‹ Monographie du choléra-morbus épidémique de ParisChapitre 19 sur 50 · PROGNOSTIC DU CHOLÉRA-MORBUS · texte numérisé non relu

PROGNOSTIC DU CHOLÉRA-MORBUS

Le choléra-morbus est une des maladies les plus graves; mais c’est aussi une de celles dans lesquelles on peut établir le plus facilement un prognostic assez certain , soit quant à la succession des accidents morbides qui lui sont inbérents, soit quant à sa terminaison définitive.

Tous les prodromes du choléra, et surtout les prodromes diarrhéiques, abandonnés à eux-mêmes, se terminent ordinairement par le choléra confirmé ; cette terminaison fâcheuse n’est pas cependant tellement nécessaire que nous n'ayons eu un certain nombre et même un nombre assez considérable de malades chez lesquels , sans l’emploi de moyens de traitement de quelque efficacité, et même sans se soustraire aux causes qui pouvaient accélérer le développement du choléra confirmé , cette terminaison fâcheuse n’est pas arrivée.

Lorsque, soit par sa marche abandonnée à la nature , soit par l’effet d’un traitement , la diarrhée cholérique ne se termine pas par le choléra, on peut affirmer que sa terminaison naturelle et complète ne s’effectuera facilement et sans inconvénient que par un état général de coction , suivi d’une crise.

Si cette coction ne se fait pas , empêchée ou non par l’art, ou si elle ne se fait qu’incomplétement, l’invasion du choléra reste à craindre; le malade n’atteint que très péniblement à une lente convalescence.

Si les crises sont incomplètes, la convalescence ne

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6B décide pas, et le malade reste dans un état de faiblesse dans lequel il est exposé à des accidents inflammatoires du côté de l’abdomen, et souvent même du

côté de la tête.

Les prodromes diarrhéiques, et surtout les prodromes vertigineux, sont très faciles à arrêter; sauf quelques exceptions déduites de l’état antérieur des malades , on prévient toujours le choléra lorsqu’il n’est qu’imminent. Delà, l’importance de tenir les malades et les médecins en garde contre le danger de ne pas s’occuper des plus légères indispositions.

La diarrhée cholérique bien traitée guérit facilement; mal traitée, elle guérit péniblement, difficilement , et peut compromettre pour très long-temps la santé des malades.

Au commencement de la période phlegmorrhagique, le choléra guérit toujours; il guérit même quelquefois par les simples efforts de la nature secondés de la seule abstinence de tout ce qui pourrait nuire. Mais la guérison naturelle et complète du choléra , même encore à sa période d’invasion , exige toujours l’intervention d’un état général de coction, et l’accomplissement des crises par lesquelles se juge cette maladie. Le rétablissement facile ou difficile des malades dépend entièrement de la manière dont s effectue cette réaction, et dont s’accomplissent les crises qui sont sa terminaison normale. Si la réaction e.st trop intense, elle se termine par métastase; si elle est trop faible et incomplète, les accidents cholériques peuvent revenir, et ils deviennent alors rapidement mortels, ou il reste des accidents généraux de faiblesse et de souffrance très pénible des organes abdominaux.

Si les crises q\ii terminent la réaction, et qui sont le

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moyen de guérison du choléra à la première période, i s’ellectuent incomplètement et difficilement , le rétablissement du malade peut être empêché, et la mort même peut arriver par métastase ; ou au moins a-t-on i à craindre une série d’accidents de faiblesse générale j et d’inflammation abdominale très graves et très prolongées.

Le choléra, au début de la période phlegmorrhagique, , peut être arrêté dans sa marche par les traitements perturbateurs les plus divers, pourvu qu’ils aient une ' certaine activité 5 mais il ne peut être bien guéri que par une méthode dans laquelle on fasse entrer la con- ( sidération des périodes ultérieures indispensables pour obtenir la guérison. 1

Ces remarques s’appliquent à toute la période phlegmorrhagique du choléra J elles sont d’autant plus importantes que cette période est plus avancée. Je n’ai pas perdu un seul malade du choléra à la période d’invasion, sans des causes accessoires de maladie chronique antérieure ; et encore n’en ai-je perdu que deux par cescauses, Vun à l’hôpital et l’autre en ville. Cette maladie, à cette période, m’a paru aussi facile , peut-être même plus facile à guérir que l’est le choléra-morbns" de notre pays, pourvu qu’on tienne compte , comme ib 1 est aussi indispensable de le faire dans le choléra de: France, des périodes nécessaires de coction et de juge-- I ment par lesquelles la guérison doit s’obtenir.

Le prognostic du choléra à la période cyanique est: bien loin d’être aussi avantageux qu’il l’est pour les périodes antécédentes. La guérison delà maladie n’est possible à ce degré, comme dans les précédents, que par la réaction et par les crises naturelles de cet état général; le danger de la maladie vient de la difficulté d’obtenir i

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c6tt6 réaction, ou au moins d obtenir une reaction suffisante et régulière, indispensable pour une heureuse terminaison. Après que là réaction est établie, le danger des métastases et la difficulté des crises sont d’autant plus grands que la période cyanique était plus avancée, que la réaction a été plus difficile, ou qu’elle s’est établie moins régulièrement.

Au début de la période cyanique , lorsque les extrémités des doigts, le pourtour de loibite, sont seuls légèrement bleuâtres, et que le pouls , quoique vite et concentré, se sentait facilement à l’artère radiale, on guérissait encore le plus grand nombre des malades. On a même cité quelques faits de guérison obtenue même à cette période de la maladie par les seuls efforts de la nature, sans l’intervention des moyens de l’art. Si ces faits ont été bien observés, il faut les admettre, mais comme des faits tellement rares, qu’ils servent plutôt à établir cette règle générale, qu’il ne faut pas compter sur les résultats des efforts de la nature abandonnée à ellemême dans la période bleue du choléra.

Toutes les fois que la période phlegmôrrhagique a été longue, et que la période bleue est à son début, la réaction s’obtient aisément; elle est beaucoup plus difficile si la période phlegmôrrhagique est rapide, et surtout si elle semble se confondre avec la période bleue.

Dans la période bleue confirmée, la réaction est difficile à obtenir, et l’on perd le plus grand nombre des malades avant quelle s’établisse. C’est dans cet état que nous arrivaient les malades pendant les trois ou quatre premiers jours du règne de la maladie; et encore éiaient-ce les moins malades, car beaucoup étaient déjà à la période asphyxique ; aussi avons-nous perdu à VHôtel-Dieu , du ay mars au i*"* avril , les dix-sept vingtièmes de nos malades.

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Après quelques jours de iluièe do répidéiuie, nous avons reçu l)caucoup de malades à l’état cyanique, niais chez lesquels les accidents avaient marché avec plus de lenteur, et qui n’étaient pas, quoique malades depuis , dix à quinze heures, à l’état cyanique confirmé; aussi | la mortalité a-t-elle immédiatement diminué. Des ma- | lades , dans cette dernière condition , on n’en perd guère | que le quart lorsqu’ils sont dans la période cyanicpie | commencée, et que les deux tiers, dans la période cya- ( nique confirmée; mais on peut affirmer qu’on perd les i quatre-clnquièmes avant la réaction des cholériques arrivés avec rapidité et par une sorte de confusion des accidents de la période cyanique avec la période phlegmorrhagique, à l’état bleu confirmé.

Dans la période asphyxique, le choléra doit absolument se terminer par la mort. Je n’ai pas vu guérir un seul malade à cet état, quoique j’en aie traité un certain nombre, et que j’en aie vu traiter beaucoup par bien des méthodes; je n’ai même jamais vu obtenir la moindre amélioration; aussi suis-je resté convaincu que les malades à cet état sont toujours voués à une mort certaine.

Le prognostic à porter dans la période de réaction est i très difficile ; il ne faut se prononcer qu’avec beaucoup j de réserve. L’on ne se rend raison du prognostic favo- i rable qu’ont porté, en général, sur le choléra- morbus I arrivé à la réaction , beaucoup de médecins anglais dans l’Inde, plusieurs praticiens allemands, et presque tous ceux qui ont étudié superficiellement cette maladie en Pologne , qu’en remarquant que , dans l’opinion de ces médecins , les métastases qui terminent si souvent la période de réaction ne sont plus le choléra, mais une autre I

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maladie survenant accidentellement après le choléra. On s’explique aussi par cette manière de voir, selon nous l)ien légèrement adoptée la proportion surprenante de «niérisons qu’ont obtenuePcertains médecins qui considéraient comme guéri le choléra dès la réaction arrivée; proportion qu’on a encore rendue plus grande en considérant comme cholériques tous les malades reçus dans les prodromes diarrhéiques.

Pour qu’on puisse porter un prognoslic favorable dans la réaction du choléra, il faut qu’elle soit entière et soutenue, c’est-à-dire, qu’elle amène rapidement et complètement la cessation de tous les symptômes cholériques antérieurs, et le rétablissement de toutes les sécrétions et exhalations, et surtout de la sécrétion urinaire et de la transpiration.

Si la réaction s’accompagne de sécheresse à la langue

et à la peau, de pesanteur de tête, de frissons vagues , entrecoupés par de petites sueurs locales peu soutenues, il faut craindre une métastase cérébrale. Le signe le plus certain d’une semblable terminaison, par affection cérébrale, est la suppression des urines persistant, ou se I j eproduisant le deuxième jour après leur rétablissement. Les affections cérébrales surviennent quelquefois sans ce signe précurseur; mais ce signe, à 1 apparition du- ] quel il n’existe souvent encore aucun accident apprêt ciable d’affection cerebrale, ne ma jamais trompe.

Le pouls très fréquent et concentré, avec une peau I chaude et sèche, indique l’imminence d’une gastro-en-?

térite érythémoïde ou folliculeuse.

I Lelalivement aux inductions à tirer de l’étal des exk crétions dans la réaction, j’ai remarqué que la diarrhée » persistant à un degré modéré pendant la réaction, et ► donnant issue à une matière pultacée d’odeur fécale est un i signe favorable. Il faut bien se garder de supprimer cette

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diarrhée; je n’ai pas vu d’accidenls arriver par sa con- , tinuité pendant quelques jours , et j’ai vu des métastases ( cérébrales suivre immédiatement sa suppression obtenue même par l’administration, soit de l’ipécacuanha, , soit du sulfate de soude.

Quelques vomissements succédant à l’ingestion des j boissons surviennent souvent dans la réaction ; cet accident est sans importance, lorsque d’ailleurs le mouve- | ment fébrile avec chaleur halitueuse à la peau et largeur ( du pouls se soutient.

Les urines crues sont souvent très abondantes dans ( la réaction. Ce signe n’est point avantageux ; il est même j souvent de mauvais présage. Il n’en est pas de même des urines rouges, odorantes, troubles, même en petite quantité. Je n’ai jamais vu d’accidents métastatiques considérables aux malades chez lesquels j’ai observé ces urines.

11 faut juger la réaction par elle-même et par les accidents auxquels elle a succédé, et dont elle est le moyen naturel de guérison. i

Jugée par elle-même, la réaction présente toutes les | chances de terminaison heureuse lorsqu’elle est soutenue, modérée et continue, et que, sauf les symptômes | fébriles qui la caractérisent, elle offre un retour à ' l’ordre normal dans toutes les fonctions nutritives. Si la réaction est violente, elle se termine presque toujours par une métastase fâcheuse; si elle est faible, comme intermittente et vacillante en quelque sorte dans sa marche , elle ne détermine que des crises incomplètes, après lesquelles le malade reste avec des phlegmasies des plus opiniâtres et des plus graves, surtout à cause de l’importance des organes qu’elles affectent.

Relativement à l’époque de la maladie à laquelle le malade était arrivé lorsque la réaction s’établit, il faut compter en général sur une terminaison heureuse de la

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