‹ Monographie du choléra-morbus épidémique de ParisChapitre 23 sur 50 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

traitement du choléra.

Je me propose de donner les détails les pins étendus sur les différentes méthodes du traitement du choléramorbus, et de discuter les avantages des divers moyens qui ont été proposés pour combattre cette maladie à tomes ses périodes; ces objets seront la matière de sections spéciales de ce chapitre. Dans la première, j’exposerai avec détail la conduite thérapeutique que j’ai suivie pour combattre le choléra, d’après les indications que j’ai recueillies; dans la ileuxième,je discuterai comparativement la valeur des diverses méthodes de traitement de cette maladie,' et enfin, dans la troisième, j’apprécierai les divers moyens de traitement qui ont été mis en usage.

SECTION PREMIÈRE

\Üu traitement du choléra déduit des indications que cette maladie a présentées.

^ Avant d’exposer méthodiquement les règles du irai- I lement du choléra-morbus que j’ai adopté, je vais ra- I conter les incertitudes, les essais, les hésitations par I lesquels j’ai été conduit, surtout par les indications a ^ uvantibus et lœilentibus, à une thérapeutique que je con- 1 sidère comme rationnelle.

! En initiant ainsi mes lecteurs à toutes les pensées qui »' me sont successivement venues, j’essaierai de leui' communiquer l’expérience que j’ai acquise au lit des madades pour combattre cette affection.

1 TfurTr.Mr.KT

A l’arrivée du clioléra-morhns à Paris , j’étais arrèu'*, sur le traircnient de celte maladie, aux idées que j'ai déjà émises ailleurs, et que j’avais puisées dans la lecture des écrits de Sydenham et dans l’habitude de iraiter avec sticcès des choléra-morbus, même intenses, dans notre pays. Je pensais qu’il fallait supprimer , le plus promptement possible, les évacuations intestinales, calmer l’état de spasme général qui se joint à ces évacuations, et réchauffer le malade. Je m’attendais qu’après avoir obtenu ces résultats le pouls se relèverait rapidement, et que l’équilibre se rétablirait, soit pai un mouvement de fièvre dont il faudrait souvent mode rer l’intensité , soit par une sueur générale. Je ne me faisais pas une idée suffisante de l’état d’altération du san^, qui résulte des évacuations séreuses dans le choléra épi démique, et de la difficulté avec laquelle l’organisme peut réparer les pertes qu’il a éprouvées, et revenir i l’équilibre nécessaire à la vie. Je ne comptais pas sut la gravité et la facilité des métastases. Les auteurs de l'Inde ont insisté sur tous ces points, mais beaucoup trop peu, et les médecins d’Europe n’ont point aussiassez vivement appelé l’attention sur ces accidents. Je procédai donc d’abord d’après les idées que je m’étais ^ faites.

Le premier malade auquel j’eus à donner des soins fut un homme affecté d’hypertrophie légère du cœur, gisant depuis dix -neuf jours dans mon service. Cet homme cacochyme, dont j’ai déjà parlé, tomba ma-; lade le 28 mars, à dix heures du soir. Je le vis le 29 à sept heures du matin. 11 était dans la période cyanique déjà avancée. Je prescrivis l’administration d'une infusion de tilleul chaude, par demi-verre , toutes les demiheures , avec addition, à chaque demi-verre, d’une cuillerée à bouche de la potion suivante:

DU CliOLÉRA-MORBUS.

Eau de cannelle . . . . | iij.

Sirop simple I ij*

Aee'tate d’ammoniaque. | j.

Opium G xi].

Je lis faire, toutes les demi-heures, des frictions sou-

leniies sur les membres et sur le tronc avec des morceaux de flanelle et un mélange à parties égales de baume de Fioravenli et d’alcohol vulnéraire; et je fis réchauffer le malade avec des briques chaudes et des sachets de sable chaud placés autour des membres et du tronc. Sous l’influence de ce traitement, qui fut exécuté ponctuellement , les évacuations se suspendirent , les crampes cessèrent, le pouls devint très sensible, mais resta vite, fréquent et mou. La respiration devint plus profonde et plus large; une sueur assez abondante s’établit; mais la teinte bleue ne disparut pas complètement, et les urines ne i eparurent pas. Il était dans cet étal à quatre

Eeures du soir; il disait ne sentir qu’une excessive failesse, et il me remerciait d'une voix encore très faible e mes soins. Je fus frappé alors de ce que l’élévation du pouls n’était point en rapport avec la chaleur sudorale de la peau , et de ce que cette chaleur ne se trouvait pas elle-même en rapport avec l’état de faiblesse générale et d’abattement que ressentait le mapde , dont les urines restaient cependant supprimées. M’attribuai cette imperfection de la réaction à l’état cacochyme antérieur du malade, à la déperdition considérable qu’il avait faite par les évacuations par haut et par bas, continuées depuis la veille à dix heures du ioir jusque dans la matinée. Je fis suspendre l’administra- :ion de la potion, et continuer l’usage de l’eau de tileul tiède simplement, et les frictions; on continua à entourer le malade de briques chaudes et de sachets

ï58 TIt AfTI' IVIF.IVT j

de sable. A sept heures du soir l’état de faiblesse générale était augmenté; le pouls s’affaiblissait et restait fréquent ; la peau était chaude et couverte d’une sueur | abondante; les urines restaient supprimées; le malade, j d’une voix qui ne s’entendait qu’à peine, se plaignait | de faiblesse et demandait à manger. Ma pensée fut qu’il j y avait réaction véritable , mais qu’elle restait impar- 1 faite par l’état d’épuisement du malade, et que, tout] imparfaite qu’elle était, elle épuisait encore davantage le malade. Je fis donner une cuillerée de bouillon ; elle fut immédiatement vomie. J’ordonnai alors de donner i le bouillon à la glace pour le faire supporter par l’es- | tomac; je fis cesser de réchauffer, et je fis continiier lej | frictions ; les accidents de l’asphyxie marchèrent, et cet ii homme mourut dans la nuit.

Voici l’observation détaillée que j’ai fait recueillir sur ce malade; elle mettra le lecteur à même de suivnles conséquences que j’en ai dû tirer sur la valeur dec; moyens de traitement. Elle présente d’ailleurs un fai.: à ajouter à ceux que j’ai déjà donnés, pour faire con-’ naître les lésions anatomiques que produit le choléra i morbus.

Rascallon, âgé de cinquante-neuf ans, imprimeur r <l’nne constitution détériorée, entra, le lo mars iSSs I à l’Hôtel-Dieu , pour y être traité d’une bronchite chro- i nique et d’une légère hypertrophie du cœur. Cet homnifi' i avait éprouvé une amélioration notable par le traitement auquel il avait été soumis, qui avait consisté er évacuations sanguines et en l’application de vésicatoire.^ entre les épaules. Il n’avait point encore quitté son lil lorsque le 28 mars, à dix heures du soir, il fut atteint du choléra-morbtis. Depuis deux jours il avait une le- £fère diarrhée : la maladie débuta par des vomissement? et des déjections alvines, accompagnés de crampc.s le-

mr cfioLÉHA-MoiiBtis. 1 5q

gères aux extrémités, He froid général et d’une anxiété épigastrique des plus pénibles. Les déjections devinrent de plus en plus fréquentes, et tous les accidents firent des progrès continuels. Cet homme étant le premier malade qui eût été atteint du choléra-morbus dans l’hôpital, aucun cholérique n’ayant encore été couché dans la salle, les infirmiers négligèrent de faire demander des secours dans la nuit. Le 29, à six heures du matin , je le trouvai dans l’état suivant ; Face grippée, décomposée, livide; voix presque complètement éreinte; langue hlanche, humide, large, poisseuse et froide au toucher; ventre souple , rétracté, douloureux à la pression à la région épigastrique ; extrémités froides , d’une teinte bleue livide, peu foncée; peau des mains ridée et comme macérée. Le pouls était filiforme au poignet; les battements du cœur présentaient quelques Irrégularités; il y avait quatre-vingt-dix-huit contractions par minute : les selles étalent presque continuelles; les vomissements étaient plus rares, quoique très fréquents , et s’accompagnaient de crampes vives et très douloureuses dans les membres ; les urines étaient supprimées. Cet homme s’agitait continuellement dans son Ht, se plaignait de froid glacial , et se idéconvrait comme pour chercher un soulagement au -sentiment de pression anxieuse qu’il ressentait à l’épiga.stre et aux hypocondres, et qui lui faisait pousser des gémissements continuels. Je fis immédiatement^ commencer les frictions stimulantes sur les membres avec lie baume de Fioraventi, mêlé à l’alcohol vulnéraire; elles furent continuées sans interruption. Pendant ce (temps, des briques chaudes furent placées aux pieds t|du malade et sur les côtés du tronc, et on adminisitrait une infusion de tilleul chaude , prise par verre de Ideuii heure en demi-heure, avec addition d’une cuil-

l6o TllArj'KjVlKNT

lerée à bouche tle la potion avec l’acétate d’aninionlaque et l’opiiun. Sous l’influence de ces moyens, les vomissements diminuèrent immédiatement et cessèrent | bientôt: les évacuations alvines diminuèrent aussi. A dix heures et demie, je le trouvai avec une chaleur j jjénérale peu vive; il n’avait plus d’anxiété épigastrique; j le pouls avait pris du développement et restait aussi | fréquent; la voix continuait cà être éteinte; la teinte cyanique diminuait; le malade se plaignait de faiblesse. | A quatre heures du soir, la chaleur générale était in- j tense ; une sueur visqueuse couvrait tout le corps; le ! pouls avait repris delà force et donnait cent dix puisa- i tions; la voix s’était rétablie ; les crampes avaient cessé; | les évacuations étaient suspendues. Cet homme se plai- j gnait d’une faiblesse excessive. Je fis diminuer de mol- i tié la dose de la potion, et administrer quelques cull- t lerées de bouillon froid : elles furent immédiatement i vomies. A sept heures du soir, le malade disait qu’il ne ■ | souffrait plus dans aucune partie du corps. Il conser- I vait toutes ses facultés, mais son pouls était insensible; , la teinte bleue des extrémités devenait violâtre ; la cha- j leur générale était vive, et toute la peau était couverte ■ j d’une sueur visqueuse; les urines restaient supprimées, . | et la langue était toujours froide. La mort arriva par [ l’affaiblissement progressif, le 3o mars, à cinq heures • du matin. Les vomissements et les selles séreuses s’étaient reproduits dans la nuit, mais peu abondamment.

A l’ouverture du cadavre, qui fut pratiquée trenteune heures après la mort, nous constatâmes les lésions suivantes : La peau des extrémités avait entièrement i perdu sa lividité ; les veines sous-cutanées étaient dila- |j tées et gonflées par un sang noir, poisseux, denii*li- ip quide : les parties postérieures du tronc et des membres j

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étaient d’une couleur violette : les muscles abdomi* naux étalent fortement rétractés; la sclérotique était noirâtre, parcheminée, et présentait aux angles des yeux une injection vasculaire marquée : la cornée transparente était opaque et ridée. Le péritoine était, sec, poisseux au toucher, n’offrant aucune trace d’altération morbide; la teinte générale du tube digestif, vue à l’extérieur, était violâtre ; toutes les veines abdominales étaient très injectées par un sang noir, poisseux, Comme huileux. L’épiploon avait contracté une adhérence ancienne avec la vésicule du fiel : toute la muqueuse digestive gastro-intestinale était légèrement livide. L’estomac contenait une petite quantitéd’un liquide blanchâtre qui tenait en suspension quelques flocons jaunâtres. La capacité de l’estomac était peu considérable ; sa membrane muqueuse était ridée, et présentait tous les caractères de l’état sain sous tous les rapports. Le duo- • dénura contenait , en assez grande quantité , un liquide jaune, bilieux, trouble, inodore; sa membrane villeuse était tapissée d’une couche muqueuse jaunâtre, molle et peu adhérente. Cette tunique était parsemée d’une multitude de follicules blancs dilatés, faisant une légère saillie à la surface, et ayant le volume d’un grain de millet. Cette membrane présentait aussi quelques arborisations rouges, vermeilles , disséminées. On remarquait quelques arborisations semblables dans le commencement du jéjunum. Cet intestin contenait aussi un liquide trouble, et présentait des follicules disséminés, dilatés en très grande quantité. On faisait suinter de ces follicules un liquide blanchâtre, comme puriforme. L’iléon offrait dans son trajet trois ou quatre petites plaques d’un rouge violâtre, uniforme, corresjpondant à une Infiltration de sang sous-muqueuse très Imarquée; il offrait aussi des follicules disséminés. Les

TItAITKMFNT

follicules agniinés étaient volumineux , et les plaques , qu’ils formaient étaient saillantes , mais ne présentaient i aucune apparence de modification dans leur texture, tant sous le rapport de la couleur et de la ténacité, que sous celui de la densité et de l’adhérence de la ineni- , brane muqueuse. Le foie présentait extérieurement une i teinte légèrement rougeâtre; son tissu laissait suinter un ■ sang noirâtre , visqueux ; sa substance avait sa densité normale. La vésicule du fiel était distendue par une bile noirâtre, visqueuse. La rate était petite, saine et ' exempte de congestion; la vessie était revenue sur elle-même , et contenait une petite quantité d’urine blanchâtre, trouble. Les reins étaient sains. Les plèvres étaient sèches et poisseuses au toucher. Les poumons avaient extérieurement une teinte livide; ils étaient sains et affaissés : à leur sommet et à leur partie postérieure, ils offraient une congeftion assez marquée de sang noirâtre. Le péricarde était aussi sec et poisseux; le ventricule gauche du cœur étaitfaiblement hypertrophié; les deux ventricules du cœur, l’oreillette droite, l’artère pulmonaire et l’aorte étaient remplis d’un sang grumeleux, noirâtre, qui présentait dans les ventricules du cœur des concrétions fibrineuses. Les méninges étaient sèches et poisseuses comme les autres membranes séreuses; les vaisseaux adjacents étaient très injectés. Les sinus étaient gorgés de sang noir. On remarquait sur les hémisphères du cerveau plusieurs ecchymoses; il y en i avait également à la base de cet organe. La substance cérébrale était saine; la surface d’une incision faite dans son épaisseur se couvrait d’une multitude de petits points nous indiquant des petits vaisseaux Injectés. Cette injection sanguine se retrouvait, ainsi que l’injection des veines , dans le cervelet et dans la moelle allongée et rachidienne. Les ganglions semidunaires étaient, comme

DU CHOLÉr.A-MüRBUS. lG3

le tissu cellulaire environnant, légèrement injectés; il en était de même des nerfs spinaux : les muscles étaient injectés; leur tissu était poisseux, et se déchirait avec une grande facilité.

Dans la même journée du 29 mars, je reçus deux hommes très forts, l’un , à trois heures du soir, dans la période bleue commençante, et l’autre, à six heures, dans la période bleue avancée; et deux femmes, .à quatre heures du soir : l’une était très forte et dans la période cyanique commençante, et l’autre assez chétive dans la période cyanique confirmée. Ces malades avaient de huit à dix heures de maladie. Je leur appliquai immédiatement le traitement détaillé ci-dessus.

Au bout de quatre heures de ce traitement tous les quatre avaient une chaleur générale, les vomissements et les crampes étaient suspendus , mais l’état du pouls et de la respiration n’était pas le même chez tous. Chez l’homme , reçu dans la période bleue commençante , le pouls se relevait avec fréquence et souplesse, la respiration était accélérée et assez large, point d’urine. Chez celui reçu à la période cyanique confirmée, le pouls restait insensible, la face et les extrémités devenaient violâtres; la respiration était lente et sublime, la peau chaude était enduite d’une sueur visqueuse. Ils se plaignaient, l’un et l’autre, d’une excessive faiblesse; les urines n’étaient pas revenues. Deux heures plus tard, le dernier malade était mort, et le premier, qui me donnait plus d’espérance , n’avait plus de pouls, était violâtre, couvert d’une sueur visqueuse chaude, et était dans la période asphyxique. Il périt quelques instants après. Quant aux deux femmes , leur état était plus satisfaisant; chez elles, le pouls s’était eleve, la teinte cyanique s’effaçait, la langue avait pris

lO/j TRAITEMENT

line température plus élevée , et perdait sa lividité j mais elles se plaignaient aussi d’une extrême faiblesse, et les évacuations, quoique ralenties , continuaient. Le lendemain , ces deux malades me parurent hors de danger; les urines s’étaient rétablies; il n’y avait plus de teinte cyanique, la chaleur était générale, mais sèche; le pouls avait beaucoup de fréquence et peu de force ; la langue était rosée, il n’y avait aucune douleur à la pression sur aucun point de l’abdomen. Les crampes ne se faisaient plus sentir; il survenait, par instants assez éloignés, de faibles vomissements après l’ingestion des boissons. Les évacuations alvines étaient rares , jaunâtres, aqueuses, ayant encore tous les caractères des selles des cholériques. Ces malades semblaient accablées , leur voix était encore très faible.

Outre ces malades, j’en reçus trois autres dans la soirée du 29, dans la période cyanique, passant à la période asphyxique, ou déjà passés à la période asphyxique; le même traitement leur fut appliqué. Il eut pour résultat une rapide transition de l’état de froid où ils étalent à un état de chaleur générale avec sueur visqueuse , ralentissement de la respiration croissant d’instant en instant , et mort rapide.

Enfin , le 29 au soir, je reçus un jeune homme vigoureux, qui arriva à pied à l’hôpital, courant avec énergie; s’étant senti pris de vomissements chez un traiteur voisin de l’hôpital où il dînait , il était immédiatement venu avec précipitation demander des secours à l’Hôtpl-Dieu ; je le reçus à son arrivée. Il vomit assez abondamment un liquide aqueux, trouble; c’était son troisième vomissement. Il eut en même temps une selle aqueuse, trouble. Depuis trois à quatre jours, il avait de la diarrhée. Il se plaignait d’une pesanteur vive de la tête , d’une sensation de froid géné-

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raie; les extrémités étaient fraîches au toucher; il eut pour la première fois en ma présence de légères crampes aux orteils. Le pouls était accéléré, peu large, mais résistant. Je fis immédiatement pratiquer une saignée de dix onces de sang ; je fis faire les frictions stimulantes avec le baume de Fioraventi sur les extrémités, et de l’eau de tilleul chaude seulement fut administrée pour tout médicament interne. 11 s’alluma un mouvement fébrile assez intense avec turgescence générale, les vomissements ne reparurent plus; il survint de la sueur dans la nuit , et le lendemain il ne restait qu’une fièvre assez vive avec pesanteur de tête, mais aucune douleur à l’abdomen, ni aucune envie de vomir; seulement les selles étaient encore liquides. Une nouvelle saignée fut pratiquée, et, dès ce moment, les selles furent supprimées, la fièvre diminua, et le lendemain la convalescence se déclara après des sueurs encore assez abondantes qui survinrent pendant la nuit.

Les conséquences que je me croyais fondé à tirer de mes observations , le 3o mars au matin, étaient: i°. Que chez tous les malades qui ne m’étaient pas arrivés dans un état très avancé, la réaction s’était établie sous l’influence des moyens de traitement que j’employais. 2°. Que cette réaction avait rapidement épuisé les forces de plusieurs de mes malades, et notamment de celui qui , étant déjà cacochyme , avait été atteint dans mon service, et que c’était ainsi qu’il avait succombé. 3°. Que les malades qui avaient pu résister à l’effort de réaction , tels que les deux femmes, se rétabliraient, mais que l état général extrême de faiblesse où elles se trouvaient pouvait dépendre des pertes qu’elles avaient éprouvées par les déjections, de l’élat du sang altéré, de la torpeur où toutes leurs fonctions s’étaient trouvées pendant plu-

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sieurs heures pendant la période d’état de la maladie, et enfin de l’effort de réaction lui-même. 4°- Que cette faiblesse ne dépendait pas d’un état de pléthore, le pouls restant petit , concentré et peu résistant , quoique assez fréquent et non pas précisément vide. 5“. Que l’administration de l’opium à haute dose avait été utile à tous les malades en suspendant ou ralentissant les évacuations , cause directe d’affaiblissement, et en soulageant les crampes, causes de douleur et aussi de faiblesse. 6°. Que les moyens stimulants externes et internes avaient été utiles en amenant l’état fébrile général qui avait succédé à la période bleue et déterminé le rétablissement, ou un puissant effort de rétablissement de l’équilibre général, y®. Que la réaction avait été rapidement amenée, et l’état général de réaction déterminé par une saignée faite au début de la maladie , et secon- )dée par l’action révulsive de frictions stimulantes sur les extrémités, et l’administration d’une tisane simple, chaude, l’eau de tilleul.

Ces premières inductions pratiques n’étaient, pour la plupart, que des erreurs^ je le sais bien maintenant: elles me laissaient plusieurs points à éclaircir, et elles ne pouvaient encore me guider dans ma conduite. Ce que j’avais obtenu , je le remarquai sur des malades de mes confrères, traités par des moyens très divers; tous avaient perdu pendant la même nuit, dans l’état d’asphyxie, avec couleur violâtre des extrémités , sueur visqueuse générale , chaleur de la peau assez élevée sans rétablissement du pouls et avec ralentissement de la respiration, des malades sur lesquels on avait conçu, la veille, des espérances, parce que lachaleur se relevait sous l’influence d’une chaleur artificielle, et que le pouls paraissait se ranimer à mesure que les crampes, les vomissements et les selles diminuaient. Ces remarques m’a-

mi CIIOLL1U-MOÎÎ13US. I 67

menèrent à me demander si c’était bien aux moyens de l’art qu’était dû le retour de la chaleui ^ et, si cela était, si ce retour était si avantageux lorsqu il ne s accompagnait pas de l’élévation du pouls et du retour de la force des battements artériels , et de l’intégrité des fonctions respiratoires ? Et je me demandais aussi , si ce n’était pas à la persistance de la perte séreuse intestinale, qui avait continué à un certain degré chez mes malades, et que les ouvertures de corps venaient de me montrer avoir distendu tout le tube intestinal par ses produits , qu’étaient dues la faiblesse et la difficulté d’obtenir une réaction suffisante?

Dans le but de vérifier ces doutes, et pour voir comment mai'cherait la maladie sous 1 influence de moyens d’un autre ordre , je me déterminai , le 3o mars : 1°. A ne plus réchauffer. 2“. A donner l’eau à la glace pour boisson. A faire appliquer des vessies remplies de glace sur l’abdomen, et des synapismes aux extrémités. 3“. A administrer à l’intérieur une potion, rendue fort astringente par l’addition du sulfate d’alumine. Cette potion

fut ainsi composée :

Eau de cannelle 5 iij.

Sirop de coing f ij. •

Sulfate d’alumine § fi.

Extrait d’opium G. vj.

Par cette médication j’espérais supprimer l’excré-

cesser par suite les vomissements, les selles et les crampes qui en sont le résultat. Il me paraissait probable que, cette suppression complète obtenue, il y aurait des efforts de réaction qu’on pourrait soutenir avec d’autant plus d’avantage que l’économie n’éprouverait plus, par la surface intestinale, une déper-

TRAITEMIîNT

(lition séreuse excessive. Cette médication me permettrait aussi de bien fixer mes idées sur cette chaleur assez vive, avec sueur visqueuse générale sans rétablissement du pouls , que j’avais remarquée chez tous mes malades; n’était-ce là qu’un degré de la maladie?

Pendant que ce traitement serait appliqué à des malades, je me décidai à recourir, sur d’autres cholériques, ou peut-être sur les mêmes, suivant les circonstances, à un autre moyen qu’on vantait comme ayant été mis en usage à Berlin , et par lequel M. Récamier venait d’amener rapidement deux malades à la réaction ; c’est des affusions fraîches que je parle. Il ne me semblait pas impossible que ces affusions, faites à dix-sept à dixhuit degrés pendant un temps très court, pussent supprimer la sécrétion qui se faisait dans le tube digestif, comme elles suppriment quelquefois des hémorrhagies, et, par leur action topique, en déterminant une astriction des capillaires cutanés, pussent accélérer consécutivement, et rendre plus efficace l’action du cœur et des poumons.

Les malades reçus dans la journée du 3o, traités comme je viens de l’expliquer, me conduisirent aux observations suivantes.

1°. *La sueur chaude visqueuse, sans que le pouls se relève et sans que la respiration revienne à son état normal, ne s’est montrée chez aucun malade ; seulement il s’est manifesté une sueur visqueuse peu abondante, froide à la fin de la vie, au moment où le ralentissement de la respiration devient considérable. Le passage de l’état cyanique à cette période extrême se fait beaucoup plus lentement qu’il ne s’est fait chez les malades que j’ai rechauffés, et qui ont eu cette sueur chaude visqueuse, et cette chaleur qui n’était en rapport ni avec les fonctions du cœur, pi avec celles des

DU CHÜLÉRA-MORBUS. 1 69

poumons. G était à la chaleur artificielle que les circonstances que je viens de signaler , et qui me frappaient vivement, étaient dues; cette chaleur artificielle est donc nuisible, au moins quand elle est employée à un certain degré. Tout ce que j’ai vu depuis, et les abus bien nombreux qu’on a faits de l’application du calorique pendant l’épidémie, m’ont prouvé la justesse de cette remarque; dès ce moment je n’appliquai plus la chaleur qu’avec beaucoup de discrétion sur les extrémités , comme moyen stimulant et comme topique révulsif seulement. J’ai toujours eu à me louer d’avoir apporté cette réserve dans l’emploi de ce moyen dont bien des malades ont été les victimes.

2°. Les vomissements et les selles ont été rapidement diminués et beaucoup moins considérables , toutes choses égales d’ailleurs, que je ne l’avais remarqué sur les malades de la veille; mais aucun effort de réaction n’a été remarqué; tous les malades ont passé directement de la période cyanique à la période d’asphyxie , et sont morts ; seulement la période d’asphyxie s’est terminée beaucoup moins rapidement par la mort, et il m’est resté démontré que cela était dû à la suspension de l’application topique trop soutenue de la chaleur.

3°. L’application de la glace sur l’abdomen n’a pas un instant soulagé l’anxiété épigastrique dont se plaignent tous les cholériques.

4°. Les affusions fraîches ont toutes été suivies, même chez des malades au degré de l’asphyxie imminente , d’un effort de réaction ; mais cet effort a toujours été très lugace,et la maladie a marché ensuite plus rapidement à une terminaison fatale. J’ai cependant administré successivement plusieurs affusions , répétées au moment où 1 effort de réaction s’affaiblissait ; je les ai secondées par des frictions stimulantes et une chaleur artU

TRAITI’MKNT

ficielle modérée; je n’ai fait que hâter la nmrt des malades.

5“. Les affusions fraîches m’ont paru ralentir les vomissements et les selles, et diminuer l’intensité des crampes.

Le résultat de mes observations sur les malades reçus le 3o, qui furent soumis à ces divers traitements, fut donc que les affusions fraîches administrées dans la période; . cyanique , où le système circulatoire n’agit presque plus, ■ sont sans utilité et ont des inconvénients. Cependant,, comme j’avais observé que ces affusions amenaient un : effort de réaction ; que je voyais deux malades traités i par les affusions par M. Récamier, chez lesquels une • L réaction bien prononcée existait, et qui étaient déjà ! sortis de l’état bleu sans que les évacuations eussent » diminué, je me demandais si ce ne serait pas surtout j dans l’état du système circulatoire, sur lequel agissent! ( le plus directement les affusions, que serait l’obstacle* > à la réaction ? Ce fait, que mes réflexions sur l’emploi i ' des affusions fraîches, dont je constatais les effets, me i conduisaient à regarder comme probable, devint bientôt! : pour moi un fait établi, en le rapprochant de cet autre : bien constaté sur les malades que j’avais sous les yeux, depuis le matin, savoir que la réaction avait été nulle chez tous ceux auxquels je donnais la potion opiacée alumineuse, et que je soumettais à l’eau à la glace pour, boisson, secondée par l’application de la glace sur le ventre, bien qu’il fut incontestable que, par cette médi- i cation, la phlegmorrhagie intestinale avait été beaucoup diminuée; ce flux semblait même avoir été suspendu i subitement sur deux malades que j’avais reçus au plus haut degré des accidents phlegmorrhagiques , avec le pouls encore très sensible ; ces malades n’en avaient pas

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loi|

DU CIIOLÉIIA-MORBUS. ï 'J 1

moins perdu d’instant en instant leurs forces sans réagir, et devenaient de plus en plus bleus.

Ce qui acheva encore de me confirmer dans cette observation générale, capitale pour le traitement, ce fut ce que je remarquai sur des malades de mes confrères, sur deux malades que je reçus dans la journée à l’invasion de la maladie, et enfin sur mes deux malades en réaction depuis la veille.

Je remarquai des efforts de réaction bien soutenus chez plusieurs cholériques traités avec des boissons très stimulantes chaudes pour tout traitement, telles que du punch préparé avec l’alcohol, l’infusion de thé et de camomille et le suc de citron, ou l’infusion de menthe avec l’acétate d’ammoniaque; et cependant, chez ces malades, les évacuations étaient abondantes, et ne commençaient à diminuer que lorsque la réaction atteignait un certain degré d’activité. Des malades traités avec des frictions irritantes à la peau, et même avec de très larges vésicatoires secondés par l’eau de menthe, l’éther et le vin de Malaga à l’intérieur, entraient en réaction quoique les évacuations fussent fort abondantes, et ce n’était que lorsque les efforts de réaction étaient bien établis que les évacuations diminuaient. Les mêmes résultats étaient obtenus parM. Récamier sur plusieurs mahades qu’il traitait avec l’eau de menthe et l’éther unis au laudanum. En comparant ces résultats avec ceux que me donnait ma méthode de traitement depuis le matin, je reconnus que j’avais évidemment beaucoup moins d’efforts de réaction, quoique je réussisse plus rapidement et plus complètement à supprimer les évacuations; j’obtenais même moins, sous ce point de vue, que la veille, où, par le ti'aitement auquel j’avais alors recours, les évacuations n’avaieni pas été supprimées aussi immérliatcment.

TRA^I TlîMFNT

Je reçus dans la journée deux malades à l’invasion de la maladie.

L’un était un jeune homme assez faible, qui avait eu de la diarrhée depuis cinq jours, et des vomissements de- ( puis vingt-quatre heures; dans la nuit précédente, à cesl vomissements s’étaient joints des crampes, des selles i abondantes, etc. Lorsque ce malade fut apporté, il avait i le choléra confirmé depuis plus de seize heures ; et, cependant, la période cyanique n’était qu’à peine commen- i çante; ce jeune homme avait en même temps une fièvre ( vive, annoncée par une grande fréquence, sans plénitude : du pouls; la face était médiocrement enluminée, bienm t qu’il n’y eût pas turgescence très forte ; la chaleur générale 1 1 était conservée. Les évacuations par en haut et par en ü bas étaient très abondantes, se renouvelaient toutes les > cinq à six minutes, et présentaient bien tous les caractères- 1 cholériques. Pourquoi, chez ce malade, me demandai-je, i cette marche si lente des accidents cholériques vers laij cyanose? Ce n’était pas par l’absence de la phlegmorrha--i: gie ; c’était donc par la fréquence extrême du pouls, la rapidité de la circulation qu’on pouvait l’expliquer. Quel- : ques cuillerées de la potion alumineuse opiacée, ded; l’eau fraîche, diminuèrent les évacuations; le lende- i main le pouls avait repris de la force, et conservait sa, i fréquence qui, du reste, était beaucoup moindre; les- 1 urines avaient reparu. Cet état alla en s’améliorant, ef j le deuxième jour au soir je pus faire passer du bouillon froid; ce malade sortit guéri le quatrième jour; ce fut le premier malade guéri du choléra-morbus qui sortit de mon service, et sa guérison fut facile, aucun accident ne vint l’entraver. i

L’autre malade, qui m’arriva le 3o mars à l’état de choléra peu avancé , était une jeune fille qui habitait Paris depuis cinq semaines; elle avait la diarrhée depuis t

DU CHOLIiRA-MORliUS. 1 'j'i

dix jours, lorsque le matin même elle fut prise de vomissements, de crampes et d’une augmentation de la diarrhe'e, avec un état général de froid qui dura peu; car elle eut, disait-elle , bientôt une vive chaleur , et même (le la sueur. Quand elle arriva à l’Hôtel-Dieu , à trois heures du soir , je la trouvai dans un état d’anxiété inexprimable ; le pouls était précipité ; les traits portaient l’empreinte de l’effroi le plus vif; les vomissements étaient rares, mais les selles étaient fréquentes et cholériques, les crampes rares. La malade se plaignait surtout d’une vive anxiété épigastrique. Je fis placer immédiatement des synapismes aux mollets, et je donnai à l’intérieur quinze gouttes de laudanum dans un demiverre d’eau de tilleul. L’infusion de tilleul chaude fut administrée à doses rapprochées ; un mouvementde fièvre intense s’établit en quelques heures; les vomissemesjts let les selles, à la vérité peu fréquents, s’arrêtèrent; dès ce moment la guérison de cette malade fut certaine; elle se rétablit en effet sans aucun obstacle , et sortit de l’hôpital le 5 avril.

J Ainsi je remarquai chez deux malades, sous l’in- ,ï fluence d’un état général fébrile très marqué, et à la vérité survenu spontanément, les accidents phlegmorj jfhagiqnes arrêtés et la guérison établie , tandis que ■je [■econnaissais que la suppression de cet état phlegmorhagique n’était pas suffisante pour déterminer cet état général.

Les deux femmes arrivées à la période de réaction que avais depuis la veille n’avaientplus d’évacuations; elles ^e trouvaient bien , quoique dans un état de faiblesse et abattement inquiétant. La fièvre était assez vive, le ouïs concentré, peu développé;les veinesjugulaires externes étaient gonflées. Je voulus donner du bouillon Liais; ilfutimmédiatement vomi; elles ne prenaient que de

17^1 TRAITKMKNT

l’eau (le guimauve fraîche pour boisson; le ventre était souple et indolent, les urines continuaient à couler, mais peu abondamment : pourquoi cet état général de faiblesse ? cen’était doncplus la phlegmorrhagie qui l’entretenait ; c’était, me disais-je, à la difficulté de la réaction par le système circulatoire que cela était dû : mais quelle était la nature de l’obstacle qui enchaînait ainsi la réaction ? Je ne le comprenais pas ; j’étais frappé de la faiblesse du pouls et de l’état d’affaissement, de collapsus de ces malades, qui avaient des syncopes dès qu’on les mettait sur leur séant.

Le 3i avril j’arrivai à l’Hôtel-Dieu avec ces données bien établies dans mon esprit, que la diminution de la ' phlegmorrhagie n’était pas difficile à obtenir, mais qu'elle ne^suffisait pas pour que la réaction s’opérât; qu’il était bien démontré que tous les moyens existants qui peuvent stimuler le système circulatoire amènent des efforts de réaction, mais que ces efforts ne se soutiennent pas, ou que s’ils se soutiennent, ils marchent lentement, et ' sont entravés par un état de faiblesse générale des fonctions dont il s’agissait de trouver la cause. Il était enfin bien démontré pour moi que l’effort de réaction n’était : pas très difficile à déterminer, excepté dans les cas désespérés , et que, lorsqu’il existait, il était d’assez peu d’importance que la phegmorrhagie continuât ; quelle cédait d’ailleurs promptement après que l’état de réac- ■ tion générale était bien établi.

Dans cette direction de mes idées, je pensai à bien observer l’effet des préparations opiacées sur le choléra confirmé, afin de constater quel avait été jusque-là le rôle qu’avait joué l’opium dans les potions que j’avais mises en usage depuis deux jours, potions qui m’avaient paru avoir pour effet le premier jour, où elles contenaient?

l4|U CIIOLihlA-MOnBUS. l'jS

outre l’opium, un excitant diffusible (l’acétate d’ammoniaque ) , d’amener assez promptement des efforts de réaction , et même des réactions bien évidentes , et le deuxième jour où elles contenaient, outre l’opium, le sulfate d’alumine , de supprimer les évacuations seulement sans qu’il survînt de réaction. Dans ce but, j’administrai le laudanum de Sydenham pur aux cholériques, à la dose de quarante gouttes par prise , répétée de demi-heure en demi-heure. Ce remède , qui fut se- I condé par les frictions stimulantes sur les extrémités, t dont j’ai donné la formule, suspendait assez rapidement les évacuations ; aussitôt que cet effet était obtenu , les doses étaient réduites au quart. Sur les cholériques en- < core peu avancés dans la période bleue , la suppression ! des évacuations était toujours suivie d’un léger effort de réaction qui ne se soutenait pas , et les malades pasi saient rapidement à l état asphyxique. Chez les choléj riques à l’état cyanique avancé je n’obtins du laudanum lî ainsi administré aucun effet appréciable. Cette admii nistration du laudanum pur eut pour effet, sur tous les ) cholériques, de faire cesser presque instantanément les t crampes. Ce résultat suivait presque immédiatement l’ingestion de la première dose du médicament qui n’é- ; tait pas vomie.

Des deux femmes en réaction qui restaient la veille au i soir, l’une était expirante, le 3i au matin , dans un état de coma qui avait commencé par des accidents convul- ; sifs dans la nuit; l’autre était accablée dans une véritable somnolence, d’où on la tirait facilement; elle répondait alors nettement aux questions qu’on lui adressait, et se plaignait de faiblesse; elle avait en effet des défaillances fréquentes. Son pouls était faible, concentré, très frequent. N’osant encore me décider à tirer du sang par la lancette, je fis appliquer des sangsues der-

Ï7^ TRAITHMKNT ^

rière les oreilles. Sous l’influence de ce moyen le pouls se releva , et la somnolence diminua beaucoup. A quatre . heures du soir la malade revenait à un état comateux évident, le pouls perdait de la force qu’il avait acquise après la saignée locale; je me décidai, non sans hésitation, et encouragé par l’avis de M. le professeur Delpech de Montpellier, à qui je venais de présenter cette malade, à faire tirer du sang du bras; six onees de sang noir furent ainsi extraites de la veine; le coma fut presque immédiatement suspendu, le pouls devint large, perdit de sa fréquence, et la malade parut ramenée à la convalescence. Ce résultat si rapide, obtenu par une saignée pratiquée contre les signes indicateurs les plus rationnels en apparence , la suspension immédiate d’un choléra à son début, obtenue l’avant-veilleau moyen d’une saignée sur le jeune homme dont j’ai parlé; le fait pour moi bien démontré que la suppression de la phlegmorrhagle ne suffisait pas pour amener la réaction , mais que cet état s’établissait , se développait et marchait sous l’influence des fonctions de la circulation, et, par suite, de la respiration; enfin les conseils des praticiens de l’Inde , et en particulier d’Annesley , tout cela réuni me détermina immédiatement à pratiquer la saignée, | aussitôt que la réaction serait établie et que le malade resterait dans cet état d’oppression des forces avec fièvre qui en imposait pour une faiblesse profonde.

En réfléchissant aujourd’hui à l’hésitation que j’ai mise à recourir à la phlébotomie dont je fais , en général , un assez fréquent usage en médecine , sur les avantages de laquelle les praticiens de l’Inde dont j’avais Iules ouvrages ont tous insisté, je me demande de ' quel poids sont les inductions théoriques et les préceptes écrits dans les livres, auprès des faits qu’on ob-

Oi

,ll

mr ciiOLÉnA-MORBUS. 177

serve? Il était naturel de penser que la circulation devait se trouver gênée dans un de ses appareils, à voir la stase du sang noir qui constitue la période cyanique,* on devait être amené aisément même a priori à penser que cet état de gêne ne pouvait disparaître que difficilement, si l’on ne rendait pas l’hématose plus rapide et la circulation plus active en diminuant la masse du sang dans les veines où se fait la stase sanguine. La lenteur de le réaction, la faiblesse générale qui l’accompagne, et les congestions locales qui se forment par elle en différentes parties, et surtout au cerveau, s’expliquent bien mieux par cette circonstance que par la seule déperdition de matière séreuse; puisque cette déperdition arrêtée, la faiblesse et les congestions locales ne cessent pas. Les préceptes des auteurs, quelque confiance qu’ils m’inspirassent, semblaient si difficilement praticables dans une maladie qui opprime avec une si grande rapidité les forces de la vie , que je crus qu’ils ne pouvaient s’appliquer au degré de maladie qui se présentait à mes ob- ' servations. Il fallut la preuve de l’utilité des saignées obtenue par l’observation directe, pour me décider à adopter la pratique active que j’ai dès ce moment conçue et dont je ne me suis plus départi. Voici l’bistoire succincte du premier malade chez lequel la saignée fut employée le Jour même comme moyen principal.

Dumont, âgé de vingt-six ans, cordonnier, rue de la Parcheminerie, n® 3, habitait Paris depuis un an, époque depuis laquelle il était sujet à des diarrhées. Cet homme se nourrit habituellement de charcuterie, et fait quelquefois des excès de vin. Il fut pris le 25 mars d’un dévoiemeut assez abondant, dans lequel il avait douze à quinze selles en vingt-quatre heures. 11 se mit sans amélioration de son état à l’usage de l’eau de riz. La faiblesse devint très grande et se fit surtout sentir dans

178 TRAfTEMENT

les jambes. Le 28 mars , il éprouva des crampes dans les pieds et les mains. Le 29 , il eut des vomissements qui ne continuèrent pas. Le 2 avril , à cinq heures et demie du matin, invasion de vomissements et de selles abondantes avec crampes et froid des extrémités. Apporté à l’Hôtel-Dieu dans la journée, je le trouvai à la visite du soir dans l’état suivant : Face légèrement livide , bleuâtre ; langue blanche , large , humide et fraîche; extrémités froides et bleues; douleur et angoisses épigastriques augmentant à la pression ; soif très intense. Il n’y avait eu depuis le matin que sept évacuations alvines et trois vomissements; la respiration était facile et assez large; le pouls était à peine sensible aux artères radiales, et battait cent vingt-deux fois par minute. Il se manifestait d’instant en instant des crampes très vives des extrémités; la voix était à demi-éleinte; les facultés intellectuelles étaient entières. Je fis administrer la potion avec l’acétate d’ammoniaque ? j , et le laudanum de Sydenham 5 j. fi , et je prescrivis une saignée du bras, de laquelle on obtint à grand peine, en ouvrant plusieurs veines, deux à trois onces de sang noir visqueux. Les frictions stintidarites et l’administration delà potion dans l’eau de tilleul chaude par cuillerées, furent continuées sans Interruption. Le 3 avril au matin, le pouls est plus sensible; la chaleur à la peau est légèrement augmentée; mais la teinte livide, générale, est toujours très marquée. Il survient encore des vomissements après l’ingestion des boissons : des vésicatoires sont appliqués au mollet , et une saignée est immédiatement pi’atiquée; le sang est noir, visqueux, et coule en bavant et avec beaucoup de lenteur; on en extrait huit onces. Le soir, face rouge; conjonctives injectées; pouls fréquent et très sensible; cyanose presque évanouie; langue fraîche; une nouvelle saignée de huit onces fut pratiquée; le sangétait

DU CIIOLlhlA-MORBUS. f yg

plus liquide, et sortait par jet : les urines se rétablirent clans la nuit, et furent abondantes. Il y eut encore des vomissements. Le 5, la réaction était bien confirmée; pesanteur de tête, abattement; on donna cinq onces d’infusion de café froid sans soulagement; le 6,1a céphalalgie et l’abattement continuaient; des sangsues furent appliquées derrière les oreilles; le 7 et le 8, la maladie se jugea par des urines sédimenteuses, et la convalescence fut confirmée.

11 est inutile maintenant que j’indique jour par jour; et pour ainsi dire heure par heure, les résultats de mon expérience; en faisant connaître mes premières tentatives de traitement , j’ai voulu montrer comment j’ai procédé, d’après les indications rationnelles et les inductions a juvantibus et nocentibus ^el dans quelle perplexité je me suis trouvé au milieu de ces malades qui arrivaient d’instant en instant, tous dans des états I plus graves les uns que les autres : j’ai dû hésiter et marcher avec prudence pour éclairer mes premiers I pas; mais aussitôt que j’ai eu trouvé dans l’observaj tion des données qui m’ont paru bien établies , j’ai concu j une méthode rationnelle dont je ne me suis plus départi.

§. I. Traitement des prodromes.

ji

} Lorsque les prodromes étaient très légers , si l’abdo- 4 men n’était le siège d’aucun mouvement fluxionnaire i* évident par la douleur épigastrique, par un sentiment de ;|j chaleur et de pesanteur dans le ventre, je me contentais a de tenir le malade chaudement au lit, et de lui faire administrer une tisane émolliente tiède , prise en grande .1) quantité, et secondée par des lavements émollients, 9 des bains de pieds sinapisés et la diète. S’il y avait » une chaleur abdominale ardente, de la douleur à la

l8o TRAITEMENT

pression du venlre, un eerlain degré de tension et de rénitence de cetie partie, une saignée locale à l’anus ou à l’épigastre secondait ecs moyens.

Si les prodromes étaient plus marqués , je saignais ordinairement les malades , que ces prodromes fussent diarrhéiques ou vertigineux, et j’administrais simplement de l’eau de riz gommée à l’intérieur, ou de l’eau de tilleul gommée.

Si la diarrhée était excessive, je faisais donner des demi-lavements avec quelques gouttes de laudanum ou deux gros de thériaque ou de dlascordium, ou je faisais administrer par la bouche une potion avec quelques gouttes de laudanum. Je m’imposais cependant la loi de ne jamais supprimer la diarrhée subitement.

S’il y avait de la douleur à l’épigastre, dans les flancs ou à la tête, des sangsues sur l’abdomen, à l’anus ou derrière les oreilles, secondées par une diète absolue ès sévère, suffisaient toujours pour assurer la guérison de la maladie à cette période.

S’il y avait des crampes, des frissons vagues , quelques frictions soit aromatiques splritueuses, soit narcotiques j soit sèches, soulageaient Immédiatement.

A côté de ce traitement que j’ai le plus souvent employé a vec succès, et dans lequel j’ai toujours vu les émissions sanguines être le moyen le plus efficace, j’ai eu recours avec avantage à l’administration de l’ipécacuanha, soit à dose vomitive, soit en infusion donnée par cuillerée pour produire des nausées seulement; ce remède réussissait généralement bien , surtout chez les* enfants et les sujets cacochymes; j’ai aussi administré le sulfate de soude tant en lavement que par la bouche. Ce moyen guérissait encore très bien, et prévenait l’explosion du choléra; mais il laissait des coliques, un sentiment de

mi CIIOLÉRA-MORIÎCS. l8l

plénitude et de gêne dans l’abdomen, de ranorexle, de la soif, qui étaient ensuite très rebelles.

Le meilleur traitement consistait à ne pas arrêter la diarrhée immédiatement, à pratiquer une saignée révulsive qui empêchait la fluxion qui s’opérait sur les viscères abdominaux, et à donner des boissons tièdes émollientes, des lavements très légèrement narcotiques, à tenir le malade à la diète, et à seconder ces moyens par des cataplasmes, des fomentations émollientes, des bains, etc.

Tous les excitants administrés à l’intérieur modifiaient la sécrétion des cryptes delà muqueuse digestive et arrêtaient la diarrhée cholérique , et prévenaient ainsi le choléra; mais ils nuisaient en exposant à des phlegmasies intestinales , et surtout en intervertissant brusquement une maladie qui n’arrivait à une crise heureuse que par une marche déterminée que nous avons fait connaître.

§. II. Traitement du choléra a la période phlegrnorrha-

gique.

Dans la période phlegmorrhagique le traitement auquel je donnais la préférence est à peu près celui des prodromes diarrhéiques.

' Je faisais pratiquer une saignée comme déplétion révulsive; je donnais une tisane adoucissante, comme la tisane de riz et des lavemônts légèrement narcotiques, et je secondais ces moyens par des sinapismes ou des frictions stimulantes sur les extrémités.

Aussitôt que la réaction commençait, si elle était modérée, je la laissais aller en favorisant par des boissons émollientes la terminaison naturelle de la coction par

182 TIIAIÏEMENT

crise. Si elle était intense, je réitérais la saignée ou je faisais appliquer des sangsues derrière les oreilles si la tête était menacée, ou sur les points de l’abdomen qui devenaient douloureux.

Je n’ai pas perdu un seul malade de choléra simple que j’aie traité à la période phlegmorrhagique , et j’ai constamment reconnu que c’était par le mode de traitement que je viens d’indiquer que la maladie cédait le plus promptement , et que la convalescence , toujours si pénible , des accidents cholériques , était le plus facile.

J’ai administré, dans la période de phlegmorrhagie, les narcotiques par la bouche et par l’anus à faible dose avec beaucoup d’avantage, pour modérer la diarrhée excessive, les vomissements trop violents, et surtout les crampes; mais j’ai eu à me repentir, dans les premiers jours, de supprimer trop rapidement les évacuations. Le mouvement fébrile qui amène naturellement leur suppression n’en avait pas moins lieu , et menaçait toujours la tête et surtout l’abdomen d’une grave métastase.

J’ai administré l’ipécacuanba à la période de phlegmorrhagie avec avantage, surtout quand la diarrhée des prodromes durait depuis long-temps; j’ai reconnuaussi qu’il y avait avantage de ne pas s’abstenir de saigner tout en donnant l’ipécacuanha, surtout à cause de la crainte d’une métastase encéphalique dans la réaction. Le sulfate de soude arrêtait la phlegmorrhagie; je ne l’ai employé qu’une seule fois; il s’est manifesté ensuite une gastro-entérite qui a été rebelle.

Je regarde comme règle principale du traitement de la première période , qu’il faut favoriser par des révulsifs diaphorétiques la fluxion de dedans au dehors , et opérer une révulsion puissante qui dégage le tube

DU CIIOLHR/V-MOUIJUS. 1 83

digestif de la fluxion dont il est le terme; telle est pour moi l’indication la plus pressante , c est a elle (|ue je satisfais par la saignée.

Modifier l’excrétion intestinale par des narcotiques, des astringents, des stimulants divers, tant que l’on ne fait rien pour annuler ou détourner la fluxion sécrétoire qui se fait sur le tube digestif, c’est s’exposer à substituer à une phlegmorrhentérie une gastro-entérite des plus graves, ou à allumer une fievre de reaction violente qui sera la cause déterminante de graves accidents vers la tête et l’abdomen.

§. III. Traitement du choléra à la période cyamque

commençante.

Ce que je viens de dire du traitement du choléra à ia période phlegmorrhagique s’applique, au traitement de la période cyanique commençante; mais dans cette période j’insistais davantage encore sur la saignée que dans la première. Je débutais toujours , quel que fût le spasme, le frisson, le froid déjà établi, par une forte saignée. M. Annesley prescrit de ne pas fermer la veine que le sang n’en sorte vermeil, rutilant; c’est aller trop loin, ce me semble; mais il fallait saigner largement dans cette période, et si au bout de cinq ou six heures la coloration bleue n’avait pas cessé entièrement, et si l’urine n’était pas revenue, quand même le pouls serait petit et faible , il fallait rouvrir la veine de nouveau.

J’administrais à l’intérieur, à cettepériode du choléra, une potion légèrement narcotique et stimulante, composée ainsi :

l'HÆITElMIÎNT

Eau de laitue . . ^ ilj.

Thériaque. 3 j 1?.

Laudanum de Sydenham. . xv gouttes.

Sirop de sucre | ij.

Je donnais pour boisson l’eau de tilleul chaude , si le froid était déjà très prononcé et la stase sanguine dans les veines des membres très évidente; si, au contraire, cet état était peu marqué , si le pouls était encore assez fort, je donnais du petit-lait émulsionné à la température de l’appartement.

Si la fièvre de réaction s’allumait vivement, si elle s’accompagnait de chaleur et de sécheresse à la peau, je revenais à la saignée. Si, au contraire, elle était faible avec le pouls très fréquent , comme alors elle ne supprimait pas les évacuations , et que même ces pertes séreuses continuaient avec force et étaient la cause de cette faiblesse de la fièvre , je continuais la potion thériacale , et j’administrais des lavements légèrement opiacés pour modérer les évacuations.

S’il se manifestait la plus légère douleur à la tête , à l’épigastre ou à quelque autre point de l’abdomen, je revenais aux saignées générales , si le pouls le permettait, ou aux saignées locales faites avec hardiesse.

Je regarde comme dangereux, dans cette période, d’administrer les narcotiques à trop haute dose, parce qu’il ne faut pas supprimer rapidement les selles; et les stimulants trop actifs, car ils peuvent allumer une fièvre de réaction excessive.

Lorsque l’état cyanique existait déjà à . un degré prononcé, je tirais des veines du bras autant de sang que je le pouvais, et je donnais de prime abord une potion stimulante ainsi composée ;

DU nioriiiH A-]\for.MJs. i85

•3/. Eau de cannelle I dj-

Acétate d’ammoniaque | fi à j.

Laudanum de Sydenham. . . • 3 j à 5 i fi.

Sirop de sucre I ij*

à administrer par cuillereedans 1 eau de tilleul chaude ^ prise par verre toutes les demi-heures , je faisais seconder l’effet de cette potion par des frictions sur les membres avec le baume de Fioraventi et l’eau vulnéraire spiritueuse. Mon but , en agissant ainsi , était d’activer rapidement la circulation tout en modérant les évacuations. Aussitôt que la chaleur se rétablissait, je supprimais immédiatement 1 usage des excitants et des narcotiques pour y substituer le petit-lait émulsionné pris à la température de l’appartement.

L’usage des narcotiques, dans toutes les périodes du choléra, m’a toujours paru très utile dans de justes limites; ces remèdes modéraient les évacuations et diminuaient rapidement les crampes qui, par les vives douleurs qu’elles causaient, déterminaient un état nerveux, un malaise qui rendait la réaction très difficile à obtenir. Il ne faut pas croire que ces remèdes produisissent les accidents cérébraux si fréquents après la réaction ; il y avait toujours deux jours au moins d’intervalle entre la manifestation des accidents cérébraux et l’établissement de la réaction , et par conséquent il y avait plus de deux jours que l’opium avait été suspendu quand ils arrivaient. J’ai étudié ce point avec une grande attention ; j’ai vu un très grand nombre d’accidents cérébraux chez des malades confiés à des médecins qui n’employaient pas d’opium , mais qui craignaient de tirer du sang, et j’en ai eu très peu,

TRAITKMKNT

quoique je donnasse communément l’opium avec beau-» coup de hardiesse dans la période cyanique. La métastase encéphalique est certainement presque toujours déterminée par l’abus des excitants, par l’intensité de la fièvre de réaction , et surtout par l’omission des saignées. Saignez beaucoup , et vous aurez peu de métastases.]

Lorsque la réaction s’établissait dans la période cya-. nique commençante, je me trouvais bien d’attaquer localement et sans aucun délai, avec activité, toutes les douleurs épigastriques , abdominales , cérébrales, etc. , par des saignées locales. Ces douleurs empêchaient la réaction de s’établir, et elles étaient souvent le point de départ de phlegmasies graves qui finissaient par devenir prépondérantes.

Les saignées locales sont bien supportées dans la période cyanique commençante ; elles le sont très mal dans la période cyanique établie, où les saignées veineuses, quand on peut y recourir, sont si heureusement pratiquées. On en trouve le motif dans la nature des vaisseaux que saignent les sangsues.

Tout ce que j’ai dit des autres moyens de traitement appliqués à la phlegmorrhagie , s’applique à la période cyanique commençante.

§. IV. Traitement du choléra a la période cyanique

confirmée.

Dans cétté période de la maladie, ce n’est plus à une lluxioh sécrétoîrè morbide grave concentrée sur le tube digestif qu’oii a affaire; il s’est établi, par l’altération consécùtiVé du sang, un état général grave qui entrave tout effort conservateur, parce qu’il paralyse les deux grandes fonctions les plus inmiédiatement indispensables à la vie , la circulation et la respiration. Je regarde

DU CIlOLIinA.MÜKUUS. J 87

comme premier précepte, dans cette période de la maladie, de diriger tous les moyens de traitement sur ces deux grandes fonctions sans s’occuper, autrement que pour modérer les accidents qui y ont encore leur siège, de ce qui se passe dans le tube digestif. Le malade ne peut guérir que par le retour de son sang à l’état physiologique; il ne peut surtout guérir que par le retour de la circulation, arrêtée dans ses couloirs par un sang qui les oblitère et ne peut plus les traverser.

Agissant donc d’après ces vues, et profondément convaincu par l’observation qu’il n’y a de réaction, c’està-dire de mouvement conservateur, de rétablissement de la chaleur et des sécrétions possible que par la circulation , lorsqu’un cholérique m’était apporté à la période cyanique, j’interrogeais l’état delà circulation artérielle par l’exploration du pouls et des battements du cœur, et la circulation veineuse par l’état des veines souscutanées et par l’observation des phénomènes de la respiration. Si le pouls n’était plus sensible au poignet, ou ne l’était qu’à peine , si les battements du cœur étaient mous, courts et sans aucune impulsion, si les veines sous-cutanées, vidées sous la pression du doigt, formaient un sillon longitudinal violâtre qui ne disparaissait pas immédiatement, quoique lentement, par l’arrivée dans la veine d’un nouveau sang, si la respiration était peu profonde et anxieuse , je jugeais la période d’asphyxie imminente, ou même déjà arrivée; je ne tentais plus alors que les moyens que j’indiquerai bientôt; mais si le pouls était encore sensible au poignet, ou quoique le pouls ne fût plus sensible, si les battements du cœur conservaient une certaine force et étaient prolongés, si les veines sous-cutanées, vidées par une friction faite sur leur trajet dans le sens de la circulation veineuse, se remplissaient immédiatement,

i88 Tn AITFMKM’

«jiioique lentement, si la respiration était encore profonde, quel que fut d’ailleurs l’état du malade, je faw sais ouvrir transversalement et largement les veines au pli du bras. Le sang coulait goutte à goutte, il était très noir, il s’arrêtait aussitôt que les veines sous-cutanées étaient vides. Je faisais relâcher la ligature de la saignée pendant quelques secondes, les veines se remplissaient, et quelques gouttes de sang se présentaient aux ouvertures. La ligature était resserrée ; et au, moyen des frictions sur les avant-bras , on vidait de nouveau les veines sous-cutanées. Enfin, par cette succession d’évacuations de ces veines qui se remplissaient lentement, on parvenait à obtenir deux à trois onces de sang. On se bornait là pour l’instant. On donnait à l’intérieur, toutes les demi-heures, un verre d’infusion de tilleul chaude, auquel on ajoutait, à l’instant de la boire, une cuillerée à bouche de la potion ci-dessus indiquée, avec l’eau de cannelle, l’acétate d’ammoniaque et le laudanum. On faisait presque continuellement des frictions sur les membres avec des morceaux de flanelle et le baume de Fioraventi , mêlé à l’alcohol vulnéraire. Une chaleur un peu élevée, mais cependant modérée, était entretenue aux pieds avec des briques chaudes. Une heure après une nouvelle évacuation des veines du bras était pratiquée. Si le pouls s’était faiblement relevé, si les veines sous-cutanées se remplissaient plus aisément, on obtenait plus aisément et plus rapidement du sang, et on remarquait qu’à mesure qu’il coulait, le pouls prenait plus de force , et la respiration devenait plus large et plus profonde. Je faisais tirer, s’il était possible, huit à dix onces de sang. Si une évacuation aussi considérable était impossible, une heure après on recommençait les tentatives de la même mauière, jusqu’à ce qu’on pût en obtenir ainsi sept à huit

DU CriOLÉRA-MORBUS. I 89

onces. Pendant tout ce temps, les boissons chaudes, les frictions étaient continuées. Aussitôt qu’on obtenait par la saignée sept à huit onces de sang avec quelque facilité, la réaction commençait dans tous les cas; mais elle avait souvent besoin d’être dirigée, et elle s’établissait souvent avec beaucoup de difficulté.

Si la réaction s’établissait complètement, ce qui était le plus rare, je faisais cesser tous les moyens internes et externes employés jusqu’alors; je mettais le malade au petit-lait émulsionné pour boisson, et je faisais promener des sinapismes sur les extrémités.

Cinq à six heures après, la réaction était plus manifeste; mais le pouls était communément encore faible, profond, la respiration encore haute, la langue et les extrémités encore livides; mais la lividité diminuait à la face. Je faisais tirer de nouveau huit à dix onces de sanjr du bras; il coulait ordinairement par jet, et il n’était pas rare de le voir rouge à la fin de cette saignée, au commencement de laquelle il était ordinairement encore noir; déjà ce sang contenait une certaine quantité de sérum.

Douze à quinze heures après cette saignée, on ne trouvait plus de lividité, les urines étaient souvent rétablies; mais le malade se plaignait de soif, d’abattement, de pesanteur de tête, et souvent d’une anxiété douloureuse à l’épigastre. Si les veines sous-cutanées étaient encore gonflées, si le pouls avait de la résistance, et surtout si la face présentait un certain degré de turgescence avec les conjonctives injectées, une nouvelle saignée était encore pratiquée; elle fournissait un sang qtii contenait beaucoup de sérum, plus même que dans 1 état sain, et qui formait un caillot assez dense, quel-

THAITEMF.NT

quefois recouvert d’une légère couenne, et qui s’oxU dait à sa surface au contact de l’air.

Dès le soir, ou le lendemain au plus tard , si l’épigastre était douloureux, je faisais appliquer des sangsues sur . ce point, mais en petit nombre. Si la douleur était peu considérable, je me contentais de cataplasmes émoi- i lients. Si la tète était pesante, s’il n’y avait pas eu de j sommeil la nuit précédente, je faisais appliquer des | sangsues derrière les oreilles, et je m’occupais de pré- j venir la métastase encéphalique sur le traitement de la- j quelle je reviendrai.

Des modifications que je faisais à ce, traitement dépendaient des accidents particuliers que je remarquais. Ainsi, si la réaction était faible et lente , je continuais l’usage des boissons chaudes, des frictions stimulantes, et même de la potion excitante avec l’eau de cannelle et l’acétate d’ammoniaque, dans laquelle je réduisais alors la dose du laudanum à vingt ou trente gouttes. Le plus souvent cette faiblesse de la réaction était entretenue par la persistance des évacuations alvines et par leur abondance. Je faisais alors administrer par cuille-rée, de demi-heure en demi-heure , une potion d’eau de laitue sucrée , dans laquelle on incorporait un gros ou i j un gros et demi de thériaque ou de dlascordium , et t quinze à vingt gouttes de laudanum de Sydenham,

Les moyens de traitement que je viens d’exposer pour i combattre le choléra à la période cyanique confirmée, ) sont ceux que j’employais en général contre cette maladie à son plus haut degré d’intensité. Dans cet état de la maladie les guérisons ont été rares ; aussi est-ce dans cette circonstance que l’on a beaucoup multiplié les moyens thérapeutiques. J’ai eu recours moi-même à un

DU CHOLÉRA.-MOIIBUS,

grand nombre de cps moyens , et j’en ai vu mettre beaucoup en usage. Ce que je dirai de chacun d’eux en particulier, après avoir parlé des méthodes de traiteo ment, complétera l’exposé du traitement du choléra à la période cyanique confirmée, dans lequel je n’ai compris que la nianièi e d’agir qui m’est la plus habituelle , et aussi celle que je conseille avec le plus de confiance.

§. V. Traitement du choléra a la période asphyxique.

Arrivé à la période asphyxique, le choléra ne guérit jamais par quelque moyen de traitement qu’on le combatte. J’ai appliqué à cette période tous les moyens les plus énergiques , outre ceux dont il vient d’être question pour la période cyanique avancée; je n’en ai pas retiré le plus léger avantage; je n’ai pas vu un seul malade, à cette période, soulagé même un seul instant, entre les mains des médecins les plus habiles, par les moyens les plus divers. Comment en serait-il autrement.'’ La circidation est suspendue chez ces malades dans presque tout le corps , et la respiration si imparfaite, que l’hëmatose ne se fait que pour une très petite quantité de sang. Cette suspension de la circulation et cette imperfection de l’hématose, c’est l’altération même du sang, son épaississement , sa plasticité, qui la déterminent; il faudrait refaire du sang; on ne pourrait même pas , en désespoir de cause, tenter la transfusion dans des cas de cette espèce, car il faudrait qu’on prit d’abord débarrasser le système veineux du sang qui l’oblitère : ce sang ne circule plus ; il n’est plus possible de l’enlever.

Si rien ne reste à faire pour guérir le malade dans la période asphyxique, il faut au moins ne pas lui nuire, et tâcher de le soulager. Or, on lui nuisait en augmentant

TRAITKMENT

l'oppression et l’anxiété qui l’accablent , en le récliaultant et en le faisant boire cbaudjon accélérait même ra-

général de froid où il se trouvait. On prolongeait ses derniers moments en donnant de l’air fraisdans sa chambre ,

le laissant exposer sa poitrine à l’air : tels sont les seuls moyens que j’aie recommandés dans ces cas. A l’hôpital, il suffisait de ne rien faire administrer que de l’eau aux malades. Dans cet état ils se découvraient d’eux-mêmes, et ils semblaient respirer plus à l’aise l’air libre et non échauffé des salles , débarrassés des couvertures qui gênaient les mouvements pénibles de leur poitrine.

§. VI. Traitement du choléra a la période de réaction.

Je regarde comme utile de maintenir la fièvre de réaction dans des limites fort étroites. H m’est démontré que les réactions vives, violentes, rapides, se terminaient presque toujours par métastase. Aussitôt que' la réaction était bien établie, je ne m’occupais plus des évacuations alvlnes, à moins qu’elles ne fussent excessives, ni des vomissements, pourvu qu’ils fussent rares et sans crampes. Si le pouls paraissait serré sans être vide, si la teinte livide des exiréinités n’était pas tout-à-fait effacée, je revenais à la saignée pratiquée aveC' hardiesse; et si, sous l’influencé de ce moyen, le pouls • se développait et prenait de la fréquence , je réitérais: la saignée sans hésiter; il m’arrivait rarement d’être obligé de la renouveler ainsi, et lorsque cela avait lieu , je tirais du sang avec plus de précaution. En général , je ne craignais pas de renouveler les émissions j sanguines , soit locales, soit générales, tant que les I urines n’éiaient pas rétablies, et après quelles l’étaient.

pidementsa mort par ce traitement, que suggérait l’état

en lui administrant de l’eau fraîche par cuillerée, et en

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lant qu’il restait de la pesanteur à la tête , de l’accablcinent, ou seulement un état fébrile assez intense.

Aussitôt que la léaction était commencée, si elle se montrait rapidement et avec vivacité, je mettais le malade au petit-lait émulsionné, ou à l’eau d’orge légère, ou à toute autre tisane émolliente prise 9 la température de l’appartement. Je préférais cependant en général le petit-lait; les malades le supportent mieux qu’une autre tisane adoucissante; il est diurétique et nourrit légèrement; il tient le ventre libre, et il apaise très vite la soif; et peut-être aussi d’ailleurs contribuet-il à réparer plus directement le sérum perdu. Je ne tiens pas beaucoup à cette dernière indication qui n’est peut-être qu’hypothétique.

S’il y avait de la lenteur dans la manifestation des symptômes de réaction, je continuais l’administration d’une tisane chaude diaphorétique, comme de l’eau de tilleul, des potions stimulantes à l’intérieur, et j’agissais sur la peau par des frictions stimulantes , par des sinapismes promenés sur les membres et sur l’abdomen , et même quelquefois par des vésicatoires aux mollets , aux cuisses, et même sur le dos. Ce qui me déterminait à agir sur l’abdomen , ce que je faisais le plus souvent par les sinapismes , était la persistance des vomissements ou le retour fréquent de ces accidents par l’ingestion des boissons émollientes.

Lorsque la réaction se faisait lentement, et s’il y avait une douleur au ventre, je faisais des' saignées locales sur cette partie , et je ne craignais pas de les réitérer.

Si la diarrhée restait très abondante , ou revenait très abondante après la réaction commencée, il fallait la moerei , si le ventre était douloureux à la pression , j’y parvenais par des cataplasmes émollients et des sano-sues

iq4 traitement

à l’anus, ou sur le point douloureux de l’abdomen ; s’il était indolent, et si la langue ne devenait pas sèche et rouge , la thériaque ou le diascordium par la bouche ou en lavement me réussissaient ordinairement très bien.

On voyait souvent la réaction établie avec une fièvre peu intense, mais avec une sécheresse marquée de la peau , et de l’agitation , de l’insomnie et des urines peu abondantes ; un bain tiède était souvent le meilleur j moyen de changer cet état, contre lequel on se trouvait presque toujours bien d’une déplétion sanguine , plutôt générale que locale, mais pratiquée avec prudence.

Lorsque , vers le troisième jour de la réaction , les urines coulaient abondamment , avec un pouls large, souple, sans grande fréquence, avec une chaleur halitueuse de la peau , la terminaison par crise heureuse était arrivée; il convenait de commencer à nourrir légèrement le malade; je commençais ordinairement alors à lui accorder du lait, que je faisais le plus souvent donner mélangé avec l’eau de Seltz factice. Cet excitant léger était pris avec plaisir par les malades, et m’a toujours paru rendre plus facile la digestion des premiers aliments liquides et féculents que j’administrais successivement , à mesure que la convalescence se confirmait.

Lorsqu’il se manifestait des vomissements dans la i réaction , ou même dans la crainte qu’il ne s’en manifestât, j’ai, dans le commencement de l’épidémie, administré les boissons à la glace. J’ai bientôt été forcé de renoncer à cette pratique , sous l’influence de laquelle j’observais le développement rapide de phénomènes de gastro-entérite très vive; j’ai d’ailleurs bientôt appris que ces vomissements n’avaient pas toute l’importance

DU CHOLEUÂ-MORRUS.

que je leur donnais d’abord ; je ne m’en suis plus occupé. Lorsque aucun symptôme d’inflammation gastrointestinale ne les accompagnait, et surtout lorsqu’ils persistaient encore par instants, quand l’état général de réaction s’atténuait, ce qui arrivait assez fréquemment, l’eau de Sellz convenait très bien pour les faire cesser.

La pesanteur même la plus légère à la tête, la moindre propension insolite au sommeil , des bourdonnements dans les oreilles , des bouffées de chaleur à la face, sont des symptômes auxquels j’attachais une très grande importance. Aussitôt qu’ils se montraient, même à un faible degré, je considérais une métastase encéphalique comme imminente, et j’agissais, pour la prévenir, avec une très grande énergie; car j’ai acquis la preuve qu’aussitôt que cette métastase existe , elle est très rebelle aux moyens de l’art, et elle devient souvent funeste, quelque actif que soit le traitement rationnel par lequel on la combat dès son début.

§. VIL Traitement du choléra a sa période de terminaison.

Aucune maladie , à sa période de terminaison n’exige plus de précautions dans le traitement que le choléra. Ces précautions ont surtout pour objet de ne pas déranger les crises qui sont le mode de terminaison naturel de cette maladie, et de prévenir les métastases par lesquelles elle finit trop souvent d’une manière fâcheuse.

Ily a, dans le choléra-morbus qui tend à se terminer par crise, un égal danger à favoriser et à négliger de soutenir les efforts critiques de la maladie. Si la coclion a été pénible, si elle a été dérangée dans sa marche

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