AG. OLD BEU H
qui ne sauraient être gradués, et qui représentent chacun un mode d’existence à part, aussi parfait dans sa sphère que quel autre que ce soit. Dans cette manière de voir, il u'y a plus de gradation dans la nature.
Il est évident que si ces systèmes sont vrais, ils devront trouver leur confirmation dans l’élude des animaux fossiles et de leur mode d’existence dans les créations antérieures. Or ni l’un ni l’autre de ces points de vue ne me parait répondre à l’ordre primitif des choses, que l’étude des fossiles m’a fait entrevoir dans les rapports qui ont existé dès les temps les plus anciens entre toutes les classes du règne animal.
Un premier fait capital qui s’oppose à ce que tous ces systèmes puissent être envisagés comme l’expression vraie et complète des rapports naturels qui lient l'ensemble des êtres organisés enlr’eux , c’est la certitude que nous avons acquise depuis environ un quart de siècle, que les animaux vivant maintenant à la surface du globe , ne constituent qu’une faible portion des habitans qui l’ont peuplée jadis. El s’il en est ainsi, ne doit-on pas trouver bien arbitraire la prétention de réunir tous les animaux sur le même plan, dans des classifications basées uniquement sur l’élude des espèces vivantes, surtout depuis qu’il est démontré que l’apparition et la disparition des types éteins, correspond à des époques déterminées. Aussi le besoin d’une méthode plus complète se fait-il sentir chaque jour plus vivement, à mesure que l’on découvre un plus grand nombre de genres, de familles et même d’ordres entièrement éteins. Les méthodes qui envisagent le règne animal, dans son ensemble, comme un tout simultané, comme composé de types contemporains, et susceptibles d’èlre placés sur le même rang, quant à leur valeur naturelle, faussent évidemment les rapports primitifs, l’ordre chronologique de la création. Avant de procéder à la classification des êtres organisés, il importe, de nos jours, de se faire en premier lieu une juste idée de l’époque de leur apparition . Ce côté des questions biologiques est devenu aussi essentiel que celui de l’organisation même des êtres vivans, comme base de leur distribution systématique. Pour acquérir une connaissance vraiment philosophique des animaux en général, nous devons donc, avant toutes choses, chercher à déterminer l’état du règne animal à l’époque de sa première apparition à la surface du globe, étudier ensuite les changemcns organiques qu’il a subis aux diverses époques qui ont précédé l’établissement de l’ordre actuel des choses, et enfin préciser, autant que possible, les limites géologiques de ces changemens intermédiaires. A aucune époque les géologues n’ont fait des efforts plus constans que de nos jours, pour déterminer l’âge relatif des différons terrains qui constituent l’écorce stratifiée de noire globe et les limites rigoureuses des forma-
tions. Ces travaux ont naturellement conduit à subdiviser de plus en plus les époques admises jusqu’ici comme distinctes. L’étude des fossiles, poursuivie avec une exactitude toujours plus rigoureuse, a fourni des moyens toujours plus précis pour les caractériser. En sorte que l’opinion qui admet plusieurs créations distinctes et indépendantes prévaut toujours davantage dans l’esprit des paléontologistes. Il est même facile de prévoir qu'avant peu l’on sera conduit à circonscrire les limites des formations géologiques d’une manière toujours plus restreinte, à mesure que la connaissance des fossiles caractéristiques, propres aux différons étages des formations admises actuellement , nous les représentera d’une manière plus évidente, comme des systèmes indépendans, différons à la fois de ceux qui les ont précédés, et de ceux qui les ont suivis. Nous serons ainsi conduis à admettre un nombre très-considérable de créations indépendantes , caractérisées chacune par un assemblage particulier d’espèces animales et végétales propres et ensevelies dans un système de couches déposées durant l’existence de ces êtres organisés ou à la suite des cataclysmes qui ont accompagné leur destruction. Bientôt il ne s'agira plus seulement d'époques primaire, secondaire ou tertiaire, ni même simplement de périodes paléozoïque, triasique, jurassique ou crétacée, mais bien de créations cambrienne, silurienne, dévonienne, houillère, permienne, etc., comme d’assemblages d’êtres organisés équivalens à l’ensemble des êtres vivans maintenant à la surface du globe , ou comme d’époques géologiques comparables par leur importance à celle à laquelle nous appartenons, et qui remonte à l’établissement de l'ordre de choses qui règne de nos jours sur la terre. Je ne doute en effet pas qu'avant peu d’années on n’ait généralement reconnu la vérité de ce que j’affirme ici , et que la plupart des subdivisions de nos classifications actuelles des formations géologiques, ne soient envisagées comme des formations indépendantes, et les fossiles qu'elles renferment, comme les représentai» de créations distinctes. Il suffit pour s’en convaincre de suivre la marche des découvertes les plus récentes en paléontologie ; et ici j'en appelle simplement à l'inspection des ouvrages qui ont été publiés depuis une quinzaine d’années. Les études de ce genre, faites dans des contrées lointaines, confirment ces prévisions; je n’en voudrais pas d’autres preuves que les belles découvertes de M. Lund sur les ossemens fossiles du Brésil, et celles non moins importantes de MM. Falconer et Cautley sur ceux des collines subhimalaycnnes. Partout on finit par découvrir dans des limites verticales et horizontales très-rcstrcintes des assemblages d’espèces fossiles aussi considérables que ceux que nous apprenons à connaître par l’étude des faunes actuelles les plus riches , dans des limites géographiques semblables.
Xlt
L'étude des Poissons du vieux grès-rouge fournira , je l’espère , un nouvèl argument en faveur de la théorie que je défends.
Pour faire mieux ressortir les caractères ichlhyologiques de l'époque durant laquelle se sont déposés ces terrains, il ne sera pas superflu de passer rapidement en revue les phases du développement des principaux types de l'animalité aux principales époques de leurs métamorphoses, et de montrer ensuite de quelle manière ces types se sont combines dans la série des temps ; ce sera la meilleure introduction à une étude génétique des affinités des familles actuelles du règne animal. Ne voulant pas exposer ici un système complet, je me tramerai à mettre en évidence les conséquences immédiates des faits taf/t zoologiques que géologiques, qui ont été le mieux étudiés dans ces derniers temps. Aussi bien l’accord entre les affinités zootogiques et la répartition géologique des types dans la série des terrains est-il si frappant, surtout dans certaines classes qui ont été l’objet d’études spéciales, dans ces derniers temps, que je crois pouvoir poser en fait aujourd’hui, que les classifications systématiques qui ne sont pas en même temps l’expression de la succession des familles dans l’ordre des temps, ne sauraient être non plus considérées comme exprimant les affinités réelles qui existent entre les animaux qu'elles embrassent. Les rapprochemens les plus heureux que les naturalistes aient tentés à différentes époques , ont réellement reçu une éclatante confirmation par les découvertes palcontologiques modernes , et cela souvent même à l’insçu de ceux auxquels elles étaient dues. Ces résultats sont si frappans que déjà maintenant , dans quelques classes d'animaux, la connaissance des fossiles et de leur ordre de succession, pourrait nous servirde guide pour rectifier la méthode zoologique, comme aussi, d'un autre côté, l'clat avancé de nos connaissances anatomiques nous conduira à une détermination vraie de l’àge géologique de certains dépôts, alors même qu’on n’y découvrirait aucune espèce fossile identique avec celles de terrains bien déterminés de la même époque. Je dirai même plus, car j’entrevois dés à présent le moment où ces résultats s'harmoniseront également avec les lois de la distribution géographique des animaux à la surface du globe ; mais les faits qui se rattachent à cet ordre de rapprochemens ne sont pas encore suffisamment connus pour que je veuille m'y arrêter dans celte occasion.
Le résultat le plus important des recherches palcontologiques modernes, dans l’examen de la question qui nous occupe ici, c’est le fait maintenant incontestable de l'apparition simultanée de types (tarticuliers de toutes les classes d’animaux sans vertèbres dès les temps les plus anciens du développement de la vie à la surface du glotte. On trouve en effet, dans les terrain»
xm
paléozoïques des débris fossiles de Rayonnés , de Mollusques et d’Articulés. On peut même admettre que les premiers représentai de toutes les classes de ces trois grands embranchemens sont contemporains, car on trouve dans les terrains fossilifères les plus anciens des Polypes , des Echinodermes , des Acéphales , des Gastéropodes , des Céphalopodes , des Vers testais et des Crustacés ; et si l’on n'y a pas encore découvert de Méduses , il est bien plus naturel d’attribuer leur absence, & l’extrême mollesse de ces animaux, que de supposer qu’ils n’accompagnaient pas, dans ces temps anciens, les types des autres classes d’animaux sans vertèbres, avec lesquels on les trouve toujours et partout associés dans la création actuelle. Du reste on en a trouvé à Solenhofen. Quant aux Insectes, on a déjà constaté leur existence dans les terrains houillers, qui, selon moi, se lient bien plus intimément aux terrains paléozoïques qu’aux terrains secondaires, par l’ensemble de leurs caractères organiques. Il est donc démontré maintenant que toutes les classes d'animaux sans vertèbres ont apparu en même temps & la surface du globe, et qu’elles remontent aux époques géologiques les plus anciennes; d’où il résulte de la manière la plus incontestable, qu’on ne saurait continuer à les envisager comme formant une série progressive dans leur apparition, comme on l’a si longtemps prétendu. Je renvoie pour le détail des faits et l’énumération nominale des espèces aux ouvrages si imporlans de MM. Murchison, de Verneuil, d’Archiac, de Keyserling et Rœmer, sur les terrains paléozoïques et leurs fossiles ; me réservant seulement quelques observations sur la série des Vertèbres, lorsque j’en viendrai à parler des poissons fossiles du système dévonien en particulier.
Nos connaissances actuelles sur l’ensemble des Polypiers fossiles n'étant pas encore aussi avancées que celles des espèces vivantes, et les Acaléphes n’ayant encore été remarquées que dans quelques dépôts secondaires , je crois pouvoir me dispenser d’en parler ici , sans craindre pour cela de voir infirmer les résultats généraux qui découlent de l’étude spéciale des autres classes d’animaux sans vertèbres.
Les belles recherches de MM. Miller, Goldfuss, d'Orbigny, Th. et Th. Austin, J. Muller, et Léop. de Buch sur les Crinoïdes vivans et fossiles, celles de MM. J.-E. Gray, J. Muller et Troscbel sur les Astéries et les Comatules, les miennes et celles de MM. Valentin et Desor sur les Echinides vivans et fossiles et sur leur anatomie , celles de M. E. Forbes et les miennes sur les Echinodermes en général, et celles de M. Tiedemann et de plusieurs modernes sur leur anatomie, nous ont appris, dans ces derniers temps, à connaître ces animaux d’une manière plus complète que ceux d’aucune autre division de l'embranchement des Rayonnés, à
— xrv —
l’exception seulement des Polypes vivons ; aussi les rapports des types vivans et fossiles de 1a classe dcsEchinoderracs ressortent-ils maintenant de la manière la plus évidente, LcsCrinoïdes sont le prototype de toute la classe. Non-seulement la géologie nous l'apprend ; mais encore ce que nous savons des premiers états de quelques espèces de cette famille fComalula el Pentacrinu» europœus ) le confirme également. Nous pouvons même dire que les Crinoldes offrent une sorte de synthèse de toutes les familles de cette classe, par les différentes formes qu’ils affectent, par exemple, dans les Cystidées qui rappellent les Oursins, ou dans les Mélocrincs qui se rapprochent davantage des Astéries. Il n'y a que les Holothuries qui semblent être exclusivement propres à la création actuelle, et cette famille est précisément celle qui occupe le rang le plus élevé parmi les Echinodermcs ; tandis que les Crino’ides , qui se trouvent au bas de celte série, apparaissent les premiers ; viennent ensuite les Astéries déjà nombreuses dans les terrains triasiques et enfin les Echinidcs, dont le plus grand développement caractérise les terrains jurassiques, crétacés el tertiaires. Mais chacune de ces formations a ses formes particulières, même ses genres propres : les Crinoldes des terrains paléozoïques ne sont pas les mêmes que ceux des terrains secondaires, et ils disparaissent presqu’entièrement dans les dépéts crétacés et tertiaires, pour n’étre plus représentés dans l’époque actuelle que par quelques espèces fixes et par les Comatules qui remontent il est vrai jusqu'aux terrains jurassiques, mais que leur dégagement du sol rapproche à bien des égards des véritables Astéries. Celles-ci à leur tour sont représentées dans plusieurs formations par des genres particuliers, mais encore imparfaitement connus, à l'exception de quelques types de la craie dont on a trouvé en Angleterre des exemplaires très-bien conservés. Enfin les Echinides, si abondons dans les terrains secondaires supérieurs cl dans les terrains tertiaires, s'y montrent partout sous des formes nouvelles ; si bien que les genres de la création actuelle ne remontent pas, pour la plupart, au-delà des terrains tertiaires, à l’exception des Cidarisqui abondent déjà dans les terrains jurassiques, la famille des Spatangucs toute entière, c’est-à-dire celle qui se rapproche le plus des Holothuries, ne dépasse pas les terrains crétacés. Les plaques et les piquans du terrain bouiller que l’on a 'attribués à des Cidarites , n’appartiennent pas à cette famille ; ce sont des débris de genres particuliers de Crinoldes armés de piquans. Cependant, dans nos systèmes zoologiques, tous ces types sont placés sur un même plan, et si on les échelonne , c'est sans s'inquiéter de l’analogie qui existe entre leur gradation et l’ordre de successions dans lequel ils apparaissent dans la série des terrains. Si bien que ce que M. de Humboldl dit, d’une manière si pittoresque dans son Kosmos, de l’aspect du ciel qui nous présente
chaque soir, comme une image réelle, l'assemblage de corps célestes dont plusieurs ont cessé d'exister depuis des myriades d'années , peut s’appliquer avec la même vérité à l’idée que nous donnent en général les cadres méthodiques de nos systèmes zoologiques, qui nous représentent aussi ces témoins des temps passés comme des actualités.
Les Acéphales nous offrent un exemple non moins frappant de ces rapports entre les caractères organiques d’un groupe zoologiquc bien caractérisé et l’époque de l’apparition de scs différens types. Pour mieux faire ressortir cette liaison, qu’il me soit permis de faire d’abord quelques observations générales sur cette classe. M . Owen a été le premier à faire remarquer que les Brachiopodes ne doivent pas être envisagés comme une classe & part , mais qu’ils peuvent être convenablement rangés sur la même ligne que les Monomyaires et les Dimyaires. Pour prouver cette assertion à l'aide d'argumens nouveaux, il me suffirait de rappeler que ces coupes fondamentales de la classe des Acéphales se lient étroitement les unes aux autres, par l’enchaînement de leurs formes principales et par leur position respective au milieu des clcmens ambians, comme je l’ai fait voir dans mon Mémoire sur les moules de Mollusques vivans et fossiles , auquel je renvoie. Je me bornerai ici îi rappeler que les Brachiopodcs nous présentent une symétrie inverse de celle des Dimyaires réguliers ; chez les premiers les flancs droit et gauche sont trèsdiversement conformés, et l’animal est constamment couché sur l’un des côtés, et c’est bien à tort que chez eux l’on considère assez généralement les flancs comme les régions dorsale et ventrale; les extrémités antérieure et postérieure, au contraire, sont taillées de manière à présenter la symétrie la plus parfaite ; c’est-à-dire, en d'autres termes, que le devant et le derrière de l'animal ne se distinguent pas encore, tandis que les côtés sont fortement différenciés. Chez les Monomyaires en général et chez les Ostrarés en particulier, nous observons une conformation intermédiaire entre celle des Brachiopodes et celle des Di myaires : les flancs sont encore très-différens, mais déjà l'un des bords apparait comme l’extrémité antérieure du corps et l'animal, encore adhérant au sol chez les Huitres, n’a plus, dans tous les genres, cette position absolument latérale des types inférieurs, témoin les Peignes qui nagent librement entre deux eaux. Enfin chez les Dimyaires la symétrie bilatérale atteint toute sa perfection, et en même temps l’une des extrémités du corps se caractérise d'une manière sensible comme l’antérieure. Dès-lors, l’animal prend une position plus ou moins verticale, la tête en avant, et les rapports de ses organes avec le monde ambiant sont analogues à ceux des autres animaux symétriques.
Ces rapprochemens sont pleinement justifiés par l’ordre de succession des Acéphales dans
la série des terrains. M. de Buch est de tous les paléontologistes modernes , celui qui a étudié avec le plus de soin les Brachiopodes fossiles, et c’est à ses travaux avant tout, que je renvoie pour l'étude de détail des faits dont je vais résumer les principaux résultats. Dans les formations les plus anciennes, on ne trouve que des Brachiopodes, mais en telle profusion et de formes si variées, que par leur abondance et leur diversité ils le cèdent è peine aux Acéphales des terrains tertiaires, dans lesquels les Brachiopodes ont presqu’entiérement disparu , pour être remplacés par une quantité innombrable d'espèces de différons genres , appartenant en majorité à l'ordre des Dimyaires. Les formations intermédiaires offrent en revanche un assemblage remarquable de Brachiopodes , de Monomyaires et de Dimyaires , d'autant plus intéressant, que les Dimyaires dont les flancs sont asymétriques, l'emportent encore en nombre sur ceux qui sont parfaitement réguliers et se rattachent ainsi aux Monomyaires et aux Brachiopodes qui, à l’époque où ils existent seuls, donnent aux faunes d’ Acéphales ce caractère si bizarre d’asymétrie latérale combinée avec une symétrie antéro-postérieure bien étrange. Les faits de détail auxquels je me réfère ici , se trouvent disséminés dans tous les ouvrages modernes de paléontologie et de géologie. Si cependant l'on m'objectait qu'en résumant ces faits j’ai trop généralisé, je ferais remarquer qu’alors même que quelques espèces feraient exception à la régie, le caractère général et les rapports fondamentaux de ces grandes divisions, ne sont pas moins tels que je viens de les tracer ; puis il ne faut pas perdre de vue que certaines déterminations bazardées ou vieillies, recueillies au hazard dans les livres, ne sauraient plus, dans aucun cas, être prises eu considération dans l'examen des questions qui nous occupent ici.
Comme nous l’avons vu pour les Ëchinodcrmes , les Acéphales présentent aussi des modifications très-notables dans leurs représentans, d’un terrain à un autre, et malgré les assertions contraires, je répète ici ce que j’ai affirmé depuis longtemps pour les Poissons et les Echinodermes , et que l’étude comparative d’un grand nombre de coquilles fossiles m’avait aussi démontré pour les Mollusques , c’est que les espèces diffèrent dans leur ensemble d’une époque géologique è l'autre, dans les limites étroites des subdivisions de nos grandes formations géologiques, Personne n'a encore mis en évidence ce résultat d’une manière plus générale pour les mollusques des époques crétacée et jurassique, que M. d’Orbigny dans sa paléontologie française. De mon cété , j’ai énoncé des résultats tout semblables dans mes Etudes critiques sur les Mollusques fossiles. Déjà antérieurement M. Williamson avait aussi annoncé dans une petite notice sur les fossiles des environs de Scarborough que les espèces diffèrent
complètement d'un terrain à l’autre , dans la série oolitique. Je ne sache cependant pas que cet aperçu ait conduit M. Williamson à faire un travail critique sur ces fossiles. Mais c'est surtout pour les terrains tertiaires que les identités répétées dans différens terrains ont été énumérées en plus grand nombre ; cependant dans un mémoire que je viens de publier sur les coquilles tertiaires et dont j’ai annoncé le résultat final depuis longtemps , dans d'autres publications , j'ai démontré, pour un nombre assez considérable d'espèces, que ces identifications ne sont que des rapprocbeinens exagérés d’espèces souvent très-semblables , mais cependant distinctes spécifiquement.
Les Gastéropodes ne semblent pas au premier abord pouvoir offrir beaucoup d’intérêt au point de vue auquel nous passons maintenant en revue les différentes classes. Eu effet, les Gastéropodes des terrains paléozoïques et même ceux des terrains secondaires , à l’exception d'une partie de ceux de b craie, n'ont pas encore été suffisamment étudiés pour pouvoir être comparés avec une entière connaissance de cause avec les espèces vivantes. Je me bornerai donc à faire remarquer que des deux types de coquilles que nous distinguons dans la création actuelle , celui dont l’ouverture est entière, sans canal ou échancrure pour le tube respiratoire est le plus ancien, celui que l’on rencontre même seul dans les terraius paléozoïques et dans les terrains secondaires anciens , tandis que çelui qui porte un siphon , n’apparaît à côté du premier qu’à partir du lias , pour prendre une prépondérance toujours plus marquée , dans les terrains tertiaires et dans la création actuelle. Un rapprochement assez singulier à faire, c’est que ces Gastéropodes anciens ressemblent à certains égards davantage à nos coquilles terrestres et fluvialiles qu'aux coquilles marines, témoins ces nombreuses espèces des terrains jurassiques et triasiques, qu’on a rapportées sans motifs suffisans au genre Helania ou à des genres voisins. Nous avons dans ce fait quelque chose d’analogue à ce que j’ai signalé depuis nombre d’années à l'égard des poissons fossiles des terrains secondaires, qui bien qu’appartenant à des genres éteins , ressemblent davantage à certains poissons d’eau douce de la création actuelle , qu’à aucun poisson marin.
Les nombreux travaux spéciaux qui ont été publiés sur les Céphalopodes vivans et fossiles, depuis les Monographies de MM. de Férussac et d’Orbigny jusqu'aux travaux plus récens de MM. de Buch , de Munster, Vollz , Owen, d’Orbigny, Valenciennes, et d’autres, ont très-bien fait connaître celte classe, qui est maintenant une de9 mieux étudiées du régne animal ; aussi n’est-il pas difficile de saisir les rapports naturels de ses familles avec les phases de leur développement progressif dans la série des temps. Les types des Ammonites et des Nautiles sont les