‹ Monographie du choléra-morbus épidémique de ParisChapitre 10 sur 50 · SECTION III · texte numérisé non relu

SECTION III

Du diagnostic du cholèra-morbus , ou des signes de cette maladie a ses différentes périodes.

Tous les symptômes que nous avons décrits dans chacune des périodes du clioléra-morbus , peuvent se résumer par les signes diagnostiques de cette maladie de la manière suivante :

Prodromes. — Deux formes.

forme : Prodromes diarrhéiques. — Diarrhée séreuse, se manifestant sans douleur abdominale intense, sans ténesme, ni épreintes , produisant l’excrétion facile d’une grande quantité de liquide séreux , jointe à une céphalalgie constrictive sourde et à un sentiment de faiblesse générale, particulièrement perçu dans les membres abdominaux , se terminant le plus souvent par le choléra-morbus confirmé, mais n’étant pas suivie nécessairement de l’invasion de cette maladie , et se ; jugeant toujours alors par une fièvre de coction , jugée j elle-même par des sueurs ou des épistaxis.

' forme : Prodromes vertigineux. — Vertiges, cha-

‘ leur épigastrique, lassitude et faiblesse générales, le plus C souvent suivis de l’invasion du choléra , quoique ne se ! terminant pas toujours ainsi ; se jugeant , dans ce deri nier cas , par des sueurs ou une épistaxis avec ou sans fièvre de coction.

Choléra confirmé. — Cinq périodes.

V période : Période d’invasion ou période phlegmorrhagique. — Selles et vomissements subits de liquide séreux, légèrement trouble, avec crampes qui occupent

']0 j>l A.GJVOSTIC J)U CIIÜLIÎUA-MOKBUS.

successivement presque tous les muscles ; abattemenl général , anxiété épisgastrique , sentiment très pénible de constriction aux hypochondres , froid des extrémités, fréquence du pouls, pâleur générale, corrugation de la peau des doigts et des orteils , traits grippés, faciès empreint de stupeur et d’abattement.

période. VéviQÛe cyanique. — Suppression de toutes les sécrétions, excavation des yeux enfoncés dans les orbites , cercle livide autour de ces organes , faciès portant l’empreinte de la stupeur; teinte livide, bleuâtre , commençant aux extrémités et s’étendant au tronc; froid des extrémités et de la langue, stase du sang veineux dans les veines sous-cutanées, augmentation dans la fréquence des battements du cœur et des mouvements de la respiration qui devient d’instant en instant moins profonde ; affaiblissement progressif du bruit de dilatation des ventricules du cœur; sang tiré des veines noirâtre , épais et privé presque entièrement de sa partie séreuse; diminution progressive des évacuations, soif intense, anxiété épigastrique extrême , abdomen souple à la pression par laquelle la main perçoit un mouvement de crépitation dû à la présence et au déplacement d’un liquide dans le tube digestif.

3* période : Période asphyxique. — -Teinte bleue , devenant violâtre de toute la peau des extrémités, et de tout le corps; impossibilité d’obtenir du sang en quantité notable par les saignées veineuses ou artérielles , par les sçarifications ou par l’application des sangsues; extinction du pouls, plus de circulation veineuse, ralentissement de la respiration, sueur visqueuse , froide; quelquefois chaleur générale sans retour du pouls, de la respiration et des sécrétions.

4“ période: Période de réactionon coctiou. — Fièvre

vive, chaleur halitueuse à la peau, pouls large, réta-

diagnostic du CIlOLKHA-MOllBUS. 7I

blissenient îles urines, pesanteur de tête, turgescence générale.

5® période : Période de terminaison ou de jugement.

I. Terminaison parcme5, par les sueurs, les urines, les épistaxis , des parotides , la diarrhée , toujours précédées d’un inollimen actif.

II. Terminaison par métastases qui consistent en des congestions ou des inflammations encéphaliques et abdoininales. 1°. Congestion encéphalique; pesanteur de tête, somnolence, dilatation des pupilles, suppression des urines, coma. 2“. Injlammation encéphalique; douleur de tête, rétention des 'urines, fièvre vive, rêvasserie, délire, injection des conjonctives, coma. 3°. Inflammation gastro-intestinale {p) erjthemoïde ; douleur abdominale augmentée par la pression , langue rouge, étroite; soif, chaleur vive à la peau, urines ronges, etc. [h) folliculeuse ; ventre souple, indolent ou peu douloureux à la pression , diarrhée séreuse et fé-^ tide, langue plate, sèche et luisante à son milieu, stupeur, prostration de forces, yeux injectés, subdelirium , fièvre vive, éruption pétéchiale, etc.

I Le résumé que je viens de présenter des signes du j choléra épidémique suffirait pour faire distinguer

1 cette maladie, même à son début , du choléra bi-

1 lieux, dont nous n’avons pas vu un seul exemple pen-

! • dant l’épidémie; il serait, à plus forte raison , suffisant j pour qu’on ne confondît pas cette maladie avec les indigestions, ni avec les vomissements et les évacuations alvines qui se manifestent quelquefois avec rapidité, et accompagnés de vives angoisses au début des irritations inflammatoires de l’abdomen. Cette confusion serait difficile pour qui aurait bien présent et la nature des évacuations cholériques, et l’intensité des crampes et de l’anxiété épigastrique cpii les accompagne, et surtotit

7^ MAllCüli DU CHüLÉRA-MOJlBUS.

le froid reel , et cette sorte d’abattement avec stupeur générale qui caractérisent le vrai choléra. J’ai cepen- i dant vu souvent cette faute de diagnostic; mais je dois dire aussi que j’ai dû y voir le plus ordinairement la mauvaise foi , et du savoir-faire plutôt que de l’ignorance.... Le choléra-morbus épidémique est si facile à reconnaître , qu au bout de quelques jours de l’épidémie il n’était jamais méconnu.

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