‹ Monographie des poissons fossiles du vieux grès rouge ou système dévonien (old red sandstone) des Îles britanniques et de RussieChapitre 4 sur 104 · AG. OLD RED. III · texte numérisé non relu

AG. OLD RED. III

plus anciens; ils paraissent même à-peu-près contemporains dans tout leur développement et en ceci on pourrait trouver une nouvelle preuve de leur valeur, comme coupes zoologiques. Cependant ils n'ont pas lout-à-fail la même importance. La famille des Ammonites plus nombreuse et plus variée dans les époques plus anciennes, disparait aussi plus tôt, car elle ne dépasse pas l’époque crétacée. Les recherches de MM. de Buch et de Miinstcr nous ont trop bien fait connaitrc l’ordre de succession de ces fossiles, pour qu’il soit nécessaire d’y revenir ici , je ferai seulement remarquer que les genres si curieux et si nombreux que M. d’Orbigny a distingués dans les terrains crayeux, où ils apparaissent avee une étonnante diversité, au moment où cette famille est sur le point de s'éteindre, nous fournissent une image bien vraie et certainement bien digne de fixer notre attention, des mouvemens irréguliers et en quelque sorte convulsifs que semble avoir ressenti, dans son agonie, la pensée ammonitigénique prête à s’évanouir, sans atteindre l’époque tertiaire , ni la création actuelle.

Les Seiches et les Poulpes forment le troisième type de cette classe et celui qui en occupe le plus haut rang; son existence ne parait pas remonter au-delà du lias, où les Bélemnitcs, les Teudopsis et les Celieno ont été les précurseurs des Seiches, des Calmars et des Onychoteuthes de notre époque.

L’embranchement des Articulés ne compte que trois classes, comme celui des Mollusques cl celui des Rayonnés, savoir les Crustacés , les Insectes et les Vers. Les autres cou]>cs primordiales que l’on a voulu distinguer, doivent être réunies sous ces trois chefs. C’est ainsi que les Cirripèdes ne sauraient plus être séparés des Crustacés , dont ils partagent l’organisation et le mode de développement ; c’est également à la classe des Crustacés qu’il faut rapporter les Lcrnées, les Rotifères, etc. Les Arachnides et les Myriapodes, en revanche, sont de vrais Insectes , ou plutôt ils se lient aux Insectes ailés par des types intermédiaires , si étroitement unis , qu’il est impossible de les séparer. Il ne faut pas négliger, dans ces rapprochemens , les caractères des larves et ceux des espèces qui restent aptères. Beaucoup de soi-disant Aptère» devront être retirés de ce groupe indigeste, pour être reportés dans leurs familles respectives. Quant aux Vers, il me parait impossible de séparer, comme classes, les Annélides , les Turbellaires et les Helminthes ; trop de caractères communs les unissent et l’analogie dans leur développement embryonique, autant qu’on le connait, est trop frappante, pour autoriser le maintien de ces classes. Il ne pourra donc plus être question à l’avenir de laisser les Vers intestinaux dans l’embranchement des Rayonnés, pas plus que les Infusoires qui se rattachent, sinon tous, du moins en très-grande majorité, aux Crustacés par les Rotifères.

Les Vers, même ceux qui sont munis d’une enveloppe solide, n’ont laissé que des traces trop insignifiantes de leur existence dans la série des terrains , et les Insectes fossiles que l’on a découverts jusqu’ici , sont en trop petit nombre et n’ont pas été suffisamment étudiés pour qu’il soit possible de se faire dés à-présent une juste idée du rêle qu’ils ont joue dans les différentes époques géologiques qui ont précédé la création actuelle. Ces classes attendent encore leurs monographes pour les espèces fossiles.

Il n’en est pas de même des Crustacés que l’on trouve en nombre assez considérable dans toute la série des terrains, et s’ils n’ont pas été l’objet de recherches aussi nombreuses que les fossiles de la plupart des autres classes du règne animal , on les connaît cependant assez bien, pour saisir la marche de leur développement dès les temps géologiques les plus reculés.

Les Trilobiles , qui sont sans contredit le type le plus ancien de la classe des Crustacés, ont été l’objet de nombreuses publications et de recherches très-variées, depuis que M. Al. Brongniart en a fait le sujet d’une monographie spéciale. Les ouvrages de MM. Dalman, Green, Emmerich et Burmeister méritent surtout d’être cités au premier rang, parmi ceux qui ont le plus contribue à étendre nos connaissances spéciales sur celte curieuse famille, et à préciser nos idées sur leurs rapports réels avec les autres animaux articulés. Les Trilobites se montrent sous les formes les plus variées et les plus étranges, dès leur première apparition dans les terrains paléozoïques les plus anciens. Ce type ne dépasse cependant pas l'époque houillière, où il est remplacé par des Entomoslracés gigantesques (*), qui sont en quelque sorte les avantcoureurs des Macrurcs. Les Entomoslracés de petite taille apparaissent aussi déjà dans des

(•) La Tab. \ des pbndu*s qui accompagnent celle Monographie représente plusieurs fragmens assez bien conservés d’un de ces Crustacés gigantesques, del’Otd Red. recueillis par M. WVteier dans les environs de Balruddcry en Ecosse Trompé par l'aspect écailleux d’une portion de la carapace, j’avais crû d’abord que ce pourrait être le type d’un genre particulier de poneon , et c’est à cette classe d animaux que j’avais rapporté moi-même le genre Pterygotut dans mon énumération des poissons fossiles du système silurien, qui se trouve dans le grand ouvrage de M. Murcliison. Ce genre, établi sur «les fragmens très-imparfaits des roches de I.udlow. est maintenant assez bien connu, d'après l’étude que j’ai pu fuir»* d'une es[*èce nouvelle de l’Old Red. découverte par M. LyeU , dans le Forfarshire , et dont M. Webster a trouvé à Balrmldery «les pièces plus caractéristiques. las exemplaires recueillis par M. LyeU, sont ces larges ix- lissons dont j’ai parlé dansme* Recherches, vol. I, p. 26, et qui, faute de |K>uvoir être déterminés rigoureusement, ont été jw is au sérieux pour des traces fossiles d’êtres surhumains. En les examinant attentivement avec M. BncLLand, nous étions restés convaincus que ce devaient être des carapaces de Crustacés : mais ce n’est qu’en J S40 que j’en ai eu la preuve directe. En effet, les échantillons recueillis par M. Webster, et qu’il m’a communiqués à cotte époque , renferment des morceaux de carapace, des anneaux de la queue, des palettes natatoires de son extrémité, des patte* et des jünces. Avec ces pièces il n’est plus possible de douter de la position qu'il faut assigner à ce fossile. C'est un Crustacé de taille colossale , dont la carapace avait plus d'un pied et demi de large, et la queue environ un pied. Les dimensions «la céphalothorax , représenté ligure de droite de la seconde rangée de Tab. A , ne permettent pas de le ranger parmi hs Décapodes, malgré b forme do sa pince, figure du milieu de la rangée inférieure de la même plaoclie. Je suis plutôt disposé à croire que ce singulier animal de-

terrains très-anciens; ils abondent dans certains terrains houillère, par exemple, et on en retrouve dès-lors dans une foule de dépôts; mais ils n’ont point encore été étudiés d'une manière satisfaisante.

Les Macrures, dont MM. H. de Meyer et le comte de Munster se sont particulièrement occupés, régnent depuis l'époque triasique jusque dans la création actuelle; tandis que les Bracbyuressont essentiellement tertiaires. Ces derniers, ainsi que les Cirripèdes, qui paraissent être partout leurs contemporains, sont encore loin d’être aussi bien connus qu’on pourrait le désirer. Une monographie des Cirripèdes, tant vivansque fossiles, est en particulier un désiralum pressant, aussi bien pour la Zoologie que pour la Paléontologie. Les autres ordres des Crustacés ne sont connus que dans les terrains tertiaires. Les Crustacés parasites , mous et vermiforroes paraissent exclusivement propres & la création actuelle.

Il résulte de cet aperçu que les types dont les affinités sont le mieux étudiées , comme les Trilobites, les Macrures et les Brachyures, se succèdent aussi, dans la série des terrains, dans l’ordre de leur gradation organique. Il est même très-curieux de voir l’analogie intime qui existe entre les formes de ces différons types et les phases du développement embryonique des Crustacés que MM. Rathke et Erdl nous ont appris à connaître.

Si je n'ai pas parlé jusqu’ici des Infusoires, ce n’est pas que je méconnaisse leur influence dans l’histoire de la formation de notre globe. Bien au contraire , je pense que M. Ehrenberg a ouvert une ère nouvelle aux recherches paléontologiques , par ses importantes découvertes dans le monde des infiniment petits; mais je pense aussi que la nouveauté de ses résultats, aussi surprenans qu’inattendus, ne permet pas encore de les apprécier à leur juste valeur.

Après avoir ainsi passé en revue les principales Classes des animaux sans vertèbres , dont

viendra le type d’une famille intermédiaire entre les Trilobites et les Entomostracés, dans laquelle on rangera |icut-étre aussi un jour les genres EurypUrm et Eidatk «s. Le céphalothorax est entièrement orné d'une sculpture squamifbmie. qui donne à la surface de celle pièce l'aspect d’une cuirasse de poisson; sur sou milieu se voit une figure en forme de fer de lance, correspondant sans doute aux régions stomacale et cardiaque des Crustacés ordinaires. Les liras de la pince sont munis de grosses dents obtuses; la pointe du plus long de ces leviers est fortement arquée. Le bras qui portail cette pince, figure de gauche de la rangée inférieure, est très-gros ; les articulatiuos , qui précédait immédiatement la pince , sont courtes et plus larges que longues. Les pattes ordinaires, figure de gauche de U rangée moyenne , sont simples et terminées en pointe; leurs anneaux sont sensiblement plus longs que larges. Les anneaux de la queue, figure de droite de la rangée supérieure, réduite de moitié de la grandeur naturelle, sont de larges plaques, munies 4 leurs extrémités supérieures ;i‘ong!rts articulaires. Les palettes natatoires de La queue enfin , les deux figures de l'angle supérieur de gauche et celle de l'augle inférieur de droite, soûl des plaques arrondies, frangées à leur bord, et 4 surface écailleuse, comme la carapace. Ce curieux fossile ne parait pas très-rare dans le vieux grès rouge d’Ecosse, l'ai donné 4 cette espèce le nom de Plerf/folui anÿUcut , pour rapppler son origine, et par son homonyme, l’étrange idée qu'on s'en était faite d’abord.

les débris fossiles ont été le mieux étudiés, qu’il me soit permis de m'arrêter encore un instant à considérer les conséquences qui découlent directement, pour la théorie, de tant de faits scrupuleusement examinés. Et d'abord il est évident que dés les temps les plus anciens, toutes les classes d'animaux sans vertèbres ont été représentées à la surface du globe, qu'elles ont toutes présenté dès l'origine une grande diversité de formes génériques et spécifiques; que cette variété ne le cède en rien, si l’on tient compte de toutes les conditions de conservation et de toutes les difficultés d’observation, à celle des espèces d’une faune locale de la création actuelle, circonscrite dans des limites qui correspondraient à l'étendue de la surface des ter' rains paléozoïques examinés jusqu’à ce jour ; que le nombre de ces fossiles est certainement aussi considérable que celui des listes d’espèces vivantes qui ont été publiées, U y a à peine un demi siècle, comme des énumérations complétés des animaux de contrées bien connues. Je me bornerai à citer, comme exemples , les diverses faunes d’Europe de la fin du siècle dernier, ou même celles du Brésil , d’Egypte , d'Arabie et des Indes et les listes des fossiles paléozoïques de MM. J. Phillips, de Verneuii et d’Archiac, ou celles déjà pins anciennes qui accompagnent le grand ouvrage de M. Murchison sur le système silurien.

Ces faits maintenant aussi bien établis que peuvent l’être des faits de ce genre, démontrent jusqu'à l’évidence l'impossibilité de rattacher les premiers habitans de la terre à un petit nombre de souches qui seraient allées en se différenciant sous l’influence des modifications des conditions extérieures d'existence. Ils nous montrent comme au doigt l’intervention directe d’une intelligence créatrice, antérieure à l'existence de tous ces êtres, et qui en a ordonné les rapports, déterminé te développement et dirigé l'apparition successive jusqu’à l’établissement de l'ordre de choses qui régit maintenant le monde. Ces faits prouvent encore le néant de toutes ces théories matérialistiques ou panlhéistiques qui attribuent aux êtres finis une raison suffisante de leur propre existence, ou qui les font dépendre seulement d’influences extérieures indéterminées.

Lorsque j’ai commencé la publication de mes recherches sur les poissons fossiles , je ne connaissais point encore d'espèces plus anciennes que celles des terrains houillers, et même j’en connaissais un très-petit nombre de celte formation. Aujourd'hui non-seulement la liste des espèces et même des genres propres à ces terrains s’est considérablement accrue , mais encore les dépôts plus anciens sont venus augmenter de jour en jour davantage le nombre des types à ajouter à nos catalogues. Les couches du système dévonien et celles du système silurien ont lour-à-tour fourni un contingent qui va continuellement en grandissant. Et si l’on n’a pas

encore signalé de débris reconnaissables de poissons au-dessous des couches inférieures de Ludlow, qui font encore partie du système silurien, je ne pense pas qu'il faille en conclure que les poissons ne remontent pas aux terrains fossilifères les plus anciens ; car leur fréquence extraordinaire dans les couches dévoniennes, et leur présence bien constatée dans certains déjsâts siluriens, où ils sont il est vrai très-mal conservés, nous indique suffisamment que, dans son apparition à la surface du globe, cette classe d'animaux est contemporaine du développement des types les plus anciens de toutes les classes d’animaux sans vertèbres. Quant à l'époque de leur première apparition, il ne peut donc plus s’agir entre ces classes que de différences très-peu importantes , dans un développement biologique considéré dans son ensemble, et il reste démontré dès aujourd’hui que les Poissons entrent dans le plan des premières combinaisons organiques, qui ont été le point de départ du développement de tous les êtres vivans qui ont peuplé notre globe, dans la série des temps. Il résulte de-là que les faunes les plus anciennes se composent de représentai» de toutes les classes d’animaux sans vertèbres , et seulement d'une classe de vertébrés, des Poissons ; tandis que les Reptiles, les Oiseaux et les Mammifères n’apparaissent que plus tard et successivement. Il y a donc un contraste remarquable et important à signaler entre le développement progressif des Vertébrés et celui des Rayonnés , des Mollusques et des Articulés , dont toutes les classes sont contemporaines , comme nous l'avons vu plus haut.

En nous livrant ainsi à l'étude des débris des êtres organisés qui se trouvent ensevelis dans les formations géologiques les plus anciennes, nous fesons en quelque sorte revivre les premiers représentons de la création. Ces fossiles sont, en effet, comme les premiers parens de tous les êtres qui ont vécu [ lus lard. En les évoquant sous nos yeux, nous assistons pour ainsi dire aux premiers ébats des animaux et au premier jet de la végétation ; nous voyons la nature animée comme sortant des mains du créateur. Et si nous pouvons espérer d’arriver un jour à la connaissance du plan général de la création , c’est en recherchant attentivement jusqu’aux moindres rap[iorts appréciables entre ces espèces antiques, et en poursuivant pas à pas toutes les modifications que l’ensemble des êtres organisés a subies, dans toute la série des terrains , d'une formation à l’autre , jusqu'à nos jours.

Il est un genre de comparaisons que l’on a trop négligées, lorsqu’on a cherché à se rendre compte de l'importance des étages de notre globe relativement aux débris d'êtres organisés qu’ils recèlent, mais qui, j’en ai la conviction, exercera à l’avenir une grande influence sur notre manière d’envisager les faunes fossiles, en nous permettant de déterminer la valeur des

assemblages de couches que l’on a appelés des terrains ou des formations géologiques. Je veux parler des proportions dans lesquelles on trouve les espèces des différentes classes du règne animal, dans des localités données, à la surface actuelle du globe ou dans tel ou tel groupe de terrains. Il est évident que ce sont les êtres qui vivent actuellement sur la terre que nous connaissons le mieux , et sur l’ensemble desquels nous possédons, à tous égards, les renseignemens les plus complets et les plus imporlans. C’est par conséquent à ces êtres, ou plutôt aux connaissances que nous possédons sur eux, que nous devons emprunter des termes de comparaison pour tout ce qui tient à la distribution des fossiles dans l’ensemble des terrains. Il est vrai que la distribution géographique des animaux vivans n'est encore qu’imparfaitement connue ; elle l’est cependant assez pour que nous sentions que toutes les contrées du globe, considérées dans une certaine étendue, ont leur faune particulière, composée d’un assemblage d’espèces propres, mêlées à d’autres qui s'étendent ou plus au nord ou plus au sud , ou i> l'est ou à l’ouest, et que par conséquent chaque contrée ne nourrit qu’une faible portion de la totalité des espèces qui peuplent la surface du globe.

Lors donc que nous voulons apprécier la valeur des assemblages de fossiles que nous découvrons dans un terrain , et que nous cherchons à déterminer le nombre des espèces propres à l’époque géologique à laquelle ils appartiennent, ce n’est point à l’ensemble des animaux vivans que nous devons les comparer, mais bien à un assemblage d’espèces vivant dans des limites et dans des conditions analogues , dans la création actuelle. Un exemple expliquera plus nettement ma pensée. Si je cherchais à déterminer approximativement le nombre des espèces fossiles de l’époque de la déposition de la craie blanche ou de l’argile plastique, je crois que ce serait choisir un très-mauvais moyen, pour y arriver, que de compulser les listes de fossiles de tous les dépéls géologiques considérés maintenant comme appartenant à ces horizons géologiques, et de comparer ensuite les sommes obtenues, à la somme des espèces vivantes. On s’approcherait bien certainement davantage de la vérité, en étudiant d’une manière aussi complète que possible la faune fossile de quelques localités bien explorées, comme, par exemple , les dépôts de craie blanche des environs de Paris, ou l’argile plastique du bassin de la Tamise , pour comparer ensuite ces listes de fossiles aux animaux vivans de quelque golfe ou de quelque plage qui, dans ta création actuelle , présenterait le plus d’analogie avec l’étendue et les conditions dans lesquelles on peut supposer que ces dépôts se sont formés. On obtiendrait ainsi des bases vraies , pour fixer les rapports numériques de l’ensemble de ces créations comparées à la création actuelle.

En suivant cette marche et en comparant successivement les faunes ichthyologiques de différentes formations, dans lesquelles j’ai reconnu des assemblages différons de poissons , avec des faunes ichthyologiques de la création actuelle, circonscrites dans les limites analogues, je suis arrivé à ce résultat désolant pour l'état actuel de nos connaissances paléontologiqucs , s'il peut être considéré comme exact, c'est que dans leur ensemble Ie9 couches qui constituent l’écorce de notre globe, doivent recéler au moins vingt-cinq mille espèces de poissons fossiles. Et dans ce calcul , dont je me dispense de reproduire ici les élémens, j’ai soigneusement tenu compte de la plus grande uniformité que présentent les faunes anciennnes contemporaines. Des calculs semblables, faits avec les mêmes réserves, portent à environ 5000 le nombre des mammifères fossiles que l'on peut s’attendre à découvrir un jour, à plus de 4000 celui des reptiles, et au moins à 40,000 celui des coquilles. Je crois même qu’il s’écoulera bien peu d'années avant que l’on ait acquis la certitude que ces suppositions sont fort au-dessous delà réalité. Quant aux Oiseaux, aux Crustacés, aux Insectes, aux Echinodermes et aux Polypes, des difficultés particulières s’opposent pour le moment à toute espèce de comparaison de ce genre. Pour ce qui est des Infusoires fossiles, il serait prématuré de vouloir faire servir dés à-présent les résultats du travail d’un seul homme, pendant huit à neuf ans seulement, comme la mesure de la profusion avec laquelle des animalcules, que leurs dimensions normales souslraisent nécessairement à nos regards, sont répandus dans les couches de la terre , surtout maintenant que l'on sait que la plus grande masse de ces terrains n’est composée que d’animalcules microscopiques. D’ailleurs, M. Ehrenberg nous a dévoilé coup sur coup des faits si imprévus, que notre esprit a besoin de les considérer encore pendant quelque temps avant d’en apprécier toute l’importance.

La faune Ichthyologique de l'Old Red Sandslone , comme nous le verrons en détail dans les pages suivantes , se présente sous des formes tellement extraordinaires et tellement bizarres, que les moindres débris des êtres qui ont vécu à cette époque, ne peuvent que frapper le regard du naturaliste. Dans aucune autre formation, on ne rencontre une réunion de poissons déviant d'une manière aussi sensible de tout ce que l'on connait de nos jours. L’étude d'aucune autre faune n’a exigé autant d’années , avant qu’on fut suffisamment familiarisé avec ses types , pour oser les classer et les mettre en rapport avec ceux des autres créations. Les difficultés qu’ont présenté ces recherches étaient d’une nature toute particulière ; car il a fallu les résoudre pour ainsi dire sans terme de comparaison , ou du moins en se réduisant à des rapprochcmens éloignés. Ce n'est en effet pas avec les débris de créations antérieures que

des comparaisons auraient été possibles, puisque c’est dans le vieux grès rouge que nous rencontrons la première faune ichthyologiquc complète. Les terrains siluriens renferment, il est vrai , quelques débris de poissons , mais jusqu’ici ils ont été si rares et le nombre des espèces si petit, qu’on peut bien dire que c'est seulement avec le terrain dévonien que les poissons ont réellement acquis quelque importance à cété des autres fossiles , ou du moins que le rôle qu’ils ont joué dans la nature devient appréciable. Ce qui frappe d'abord , lorsqu’on étudie ces anciens dépéts, c’est que les poissons sont les seuls représentans de l’embranchement des vertébrés qui existent dans le vieux grès rouge, et même dans les terrains houillcrs, en sorte que l'on peut à bon droit appeler l’époque de la déposition de ces terrains, le règne des poissons. Ce fait sur lequel j'ai déjà appelé plusieurs fois l'attention des paléontologistes s’est confirmé de la manière la plus absolue par toutes les recherches , qui , dans ces derniers temps, ont eu pour objet les fossiles de l’OId Red. Depuis quelques années les investigations des géologues ont déjà décuplé le nombre des espèces connues , et le zèle que l’on déploie pour ces sortes d’études, dans les deux pays où notre système de couches se montre dans son plus grand développement, c’est-à-dire, en Angleterre et en Russie, conduira sans doute encore à de nombreuses et importantes découvertes. Mais il est facile de prévoir, dès à-présent , que ces découvertes rentreront dans les lois que les espèces déjà connues aujourd'hui nous ont révélées, c’est-à-dire, qu'elles seront restreintes à la classe des poissons, pour l’embranchement des vertébrés , et que ni les reptiles , ni les mammifères ne se trouveront dans les couches du vieux grés rouge.

Je sais bien qu’un auteur récent a voulu trouver dans le vieux grés rouge des ossemens de toutes les classes de vertébrés. Mais il a été facile de faire justice de toutes les fausses déterminations sur lesquelles de pareilles conclusions reposaient, et les tortues, les lézards, les crocodiles et les pachydermes, dont on s'était plù à peupler ces anciens dépéts, (*) sont successivement venus se ranger à leur véritable place, dans la classe la plus inférieure des vertébrés, dont une main imprudente les avait fait sortir. En traitant des familles et des espèces qui caractérisent le système dévonien, j'ai démontré la fausseté de cet .échaffaudage , qui fait remonter toutes les classes des vertébrés à la plus haute antiquité, en sorte qu’il reste maintenant bien prouvé que tout ce que l’on connait de débris de vertébrés dans des formations antérieures au Zechstcin , appartient exclusivement à la classe des poissons.

(*) Voir plu* bas chapitre VU, pig. 83.

Page 1