameux peintres en 1743, chez Debure, a Paris

ges , cite un portrait du roi à cheval pour le prince Charles de Lorraine, celui de M. le duc d'Orléans, dernier mort, également à cheval et dont la tête est de Coypel , et celui de M. le duc d'Orléans. Il a fait , dit également d'Argenville , plusieurs tableaux de batailles , entr'autre une rencontre de cavalerie, gravée par le sieur Preicler pour le roi de Danemark ainsi que son portrait à cheval ; celui du roi est gravé par Larmessin , et un autre par Thomassin.

Il a fait de plus une bataille de cavalerie, deux campements de gardes suisses et français, une bataille de cuirassiers, un espion qu'on amène au général, un coup de tonnerre, un repos , une marche d'infanterie , une attaque, puis le morceau pour le buffet de la salle à manger du roi, à Fontainebleau.

Il fit, pendant la prévoté du président Turgot, un dessin de cent dix pieds de longueur, représentant la publication de la paix faite en 17i8, il a laissé par testameut ce magnifique dessin à l'académie, il devait l'exécuter en peinture.

2 vol. (le siippliTuent en 175-2 ; une nouvelle édition de cet ouvrage a paru chez le même éditeur, revue, corigéc, augmentée et ornée de 300 portraits, en 1762 , en 3 vol.

Plusieurs sujets de bataille et des sujets d'histoire ainsi que des études de cavalerie, sont répandus dans les cabinets de Paris ; on voit encore quelques traits de l'histoire de Charles P"", roi d'Angleterre.

En i736, il dessina pour l'école de cavalerie de la Guerinière trente-sept morceaux dont il a gravé de sa main dix huit pièces décrites par M. Robert Dumesnil, dans son second volume ainsi que diverses autres estampes étrangères au précédent ouvrage et formant un total de trente-sept pièces.

Il a gravé à l'eau forte, dit M. Robert Dumesnil, d'une pointe badine et spirituelle.

Les modèles des habits uniformes des troupes dont il a gravé quatre à cinq feuilles au trait, sous le titre de: Différents habits de cavalerie et d'infanterie, ne sont pas décrits par M. Robert Dumesnil.

La chasse du lion et celle du tigre qu'il a peintes pour le duc de Mortemart, ont été gravées par Desplaces ; Lebas a gravé une rencontre de cavaliers, l'épée à la main ; une halte de gardes françaises, une des gardes suisses, une danse italienne dans le style de Wateau, ainsi que plusieurs bergeries; ce sont les quatre heures du jour, en hauteur.

Cochin a fait un camp volant et un retour de campagne. II y avait un dessin de cinq pieds de long , représentant une escarmouche de hussards, qu'on devait graver,

Cochin a fait encore plusieurs sujets de guerre, ainsi que Crespy, Thomassin , G. Scotin.

La défaite des Ligueurs par Henri IV, ainsi qu'un combat de cavalerie, sont gravés par Marcenay.

Les premières pensées de Ch. Parrocel , ajoute d'Argenville, étaient toujours ses favorites ; il y mettait tout d'un coup le feu et la liberté de main dont il était capable.

Dans les dessins coloriés qui ont Oguré à l'exposition du Louvre en 1746, il a fait sentir combien le pinceau manié parle sentiment, a d'expression, de chaleur et de vérité ; il animait vraiment la toile et tout y était mouvement. Avouons-le cependant , quoique ses tableaux soient piquants de lumière , leur ton gris est bien différent de celui de son père ; il n'a jamais pu prendre le coloris do la nature.

Le caractère doux et aimable de Ch. Parrocel lui fit beaucoup d'amis. 11 a vécu dans le

célibat. Tous les soirs, il faisait un dessin bien arrêté, ordinairement le trait était à la plume, et ombré avec du bistre ou de l'encre de Chine. Il disait que la qualité la plus essentielle pour un peintre était l'imagination, qui, une fois échauffée, produisait l'enthousiasme et enfantait ainsi de belles choses.

Ch. Parrocel eut une attaque de paralysie en revenant de Flandres, en 1749, et une autre en 1751 qui l'obligea d'aller aux eaux de Bourbon. Il est mort aux Gobelins d'une hydropisie de poitrine.

Ses meilleurs élèves sont les sieurs De La Rue et Lenfant , tous deux de l'Académie, ainsi que M. Eyret et M. Gausset, son filleul, qui avait son logement aux Gobelins.

Ses dessins sont pleins de feu et d'intelligence : on en voit de tous faits à la sanguine extrêmement pochés, mais d'une grande manière.

Il semble, dit à son tour M. Ch. Blanc dans sa notice, qu'un aussi habile peintre de chevaux que M. Ch. Parrocel aurait dû avoir accès dans le grand monde , où l'amour des chevaux est une manière de distinction et d'élégance. Ch. Parrocel était pourtant fort

peu employé, tandis que Lancret , avec ses petits sujets de modes , ses conversations galantes et ses gentillesses, fesait les délices de la haute bourgeoisie et de la cour. Une aussi injuste préférence avait irrité Parrocel, dont Thumeur était naturellement mélancolique et ombrageuse. Ce sentiment se changea bientôt en haine contre Lancret, à l'occasion d'une place de professeur devenue vacante par la mort de Vivien. Ch. Parrocel, qui avait été élu conseiller en 1735 , aspirait au professorat ; mais il fut fortement traversé dans ce désir par Lancret qui, étant conseiller comme lui, représenta que ce serait avilir ce grade Académique , dont la dignité n'était point inférieure, que de le quitter pour un autre. Un tel argument embarrassait l'Académie, d'autant plus que Lancret , s'appuyait habilement contre Parrocel fils de l'exemple donné par Joseph Parrocel le père, qui avait été aussi conseiller. Lancret l'emporta, et ce fut un vif chagrin pour son antagoniste , dont le caractère n'en devint que plus sombre.

« S'il faut en croire M. Frédéric Villot, dans sa notice du Musée Impérial du Louvre, cette victoire de Lancret ne dut être que momen-

tanée, car je vois figurer dans ladite notice que Charles Parrocel fut nommé adjoint à professer le 31 janvier 1744-, et professeur le 30 octobre 1745, D'Argenville dit ceci : comme Ch. Parrocel dessinait fort bien la figure, il fut nommé professeur en 1745. »

Doué d'une physionomie agréable et d'un grand fond de bonté, Charles Parrocel avait des amis et des plus dévoués, tels que Jean- Baptiste Lemoyne le sculpteur , le peintre Latour et le graveur Cochin, son biographe (1) ; mais il ne croyait qu'à demi à leur amitié, tant il était devenu défiant et inquiet; ses tristes réflexions sur le peu de profit qu'il retirait de ses talents l'ava t tellement absorbé, qu'il n'était pas facilement abordable, même pour ses amis, et c'était bien rarement dans la chaleur d'un repas familier qu'il se déridait avec eux et leur ouvrait son âme affectueuse ; encore fallait-il que tous les visages lui fussent parfaitement connus,

(1) On peut ajouter l'académicien Sylvestre , peintre (le paysage, élève de son père, auqnel il adressait en manière d'épître une eau-forte, au-bas de laquelle il écrivait : A son ami Sylvestre en buvant chopine. (Collection de Charles, n. 36, de Robert Dumesnil).

car la présence d'une seule personne étrangère à son intimité suffisait pour lui fermer la bouche et le rembrunir; sa mélancolie n'avait fait que s'accroîti e depuis que le roi lui avait accordé un logement aux Gobelins, où devaient être exécutées en tapisseries ses grandes toiles de l'entrée et de la sortie de l'ambassadeur turc. Ainsi éloigné de ses anciens amis, et malgré leurs visites fréquentes, il tomba dans une incurable langueur : une première attaque d'apoplexie l'avait frappé au Luxembourg, comme il travaillait à la suite des tableaux représentant les conquêtes du roi, et destinés pour la galerie de Choisy ; une seconde attaque l'obligea d'aller aux eaux de Bourbon, où il se trouva particulièrement recommandé aux médecins des eaux, par une lettre de M. Chicogneau, premier médecin de Louis XV, qui leur avait écrit de l'ordre du roi ; mais tous leurs soins furent inutiles, et revenu à Paris dans son logement des Gobelins, Charles Parrocel y finit ses jours le 2o mai 1752 ; il fut inhumé à St-Hippolyte, sa paroisse.

Dans sa Biographie universelle, voici le jugement que Michaud porte sur ses œuvres :

€ Doué d'un coloris moins brillant que celui de son père, les tableaux de Ch. Parrocel présentent moins de fracas, mais ils charment l'œil par un ton de vérité bien préférable ; il peignait dans la pâte, et ses ouvrages n'ont point eu à craindre les ravages du temps. Ses tableaux de chevalet représentent ordinairement des escarmouches de cavalerie et d'infanterie; l'action générale se passe dans les fonds, et la fumée du canon et de la mousqueterie leur donne un vaporeux qui fait ressortir les devants avec plus de force. Ses dessins sont très estimés, touchés avec esprit et facilité. »

Ch. Parrocel a dessiné de diverses manières. Parmi les catalogues et collections qui ont décrit ceux qu'ils possédaient, en indiquant comment ils étaient exécutés , je citerai :

L'Empereur, De Julienne, de Saint-M---, Nouri, Baudouin, de septembre 1780 ; Robelot, de 1787; Jullain, Watelet , De Troy, Montall, Lebas, D'IIermand, Musée de Montpellier, Cayeux, Cabinet curieux de 1770, Thibodeau, Nucquier. D'Argenville, Latour d'Aiguës, P. Dijonval , Norblin , prince de Ligne.

Les tableaux ou dessins de Charles Parrocel indiqués par Dussieux à l'étranger, sont : un combat de cavalerie, dans la galerie du baron Speck Stenburg, à Leipzig, et quatre tableaux au roi de Danemark ; le portrait équestre d'un des souverains de ce pays, l'assaut dune ville éclairée par la lune et par le feu d'une mine ; les autres représentent deux combats de cavalerie, le premier au pistolet, le second à l'épée.

M. Charles Parrocel , au nom duquel est ajouté sur les livrets le titre de conseiller de l'académie , a exposé au salon de 1737 , Une Halte ; sujet pricipal : Grenadiers à cheval.

En 1739 : 1° Une Garde avancée de Cavalerie ; 2o Un Camp de Gardes Suisses , un Officier conduisant des Dames ; (1) 3° Un Offi-

(1) Camp de Gardei-Suisses. — Un Officier conduitant de» Dames

Au bas de cette estampe, Moraine écrivit les vers suivants, dont le goût de nos jours, serait trouvé plus que contestable, mais ils donnent une idée de cette époque où la galanterie, la légèreté de langage et l'insouciance faisaient le fond de l'esprit français.

Je copie :

Ceux que vous honorez ici de vos regards "■

Sont exposés sans cesse h de cruel hazards,

cier qui rallie ses troupes ; 4" Une bataille de Cuirassiers faisant le coup de pistolet ; 5° Un grand tableau de quatorze pieds de large sur huit pieds de haut, représentant une Bataille de Cavalerie, passée en Italie.

En 1741 : 1" Un tableau de huit pieds de long sur six pieds de haut , représentant une bataille où les Allemands défont les Turcs ; 2» Un tableau de quatre pieds sur deux , un Cavalier asservissant un cheval.

En 1745 , le livret donne à Charles Parrocel le titre d'adjoint à professer. Voici les tableaux de lui qui figurent à cette exposition, bien que je les aie déjà mentionnés en partie : 1° Une toile de deux pieds , Bataille de Cavalerie (cuirassiers) ; 2» Un Coup de Tonnerre ; 3» Un Repos ; 4o Une Chasse au Tigre (appartenant à M. le duc de Luynes) ; 5° Une Chasse au Lion ; 6o Un Garde de Barrière ; 7o Son pendant : Petite Marche d'Infanterie ; 8° Un Espion qu'on amène au général ; 9" Une Attaque. Plus en 1847 deux

Et s'ils remportent la victoire;

Souvent leur mort paye bien cette gloire.

Mais vous jeunes beautés, vous pouvez moissonner

Les lauriers amoureux, sans danger de la vie

Ne risquant que de la donner

A (luebiue fruit d'une tendre folie.

petits tableaux représentant, l'un un Repos de Cavalerie (1), Taulre un Camp de Gardes Suisses (appartenant à M. de Jullienne).

L'esquisse du tableau que Charles Parroccl avait peint pour le buffet de la salle à manger du roi à Fontainebleau et appartenant à M. de La Tour fut également exposée cette année-là , ainsi qu'un dessin sous-verre représentant l'Europe sous l'emblème d'une Chasse de Sanglier , et son pendant , représentant l'Afrique sous l'emblème d'une Chasse au Lion. On y voyait encore le dessin d'une bataille (appartenant à M. Mariette), ainsi qu'une autre bataille plus grande au crayon rouge, et enfin un tableau représentant une Rencontre de Cavalerie (appartenant

(1) Repos de Cavalerie.

Au bas de cette gravure, Moraine adresse h Ch. Parrocel un compliment direct, je ne puis moins faire que de le reproduire, bien qu'il ne brille pas par la clarté.

Voici comment il s'exprime :

A cet air de bravoure et d'intrépidité,

A ces regards remplis d'une mâle fierté ;

Cesenfonts du dieu de la guerre

Semblent tous prêts a ravager la terre.

Mais il n'en viendront point à cet injuste excès,

Et se contenteront de jouir de l'estime

Que l'on doit au pinceau sublime.

Qui lésa peints avec tant de succès.

M. de Caylus). Le portrait de Charles Parrocel a été dessiné par Cochin fils et gravé par Cochin père et N. Dupuis.

J'ai transcrit simplement les diverses appréciations des principaux auteurs qui se sont occupés de Ch. Parrocel , touchant son caractère et son talent.

M. Ch. Blanc dit que Ch. Parrocel ayant reçu l'ordre d'exécuter le portrait équestre de Louis XV, ce dernier chargea Vanloo de peindre la tête du roi. Il ajoute : « cette collaboralion donna lieu à une querelle des plus vives quifutsur le point de se terminer par un coup d'épée, grâce au caractère peu endurant de Ch. Parrocel et à ses allures militaires. »

Je ne sais trop comment concilier ce caractère avec celui que lui donne d'Argenville. 11 était, dit cet historien, doux et aimable et il comptait beaucoup d'amis.

M. Ch. Blanc, dit plus loin : « son humeur mélancolique et ombrageuse ne fit que s'accroître , il tomba dans une incurable langueur. » Je conçois qu'un homme doux et aimable puisse, en avançant en âge , devenir mélancolique , mais il n'en existe pas moins dans ces jugements certaines contradictions ;

je les ferai disparaître dans mon pror,hai;i ouvrage, quand je me serai parfaitement éclairé.

La même contradiction se reproduit au sujet de sa manière et de son talent.

Selon M. Ch. Blanc , Charles Parrocel fut coloriste comme son parrain Charles De La Fosse. Michaud est de l'avis que le ton de ses tableaux est bien préférable à celui qui règne dans les toiles de son père Joseph Parrocel.

D'Argenville, de son côté , tout en reconnaissant les brillantes qualités qui distinguent ce maître, s'exprime ainsi : « Les tableaux de Charles Parrocel sont piquants de lumière ; mais leur ton de couleur grise est bien différent de celui de son père , il n'a jamais pu prendre le coloris de la nature.»

J'ai vu des tableaux parfaitement conservés de l'un et de l'autre de ces artistes , l'opinion de D'Argenville me paraît la mieux fondée. Ce biographe avait devant les yeux les œuvres de Joseph Parrocel , dont le coloris avait conservé toute sa fraîcheur , lorsqu'il portait son jugement sur Charles Parrocel ; cette circonstance mérite considération.

Un fait acquis pour moi , est que Charles Parrocel à mieux dessiné que son père , mais qu'il lui est inférieur en génie et comme coloriste (1).

(i) Le Mercure ilu mois de Juin 1739, page U39, donne la description dolailii'C do la piildiiation de la paix faite "a Paris le 4'' Juin 1736 , dont Charles Parrocel lit le dessin ayant cent vinyt pieds de longueur, ([u'il devait exécuter en peinture et qu'il le^iua plus tard par testa- Micntj a l'Aeadcniie.

MI

lONACE - «lACQUEf^ PARROCEIi

Peintre et Graveur.

Ignace-Jacqiics Parrocel, fils aîné de Louis Parrocel, peintre, et de Dorothée de Rostang, naquit à Avignon. Il fut baptisé à Téglise de St Didier, le 27 juin 1GG7. Son père lui ayant appris les premières notions de son art, l'envoya, pour compléter ses études , chez son oncle Joseph Parrocel qui habitait Paris et dont la réputation était alors à son apogée. II y resta plusieurs années.

Ignace-Jacques Parrocel avait environ vingt nis lorsqu'il revint au pays natal. Son frère

cadet (1) était infirme , le troisième , Pierre Parrocel , était allé à son tour prendre les leçons de son oncle. Sa qualité d'aîné de la famille lui imposait le devoir de rester auprès de son père qui désirait le fixer à Avignon. Ignace-Jacques épousa donc en cette ville , en 1689, Jeanne-Marie Périer, dont il eut dix enfants dans l'espace de quatorze ans.

La naissance de Jean-Louis , Taîné de ses fils, fut enregistrée à la paroisse Notre-Dame le 25 mars 1690. Celle de son quatrième , nommé Etienne , le seul qui se distingua, le 8 janvier 1696, sur la paroisse de St-Ginies, et Jean-Baptiste, le dernier, le 21 avril 1704, sur la même paroisse.

Nulle part en France , plus que dans le Comtat Venaissin , l'autorité paternelle n'était respectée; un père n'accordait souvent à son fils un acte d'émancipation qu'après plus de quarante années d'une soumission absolue, et môme quand ce fils était devenu de-

(1) Louis Parrocel, né le 27 août 1668, h Saint-Didier; mon (Alcnguis) surlaniômc paroisse, le 19 mars 1C93, fut enterré dans l'église des Petils-Carmes-Déchaussf'^s. artucUcmcnt couvent dti Sacré-Cœur, à Avignon.

puis longtemps père de famille à son tour (1).

Cet acte d'émancipation avait lieu par devant notaire. Les personnages considérables du pays se faisaient un honneur d'assister à cette cérémonie. Là , en leur présence et en celle de plusieurs autres témoins requis , le fils , dont les cheveux commençaient quelquefois à blanchir , s'agenouillait aux pieds de son père, les mains jointes et la tête découverte. Son père lui déliait ensuite les mains en prononçant les paroles consacrées par la formule, qui lui accordaient le droit et la faculté de posséder , de commercer et de tester. En reconnaissance de cette faveur insigne le fils s'engageait à conserver une soumission et un respect inviolables pendant tout le cours de sa vie pour l'auteur de ses jours. Ces formalités accomplies , le notaire en dressait acte et le fils devenait, à partir de ce moment, complètement indépendant.

Le respect des frères cadets pour l'aîné de la famille était non moins grand ; considéré comme le successeur du chef , tous s'inclinaient devant lui.

(1) Un de mes aïeuls fut émancipé ti l'àpc de quarantehuit ans. Je possède la minute de cet acte portant la date du 23 janvier 1776

Ces mœurs et ces traditions se perpétuèrent dans le comtat jusqu'à la révolution , qui, en affaiblissant l'autorité paternelle et en fixant à vingt-un ans le terme de l'émancipation, les fît disparaître.

Il fallait toute cette puissance de l'autorité paternelle pour étouffer et comprimer en quelque sorte l'esprit aventureux d'Ignace- Jacques Parrocel , dont les succès de son oncle Joseph , auquel il se faisait une gloire de ressembler , exaltait l'imagination ; le respect seul le contenait , mais Louis Parrocel son père étant mort , rien ne put le retenir. Marié à vingt-trois ans , lorsqu'il rêvait de se faire un nom , cette vie de ménage et pour lui de contrainte qui durait depuis quatorze années, lui était devenueinsupportable.il abandonna donc Avignon en y laissant sa femme et ses enfants, les plaçant sous la protection du plus jeune de ses frères , Jean- Baptiste, qui avait été le parrain de son dernier né.

Ignace-Jacques Parrocel avait trente-huit ans lorsqu'il partit. 11 ne fit plus dès lors que de rares apparitions à Avignon , soit pour y porter le fruit de ses économies , soit pour y

voir SCS enfants dont il appela quelques-uns près (le lui , entre autres Etienne qui ne fut connu plus tard dans le Comtat que sous le nom de Parrocel le Romain (1).

Doué d'un talent sérieux , Ignace-Jacques dessinait et peignait avec une grande facilité ; tout en lui restant inférieur, il fut celui qui s'approcha le plus de la manière de peindre les batailles de son oncle Joseph dont il était l'élève.

Ignace-Jacques Parrocel parcourut l'Italie en tout sens, et une partie de l'Europe. Le nom qu'il portait et le genre auquel il s'adonnait avec succès et qui était à cette époque en faveur, lui firent bientôt une réputation.

Ignace-Jacques fui appelé à Vienne par l'Empereur d'Autriche, pour lequel il exécuta d'importants travaux, ainsi que pour le prince Eugène. Le prince d'xVrcmberg , qui habitait les Pays-Bas, le fit venir à son tour à Mons : il peignait une galerie dans Thôtei de ce prince, quand la mort le surprit en 1722 (2).

(1) Aniiivc» d'Avignon.

(-2) D'Argenville et mt'-inojrc rtc rAcadéinie do Peinture H de Scuitiire, t. 2, p. 45,

On voyait, en 1784, dans l'ancien palais du prince Eugène , six grands tableaux de batailles placés dans la salle à gaucbe de la principale entrée du belvédère inférieur. Us représentaient les batailles de Zenlha, de Casano; la levée du siège de Turin (20 pieds 6 pouces), (,ui est indiqué comme le morceau principal de cette suite par la grandeur, l'immense quantité de figures et les détails infinis du terrain ; la bataille d'Oudenarde et celle de Malplaquet et de Hochstett (1).

Lors de l'invasion française en Allemagne, Napoléon I" envoya ces tableaux à Paris , ainsi qu'un autre non désigné ici, selon le rapport de Joseph Lebas ; ils étaient au nombre de sept ; ils faisaient partie de la collection du Louvre sous l'empire ; ils furent repris par les alliés en 1815.

Ignace-Jacques était à Vienne en 1719.

Mariette dit dans ses mémoires l'y avoir beaucoup connu , et il ajoute que ces tableaux dont je viens de parler, avaient été peints pour la grand'salle du palais. Dans la galerie du Belvédère, à Vienne, il y a au-

(1) Chrétien de Mechel, catalogue des tabl. de la galerie impériale de Vienne. Bàle 1784.

jourd'hui deux grands tableaux ayant l'un et l'autre 3 pieds de haut sur 4 pieds de large; ils s'y trouvent sous le nom d'Ignace Parrocel, élève de son oncle Joseph Parrocel, né à Avignon vers 16j68, mort à Mons en 1772. Le catalogue de la galerie en donne la description suivante ;

t. Bataille contre les Turcs : sur le premier plan, un turc à cheval défend son étentard contre un cavalier cuirassé. Peint sur toile.

2. Grand camp militaire : sur le devant quelques cavaliers et deux canons de gros calibre. Peint sur toile (1).

Ignace-Jacques a peint également l'histoire.

A l'époque où il était à Avignon, il a gravé de sa main la grande estampe représentant la fontaine de Yaucluse, portant les initiales I.-J. Parrocel. Les figures en sont bien dessinées, les terrains, les eaux et les rochers sont largement accusés. Cette gravure décèle en son auteur un burin facile et hardi.

Les six tableaux figurant à Versailles, sous les n. 193, 194, 198, 200, 206, 207, attribués

(1) Ces tableaux m'ont été signalés par M. Slaedler, secrétaire intime de M. le dnc d'Aremberg.

par le livret à Ignace , ont été peints par Joseph-François, son neveu.

Le guide des voyageurs dans la ville d'Avignon et ses environs du à la plume spirituelle de M. Canron, avocat, attribue à Joseph Parrocel, les tableaux ci-dessous désignés qui existent à l'église St-Didier ; Construction de l'Eglise du Mont-Carmely vision du Prophète Elie, St-François-Xavier 7'cssuscilant un mort, l'empereur Thèodose aux pieds de St-Ambroise , la Vierge et l'enfant Jésus. J'ai visité ces toiles, elles ne me rappellent en rien le faire de Joseph, la tradition les attribue à l'un des Parrocel ; je serais tenter de les donner à Ignace s'ils ne sont de Louis. Ceci est à examiner plus mûrement.

Le musée d'Avignon attribue également à Pierre Parrocel deux vues de cette ville, portant les numéros 201 et 202. Elles doivent être d'Ignace, ou de Joseph-François.

La bataille qui fait partie de la collection des tableaux de Hampton-Court , à Londres, attribuée par le livret à Parrocel, sans prénom, est probablement d Ignace Jacques ou de Joseph François , je l'ai examinée à di-

verses reprises lors de mes voyages en Angleterre, elle m'a parue faible, cependant je n'affirmerai rien, car en ceci je ne consulte que de lointains souvenirs.

ETIEIVIVË PARROCELi , d<t le rouain

FILS d'iGNACE-JACQDES ,

Peintre d'histoire, membre de l'Académie de St-Luc k Rome.

La notice des tableaux du musée Impérial du Louvre, de M. Frédéric Villot, 1859, s'exprime ainsi :

« Les historiens parlent aussi d'un Etienne Parrocel , sur lequel ils ne donnent aucun renseignement et qui aurait exposé aux salons de 1755, 1757, 1759, 1761, 1763, 1765, 1767, 1771, 1779 et de 1781. — Les livrets citent bien à ces dates des ouvrages d'un Parrocel auquel il n'est joint aucun prénom, il

y a tout lieu de penser qu'Etienne n'a jamais existé, qu'il y a confusion et qu'il s'agit de Joseph-Ignace-François. Dans l'article de M. Taillandier qui a paru dans les archives de l'art français , 9°"^ année , V^ livraison , 15 janvier, p. 56 et suivantes, intitulé : les Derniers des Parrocel , je lis ceci : la Biographie universelle de Michaud verho Parrocel, mentionne un peintre de ce nom auquel elle donne le prénom d'Etienne, qu'elle fait naître à Paris vers 1720 , l'auteur de l'article ajoute: qu'il ne fut jamais qu'un peintre assez médiocre et le compte que rend Diderot des tableaux de Ccphale qui se réconcilie arec Procris, de Procris lue par Cêphale, de Jésus sur la montagne des oliviers, de l'esquisse d'une Gloire et de VAdoralion des Mages qu'il exposa aux salons de 1761, 1763 et 1765, prouve qu'il était loin de soutenir la gloire de son nom, etc.

D'après les renseignements que je possède sur cette famille , je demeure convaincu qu'il y a erreur de la part de la biographie, qu'il n'y a pas eu de Parrocel portant le nom d'Etienne et que le peintre dont Diderot a parlé dans ses spirituels salons est

Joseph-Ignace-François, fils de Pierre Parrocel, ainsi que l'a pressenti M. Yillot dans son excellente notice des tableaux du Louvre, école française. M. Taillandier ajoute :

«On va voir que cette conjecture du savant conservateur des peintures du Louvre est fondée.

«Disons d'abord que c'est D'argenville qui a donné, le premier, à Pierre Parrocel un fils du nom d'Etienne. Pierre Parrocel, neveu de Joseph et frère de Charles. (Ici j'arrête M. Taillandier. Il est impossible que Pierre soit à la fois le neveu de Joseph et le frère du fils de ce dernier.) Pierre eût deux fils qui ont cultivé les arts du dessein. L'un appelé Pierre comme lui paraît s'être fixé à Rome où il a gravé quelques pièces ainsi que le fait remarquer Mariette dans une note jointe à son article de Pierre Parrocel, et un autre fils nommé Joseph - Ignace - François ; c'est ce dernier que l'on a confondu avec un prétendu Etienne.

» J'ai connu dans ma jeunesse les trois dernières filles de Joseph-Ignace-François; deux d'entre elles, comme leur sœur aînée Mme

— salle Valsaureaux (1), qui était clun premier mariage, cultivaient la peinture avec un certain talent ; et c'est d'après les traditions qu'elles m'ont transmises, que je crois devoir écrire cette notice sur les derniers rejetons d'une famille qui tient un rang si éminent dans l'école française.»

Je me permettrai d'observer que les raisons de M. Taillandier touchant Etienne Parrocel n'ont rien de concluant. M. Jh Lebas dit, dans V Univers Uluslrè 184i : « Etienne Parrocel , pelU-neveu de Joseph (ceci est vrai), naquit à Paris vers 1720 (c'est une erreur). 11 se distingua fort peu dans la peinture (cela n'est pas exact), et il obtint plus de succès dans la gravure. Et il désigne, comme M. Michuud, les pièces qu'on lui attribue, savoir : une Bachanale de sa composition, le Triomphe de Mardochée, d'après de Troy ; le Triomphe de Bacchus et d'Ariane, d'après Subleyras, etc.

Toutes ces allégations sont inexactes.

Etienne n'a jamais gravé, ou du moins on ne connaît rien de lui sous ce rapport. Je cite-

(1) Le 11(1111 véritMltle ilecettc dame c^[ de Vulreuscaux.

rai simplement des faits. Ils suffiront pour rétablir la vérité historique.

Etienne Parrocel , dit le Romain , fils d'Ignace-Jacques Parrocel, peintre de bataille , et de Jeanne-Marie Perrier , naquit à Avignon ; il fut baptisé le 8 janvier 1696 , à la paroisse de Saint-Giniés de cette ville. Avec son oncle P. Parrocel , dont il était l'élève, il fit le voyage de Rome, vers 1717 (1) , et il se fixa en Italie.

M. Faivre, grand-prix de Rome, venant de celle ville, qu'il quittait pour aller exécuter d'importantes commandes à lui confiées par Sa Majesté TEmpereur de Russie, m'a signalé, il y a peu de mois , la coupole d'une église de Rome , peinte et signée d'Etienne Parrocel. Il n'a pu se souvenir du nom de cet édifice religieux.

Du reste , le tableau du maître-aulcl de l'église de Sainte-Marie , in monlkelU , est d Etienne Parrocel. Lalande , t. v. p. 66, en

Le Mercure de France de novembre 1730, p. 24G6 a propos (le la rc'ception de P. Parrocel h l'académie dit: € Jacqucs-Iifnacesuii friMca laissé un lils nommé Etienne € fort l)on peintre ii Rome , neveu et élève du nouvel « académicien. »

fait mention. Dussieiix , dans les Artistes français à l'étranger, confirme ce fait ; il fait plus, il publie la liste générale des membres de l'académie de Saint-Luc, à Rome , et le nom d'Etienne Parrocel est inscrit immédiatement après celui de Poerson , directeur de l'école française, à Rome ; il est le 62«,

Le grand tableau du maître-autel de Téglise Saint-Louis de France , à Rome , est également d'Etienne Parrocel.

Il représente l'apothéose de Ste-Jeanne de Valois, fondatrice de l'ordre des Annonciades.

Plusieurs sœurs , revêtues du costume de leur ordre, sont prosternées et en adoration, tandis que la sainte , couverte du manteau fleurdelisé , la couronne royale près d'elle , s'élève sur des nuages soutenus par des groupes d'anges. C'est une belle composition ; le visage de Jeanne de Valois respire la bonté, son attitude la grandeur; mais il existe quelque peu de maniérisme dans le pli des étoffes et quelqu'affecterie dans la manière dont les mains des sœurs sont dessinées.

Je dois à M. Prosper de Raudicour la gravure de ce tableau. On lit au bas, à gauche, en toutes lettres : Stej)hanus Parrocel , inv.

et pinx. , et à droite : Nicolaus Billy, sciilps.

Jean-Jacqiies Will a aussi gravé d'après lui

le portrait de Pierre Guerin , cardinal de

Tencin ; on lit dans la marge, à gauche : Steph

Parrocel, effigiem pinx., et à droite : J. Will

^ del et sculps.

On lit dans le dictionnaire historique du département de Vaucluse de Barjavel, 1841 , parlant d'Etienne Parrocel : « On voit de lui au musée dlnguimbert les portraits des cardinaux Spinola, de Tencin , de Polignac, Aldovrandi et Corcini. »

Je suis allé à Carpentras visiter ces portraits , je n'en garantirai pas l'authenticité ; ils m'ont fait l'effet d'être plutôt des copies que des originaux ; mais j'ai trouvé dans le même musée, indépendamment de ces portraits, une Ste-Famille sur cuivre , plus un Enfanl-Jcsm^ signés Steph. Parrocel , 1733. Ces tableaux, de petite dimension , sont jolis de couleurs, fins de Ion et bien dessinés. Il est également un Sl-hhpril visilont la Vierge beaucoup plus grand , qui lui est attribué par le conservateur ; cette toile est inférieure aux précédentes. .

M. Barjavel , qui habile (^arpentras , m'a

signalé deux autres tableaux qui existaient en 1838, dans l'église de St-Siffren, de cette ville , et qui étaient signés par derrière, Etienne Parrocel, à Rome, 1744. M. Barjavel les a mesurés lui-même et en a relevé la signature. L'ua représentait St-Joseph assis sur un nuage et Saint-Dominique assis devant lui.

L'autre, Saint-Augustin , évoque , assis et Saint-Benoist debout , tenant une crosse et un livre , les figures étaient de grandeur demie-nature, les toiles avaient environ deux mètres de hauteur sur 1 m. cinquante de largeur.

Ces deux tableaux ont été enlevés par M. l'abbé Guérin, curé de l'église de Garpentras, et transportés à sa campagne où ils sont actuellement.

J'ai vu à VilIeneuve-lès-Avignon , la copie d'une Résurrection de Jésus -Ghrist , d'après Stéphanus Parrocel par Perra, ainsi le porte la notice manuscrite avant la révolution, des tableaux de l'église ; l'original de ce tableau , peint pour les pénitents blancs, à Avignon, a élé intitulé lAiifjc du Seir/ncar «sits sur la fiiene fia (uinhcau. Il figure sous le n» 53, dans le

catalogue de l'abbé Meynet. 11 est placé à droite dans la chapelle de la confrérie , pour laquelle il avait été peint.

Voici le jugement qu'en porte l'abbé Meynet :

L'Ange qui est assis sur la pierre du sépulcre est dans une très belle attitude et d'un bon goût , son geste désignant que Jésus- Christ n'estplusdans le tombeau est expressif,

Magdeleine avec ses parfums et les femmes qui la suivent, respirent dans toute leur personne la plus grande douleur et la plus grande surprise. En somme , ce tableau est d'une bonne composition et l'effet en est juste. Sa hauteur est de deux mètres cinq cents soixante-douze millimètres ; sa largeur de trois mètres cent quatre vingt-quatorze millimètres.

M. Achard , archiviste d'Avignon, m'a rerais une note de plusieurs tableaux dont il a pu constater l'origine dans ses archives. II m'a désigné le môme tableau sous le titre des Trois Marie au Tombeau, peint pour les pénitents blancs par Parrocel le Romain , plus Sle -Cécile, St-Grégoire et la Vie de Saini- Agricol.

Le Musée de Marseille possède un grand

tableau , cintré dans le haut , représentant St-François Régis priant pour la cessation de la peste.

A droite, au bas du tableau, on lit sur une pierre : Slephanus Parrocel pinxit Roma

J'ai prié mon excellent ami M. Loubon, directeur de notre école , de vouloir bien me donner son opinion sur cette toile. Voici sa note :

Le tableau signé Stephanus Parrocel 1739 diffère des productions de Pierre Parrocel par son exécution légèrement espagnole ; le ton gris et le dessin légèrement tourmenté rappelle l'époque à laquelle il a été exécuté. Le St-François Régis implorant l'assistance du Très-Haut est d'un bon mouvement ; les morts ou pestiférés sont entassés et groupés avec art; c'est incontestablement la meilleure partie du tableau. Quant à la partie supérieure , le Père Eternel me semble manquer d'un peu de dignité et de style ; mais l'entente et la douceur du ton qui règne dans cette importante production de Stephanus font du tout une œuvre d'art complète.

E. Fouque , élève de Winterhalter , avec

lequel j'allais un jour visiter ce même tableau, me dit , en faisant allusion aux critiques de Diderot : « Si c'est là l'œuvre du plus faible des Parrocel , en peinture , le plus mauvais est encore un grand peintre. » Tout le monde connaît l'esprit sarcastique de Diderot et combien ses jugements, en fait de peinture , sont passionnés et manquent de vérité.

Je possède deux dessins de Stéphanus Parrocel qui m'ont été cédés par M. Menut, collectionneur de notre ville : l'un à la sanguine estompée, signé Stéphanus Parrocel, et l'autre au crayon noir rehaussé de blanc ; le premier est daté de 1744.

Etienne Parrocel ayant , plus qu'aucun de ses pères , oncles et cousins , travaillé pour les églises en Italie , il est fort possible que les deux tableaux dont parle Fantozzi , page 394, soient de lui. Us sont placés dans l'église St-Marc, à Florence.

L'un réprésente une Adoration des magea, et l'autre Xcè Noces de Ccinrt. Fantozzi n'ajoute aucun .prénom au nom de Parrocel.

PIERRE PARROCEIi ,

Peintre et Graveur ,

Fils de Lobis, agréé de l'académie en 1730.

Pierre Parrocel , troisième fils de Louis Parrocel el de Dorothée de Rostaiig , naquit à Avignon ; il fut baptisé le 10 mars 1670 à l'église St-Didier. Comme son frère Ignace- Jacques, il vint à Paris étudier sous son oncle Joseph, puis il fut en Italie se mettre sous la direction de Carie Maratte. Revenu en France, il épousa à Avignon, le 22 mars 1GÎ)3, à St- Didier. iMarie-Anne de Seisson , qui mourut

environ dix-huit mois après , le 1er octobre

1694, à l'âge de 35 ans, sans lui donner d'enfants, et qui fut inhumée aux Cordéliers.

Pierre Parrocel se remaria le 14 février

1695, il épousa , à N.-D. la principale mairie, Magdeleine de Palasse, dont il eut huit enfants ; le premier naquit le 3 décembre 1695 et le dernier le 1er octobre 1707, sur la paroisse de St-Didier, les deux qui se distinguèrent sont Pierre-Ignace, graveur du roi de Naples . né le 26 mars 1702 , et Joseph-François, né le 3 décembre 1704, tous deux sur la paroisse de St-Agricol. Ils furent ses élèves ainsi que Sauvan et Etienne, son neveu. Pierre Parrocel est mort à Paris en

De tous les Parrocel, Pierre est celui qui a laissé le plus de tableaux connus dans tout le midi de la France , le nombre en est prodigieux; le Louvre, à Paris, ne possède rien de lui, et cependant il occupe une place distinguée parmi les maîtres de l'école française. C'est une lacune qui, je l'espère, sera comblée, lors de l'agrandissement de ce monument national, mesure décrétée par S. M. l'Empereur

Le vice-légat Comti , grand amateur des beaux arts, avait fondé à Avignon, en 1654, l'académie des Emulateurs, qui compta bientôt dans son sein des hommes très-remarquables. Grâce au haut et puissant patronage de ce prélat éclairé, toutes les églises du Comtat rivalisèrent entr'elles de sacrifices pour oiner leurs autels de tableaux de maîtres, sous cette intelligente impulsion, dont l'influence se perpétua pendant plus d'un siècle après Comti ; il n'y eut pas, à l'exemple de lllalie la moindre chapelle du plus petit village qui n'eût à son tour son chef-d'œuvre. Les Simon de Chàlons, les Court, les Brocard, les Courtois, les Raynaud le vieux, les Mignard, les Parrocel, les Vanloo et plus tard les Sauvan et les Yien, peuplèrent successivement toutes les basiliques du Midi, de leurs magnifiques conceptions, leurs tableaux ne contribuèrent pas peu à étendre et à favoriser le sentiment de l'art dans cette partie de la France, en épurant le goût et en élevant l'intelligence de ces races méridionales à l'imagination si prompte à s'enflammer.

Ces générations frappées par l'aspect de ces chefs-d'œuvre, trouvaient un attrait puis-

— Gisant à visiter et à fréquenter les temples ; leurs yeux, invinciblement attirés par ces splendides images, ne pouvaient s'en détacher.

A cette époque de foi et de touchante simplicité, le cœur de nos pères déjà surexcité par la prière, source de tout les dévouements et de toutes les nobles aspirations, se dilataient en présence de ces œuvres d'où rayonnait la foi qui les avait elle-même enfantées.

De tous les peintres que je viens de nommer et qui l'avaient précédé, à l'exception des Mignard, ses rivaux, Pierre Parrocel , fut celui qui exerça la plus grande inlluence sur ces esprits religieux. Le nombre immense de toiles laissées par lui, témoigne de l'empressement avec lequel il était recherché. Ce qui charmait dans ses compositions, c'était autant la beauté, la suavité et la beauté exquises des lignes, jointe à l'expression séraphique répandue sur toutes ses figures, que la fraîcheur do son coloris, doux et brillant.

Ses premiers tableaux furent en quelque sorte une révélatiou et marquèrent aussitôt sa place parmi les premiers artistes du Midi.

En 1696, son oncle, Joseph Parrocel, fut

chargé (le peindre une suite de la vie de Saint-Antoine de Paduue, par le Chapitre de l'égHse de Saint-Pierre. Il vint à Avignon à cet efïet et il s'associa son neveu pour ce travail. Les esquisses de ses tableaux acceptées, il se mit à l'œuvre. Mais, rappelé à Paris, il laissa à Pierre Parrocel le soin de les terminer, n'en ayant peint lui-même que deux , dont j'ai donné la description dans sa biographie.

Cette suite se composait de neuf tableaux, Le premier, signé de Pierre, porte la date de 1G97. Voici la description abrégée de cette suite prise dans le catalogue de l'abbé Mcynet :

N. 10. Sainl-Antoine <(e Paduiic, original, par Pierre Parrocel.

Le saint, prêchant contre l'abus des richesses et contre l'avidité de ceux qui ne cbercherchent qu'à thésauriser, leur montre un coffre rempli d'or, il leur reproche d'en faire leur Dieu ; tout à coup le démon s'en rend maître, et l'or qu'on y voyait naguère est remplacé par des fruits amers. La tête du saint est naturelle et bien finie ; son attitude est très bonne ; les têtes d'hommes et de

femmes qui l'écoutent sont très bien caractérisées , de môme que leurs costumes. Le peintre sait varier la surprise et l'air de componction dans ceux qui entendent la prédication de ce saint.

Ce tableau est triangulaire ; hauteur, 2 mètres 30 ; largeur, 2 mètres 382 millimètres.

N. 12. i^aint-Antome prêchant à des Idolâtres, original, par P. P.

11 était difficile de faire croire à un peuple d'idolâtres les vérités de l'Evangile ; il fallait, avant toute chose, leur enseigner qu'il existait un être suprême et les faire croire en Dieu. Aussi, on voit dans ce tableau que St- Antoine leur montre le Ciel, et il leur apprend que c'est là sa demeure. Déjà , ceux qui l'écoutent sont si contrits qu'ils ne balancent pas à se convertir.

Les têtes de femmes, qui font une partie de ce tableau, y sont d'une grande vérité, le ton des couleurs très bon, les draperies magnifiques, les attitudes distinguées, le dessin bien suivi et correct, le pinceau fort et moelleux. Triangulaire ; hauteur, 2 mètres ; largeur, 2 mètres 30.

ÎN' 15. Morl de Sainl-Anloine de Padoue , oriniaal de P. P.

St-Antoine mourant est couché sur une natte, dans le costume de son ordre, l'agonie dans laquelle il se trouve est de la plus grande vérité d'expression. Jésus placé entre les bras de la Vierge, vers lequel le saint élève ses regards suppliants, lui tend les mains comme pour recevoir son âme bienheureuse , tandis que plusieurs de ses confrères unissent leurs prières à celui qui en étole lui fait la recommandation de l'âme , et qu'un autre frère , placé derrière lui, tient à la main un cierge allumé-

Ce tableau est de la plus grande beauté , les airs de tête y sont naturels , le dessin très correct, le coloris excellent, le ton juste et vrai , en un mot , c'est un tableau très estimable.

Triangulaire, 2 m. 273 mill. hauteur, 2 60 largeur.

N" 19. St-Antoine de Padoue portant sur ses bras Venfanl Jésus, original par P. P.

Le saint contemple le divin enfant, il le regarde avec complaisance , et l'amour se peint dans ses yeux. La Sainte-Vierge tient

par un bout une partie du linge qui Tenveloppe , elle paraît assise sur un nuage , soutenue par deux anges. Triangulaire, 2 m. 301 mill. hauteur, 2 m. 242 mill. largeur. Peint en 1700. Très gracieux et d'une bonne composition.

N° 29. Saint-Antoine de Padoue , original par P. P.

Le saint demande à la Vierge la délivrance de plusieurs âmes détenues au Purgatoire, et Jésus qui est entre les mains de la Ste-Vierge, tend les bras à ces âmes souffrantes , qu'un auge délivre. Ce tableau est magnifique, etc. Il est très estimé.

Hauteur, 1 m. 138, largeur, 866 mill.

Ces tableaux , transportés au Musée lors de la révolution , ont été restitués à J'église St-Pierre, où ils sont actuellement. Des deux tableaux de cette suite que je n'ai pas décrits, l'un peint par Joseph Parrocel, existe aujourd'hui à la congrégation des hommes , et l'autre, peint par Pierre , ù l'hospice St-Louis , qui possède également de lui un St-Françoisd'xVssise.

J'ai mentionné les jugements portés par le conservateur du Musée d'Avignon sur ces

tableaux, premières œuvres de Pierre Parrocel, afin de donner une idée de l'impression qu'ils produisirent à leur apparition. Sa réputation, qui allait croissant, lui fit obtenir de nombreuses commandes, auxquelles il avait peine à suffire. Ce fut ainsi qu'il peignit, pour la confrérie des pénitents gris, cinq tableaux : le Martyre de St-Giniès, St- Hyacinlhe, St-Verrm, St-Hoch et Ste- Claire, décrits par l'abbé Meynet , qui en fait le plus grand éloge. Je les ai visités. Suspendus le long des murs d'une chapelle humide , la plupart sont dans un état de dégradation pénible à constater , mais cependant ils vous impressionnent encore.

St-Hyacinthe est debout dans le costume de son ordre, tenant d'une main le St-Sacrement et de l'autre la statue de la Vierge. Sa hauteur est de 2 m. 328 mill. , sa largeur est de 866 mill.

Les autres tabeaux sont de la même dimension. Ste-C\aire est également dans le costume de son ordre et tient pareillement le St-Sacrement à la main.

St-Roch e^t debout, habillé en pèlerin, un

bourdon à la main ; un ange panse une de ses plaies.

St-Véran est en chape , donnant la bénédiction. Ce tableau a été coupé et restauré -, il ne reste plus que le buste et la tête du saint; il est fort bien conservé.

Pierre Parrocel peignit pour le couvent des Grands - Carmes une Annonciation d'après Lanfranc , de 4 mètres de hauteur ; le fond représente un paysage ; TEsprit-Saint , sous la forme d'une colombe, est dans un nuage , et l'ange Gabriel , un lys à la main , s'offre à la vue de la Vierge agenouillée. Ce tableau existe actuellement à l'église St-Symphorien.

Pierre peignit également pour l'église des Célestins, St-Roch et StSchasiien, sur une toile de 3 mètres 20 centimètres de hauteur sur 2 mètres 273 mill. de largeur. Ce tableau fut fait à l'occasion de la peste qui désolait Avignon , et il fut placé dans ce temple sacré comme un ex-voto de la piété des Avignonais.

La Sainte-Vierge commande d'un air impératif à un ange armé d'une épée de la remettre au foureau ; Saint-Sébastien tient de la main droite une palme et de l'autre plusieurs flèches , symbole de son triomphe et de son

martyre , et saint Roch baise les pieds de l'Enfant-Jésus appuyé sur un des genoux de sa mère qui , assise elle-même sur un nuage, est placée sous un dais dont les rideaux sont relevés par des anges.

Ce tableau est actuellement dans la chapelle des Pénitents-Noirs , qui possèdent une Assomption de la Vierge peinte également par le même auteur.

Il exécuta pour le couvent des Cordeliers, une grande toile représentant la Vierge donnant le cordon à Saint-François d'Assise. Saint-François, à genoux, reçoit un cordon blanc de la main droite de la Mère de Dieu, assise sur un nuage, soutenu par un groupe d'anges ; elle tient, sur ses genoux, son enfant dont une main est appuyée sur une ' partie du cordon, signiflant qu'il approuve et protège ladite confrérie ; un ange placé dans le haut du tableau, tient, à son tour, une quantité de cordons , contenus dans un bassin, vers lequel la Vierge porte la main.

Cette toile est restée au musée d'Avignon.

Pierre peignit à diverses reprises plusieurs tableaux pour les pénitents blancs : le premier en 1706 , c'est une résurection du

Christ. Cintré, de 4 m. li. sur 2 m. 328 larg. Il est parfaitement conservé.

Jésus, enveloppé de son linceul, s'élève au-dessus de son tombeau, dont la pierre est soulevée et soutenue par un ange; un soldat armé d'une pique, est prêt à frapper de nouveau Jésus, tandis que ses deux camarades, l'un couvert de son armure et l'autre de son manteau, sont renversés et saisis de frayeur.

Le second tableau, exécuté également à Avignon vingt ans plus tard, c'est-à-dire en 1728, est une ascension qui sert de pendant au dernier mentionné. Il témoigne des progrès accomplis par Pierre Parrocel ; c'est une de ses œuvres les plus complètes.

La Sainte-Vierge, les apôtres et les trois Maries sont comme en extase en voyant Ï.-C. monter au ciel

Voici ce qu'en dit M. Meynet: «L'air de tête de la Vierge exprime la douleur même, et son regard qui s'élève vers celui qui l'abandonne est des plus plaintifs ; les carnations sont si vraies, le coloris si frais, l'attitude si expressive, qu'on peut dire que le tout est digne de son auteur. On n'est pas moins satisfait des airs de tête des trois Maries, ainsi

que de ceux des apôtres. L'air de surprise qu'ils ont en perdant leur bon maître, semble parahser leurs regrets.

Ce tableau est parfaitement conservé, ainsi que la pêche miraculeuse en longueur, que possèdent également les Pénitents Blancs, et qui est fort estimé.

Jésus-Christ, debout sur ce rivage , montre ses plaies à Saint-Pierre, qui marche sur les eaux et se dirige vers son maître , tandis que plusieurs disciples tirent à fond, un filet chargé d'un grand nombre de poissons. Des pains et un brasier sont au bas du tableau.

C'est, du reste, sur l'esquisse de ces trois derniers tableaux que Pierre Parrocel fut agréé membre de l'Académie royale de peinture et de sculpture, en 1730 (1).

(1) On a reçu depuis peu à rAcadémie Rovale de Peinture et Sculpture les sieurs Parrocel et B. Natoire, deux excellents sujets ; le premier est neveu de Joseph Parrocel, peintre célèbre de la même académie, qui a fait quantité d'ouvrages très-estimés dans le goût du Bourguignon, fameux peintre et fils de Louis Parrocel , très-bon peintre , frère aine de Joseph qui s'établit a Avignon, et petit-fils de Barthélémy Parrocel , natif de Montbrison (en Forêt), d'une très-honorable famille; qui, le premier de son nom, professa la peinture et vint s'établir a Brignolles en Provence ; le nouvel académicien est cousin germain du sieur Charles Parrocel , fils de Joseph qui peint des batailles dans le goût de son père, peintre du Roi cl de l'Académie, Royale , connu par

On voit encore de lui, à Avignon, à l'église Saint-Didier, une Adoration des Mages ; au collège Saint- Joseph , Saint - Grégoire et Sainte-Cécile ; à l'église Saint- Agrieol , le Sauveur prêchant, dans la sacristie, nnsliiution de l'Eucharistie, effet de nuit remarquable ; à Notre-Dame-des-Doms, la Métropole, une Résurrection de Jésus-Christ, un Saint-Bruno et Saint-Ru f, premier évêque d'Avignon, en Tan 70.

beaucoop de très-bons ouvrages , mais particulièrement par un fameux tableau représentant l'audience que Mehemet Effendi, ambassadeur du Grand-Seigneur , obtenait du Roi, au palais des Tuileries, en 1721.

Le sieur Pierre Parrocel avait un frère aîné nommé Jacques-Ignace, mort dans les pays étrangers, dont les tableaux de batailles sont fort connus en Italie ; lequel a laissé un fils nommé Etienne, qui est fort bon peintre h Rome. Celui-ci est neveu et élève du nouvel académicien , a qui l'Académie a fait le même honneur qu'elle fit, il y a quelques années , au signor Ricci et h la signora Rosalba, en le laissant le maître de choisir le sujet du tableau qu'il doit faire pour l'Académie. Il est depuis longtemps établi U Avignon où il jouit de la réputation qu'il s'y est acquise , après avoir fait divers voyages en Italie.

Le sieur Natoire est un jeune homme qui a beaucoup de talent, qui donne de grandes espérances et qui, dès à présent, produit des ouvrages qui le font estimer ; il a fait un assez long séjour k Rome et a eu la gloire d'y remporter , il y a trois ans, le prix de peinture, au jugenient^de l'Académie de Saint-Luc. Il est élève de M. Lemoine, un des meilleurs peintres de l'Académie.

[Mercure de France, page 2466, année 1730, novembre.)

Ce dernier tableau , de quatre mètres de haut, fut commandé à P. Parrocel par M. Dupoux, chanoine pénitencier, qui en fit don à l'église. Le chapitre métropolitain fit la dépense du cadre, ainsi que le constate sa délibération du 2 août 1727.

Saint-Ruf est en assez grande vénération à Avignon pour que nous en reproduisions l'historique abrégé. Il était , selon F. Nouguier, premier auteur de l'histoire chronologique de l'église, des évêques et des archevêques d'Avignon, fils de Simon le Cyrénéen, qui aida à porter la croix de Jésus-Christ.

Saint-Ruf, après la mort de Jésus, embrassa la foi catholique et fut mis au nombre des 72 disciples; élevé à la dignité d'évêque, ainsi qu'en fait foi Tépitre de Saint-Paul aux romains , il abandonna Rome où il avait suivi cet apôtre et il vint à Avignon, où il fit bâtir hors des murs un couvent dont on voit encore les restes. Il mourut vers l'an 90, et l'Eglise Métropolitaine conserve ses précieuses reliques. Le tableau de Saint-Ruf se compose de plusieurs figures, Saint-Ruf agenouillé reçoit des mains de Jésus, assis sur les genoux de la Vierge , la récompense de ses

vertus, tandis que Saint-Jean-Baptiste lui montre la couronne qu'il a mérité. Ce tableau est bien conservé. Le Musée d'Avignon , ou- * trele Saint-François d'Assise déjà mentionné, possède encore de Pierre-Parrocel, son portrait peint par lui-même , sous le numéro 198. La Vierge lenant Venfanl Jésus et une Anuonclation sous le numéro 190. L'ange Gabriel, un genou en terre, tenant un lys à la main, annonce à la Vierge Marie qu'elle mettra au monde le fils de Dieu, h. 2 m. 20, 1. 1 m. 47, plus une esquisse représentant une vision de Saint-Joseph.

Le Musée d'Avignon, sous les numéros 201 et 202, attribue à Pierre-Parrocel deux vues de cette ville prises de l'île de la Barthelasse. On ne trouve là rien de sa touche et de son coloris, il est plus que probable qu'elles sont de Ignace Jacques son frère. Leur faire rappelle beaucoup la manière dont est exécutée la grande estampe représentant la fontaine de Vaucluse, gravée et dessinée par ce dernier et signée de son nom.

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