SECTION IL
Symptômes du choléra-morbus.
Les symptômes du choléra confirmé diffèrent suivant la période à laquelle cette maladie est parvenue. La considération de chaque période correspond d’ailleurs à des lésions de l’organisme distinctes , et fournit des indications spéciales pour le traitement.
Je distingue dans le choléra confirmé cinq périodes; la maladie chez un seul individu ne les parcourt jamais toutes, à quelque terminaison qu’elle arrive, parce qu’il en est qui s’excluent l’une l’autre ; ces périodes dont l’enchaînement constitue la marche du choléra sont ;
ï“. La ipériodecVinvasion que je nomme période phlegmorrhagique ;
2®. La période d’état que j’appelle période cyanique; 3°. La période déextinction ou de terminaison funeste que je nomme période asphyxique ^
4°. La période de coction ou de réaction ;
5“. Enfin , la période de terminaison^ des crises et des métastases, enfin période de jugement de la maladie.
S. I. Première période. — Période d'invasion, ou période phlegmorrhagique. ‘
Quelques nausées avec un sentiment de plénitude à 1 épigastre et douleur de colique sourde autour de 1 ombilic, bientôt suivie d’une selle diarrhéique abondante, que le malade ne peut quelquefois retenir, ont
. phlegme , sérosité, et ptce je coule, ou plutôt
]e romps. J’ai préféré le mot phlegmorrhagie au mot phlegmator-
r lagie, parce que ce dernier est consacré pour désigner une certaine torme du corisa.
:^o SYMPTOMKS
ete le plus souvent les premiers symptômes de l’invasion du choléra; presqu’au même moment, le malade vomissait les aliments et les boissons qui avaient été ingérés. Dès cet instant, il ressentait à l’épigastre une douleur constrictive très violente accompagnée de la plus vive anxiété, et les selles et les vomissements se succédaient rapidement et presque sans interruption.
Après que les matières Ingérées dans les organes digestifs avaient été expulsées, le liquide excrété par les selles et par les vomissements était constamment un fluide alcalin , séreux, jaunâtre, d’odeur fade sui generis , tenant en suspension des flocons albumineux irréguliers non agglomérés, qui se déposaient au fond du vase et qui ressemblaient à du riz ou de l’orge crevé et désorganisé dans l’eau par l’ébullition. Le liquide qui surnageait était légèrement trouble, comme s’il eût tenu un mucilage en dissolution ; il était glutineux entre les doigts ; on voyait nager dans son milieu des flocons en forme d’enéorème, tantôt blanchâtres, tantôt rosés , ressemblant exactement aux flocons de fibrine décolorée du sang, qui nagent dans l’eau cbaude dans laquelle on a pratiqué une saignée de la veine saphène. La présence de ces flocons manquait assez souvent dans les produits des premières évacuations ; elle ne manquait jamais quand ces évacuations se prolongaient; elle était beaucoup plus évidente dans le produit des évacuations alvines que dans celui des vomissements. C’est au produit des évacuations morbides que nous venons de décrire qu’appartient la désignation de Jluide cholérique.
Le fluide cholérique des selles différait d’abord de celui des vomissements par une teinte jaunâtre et une faible odeur fétide; mais à mesure que la maladie faisait des progrès cette différence disparaissait, et les pro-
DU Ciror.ÉRA-MOHBUS. 3i
Juits des voinissemenis et des selles finissaient par ne pouvoir être distingués l’un de l’autre.
La matière cholérique des vomissements était chez quelques sujets, au début de la maladie lorsqu’elle ne débutait pas avec une grande intensité , colorée par la bile jaunâtre ou verdâtre; mais cette circonstance était très rare, presque toujours on ne voyait aucune trace de bile dans le produit même des premières selles et des premiers vomissements ; lorsque ces évacuations morbides s’établissaient, l’excrétion biliaire dans le duodénum était déjà suspendue.
Cependant les évacuations diarrhéiques se répétaient d'instant en instant, elles étaient bientôt presque continues et le malade ne tardait pas à ne plus avoir la sensation de leur issue. Les vomissementsse renouvelaient aussi très fréquemment ; ils se faisaient sans de très grands efforts, et ils amenaient toujours l’expulsion d’une quantité assez considérable de fluide cholérique.
Des crampes très douloureuses se manifestaient presque en même temps que les vomissements, dans les orteils d’abord, puis dans les mollets, ensuite dans les muscles des doigts et des bras , et enfin dans presque tous les muscles du corps; ces crampes se reproduisaient de minute en minute, et faisaient pousser des cris aux malades. Ces crampes consistaient dans la contraction convulsive et involontaire d’une portion d’un muscle, tantôt dans une partie de ce muscle et tantôt dans l’autre. Toutes les fibres musculaires étaient ainsi successivement affectées. Jamais la totalité d’un grand muscle n était affectée de manière à donner au membre une roideur comme tétanique. On sentait à l’extérieur, au siège d’une crampe, une tumeur dure entre deux dépressions produites par les parties tirées et non encore contractées du muscle.