‹ Monographie du choléra-morbus épidémique de ParisChapitre 25 sur 50 · SECTION II · texte numérisé non relu

SECTION II

Des différentes méthodes de traitement du choléra-morbus

épidémique.

Les méthodes de traitement par lesquelles on a combattu le choléra-morbus épidémique sont de deux ordres : i®. les méthodes empiriques 5 2°. les méthodes j rationnelles.

Les méthodes empiriques sont fondées sur l’expérience établie ou supposée établie d’une médication propre à déterminer la marche régulière vers la guérison de cette maladie à chacune de ses périodes. Les méthodes rationnelles consistent, ou à considérer la nature de la maladie comme bien établie, et à prendre cette nature comme point de départ de tous les symptômes observés, et par suite comme élément des indications thérapeutiques , ou à considérer la marche de la maladie et les altérations qui appartiennent à chacune de ses périodes, comme ses éléments constitutifs, connexes les unes aux autres, et se développant successivement par suite de cette connexité. On prend dans celte dernière méthode , comme base du traitement, les désordres fonctionnels constants aux diverses périodes du choléra.

§. I. Des méthodes empiriques.

La première méthode empirique consiste: i“. à supprimer, par l’administration des narcotiques, des astringents, ou des sédatifs, les évacuations phlegmorrhagiques dans la période d'invasion ; 2°. à réchauffer modérément dans la période de froid et de cyanose, et à 3dministrer en même temps des stimulants à l’intérieiu

DE Tll/VIT(.MKNT DU CHOLERA. 2o3

et à l’extérieur pour aiuener la reaction 5 3°. la reaction une fois obtenue, à la modérer si elle est trop vive, à l’exciter, si elle est fiiible; 4". à combattre enfin , comme des congestions et des phlegmasies, les métastasés (jui se présentent , et comme un état general astbenujue 1 état typhoïde, qui se manifeste souvent à la fin de cette période par l’inflammation folliculeuse intestinale unie à un certain degré d’affection cérébrale.

Cette méthode de traitement paraît la plus simple; elle ne tient compte que des symptômes apparents, sans remonter à la cause déterminante de ces symptômes; elle a été le plus généralement mise en usage. Dirigée avec prudence et sagacité, cette méthode de traitement réussissait dans les cas peu graves; mais elle échouait dans les cas intenses, et elle déterminait quelquefois, ou laissait se manifester chez des malades modérément affectés, des épiphénomènes très graves. Voici, en général , comment elle a été mise en pratique.

Dans la période phlegmorrhagique , les uns ont administré des boissons tièdes,des potions légèrement opiacées et éthérées, ou seulement diaphorétiques et légèrement stimulantes, des lavements légèrement narcotiques, quelques frictions stimulantes aux extrémités; les autres ont eu recours, pour supprimer les évacuations, à l’administration de l’opium, ou du sulfate d’alumine, du cachou, de l’extrait de rhatanhia ; d’autres enfin ont donné la glace en morceaux, et des boissons à la glace prises en très petite quantité. Les inconvénients que j’ai reconnus à ces moyens de traitement dans la première période résultent d’une trop vive stimulation à l’intérieur, et de l’administration de médicaments irritants propres à modifier les sécrétions abdominales, au moment où elles sont le siège d’une vive congestion active.

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Dans la période cyaniqiie, on adininislrail des excitants pins actifs à l’intérieur sans augmenter les doses d’opium; car dans cette méthode on s’est généralement mal trouvé de l’emploi de ce médicament, parce qu’on l’a toujours administré pendant un temps trop long, et qu’on a laissé marcher tous les accidents de congestion : on avait en même temps recours aux stimulants topiques très actifs à l’extérieur, et l’on réchauffait les m’alades, soit par la chaleur sèche, soit par le bain chaud. Les médecins qui attachaient beaucoup d’importance à la suppression des évacuations , avaient recours aux mêmes moyens que dans la première période: l’opium, le sulfate d’alumine, le cachou, le rhatanhia, la glace, etc.

On a généralement, dans cette période, porté trop loin les stimulants internes, d’autant que ces moyens n’agissent que par l’intermédiaire de l’irritation vive qu’ils produisent sur la muqueuse intestinale qui continue à être le siège d’un violent orgasme sécrétoire. On n’a point habituellement modéré les dangers de cette médication par les déplétions sanguines. On a presque toujours aussi porté trop loin l’action de la chaleur externe. Ces moyens dans les cas graves, ou même dans les cas encore peu avancés, mais qui marchent rapidement, n’enrayaient point la maladie, et hâtaient même la période asphyxique.

Dans la période de réaction , saignées, plutôt locales que générales, boissons tièdes adoucissantes, ou très légèrement excitantes. Les moyens de traitement n’ont pas été, en général, chez les médecins qui ont adopté celte méthode, proportionnés à la gravité des accidents; aussi n'ont-ils pas , souvent , suffi pour prévenir des inflammations très graves , résultat de la maladie aggravée encore par l’abus des excitants trop actifs, trop

DE TRATTEIUENT DU CffOLÉRA. 2o5

prolongés dans leur action. La faute ordinaire que l’on commettait, c était d’insister sur les excitants quand la réaction commençait et lorsqu elle s établissait difficilement. On aggravait ainsi, dune part, la fluxion et l’irritation sur le tube digestif, qui était souvent un des résultats du traitement , et , d’autre part , l’état général de congestion du système circulatoire, qui est la cause principale de la marche fâcheuse de la maladie.

Lorsque la réaction s’établissait mal, et qu’il se manifestait un état général comme typhoïde, les stimulants et les toniques que l’on administrait ordinairement dans cette période de la maladie faisaient beaucoup de mal 5 car ils favorisaient l’établissement d’une inflammation profonde, dont on laissait ensuite se développer successivement toutes les périodes sous l’influence d’une médication tonique et excitante , et sur des sujets dont le sang avait subi une profonde altération morbide.

On doit rapporter à la méthode empirique dont je viens de présenter l’ensemble , l’emploi de moyens que l’on a annoncés comme propres à déterminer plus directement et plus rapidement la réaction dans la période cyanique et dans toutes les périodes, la suppression des évacuations par haut et par bas ; tel est l’ipécaciianha administré d’abord à haute dose, et continué même après la réaction à dose susceptible d’entretenir seulement des nausées ; tels sont le sulfate et l’hydrochlorate de soude, le carbonate d’ammoniaque. Je ne fais qu’indiquer ici les moyens; j’en parlerai spécialement en traitant des moyens de traitement qui trouvent place dans les différentes méthodes de traitement.

Je considère comme une méthode empirique, celle

2o6 des difféb entes méthodes

qui se fonde sur l’hypolhèse que le choléra n’est qu’un accès (le fièvre pernicieuse; les médecins qui adoptaient cette méthode administraient le sulfate de quinine comme antipériodique; quelques uns le faisaient précéder d’évacuants actifs, qui agissaient à la fois sur le tube digestif comme tous les émétiques, et sur toute l’économie secondairement, comme stimulants diaphorétiques; tels étaient l’ipécacuanha et le tartre stibié.

Cette méthode de traitement serait empirique contre une fièvre pernicieuse bien évidente; à plus forte raison i l’est-elle dans une maladie qui n’est rien moins qu’iden- j tique par sa nature à cette fièvre; mais, fût-il même dé- | montré que le choléra n’est qu’un accès de fièvre perni- j cieuse, on n’en appliquait pas moins mal à propos le trai- j tement général de ces fièvres , puisque l’on agissait dans | l’accès, et que dans les fièvres pernicieuses les fébrifuges | ne sont applicables que dans les intervalles des accès. Quoi qu’il en soit, les premiers résultats de cette méthode * étaient de déterminer une stimulation qui pouvait être ■ ■ utile dans la période phlegmorrhagique et dans la pé- • i riode cyanique commençante, et qui réussissait quelque- ■ i fois à accélérer la réaction ; sous ce rapport, cette mé- • i thode de traitement rentre dans la précédente : elle y ■ rentre bien plus encore lorsque l’on avait recours aux. évacuants avant d’administrer le sulfate de quinine. Les> . évacuants agissaient avec beaucoup plus d’activité que le sulfate de quinine, et déterminaient ainsi plus prompte- - | ment la terminaison de la période phlegmorrhagique : | et cyanique commençante; mais seuls, ils étalent presque j toujours insuffisants pour combattre la période cyanique j confirmée; aussi , si l’on n’avait pas le soin , lorsque la j réaction s’annonçait par quelques efforts, de tirer du sang, la maladie n’était point arrêtée, les efforts de réaction ne se soutenaient pas, et le malade périssait

immédiatement par l’asphyxie, ou tombait dans le coma.

L’administration du suUate de quinine n’a fait que rendre plus évidents les mauvais résultats de cette méthode de traitement; sur tous ceux où je l’ai vu administrer, j’ai remarqué que dans les cas les plus favorables, c’est-à-dire ceux où le malade, étant traité à la période phlegmorrhagique ou à la période cyanique commençante, on amenait assez aisément des efforts de réaction , ces efforts n’étaient que passagers, et la maladie était à chaque instant prête à reprendre sa marche par des évacuations phlegmorrhagiques qui se reproduisaient avec une facilité et une opiniâtreté que je n’ai observées sur aucun malade traité par toute autre méthode.

J’ai vu recourir en même temps qu’au sulfate de quinine, et précisément à caiïse des accidents remarquables que je viens de signaler, à l’administration de la glace à l’intérieur, par morceaux; on supprimait aisément ainsi les évacuations phlegmorrhagiques, mais la réaction ne se jirononçait que moins encore s’il est possible, et les malades soumis à cette médication restaient pendant un à deux, et même trois jours, dans un état qui ne se voyait que dans ces cas. Cet état n’était ni la réaction , ni la période cyanique ; car ou n’observait pas les accidents de l’une ou de l’autre de ces périodes : celait un état de collapsus, d’adynamie, avec fréquence extrême du pouls, frissons vagues continus, nausées, sentiment de faiblesse extrême , pesanteur de tête, etc. On insistait sur le sulfate de quinine, et tous ces malades périssaient par une sorte d’adynamie progressive sans cyanose.

Cet état spécial, résultat assez constant des méthodes

2o8 des différentes méthodes

de traitement mal dirigées et dans lesquelles on avait recours aux toniques et aux stimulants pendant un temps trop prolongé, était souvent pris, par les médecins qui avalent peu d’habitude d’observer ces maladies, pour une forme spéciale du choléra-morbus. Les malades arrivés à ces accidents n’étaient pas décidément perdus, mais il n’y avait de moyen de les guérir que par des déplétions sanguines générales ou locales; et si l’on persistait dans l’administration Inconsidérée et empirique des stimulants toniques, on n’obtenait aucun résultat; dans les cas le plus heureux, on avait une gastro-entérite des plus graves comme accident consécutif, ou cet état typhoïde qui résultait de la combinaison des accidents de la gastro-entérite et de l’encéphalite.

§. II. Des méthodes rationnelles.

La première méthode rationnelle était fondée nniqueinent sur la nature présumée de la maladie; on admettait dans cette méthode que le choléra est une inflammation du tube digestif, une gastro-entérite , en un mot; on considérait cette inflammation très intense comme le point de départ de tous les accidents cholériques, et l’on dirigeait le traitement d’après ces vues.

Le choléra étant une gastro-entérite qu’il fallait combattre, les saignées locales et générales étaient pratiquées, dès le début et à toutes les périodes de la maladie, pour diminuer et atténuer directement l’inflammation Intense dont on admettait la présence dans le tube digestif.

Cette méthode thérapeutique, outre qu’elle repose sur une hypothèse tout-ii-fait gratuite, a de graves inconvénients. Le premier et le plus grave est qu’elle ne

DE TRAITEMENT DU CHOLERA. 20q

fait, dans la période cyanique, qu’augmenterlecollapsus en ne faisant rien pour déterminer et soutenir la réaction, qui arrive toujours trop lentement dans une maladie qui met si directement et si rapidement en péril la vie des malades. Aussi les choléra arrivés à la période cyanique confirmée, qu’on traitait par les seules évacuations sanguines, passaient-ils rapidement à l’état asphyxique, et se terminaient par la mort. Cette funeste issue de la maladie arrivait d’autant plus promptement que la maladie était plus avancée, et que la cireulation sanguine était plus dérangée. Les saignées locales, par le sang artériel qu’elles tirent , diminuaient directement la masse du sang déjà trop faible dans les vaisseaux à sang rouge des cholériques.

Quoi qu’il en soit, cette méthode de traitement a réussi dans beaucoup de cas d’une intensité modérée; elle guérissait assez promptement dans la période phlegmorrhagique, lorsque tous les accidents marchaient encore sous l’influence de la fluxion sécrétoire qui se faisait dans le tube digestif; mais lorsque la maladie avait fait assez de progrès pour que tous les dérangements organiques ne fussent plus sous l’empire de la seule sécrétion morbide abdominale , la méthode de traitement antiphlogistique ne réussissait le plus ordinairement pas à amener la réaction; elle réussissait moins encore lorsque l’on y faisait entrer les saignées locales plutôt que les déplétions phlébotomiques.

Dans la période de réaction, la méthode antiphlogistique , lorsque cette réaction était forte et bien prononcée, avait de grands avantages; elle prévenait efficacement les terminaisons par métastases, et surtout par métastasé abdominale; le seul inconvénient que, m’ait semblé présenter cette méthode de traitement à cette

niîS OIFFliUKlVTES MFTIIOnES !

époque, résulte eiicoie des mauvais effets de ces seuls | moyens dans les périodes précédentes : comme la réaction s’établissait dans cette manière de traiter avec une jj lenteur toujours assez grande , elle restait long-temps imparfaite, les déplétions sanguines retardaient encore cette manifestation d’un état général indispensable pour ramener l’équilibre et rétablir l’harmonie des fonctions. , Aussi dans la pratique de cette méthode antiphlogistique, observait-on encore dans la réaction un grand ij nombre (le pblegmasies abdominales et encéphaliques, ; dont la prolongation trop grande des accidents pbleg- i morrbagiques et l’imperfection de la réaction avaient | déterminé la manifestation. |

Cette prolongation considérable et toujours si périlleuse des accidents pbleginorrhagiques, lorsqu’on ne i combat la maladie que par le traitement de là gastro- | entérite , particulièrement composé de déplétions sanguines locales, a conduit à introduire dans le traite- || ment antiphlogistique du choléra l’emploi de moyens j| propres à modérer rapidement les évacuations pbleg- ij morrbagiques. On espère en accélérant la terminaison i i des évacuations, bâter la manifestation de la réaction, . i qui, dans l’esprit de ce traitement, est considérée comme ' h devant commencer immédiatement après que la violence des accidents inflammatoires du tube digestif est i diminuée et a fait cesser le mouvement de dedans ■ j en dehors qui se manifeste au début de la maladie, | et qui produit tous les accidents de la cyanose et du | froid qui l’accompagne. Cette vue pouvait avoir pour résultat une amélioration dans le traitement, puisque c’est un fait incontestable que la prolongation des évacuations pblegmorrbagiques et de l’état général de froid et de concentration des mouvements orga-

DE TRAITEMENT DU CHOLÉRA, niques, mettait directement en danger la vie des malades, et rendait la réaction, qui est indispensable pour les faire cesser, d’autant plus difficile; mais par une idée assez inexplicable lorsqu’on admet l’existence d’une inflammation gastro-intestinale, le moyen auquel on avait souvent recours était des plus propres à augmenter cette inflammation, au point même qu’il est impossible de nier, quand on l’a mis ou vu mettre en usage, que ce moyen ne soit effectivement suivi dans ces cas d’une irritation inflammatoire du tube digestif. Le moyen que je signale est la glace ingérée en morceaux; c’est le topique le plus irritant qu’on ait pu imaginer , au point qu’il est même d’expérience que lui seul suffirait sur une personne bien portante pour déterminer la manifestation d’une gastro-entérite.

Si au lieu de ce moyen irritant on combattait la pblegmorrhagie par des remèdes qui ne pussent favoriser le développement d’une inflammation gastro-intestinale, tels, par exemple, qu’une potion hypnotique ou l’administration d’un narcotique à sec et en substance, on obtenait beaucoup plus de résultats de la méthode antiphlogistique. On améliorait encore beaucoup cette méthode, tout en admettant le principe sur lequel elle repose, et l’on en lirait mieux toutes les conséquences thérapeutiques, lorsqu’en même temps qu’on avait recours aux déplétions sanguines et aux moyens internes propres à combattre la phlegmorrhagie, ou plutôt l’irritation qui, dans l’idée des praticiens qui adoptent ces opinions l’entretient, l’on ne négligeait pas les stimulations extérieures, convenablement dirigées comme révulsives de l’état interne gastro-intestinal.

La méthode antiphlogistique mal fondée en principe, comme conséquence d’une erreur, aurait été une bonne méthode de traitement si elle eût été plus rationnel-

DES DIFEÉltENTIÎS MF^rHODES leinent conçue et mise en pratique qu’elle ne l’a été par presque tous ceux qui ont admis les principes sur lesquels elle repose.Cette méthode a des Inconvénients sans doute, mais elle est de toutes les méthodes de traitement non complètement rationnelles celle qui en a le moins. Il semble , à la manière dont on l’a généralement appliquée et conçue, qu’on se soit attaché à multiplier tous ses inconvénients en la composant de moyens qui agissent directement contre son principe.

■ La deuxième méthode rationnelle qui ait été mise en usage repose sur l’opinion que le choléra n’est qu’une adynamie du cœur, ou qu’il est le produit d’une altération primitive du sang. De là, l’indication directe de stimuler le système circulatoire pour rendre aux fibres musculaires du cœur toute leur énergie, ou pour accélérer la circulation d’un sang primitivement altéré.

La méthode de traitement rationnelle d’après ces vues a consisté à administrer des stimulants internes et externes à toutes les périodes de la maladie jusqu’à la réaction terminée, sans tenir aucun compte des périodes, et à considérer comme accidents accessoires et toujours secondaires, les inflammations et congestions intestinales et encéphaliques qui se manifestaient à la fin de la maladie.

Cette méthode a réussi quand les malades étaient encore à la période phlegmorrhagique , parce que , en général , les stimulants dont on faisait usage étaient des dlaphorétiques légèrement excitants assez peu actifs, tels qu’une infusion de fleurs de camomille romaine, aiguisée avec l’acétate d’ammoniaque, une infusion de menthe^ de mélisse, du punch léger, etc.

Lorsque l’on appliquait cette méthode à des malades arrivés à la période cyanique commençante, quelques

Dli TllAlTOIEiVT DU ClIOLKRA. 21 3

uns étaient guéris, mais le plus grand nombre de ceux qui parvenaient à la réaction , mouraient ensuite des accidents métastatiques vers la tête, qui étaient plus communs dans cette méthode de traitement que dans toute autre méthode.

Presque tous les malades traités à la période cyanique confirmée périssaient.

Les inconvénients de cette méthode ont été beaucoup atténués par la suspension des stimulants aussitôt que la réaction était établie, et surtout par la pratique des' évacuations sanguines locales dans la période de réaction; aussi ces évacuations ont-ellés été pratiquées par tous les médecins éclairés qui ont adopté cette méthode, dont l’habitude de traiter des malades leur faisait atténuer les inconvénients; j’ai vu guérir ainsi des malades qui auraient certainement succombé aux congestions et inflammations locales que le traitement suivi depuis le début de la maladie avait rendues chez eux imminentes et plus graves.

La méthode rationnelle à laquelle je donne la préfélence, et quej ai adoptée, consiste à considérer comme établi par l’observation ;

1°. Que le choléra-morbus consiste en une sécrétion ou exhalation morbide qui a son siège sur toute la muqueuse gastro-intestinale ;

2°. Que cette sécrétion ou exhalation commence même avant l’explosion des symptômes cholériques, qu’ehe soit ou non avec issue de ses produits au-dehors ;

3°. Que cette exhalation est inséparable, comme’ toutes les grandes sécrétions , d’un orgasme sécrétoire auquel se lie nécessairement un mouvement de fluxion actif et de congestion vers le tube digestif;

4". Q«e*esproduitsdecetteexha)ationenlevésausang

ai4 lîIiS DIFFIÎHENTES MÉTHODES

le privent d’un de ses éléments constituants , le sérum;

S". Que le sang altéré, soit parce qu’il devientépais, visqueux , par privation de son sérum , soit par la nature même de son altération, cesse de circuler librement dans les veines , s’y accumule et y forme une congestion;

6°. Que cette congestion du sang dans les veines qui commence par leurs radicules fait progressivement cesser la circulation des extrémités au centre, et finit par l’arrêter complètement; d’où la mort par asphyxie;

7°. Que cet état de lésion de la circulation du sang entretient des congestions locales, et devient ainsi luimême la cause immédiate d'accidents très graves ;

8“. Que la fluxion sécrétoire qui se fait dès le début sur le tube digestif se termine par un état général fébrile de coction , qui ne finit bien lui-même que par des crises;

g°. Que cet état général de coction termine aussi les accidents qui se lient directement à l’altération du sang : la stase du sang veineux, la cyanose, la faiblesse du pouls, le trouble de la respiration, etc.;

io°. Que la terminaison par métastase est très commune dans la période de coction , à cause des congestions locales qui sont le produit de la lésion circulatoire, et aussi à cause de la direction fluxionnaire violente et de l’action morbide sécrétoire dont le tube digestif a été dès le début l’aboutissant et le siège; qu’ainsi, dans cette période, les congestions inflammatoires cérébrales et encéphaliques sont toujours imminentes.

Je prends les données d’observation que je viens de parcourir comme points de départ. J’applique dans toute son étendue au choléra-morbus ce fait constant pour la plupart des maladies, et que l’observation prouve l’être, surtout pour celle qui nous occupe, savoir, qu’une maladie se compose d’ut)e succession nor-

male de périodes qui doivent nécessairement s’accomplir, et qu’on peut souvent intervertir, mais jamais sans danger. Je pose donc d’abord comme règle générale de traitement de suivre et de favoriser la succession normale des périodes du choléra pour arriver à la terminaison par crises de cette maladie épidémique, terminaison qu’il me paraît toujours imprudent de ne pas prévoir, et sans laquelle je n’ai vu, après des traitements dirigés sans en tenir compte, que des convalescences pénibles et des suites d’accidents graves, même après les plus légères atteintes de la maladie.

Cette règle générale établie, je regarde comme indication directe à remplir dans le traitement du choléra :

Dans la première période , i°.de faire cesser la phlegmorrbagie intestinale, soit en détournant la fluxion et anéantissant la congestion inflammatoire qui en sont les éléments pathogéniques, soit en modifiant directement la sécrétion morbide établie sur la muqueuse digestive ; 2°. de diriger et de modérer l’état de coction qui doit se terminer par crises, et qui est le mode naturel de cessation des premiers accidents, quelque légers qu’ils aient été; 3°. de me tenir en garde contre toute inflammation gastro-intestinale imminente à cause de l’état de fluxion et de congestion sécrétoire active dont le tube digestif est le siège.

Dans la période cyanique, i”. de m’opposer directement à la gêne de la circulation, en diminuant ses obstacles, c’est-à-dire en diminuant la quantité du sang altéré; 2°. de modérer ou modifier la sécrétion morbide intestinale qui, en continuant, augmente l’altération du sang; 3“. de provoquer une augmentation d’activité dans la circulation artérielle pour activer la circidation veineuse et faire cesser la stase du sang et par sxiite son alteration , ainsi que pour hâter l’étaldissement de l’état

niiS DIFFÉRENTES MÉTHODES fébrile de coction qui termine, et l’altération de sécrétion intestinale, et le ralentissement de la circulation et l’imperfection de l’hématose.

Dans la période de coction ou de réaction , i®. de considérer comme toujours imminentes les congestions et les pldegmasies locales céphaliques et gastro-intestinales, et de modérer ainsi , autant que possible , la fièvre de coction ; 2“. de considérer le tube digestif comme dans un état d’irritation qui le prédispose immédiatement à l’inflammation 5 lequel état d’irritation est la suite nécessaire de la grande altération de sécrétion dont il a été le siège ; et, par conséquent, de tenir compte pour agir dans le sens d’une pblegniasie commençante de cet organe, de tout symptôme même léger en apparence qui indique une augmentation de cette irritation; 3°. de respecter et de favoriser les évacuations critiques à la fin de la coction ; 4“* de modérer les flux trop considérables qui se manifestent ou se reproduisent quelquefois alors, lesquels paraissent tenir à la cause prochaine de la maladie, et qui entretiennent constam- ' ment chez les malades un état de faiblesse excessif, qui rend les convalescences très pénibles.

J’ai déjà indiqué avec détail comment j’ai satisfait à ces indications, dont l’ensemble constituait ma méthode thérapeutique; mon traitement à cet égard se réduisait à l’emploi des moyens suivants:

I®. Dans la période phlegmorrhagique , saignées révulsives et déplétions générales et quelquefois locales; frictions stimulantes révulsives, boissons émollientes, tièdes. Il n’était pas ordinairement nécessaire de recourir aux stimulants diffusibles internes, et aux sédatifs du tube digestif. Après cette période, dans la coction, modérer les accidents comme on modère ceux d’une fièvre synoque en se tenant en garde contre les

DK TRAITEMENT DU CflOLERA. 217

métastases inflammatoires, et en respectant les crises;

2». Dans la période cyanique, saignées déplélives et stimulants diffusibles à 1 intérieur, frictions et topiques stimulants à l’extérieur, à la fois comme révulsifs et comme moyen d’accélérer la circulation et d’amener la période de réaction. Dans cette période de cyanose, l’administration des excitants diffusibles à l’intérieur, et souvent des opiacés, si la phlegmorrhagie continuait d’une manière intense, m’a paru inséparable de l’usage de la saignée, qui seule serait souvent insuffisante et quelquefois dangereuse;

3°. Dans la période de coction, aussitôt que la fièvre avait une certaine intensité, saignées déplétives, et dès qu’il se manifestait la plus légère imminence de lésion locale inflammatoire, ou simplement congestionnaire , surtout au tube digestif et au cerveau, saignées révulsives et dérivatives , régime antiphlogistique sévère , pendant toute cette période.

Lorsque la phlegmorrhagie s’était prolongée beaucoup sans amener la cyanose, quand les accidents diarrhéiques des prodromes avaient été longs, en un mot quand la maladie quoique très grave marchait avec lenteur, je préférais à l’emploi des déplétions sanguines, révulsives et dérivatives , pour modérer et arrêter la phlegmorrhagie , amener et favoriser la réaction , l’emploi des moyens propres à modifier la sécrétion morbide abdominale. C’est dans ce but que j’ai administré l’ipécacuanha.

Lorsque j’observais dans la période de coction , surtout au moment des crises , un état saburrhal , je prescrivais hardiment les émétiques, et je m’en suis toujours bien trouvé.

Dans les métastases encéphaliques, j’ai eu recours avec avantage aux purgatifs drastiques administrés dans

2i8 des différentes méthodes

les mêmes vues que contre les affections cérébrales

idiopathiques.

Les dangers de la méthode de traitement que j’ai mise en pratique sont dans une mauvaise combinaison i des moyens qui la composent, et même dans une administration trop timide ou trop active de certains d’entre eux. Ainsi, s’il y a du danger à supprimer subi- i tement la phlegmorrbentérie par les opiacés ou d’autres ' moyens qui modifient la sécrétion abdominale, il n’en faut pas moins la modérer sous peine d’avoir une réaction irrégulière, qui se termine par des métastases dangereuses, ou par des crises imparfaites, qui laissent le malade dans un état de convalescence traversé par ! des accidents fréquents et souvent très graves.

Il est très rare qu’il y ait nécessité d’agir directe- i ment sur la muqueuse gastro-intestinale pour supprimer la phlegmorrhagie ; elle cessait la plupart du temps assez promptement par une saignée générale, ou même par une saignée locale et quelques moyens révulsifs à l’extérieur, comme des sinapismes, des frictions légè- i rement stimulantes. Il n’y avait jamais de danger, aus- i sitôt que le pouls s’élevait, et que l’état fébrile de | réaction s’allumait même à un léger degré, de laisser j aller la phlegmorrhagie, fût-elle même considérable.

Si la réaction était allumée et marchait avec mode- • ration , et que la phlegmorrhagie fût modérée, l’emploi des saignées était inutile, et devenait dangereux dans quelques cas par l’affaiblissement qu’il produisait ; dans ce cas, il faut attendre les indications et laisser marcher les accidents qui se succèdent d’une manière normale. |

Dans la période cyanique, l’administration désexcitants et des opiacés seuls, sans saignée, peut amener les accidents d’une vive fièvre de réaction , ou d’un

état général d’oppression des forces, de turgescence, dans lequel la saignée est indispensable, mais ne suffit pas toujours pour remedier aux accidents ultérieurs. Si l’on craignait l’usage des saignées dans la période cyanique, il y aurait plus d’avantage à administrer un médicament qui, en même temps quil modifierait la sécrétion abdominale, entraînerait une reaction plus modérée et des évacuations assez considérables; ce médicament est l’ipécacuanha.

La saignée employée seule dans la période cyanique a, dans les cas graves, des dangers : elle détermine un collapsus rapide qui n’arrlve jamais quand on donne simultanément des excitants diffusibles et des opiacés; il vaudrait mieux, dans ces cas, différer l’usage de la saignée que celui des excitants diffusibles à l’intérieur et à l’extérieur.

L’usage prolongé des excitants diffusibles , et surtout des opiacés , continué lorsque la réaction est commencée, est très dangereux; en supprimant complètement et rapidement les sécrétions abdominales, qui ne doivent cesser que progressivement et par l’effet de la réaction , on intervertit ainsi l’ordre de la maladie, aussi je pose comme règle importantede diminuer progressivement la quantité des excitants et des opiacés donnés à l’intérieur, à mesure que la réaction s’établit, et même de les supprimer absolument dès que le passage à la coction est évident. S’il faut quelquefois soutenir la marche de la réaction à son début , je le fais avec des stimulants très légers, tels qu’une infusion de tilleul légère prise chaude, et secondée par des frictions stimulantes sur les extrémités, ou par des sinapismes.

La saignée portée à l’extrême a des dangers dans la réaction, lorsque cet état marche régulièrement quoique .avec une certaine intensité, et surtout lorsque les crises

Di:s DIFFÉIUÎNTKS Ml^rirODES sont imminentes; il y a cependant aussi un grand danger a s’abstenir de tirer du sang dans cette période de la maladie, s’il se manifeste des signes de métastase ne fîltelle encore qu’imminente. Il y a toujours avantage à tirer du sang, et il y a danger de ne pas le faire, quelque faible, d’ailleurs, que paraisse le malade, tant que le sang obtenu reste noir, gélatineux, et n’ayant qu’une petite proportion de sérum. Il y aurait du danger à insister sur la saignée après que la coction est établie , si elle est modérée , dès que les urines sont rétablies; il y a presque toujours avantage, et jamais de danger de la pratiquer dans de justes bornes, tant que les urines restent supprimées.

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