AG. OLD RED. IV
Je ne veux pas insister davantage sur l'importance que présente ce fait, lorsqu’on le met en rapport avec les caractères organiques des créations qui ont successivement peuplé la terre. J’ai déjà présenté ailleurs mes vues sur le développement qu’ont parcouru les différentes créations pendant l’histoire de notre planète. Mais ce que je voudrais prouver ici , par une discussion approfondie des faits rapportés dans les pages suivantes, c'est la vérité de celte loi, maintenant si clairement démontrable dans la série des vertébrés , que les créations successives ont parcouru des phases de développement analogues à celles que parcourt l’embryon pendant son accroissement, et semblables aux gradations que nous montre la création actuelle dans la série ascendante qu’elle présente dans son ensemble. On peut du moins considérer dès à-présent comme prouvé , que Y embryon du poisson pendant son développement, la classe des poissons actuels dans ses nombreuses familles , et le type poisson dans son histoire planétaire , parcourent à tous égards des phases analogues , à travers lesquelles on suit toujours la même pensée créatrice, comme un CI conducteur qui nous guide partout, dans la recherche de l’cnchainement des êtres organisés. La considération que les poissons du vieux grès rouge représentent réellement l'âge embryonique du règne des poissons, a même été pour moi un puissant motif d’entreprendre, comme première Monographie , pour faire suite à mes Recherches , celle de ces poissons anciens, puisque c’était ici qu’on pouvait prouver par des faits évidens , la vérité de cette grande loi de développement de tous les êtres organisés.
Jetons d'abord un coup dVril rapide sur les familles dont nous avons énuméré les espèces, dan9 ce travail. Nous en rencontrons au moins cinq distinctes : les Céphalaspides , les Acanthodiens, les Sauroïdes diptériens, les Célacanlhes et les Plagiostomes, si tant est qu’on puisse considérer ce grand type comme une seule famille. Les quatre premières appartiennent à l’ordre des Ganoïdes , et la dernière à celui des Placoïdes.
La première remarque qui s’offre à l’observateur attentif, c’est que chez les nombreuses espèces qui sont réparties dans ces familles, on n’a encore trouvé aucune trace de vertèbres, et chez quelques-unes seulement des apophyses, pour protéger la moelle épinière et les gros vaisseaux . bien qu'elles fussent également dépourvues de corps de vertèbres. Certes, si ces poissons avaient eu des corps de vertèbres , on en aurait trouvé parmi ces nombreux débris de squelettes qui abondent dans le terrain dévonien, on en aurait trouvé sur ces plaques de Coccosteus des Orkney , où les queues sont si bien conservées avec leurs apophyses épineuses, leurs osselets interapophysaircs et leurs rayons de nageoires. Le fait est qu’il n’y en a aucune trace, et même sur les plaques de Coccosteus dont je viens de parler, on voit parfaitement
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bien que c’était sur un axe indivis et continu que reposaient les apophyses. Or ce développement incomplet du système osseux du tronc se retrouve chez tous les embryons et surtout chez ceux des poissons ; il se retrouve également dans les derniers échelons de la classe des poissons, chez les Cyclosloines. Cette série de corps de vertèbres , qui se suivent sur toute la longueur du tronc des vertébrés, est remplacée dans les formes inférieures de cct embranchement et chez les embryons, par un cordon cylindrique, d’une consistance gélatineuse, que l’on appelle In cordc dorsale. Ce n’est que quelque temps après l'apparition de la corde, que les apophyses et les corps de vertèbres se développent chez l’embryon. Chez le Branchiostoma (Ampltyoxus), il n’y a qu’une corde sans autre pièce du squelette, comme chez les embryons peu avancés; c’est chez les Cyclostomes que commence la formation des apophyses, et chez les Plagioslomes celle des corps de vertèbres ; à cet égard les poissons de l'OId Red sont restés à un degré de développement tout-à-fai( embryonique ; car ils ont une corde et des apophyses, mais ils n’ont point de corps de vertèbres.
Celle disposition du système osseux du tronc en détermine presque nécessairement une autre : le développement incomplet du crâne. Nous trouvons en effet, chez les poissons de l’OId Red , les os extérieurs du crâne bien conformés ; les mâchoires , la ceinture thoracique . les os operculaires et branchiostègues , ceux du haut du crâne, sont bien développés, vigoureux et évidemment de structure osseuse ; mais tous les indices que j’ai pu recueillir sur la conformation de leur tète, me font penser que la boite interne du crâne, celle qui entourait immédiatement le cerveau, n’était pas encore consolidée , mais plutùt cartilagineuse. Nous trouvons aussi cette structure chez les embryons , où les plaques protectrices qui couvrent le haut et la base du crâne, se développent isolément, pendant que la boite crânienne est encore cartilagineuse. La même conformation se retrouve encore chez l'Esturgeon, dont j’ai décrit l’ostéologie dans mes Recherches sur les Poissons fossiles (vol. Il, 2“ part. p. 277); et c’est en effet avec ce dernier que l'on |>eul le mieux comparer l'état que devait avoir le squelette du crâne des poissons de l'OId Red.
Les plaques osseuses et émaillées qui couvrent la tète de l’Esturgeon, et qui font immédiatement suite aux plaques émaillées dont sa nuque et ses flancs sont couverts , n'appartiennent évidemment pas au même système que les frontaux et les pariétaux des poissons ordinaires. Ce sont des os cutanés , développés en remplacement des os ordinaires , qui manquent complètement dans la grande partie des poissons de l'OId Red, et surtout dans la famille des Céplialaspides , où l’on trouve le même arrangement que chez les Esturgeons. Ce sc-
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rail peine perdue que de vouloir chercher dans les plaques céphalaires d'un Coccostée ou d’un Ptérichlhys les analogues des frontaux, des pariétaux et des nasaux de nos poissons osseux; on ne trouve à leur place que des carapaces, souvent étrangement composées, et qui forment néanmoins, par leur réunion , des couvertures du crâne tout aussi complètes que celles des poissons ordinaires.
C’est ici le lieu de rappeler le développement extraordinaire que présente le système cutané des poissons de l’Old Red. D’énormes plaques osseuses recouvrent souvent non-seulement la tète, mais aussi une grande partie du corps; une famille tout entière, celle des Céphalaspides , a son caractère essentiel dans cette cuirasse du tronc , et les écailles et les plaques de la plupart des Célacanthcs de l’OId Red excèdent de beaucoup ce que l’on voit dans les poissons des terrains plus récens. Malheureusement nous n’avons pas encore des termes de comparaison, avec les poissons de la création actuelle, assez nombreux pour apprécier la valeur de ces caractères, par la raison que nous manquons entièrement de données sur le développement des écailles en général et surtout sur celui des écailles des Ganoïdes ; nous n’avons même pas encore de renseignemeus sur l’embryologie d’un seul des poissons cuirassés de notre époque; mais il est à présumer, d’après le développement extraordinaire que présente le système cutané de nos anciens poissons, que c’est de très- lionne heure que ces plaques et ces cuirasses se développent dans les embryons.
Un autre fait , pour lequel on peut bien appeler les poissons le vieux grès-rouge , l’âge embryonique du règne des poissons , c’est le développement de leurs nageoires. On sait que dans tous les embryons de poissons que l’on a examinés jusqu’ici , les nageoires verticales naissent d’une nageoire unique , faisant le tour de la partie postérieure du corps , à-peu-prés comme une nageoire d’Anguille. Cette nageoire continue sc transforme complètement en certains endroits, en d’autres elle disparait petit à petit, et là où elle reste stationnaire, les rayons se développent graduellement. Les espaces qui séparent les différentes nageoires, sont donc d’autant plus petits et d’autant moins marques que l’embryon est plus jeune; cela est si vrai, que certains poissons qui auront plus tard des nageoires fort distinctes, les ont encore très-rapprochécs , dans le jeune âge, et quelquefois à peine séparées par une échancrure peu profonde. Chez les poissons de l’OId Red , les nageoires verticales rentrent complètement dans ces conditions primitives de développement. Toute cette puissante famille des Sauroïdes, qui plus tard se montre pourvue de nageoires bien séparées et isolées, n’est représentée dans l’Old Red que par les Diptéricns, qui sont tous pourvus de deux
anales et de deux dorsales, toutes très-rapprochées les unes des autres, et peu distantes de la caudale. Dans les Célacanlhes de POId Red, on trouve aussi plusieurs genres, comme les Glyplolépis et probablement aussi les Plalygnathcs , qui avaient les nageoires verticales doubles et três-rapprochées , de telle sorte qu'il y a à peine un espace intermédiaire entre les différentes nageoires. Même chez les Acanthodiens on trouve un genre , celui des Diplacanlhcs, qui est muni des nageoires verticales doubles. Il est vrai que cette disposition ne se trouve pas chez tous les genres , mais toujours est-il curieux que les familles, qui sont destinées à parcourir une longue série de terrains, comme les Sauroïdcs et les Célacanlhes , commencent par des formes à nageoires doubles qui se rapprochent du type embryonique.
Le fait que chez tous les poissons de l’OId Red qui possèdent une caudale, celte nageoire est formée de lobes inégaux et insérée sur une extrémité relevée de la cordc dorsale, est encore un point de rapprochement avec l’embryon des poissons ordinaires. On sait en effet que, chez ces derniers, l’extrémité de la queue commence à se relever à une certaine époque de la vie, se rapprochant en ceci de la disposition que l’on observe chez l’esturgeon, et qu’à cette époque la caudale de l’embryon est hétérocerque. D’un autre côté, j’ai déjà souvent appelé l'attention des naturalistes sur un fait tout semblable , qui se présente d'une manière si frappante dans la série géologique ; c’est que tous les poissons des terrains plus anciens que le Jura ont l’extrémité caudale relevée , et la caudale elle-même hétérocerque.
Un dernier point enfin , sur lequel je voudrais appeler l’attention des naturalistes , c'est la forme de la tête et la position de la bouche et des yeux chez les poissons de l'OId Red. Tous, sans exception, ont la tête large et aplatie, arrondie et comme tronquée, semblable à celle d'une Lotte ou d’un Silure. Ce caractère est même tellement prépondérant, qu’il est trèsrare de voir un poisson de l’OId Red qui présente la tête de profil ; dans la majorité des cas, elle repose sur le côté supérieur ou sur le côté inférieur, alors même que le corps est couché de manière à présenter l’un des flancs. La gueule de la plupart des genres est largement ouverte, semicirculaire, et se trouve placée ou bien à l’extrémité de la tête arrondie, ou bien même sous cette dernière. Les yeux se trouvent , dans la plupart des genres , fortement espacés cl rejetés sur les côtés aplatis de la tête , ensortc qu’il est souvent fort difficile de déterminer leur position. Des formes analogues se trouvent chez les embryons. Même chez les poissons qui plus tard se distinguent par un museau alongé en forme de bec, les embryons montrent d’abord une tête large, arrondie et tronquée en avant, avec une bouche inférieure et des yeux latéraux , et ce n’est que plus lard que les mâchoires s’alongenl et se reportent au de-
vaut des yeux pour former enfin une tête de forme toute différente de celle qu’ils avaient en naissant.
Je crois qu’il ne serait guère possible de trouver des termes de rapprochemcns plus nombreux entre les embryons de nos poissons et les poissons fossiles , puisque rien ne nous est conservé de leur corps que le système osseux qui nous a fourni à lui seul toutes ces analogies , et je crois qu’on sera généralement d’accord avec moi , lorsque j’affirme , que le s /laissons de l’OId Red représentent , par leur structure toute particulière, l'âge embryonigue du règne des poissons. Nulle part, en effet, dans aucun autre terrain, on ne trouve un aussi grand nombre de poissons, chez lesquels le squelette interne est si imparfaitement développé, et si inférieur au système cutané; nulle part on ne trouve la grande majorité des poissons ayant les formes embryoniques des nageoires et de la tête aussi marquées.
Ces faits nous donnent évidemment la clef du rang que ces familles doivent occuper dans un système ichthyologique , et une application judicieuse de l’embryologie à la classification des animaux, ne saurait avoir que les plus heureux résultats sur le perfectionnement de nos systèmes zoologiqucs. En effet , si après avoir indiqué les affinités anatomiques des poissons de l’OId Red , nous examinons encore les rapports zoologiques dans lesquels ils se trouvent vis-à-vis des créations suivantes , nous voyons que , des cinq familles qui se trouvent dans le vieux grès rouge , il y en a une , celle des Céphalaspides , qui est entièrement restreinte à ce terrain, qu’il y en a une autre, celle des Sauroïdes , qui n'est représentée que par un groupe tout particulier, celui des Diplériens , qui est également restreint à l’Old Red , qu’une troisième, celle des Acanlhodiens, ne se perpétue pas au-delà de la houille, et que seulement les Célacanthcs et les Ccstraciontcs arrivent à des terrains plus récens.
De toutes ces familles , c’est aussi celle des Céphalaspides qui s'écarte le plus des formes ordinaires des autres poissons, à tel point que l’on a facilement pu, dans les premiers temps de leur découverte, méconnaître leur nature et les prendre pour des animaux appartenant à d’autres classes du règne animal. C’est chez les Céplialaspides que nous avons reconnu ce type de poissons à appendices ailés , représenté par les genres Ptérichlhys , Pamphraclus et Polyphraetus , qui, à raison de la cuirasse de leur corps, formée de plusieurs pièces étroitement soudées cl de leurs nageoires pectorales transformées en stylets recourbés, ont passé tantôt pour de petites Tortues, tantôt pour d’énormes Coléoptères aquatiques; c’est chez les Céphalaspides, que nous avons trouvé ce curieux genre des Céphalaspis , que son large bouclier céphalaire,sur lequel sont implantés deux yeux presque réunis en une seule orbite, avait
fait prendre pour un crustacé voisin des Limules ou des Trilobites, avant qu'on ait connu son corps écaillé et sa queue munie de nageoires verticales ; c'est parmi les Céphalaspides , enfin, que nous avons dé placer les Coccostées, avec leur puissante cuirasse et leur longue queue flexible, qui devait leur donner l’aspect le plus étrange qu'il soit possible d'imaginer et qui les a successivement fait prendre pour des Trionyx et pour des Rajcs fossiles. J’ai déjà parlé, en traitant de cette famille des affinités , éloignées il est vrai, qu’elle présente avec les poissons cuirassés de notre époque, avec les Loricaircs et les Siluroïdcs. Je n'ai plus rien à ajouter à ce sujet ; mais ce que je voudrais encore une fois faire sentir, c’est la vérité de ce fait , que les différées genres des Céphalaspides montrent déjà une gradation, quoique peu marquée, dans leur conformation de plus en plus parfaite. C’est ainsi que d’un cété les appendices ailés des Ptéricbtbys et Pamphractus se perdent chez les Coccostées et les Céphalaspis, où ils sont remplacés par des nageoires ordinaires, taudis que d'un autre cété il y a un rapprochement évident entre les Coccostées et les genres largement cuirassés de la famille des Célacantbes, tels que les Asterolépis et les Bothriolépis. La forme trapue des Ptéricbtbys et le développement fort incomplet de leurs nageoires, montrent évidemment que c’étaient des poissons peu agiles, vivant par troupes dans la vase , se mouvant avec lenteur et destinés à devenir la proie des autres. Chez les Céphalaspides, le large bouclier dont ils sont couverts et leurs yeux supérieurs, indiquent le même genre de vie, mais déjà le tronc devient plus mobile et la queue, le moteur la plus puissant , sc garnit de nageoires et devient apte à exercer des mouvemens plus rapides. Les Coccostées, enfin, étaient évidemment déjà des poissons voraces, comme le montrent leurs ' dents coniques, aiguës, et leur longue queue plate et flexible. Il y a sans doute loin de là à celte armure formidable des Bothriolépis, à ces dents acérées des Dcndrodes (Asterolépis); mais on en conviendra , il y a dans b famille des Céphalaspides un acheminement vers ce caractère rapace, et si l’on y joint la structure des plaques, la ressemblance que présentent les granules épars des Coccostées avec les astérisques des plaques des Asterolépis, l’on sc convaincra facilement, qu’il n’y a pas un si grand pas à faire, pour arriver des Coccostées aux Célacanthes cuirassés. Cette ressemblance serait encore bien plus grande, si des recherches ultérieures prouvaient que les Célacanthes cuirassés n’avaient point de véritables écailles imbriquées sur le corps , mais seulement de larges plaques recouvrant la tète et la nuque. Rien ne prouve, il est vrai, jusqu’ici cette supposition, mais ce qui est pourtant curieux, c’est le fait qu’à côté de la grande quantité de larges plaques d’ Asterolépis et de Bothriolépis, qui caractérisent certains terrains , on n’ait pas encore trouvé de véritables écailles , que l’on puisse
uni
leur attribuer. Je signale ici ce fait à l’attention des géologues, car rien n'est souvent plus instructif que le mode d’association des fossiles , surtout quand les débris appartiennent à des anim. j.v dont la grandeur et la mollesse du squelette , ont empêché leur conservation en entier. Mais il est nécessaire d’apporter la plus grande circonspection dans ce genre de rapprocbemens , avant d’en tirer des conclusions ; car, trop souvent ces résultats se transmettent d’auteur en auteur, sans que l’on rapporte en même temps les faits sur lesquels ils sont basés, et passent quelquefois encore pour des vérités, lorsque l’état des faits a été modifié. Les couches de l’Old Red sont, il est vrai, peu favorables à ce genre de recherches, car là où les fossiles ne forment pas des noyeaux de rognons , les débris sont dispersés et mêlés d'une telle manière , que l’on trouve souvent dans le même morceau de limon durci les restes de plusieurs genres entièrement différens.
La tribu des DipMrien* est aussi, comme la famille des Céphalaspides , entièrement restreinte aux couches de l'OId Red. Ici les affinités avec les autres Sauroïdcs sont tellement évidentes , que j'ai dù renoncer à l’opinion à laquelle je me suis arrêté pendant quelque temps, de les envisager comme une famille à part. Les écailles sont les mêmes , et les dents se rapprochent à tous égards, dans les genres Ostéolépis et Diploplerus, du type éminemment carnassier des Sauroïdcs à dents incisives isolées. J’ai rangé provisoirement dans cette famille un genre, celui des Glyplopomcs, qui. par la sculpture de ses écailles, se rapproche beaucoup des Platygnathes de la famille des Célacanlhcs , mais qui s’en éloigne d'un autre cété par la forme et l’arrangement de scs écailles, qui sont évidemment seulement juxtaposées et taillées en losanges. Il serait fort intéressant de voir comment la position de ce genre se fixera ultérieurement; s’il faudra , par l’arrangement de scs nageoires, le placer définitivement parmi les Diptéricns, ou bien , s’il marque , par des nageoires simples , le premier degré d'acheminement vers le type des Sauroïdcs proprement dits. Dans ce dernier cas, on aurait, dans les Sauroïdcs du vieux grès rouge , une gradation semblable à celle qui se présente dans les Céphalaspidcs.
Les Aeanlhodien» n’embrassent dans leur histoire que deux terrains, le vieux grès rouge et la houille ; les terrains plus récens n’en montrent aucune trace. C’est aussi un type bien particulier qui ne se lie en aucune manière aux autres familles de Ganoïdes. Il est vrai que la forme du corps ne s’écarte pas de celles avec lesquelles nous sommes familiers, mais la manière dont leur corps et couvert , offre certainement un caractère très-tranché. Ces petites écailles rhomboïdalcs , à peine visibles, qui donnent à la peau l'aspect du chagrin , n’ont
rien de semblable dans toute la classe des poissons, car le chagrin des Plagiostomes est formé d'élémcns entièrement différons. On peut remarquer qu'en général les types bizarres, qui s'écartent le plus des types normaux , ont aussi très-peu de durée et ne se maintiennent que pendant une ou deux époques de l'histoire de la terre, après lesquelles ils finissent, sans que l’on remarque plus tard des types qui puissent être pris pour leurs remplaçons. Il en est ainsi pour lesCéphalaspides. Il en est de même pour les Acanthodiens. Nous ne retrouvons, dans lesGanoïdes fusiformes des époques plus récentes , ni écailles en forme de chagrin , ni grandes épines sous forme de piquans , qui se dressent dans les nageoires. Ce type s’éteint entièrement avec la houille.
Les Célacanlhes sont de tous les Ganoïdes de l'OId Red, les seuls qui présentent une histoire prolongée , puisqu'ils continuent jusque dans les terrains de la craie , où ils Unissent avec le genre Macropoma. J’ai déjà fait sentir, en traitant de cette famille, quelles sont les difficultés que l’on rencontre, lorsqu'on veut la limiter rigoureusement et lui assigner des caractères tranchés, et combien il est probable qu'elle Unira par se diviser eu plusieurs familles distinctes. Nais abstraction faite de ces considérations, qui ne sont pas encore basées sur des faits assez nombreux, c’est certainement dans l’OId Red que la famille des Célacanlhes a le développement le plus considérable , et ce n'est qu’en diminuant dans toutes les directions , qu’elle va s’éteindre enfin dans la craie. C’est , si l’on voulait le représenter graphiquement, un cène à base large, dont le sommet est formé par le genre Macropoma, tandis que sur la base se trouvent les iloloptychius, les Phyllolépis, les Glyptolépis, les Platygnatbcs , les Dcndrodus, lesLamnodus, les Cricodus , les Asterolépis, les Bolhriolépis , les Psammosteus , etc. du système dévonien ; tous aussi remarquables par leur structure , que par les nombreux individus dont on trouve partout les débris, dans cette formation. En effet , s’il y a un fait qui puisse prouver, jusqu'à quel point il est vrai que les couches anciennes récèlenl des types en général moins différons que ceux de la création actuelle, mais en revanche un nombre infiniment plus considérable d’individus, c’est bien celui qu’il y a des couches d'OId Red, surtout en Russie , qui ne sont que de véritables brèches , composées presque uniquement d'écailles et de plaques d'Asterolépis ou de Bothriolépis. Si les Ptérichlhys sont tellement abondans dans les géodes de Lelhen-Bar, qu'on en ramasse des charrettes pleines, il n'y a là rien d’étonnant , puisque c'étaient de petits poissons, vivant probablement par troupes, dans la vase, se nourrissant, d’après tous les indices qu'oii possède sur leur organisation , de mollusques sans coquille, de verset autres animaux inermes. Mais qu’on se rappelle, que les Bothriolépis et
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nirv
les Aslcrolépis étaient des poissons de taille très-considérable, éminemment rapaces, se nourrissant à en juger d’après leur dentition, de proie vivante, et l’on trouvera bien étonnant que ces espèces voraces , dont les analogues de nos jours ne se trouvent que très-disséminés , soient rassemblées en aussi grand nombre comme c’est le ras dans certaines localités.
Ce qu'il y a de bien curieux dans les Céiacanthes de l’OId Red, c’est qu’on rencontre déjà dans ces nombreux genres, plusieurs types assez distincts. Ce sont d’un côté les Glyptolépis, qui par leurs nageoires doubles se rapprochent tellement des Sauroïdes diplériens, qu'on pourrait croire à un certain parallélisme des deux familles; d'un autre côté, les Aslcrolépis (Dcndrodus), les Bothriolépis et les Psammosteus , dont on n’a pas encore trouvé les écailles caractéristiques , mais qui étaient munis de larges plaques cutanées , et qui par leur dentition se rapprochent beaucoup du vrai type de la famille des Céiacanthes, c'est-à-dire de relui des lloloptychius, des Plalygnalhes et des Phyllolépis. Evidemment les espèces de ces deux groupes de la famille des Célacaothes étaient les souverains absolus des mers qu’elles habitaient ; les dimensions gigantesques du corps de quelques-unes d’entre elles et leurs dents aigiies et tranchantes, leur donnaient sans doute une supériorité qui n’était pas contestée. Déjà dans les couches suivantes , dans la houille , ces forbans des premiers océans sont accompagnés de vrais Sauroi'dcs, de taille aussi remarquable, les Mégalichthys par exemple, cl d’autres, quoique à côté de ces nouveaux genres, les Holoptychius , les Phyllolépis, etc., se maintiennent encore; cependant dans les terrains suivans, les Sauroïdes prennent évidemment le dessus. La dentition des Célacanthes du vieux grès rouge est fort remarquable : tous ces poissons sauf les Glyptolépis, qui forment aussi par leurs nageoires un groupe à part, ont des dents acérées, isolées, placées à distances , et formées de dentinc plisséc ; et dans aucun autre groupe du règne animal ce plissement de la dentine ne va aussi loin que chez nos Céiacanthes, témoins les genres Dcndrodus, Lamnodus, etc.
Les Placoîdet de l’OId Red ne sont pas encore assez bien connus dans leur organisation pour qu’il soit dès à-présent possible de fixer leurs rapports avec ceux des terrains suivans et ceux de la création actuelle. Le fait qui m'a le plus frappé à leur égard , c'est la petitesse des Ichlhyodorulitbes de cette formation, comparés à ceux de l'époque houillère et du Lias, et d’un autre côté la rareté des dents de ces animaux , relativement à l’abondance de leurs rayons épineux , à l’inverse de ce que nous remarquons dans les terrains crétacés et tertiaires et parmi les espères vivantes; d’où je conclus que dans les premiers temps du développement de la vie, c’étaient moins les Placoïdes que certains Ganoïdcs, les Céiacanthes et les Sauroïdes
en particulier, qui faisaient la terreur des mers, et qui la parcouraient en maîtres, comme c’est de nos jours le cas pour les Requins , sous toutes les latitudes. Les rapprochcmens que j'ai faits plus bas entre les Placo'ides de l’Old Red et les Requins de la Méditerranée, montrent jusqu’à l’évidence que par leur nombre cl leur diversité, les espèces fossiles de ce terrain ne le cédaient en rien à celle d’une faune très-étendue de la création actuelle.
De l’ensemble des faits résumés plus haut , il me parait résulter, que non-seulement les poissons de l’Old Red constituent une faune distincte et indépendante de celles des autres terrains, mais encore qu’ils présentent, dans leur organisation, l’analogie la plus remarquable avec les premières phases du développement embryonique des poissons osseux de notre époque , et un parallélisme non moins sensible avec les degrés inférieurs de certains types de la classe, telle qu’elle existe maintenant à la surface du globe. Ce qu’il y a de plus curieux dans ces rapprochemens , c’est que ce n’est pas avec les types correspondans de la création actuelle qu’on peut paralléliscr ces poissons anciens ; par exemple , les poissons osseux d’alors n’ont rien de commun avec les poissons osseux de notre époque , pas plus que les Placoïdes des plus anciennes formations ne ressemblent en général à ceux de la création actuelle. Les Ganoïdes non plus n'olfrent que des ressemblances éloignées avec les Ganoïdes actuels ; mais ces mêmes Ganoïdes se rapprochent , par une foule de caractères , des Placo’ides de notre époque et même des types inférieurs de cet ordre. Et cependant ils ont à côté de cela aussi certains rapports avec les Reptiles , quoique cette classe d’animaux n’apparaisse en réalité que plus lard , rapports que je voudrais appeler des analogies prospectives, tant il est fréquent de rencontrer de ces ressemblances prophétiques, dans la série des terrains, chez des types qui se succèdent avec le temps , après avoir présenté pendant long-temps les caractères combinés de plusieurs groupes , qui ne deviennent distincts que plus tard .'Ces faits me paraissent réellement devoir fixer sérieusement notre attention , car ils nous montrent toujours plus impérieusement la nécessité où nous sommes de renoncer aux classifications sériales pour exprimer les rapports réels des êtres vivans. En effet si les poissons fossiles les plus anciens de l'ordre des Ganoïdes , présentent des ressemblances frappantes avec les Cyclostomes et les Plagioslomes de notre époque, si ces mêmes Ganoïdes ont en outre certaines analogies avec les Reptiles, et en particulier avec les Labyrinthodontes, si ces rapports disparaissent à des époques plus récentes, si ces familles elles-mêmes s'éteignent progressivement pour être remplacées par d’autres, sera-t-il jamais possible d’exprimer toutes ces relations par un arrangement linéaire dans nos systèmes zoologiques? Et si ce que je viens de faire remarquer
pour les poissons est également vrai pour toutes les classes du règne animal , ne devons-nous pas nous héler d’emprunter à l’embryologie cl à la paléontologie tous les renscigncmens qu’elles peuvent nous fournir pour apprécier toujours mieux l’ensemble des rapports si variés, qui lient entre eux tous les êtres créés?
Loin de croire que ce but puisse être complètement atteint dés à-présent, j’abandonne pour le moment ces questions de méthode , dont la solution exigera sans doute encore d’immenses travaux , pour me borner à considérer cet ensemble de poissons fossiles, qui constituent l'uoc des parties les plus intéressantes de la faune de l’Oid Red , sous un dernier point de vue, c'està-dire comme un simple groupe d'espèces diverses, mais contemporaines. En faisant ainsi abstraction de toute considération systématique, nous sommes néanmoins frappés de la grande diversité que ces espèces présentent réellement. Qui se serait en effet attendu que l’on trouverait jamais , dans des espaces aussi limités que ceux qui ont été explorés jusqu'ici , audelà de cent espères de poissons fossiles , dans le seul système dévonien , c’est-à-dire dans un étage de la série de nos terrains, que l’on croyait encore, il y a quelques années, restreint aux des britanniques, et auquel on n’accordait en conséquence qu'uue valeur locale? Et pourtant, toutes choses du reste égales, la faune ichlhyologique que ce terrain renferme est aussi considérable que celle qui peuple les cètes d'Europe ; et alors même que les espèces de l'Old Red n'appartiennent ps à un aussi grand nombre de familles que les vivantes, elles ne sont ni moins variées dans leurs formes et leur aspet général , ni moins curieuses par leurs caractères extérieurs et par leur organisation , ni moins différentes entre elles pr leur taille et pr le degré de puissance locomotive , dont elles étaient sans doute douées.