DES DIFFÉRENTES MÉTHODES
coup plus faible que ne le pensent, à priori , ceux qui
n’ont pas l’habitude d’administrer ce médicament.
L’acétate d’ammoniaque administré pur ou dans une potion simple sans opium est assez rapidement vomi par les cholériques ; il m’a paru pour cela qu’il valait mieux l’unir à Topium, que je donne d’ailleurs aussi , dans la vue que la pratique m’a fait reconnaître bien | importante , de calmer les spasmes et de diminuer les évacuations , et surtout les vomissements, qui s’accompagnent toujours d’un état spasmodique qui entrave j quelquefois la réaction avec une inconcevable rapidité, | comme je l’ai remarqué bien des fois.
Les sels d’ammoniaque agissent tous de la même manière, aussi me paraîtrait-il indifférent, quant à l’action stimulante dilfusible, de donner l’acétate plutôt que le carbonate ou le muriate d’ammoniaque, etc.; mais quand à l’action topique irritante , l’acétate d’ammoniaque doit être préféré , il irrite à peine le tube digestif, tandis que les autres sels de même base l’irritent violemment.
J’ai administré avec beaucoup d’avantage l’acétate d’ammoniaque pendant la réaction comme stimulant lorsqu’elle se faisait avec lenteur. J’ai aussi eu recours ■
<à ce médicament à la période de terminaison pour favoriser les crises par les sueurs; mais il faut l’employer avec réserve dans ce but, car s’il est d’expérience qu’une stimulation du système circulatoire a souvent U supprimé les sueurs , loin de les augmenter, c’est surtout i dans la crise par diaphorèsedu choléra-morbus que cet effet se fait remarquer; il ne faut donc administrer de ^ médicament diaphorétique que lorsque la fièvre est , nulle ou presque nulle, et que la peau n’a ni cette cha- | leur ni cette sécheresse qui indiquent toujours une j surexcitation générale intense. j
Il m’est arrivé plusieurs fois d’augmenter les urines par l’administration de l’acétate d’ammoniaque ; c’est en effet un fait d’observation générale que les boissons alcalines sont diurétiques. Cet effet est utile dans le commencement de la réaction lorsque la diaphorèse n’est pas encore possible ; car lorsque les sueurs sont faciles et qu’un état général de surexcitation ne rend pas la diaphorèse impossible, c’est sur la peau que l’acétate d’ammoniaque agit. En considérant cette action diurétique de l’acétate d’ammoniaque, j’ai quelquefois continué l’administration de cette substance après la réaction commencée , mais je la donnais alors à petite dose; j’ai cru en obtenir de bons résultats, cependant je n’ai pas à cet égard une conviction bien établie, parce que dans presque tous les cas c’était à l’eau alcaline gazeuse ( eau de Seltz factice), que j’avais recours dans ce but le plus ordinairement avec avantage.
§. VII. Du hi-carbonate de soude.
Le bi-carbonate de soude a été administré dans les ccidents les plus graves du choléra : on n’a point cité e résultats avantageux obtenus par l’administration de ette substance , et même j’avoue que je ne sais pas uel médecin l’a le premier mise en usage et en a recommandé l’administration. ,
Les indications qu’on a trouvées pour l’adoption de e médicament sont tout-à-fait chimiques. On a pensé ue l’état général de viscosité du sang veineux polirait fournir une indication pour l’administration es alcalis qui pouvaient rendre au sang sa fluidité , et lui restituer les propriétés alcalines qu’il a perdues. C’est d’après cela que des médecins ont eu recours aux sels ammoniacaux, à l’ammoniaque insi qu au bi-carbonate de soude. Cette donnée chi-
2^8 nrs DIFFKHIvINTRS MÉTIIODFS
inique serait peu exacte, car les liquides cholériques épanchés dans l’abdomen sont alcalins, et l’on ne comprend pas comment l’absorption enlèverait plutôt du tube digestif la solution alcaline des potions ingérées que celle des excrétions.
Quoi qu’il en soit de cette action présumée , je n’ai vu dans le bi-carbonate de soude comme dans les sels' d’ammoniaque qu’un médicament très stimulant qui pouvait favoriser et déterminer la réaction et peut-être: modifier utilement la sécrétion morbide qui se fait dans le tube digestif; c’est d’après ces idées que j’ai employé ce remède. Je l’ai administré dans la période cyanique très avancée , à la dose de une once dans six onces d’eau, données par cuillerée à bouche, de^ demi-heure en demi-heure, je n’en ai obtenu aucun avantage ; il a constamment amené en quelques instants une sécheresse et une rougeur des plus vives de lai langue ; il m’a paru évident qu’il avait déterminé ou favorisé le développement d’une vive gastro-entérite.’ Il ne serait pas impossible que, dans un état de cyanose peu avancé il pût, comme excitant, favoriser la réaction; mais comme l’expérience m’a montré que l’action stimulante générale de ce médicament, l’action principale dans ce cas, est presque nulle, tandis que son action topique irritante est des plus grandes, je le resarde non seulement comme un mauvais moTen:
mais comme un moyen fort dangereux.
Pour dire cependant mon avis sur la nature de la viscosité du sang qu’on voudrait réparer par l’ingestion des alcalis, je dirai qu’il me semble incontestable que l’altération du sang provient de la perte de son sérum ; cette perte n’est réparable que par l’intermédiaire de la fonction qui fait le sang; c'est cette fonction qu il faut stimuler. Or, le sang est le produit d’actions com-
niü THAITEMIÎNT DU ClIOI-ÉUA. 289
plexes qui s’exécutent dans tous les tissus et dans les poumons; c’est la circulation qui est le moyen de véhicule et de mixtion des produits de ces actes; en stimulant la circulation on agit ainsi sur ces produits, on les multiplie, on rend leur production plus rapide et ils deviennent ainsi plus abondants; c’est donc sur la stimulation du système circulatoire et sur tous les moyens d’activer la circulation qu’il faut compter pour réparer les pertes du sang et le ramener à son état normal. C’était dans cette vue que je donnais le bi-carbonate de soude comme l’acétate d’ammoniaque , et c’est encore d’après la même idée que j’insiste sur la nécessité bien constatée par mon expérience d’administrer des stimulants dans la période cyanique du choléra-morbus.
§. VllI. De r éther saturé de camphre.
L’éther saturé de camphre a été employé par M. Récamier comme stimulant diffusible, pour amener la réaction, en en donnant cinq gouttes toutes les cinq minutes; c’est un stimulant diffusible fort actif et aussi un irritant topique très puissant. Il m’a semblé n’avoir pas un effet excitant assez soutenu ; je ne crois pas qu’il réussisse mieux qu’un autre excitant diffusible dans la période cyanique confirmée, mais je l’ai vu réussir dans la période cyanique commençante; il m’a paru dans tous les cas déterminer une vive irritation gastro-intestinale, et augmenter plutôt que diminuer les excrétions, mais il calme évidemment les crampes; il ne faut compter .sur ce moyen que dans la période cyanique peu avancée ; il serait avantageux de l’unir à l’opium et de n’en pas continuer l’usage au-delà du moment de la réaction commencée , qu’il faudrait favoriser ensuite par de» émissions sanguines.
DlFFÉRKIVTfî.S MIÎTIIODES
§. IX. Du sulfate et de V hjdrochlorate de soude.
Le sulfate de soude et le muriate de soude ont été employés à Saint-Pétersbourg , à Berlin et à Vienne. J’ai vu administrer l’un et l’autre par la bouche et en lavement dans la période phlegmorrhagique et la période cyanique du choléra-morbus ; je n’ai administré que le , sulfate de soude. Je ne 1 avais donné qu’une fois pendant la première moitié de l’épidémie, je l’ai administré six fois dans les mois de mai et de juin.
Le sulfate de soude donné en solution saturée, par cuillerée à bouche, de demi-heure en demi-heure, diminue et supprime même assez rapidement les évacuations ; sous ce rapport il réussit souvent dans la période cyanique commençante et dans la période phlegmorrhagique. Si la suppression des évacuations était d’une très grande importance et constituait le moyeu le plus direct de déterminer la réaction , l’administration de ces sels serait très souvent suivie de bons résultats; car ils ont très fréquemment cet effet immédiat de supprimer très promptement les évacuations phlegmorrhagiques.
J’ai donné dans la période d’invasion le sulfate de soude avec avantage dans le but de diminuer les évacuations lorsqu’elles étaient excessives; je i’ai donné aussi dans la réaction commençante contre le même symptôme, j’en ai obtenu de bons résultats; il a le même effet en lavement que par la bouche.
La suppression des évacuations par l’administration du sulfate de soude s’accompagne toujours d’une irritation assez vive de la membrane villeuse gastro-intestinale, sur laquelle il n’agit que par un mode d’excitation spécial pour lequel je l’ai quelquefois administré^
DE TRAITEMENT DU CMOr-ÉRA. 2l\ l
I Utilement dans la dysenterie; il ne-produit aucun effet ||. général direct ; s’il agit sur tout le système circulatoire ,
! c’est par l’intermédiaire de l’irritation abdominale. Aussi ; l’administration de ce sel faite dans le but de déter- ■ miner la réaction, cause-t-elle une soif insatiable , une fl vive rougeur et une grande sécheresse de la langue, il une douleur brûlante à l’épigastre et dans les flancs. I Si l’état général est tel que la nature soit impuissante K! pour déterminer la réaction, on n’obtient absolument 31 aucun effet, dans ce sens, de l’administration du sulfate nC (le soude seul ; mais dans les cas de cyanose peu avancée , la suppression des évacuations par ce sel à haute dose ta lorsqu’elles étaient excessives , et l’action irritante qu’il exerce sur le tube digestif, ont souvent été suivies d’une
!très vive réaction , que j’ai vue toujours accompagnée des symptômes d’une inflammation gastro-intestinale. L’usage du sulfate de soude a donc pour effet de substituer réellement au choléra à la période d’état une gastro-entérite aiguë très intense, qui arrête la maladie si elle n’est arrivée à ce point où le sang trop altéré ne rend plus la réaction possible que par des excitants diffusibles unis aux émissions sanguines.
L’hydrochlorate de soude agit comme le sulfate; il a , comme ce sel et peut-être encore plus que lui, l’incon-
ifjvénient grave de déterminer une soif excessive qui, à
1 1 juger par les cris des malades soumis à ce traitevment, doit être une atroce douleur.
" Ces sels ne conviendraient qu’administrés avec mé- »: nagement dans la période cyanique commençante, en > se tenant soigneusement en garde contre les accidents .'de la gastro- entérite qu’ils déterminent.
DliS DIFFIÎIUNTS MOYENS
S. X. De C Opium et des préparations dans lesquelles U
entre.
J’ai administré l’opium à l’état d’extrait, soit en na ture , soit en dissolution, et combiné à différents médicaments. Je l’ai donné dans la teinture composée connue sous le nom de laudanum de Sydenham , dans les électuaires de thériaque , de diascordium; et enfin j’ai administré le principe sédatif de l’opium, la morphine a l’état d’acétate et d’hydrochlorate.
Je n’ai donné l’opium en nature à l’état d’extrait que dans la période de réaction, pour combattre des vomissements très pénibles qui se prolongent quelquefois dans cette période et qui suffisent, comme je l’ai dit ailleurs, pour enrayer la marche favorable de la coction. Administré en pilules à la dose d’un demi grain toutes les deux heures, ce médicament a le plus souvent lait cesser assez promptement les vomissements et les crampes dont ils s’accompagnaient, et l'état de malaise et d’anxiété épigastriques qui tourmentait les malades d’une manière si cruelle. J’ai calmé de cette manière chez deux malades des vomissements excessivement opiniâtres, avec un état d’angoisse excessif, qui se renouvelaient chaque fois qu’on ingérait des boissons^ à quelque petite dose qu’elles fussent, pendant une réaction pénible entravée ou au moins mal dirigée dans sa manifestation par un traitement mal conçu.
Quelques médecins ont administré l’opium pur à l’état sec dans la période phlegmorrhagique et dans la période cyanique du choléra-morbus. Ils ont obtenu par ce médicament une diminution assez rapide des évacuations et des crampes.
I/extrait d’opium en dissolution entrait à grandes
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DE TRAITEMEKT DU CHOLitRA. llj^^
doses dans les potions stimulantes que j’administrais au début de l’épidémie. Comme une partie de ces potions était rejettée par le vomissement, l’action du médicament ne pouvait réellement être appréciée par la quantité ingérée. J’ai indiqué, en donnant les détails du traitement auquel j’avais recours dans les premiers jours, quels avaient été les résultats immédiats de ce médicament, les vomissements et les évacuations alvines ont été en général suspendues avec assez de rapidité. Le laudanum liquide de Sydenham, administré pur, a produit les mêmes résultats, et c’est l’administration de ce dernier médicament, sans aucun mélange, qui nous a mis à même de bien apprécier les effets de l’opium : il n’y a eu d’effort de réaction chez aucun malade affecté à un certain degré consécutivement à la diminution des évacuations. 11 m’a bientôt été démontré que la réaction ne s’établissait que par l’influence des stimulants internes et externes auxquels l’opium pouvait être uni.
Cette propriété de modérer les évacuations et de calmer les crampes, que l’opium possède incontestablement, en fait un médicament précieux dans la première période du choléra-morbus, pourvu qu’on l’unisse aux stimulants. Ces derniers en effet ne peuvent déterminer facilement les efforts de réaction , lorsqu’ils sont vomis presque immédiatement après qu’ils sont ingérés et lorsque leurs effets immédiats sont enrayés par les crampes, les vomissements très pénibles, l’état de malaise et d anxiété excessive dont ils s’accompagnent. Mais, unis aux préparations opiacées, leur effet stimulant s’opère avec toute son activité, et se trouve même secondé par 1 action stimulante que l’opium lui-même exerce sur le système circulatoire. C’est dans ces vues que j’ai continué à faire usage de l’opium à haute dose dans la période cyanique, et souvent même, mais dans ce cas
^(\f\ DKS ntFFÉlilîlVTS RfOYF.IV.S
avec plus de réserve, dans la période pblegmorrliagique.
La dose élevée de l’opium dans le choléra-morbus est motivée par la rapidité des accidents qui exige une médication à effets rapides, par les vomissements dans lesquels une partie du médicament ingéré est rejetée et enfin par la présence dans le tube digestif d’un liquide incessamment versé par exhalation, liquide qui étend et délaye nécessairement les médicaments ingérés et atténue leurs effets.
On a attribué à l’opium les accidents comateux qui se manifestent si fréquemment dans la coction du choléra , et qui sont le résultat d’une métastase cérébrale. J’ai déjà fait remarquer que l’observation m’avait fait voir un très grand nombre d’affections comateuses dans le service des médecins qui ne faisaient aucun usage de l’opium; que je n’avais eu moi-même qu un très petit nombre de ces métastases, et que ce n’était pas sur ceux qui avaient pris la plus grande dose d’opium qu’elles s’étaient présentées ; qu’il y avait toujours nn intervalle de deux et trois jours et même plus, entre la fin des accidents cyaniques et l’invasion du coma, et par conséquent entre la fin de l’administration de l’opium et le début des accidents qu’on attribue à ce médicament. J’ai déjà dit enfin que c’était évidemment à la négligence de l’emploi des émissions sanguines surtout avec l’usage d’un traitement stimulant que j’attribuais la manifestation des accidents comateux. Comme on ne peut trop insister sur celte objection , présentée avec toute l’assurance qu’ont les hommes qui n’observent pas , j’ai cru nécessaire de reproduire ici les remarques fondées sur l’observation qui s’opposent à ce qu’on admette l’opinion que ce serait à ce médicament qu’il faudrait attribuer l’état comateux. Je n’ai pas besoin
DE TRAlTEiMENT DU CllOLÉHA. 2/p
J d’ajouter que le coma qui serait produit par l’opium atnait une durée beaucoup moindre, et aurait toujours I une marche plus rapidement décroissante que le coma ,i déterminé par l’administration des narcotiques. La dose l, la plus élevée à laquelle j’aie administré l’opium a été ) celle de un gros et demi de laudanum de Sydenham , dose I qui équivaut à six grains d’opium pur par jour. Aussi ( long-temps que les malades i-estent dans la période ! cyanique, on n’observe aucune trace d’effet narcotique ), de l’opium 5 les effets immédiats de l'ingestion de ce méilicament consistent uniquement en la suppression J des accidents phlegmorrhagiques.
L’opium est uni dans la thériaque et dans le diascor- (li dium à différentes substances qui ont presque toutes (I une action topique et astringente immédiate. J’ai retiré y de grands avantages de l’administration de ces élecm tuaires pour modérer les évacuations alvines dans la :t période phlegmorrhagique de choléra d’une intensité ! modérée, et au commencement de la réaction lors- II qu’elle succédait à la phlegmorrhagie ou à la cyanose •I peu prononcée j excepté dans ces circonstances, ces rnéi dicaments n’ont qu’un effet narcotique trop faible pour îi remplacer les préparations dans lesquelles l’opium se trouve en plus haute dose^ mais on peut en tirer en- ; core beaucoup d’avantages en leur associantle laudanum.
La thériaque et le diascordium m’ont été souvent très miles à l’imminence ou au début des crises , lorsqu’il se : manifestait des évacuations diarrhéiques séreuses non critiques qui nuisaient à la terminaison de la maladie I par les sueurs ou les urines; je faisais administrer ces médicaments soit par la bouche , soit en lavement.
La morphine a été administrée à l’intérieur contre