DU CHO LÉ H A - M O K BUS
Tant que la teinte cyanique n’a pas envahi toute l’étendue des membres et la face, tant que les évacuations par la bouche et par l’anus ne sont pas ralenties , et que l’anxiété et même la douleur épigastrique , et les crampes qui tourmentent si cruellement les malades, n’ont pas cessé, ou au moins ne sont pas notablement diminuées , la période cyanique est croissante ; mais aussitôt que la teinte livide, bleuâtre, est presque généralement répandue sur tout le corps, dès que l’anxiété épigastrique et les crampes qui accompagnent les vomissements sont calmées , aussitôt que les évacuations sont devenues rares et même souvent nulles, la période cyanique est contirmée. Les malades ne se plaignaient plus ordinairement alors que d’une sensation d abattement et de faiblesse; ils éprouvaient le plus souvent une soif très intense et désiraient des boissons froides , la respiration était haute et semblait gênée par le poids des couvertures que les malades rejettaient loin d eux; les urines, si elles n’étaient pas entièrement supprimées dès la période phlegniorrhagique , se supprimaient tout-à-fait; les fosses nazales étaient desséchées, les yeux n’avalent plus de larmes et les conjonctives se séchaient et s’injectaient : aucune sécrétion ne se faisait plus dans l’organisme.
On peut avec exactitude comparer les malades dans la deuxième période confirmée, relativement à 1 aspect qu’ils présentent, à des noyés au moment où on les retire de l’eau.
Ces malades ne sont point dans un état d’adynamie , ils se retournent dans leur lit , se mettent même sur leur séant sans défaillance. Us ne se plaignent pas du froid des extrémités quand la teinte bleue est tout-à-fait établie, mais jusque-là ils demandent qu’on réchaulfe
SYMPTÔMES
leurs membres; leur insensibilité h la privation de chaleur dans la période cyanique confirmée est telle qu lis supportent sans manifester aucun sentiment pénible les affusions froides.
Chez un grand nombre de malades l’épigastre était douloureux à la pression ; beaucoup se plaignaient d’une douleur gravatlve au-dessous des hypochondres.
L’abdomen était rétracté, excepté chez ceux qui n’avaient pas eu d’évacuation.
La période d’état confirmée se caractérise donc par la teinte bleue livide de tout le corps, le froid général, le froid de la langue, l’affaiblissement du pouls et la respiration accélérée et sublime. Le faciès, le timbre de la voix demi-éteinle, l’attitude, la lividité de la peau, caractérisent si complètement le choléra à ce degré , qu’il n’est plus possible de méconnaître à la vue cette maladie, lorsqu’on l’a observée une fols: traits concentrés, face livide, yeux caves et demi fermés, lèvres plus livides que le reste de la face, affaissement, oppression du malade qui paraît avoir conservé, lorsqu’on l’interroge, toute son intelligence , et qui cependant reste abattu, accablé , paraissant ne concevoir aucune idée, ni être affecté de son état. Tantôt il est couché en suppination , la tête ordinairement jetée de côté, et à un certain degré renversée, la poitrine et les mains découvertes, les jambes légèrement fléchies et écartées. Tantôt il est couché sur le côté, la tête demi fléchie , le tronc aussi fléchi , souvent une main appliquée sur le ventre et l’autre découverte sur le lit; Tanxiété, l’agitation , le font changer à chaque instant d’altitude ; il en change avec lenteur et avec une sorte d’indifférence.
Le sang, dans la période cyanique, a perdu de sa température naturelle, un thermomètre introduit dans la
DU CHOLÉRA-MÜRBUS. 4^
veine céphalique a montré que ce fluide était descendu
22 23 et 25 de<^rés Réaumur. Le même instrument
introduit sous la langue du malade indique le même
abaissement de température.
Les veines du bras vidées par une friction sur leur trajet se remplissent lentement, mais immédiatement. Le sang tiré de ces veines est noir, visqueux, coule en bavant et même goutte à goutte et ne fournit en se coagulant qu’une quantité très petite de sérum; le caillot ne ?oxide pas à Vair à sa surface comme le caillot du sang ordinaire, il est d’un brun uniforme ou présente des taches foncées entre des marbrures plus ronges, comme s’il se faisait un départ de la matière colorante noire; ce sang coagulé a l’aspect et la consistance de gelée de groseilles : il n est plus alcalin comme dans l’état physiologique.
§. III. 3' Période. — Période asphyxique.
Dans cette période, les évacuations par haut et par bas étaient peu considérables et même le plus souvent tout-à-fait suspendues. La peau était d’une teinte bleue livide générale, qui devenait d abord framboisée et ensuite violâtre aux extrémités. Des taches violâtres irrégulières se manifestaient sur différentes parties du corps. Ces taches formaient souvent des marbrures et des vergetures dont la teinte variait du violet foncé au noir. J ai vu cette teinte noire disséminée par plaques sur la peau, dont le fond était uniformément violâtre. Ces plaques avaient de dix à quinze lignes de diamètre, et étaient exactement circonscrites. Je les ai vues dépendantes de véritables ecchymoses noirâtres dans les parties ou le tissu cellulaire est très lâche, aux mamelles, sur les côtés du col, sur les paupières, sur le pénis qui est
41 SY.MPTÔlVrKS
alors dans un état de demi-érection j j’ai vu une fois entre ces taches la peau bleuâtre parsemée d’une multitude de points violâtres comme des pétéchies. Les yeux étaient profondément excavés, les traits affaissés, la la ngue d’un pâle bleuâtre, froide au toucher, et enduite d’un mucus glutlneux qui collait aux doigts. L’haleine était froide, la respiration haute se ralentissait et se faisait avec efforts, les battements de cœur étaient faibles, courts et simples. Le pouls était insensible, ou , s’il se sentait encore, ce n’était plus qu’un léger frémissement sous le doigt.
Les veines sous-cutanées étaient presque vides ; si elles paraissaient distendues, elles s’affaissaient après qu’on les avait comprimées par une friction ,un sillon livide marquait alors leur trajet, et elles ne se remplissaient plus. Si on les ouvrait, on n’obtenait plus de sang, ou il n’en sortait que quelques gouttes de sang noir. Les artères radiale et temporale ouvertes ne fournissaient que quelques gouttes de sang noirâtre. Des ventouses scarifiées à la profondeur de cinq à six lignes ne donnaient pas de sang. Les sangsues appliquées ne se remplissaient plus.
La peau était couverte d’une couche de sueur visqueuse qui s’attachait aux doigts; la chaleur générale était moins abaissée que dans la période précédente, et à mesure que la période asphyxique se prononçait, la température du corps s’élevait au point que chez quelques malades lâ peau acquiéralt une température presque égale à celle de l’état physiologique, qui contrastait avec le froid de la langue et de l’haleine. Cetéchauffement général avec lequel la teinte bleue devenait rapidement violâtre et la peau promptement enduite de la sueur visqueuse, était souvent le produit d’une chaleur artificielle communiquée au malade par une médication mal conçue, et qui hâtait toujours la terminai-
DU CirOLɫA-MORBUS. 4^
son fatale. Les cholériques à cet état acquièrent la température des corps ambiants sans résistance comme le îèralent des corps morts ou les corps des sujets asphyxiés
par congélation. ' ^
Dans cet état où la voix était presque eteinte, parce que
la respiration n était plus assez profonde, les malades se plaignaient d’anxiété épigastriq.ie et de faiblesse générale; ils demandaient encore à boire froid avec insistance;'mais ils déclaraient qu’ils étaient très soulagés, qu’ils ne souffraient plus d’aussi vives douleurs ; ils rejetaient à chaque instant les couvertures et s’agitaient dans leur lit, parce qu’ils sentaient de l’étouffement.
L’attitude des malades dans cette période est celle que j’ai signalée en décrivant la période précédente; dans l’asphyxie même déjà très avancée, ces malades se retournent dans leur Ht, changent de position , s’agitent sans que les forces musculaires semblent diminuées en proportion de la gravité de leur état. J’en ai vu se lever de leur lit pour chercher dans la station un soulagement à l’oppression qui est le symptôme qui les fatigue le plus, ou plutôt qui est le seul symptôme dont ils souffrent. Lorsque la gêne de la respiration devient excessive, l’attitude des malades dans leur lit s’y accomode, ils se couchent ordinairement sur le dos , la tête demi -renversée, les bras écartés du corps dans la demiextension, la poitrine élevée et découverte. L’auscultation fait reconnaître au faible bruit de pénétration de l’air qu’on perçoit, que l’inspiration ne fait qu’à peine i arriver l’air dans le poumon.
J’ai vu une fois sur un malade à la période as- I phyxique un sphacèlc de l’extrémité de la langue. J’ai
' vu deux fois en ville des vésicatoires qui avaient été
; appliqués dans les périodes précédentes se gangréner, ou
4^ SYMPTÜMF.S
au moins prendre l’aspect gangréneux par leur noirceur,
I insensibilité, la dureté et la dépression de leur sni f'ace. J ai cru que cette circonstance, qui ne s’est jamais offerte à moi dans ma propre pratique, dépendait de ce qu’on avait trop fortement rechauffé ces malades.
A mesure que cette période se prolongeait, les yeux se portaient en haut; les paupières se rapprochaient et restaient à demi-closes; la cornée transparente devenait légèrement opaque, s’affaissait et se ridait; la sclérotique jaunissait et se desséchait dans la zone qui restait exposée à l’air par la non occlusion des paupières , au point qu’au moment delà mort, les sclérotiques desséchées laissaient voir les choroïdes au travers de leur tissu jauni et comme parcheminé.
Les facultés intellectuelles subsistent encore chez les malades dans la période d’asphyxie, elles ne semblent s’éteindre qu’avec la vie; cependant, elles sont comme opprimées et annulées dans l’état semi-comateux où sont les malades dans cette période. Cet état semi-comateux n’est pas le coma des maladies cérébrales, c’est une sorte d’indifférence sur tout ce qui arrive autour du malade, même sur sa propre position.
II faut vivement exciter ces malades pour qu’ils prêtent attention; lorsqu’on les y a amenés, on ne peut douter qu’ils ne comprennent ce qu’on leur dit, mais on ne remarque point en eux qu’ils jugent bien l’importance et la nature des pensées qu’on leur communique.
Les sens sont lésés chez les cholériques à un haut degré, même dans la période cyanique, mais surtout à la période asphyxique; quelques uns sont tout-à-fait sourds, le plus grand nombre ont l’ouïe tout-à-fait dur; j’en ai vu deux qui se plaignaient d’être aveugles, quoi-
Il U CHOLÉRA-MORBUS. 4?
que leurs yeux ne présentassent encore aucune lésion ; Lis tous ont la vue très affaiblie. Cette lésion paraît être le résultat de l’obscurcissement de la cornee par
le dessèchement progressivement croissant et existant
toujours, ne fùt-ce qu’à un faible degré , dune couche légère de mucosité sur cette membrane diaphane. Le croût est tellement perverti, qu’ils ne peuvent juger du goiit des boissons. J’en ai vu qui ne percevaient pas le <Toût très désagréable d une dissolution de sulfate de soude à saturation. Je ne sais si 1 odorat est entier encore, je pense qu’il n’existe plus à cause du dessèchement de la pituitaire. Quant au tact et à la sensibilité générale, ils sont tellement affaiblis, que j’ai vu des malades ne pas percevoir de douleur au contact de l’eau bouillante; dans tous les cas, l’action des irritants tels que les sinapismes, les vésicatoires , et même des corps incandescents est faiblement perçue. Cette insensibilité n’empêche cependant pas les malades de sentir des douleurs comme névralgiques très intenses dans les membres, dont ils se plaignaient souvent dans celle période.
L’aspect d’un cholérique dans cette période d asphyxie est véritablement hideux; il s agite continuellement; ses traits et l’aspect général de sa peau sont cadavéreux, aucune fonction organique ne semble se faire en lui, et cependant il reste encore vivant pendant quelques heures. 11 passe à l’état de cadavre progressivement et à mesure que le cercle circulatoire se re- I trécit , car l’extinction des battements artériels se fait ij progressivement de la circonférence au centre. Ce
! rétrécissement graduel de la circulation ne se fait pas que dans le grand arbre artériel , l’état d’anémie des artères dans le tissu celluleux des poumons contrastant
SYMPToni i;s
avec l’état d’engorgement des vaisseaux de la racine de ces organes en est une preuve. Le passage de la vie à la mort est si peu marqué dans la période asphyxique, qu’on ne peut souvent reconnaître l’extinction de la vie qu’à la rigidité cadavérique qui commence presque immédiatement et existe déjà aux extrémités, quelques minutes après que des faibles et derniers mouvements d’inspiration ont pu encore être remarqués. La mort arrive par l’extinction progressive de la respiration , consécutivement à l’état de la circulation; voilà pourquoi elle arrive sans râle. Les bronches sont sèches et vides, et les mouvements du thorax nes’arrêtentqu’après l’action des poumons.
Le sang s’obtient très difficilement en quantité appréciable dans la période asphyxique; cependant quand on en obtient, il est noirâtre et visqueux, tout-à-fait dénué de sérum. J’ai vu dans cet état ce fluide entièrement coagulé dans les veines et être extrait à leur incision dans des tentatives de phlébotomie comme un ver sortant de la veine. Les artères radiales et temporales ouvertes ne fournissent pas de sang.
Les évacuations alvines qui sont quelquefois encore très abondantes dans la période asphyxique sont le plus souvent formées d’une matière liquide, trouble, d’un jaune-rougeâtre, quelquefois même rouge-brique, d’une odeur de cadavre bien prononcée.
§. [V. 4* Période. — Période de coction ou de réaction.
La réaction s’annoncait par le développement du pouls qui devenait de plus en plus sensible aux artères radiales; le froid des extrémités disparaissait graduellement, et à mesure que le pouls se relevait, la respiration devenait plus large, plus profonde; la teinte
DU CHOLJillA-MOP.BUS. 49
livide de la peau diminuait, les vaisseaux sous-cutanés s’injectaient, et une sorte de turgescence des tissus succédait à cet état d’affaissement, de corrugation qu’ils présentaient auparavant, et qui donnait aux mains 1 aspect ridé qu’elles prennent par une macération proloncrée dans l’eau chaude. Cette turgescence^ marche du ^tronc aux membres, tandis que la lividité et l affaissement des tissus ont marché des membres vers le tronc. C’est surtout à la façe que cette turgescence se manifeste le mieux. La face devient vultueuse, les yeux s’injectent, la voix devient plus forte et brève, la chaleur se rétablit partout, la peau est bientôt halitueuse et ne tarde pas à se couvrir d’une sueur peu abondante. Le malade tombe dans un état d accablement , de demi-assoupissement dans lequel il n éprouve aucune douleur.
Pendant que la réaction s’établit ainsi, les crampes ont cessé, elles sont ordinairement le premier symptôme qui disparaisse au moment de la coction ; les vomissements cessent ensuite 5 les évacuations alvines sont moins fréquentes, et les urines ne tardent pas à se rétablir.
Si la maladie a été peu intense, si la période cyanique n’a pas existé, la réaction termine la maladie en déterminant une crise favorable et facile, la fièvre s’allume, le pouls devient large, une sueur générale s’établit et se renouvelle plusieurs fois dans les vingt-quatre heures qui suivent la réaction complète comme à la terminaison des paroxysmes fébriles. Pendant ce temps, les évacuations alvines diarrhéiques et les vomissements s’arrêtent, les fonctions se rétablissent, et la guérison s’opère.
I/Orsque la maladie a été portée à un certain degré
SYMPIOMRS
d’intensilé, et toujours lorsque la période cyanlque a i été bien développée, la réaction s’établit avec difficulté; le pouls prend une fréquence extrême sans devenir i très large et très résistant, la langue se sèche et rougit, : la tête devient pesante, les urines ne se rétablissentqu’avec peine, et versées dans la vessie s’y accumulent quelquefois au point qu’il faut les extraire par la sonde.
La peau conserve de la lividité malgré la turgescence et l’expansion de son tissu, des frissons fréquents se manifestent; le malade se trouve dans un état de bien être | trompeur; des vomissements reviennent de temps à antre après l’ingestion des boissons, fies selles continuent à être diarrhéiques ; elles donnent issue à un liquide trouble, épais, rougeâtre, inodore.
Lorsque la réaction est ainsi imparfaite et insuffisante pour préparer le jugement de la maladie, la mort arrive souvent pendant sa durée, par un affaiblissement progressif de la circulation et de la respiration. Cet affaiblissement s’annoncait par une faiblesse du pouls à chaque instant croissante; des frissons erratiques, suivis rapidement d’une légère sueur visqueuse et peu abondante; une accélération remarquable de la respiration avec anxiété épigastrique. Les urines et même toutes les sécrétions restaient supprimées, la langue et les exlré- i mités des membres restaient froids au toucher. Le ma- > lade était dans un état d’accablement, dans lequel les t forces avaient quelquefois tellement diminué qu’il crai- • gnait de se remuer dans son lit pour ne pas tomber en r défaillance. La face avait conservé l’empreinte cho- r lérique, et la voix faible avait encore le timbre propre ' à cette maladie. La couleur de la peau, dans cet état, J était faiblement livide sur les extrémités, mais souvent m elle était naturelle. J’ai vu plusieurs fois cet état adynamique dans la réaction commencer par un flux très
ni) CllüLÉRA-MOHULS. 5l
abondant d’urines claires et se prolonger deux ou trois jours avant d’amener la mort; mais le plus ordinairement il était beaucoup plus court, une demi-journée, une journée au plus séparait sa manifestation de la terminaison fatale.
La forme adynaniique si redoutable de la réaction que je viens de décrire n’arrive pas seulement lorsque la maladie a atteint un haut degré de gravité , quoiqu’elle soit cependant plus fréquente dans cette dernière circonstance; le hiit suivant est un exemple de celte forme dans un choléra peu avancé. Un cordonnier âgé de vingt-huit ans, d’une constitution affaiblie par une succession de rhumatismes aigus depuis quatre ans, fut pris, le i3 avril, des symptômes du choléra, après des prodromes diarrhéiques qui avaient duré quatre jours, et avaient été peu intenses; arrivé auprès de lui deux heures et demie après l’invasion, je le trouvai dans la période cyauique commençante; il se réchauffait, les vomissements étaient suspendus, et le pouls se relevait sous l’influence d’une infusion chaude de menthe et d’une potion éthérée et laudanisée, qu’un médecin du bureau de secours du quartier lui avait fait administrer. La réaction était déjà commencée et devant inévitablement s'établir, je ne changeai rien aux moyens mis en usage. Le lendemain matin , la fièvre de réaction était établie; le pouls était large, souple et d’une fréquence modérée ; la chaleur de la peau était halitueuse, la langue nette, la peau ramenée à son état naturel. Les urines n’e'taient cependant pas encore rétablies, et il y avait eu, depuis j la veille , quatre selles diarrhéiques. Je conseillai l’infusion cViaude de tilleul pour toute tisane, et l’application i de synapismes aux mollets : tout me faisait augurer favorablement de 1 état de ce malade; le soir, il survint
5'-^- SYAIM’ÔaTüS
quelques urines, et le deuxième jour de la réaction, je le Ij’ouvai très bien. Le soir, on vint rue chercher en nie disant que le malade avait bien froid et se trouvait excessivement faible. Les mains et les pieds étaient iroidsj le pouls petit et très fréquent; la langue humide et blanchâtre, "légèrement rouge à ses bords, la respiration très anxieuse, le ventre souple et indolent, et les urines supprimées. Je fis appliquer un synapisme sur l'abdomen et faire des frictions stimulantes avec le baume de Fioraventl sur les extrémités. L’infusion de mélisse chaude fut donnée à l intérieur et une potion avec l’acétate d’ammoniaque, à la dose d’une once pour , cinq onces de véhicule fut administrée par cuillerées.
La faiblesse était telle que cet homme était prêt de tomber en lypothymie lorsqu’il se retournait dans son lit, ce qu’il faisait lentement et péniblement; il n’y avait aucune évacuation. Cet affaiblissement augmenta i progressivement pendant trente- six heures et se termina par la mort.
Les symptômes insolites que la réaction nous a présentés ont été sur quelques malades un hoquet fréquent et opiniâtre ; nous avons vu aussi se manifester i dans cette période une éruption de petites papules, rougeâtres peu saillantes, prurigineuses sur les bras et I la poitrine; enfin nous avons observé des vomissements, i verdâtres séreux assez abondants.
Le sang tiré des veines dans la période de coclion •' contient du sérum en quantité d’autant plus considérable qu’on s’éloigne davantage du début de la réaction. Il arrive même que cet élément constituant du sang s’y trouve en quantité plus grande que dans i l’état sain. Le caillot jusqu’à ce que la réaction soit J bien complète ne surnage jamais. On peut aisé- ' ment à la seule vue du sang, d’après le degré auquel
DU CllOLÛH A-Monnus. 53
U sang coagulé esl oxiclé à sa surface , ei sVst éloigné de la consistance comme gélatineuse qu’il offrait dans la période précédente, apprécier à quel degré la réaction est établie. 11 y a une progression constante dans la modification que présente le sang de l’état de maladie de la période cyanique , en se rapprochant de l’état physiologique. D’abord, il se montre des taches rougeâtres à la surface du caillot uniformément bruni ^ le sérum meme en petite quantité est trouble , tient de la matière colorante rouge en suspension ; le caillot a tous les caractères du caillot a la période cyanique. A un degré plus avancé, les taches rougeâtres sont confluentes et plus vermeilles; la teinte générale du cruro est violâtre, et la consistance gélatineuse n’existe que dans la moitié inférieure de l’épaisseur du caillot ; le sérum est plus abondant et moins trouble; au fond se trouve jusqu’à la moitié du vase une couche de sérum trouble laissant déposer la matière colorante. Plus tard enfin le caillot est oxidé uniformément à sa surface, mais il est peu ferme dans toute son épaisseur; il ne surnage pas; le sérum est clair et en grande proportion, qui quelquefois excède la quantité physiologique du sérum libre du sang veineux coagulé , c’est-à-dire la moitié en volume. Lorsque enfin la réaction est entière , et que les accidents de la période cyanique ont entièrement disparu, le caillot est vermeil à sa surface qui est souvent concave et conti actée; il surnage quelquefois. Je l’ai vu plusieurs fois avec une couenne inflammatoire ; cette couenne était mince, blanche , nacrée, couverte d’une couche mince de mucus blanc incolore, demi-coagulé , et offrant une apparence comme granulée. Le caillot sous cette couenne était peu ferme, brunâtre; il surnageait toujours dans ces cas, et la quantité de sérum libre excédait d’un quart la cpjantite
54 SYMPTÜMJiS
ordinaire de l’etatsain, c’est-à-dire le volume du caillot.
J ai vu bien des lois un état intermédiaire dans lequel la couenne, sans recouvrir tout le caillot, était disséminée à sa surface par taches disposées en marbrures.
§. V. 5® Période. — Période de terminaison^ ou des crises et des métastases , ou eii/in période de jugement de la maladie.
La terminaison du choléra à quelque période qu’il soit arrivé, se fait par des crises ou par des métastases.
Les crises sont d’autant plus faciles et d’autant plus fréquentes que la maladie a atteint une période moins avancée. Les métastases sont toujours à craindre lorsque la maladie a été très intense et a atteint la période cyanique; elles seraient peut-être alors sa terminaison la plus fréquente si les moyens de l’art ne les prévenaient.
Art. L Des crises du choléra- morbus.
La terminaison naturelle du choléra ou de la période i de coction , intermédiaire nécessaire à toute terminaison régulière de la maladie , s’est opérée par des crises chez la totalité des malades; les cas dans lesquels la crise n’a pas été aperçue ne l’ont pas moins présentée, mais elle s’est opérée lentement , progressivement et d’une manière moins évidente. Avec de l’attention et l’habitude d’observer des malades, on l’a toujours constatée. J’ai toujours reconnu aussi que le rétablissement prompt et facile était nécessairement lié à l’accomplissement régulier des crises sans obstacles. '
Les crises du choléra arrivent par les sueurs , par les i urines, par les évacuations alvines ou pardeshémor-
DU CliOLÉRA-MOIîBUS.
ihanics, souvent à la fois par plusieurs de ces sécrétions anormales; on a aussi observé l’éruption de parot.des
critiques.
Les sueurs ont été la terminaison critique la plus fréquente du choléra, et cependant c’est celle sur laquelle il faut le moins compter pour le jugement parfait de la maladie.
Lorsque la réaction a succédé à la période plilegmorrhagique, la sueur a jugé plus complètement et plus facilement la maladie que lorsque le choléra est arrivé à une période plus avancée. Pour qu’elle soit avantageuse et quelle constitue le mode de terminaison complet de la maladie, il ne faut pas que la diaphorèse se manifeste dès le début de la réaction, ni qu elle soit immédiatement très considérable. Dans les cas où elle se manifeste ainsi , le malade tombe rapidement dans un état de faiblesse générale avec des accidents d irritation abdominale qui entravent la marche favorable ultérieure de la terminaison. l>a circonstance la plus favorable est celle où la sueur s établit après un mouvement fébrile soutenu de douze à quinze heures, dans lequel le malade a présenté les symptômes ordinaires d’une lièvre synoque franche. Le meilleur signe de cette crise est le rétablissement des urines en quantité modérée quelques instants avant la manifestation de la diaphorèse. Il est rare que la sxieur qui s établit à la lin d’un premier paroxlsme fébrile de réaction juge la i maladie, cela n’arrive même jamais lorsque le choiera a 1 dépassé la période phlegmorrhagique. Il faut ordinaire- 1 ment deux ou trois paroxismes de douze à quinze 1 heures de durée , terminés chacun par la sueur pour l faire cesser les accidents.
Lorsque le choléra était arrivé à la période cyanique.
56 SYMPTOMI'S
la sueur dans la réaction devenait aisément profuse; elle coïncidait alors avec une faiblesse marquée du pouls et une fréquence considérable des battements | artériels, elle était d’ordinaire visqueuse et limitée au tronc, donnant aux malades la sensation du froid. Cette sueur qui se répétait souvent pendant trois à quatre jours, affaiblissait beaucoup les malades et les laissait dans un état d’adynamie pendant lequel les organes digestifs restaient le siège d’une diarrhée assez abondante qui n’était plus séreuse, mais qui se composait de mucosités jaunâtres assez fétides. Ce simple exposé de ce que j’ai assez souvent observé montre le danger de ces sueurs qui ne sont jamais critiques. ;
Les symptômes d’une crise complète et de bonne nature par les sueurs, chez les cholériques, ont été la fréquence modérée du pouls, sa souplesse, la chaleur humide de la peau, la manifestation de la sueur à une abondance modérée sur les extrémités d’abord, et ensuite sur tout le corps, le rétablissement des urines légèrement troubles et comme furfuracées, l’humidité et la largeur de la langue , le sommeil facile et peu prolongé, car le sommeil profond est un mauvais signe dans ces circonstances; nous avons vu fréquemment des malades privés absolument de sommeil chez lesquels les crises étaient très faciles, et nous avons toujours vu qu’elles se faisaient lentement, difficilement et même qu’elles s’interrompaient d’une manière fâcheuse, chez ceux qui recouvraient rapidement un sommeil profond qui n’allait cependant pas jusqu’à la somnolence , et qui ne constituait pas réellement par lui- même un accident.
La coïncidence des épistaxis avec les sueurs est une circonstance favorable qui hâte beaucoup la guérison complète des malades.
DU CHOLl^RA-MOEEÜS. ^7
La persistance de la diarrhée modérée pendant la diaphorèse critique est utile; j’ai toujours vu que l’état des malades s’améliorait plus rapidement dans ces cas, et j’ai constamment aussi vu cette diarrhée s’arrêter dans le deuxième ou le troisième paroxisme fébrile, terminé par des sueurs de bonne nature. Cette diarrhée avantageuse n’est pas celle qui s annonce par la sécheresse, la rougeur et le rétrécissement de la langue, le ballonnement de l’abdomen, la douleur à la pression sur cette cavité ; elle n’a pas aussi les caractères de la diarrhée cholérique, elle est peu abondante, facile, et formée de matières de consistance pultacée d’un jaune-rougeâtre , odorantes.
Les urines critiques des cholériques ne sont , comme les sueurs, utiles que lorsqu’elles succèdent à un paroxisme fébrile de bonne nature. J’ai déjà dit que j’avais observé plusieurs fois qu une grande quantité d urines claires aqueuses, survenait au commencement de la réaction, précédait la suspension de la cocticm et 1 invasion d’un état d’adynamie promptement terminé par la mort. Les urines critiques étaient, au contraire, d un jaune légèrement grisâtre; elle succédaient le troisième ou quatrième jour de la réaction à des urines claires jaunâtres abondantes; elles déterminaient fréquemment des cuissons ou un sentiment d ardeur au canal de 1 urèthre; elles déposaient par le refroidissement une matière pulvérulente comme furfuracée; dès le deuxième jour , ce dépôt grisâtre devenait légèrement briquete et continuait à se montrer pendant cinq à six jours pendant la convalescence. Je n’ai jamais vu disparaître ce dépôt briqueté dans les urines du matin sans que des accidents ne se soient bientôt manifestés , ou sans que des symptômes cérébraux ou abdominaux fussent imminents
SYMI‘TOMi:S
OU merne tléjà caractérisés. J’ai vu constamment l’état tles malades s’améliorer presque immédiatement après l’excrétion des urines sédimenteuses que je viens de décrire.
Je n’ai point vu les crises par les urines coïncider | avec les hémorrhagies, mais elles viennent souvent achever une guérison qui a succédé à la manifestation d’une crise hémorrhagique restée incomplète; elles se montrent quelquefois avec les sueurs; mais elles sont surtout observées quand la diarrhée persiste, ou se reproduit d’une manière critique après la fièvre de coction.
La diarrhée se reproduit souvent à la période de coc- '■ tion; lorsqu’elle est précédée et accompagnée d’une chaleur halitueuse de la peau , de l’absence de toute i pesanteur de tête, de la largeur du pouls, sans vitesse ' et sans concentration trop grande des battements artériels, elle est critique ; elle donne alors issue à une matière pultacée, rougeâtre, odorante , rendue sans beaucoup de douleur et en quantité assez considérable.
J’ai constamment vu la suppression imprudente de cette diarrhée suivie presque immédiatement d’accidents des plus graves souvent mortels : c’étaient d’ordinaire des accidents cérébraux.
La diarrhée critique s’est manifestée sous une autre forme que je n’ai observée que sur des cholériques qui avaient été à la période cyanique. Les selles sont bilieuses, rouge-jaunâtres et quelquefois verdâtres, leur excrétion est précédée de coliques assez vives autour i de l’ombilic, et accompagnée de ténesme et d’épreintes ' avec ardeurs vives à l’anus ; ces selles bilieuses se sont ' toujours montrées, à moi, unies à des ardeurs d’urine et à de l’urine rougeâtre sédimenteuse excrétée en
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petite quantité;jene lésai point vues se manifester avec clés sueurs. Dans le commencement de l épidémie, lorsque je n’avais pas acquis une expérience suffisante, j’ai quelquefois supprimé cette diarrhée dysentérique. J’ai ainsi presque immédiatement produit des accidents d in^ flammation gastro-intestinale assez intenses; comme il était difficile de distinguer ici l’effet de la cause ou de la coïncidence, je n’ai été amené à connaître toute l’importance de cette diarrhée qu’en remarquant : Qu’elle
se manifeste toujours à une époque régulière après la réaction du troisième au quatrième jour ; 2°. Que lorsqu’elle se montre, les malades éprouvent toujours une amélioration générale qui s’annonce par la fin de l’anorexie, la suppression de la pesanteur de tête, la chaleur halitueuse de la peau , la largeur et la souplesse du pouls, etc.; circonstances qui ne sont nullement en rapport avec l’invasion d’une phlegmasie abdominale. Jj’expérience m a depuis fait reconnaître la nécessité de respecter cette diarrhée, et je n’ai plus vu, depuis que j’ai adopté cette manière d’agir, les accidents que je provoquais auparavant, que dans la pratique des médecins qui n’ont pas cessé de supprimer cette diarrhée.
Lorsque la diarrhée critique est peu considérable, et ) que les accidents morbides ne sont pas entièrement I jugés le deuxième jour de sa manifestation, il ne faut ! plus compter sur une crise complète par cette voie; le i flux abdominal se supprime ordinairement, ou au moins 1 diminue beaucoup, et dans les cas heureux une sueur criiiquede bonnenaturevient achever le rétablissement i du malade. Si cette sueur n’arrive pas, on observe un état de malaise général , quelquefois fébrile h marche ' paroxislique, dans lequel les phénomènes morbides do- : minants sont la céphalalgie, une faiblesse générale
excessive , des fris.sons erratiques et des sueurs vis-
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queiises partielles qui ne soulagent pas. J’ai vu trois fois, dans cet état, le vomissement juger la maladie immédiatement, soit par lui même, soit en déterminant une diaphorèse générale considérable de bonnenature. Deux autres fois, une épistaxis abondante eut le même résultat avantageux.
Tous les malades qui ont guéri par des diarrhées critiques, ont eu des convalescences longues et pénibles, à cause de l’état de faiblesse générale qui les entravait, et surtout à cause de mouvements fébriles vagues et peu prolongés, qui venaient les traverser par les moindres causes.
Les hémorrhagies critiques du choléi’a-morbus ne sont pas la terminaison la plus ordinaire de cette maladie ; elles s’effectuent par les fosses nasales , par l’anus , et quelquefois par l’utérus.
L’épistaxis se présente moins souvent comme crise primitive du choléra que comme la terminaison heureuse d’une métastase accidentelle, déjà effectuée ou imminente vers la tête; aussi ne l’observe-t-on pas ordinairement avant le cinquième ou sixième jour de la réaction, lorsque déjà l’état général fébrile a diminué d’intensité, et s’est même en partie terminé par d’autres évacuations critiques. La manifestation de l’hémorrhagie nasale a été précédée, chez quatre malades où je l’ai observée comme crise, d’une évacuation abondante d’urines aqueuses, de frissons erratiques, de froid aux pieds, d’une pesanteur de tête et d’une injection remarquable des conjonctives avec un pouls serré, petit et fébrile. Chez un de ces malades , il y a eu une douleur avec tension des hypochondres pendant vingt-quatre heures avant la manifestation de l’hémorrhagie nasale.
J’ai vu une fois des hémorrhoïdes (hier très abon-
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clamment pendant la fièvre de réaction , et paraître exercer une inlluence avantageuse sur 1 état general des malades; j’ai cru que ce flux agissait comme crrse, cependant je ne puis rien conclure d un seul fait.
Cinq femmes ont eu pendant la fièvre de reaction des métrorrhagles considérables , qui se sont prolongées de dix à quinze jours;sous l’influence de ces hémorrhagies, la maladies’ est terminée facilement et sans aucun acc^ dent de métastase, malgré la gravité des cas et l’imminence dans tous de phlegmasie abdominale; j ai cru reconnaître dans ces métrorrhagies des crises évidentes.
Trois malades ont eu des parotides qui ont suppuré. Chez deux, elles ont paru le deuxième jour de la fièvre de réaction , qui succédait à un choléra cyanique confirmé; la fièvre a cédé immédiatement, l’état général s’est amélioré, et les parotides se sont terminées heureusement par suppuration. Chez le troisième malade, une métastase cérébrale s était déjà manifestée, et elle a cédé immédiatement après l’apparition des parotides qui s’est annoncée par une violente fièvre avec délire de quinze heures de durée, laquelle s’est terminée par les I parotides et une sueur abondante.
Les accidents morbides que j’ai présentés d’après mes ; observations comme crises du choléra , ont été constam- ? ment liés comme prodromes, et meme comme prol dromes accompagnés d’exacerbations très graves dans les accidents, à la cessation de l état morbide; cette i' circonstance bien constatée , et sans laquelle je ne re-
y connais pas à des phénomènes moi'bides le caractère
)1 de crise , m’a fait séparer ces accidents critiques des I phénomènes de sécrétion augmentée ou modifiée qui sont , dans le choléra comme dans toutes les autres
SYMPTOMKS
maladies, la conséquence et. l’effet nécessaire du rétablissement do l’équilibre dans l’organisme. I
Art. If. Des métastases du choléra-morhus .
Les métastases du choléra-morbus se sont manifestées sur deux organes différents, l’encéphale et le tube digestif, simultanément sur l’un et l’autre chez beaucoup de malades, et exclusivement sur l’un des deux chez un plus grand nombre.
Du côté de la tête , nous avons vu le coma se manifester progressivement, d’abord par une pesanteur de tête, bientôt ac<'ompagnée d’une propension au som- | meil, plus tard d’un assoupissement continuel , et enfin du coma complet. Pendant ce coma, le pouls s’affai- ■ blissait sans devenir fréquent; très souvent les vomisse- ■ ments se reproduisaient; le plus ordinairement les ‘ urines se supprimaient, et la langue redevenait froide.
Les vomissements qui survenaient alors étaient quelquefois verdâtres, porracés, amers et assez peu abondants; ils se faisaient avec des efforts très pénibles. Les. ' selles liquides ont presque toujours continué, cependant elles se sont aussi souvent supprimées.
Les pupilles dans ce coma étaient ordinairement dilatées; les malades, lorsqu’on les réveillait, jouissaient de toutes leurs facultés intellectuelles, et se plaignaient d’une pesanteur de tête sans douleur. A mesure que cet état comateux se prolongeait et devenait plus i profond, l’intelligence devenait moins lucide, les réponses devenaient lentes et la mémoire se perdait.
J’ai vu la manifestation du coma annoncée par une perte subite de la vision avec un mouvement continuel ' d’oscillation des yeux qui semblaient toujours chercher les objets environnants pour les fixer.
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Un malade a été frappé de surdité dès le début du coma, et est resté sourd après sa' guérison pendant quelques jours.
Plusieurs se sont plaints de tintements dans les oreilles avant même d’être assoupis, et d’éprouver la pesanteur de tête qui annonce constamment l’invasion du coma.
La mort arrive ordinairement du deuxième au cinquième jour de l invasion des accidents comateiix.
Un nombre de malades beaucoup moins considérable a été atteint d’accidents cérébraux évidemment Inflummatoirc.s. Cibez ceux-ci,outre 1 assoupissement, on a observé un délire continuel rarement bruyant, qui alternait avec l’assoupissement , ou qui se manifestait lorsque l’on éveillait les malades. Ce délire nous a présenté les caractères de la rêvasserie qui accompagne les ramollissements cérébraux des vieillards.
Le pouls conservait dans ces ras de délire une grande fréquence ; la peau était chaude; les urines n’étalent pas d’ordinaire supprimées, malselles étaient le plus souvent retenues dans la vessie. Les vomissements se reproduisaient plusieurs fois par jour, et les selles coni tinuaient aussi à être liquides. Le fluide vomi n’avait plus les caractères cholériques; c’était un liquide glai- > reux , plus ou moins visqueux, mélangé aux liquides ingérés, et souvent coloré par la bile en vert porracé. i Les selles liquides étaient un peu jaunâtres ou rou- » geâtres , épaisses , d’une odeur fétide.
J’ai vu chez un enfant l’hyperstimulation cérébrale I comateuse accompagnée du cri hydrocéphalique.
il est rare que les accidents cérébraux cholériques li inflammatoires ou subinflammatoires se prolongent au- ■i delà de trois jours.
f.es métastases abdominales sont moins fréquentes
r>4 symptômiîs
que celles qui se font sur la tele; elles se montrent sous (leux formes : celle de la gasiro-entérlte simple, et celle de l’entérite folliculeuse.
La gastro-entérite simple s’annonce par la rougeur et la sécheresse de la langue, la soif intense, des éructations fréquentes, la douleur à l’épigastre, autour de l’ombilic et dans les flancs, augmentant à la pression; un sentiment de chaleur à l’abdomen, que la main du médecin appliquée sur les parois abdominales perçoit; des vomissements visqueux verdâtres surviennent avec efforts, et ne donnent issue qu’à une petite quantité de liquide, si la pblegmasie affecte plus particulièrement l’estomac et les Intestins grêles; si , au contraire, elle occupe les gros intestins, et surtout le colon , il y a des selles fréquentes, liquides, jaunâtres, très fétides, rendues avec ténesme et accompagnées de l’excrétion de mucosités rougeâtres glaireuses ressemblant à la lavure | de chair.
A ces symptômes, qui dépendent directement des organes enflammés, se joignent une fièvre intense, continue, avec une vive chaleur à la peau , une concentration remarquable des traits de la face, un amaigrissement considérable, une injection des conjonctives, et chez quelques sujets un état de semi-délire, de rêvasserie approchant de la typbomanie.
Lorsque c’est l’entérite folliculeuse qui est le résultat ^ de la métastase de la maladie, les accidents abdominaux se manifestent d’abord avec plus de lenteur et une apparence de bénignité qu'ils ne présentent pas, quand la ! gastro - entérite proprement dite éclate à la dernière période du choléra- morbus. Le malade conserve de la i soif, la langue se sèche à son milieu, s’aplatit et devient i comme luisante et lisse; la peau conserve une chaleur assez élevée qui n’est pas d’abord âcre et sèche; le
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ventre est indolent à la pression , il est demi-ballonné ; les selles sont liquides, fétides, et composées d’une matière aqueuse brunâtre ou jaunâtre. Le malade est couché sur le dos dans une sorte de stupeur 5 sa face est terreuse, grippée; les pommettes sont colorées, les ailes du nez s’écartent largement à chaque inspiration ; le malade répond lentement aux questions qu’on lui adresse; il a peu de sommeil, ou plutôt il ne dort point; il semble tout-à-fait indifférent à ce qui se passe autour de lui; il survient sur la poitrine et sur l’abdomen des taches rosées arrondies, tenant le milieu entre les papules de la rougeole et les plaques de la scarlatine ; ces taches offrent une très légère élevure.
Dans cet état qui se rapproche beaucoup de celui des entérites folliculeuses primitives , le pouls est frequent, assez large, mais mou et peu résistant. Les fonctions nerveuses sont comme stupéfiées, l’intelligence du ma- ' lade est lente; il ne délire pas, à proprement parler, mais ses facultés intellectuelles sont comme comprimées.
C’est à l’état général symptomatique de l’inflammation phagédénique des follicules agminés de Peyer que l’on a donné le nom àe fleure typhoïde^ et c’est ce mode de terminaison du choléra qu’on a considéré comme un typhus proprement dit; cette erreur grave en médecine-pratique me semble, d’après les relations des observateurs, avoir été commise dans toutes les autres villes de l’Europe où a déjà régné le choléra-morbus; elle a été aussi commise ici, car ce sont des malades affectés de ces entérites folliculeuses graves, suites du choléra, que l’on a considérés comme atteints du typhus. On devait s’attendre à cette grossière erreur; car, grâce à toutes les absurdités enseignées et écrites depuis quelques années sur les fièvres et les inflammations abdo-
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ininales, tout est confusion dans celte partie de la science médicale. ‘
Les métastases, soit qu’elles se forment sur les viscères abdominaux, soit qu’elles affectent les organes encéphaliques, présentent, outre les symptômes propres à l’affection des organes qui les constitue, des symptômes particuliers qui résultent des circonstances pathologiques dans lesquelles elles se sont manifestées. Ces symptômes sont, pour l’une comme pour l’autre espèce de métastase , une propension au refroidissement qui se montre, dans les cas très graves, d’une manière continue, particulièrement aux membres, et qui se reproduit, dans les cas moins intenses, par intervalles rapprochés qui marquent comme des exacerbations paroxis- ■ tiques. Les sueurs s’établissent aussi avec une grande , facilité dans ces circonstances, et ne soulagent pas les malades malgré leur abondance. La suppression des urines s’observe aussi dans beaucoup de cas de cette espèce; mais elle est généralement plus fréquente et i aussi d’un beaucoup plus fâcheux présage dans les métastases encéphaliques que dans celles qui ont leur siège sur les organes digestifs.
L’état comateux qui succède au choléra semble avoir une marche moins rapidement mortelle que celui qui se montre dans les apoplexies, quoique en réalité il présente une gravité beaucoup plus grande; les malades sont aisément rappelés par une excitation légère, hors de l’état de somnolence, mais ils y retombent ( presque aussitôt, et d’instant en instant l'état comateux i devient plus profond. Les malades plongés dans ce coma i métastatique n’offrent point aussi, à la fin de leur vie,