‹ Monographie des poissons fossiles du vieux grès rouge ou système dévonien (old red sandstone) des Îles britanniques et de RussieChapitre 18 sur 104 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DU G RMI F, COCCOSTEUS ACam.

lorsque MM. Sedgwick et Murchison découvrirent les premiers fragmens de ces curieux poissons, dans les carrières de Caithness, on n'avait aucune donnée sur leur véritable nature, et l'on ne sut pendant longtemps à quelle division du règne animal les rapporter, jusqu'à ce que des exemplaires mieux conservés démontrèrent que c’étaient des poissons.

Les Coccosteus sont déjà, si j’ose m’exprimer ainsi, plus poissons que les genres Plérichthys et Pamphractus dont nous venons de traiter ; leurs formes, quoique très-extraordinaires, s'approchent davantage du type ordinaire des poissons ; les appendices ailés que nous avons rencontrés chez les précédcns, n’existent plus; en revanche, ils sont doués de deux nageoires verticales; la tète et le tronc sont mieux séparés, et l’on reconnaît au premier coup d'œil un poisson dans ces curieux fossiles , quand on si' trouve en face d’un exemplaire complet.

La tête des Coccosteus est très-grande , large et haute, de forme presque circulaire, et composée d’un assemblage de plusieurs plaques, dont nous allons donner une description aussi complète que le permet l’état des exemplaires connus , en nous aidant des figures restaurées représentées Tab. 6, tig. 3 et à.

Le tronc est haut, mais beaucoup moins large que la tète, séparé de celte dernière par une articulation très-marquée et couvert d’une seule plaque osseuse allongée et pointue en arrière f. La queue est beaucoup plus longue que le corps, terminée en pointe comprimée latéralement et munie d'une petite dorsale et d’une anale, qui sont opposées l’une à l’autre. Les nageoires ventrales et les pectorales manquent entièrement. La tête est couverte dans sa partie postérieure d'une grande plaque a , que nous nommerons la plaque nuchale. Cette plaque est en forme de trapèze, rétrécie en avant, élargie en arriére, où elle a toute la largeur de la plaque dorsale l , avec laquelle elle est articulée par un sillon profond ; elle est de plus relevée en arrière en forme de crête, de manière que la face supérieure de la tète forme une espèce de toit déclive des deux cétés.

A cette plaque se joignent des deux cétés deux plaques latérales postérieures b b, de forme triangulaire, dont la pointe est dirigée en arrière et la base en avant, formant avec la plaque nuchale un demi-cercle, dont la courbe est tournée en arrière.

Le devant de la tête est également formé de trois plaques, dont une médiane et deux latérales. La plaque faciale c, est composée de trois triangles réunis par leurs sommets. Deux de

ces triangles sont places latéralement, et s’adaptent aux bords antérieurs de la plaque nuchale et des plaques latérales postérieures; le troisième est tourné en avant; il forme l'extrémité antérieure de la ligne médiane de la tête et est partagé en deux moitiés égales par une profonde incision. Je ne suis pas encore bien sùr si ces trois ailes de la plaque faciale ne forment pas autant de plaques distinctes, du moins ai-je remarqué dans quelques exemplaires des traces de séparation que j’ai indiquées, sur les deux ligures restaurées, par des lignes pointillées. Les échancrures latérales entre les trois triangles sont remplies par deux plaque» latérale » antérieures ci ci, de forme triangulaire aussi, dont les pointes sont tournées en dedans, tandis que leur base concourt à former le pourtour antérieur de la tète. La surface antérieure de la tète est ainsi couverte de six plaques de formes diverses, qui par leur réunion forment un seul écusson arrondi, presque circulaire et relevé en crête sur la ligne médiane, principalement en arrière , et dont les côtés forment un toit assez plat , lorsqu'on examine le poisson de profil.

Il est très-rare de trouver des exemplaires de Coccosteus, dans lesquels la tète soit v isible de côté. Il arrive ici ce qui arrive à tous les poissons à tète large et aplatie ; leur centre de gravité ne se trouve pas au milieu des flancs, mais au milieu du dos; ils doivent par conséquent, étant morts, se coucher sur la face supérieure ou inférieure, et non pas sur le côté. On a pourtant trouvé quelques exemplaires où les eûtes de la tète étaient visibles . et c’est d’ après ceux-là que j’ai pu restaurer la fig. 3 de tab. 6.

Ce qu’il importe en outre de remarquer chez les Coccosteus, c’est la grandeur de la gueule, qui est bien ouverte et armée de dents nombreuses , tandis qu’on ne trouve rien de semblable ni chez les Ptérichthys, ni chez les Céphalaspis. Il parait qu’il n’y avait que les maxillaires qui fussent ainsi armés; je n’ai du moins jamais rencontré la moindre trace d’un inlermaxillairc. Les maxillaires sont longs et grêles, attachés, à ce qu’il parait, au-dessous d’une masse cartilagineuse qui forme le bout du museau. La mâchoire inférieure k, a la forme ordinaire qu’on lui connait chez les poissons : c’est une pièce allongée , élargie en arriére . soudée en avant à celle de l’autre côté , et portant de petites dents coniques, implantées sur sa partie antérieure. Il m’importe ici de relever deux erreurs que l’auteur de l’excellente monographie de l’OId red sandstone, M. Hugli Miller, a commises en mentionnant les Coccosteus et en décrivant les particularités de leur orgauisalion. M. Miller prétend que les mâchoires des Coccosteus sont verticales, comme celles des Crustacés, taudis qu'elles sont horizontales chez tous les vertébrés, et il conclut de là à une grande affinité des Coccosteus avec les Crustacés. Il est vrai que la manière dont le museau est tronqué en avant, et la dislocation presque constante des mâchoires dans la plupart des exemplaires où elles sont conservées , pouvaient bien conduire à une pareille erreur, surtout dans un moment où l’idée que ces singuliers êtres étaient des Crustacés, était assez généralement partagée. Mais depuis que l’on s’est accoutumé à envisager les Coccosteus comme de véritables poissons, et que l’on possède des échantillons mieux conservés que ceux que M. Miller avait sous les yeux, personne que je sache ne leur a contesté leur caractère de poisson. M. Miller avait en outre prétendu que les

ilenls des Coccosteus n'étaienl ni implantées sur la mâchoire ni enfoncées dans des alvéoles, mais qu'elles étaient de simples dentelures de la mâchoire formées de la même substance , comme les dentelures d’une scie. II n’en est pas ainsi , comme on peut s'en convaincre par l'étude des dents, qui sont entamées à leur base , et où l'on voit distinctement la différence de substance entre la dent et l'os de la mâchoire.

I ne rangée longitudinale de petites plaques allongées en forme de butons fait le tour de l'écusson céphalique, en s’appliquant des deux côtés sur les bords. Les petites plaque * e , f et g n'ont rien de remarquable , si ce n'est que probablement les yeux étaient situés entre la moyenne de ccs plaques, f, et la mâchoire supérieure. Il se pourrait que l’œil fût entouré, comme celui des Ichthyosaurcs , d'un anneau de petites plaques osseuses. Ce n'est cependant là qu'une hypothèse, car je n’ai vu qu’un seul exemplaire qui portait des traces fort douteuses de celle structure.

Une dernière plaque, qui s'interpose de chaque côté entre la mâchoire inférieure et les plaques de la tète , c’est la plaque articulaire h. Elle est grande , triangulaire , et placée de manière à couvrir la partie postérieure des côtés de la tète. La mâchoire inférieure s’applique sur toute la longueur de son bord inférieur, les plaques ventrales antérieures et la plaque dorsale touchent son bord postérieur, et le bord supérieur est en contact avec la plaque nuchale et la petite plaque postérieure.

Je ne connais pas encore d’une manière précise la face inférieure de la tête. Tous les exemplaires dans lesquels j'ai trouvé la face inférieure de la carapace conservée, n’en montraient pas moins une des faces du bouclier supérieur de la tête, d’où je conclus que le dessous de la tète n'était garni que d’une membrane , qu'il n’y avait point de plaques osseuses sur la peau ; que la gorge était par conséquent très-dilatable et pouvait avaler une proie d’un volume considérable.

La carapace, qui entoure le corps jusque vers l’anus, est composée de six plaques, dont une seule est supérieure, tandis que les autres garnissent la face inférieure. Le tout ressemble assez à un bonnet d’évêque dont la base est tournée vers la tête , tandis que les deux ailes pointues et ouvertes se prolongent au-dessous et au-dessus de la colonne vertébrale.

La plaque tloi-mle l est énorme. Elle excède en longueur toute la tète et huit en pointe prés de la nageoire dorsale ; son sommet est élevé en forme de carène le long de la ligne médiane, et tombe comme un toit des deux côtés du corps, où elle enveloppe encore la partie supérieure des flancs. Sa forme est très-élégante, et ressemble aux boucliers allongés et pointus que portaient les chevaliers du moyen-âge. Comme celle plaque est d’ordinaire bien conservée, les variations de forme auxquelles elle est assujettie, sont autant de caractères pour la détermination des espèces.

La face inférieure de la carapace est composée de cinq pièces qui, par leur réunion, forment un bouclier assez semblable à la plaque dorsale.

Les deux plaques rentrâtes postérieures n correspondent à la partie postérieure de la plaque dorsale, mais elles sont moins larges et lieaucoup moins pointues. Elles sont intimement soudées au milieu, de sorte qu'on les trouve le plus souvent réunies, quand même les autres plaques sont désagrégées. Elles se reconnaissent à la forme de leur extrémité postérieure, qui est tronquée carrément, sauf le coin extérieur qui est arqué en forme d’un petit crochet obtus. Leur bord antérieur est plus large, mais échancré, pour embrasser la partie |K)stérieurc de la plaque rentrais médiane, o. Celle-ci est une plaque rhomboïdalc, à angles nettement prononcés (fig. 4), et qui ressemble beaucoup à la plaque ventrale des Ptérichthys, dont elle diffère cependant par sa granulation et ses dimensions beaucoup plus considérables. On la trouve souvent isolée dans des rognons de vieux grès rouge.

Les plaques ventrales antérieures m enfin sont deux plaques de forme plus ou moins carrée, qui touchent d'un côté aux bords antérieurs de la plaque médiane, de l’autre à la plaque dorsale, et qui sont situés entre les plaques ventrales postérieures en arrière et les plaques articulaires et la mâchoire inférieure en avant.

Tel est à-peu-près le système de plaques qui couvrent la tète et le tronc des Coccoslées. U limite entre ces deux parties est très-tranchée, et il n’y a même que peu de points de contact entre la carapace et la tète. Il en devait résulter une assez grande liberté de mouvement de la tète, tandis que dans les Ptérichthys l'articulation entre ces deux parties était probablement très-serrée.

La queue des Coccosté-es se distingue par des particularités très-frappantes. Et d'abord il n'existe point de corps de vertèbres ossifiés, mais seulement une r ortie dorsale, qui comme on sait , remplace les vertèbres ebez l’embryon de tous les poissons, et chez les Cyclostomes durant toute leur vie. Cette corde dorsale, de structure celluleuse et d'une consistance molle, n'a pas pu résister à la destruction par la pourriture; elle est enlevée chez les fossiles, où l’on ne voit que son empreinte, qui forme une longue rainure continue sans division. Les apophyses des rertéln'es par contre sont ossifiées, comme chez les Lépidosirens de notre époque, qui ont aussi une corde dorsale molle avec des apophyses osseuses des deux eûtes. La seule différence, c’est que chez les Coccoslées les apophyses sont grêles, courbées en arriére et renflées à leur base. Elles sont du reste exactement semblables des deux côtés de la corde.

Les Coccoslées ont aussi des nageoires verticales pourvues de rayons, savoir une anale et une dorsale, toutes deux petites, il est vrai, mais assez distinctes. Les rayons sont rarement conservés en entier, cl il est impossible de dire si c’étaient des rayons mous ou des rayons épineux. L'anale est très-rapprochée de l’extrémité postérieure du bouclier ventral ; la dorsale lui est opposée mais un peu plus reculée. La queue se terminait probablement en pointe allongée ; elle était en tout cas beaucoup plus longue que le corps.

J’ai sous les yeux le dessin d’un fossile de l'OId red , qui parait être l’extrémité du plastron dorsal et le commencement de la queue d’un Coccosleus , mais le tout est tellement mutilé qu’il m’est impossible de le déterminer exactement. A en juger d’après cet échantillon, la

Ad. OLD Rf.n à

queue aurait été couverte lie petites écailles rhomboïdales et lisses, qui formaient des crêtes dentelées sur les tranchants de la queue. Mais comme je n'ai jamais pu découvrir la moindre trace d'écailles sur les autres échantillons que j'ai vus, je u’ai pas cru devoir en orner ma figure restaurée. Je n’en engage que plus instamment les collecteurs à diriger leur attention sur ce point.

La structure (tes plaques des Coccostécs est assez semblable à celle des Ptérichthys. On y trouve les mêmes couches de substance compacte, réunies par un tissu celluleux à mailles solides (Tab. B, 6g. 3). Mais il y a pourtant une différence dans la manière dont ces mailles sont arrangées : les jours du tissu sont moins grands et plus variés dans leurs formes , tandis que chez les Ptérichthys, ils sont presque tous de la même grandeur et de la même forme. M'était ce caractère , il serait difficile de distinguer sur une simple coupe un fragment de Coccosteus d’un fragment de Ptérichthys.

J’ai clé assez heureux de pouvoir détacher quelques petites dents d’un exemplaire de Coceosteus et d’en faire des coupes, qui quoique bien imparfaites suffiront cependant pour donner une idée de leur structure (Tab. B.fig. 2). Ces dents sont du nombre de celles qui caractérisent particulièrement les poissons ; il n’y a point de cavité pulpaire médiane : mais les canaux médullaires forment des réseaux qui traversent toute la dent au moyen d’anastomoses, et desquels parlent ensuite des tubes calcifères. Les canaux médullaires sont très-sinueux, tortueux et étroits, et les tubes calcifères tellement fins et ramifiés, que le velouté qu’ils forment est inextricable, même sous les plus forts grossissemens. Je n'ai pu m’assurer s’il y avait une couche d'émail ou non.

D'après cela , les caractères distinctifs de ce genre peuvent se résumer en peu de mots. La bourbe terminale, armée de dents coniques, la tête large, arrondie . l’arrangement tout particulier des plaques de la tète , la plaque dorsale unique , le plastron ventral , les petites nageoires verticales , la queue longue et flexible et l'absence complète de pectorales et de ventrales , feront toujours facilement distinguer ce genre de tous les autres de la famille.

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