CHAPITRE VIII
UD TRAITEMENT PRESERVATIF DD CUOLER A-MORBUS ET DBS MESURES GÉNÉRALES d’hyGIÈnE Qü’iL CONVIENT DE I PRENDRE DANS LES ÉPIDÉMIES DE CHOLÉRA, SDRTODT I DANS LES HÔPITAUX. |
L’expérience des observateurs dans l’Inde et en Eu- |; rope a déjà fourni bien des renseignements utiles sur le développement du choléra-morbus , et sur les cir- i constances qui déterminent ou favorisent sa manîfes-- i tation. On n’a malheureusement tenu à Paris que peu.*' de compte de cette expérience ; aussi lorsque le choléra- . morbus nous a envahis, la population de Paris s’est- ! elle trouvée en proie à ce fléau sans qu’on ait pu rien ■ faire pour le prévenir; l’administration publique avait ; bien pris tous les moyens de parvenir à déterminer desprécautions sanitaires pour mettre la ville à l'abri de ce< fléau, ou pour en diminuer les ravages, s’il nous ar-rivait; mais malheureusement les conseils et les commissions de salubrité créés dans les meilleures intentions s’organisèrent sans discernement, et conçurent leurs travaux sans ensemble et les déterminèrent sanstprécision.
Pour préserver les populations du choléra-morbus il faut annuler, autant que possible , les causes qui sont bien reconnues pour favoriser le développement de cette maladie, et quand la maladie existe , il faut prendre des mesures pour assurer aux malades des secours prompts , faciles et assurés.
nu CHOLÉRA-MORBUS.
SECTION PREMIÈRE
» De îa soustraction des causes qui favorisent le développe^ ment du choléra-morbus.
Les causes prédisposantes principales du choléra I sont d’abord , l’habitation au milieu des populations > agglomérées sur les bords des cours d’eau, et en généi ral l’agglomération trop considérable d’hommes. La 3 première indication que fournit la connaissance de ! cette cause est de diminuer les agglomérations d’hommes, et de les éloigner, autant que possible, des i rivières.
3 Cette indication a été remplie par l’administration f; autrichienne lors de l’apparition du choléra-morbus à !t Vienne. On loua tous les appartements vacants de la il ville, et l’on réduisit de moitié, et meme des deux. •.1 tiers, en la disséminant dans ces appartements, la poi; pulation pauvre des maisons surchargées d’habitants:
; une partie de la garnison de la ville fut, en outre,
1 mise sous la tente, afin de diminuer l’encombrement des casernes. Les effets de cette mesure furent si heu- ;^reux, que les invasions de maladie tombèrent subitement de deux cents à cinquante, et qu’aucun soldat de i; la garnison campé ne fut pris du choléra.
A Varsovie , une rue étroite , parallèle à la Vistule , et Formée de maisons petites et humides, fut le siège presque exclusif du choléia ; la police fit évacuer ces liaisons, et le choléra cessa immédiatement parmi les labitants disséminés dans le reste de la ville, qui provenaient de ces maisons; il resta limité aux soldats et lUX prisonniers de guerre.
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L’évacuation complète d’une ville ou de plusieurs j quartiers d’une ville, à moins qu’elle ne soit un foyer d’infection bien dangereux, ne peut être opérée sans beaucoup (le difficultés, surtout dans une grande ville; il faudrait toujours ne recourir à ces moyens qu’avec rirconspection.il en serait de même de la dissémination j des habitants des maisons qui contiennent une agglo- ! mération trop considérable d’hommes. 11 est cependant j une partie de la population sur laquelle l’administration 1 a une influence directe : je veux parler des soldats et de la population flottante.
Pour les soldats , il faudrait toujours les retirer immédiatement de toutes les casernes, et , autant que pos- ! sible, des postes placés à peu de distance des cours jj d’eau; et mieux vaudrait, si l’on ne pouvait les loger li dans des bâtiments placés plus loin des rivières et sur des iij points élevés, les faire camper sous des tentes ou dans - |j des baraques, que les laisser dans des casernes où la ma- I ladie se propage avec d’autant plus de violence, qu’outre la situation défavorable de ces bâtiments il s’y trouve , une agglomération d’hommes dont un grand nombre < font des excès, et que la présence des malades, n’eus- , sent-ils que des prodromes au milieu des hommes sains,s i contribue à produire la maladie. Le campement dansai des baraques bien construites en planches (joubles , dont : l’intervalle se remplit avec de la paille, dans des lieiiïi • élevés et loin des rivières, est aussi sain, plus sain- '■ même que l’habitation d’une maison mal aérée, pour recevoir en même temps un grand nombre d’hommes, et offre les avantages d'une ventilation facile et de l’éloignement des causes générales de la maladie.
La population flottante se compose surtout des ouvriers qui viennent travailler dans les villes et qui ha-
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bitent chez des logeurs. Les lieux où habitent ces logeurs sont toujours les plus mauvais quartiers des villes , à cause des bas prix des loyers, et à cause aussi des rapports plus faciles qui se trouvent établis dans ces lieux entre les ouvriers qui couchent chez ces logeurs et les marchands d’aliments à bas prix. La maladie a sévi à Paris, sur les ouvriers habitant chez ces lo^^eurs , avec une violence excessive. On ne s en étonne pas quand on sait que ces logeurs accumulent chaque nuit, en aussi grand nombre que possible, dans des chambres étroites, non ventilées, des hommes vivant dans la malpropreté, et souvent dans des excès habituels de tout genre. On a vu tous ces ouvriers , entassés dans une même chambre chez ces logeurs, pris ensemble et enlevés ensemble par le choiera dans une seule nuit. La police municipale peut obliger les logeurs à ne recevoir qu’un nombre déterminé de personnes d’après l’étendue des chambres , et elle peut interdire les chambres malsaines des maisons des logeurs, ou meme interdire leurs établissements ; et même si le choléra vient à éclater, il est important qu'elle fasse plus , elle doit fermer tous les établissements de logeurs des quartiers voisins des rivières et des rues étroites, sales, humides et surchargées de population. Avec des baraques disposées dans les parties élevees et saines de la ville, ou avec des maisons, si l’on pouvait s en procurer , on offrirait un asile aux établissements des logeurs et aux personnes qui les fréquentent, loin du foyer de la maladie et des causes sous l’influence desquelles elle se répand.
L’autorité que la police a sur les établissements des logeurs, elle l’a également sur les ateliers où l’on rassemble des ouvriers en trop grand nombre, sur les écoles publiques, les prisons, sur les lieux de réunion;
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elle peut disséminer ces agglomérations d’hommes , ou | au moins les diminuer et les limiter.
Parmi les causes qui favorisent le développement du choléra, les excès de tout genre tiennent une grande i place. L’administration a des moyens de diminuer ces i excès, au moins parmi les hommes sur lesquels elle | a une action directe; les soldats, les prisonniers, les ! personnes qui habitent les hospices, etc. Il faut occu- ; per les soldats loin des lieux où ils pourraient se livrer ; à des excès de boisson, fermer les cantines des pri- ' . sons et des hospices, etc. Cette dernière mesure a eu 1 1 des résultats bien remarquables dans les hospices de 1 1 Paris; ces résultats démontrent aussi combien la so- < briété est utile contre le choléra; la maladie s’est pro- !i pagée lentement dans les hospices de Paris, et encore c’est parmi les sujets usés par les excès ou dans des dor- j toirs étroits et peu aérés qu’elle a surtout régné. On i peut citer un asile habité en général par des hommes j qui n’ont pas été dépourvus d’éducation, l’institution de j Sainte-Périne à Chaillot. Cette maison contient deuxcent soixante-deux personnes payant une petite pension et âgées de plus de soixante ans; elle est située; au milieu du quartier de Chaillot, où il y a eu un grand nombre de cholériques; elle n'a eu que deux malades, dont un seul est mort. L’hospice de La Rochefoucauld, habité par deux cents personnes des deux sexes, la plupart infirmes, qui paient une légère pension , n’a point eu de malades au milieu d’une commune qui a j été ravagée. i
Le plus grand nombre des malades du choléra que j’ai vus se livraient habituellement à des excès de boisson; il serait digne du gouvernement de tenter de diminuer le goût des liqueurs alcoholiques dans les
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classes pauvres. Je ne me dissimule pas cependant tout ce que cette entreprise offrirait de difficultés à vaincre; mais au moins ne faudrait-il pas craindre de les aborder dans les temps d’épidémie, surtout d’épidémie comme celle du choléra , qui attaque de préférence et avec plus ^ de violence les hommes adonnés aux excès de vin et d’eau-de-vie. De simples avis ne suffiraient pas, nous l’avons bien vu ici. Les classes pauvres n’ont aucune confiance dans les instructions de 1 autorité, et en cette matière comme en bien d’autres, on en est réduit à déplorer l’ignorance generale de cette classe de citoyens, et à appeler des institutions qui les éclairent.
Une des causes principales des maladies du tube digestif à Paris, est l’habitude d’une mauvaise nourriture composée surtout de charcuterie. Cette nourriture doit appeler toute la sollicitude de 1 autorité et des médecins; mais il faut encore ici se garder de changer rapidement et complètement le régime habituel de ceux . qui en font usage. Tout changement brusque de régime est dangereux dans les épidémies, et surtout dans celles de maladies qui ont leur siégé dans le tube digestif; il faut cependant reconnaître qu’un changement par lequel on substitue à des aliments indigestes et fort épicés, des aliments légers, doux, végétaux, n’a pas tous ces inconvénients et a même le plus souvent de grands avantages. Un changement en sens contraire ne ferait que multiplier les malades; et c’est surtout en cela que nous n hésiterons pas à placer au nombre des causes qui ont le plus contribué à répandre le choléra d’abord, et ensuite les maladies si nombreuses des voies digestives qui régnent maintenant dans les classes pauvres, les changements de régime conseillés par l’instruction populaire que l’administration , mal éclairée par ses conseils , a fait répandre. Des
3i2 traitement préservatif
personnes habituées à un régime composé de viandes blanches, de légumes herbacés et de boissons aqueuses, ont adopté tout à coup, sur la foi de cet écrit, l’usage des viandes grillées, noires, stimulantes, et du thé et des infusions aromatiques chaudes excitantes; elles ont joint à cela l’irritation des voies pulmonaires produite par le dégagement continu de chlore dans les appartements. Comment ne seraient-elles pas rapidement tombées malades, et quel médecin n’a rencontré dans sa clientelle de ces accidents causés par le changement de régime ? Le seul conseil sage que les médecins doivent donner sur le régime préservatif de cette maladie, est à ceux qui font des excès de n’en plus faire , et à ceux qui vivent sobrement de continuer à le faire. Un régime doux, adoucissant, à la fois animal et végétal, est toujours préférable à tout autre, et doit être continué par ceux qui y sont habitués, et adopté par ceux qui suivent un régime contraire.
Le plus grand nombre des malades du choléra ont été atteints pendant la nuit; beaucoup l’ont été à la porte des corps-de-garde dans les postes militaires; beaucoup après être rentrés tard chez eux le soir, surtout des spectacles, ou seulement de chez leurs amis; ces circonstances me paraissent d’un grand poids pour déterminer les préservatifs.
Outre l’influence qu’exercent les changements de température et l’humidité des nuits, il est possible que l’influence épidémique , dont l’atmosphère est le moyen, ne se trouvant pas atténuée pendant la nuit par l’action du soleil , agisse avec plus d’énergie. On a depuis long-temps remarqué que c’est surtout le soir et la nuit qu’on contracte les fièvres intermittentes dans les lieux où elles régnent, et les affections catarrhales
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épidémiques quand elles sévissent; il me paraît sage d’appliquer ces remarques au choléra-morbus , et j ai conseillé de s’abstenir de sortir le soir et la nuit comme préservatif de cette maladie; j ai aussi conseillé de se tenir vêtu chaudement et d’éviter les transitions brusques de température, et c’est une précaution qui a été généralement prescrite par tous les médecins.
Lorsque la manifestation du choléra est devenue probable à Paris, et plus encore lorsqu’elle a été certaine, un grand nombre de personnes, sur la foi de promesses au moins légèrement faites, se sont hâtées de se munir de camphre et d’en porter sur elles, tandis qu’elles saturaient l’air de leurs appartements avec le chlore dégagé du chlorure de chaux ou de soude; ces moyens n’ont eu aucune efficacité. J’ai vu des personnes atteintes de la maladie au milieu de ces drogues, et j’en ai vu beaucoup qui en ont été fort incommodées. L’odeur du camphre déterminait des migraines avec vomissements, qui frappaient de terreur les malades qui se croyaient alors atteints du choléra. Le chlore produisait des constrictions à la gorge, des toux; et je l’ai même vu déterminer une angine grave accompagnée de suffocation, de strangulation et d’aphonie, chez une dame qui avait placé dans les angles de sa chambre à coucher des plats tenus constamment remplis de solution de chlorure de soude qu’elle avait soin de renouveler.
Beaucoup de sécurité, le calme de l’esprit et le repos du corps, 1 éloignement de tout excès, un régime alimentaire doux et analeptique , tels sont les préservatifs les plus sûrs. 11 importe que les habitants d’un pays que cette maladie ravage soient bien convaincus qu’avec ces simples précautions ils se préserveront. La certitude
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dêtre ainsi à l’abri du mal qu’il faut d’ailleurs leur inculquer, tranquillisera les hommes à esprit faible, et maintiendra les personnes habituées aux excès dans une sobriété salutaire.