DESCRIPTION
du sommeil. Le i5, il y eut moins d’évacuations que la veille et des urines abondantes : la nuit semblait devoir être calme; mais vers minuit le malade s’éveilla subitement, avec une envie d’aller à la selle. Il rendit une quantité de liquide séreux qu’il évaluait à un litre. De ce moment, plus d’évacuations, mais anxiété précordiale immédiate qui dura le reste de la nuit, qui fut sans sommeil. Lei5, anxiété à l’épigastre, pesanteur aux hypochondres, bouche sèche , sentiment de pesanteur dans l’abdomen et à la racine du nez, faiblesse dans les jambes; malaise général, par instant vertiges. Le malade sortit après avoir pris un léger potage qui ne l’incommoda nullement, La nuit suivante fut assez calme; il y eut du sommeil qui fut troublé par des rêves, et plusieurs fois interrompu; les urines étaient rougeâtres et peu considérables. Le i6, pesanteur légère de tête, et sentiment de douleur sourde et gravative dans l’abdomen qui lui semblait tendu et élastique. Le malade éprouvait le besoin de prendre l’air; il sortit et alla traiter d’une affaire d’intérêt sans éprouver aucune incommodité. Il rentra à trois heures , se trouvant bien et ayant passé cinq heures hors de chez lui. A quatre heures, invasion subite du choléra avec la plus grande violence. A huit heures, il était dans la période asphyxique ; il périt à dix heures et demie.
Lorsque la terminaison ne se fait pas par l’explosion du choléra , ou la diarrhée s’arrête subitement , ou elle est terminée par une autre série d’accidents morbides.
Si elle s’arrête subitement et qu’elle ait été peu prolongée 5 soit que cette suppression soit le résultat d’un effort de la nature , soit qu’elle ait été provoquée par l’art, la tête devient pesante, et la tension à l’épigastre et aux hypocondres se fait sentir ; le pouls devient plein.
DES PRODROMES DU CIIOLÉR A-MORBÜS. 21 la peau sèche et chaude, et une hémorrhagie nazale se manifeste et guérit complètement le malade. Cette hémorrhagie est souvent remplacée par une soeur abondante qui se reproduit aisément, et qui va même, chez quelques sujets, jusqu’à amener une extrême faiblesse. La convalescence de cet état n’est ni franche, ni facile; la faiblesse persiste long-temps avec une opiniâtreté inconcevable ; il y a des malaises qui reviennent plusieurs fois par jour et qui sont comme rémittents. 11 se manifeste pendant quelques jours des alternatives de frissons légers et de sueurs ; l’ingestion des aliments, même les plus légers, est suivie au bout
de deux ou trois heures de borborygmes, de pesanteur dans l’abdomen, et surtout aux hypochondres, et de selles molles et comme d’indigestion.
La terminaison subite de la diarrhée est aussi quelquefois suivie de cet état insidieux dont je viens de donner un exemple, lequel se termine lui-même par 1 invasion du choléra; il est important de ne pas confondre cet état insidieux, intermédiaire à la diarrhée des prodromes et au choléra, avec l’état de souffrance que je viens de donner comme succédant à la suppression brusque de la diarrhée cholérique; car jamais ce dernier, quelque rebelle qu’il se montre aux moyens de lart, n’est suivi du choléra; au moins n’ai-je jamais vu celte maladie se manifester après cette espèce d’avortement des prodromes diarrhéiques.
Lorsque la diarrhée cholérique se termine par d’autres accidents morbides que le choléra, la fièvre se maniteste avec intensité, et s’accompagne d’une douleur gravaiive de la tête; les urines sont rares, la pean in-
T brillants, la langue
la.ge l„,m.de et pointillée à ses bords, une sueur abondante et profuse se manifeste , et les urines de-
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viennent rouges et sédimenteuses. Quelquefois des épistaxis surviennent.
Ce mouvement fébrile dure d’ordinaire quinze à vingt heures, quelquefois il se prolonge jusqu’au troisième jour. Le plus souvent il se reproduit deux ou trois fois en affectant une marche rémittente quotidienne ou tierce. Le redoublement est alors marqué par un léger frisson ; la sueur est quelquefois suppléée dans ces cas par l’épistaxis , et souvent aussi l’une et l’autre évacuation se manifestent en même temps ou successivement.
Si aucune épistaxis ne s’établit , si la sueur n’est pas abondante, la tête reste lourde, pesante, et le malade est dans un état semi-comateux, ou même dans un état comateux complet. Les urines alors se suppriment toutà-fait ou presque complètement , le ventre est indolent et cependant légèrement ballonné ; il n’y a aucune évacuation alvine, et les malades périssent par le coma. Je n’ai vu cette fâcheuse terminaison arriver que lorsque les malades n’avaient reçu aucun soin, ou ; avaient été traités dans l’ignorance absolue de la marche naturelle des accidents.
J’ai vu deux fois cette fièvre de réaction de la diarrhée cholérique suivie d’accidents d’arachnoïdite des plus aigusj je l’ai aussi vue cinq à six fois suivie d’une sastro -entérite très vive et bien caractérisée.
L’invasion du choléra arrive rarement lorsque lait diarrhée a fait place à l’état fébrile que je viens d’in--^ diquer ou lorsqu’elle s’y est jointe. Cela n’est pas ce- | pendant sans exemple : j’ai vu trois fois le choléra sc i manifester, et se manifester avec une grande violence 1 au milieu de ces accidents; mais celte manifestation a été le résultat, chez un des malades, de la vive impies- i
DJ^S PRODROMI'S DU CIIOLÉR A.-MORRUS. s3 sion morale qu’il a ressentie en apprenant !a mort de sa femme qui venait de succomber au choléra , et chez l’autre, d’un même sentiment, produit chez une femme très effrayée de la crainte du choléra, par l’imprudence d’un médecin qui annonça qu’elle avait cette maladie, et peut-être aussi par l’administration très dangei euse dans cette période de la glace à l’intérieur. Chez le troisième malade , l’explosion de la maladie fut provoquée par l’administration intempestive d’une potion rendue irritante par l’addition de l’huile de cajeput.
La diarrhée cholérique avec tous les accidents graves fjue j’ai décrits, avec une partie seulement de ces accidents, constitue pour beaucoup de médecins la première période du choléra. Si elle s’est accompagnée, comme cela arrive assez souvent, surtout chez les femmes, de un ou deux vomissements de liquides ingérés et de légères crampes, on en fait un choléra confirmé, dont on annonce la guérison comme le triomphe d’une méthode de traitement déterminée. C’est par ce petit moyen qu’on cherche à faire croire qu’on a guéri le plus grand nombre des cholériques que l’on a traités.
La diarrhée cholérique présente donc, lorsqu’elle suit naturellement son cours , des périodes et des caractères qu’il ne faut pas perdre de vue si l’on veut faire une bonne médecine rationnelle. Elle constitue à elle seule une maladie complète, bien qu elle soit le plus souvent l’accident précurseur du choléra. Cette maladie se résume ainsi :