PROGNOSTIC
l’inflammation érythémoïcle de la villeuse digestive ^ il n’en faut cependant pas mesurer le danger par ce que nous connaissons de la fièvre, dite improprement phoïde; dans cette fièvre, l’inflammation folliculeuse suit obstinément des périodes de développement, d’état et de déclin , qui se succèdent lentement, et contre le développement desquelles la médecine ne peut rien ; dans l’inflammation folliculeuse intestinale qui succède au choléra , la marche de la maladie n’est plus soumise à ces périodes. On voit bien alors les malades , comme dans la fièvre typhoïde, présenter des pétéchies, des taches rouges à la peau, quelquefois même des parotides; mais la maladie ne s’en termine pas moins, lors- i qu’elle n’est pas au-dessus des forces de la nature et \ de l’art, en dix à douze jours, sans suivre aucune des -j périodes des fièvres typhoïdes. L’inflammation follicu- j leuse n’est jamais alors, comme dans ces fièvres, suivie de | l’ulcération avec bourbillon des follicules; elle n’expose par conséquent pas les malades à ces perforations intestinales qui sont la cause si fréquente de l’issue funeste des fièvres typhoïdes ; je ne crois pas au moins que rien de semblable ait été observé dans l’épidémie qui a régné ici. | C’est à l’entérite folliculeuse métastatique du cho- I léra qu’on a donné improprement le nom det/phus;co j nom donne de ces entérites une idée plus fausse encore j que celui de fièvre typhoïde, qui , au moins, a le mérite d’exprimer un des symptômes de cet état morbide , la stupeur. L’entérite folliculeuse métastatique, après le choléra, n’a dans sa marche rien qui ressemble au typhus ; elle coïncide quelquefois avec un certain degré d’encéphalite ; c’est alors qu’on lui trouve, au premier aperçu , quelque apparence de similitude avec le typhus proprement dit; mais elle n’a, de celte maladie, ni la pé- i riodc d’invasion à accidents d’hyperstimulation céré- i
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braie si régulière et si franche , ni la période d’éruption si régulière aussi , et si bien caractérisée par l’affection simultanée des prganes thoraciques et abdominaux , et par le changement de caractère de l’état fébrile.
L’entérite folliculeuse métastatique du choléra est toujours une terminaison dangereuse ; mais si elle n’est ni aussi grave, ni d’une durée aussi longue, ni aussi rebelle que la^ fièvre typhoïde , elle est encore bien moins grave et bien moins difficile à combattre que le typhus proprement dit, avec lequel elle a été à tort confondue.
Le prognostic à porter sur les malades arrivés à la convalescence du choléra-morbus se déduit du degre d’intensité de la maladie antérieure, et de la connaissance des accidents qui ont signalé sa terminaison.
Lorsque le choléra n’a pas dépassé la période phlegmorrhagique, la convalescence est facile si la réaction 1 a été franche, ne se fût-elle pas terminée par des crises très évidentes. Si les fonctions digestives se rétablissent facilement, s’il n’y a pas d’anorexie, si les excrétions se font librement, si la chaleur générale est également distribuée, on peut compter sur une convalescence facile et prompte. Mais si, au contraire, le malade a des alternatives de chaleur et de froid , de frissons vagues, des sueurs locales, coïncidant souvent avec une sensation de froid ; s’il éprouve une lassitude continue dans les articulations; s’il est près de tomber, ou s’il tombe réellement en lipothymie, lorsqu on veut le lever, même pour quelques instants , il faut s attendre à une convalescence très prolongée, dans laquelle on aura I à combattre une irritation gastro-intestinale toujours i imminente, et jamais très intense, ou le plus souvent i encore un état saburral très réfractaire.
Lorsque le choléra a atteint la période cyanique, sa
PHOGNOSTIC
convalescence est d’autant plus pénible, que la maladie à cette période a été plus grave, et s’est terminée avec plus de difficulté. Bien que tous les accidents cholériques proprement dits aient disparu, tant que la nutrition ne se rétablit pas, et que l’état de souffrance générale de toute l’économie reste marqué par la pâleur, 1 amaigrissement de la face, la dépression des traits, 1 aspect terne et peu 'vivant de la peau, un sentiment de faiblesse générale joint d’ordinaire à l’émission d’urines abondantes et limpides, il ne faut pas compter sur une convalescence bien décidée; il faut s’attendre à voir des accidents abdominaux se manifester. La gravité de ces accidents se mesure par leurs signes et par leur intensité; mais, quelque légers qu’ils paraissent, ils sont toujours graves parles circonstances dans lesquelles les malades se trouvent. Il ne faut cependant pas porter aussi dans ces circonstances un prognostic trop grave ; les accidents qui ralentissent le rétablissement des malades, les cardialgies et l’état général de faiblesse dont ils se plaignent, ne se terminent presque jamais d’une manière funeste. La nutrition reste profondément altérée, et les forces atténuées pendant long-temps, sans qu’il arrive pour cela d’accidents immédiatement dangereux, en sorte qu’il faut prognostiquer plutôt un état valétudinaire très prolongé, qu’un état de maladie immédiatement dangereux.
La considération des crises par lesquelles la maladie s’est jugée, est d’une grande importance aussi pour le prognostic de la convalescence. Si les crises sont restées incomplètes, on peut affirmer que la convalescence sera longueet difficile, et que, pendant son cours, il se manifestera quelque effort de réaction à la suite duquel des crises plus ou moins incomplètes ,ei ordinairement lentes, s’établissant avec difficulté, se montreront. Les crises
mi riioï KR v-]MORims. laS
qui se manifestent ainsi à plusieurs reprises, pendant des
convalescences difficiles du choléra mal jugé, arrivent
le plus souvent par les sueurs et la diarrhée, et sont précédées constamment de quelques jours de fièvre lé- • gère erratique, d’un sentiment de pesanteur et de mallïse dans les reins et dans l’abdomen ; d’agitation dans le sommeil qui est troublé par des rêves pénibles; d’anorexie et de soif. J’ai vu ces crises supplémentaires se manifester à des époques très variables après la convalescence décidée. Je les ai vues juger l’état de malaise, d’adynamie générale après trente jours de convalescence.
L’âge des malades et leur état de santé antérieur à la manifestation du choléra doivent être pris en considération pour le prognostic de la convalescence. C’est un fait d’observation générale dans les maladies , que les convalescences sont toujours plus promptes et plus faciles chez les personnes bien constituées , et encore dans la force de l’âge. Ce fait général a été aussi le plus souvent observé dans l’épidémie cholérique ; mais ce que j’ai remarqué sur tous les malades sans exception , c’est que ceux qui semblaient les moins abattus après le choléra-morbus, ceux qui présentaient l’apparence d’un retour plus rapide à la santé , aussitôt que la maladie commençait à céder, ont été en général ceux chez lesquels la convalescence a été la plus longue et la plus difficile; car le rétablissement des forces, le retour rapide des fonctions ne se soutenait pas, et nous voyions bientôt ces sujets tomber dans cet état d adynamie avec cardialgie et trouble des fonctions digestives qui annonce toujours une convalescenee longue et pénible.
E Cette observation, qui ne m’a pas présenté d exception ,
I me fait porter un prognostic plus assuré d’une bonne I convalescence chez les malades dont la terminaison de la coction du choléra s’opère par des crises prolongées
Ï2Ô PROGNOSTIC DU CHOLliR A-MORBUS.
qui les ramènent par une progression lente vers l’état de santé. Cette marche avantageuse de la maladie se remarque plus souvent chez les hommes d’un tempérament peu sanguin et d’une constitution moyennement vigoureuse. Je l’ai vue plus habituelle aussi chez les femmes que chez les hommes , en sorte que je regarde comme bien moins fréquentes les convalescences pénibles chez les femmes que chez les hommes.
La convalescence s’accompagne souvent de douleurs comme névralgiques occupant successivement ou simultanément différentes parties du corps, surtout chez les femmes et les hommes encore jeunes , mais d’une constitution irritable et nerveuse. Ces douleurs , qui sont tantôt celles du tic douloureux , tantôt celles de la névralgie ischlatique, et tantôt aussi celles de l’arthritis aiguë, existent sans aucun dérangement des fonctions nutritives; elles sont sans influence sur le rétablissement de la santé, et se dissipent graduellement sans entraîner rien de fâcheux; mais elles résistent avec opiniâtreté au traitement le plus rationnel.
L’existence de maladies chroniques antérieures au: choléra doit faire porter un prognostic fâcheux sur l’issue de cette maladie; si elle se termine par la convales-cence , les maladies chroniques de l’abdomen qui l’ont précédée, la rendent le plus souvent mortelle , ou au i moins en reçoivent une telle augmentation de gravité, qu’elles deviennent elles-mêmes causes de mort. C’est: ainsi que j’ai vu succomber à la diarrhée chronique qui se manifesta dans la convalescence tlu choléra, un homme qui était atteint de cette affection depuis trois mois, et chez lequel la marche de la maladie ancienne ne fut suspendue pendant le choléra que pour être rendue plus rapide et plus promptement funeste après la ternii-
NA.TUR1'’ DU CliOLlÎR A--MORBÜS. 1
naison de la maladie épiddmique. Les phthisiques que le choléra-morbus a frappés en si grand nombre, nous ont plusieurs fois mis dans le cas de faire cette remarque. Des malades atteints de tubercules pulmonaires,
dont la fonte suppurative n’était point encore arrivée a un degré très avancé, chez lesquels on pouvait par conséquent espérer de conserver de la vie encore pendant quelques mois, atteints du choléra-morbus, ont pu résister à cette maladie, pendant la durée de laquelle les symptômes propres de la phthisie, jusqu aux crachats purulents, se sont suspendus. A peine la convalescence était-elle déclarée, bien que le jugement du choléra eût été bien régulier , que la phthisie reparaissait, marchait avec une extrême rapidité , et amenait la mort en quelques jours. Une dame atteinte d’un squirrhe du col de l’utérus , peu avancé , mais donnant lieu à des métrorrhagies considérables, a été prise du choléra. Lorsque je l’ai vue dans la période cyanique commençante, la métrorrhagie était suspendue; elle ne s’est rétablie qu’à la convalescence , bien qu’il y eût eu une crise très marquée par les sueurs, précédée d’une vive fièvre de coction. La convalescence a bien marché pendant six jours, après lesquels la métrorrhagie a reparu, et a augmenté la faiblesse déjà excessive de la malade ; elle a continué pendant dix jours, s’est suspendue et reproduite ensuite tous les trois ou quatre jours, en sorte que cette dame reste dans un état d’adynamie anémique, auquel il est probable qu’elle ne serait pas arrivée avant plusieurs mois par les progrès naturels de la maladie, sans la manifestation du choléra-morbus.
NATimi: DTI ClIOT,KHA-MORnTrS.