‹ Monographie du choléra-morbus épidémique de ParisChapitre 15 sur 50 · CADAVRES · texte numérisé non relu

CADAVRES

Les malades du choléra périssent soit dans la période asphyxique , soit après la réaction par les métastases qui en sont le résultat. Parlons d’abord des résultats obtenus de l’examen des cadavres des malades qui ont succombé dans la période asphyxique.

Les cadavres passent rapidement à l’état de rigidité ; cela tient sans doute au refroidissement qui existe déjà dans les extrémités au moment de la mort.

Les sclérotiques sont jaunes et desséchées comme du parchemin. On aperçoit au travers d’elles la choroïde. Cet état des sclérotiques existe dès le moment de la mort , et manque dans tous les cas où la période asphyxique est très courte c celte alteration parait produite par la continuité du contact de lalr sur les yeux pendant le dernier temps de la maladie où les paupières restent entrouvertes ; aussi est-elle limitée à la moitié inférieure du segment antérieur de l’œil au-dessous de la cornee transparente , ou au moins au-dessous du point correspondant au bord inferieur de la pupille. Une couche visqueuse de mucus desséche trouble la transparence de la cornée. Cette couche s’enlève avec facilité en raclant avec le scalpel la surface de cette membrane ; elle est quelquefois si consistante qu’on croirait enlever la conjonctive elle-même.

La cornée transparente est ridée, demi-affaissée. Le globe de l’œil enlevé est mou et évidemment privé d’une partie des humeurs qui le distendent.

La peau est molle, pâteuse et visqueuse au toucher.

Le corps, et surtout les extrémités, présentent des taches violâtres irrégulières plus ou moins circonscrites. Les veines sous-cutanées sont souvent saillantes et dilatées; lorsqu’elles sont affaissées, leur trajet est indiqué par un sillon violâtre.

La lividité généralê qui existait au moment de la mort s’est en quelque sorte circonscrite, elle est moins générale , et les taches violâtres sont plus évidentes et plus arrêtées à leurs limites ; elles occupent particulièrement les parties postérieures du corps sur lesquelles reposent les cadavres. Le faciès cholérique est encore évident; mais il l’est le plus souvent moins que pendant I la vie, en sorte qu’il est souvent vrai de dire que l’aspect hideux des malades a diminué avec la cessation de la vie.

Le tissu cellulaire sous-cutané est généralement affaissé; il est comme desséché, poisseux et facile à déchirer; il ne contient aucune sérosité. Les veinules qui le traversent sont fort injectées. Ces altérations sont surtout remarquables dans le tissu cellulaire de l’orbite.

Les muscles sont d’un rouge légèrement violâtre; leur tissu est mou, poisseux, s’écrase sous les doigts et se déchire très facilement. La chair musculaire à cet état ne tache en rouge que faiblement les doigts entre lesquels on la comprime ou le linge sur lequel on l’applique.

Les artères sont presque vides; on ne trouve que par place , dans les plus grosses , un sang violâtre, visqueux ,

m-s ouvEiiTURr.s de cadavres. 89

non complètement coagulé, et n’offrant aucune différence avec celui qui se rencontre dans les veines. Une fois nous avons trouvé dans l’aorte un sang aqueux , dans lequel il semblait s’être fait un départ entre un liquide aqueux et la matière colorante brune rouge. Tout l’appareil à sang noir est gorgé et dilaté par un sang visqueux, noirâtre, demi-coagulé , poisseux; formant cependant, dans quelques cas, un caillot assez solidepour qu’on puisse le retirer du canal veineux comme un cordon peu solide. Cet engorgement des veines est d’autant plus marqué que l’on s’approche davantage du coeur; il est surtout considérable dans la veine cave supérieure, les sous-clavières et les jugulaires profondes , et dans la veine azigos et les mésaraïques.

Le cœur se trouve ordinairement dilaté par l’engorgement du sang dans.ses cavités , surtout dans ses cavités droites. Ses veines propres sont très gorgées d’un sang qui offre les mêmes altérations que celui qui se trouve dans les autres veines. Le tissu du cœur se déchire avec facilité; il est poisseux, et présente le même aspect que celui des muscles du mouvement; il en est de même du diaphragme.

Le ventricule droit et l’oreillette droite sont distendus par un sang noir visqueux ayant la consistance et l’aspect de gelée de groseille ; l’oreillette gauche est à demi vide, ainsi que le ventricule gauche et l’aorte. Le sang que contiennent ces cavités est noirâtre, grumeleux, offrant quelquefois à son centre un caillot jaunâtre, demi- 1| fibrineux et mou. Les veines et l’artère pulmonaires )i sont ordinairement à demi-vides et remplies d’un sang

it semblable à celui des cavités du cœur auxquelles elles

se rendent.

La membrane interne des cavités du cœur et des ar-> tères et des veines est dans l’état physiologique.

Les poumons sont flasques et affaissés clans la moitié des cas; clans l’autre moitié, ils sont, dans une grande partie de leur tissu, et toujours alors dans la partie postérieure, gonflés de sang noirâtre visqueux, qui s’écoule comme d’une éponge. Dans ces cas, la muqueuse bronchique est d’un rouge livide foncé.

Comprimé sous les doigts , le tissu spongieux pulmonaire laisse suinter, lorsqu’il n’est point engoué, une très petite quantité d’un liquide visqueux, filant , très légèrement rougeâtre; mais lorsqu’il est engoué, c’est i toujours un fluide rouge violâtre sanguinolent qui s’en écoule sous la pression.

La couleur du tissu des poumons est ordinairement, celle qu’il présente lorsqu’il est exempt d’altération ; cependant on ne le trouve jamais avec la teinte rosée qu’il offre chez les personnes mortes d’hémorrhagie ou de maladie chronique de l’abdomen. Il y a toujours uni ; certain degré de lividité dans la couleur grisâtre de ces- i organes, et dans la teinte rougeâtre de la muqueuse i bronchique.

Toutes les membranes séreuses sont sèches , ne con-tenant dans leur cavité aucune trace de sérosité; leurr surface est lisse, et leur teinte légèrement livide, ce qui ! paraît surtout produit par l’injection des veinules adjacentes. Le doigt appliqué sur la surface de ces membranes les trouve sèches et poisseuses.

Les membranes séreuses chez les cholériques sont: minces et diaphanes ; on trouve souvent au-dessous-! d’elles, sur le trajet des grosses veines adjacentes et dans- : ; les lieux où elles se replient et où elles correspondent ! i à du tissu cellulaire lâche, des ecchymoses violâtres > assez considérables, que l’on reconnaissait à la dissec- * tion comme formées d’un sang violâtre visqueux, -i

DES OUVIÎllTUKES DE CADAVRES. 9I

non coagulé, infiltré dans le tissu cellulaire sousséreux.

Les épiploons et le mesentere présentent des veines très nombreuses et gorgees de sang. L injection veineuse donne au tube digestif vu à l’extérieur une teinte violâtre , qui va dans quelques points jusqu’à la couleur ardoisée, particulièrement sur les anses d’intestin pion 2 gées dans le petit bassin. Cette teinte est produite par les mailles serrées des veinules capi.llaires sous-péritonéales engorgées.

Les bandes musculaires longitudinales du tube digestif paraissent, dans quelques parties qui n’ont rien de constant par leur siège, d’une teinte rouge violâtre qui se dessine au travers du péritoine, et en imposerait aisément à la seule inspection pour le reflet d’une inflammation intestinale adjacente. De toutes les membranes séreuses, le péritoine est celle sous laquelle on trouve le plus souvent des ecchymoses disséminées; c’est surtout à l’implantation du mésentère qu’on les rencontre. J’ai remarqué plusieurs fois la facilité avec laquelle on produit ces extravasations de sang veineux dans le tissu cellulaire en comprimant fortement vers l’intestin les nombreuses veines mésentériques engorgées.

Le tube digestif , dans toutes ses parties, est distendu I par un fluide trouble , inodore, alcalin, souvent diaj phane dans l’estomac et dans les intestins grêles , sur- ! tout dans leur première partie, et rougeâtre dans les j gros intestins. La quantité de ce liquide est de trois à 1 quatre pintes environ-, il existe dans les intestins avec < quelques gaz, inodores comme lui, ou plutôt n’offrant ! pas l’odeur des matières trouvées habituellement dans ces

9^ Rl^SULTATS

parties. Il a sur les cadavres tous les caractères qu’ont

présenté les dernières évacuations pendant la vie.

Sur quelques cadavres le fluide épanché remplit tout l’œsophage, et a reflué dans les fosses nasales et jusque dans les sinus frontaux et maxillaires.

On m’a dit qu’on l’avait aussi rencontré dans les bronches et dans la trachée artère , je ne l’y ai pas trouvé; et s’il y a été observé, il y avait vraisemblablement | reflué après la mort ; car je n’ai jamais rien remarqué ' sur les cholériques qui indiquât, même à la fin de leur ■ vie, un obstacle mécanique à la respiration.

Une couche de matière visqueuse filante, grisâtre, et j quelquefois rougeâtre, qu’on dirait s’être précipitée du il fluide qui remplit le tube digestif, tapisse toute la sur- • face de la muqueuse digestive. Cette couche s’enlève » aisément par l’action d’un filet d’eau.

La membrane muqueuse des organes de la digestion i est d’une teinte généralement livide dans toutes les par- - • ties du tube digestif, de la bouche à l'anus. j

De la bouche à l’estomac, cette membrane n’offre -ï rien de particulier qu’une congestion très marquée des i veines adjacentes, et une teinte livide plus prononcée 1 que dans le reste du tube digestif.

Dans le reste du tube digestif, mais surtout dans les < intestins grêles, la tunique villeuse est d’un blanc li- • vide mat, paraissant couverte de villosités plus marquées que dans l’état sain. Cette teinte blanche livide; est peu évidente dans les gros intestins, et fait encore plus ressortir la teinte d’un rouge violâtre des ecchymoses sous-muqueuses qui sont si souvent disséminées i en grand nombre sous la muqueuse digestive de ceux ; qui ont succombé au choléra-morbus.

La membrane interne de l’estomac présente depuis

Page 1