‹ Monographie des poissons fossiles du vieux grès rouge ou système dévonien (old red sandstone) des Îles britanniques et de RussieChapitre 58 sur 104 · I. Lamnodus bipohcatis Agass · texte numérisé non relu

I. Lamnodus bipohcatis Agass

0I<1 Red , Tab. C, lig. 7-9; 1M9.

Sis D'ndrodu» biporcalut Owcn Odonlogr. pag. 171.

Les dents du L. biporcalua sont voisines , par leur forme , de celles des Dendrodes , niais plus comprimées. Elles sont massives, légèrcmeul infléchies, obtuses au sommet, et munies de deux carènes latérales qui montent jusqu'au sommet, mais qui sont loin d'ètre aussi tranchantes que dans le L. ha&tntu a. D’un autre côté , elles sont moins coniques et moins droites que celle du Dendrodus tlrigaluê. Les stries sont aussi beaucoup moins fines , et la forme rayonnante des canaux médullaires plus apparente. La coupe de la dent est lenticulaire.

Comme c’est sur le L. biporcalut que M. Owcn a surtout étudié la structure dentaire des Dendrodes, nous allons suivre son exemple, et le prendre aussi pour base de notre description.

Quand on examine une coupe longitudinale d’une dent de celte espèce, on trouve, si la coupe passe exactement par l’axe de la dent, une cavité médullaire assez étroite, tortueuse, élargie vers le bas, divisée en haut eu plusieurs branches, d’où partent dans tous les sens des ramifications assez considérables, mais toujours de manière à présenter des réseaux anastomosés, qui montent verticalement dans les parties extérieures de la dent, tandis que vers le centre, autour de la cavité pulpaire, se trouve un réseau irrégulier de canaux médullaires. Fait-on la coupe un peu de cèté , de manière à entamer seulement la partie corticale de la dent (lig. 18), on voit comme deux sortes de bandes verticales, parallèles, qui montent presque sans interruption de la base au sommet. Les unes offrent des canaux réticulés, qui communiquent entre eux, tandis que les autres, de substance plus solide, ne présentent que rarement et seulement par-ci et par-là des traces de canaux médullaires , mais sont en revanche toutes remplies de tubes calcifères. En examinant de plus près, on reconnaît que les tubes, ou plutôt les interstices médullaires , forment des réseaux verticaux dans la dentinc, et que c’cst des côtés de ces réseaux que partent , à angle droit , une infinité de tubes ealcifères, qui forment ces bandes blanches et mi-transparentes, entremêlées avec les bandes des interstices médullaires.

Les coupes transversales viennent compléter l’étude des coupes longitudinales, et ce n’est que par la combinaison de ces deux études qu'on peut arriver à bien comprendre la structure de ces dents. Dans les coupes , prises près de la base (fig. S), le centre est occupé par une cavité pulpaire irrégulière , autour de laquelle se déploie un réseau de petits canaux médullaires qui se combine avec les canaux pulpaircs secondaires placés autour de la cavité pulpaire principale. 1 a: tiers d’une pareille coupe transversale est occupé par ce réseau irrégulier de canaux pulpaires qui s’anastomosent entre eux. De ce noyau, qui parait beaucoup plus

solide dans les dents fossiles, parce que la pidpe est remplacée par des matières inorganiques, de ce noyau, dis-je, partent dans toutes les directions de fins canaux ondulés, qui rayonnent vers la surface en suivant la direction des rayons du cercle. Souvent ces canaux ou interstices médullaires se divisent de suite en deux branches , dont chacune devient le point de départ d’un système de tubes calcifèrcs, ainsi que le représente la fîg. 16, qui montre une branche dichotomisée, sous un très-fort grossissement; d'autres fois, et c'est le cas le plus fréquent, il y a deux canaux parallèles qui suivent le même rayon , n’ayant qu’un seul système de tubes calcifères (lig. 19). En outre, dans les deux tiers inférieurs de la dent, chaque interstice détache de petites branches courtes, latérales, à-peu-près rectangulaires, d'où partent des faisceaux de lins tubes calcifères, qui s’étalent en éventail (lig. 17). Ce sont les mêmes tubes calcifères, semblables aux barbes d'une plume, que nous avons vu border les canaux médullaires dans les cou|>es longitudinales, et rien n’est plus ualurel que de les retrouver sous la forme de faisceaux en éventail, dans les coupes transversales. Tous les interstices médullaires d’où partent des tubes calcifères réunis, représentent ainsi eu quelque sorte un tronc d’arbre à branches latérales très-courtes, partant à angle droit du tronc, et qui donnent naissance à leur sommet à un faisceau de feuillages , les tubes calcifères. C’est celte analogie bien frappante au premier aspect qui a valu à ces dents le nom de Dcndrodus de la part de M. Ovven.

Mais si l’on considère que ces rayons divergens de la dent sont en nombre presque égal de haut en bas, où que l'on fasse la coupe transversale, qu'en même temps ils se présentent, dans les coupes longitudinales, sous la forme de canaux verticaux, nous en concluerons que cc ne sont pas des canaux de forme plus ou moins cylindriques, mais bien des fentes qui traversent la dent de haut en bas, de l’intérieur à l’extérieur, et que par conséquent la dent est composée d'autant de feuillets cunéiformes placés en cercle aHtour du centre de la dent, et communiquant avec un réseau de substance dentaire entrelacé entre les mailles des canaux médullaires. Ces interstices ne s’ouvrent pas au dehors , et c'est la dentine qui leur sert d’enveloppe commune, en réunissant tous les feuillets en un faisceau.

Des coupes transversales, prises près du sommet de la dent (lig. 1 5), présentent un aspect tout-à-fail différent. Les rayons divergens n’offrent plus ni branches ni réseaux anastomiqncs ; cc sont de simples lignes presque droites, un peu arquées, rarement bifurquées, jamais trifurquées. Les tubes calcifères ne forment plus de faisceaux en éventail; ce sont des barbes de plume très-épaisses et serrées, implantées sur les rayons des deux côtés. Les réseaux anastomosés de canaux médullaires du centre sont très-réduits, aussi bien sous le rapport de l’étendue que sous celui du nombre et de la capacité. Par conséquent la dent gagne en solidité vers le sommet; les pièces cunéiformes, dont se compose son circuit, sont beaucoup plus épaisses; les interstices ramifiés et branchus qui les séparaient sont réduits à de simples fentes ; le nombre des tubes calcifères remplis de chaux anorganique est augmenté de beaucoup, et le réseau anastomique du centre réduit. Mais cc qui augmente encore cette solidité du sommet, c'est la couche d’émail dont il est revêtu. C’est une couche mince, mais continue et très-distincte près du som-

met, où elle est séparée de la dentinc par une ligne noire (lig. 1 5 et 16). Vers la base elle s'amincit petit à petit et se confond avec la denline , de sorte que l’on ne peut pas dire précisément où elle finit. Considérée dans son ensemble, elle forme un capuchon mince qui recouvre le sommet non rayé de la dent.

Avant d’entrer dans le détail des autres espèces de tamnodus, disons un mot des différentes substances que nous y avons rencontrées. La denline forme ici , comme à-peu-près partout , la substance principale de la dent. Les tubes calcifères qui la traversent sont trèsflexueux , cl donnent lieu à de nombreuses ramifications aussi loin que les interstices médullaires sont ramifiés (lig. 19). Si l'on fait une coupe transversale d'un canal médullaire du centre de la dent (fig. 1 6) , on voit les tubes calcifères rayonner et se ramifier dans tous les sens. Ceux qui partent des interstices anastomosés (fig. 19) sont au contraire à angle droit avec ces mêmes interstices ramifiés . comme les précédons. Là où les interstices sont réduits à de simples fentes rectilignes, par exemple au sommet de la dent (fig. I :> et 16), les tubes ne sont presque pas ramifiés; les branches qu'ils détachent sont parallèles; mais au lieu d’ètre à angle droit avec la fente , elles sont plus ou moins obliques (fig. I G). Vers la base de la dent, les tubes sont beaucoup moins serrés, et la denline par conséquent beaucoup plus transparente qu'au sommet.

Entre chaque système de tubes calcifères , parlant d’un même interstice , est déposée une couche très-mince et presque inqterceptible de cément. Ce cément part donc (sur la coupe* transversale) des impressions extérieures qui correspondent aux rigoles de la dent, tandis qu'à chaque interstice répond une des petites carènes longitudinales de la surface. Vue sous de faibles grossissemens , la substance du cément a un aspect granulé , mais sous de très-forts grossissemens elle parait composée d’un réseau de petits fileLs excessivement minces et tellement serrés qu'il est impossible de poursuivre les filets isolés. On n'y remarque pas de parties plus épaisses comme dans le üendrodu» strigatua , ni de ces cellules calcifères qui distinguent si souvent le cément. Les tubes calcifères de la denline ne paraissent pas communiquer avec ces fins fileLs du cément , qui sont déposés tout autour des faisceaux , et qui imitent dans leur ensemble les contours de ces derniers.

L'émail enfin qui recouvre la pointe de la dent est une substance transparente , dure et très-cassante , sans apparence de structure. Les tubes calcifères de la denline ne s’y continuent pas , comme dans beaucoup d’autres cas. Il est assez difficile de conserver cette couche dans des tranches bien fines ; elle saute facilement en éclats , et ce n'est que par-ci et par-là qu’elle se conserve intacte.

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