TRAITEMENT
régulière par des accidents irirritation abdominale oit cérébrale, si le pouls est faible et peu régulier, si la peau est flasque et nullement injectée, il ne faut pas compter sur une crise par les sueurs ; c’est ordinaiTement dans ces cas par les urines quelle 's’effectue ; de toutes les crises c’est celle qu’il est le plus utile de soutenir. Il faut administrer des boissons diurétiques prises à petite dose , et choisir surtout , parmi les boissons de cette nature , celles qui irritent le moins les organes abdominaux; c’est au petit-lait émulsionné que je donnais habituellement la préférence. J’y ai fait plusieurs fois ajouter du nitre en petite quantité, et j’ai cru m’en bien trouver. J’ai conseillé aussi, ilans ce cas, à deux malades, que j’ai vus en consultation, la limonade sulfii- Tique très légère; c’est surtout dans cette période de la maladie que je pense que ce moyen peut être utilement employé; cependant , comme je n’ai pas revu les malades auxquels je l’ai ordonné, je n’ai pu juger par moi-même des résultats que je sais avoir été heureux.
Lorsque la crise par les urines est imminente dans l’état que je viens de spécifier, si elle ne se fait pas complètement, il se manifeste un état général assez remarquable; de légers et courts frissons se manifestent, un mouvement fébrile peu marqué leur succède, et une sueur incomplète termine le paroxysme, qui se reproduit deux ou trois fois dans la journée pour reparaître de même le lendemain , ou le plus souvent le surlendemain , de manière à présenter ainsi une sorte de fièvre intermittente, ou plutôt rémittente tierce, doublée ou triplée. 11 ne faut jamais compter sur ces accès et sur la sueur peu marquée qui les suit pour terminer la maladie. Sous cette forme, qui se présente assez fréquemment, la terminaison est le plus ordinairement retardée, et
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elle ne s’opère réellement que lorsque, après des urines crues assez abondantes , des urines sédimenieuses bri- (jiietées se montrent en quantité assez peu considérable, ou des urines blanches grisâtres à sédiment muqueux très abondant, rendues elles-mêmes en grande quantité.
Dans les cas de ce genre, j’ai été souvent tenté d’administrer la quinine; mais j’ai vu de si mauvais résultats de ce remède, donné ainsi dans le choléra à toutes ses périodes, que je n’y ai jamais eu recours; je m’en suis tenu à ordonner du lait avec l’eau de Seltz pour boisson et pour aliment, du petit-lait émulsionné , de l’eau de veau légère, de l’eau de poulet; j’ai attendu ainsi le résultat critique, qui s’est toujours montré vers le septième ou huitième jour de cette forme de terminaison de la maladie.
Le traitement du choléra à sa période de crises me paraît devoir être en général tout-à-fait expectant; c’est au moins celui que j'ai constamment employé ; mais aussitôt qu’il se manifestait la moindre imminence de phlegmasie abdominale ou de congestion encéphalique, j’agissais avec une grande activité dans le sens de prévenir ces inflammations. *
Je n’exposerai pas le traitement antiphlogistique connu dans ces maladies, je dirai seulement qu’il me paraît utile de le suivre avec une grande activité, parce que ces maladies métastatiques marchent avec une rapidité que je n’ai point observée dans les cas où elles se montrent idiopathiquement ; le coma surtout s’établit avec une promptitude, et résiste aux moyens de l’art avec une opiniâtreté qu’on ne peut comprendre qu’après qu’on a observé des cas de cette espèce, et en se rappelant 1 état du sang dans les sinus cérébraux.
J ai hardiment recouru dans ce coma, presque simultanément, aux sangsues en grand nombre derrière les
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oreilles et aux tempes, aux vésicatoires à la nuque et
aux drastiques à l’intérieur.
Je faisais souvent mettre les sangsues deux fois par jour pour entretenir une perte de sang presque continuelle j et si, dès le lendemain, je n’avais pas un soulagement très marqué, je regardais la maladie comme d’une telle gravité qu’il y avait peu d’espoir d’en triompher; j’y suis cependant parvenu quelquefois par un moyen énergique que je mettais immédiatement en usage, le vésicatoire sur toute la tête préalablement rasée, et l’administration du calomélas à haute dose à l’intérieur , trente-six à quarante-huit grains de calomélas en trois ou quatre doses.
La glace appliquée sur la tête, excepté quand il y a des accidents d’hyperstimulation cérébrale, était évidemment nuisible. Les moxas derrière les oreilles ne réussissaient pas. Il en a été de même des saignées dé la temporale, de la jugulaire, etc. Les affusions fraîches m’ont paru avoir quelque utilité, dans les arachnoïdites aiguës métastatiques du choléra : elles peuvent être employées d’après Jes mêmes indications que dans les autres arachnoïdites ; mais il faut se tenir en garde contre l’apparition des parotides critiques qui se sont manifestées quelquefois dans cette circonstance, pendant cette épidémie; les affusions pourraient déranger cette manifestation de crise , et seraient ainsi très dangereuses.
§. VIII. Traitement de la convalescence après le choléra.
Le traitement auquel il convient de soumettre les malades convalescents du choléra est très difficile à déterminer. Ces convalescences sont si pénibles, et les accidents qu’elles présentent , quoique fugaces et peu graves en apparence , sont si rebelles, que le médecin
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est obligé de modifier de bien des manières l’emploi des moyens thérapeutiques. Je continuais en général , dans la convalescence, l’usage de l’eau de Seltz, souvent mêlée avec du lait. Je nourrissais en meme temps les malades avec du bouillon d’abord pur, et ensuite tenant en suspension de la fécule de riz cuite; je passais bientôt à l’administration des viandes blanches rôties, prises en très petite quantité, en augmentant graduellement les aliments comme dans la convalescence d’une gastro-entérite grave. Je parvenais à rendre successivement aux malades leurs forces , en même temps que je ménageais la susceptibilité des organes digestifs qui reprenaient ainsi progressivement leurs fonctions.
Lorsqu’il restait un certain degré de tension avec chaleur du ventre, si la langue se séchait, et j’il y avait de l’anorexie et quelques retours irréguliers de selles diarrhéiques ou de nausées , j’insistais davantage sur le traitement antiphlogistique; je prescrivais fréquemment alors, et quelquefois avec avantage, des bains domestiques.
11 m’est plusieurs fois arrivé de recourir avec avantage à l’administration des toniques amers à petites doses, comme l’extrait sec de quinquina, et même le vin de quinquina. L’emploi de ces moyens faisait souvent disparaître cet état valétudinaire caractérisé par de l’anorexie, avec pâleur de la langue qui restait large et visqueuse , par des borborygmées et flatuosités fréquemment excrétés. Je n’ai commencé à administrer ces moyens de hâter la fin des convalescences que lorsque déjà l épidémie durait depuis un mois. Dès ce moment , j’ai reconnu combien j’avais tort d’hésiter, dans cet état des malades , à recourir aux toniques , et même aux stimulants. Je ne suis parvenu assez fréquemment à rétablir les fonctions digestives qui restaient lentes)
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pénibles, et quelquefois douloureuses, que par ces j moyens. :
Quelques convalescents ont présenté un état sabur- j rhal muqueux , dans lequel il était indiqué d'adminis- j trer des émétiques. J’ai aussi hésité long-temps à re- • courir à ces moyens; mais l’état de faiblesse générale i dans lequel restaient les malades avec amertume de la | bouche, anorexie, douleurs vagues et sentiment de courbature dans les membres , m’ont déterminé à en venir à ces moyens. Les bons résultats que j’en ai obtenus m’ont appris aussi qu’il ne fallait pas craindre d’accidents par cette médication. J’ai donné Tipécacuanha et l’émétique un assez grand nombre de fois à des convalescents du choléra tourmentés par l’état morbide dont je viens de présenter les signes , je m’en suis presque toujours bien trouvé ; et lorsque l’état saburrhal qui l’indiquait; ne disparaissait pas par ces moyens, je n’ai pas observé d’accidents. Dans ce cas assez rare, où, malgré l’action d’un évacuant actif, les saburrhes persistaient, j’ai eu utilement recours à l’administration d’une tisane amère, la décoction de quinquina, l’infusion d’aunée, de chamædrls, mêlée à partie égale avec l’eau de Seltz.
J’ai eu occasion de reconnaître bien des fois, chez les i convalescents du choléra, que l’ingestion despremiers ali- I ments était suivie de pesanteur et de gêne à l’épigastre , i ou d’une chaleur assez vive à l’estomac. Ces symp- I tomes m’ont souvent fait hésiter à continuer à nourrir; mais j’ai bientôt acquis par expérience la conviction qu’il fallait ne pas s’arrêter à ces contre-indications apparentes. i Plus on diffère de nourrir les convalescents du choléra, à cause de ces accidents gastriques qui semblent subinflammatoires, plus ces accidents augmentent; une fièvre continue finit par se joindre à eux, et l’on ne
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peut bientôt plus aclininistrer la moindre substance alimentaire sans provoquer des nausées , ou même des vomissements. Si au contraire on continue à nourrir malgré les symptômes légers de souffrance des organes digestifs qui suivent l’ingestion des aliments , ces sympptômes se calment bientôt; la digestion devient de moins en moins pénible, et l’état valétudinaire des convalescents disparaît avec rapidité.
Le traitement des convalescents du choléra auquel j’ai eu recours , se réduit, comme on le voit, à la prescription d’un régime doux et analeptique qu’on rendait successivement de jour en jour plus substantiel. S’il se manifestait une irritation évidente gastro-intestinale, ce qui est très rare , je rendais le régime plus tenu, et j’avais recours au traitement antiphlogistique proprement dit. Si au contraire, et c’est ce qui arrive le plus souvent lorsque la convalescence est troublée par des accidents, je remarquais de la langueur dans les fonctions digestives et nutritives, sans prédominance d’accidents d’irritation ga.strique évidente, je me trouvais très bien de recourir aux toniques excitants donnés à petites doses. Si avec cette lenteur des fonctions digestives je remarquais la coïncidence d’un état saburrhal, même peu prononcé, j’administrais immédiatement, sans hésiter, un émétique dont ordinairement les malades éprouvaient tout de suite de bons effets.
Maintenant que j’ai fait connaître la méthode de traitement que je mettais en usage à chaque période de la maladie, avant de parler des moyens employés par moi, ou proposés et mis en usage ici par d’autres médecins, pour apprécier leur valeur, je vais comparer entre elles les diverses méthodes de traitement, et résumer ainsi la thérapeutique du choléra-morbus.
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