GHA.P1TRE VI
DKS MODIFICATIONS QUE LA MALADIE A PRESENTEES PEN- DANT l’épidémie, et des maladies intercurrentes.
Lorsque le chole'ra-morbus s’est manifesté, il a atteint subitement un grand nombre d’individus dans tous les quartiers de Paris, situés sur la rivière, surchargés de population , à rues étroites et humides , habitées par des logeurs et des ouvriers ou par des indigents. Ces premiers malades, pendant les huit ou dix premiers jours de l’épidémie, ont été pour la plupart foudroyés ; la marche du mal était chez eux si rapide, que la succession des périodes n’était souvent pas évidente , toutes semblaient confondues; c’est dans cet état qu’ils nous étaient apportés à l’Hôtel-Dieu presque tous dans la période asphyxique déjà commencée; les moins affectés étaient dans la période cyanique avancée.
A cette première époque de l’épidémie que j’appellerai sa première période, on ne voyait point de choléra , on ne reconnaissait pas même d’empreinte de l’épidémie dans la classe aisée et parmi les hommes habitués à vivre régulièrement et sobrement; les maladies ordinaires, dans la constitution annuelle épidémique du printemps, qui était très prononcée cette année à cause de l’état météorologique très variable et caractérisé par des transitions subites du froid au chaud de l’atmosphère, continuaient à se montrer seules à côté du choléra parfait à marche foudroyante, réservé, je le répète, jusqu’à ce moment, aux personnes les plus pauvres , les plus habituées aux privations,
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I OU vi\>ant clans la malpropreté et les excès. On ne i remarcjuait même pas de modification dans la marche J habituelle des maladies du printemps. Mais cet état i d’isolement de l’épidémie fut de peu de durée; nous I ne tardâmes pas à reconnaître l’empreinte du mal j régnant sur un très grand nombre de personnes : les
Iunes n’avaient que de légers prodromes diarrhéiques qui se prolongeaient pendant plusieurs jours, et se terminaient spontanément avec facilité; un très grand nombre d’habitants de Paris n’eurent pas même la maladie à ce degré, et ne se plaignirent que de bor» borygmes continuels avec un sentiment de faiblesse dans les extrémités. Il y eut bien des milliers de personnes qui eurent ces légers accidents, leur nombre surpassait celui de ceux qui en furent tout-à-fait exempts.
On remarquait aussi chez toutes les personnes, même très légèrement indisposées, et à plus forte raison chez celles qui l’étaient à un haut degré, et chez tous ceux qui avaient d’autres maladies, une disposition générale à la sueur, telle qu’au moindre mouvement et même spontanément pendant une partie des nuits , des sueurs se nanifestaient et semblaient faire cesser l’état de fai-
tlesse des extrémités et de fatigue générale que l’on prouvait généralement aussi pendant le jour, mais, en Idéalité, l’augmentaient et y rendaient les malades plus ifcrédisposés. Beaucoup avaient, pendant ces sueurs, des 0 lissons vagues erratiques qui alternaient avec ces sueurs,
I )u qui même ne les faisaient pas cesser, et faisaient, suivant le langage des malades, que ces sueurs étaient froides. Nous avons aussi vu des crampes vagues et du froid des extrémités, ou au moins une disposition au
Fioid des pieds accompagner cet état général d’indispo- (|ûtion .
il Chez un grand nombre de personnes , et particuliè-
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renient chez les rhumatisants, qui sont si communs à Paris, on a observe des douleurs rhumatismales vagues très vives, liées sur quelques unes et surtout chez des femmes irritables, à un état comme de contracture des membres. Ces douleurs étaient toujours accompagnées d’un dérangement évident des fonctions de l’estomac et des intestins.
La ténacité de ces accidents et la facilité avec la- i quelle ils se renouvelaient sur presque tous les malades qu’ils affectaient, était telle qu’on ne put obtenir de j guérison pendant plusieurs semaines; la cause du mal j étant épidémique et constante dans son action , les | moyens de l’art étaient sans puissance. . ;
Pendant que ce grand nombre de malaises et d’indispositions réelles attestaient l’influence de l’épidémie sur i presque tous les habitants de Paris, les maladies inter- i currentes participaient elles-mêmes de cette influence; | on ne tarda pas à remarquer dans les fièvres rémittentes ' | inflammatoires du printemps, qui étaient assez cora- | munes, des crampes, de la diarrhée, quelquefois même ; des vomissements, avec pesanteur de tête, céphalalgie , et frissons erratiques, suivis de sueurs; et ces crampes, cette diarrhée et surtout ces vomissements qui se re- nouvelaientà l’ingestion des boissons et ne suryenaient jamais sans cette circonstance, avaient une telle opinlâ- - I treté qu’ils résistèrent chez un grand nombre de malades à tous les moyens de l’art.
Les pneumonies, les pleurésies, les catarrhes pulmonaires, les angines et les rhumatismes aigus, qui s’observaient en assez grand nombre avant l’épidémie, ne se remarquaient plus que comme cas rares, aussitôt que le choléra eut régné pendant quelques jours; mais aussi les phlegmasies gastro-intestinales, les diarrhées inflammatoires, les dysenteries, s’observèrent assez fréquem-
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ment 5 chez beaucoup de malades elles présentèrent des épiphénomènes cholericjues , et chez tous une ténacité qu’on ne remarque jamais dans ces affections. I.es convalescences après ces affections meme des plus légères furent d’une longueur extraordinaire , et toutes
accompagnées d un sentiment de faiblesse des extrémités, joint quelquefois à de légères crampes , qui contrastait avec le rétablissement des fonctions digestives.
Dès que l’épidémie eut atteint son summum d’intensité, du 10 au i5 avril, le nombre des malades affectés du choléra confirmé diminua, mais tous les malades n’en furent pas- moins affectés avec toute la gravité du choléra des premiers jours de l’épidémie; ils périssaient dans un temps aussi court, loi'sque les accidents se terminaient par la mort. A côté de ces vrais choléra à l’état de cyanose, le nombre des choléra à des degrés faibles et à des degrés moins intenses, devint plus considérable ; chez beaucoup de ces derniers malades, la succession des accidents se faisait avec plus de lenteur, et les moyens de l’art agissaient avec plus d’efficacité. Quoi qu’il en soit, le choléra cyanique resta tout-à-fait le même, quant à sa marche, ses périodes et la nature et la forme des accidents qui le constituent. Aussi ne cessâmes-nous pas de recevoir tous les jours jusque dans le cours du mois de juillet, à côté des malades frappés à des degrés variables et tous loin de la gravité que tous offraient dans les premiers jours, un assez grand nombre de malades chez lesquels le choléra conservait sa marche et son intensité rapidement destructive de la vie, qui est le caractère de cette maladie au plus haut degré de violence.
Le choléra, tout en atteignant un nombre moins considérable de malades chaque jour, n’a éprouvé en son ^essence aucune modification ; dans les premiers jours de
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juin, il ne s’est plus manifesté que rarement avec l’en- i semble de tous les accidents qui le caractérisent; ainsi , beaucoup de malades , quoique pris vlolemnieni de ( phlegmorrhagie , n’ont point été amenés à la période | cyanlque aussi vite que cela arrivait quinze jours auparavant, et les accidents de la cyanose n’ont été souvent m qu’incomplets et ont cédé, en général, au traitement • avec une facilité que l’on ne remarquait pas. La plu- | part, quoique fort malades, n’éprouvaient plus de crampes ou les éprouvaient faiblement; l’on vit alors un assez grand nombre de cholériques n’avoir que peu ou même point de diarrhée, tout en ayant de violents vomissements, fréquemment répétés. Dans cette dernière période de l'épidémie , nous avons observe' des vomissements verdâtres et jaunâtres, dès le début de la maladie, qui s’est ainsi rapprochée de la forme du . choléra indigène, toujours insolite dans cette saison. Je n’ai vu aucun de ces derniers cas dans lequel la cyanose se soit établie. Et ce qu’il y a de remarquable, c’est que cette forme de maladie ne s’est montrée que pendant peu ; de jours, après lesquels les phénomènes cholériques ont : constamment reparu avec leur caractère propre qu’ils conservaient encore au milieu de juillet à la fin de . l’épidémie.
Ce fait de l’identité absolue sous tous les rapports du : choléra des derniers jours de l’épidémie avec celui qui se manifestait à son début, est un phénomène qui distingue les épidémies de choléra de toutes les autres; il a été également observé dans toutes les autres villes de l’Europe où a régné cette maladie; si l’on a imprimé le contraire sur l’épidémie de Paris, c’est que l'on a parle d’après des idées théoriques que l’observation au lit du malade n’a pas confirmées. J’ai rajiporté des faits de choléra recueillis à la fin de mars et dans les pi erniers jours
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d’avril. En voici un observé dans le commencement de ; juin, dans lequel on irouveraun exemple de rinfluence des causes de la maladie sur un homme qui s’y était bien récemment soumis. J’en pourrais citer de semblables I observés dans le commencement de juillet.
) Genin , ancien cultivateur, âgé de cinquante -trois (ans , d’une forte constitution , vint à Paris du déparle- ^ment de la Haute-Garonne qu’il habitait, dans la fin de mai. Il y était depuis trois jours et logeait rue Jacinthe, près la place Haubert, dans l’un des quar- 1! tiers où l’épidémie a toujours sévi avec le plus d’inten- 1 sité. Trois jours après son arrivée à Paris , cet homme fut pris d'une diarrhée peu abondante, qui ne le faisait ipas souffrir, et à laquelle il Ht peu d’attention. Cette (diarrhée durait depuis quatre jours , lorsque le 3o mai 3au soir, après une promenade assez longue, il mangea 'idu bœuf et but plusieurs verres de vin. Vers le milieu I de la nuit suivante, des vomissements se manifestèrent net se renouvelèrent plusieurs fois. Le matin du 3i il eut des crampes assez vives , et qui se répétèrent fré- ' quemment dans les mollets. Apporté le matin à l’Hôtel- Dieu, je le trouvai à huit heures du matin dans l’état 'Suivant : Faciès à traits concentrés et livides (faciès ■ cholérique ) ; voix éteinte ; pouls faible et presque fili- 1 forme ; extrémités bleuâtres et froides au toucher; ^langue large, humide enduite d’une couche blanchâtre, froide; vomissements fréquents de matières séreuses, non tjjblanchâtres, légèrement troubles; selles se reproduisant Jde minute en minute , et donnant issue à des matières
Îîreuses, liquides; urines complètement supprimées deuis la veille; ventre souple, demi-rétracté , indolent à *11a pression, sous laquelle on percevait le gargouillement ^produit dans le tube intestinal par la présence d’un ijliquide que la pression déplaçait ; soif vive; anxiété précordiale peu intense; corrugalion de la peau des