SYIMPTOMKS
Pendant que les crampes se manifestaient et souvent avant même qu’elles existassent, les malades se plaignaient de douleurs vives comme lancinantes dans différentes parties du corps, et notamment à la région du cœur, au-dessous du mammelon et sur les hypochondres , quelquefois le long des cuisses dans le trajet des nerfs sciatiques. Fort souvent, ils ressentaient comme une ceinture de ces douleurs , suivant probablement le trajet des insertions diaphragmatiques.
Un froid général se répandait sur les extrémités, souvent il s’accompagnait de tremblement, de frissons , etl bientôt la peau des doigts et des orteils se ridait et de-* venait pâle et dans cet état de corrugation où elle se présente sur les doigts qu’on a tenus pendant quelques* temps plongés dans l’eau ou enveloppés dans un cataplasme émollient; les ongles devenaient pâles et lé— èrement livides.
Le pouls était concentré, vite, et le devenait de plus en plus de moment en moment ; il avait toujours unecl fréquence supérieure à celle de l’état physiologique.’. Il donnait le plus souvent de quatre-vingt-dix à cenk puKsations par minute chez les adultes.
La tête était le siège d’une pesanteur que les ma-i lades n’accusaient ordinairement que lorsqu’on y appe lait leur attention.
Les yeux s’entouraient d’un cercle livide et s’exca^ valent de plus en plus à chaque minute, pour ains dire à chaque vomissement.
Les traits étaient grippés et portaient l’empreint <l’une sorte de stupeur qui donnait au fades un ca ractère constant et particulier à cette maladie. Gt faciès a été reconnu partout où la maladie a régné et sur tous les malades; il a été désigné sous le nor de fades cholédque ; on le caractérise ce me sembl
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assez bien , en disant que les saillies musculaires des muscles de la face, et les dépressions de ses rides deviennent plus saillantes; que l’anxiété, Tagitalion et la stupeur se peignent ensemble sur les traits des malades. Quelle qu’ait été la terreur que la maladie ait imprimée aux malades avant qu’ils en fussent atteints, elle avait à peine commencé à sévir sur eux qu’ils paraissaient abattus et comme hébétés, n’énonçant que leurs douleurs et ne manifestant aucune crainte de la mort. Je n’en ai point vu pleurer, et je n’ai point aussi remarqué qu’ils parussent sensibles à la manifestation du chagrin de leur famille autour d’eux.
La langue était humide , plate , large, blanche, et devenait bientôt livide, ainsi que les lèvres. Les malades demandaient avec instance des boissons froides, et se plaignaient de froid des extrémités, et d’une sensation d’ardeur à l’épigastre.
La sécrétion des urines diminuait dès le début, elle se supprimait presque toujours dès que le choléra était confirmé.
La première période de la maladie marchait, dans les cas les plus graves, avec une telle rapidité que la succession des symptômes que nous venons d’indiquer n était plus évidente ; ils semblaient se manifester tous à la fois , et le malade arrivait en quelques instants à la deuxième période. Ainsi l’on voyait tout d’un coup toute la surface du corps devenir livide et froide, les yeux s excaver et s’entourer d’un cercle bleuâtre, le pouls devenir onduleux et presque insensible, pendant que les selles et les vomissements se succédaient rapidement, bien que dans ces cas très graves dès leur invasion, ces évacuations fussent, en général, moins abondantes que lorsque la marche du choléra était moins rapide.
SYlUPTOAir.S
Une clame de cinquante-un ans, d’une faible constitution, sortit le 21 avril en bonne santé pour aller à 1 église ; elle y fut témoin de l’arrivée successive de plusieurs présentations de corps que dans ces jours de désastre on apportait par charretées : ce spectacle la frappa; elle fut immédiatement prise de vertiges avec sentiment de malaise général. Pour dissiper cet état , elle alla faire une visite à une grande distance. L’altération de ses traits était telle que la personne chez laquelle elle alla en fut frappée. Elle se fit ramener chez elle en voiture, et se mit au lit; elle but de l’infusion chaude de menthe , se fit entourer les pieds de bouteilles remplies d’eau chaude; une légère sueur s’établit, il en résulta un mieux être marqué. Le 12, elle eut une lassitude générale et cjuelques vertiges toute la journée; elle mangea, à quatre heures, deux œufs frais pour tout aliment. Une heure après l’ingestion de ces œufs, elle fut prise en même temps d’un violent froid des extrémités, d’une selle diarrhéique qu’elle ne put retenir, et d’un vomissement des aliments qu’elle venait de prendre. Le vomissement et l’excrétion alvine se renouvelèrent au bout de quelques minutes et s’accompagnèrent de crampes dans les orteils, d’une vive douleur à la région du cœur, et d’une anxiété générale excessive. Arrivé auprès de cette dame, une heure après l’invasion de ces accidents, nous trouvâmes déjà le faciès cholérique bien prononcé, la langue froide et livide, les yeux profondément excavés, la corrugation des doigts des mains qui, ainsi que les pieds, étaient froids au toucher, et devenaient de plus en plus livides et bleuâtres à chaque instant. Le pouls était à peine sensible; il était onduleux, serré, et donnait cenl pulsations; les crampes étaient continuelles , atroces, surtout quand elles attaquaient les muscles masséters;
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les vomissements étaient très pénibles et donnaient issue à une petite quantité de liquide séreux trouble; les selles ne se suspendaient pas, elles avaient les caractères cholériques; lepigastre était le siège d’une vive douleur qui augmentait à la pression et causait une très crrande anxiété à la malade. Une saignée du bras immédiatement pratiquée ne fournit qu’une once de sang noirâtre, visqueux, et ne put entraver les accidents. J’administrai aussi inutilement une potion stimulante opiacée avec l’acétate d’ammoniaque et le laudanum. Deux heures et demie après l’invasion , les extrémités bleuâtres devenaient violettes, molles, pâteuses au toucher, et enduites d’une sueur froide et visqueuse. Les évacuations étaient presque entièrement supprimées ; les crampes étaient devenues rares et n’existaient plus que dans les masséters. Ainsi la période cyanique avait commencé aussitôt que la période phlegmorrhagique, et la période asphyxique avec la période de cyanose : la maladie marchait sous nos yeux avec une rapidité extrême ; la mort arriva au bout de quatre heures et demie de l’invasion.
Nous avons vu des cas où les évacuations phlegmorrhagiques ont été nulles; cesontcescasque l’on a observés dans toutes les épidémies, qu’on a désignés sous le ; nom de choléra sec ; dans ces cas , l’excrétion morbide 1 n’a pas moins lieu, mais son produit est retenu dans le I tube digestif , et l’abdornen , ordinairement rétracté vers \ le rachis dès le début de la maladie, est alors dilaté ‘ et donne à la main qui l’explore la sensation d’un empâtement mou et indolent. Le choiera sec se caractérisait donc seulement à sa période d’invasion par tous les f symptômes qui viennent d’être indiqués , moins les éva- . ouations extérieures ; mais il présentait de plus et comme symptôme dominant une anxiété, une angoisse épi-
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gastrique excessive , qui tourmentait les malades à un degré inexprimable. J’ai observé ce choléra plus souvent chez les enfants que chez les adultes, je l’ai vu faire périr en cinq heures un enfant de dix mois.
Dans les cas les plus ordinaires, la période phlegmorrhagique ou d’invasion durait deux à trois ou quatre heures; il n’était pas très rare de la voir se prolonger jusqu’à vingt-quatre heures , et nous avons vu quelques malades , au troisième jour de l’invasion , qui n’avaient pas atteint la deuxième période. Dans ces cas heureux les symptômes se succédaient avec plus de lenteur, et étaient toujours moins intenses.
Simon, âgé de dix-sept ans et demi, cordonnier, rue de la Savonnerie, avait été affecté de dévoiement tout l’hiver ; il était bien nourri et ne faisait pas habituellement d’excès; il habitait Paris depuis le 17 janvier. Le 29 mars à sept ou huit heures du matin, selle diarrhéique après une légère douleur abdominale; quelques instants après, quelques crampes des pieds qui ne l’empêchaient pas de marcher. A huit heures du soir, vomissements des aliments seulement, point de selles ni de vomissement pendant la nuit, seulement quelques douleurs à l'épigastre et soif assez intense. Le 3o au matin, deux vomissements et trois selles liquides abondantes de matières aqueuses, légèrement jaunâtres, sentiment de chaleur épigastrique intense; il fut apporté le soir en cet état à l’Hôtel-Dieu : épigastre indolent à une forte pression, crampes des orteils, nausées, yeux excavés et entourés d’un cercle livide ; le faciès n’est pas encore altéré comme celui des cholériques confirmés; vomissements rares et selles liquides assez abondantes, mais peu fréquentes; froid des extrémités qui ne sont pas livides; pouls faible, mais très sensible, régulier, donnant quatre-vingt-deux pulsations par minute ; la langue est encorechaude; il n’a
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pas uriné depuis lematin.(Pmt:^. 'FriciionssiiiuTilanles sur les extrémités; potion avec acétate d ammoniaque, § {?; opium, G. iij; d’eau de cannelle, | iij, et ^ ij de sirop, à prendre par cuillerée dans 1 eau de tilleul chaude). Dans la soirée, fièvre vive, peau chaude, pouls à quatre-vingt-quatre pulsations , développé. Il y a des vomissements fréquents après l’ingestion des boissons. Le3i mars, pouls large, ondulant, à quatre-vîngt-quatre pulsations, chaleur halitueuse; les vomissements continuent après l’ingestion des boissons. {^Prescription : Cataplasmes sur le vemtre avec la camomille et le vinaigre, potion alumineuse et eau froide pour boisson, sinapismes aux extrémités). Le soir, il y eut encore cinq vomissements et trois selles, mais plus de crampes, chaleur à la peau, pouls à quatre-vingt-douze pulsations, ondulant, retour des urines. Le i" avril, peau chaude, halitueuse, pouls large, plus d’évacuations; sueur très abondante et urines sédimenteuses qui se reproduisent pendant troisjours; on donne du bouillon froid qui est supporté. Convalescence.
Dans le choléra où l’invasion se faisait ainsi lentement , les urines ne se supprimaient d’ordinaire pas complètement au moins au début ; la respiration qui était très anxieuse et semblait incomplète dès la manifestation du choléra à développement rapide, restait large et peu accélérée; le pouls conservait aussi plus de force, et les crampes étaient moins fréquentes et moins douloureuses.
Des évacuations des cholériques de la première pé- I riode, c’était toujours la diarrhée qui était févacuaiion I la plus considérable; beaucoup de cholériques ne vot inissaient pas : quelques uns même n’avaient que des
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nausées. Ces derniers avaient toujours des crampes moins vives. '
Les femmes présentaient le plus souvent, dès l’invasion , des crampes beaucoup plus vives que les hommes, et chez elles j’ai généralement remarqué que l’invasion se faisait moins brusquement, et que les accidents croissaient avec une progression plus lente.
J’ai vu plusieurs fois les malades rendre par les selles et les vomissements des vers lombrics qui étaient toujours morts.
Dès l’invasion delà maladie, les malades répandaient tous une odeur fade, suigeneris, qui se rapprochait de celle du lait tourné. Cette odeur se trouvait aussi dans les liquides vomis et excrétés par l’anus ; lorsque ces derniers n’avaient plus l’odeur de matière fécale, à la vérité, peu prononcée, qu’ils conservaient au commencement.
J^e caractère de la période d’invasion du choléra se trouve dans les évacuations séreuses. Plus ces évacuations se faisaient rapidement, plus la marche des accidents était rapide; car ces accidents sont plutôt en rapport avec la rapidité des évacuations qu’avec leur quantité. Chez les individus frappés du choléra qui pourrait s’appeler foudroyant évacuations, et surtout les éva-
cuations alvines , étaient continues; le liquide séreux coulait del’anus comme d’un vase inerte ; et lorsque chez ces personnes, le choléra était presque ou même toutà-fait sans évacuations extérieures, le liquide distendait les intestins, et déterminait par sa présence un sentiment de plénitude et une anxiété des plus vives qui mettaient les malades dans un état d’angoisse inexprimable; la rapidité de la distension de l’abdomen
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ei du développement du froid , qui est constam- „,ent Connexe avec la phlegmorrhag.e , prouvait luen ru’alors le produit de l’excretion était verse dans les intestins où on le trouvait en effet distendant tout le tube digestif à l’ouverture du corps ; c’est alors une phlegmorrhagie interne qui s’opérait.
Un employé âgé de quarante-quatre ans , habitue a une vie très sobre , avait depuis la veille des vertiges et une céphalalgie gravative incommode. Le 8 avril, rentré chez lui , il mangea très peu de soupe grasse sans <tppétit. Le malaise augmentait ; après le repas il se coucha. Le 9, au matin, on le trouva sur son ht , ayant jeté au loin ses couvertures, la poitrine decouverte, dans un état d’abattement et de stupeur ; la face était livide, les yeux excavés; tout le corps était violâtre, le pouls insensible, la peau couverte d’une sueur visqueuse, la respiration très accélérée et haute, superficielle , le ventre tendu et ballonné sans dureté. U témoignait une vive douleur quand on exerçait une pression au-dessous des hypochondres ; la parole était presque éteinte. Il déclara qu’il était dans cet état depuis le milieu de la nuit ; il n’avait eu aucune évacuation ni par la bouche, ni par l’anus ; il périt à neuf heures du matin. A peine était-il mort que l’anus donna issue à une grande quantité de liquide aqueux, légèrement rougeâtre. Ce fluide continua a couler sans interruption pendant deux heures, et la pression que j exerçai sur le ventre deux heures et demie après la mort, en fit encore sortir beaucoup de ce fluide séreux cholérique. On estima la quantité du liquide qui sortit ainsi après la cessation de la vie, à dix à douze litres.
SYMPTÔMES
§. If. 2® Période. — Période d'état ou période cjanique.
J3ientôt à la lividité qui se manifestait sur les extrémités dans la première période, à mesure que le froid faisait des progrès , succédait une teinte bleue livide des extrémités, de la face et enfin de tout le corps. Le pouls s’affaiblissait eft, augmentait de fréquence jusqu’à donner cent dix , cent vingt et cent trente pulsations par minute chez les adultes. La langue était décolorée, livide et froide au toucher; les lèvres l’étaient également, les extrémités froides; toutes ces parties donnaient au tact du médecin la sensation que donnerait une partie morte.
Le tronc, surtout à la poitrine, conservait de la chaleur ; la respiration était anxieuse et haute; le cœur battait avec assez de force, mais ses battements étaient courts et souvent simples: on n’entendait plus alors que faiblement le bruit qu’on a attribué à la contraction des oreillettes, ou , pour parler plus correctement, le bruit qui correspond à la dilatation des ventricules.
Les vomissements se ralentissaient et même se suspendaient tout-à fait, les évacuations alvines continuaient presque sans interruption dans les cas où la marche du mal était très rapide, et se ralentissaient aussi dans les cas où les accidents se succédaient avec moins de rapidité. Les crampes persistaient, mais elles étaient de moins en moins prolongées et douloureuses.
Les yeux étaient retirés au fond des orbites; la voix devenait d’abord rauque, prenait un timbre particulier qui constitue la voix cholérique., s’affaiblissait et s’éteignait.
L'odeur cholérique qu’exhalent les malades se prononçait de plus en plus.