CHAPITRE II
OU GEXRE PTÊR1CHTIIYS vgàss.
Il est impossible de rien voir de plus bizarre dans toute la création que le genre dont nous allons nous occuper. Le même étonnement qu’éprouva Cuvier en examinant pour la première fois les Plésiosaures, qui semblaient porter un défi à toutes les lois de l'organisation , je l’ai éprouvé inoi-mêine , lorsque M. H. Miller, le premier qui ail découvert des traces de ces fossiles , me lit voir les échantillons qu'il en avait ramassés dans le vieux grès rouge de Cromartry. La connaissance des Céphalaspis, que l’on savait déjà alors appartenir à la classe des poissons, avait conduit M. Murclnson à soupçonner que ces débris pourraient bien appartenir à un genre analogue , mais ne sachant comment envisager les longs appendices ailés dont sont munis ces curieux animaux, il n’osa prononcer un jugement définitif sur leur nature. L’élude plus complète que j’ai pu faire de ces fossiles, grâce aux recherches et à la complaisance de lady Gordon Cumming, de MM. Ilugh Miller, Malcolmson , Murchison . il. Robertson, Fleming, Anderson, Jameson, lord Enniskillen, sir Ph. Egerlon et autres, m’a conduit à des résultats que j’ose appeler satisfaisons, bien qu'ils soient encore incomplets, car il reste encore beaucoup d'iucertitudes sur des points essentiels , dont nous ne pouvons nous rendre compte que par analogie.
Les Plérichthys sont de petits poissons; b» plus grands exemplaires que j’aie rencontrés n'atteignent pas la longueur d’un pied. Ils ont en général une forme ovale ou piriforme; la tète est courte et comprimée, le tronc massif et élargi , la queue assez mince, et à ce qu’il parait, conique et effilée vers son extrémité. La plupart des exemplaires ont deux appendices recourbés, allongés en forme de sabre, et articulés près de la télé, comme les bras d'un individu qui nage. Leur forme générale rappelle celle de certains insectes aquatiques, les Hydrophiles ou les Dytiques par exemple, qui ont aussi un corps large, ovalaire, et de grandes pattes qui leur servent pour la locomotion ; ou bien certains Limules , auxquels on aurait ajouté des bras pour la natation. Quelques naturalistes ont en eiTet voulu reconnaître des insectes gigantesques ou un type particulier de crustacé voisin des Trilobiles dans ces larges cuirasses fossiles, tandis que d’autres y voyaient de petites espèces de tortues marines. J’es]>ère que je parviendrai à démontrer jusqu’à l’évidence, que ce sont des poissons, quelque bizarres qu'ils soient. Je dois cependant faire l’aveu que j’ai été plusieurs années à examiner ces débris avant d'oser me prononcer positivement sur leur nature. Si je crois pouvoir le faire maintenant.
c'esl parce que les doutes qui s'élevaient contre ma manière de voir sont entièrement levés dans mon esprit.
On peut distinguer quatre parties essentielles dans le corps de ces poissons; la tête, qui est en général très-petite, plus ou moins ronde, et qui s’élève comme un bouton sur le corps; la carapace , de forme ovale plus ou moins allongée, qui recouvre la plus grande partie du corps, et qui est ordinairement séparée de la tète par une échancrure latérale, accompagnée d'une rainure plus forte indiquant l’articulation céphalique ; les nageoire» pectorale » en forme de deux ailes placées sur les côtés de cette articulation. Enfin derrière la carapace, qui enveloppe sans doute toute la cavité abdominale depuis la nuque jusqu'à l’anus, et qui. comme la tète, est formée de larges plaques soudées ensemble, se trouve une queue plus ou moins large, cylindrique , en général assez allongée, pointue et couverte d’écailles imbriquées. Ce sont ces écailles imbriquées qui m’ont fourni les premiers indices sur la véritable nature de ces êtres bizarres, et ce n’est que plus tard qu’une étude plus approfondie de plusieurs espèces différentes m’a permis de mieux préciser les rapports de leur organisation.
Pour mieux faire ressortir les particularités de structure que présentent les parties que nous venons de signaler, nous allons les étudier par leurs différentes faces , en prenant pour point de départ la face supérieure, que nous connaissons le mieux. Il est facile de concevoir que c’est à cause de la forme large et aplatie de tout le corps que ces poissons montrent ordinairement soit la face supérieure, soit la face inférieure, ayant été déposés après leur mort sur le côté qui présentait le plus de surface. C’est par la même raison que les poissons hauts et comprimés, tels que les Squammipenncs , les Pleuronectes et autres sont ordinairement déposés; sur les flancs. Avant d'entrer dans le détail des différentes parties du corps et d'indiquer les variations auxquelles elles sont soumises , que le lecteur veuille bien jeter un coup «l’œil sur la figure restaurée (Tab. 6, iig. 1), afin de se faire une juste idée des relations naturelles qui existent entre les différentes plaques. Celte figure représente la face supérieure, restaurée d'après le Ptei ichlhys laïus , dont on connaît les échantillons les mieux conservés. J’y ai en outre ajouté quelques détails dans la division des plaques empruntés à d’autres espèces ; rnsorte que c'est une figure idéale du genre plutôt qu’une figure restaurée de l’espèce.
La partie principale de la tète est recouverte à sa face supérieure par une plaque médiane a que nous nommerons la plaque céphalique. La forme de cette plaque varie beaucoup ; tantôt elle est presque circulaire , tantôt allongée , tantôt déprimée et élargie des deux côtés ; mais toujours elle recouvre la plus grande partie de la tète, et sa forme détermine celle de la tète elle-même. Je suis encore incertain sur la signification des parties qui se trouvent au-devant de cette plaque céphalique. Tous les individus que j'ai pu déterminer jusqu'à présent, avaient la tête écrasée, disloquée et même emportée, ou bien les contours étaient si peu accusés, qu’il m'a été impossible de la rétablir d’une manière précise. Il y avait probablement un certain nombre de petites plaques caduques faisant le tour du bord de la tête. On voit quelque chose d’analogue chez les Coccostcus et même chez plusieurs Silures de l’époque actuelle.
Peut-être aussi existait-il dans cet endroit une peau coriace, qui formait le devant de la tête et garnissait les lèvres. Il parait mèmè, d'après plusieurs échantillons du Pterichthys lattis, qu'il y avait des appendices labiaux courts et flexibles , des barbillons près de la bouche, comme on en rencontre chez presque tous les poissons à corps cuirassé. Mais , je le répète , je ne puis rien préciser à cet égard. Il serait fort à désirer que l’on trouvât quelques échantillons bien conservés de la tête qui permissent d’en compléter l'étude.
Derrière la plaque céphalique on voit une paire de plaques latérales, b b, que nous nommerons les plaques nuchales. Il parait que ces plaques ne se touchaient pas au milieu, mais qu'il y avait entre elles un espace vide et circonscrit qui se continuait dans la fente médiane de la carapace. Les plaques nuchales étaient petites, de forme oblonguc et placées transversalement. C’est entre clics et la ceinture thoracique, qui s’adapte immédiatement à leur lx>rd postérieur, que se trouve l’articulation principale entre la tête et le tronc , à en juger d’après l’espace qui sépare quelquefois ces plaques, et d’après les dislocations que l’on observe en cet endroit dans presque tous les exemplaires.
Cette articulation n’est cependant pas la seule. Il y en a une autre derrière la ceinture thoracique, entre celle-ci et les plaques latérales antérieures. La ceinture thoracique est composée en haut de deux plaques oblongues ee, placées transversalement entre les plaques nuchales en avant et les plaques latérales antérieures en arrière , et séparées , sur la ligne médiane, par une suture qui quelquefois est très-peu visible. La forme de ces plaques varie beaucoup et fournit de bons caractères d’espèces. Quelquefois elles sont larges au milieu et rétrécies sur les côtés ; d’autres fois elles envoient un processus en dehors de la plaque nuchale, qui souvent s’allonge presque jusqu’à rencontrer la plaque céphalique.
Sur les côtés de cet ensemble de plaques que nous venons de nommer, se trouvent encore deux paires de plaques cc et dd, qui paraissent avoir servi à lixer les nageoires pectorales, et que nous nommons plaques articulaires antérieures et postérieures. C’est au-dessous de ces plaques que les pectorales sont attachées. Elles sont très-variables , mais il est assez rare de les trouver bien conservées. Elles forment le bord extérieur latéral de la tête et touchent aux bords des plaques nuchales, thoraciques et céphaliques, quelquefois aussi seulement aux deux premiers. Elles rappellent un peu ces grandes plaques arrondies qui, dans les cuirasses du moyen âge, garantissaient l’articulation du bras en couvrant les omoplates.
La carapace proprement dite est formée d’une réunion de plaques semblables à relies de la tête et de la ceinture thoracique. Ce qui frappe d’abord, c’est une plaque médiane, placée au centre de la carapace, et que nous nommons la plaque centrale, g. Elle est en général rhonrboïdale , allongée dans les espèces longues, plus courte ou circulaire dans les espèces plates; les angles par lesquels elle s’enchevêtre avec les plaques environnantes , sont tantôt arrondis, tantôt nettement accusés et pointus. Elle forme comme la clef de voûte de la carapace , et ses relations et ses formes peuvent fournir d’excellens caractères, qui sont d’autant plus précieux qu'il est peu d’échantillons bien conservés, dans lesquels cette plaque ne soit pas reconnaissable.
Le (levant de la carapace est complété par deux plaques symétriques / f, les plaques latérales antérieures. Elles sont de forme oblonguc et pentagonale, le cêté postérieur étant coupé obliquement pour recevoir la plaque centrale. Le bord antérieur touche à la ceinture thoracique, sans doute par une articulation ; le liord interne est soudé à sou homonyme du côté oppose, et les bords postérieurs se soudent, d’un coté à la plaque centrale, de l'autre à la plaque latérale postérieure. Le bord externe forme aussi, dans la plupart des espèces, le bord du corps, se soudant avec les plaques (pii garnissent les flancs. Dans quelques espèces les plaques des flancs sont encore visibles à cêté.
Les plaques latérales moyennes, h h , sont les analogues des latérales antérieures. Elles forment un pentagone semblable, seulement l’angle tronqué est en avant , tandis que chez les plaques antérieures il est en arriére. De la combinaison des plaques antérieures et moyennes résulte ainsi l'espace rhomboïdal, occu|>é par la plaque centrale. La forme de ces plaques dépend du reste, comme celle des plaques antérieures, de la forme du corps lui-mème, et varie par conséquent suivant les espèces.
La carapace des Ptérichthys se termine par une pointe obtuse , divisée en deux par une fente médiane et composée de deux paires de plaques situées derrière les plaques moyennes, savoir les plaques latérales postérieures , il, et les plaques intercalaires, lik. Les premières sont deux pièces triangulaires se louchant sur la ligne médiane, adossées par leurs bords antérieurs aux plaques latérales moyennes, et formant le bord externe de la partie postérieure de la carapace. Elles laissent entre elles sur la ligne médiane un espace triangulaire, qui est rempli par deux petites esquilles , les plaques intercalaires , k k. Les rapports de ces deux paires de plaques postérieures varient beaucoup. Les plaques intercalaires manquent à la majorité des espèces, ou bien elles font corps avec les latérales postérieures; il y a même quelques espèces chez lesquelles la ligne de séparation entre les latérales moyennes cl postérieures n’est pas trés-distinclc , de sorte que toute la partie postérieure de la carapace n’est formée que d’une seule paire de plaques, qui remplace les trois paires de plaques que nous venons d’énumérer à la suite de la plaque centrale.
La face inférieure de l’animal est bien moins connue que la face supérieure. Le seul exemplaire sur lequel je l'ai pu étudier avec quelque précision est une carapace mutilée d'un Pt. lesludinarius. Les plaques paraissent se succéder dans le même ordre qu’à la face supérieure. Il y a une plaque centrale , des plaques latérales cl des plaques intercalaires , mais les formes des plaques, leur grandeur, etc., paraissent être différentes, ce qui tient évidemment à des carac- ' tères d'espèce que nous ne voulons pas loucher ici. Quant aux plaques de la tète et de la ceinture thoracique, il serait fort difficile de dire d’une manière précise comment elles sont faites ; mais il parait, d'après plusieurs échantillons que j’ai sous les yeux, qu’il n’y avait point de plaques solides sur le dessous de la tète, et que toute la gorge était recouverte d’une peau lâche mais ferme, qui permettait un élargissement considérable de la cavité buccale. La ceinture thoracique ne se réunissait pas non plus, à ce qu’il parait, sous la gorge, comme c’est le