HABITAT
Deux choses sont indispensables aux oiseaux : une nourriture abondante et une température appropriée à leur organisation.
Is se fixent dans les endroits où 1ls trouvent ces deux choses réunies. Toutefois, quand ils sont forcés d'opter entre l’un ou l’autre de ces deux avantages et lorsqu'ils ont, par exemple, la possibilité de se nourrir sans peine dans une localité où la température ne leur convient qu'à demi, ils n'hésitent cependant pas à SV fixer, malgré ce grave inconvénient.
Cette remarque s'applique à la plupart des oiseaux, mais non poiat à tous, car 1l en est quelques-uns dont
Penot (Achille), Statistique générale du département du Haut-Rhin, 1831, in-4°, p. 92.
Krœæner (C.-A.), Aperçu des oiseaux de l'Alsace et des Vosges. Strasbourg, 1865, in-8°. «€ Sédentaire d'avril en octobre. Habite les vignobles et les vergers », pp. 17 et 18.
(1) Proteau, Catalogue des oiseaux observés dans l'arrondissement d'Autun, dans les Memoires d'hist. nat. publiés par la Societé Eduéenne, 1865, in-8°. « De passage assez régulier au printemps et en automne », p. 299.
(2) Marcotte (F.), Les animaux vertébrés de l'arrondissement d’A bbeville, 1860, in-8°, p. 54.
(3) Dorin (le D"), Catal. des oiseaux du département, dans l'Annuaire adm. stat, etc., de la Marne, année 1863, p. 346. Le Cini est simplement mentionné sans autre indication.
(4) Norguet (À. de), Catalogue des oiseaux du nord de la France. Lille, 1865, in-8°. « Très-rare », p. 127.
HABITAT. 17 l'habitat est principalement subordonné à des conditions chimatériques. Ainsi, jamais vous ne verrez un rossignol élire domicile dans un site exposé directement au vent du nord.
Il faut établir une différence importante entre les oiseaux migrateurs (rossignol, fauvette, bergeronnette, pipi des arbres, etc.) et les oiseaux sédentaires ou simplement erratiques (pinson, linot, verdier, bruant ete.). Les premiers, bien que recherchant une nourriture copleuse, ne peuvent se passer d'une température douce, tandis que les seconds se préoccupent fort peu du climat que leur robuste constitution leur permet de braver sans danger et se laissent uniquement imfluencer par l'abondance ou la rareté des vivres. Aussi l'habitat (d'été) des oiseaux migrateurs (surtout des becs-fins) est-il très-limité, comparé à celui des oiseaux sédentaires ou erratiques. Gette limitation est sensible non-seulement dans toute l’étendue d’un pays, d’une zone, mais même dans un espace très-restreint comme un canton, une Commune.
Je demande la permission de fournir quelques exemples à l'appui de cette assertion.
On rencontre dans plusieurs départements le linot, le verdier, le pinson, le bruant, ete., répartis partout à peu près uniformément et en nombre presque égal, tandis que le rossignol, la fauvette à tête noire, le butalis gris, ete, au lieu d'habiter indifféremment comme les premiers la plaine ou la montagne, les bosquets ou la lisière des bois, les lieux secs où humides, ne se fixent que dans certains endroits déterminés, dont ils ne s’6cartent Jamais, en dehors desquels il est inutile de les
18 LE CINI.
chercher et où ils reviennent fidèlement chaque année.
Mais, n'oublions point le Cimi.
Cet oiseau à des habitudes bien différentes de celles des autres granivores. Les localités qui plaisent le plus à ses congénères n'ont pas toujours le don de le contenter.
Il affectionne particulièrement les vergers (1), surtout ceux où dominent les pommiers, les poiriers, les prumers. [aime aussi les vignobles (2) où croissent de nombreux arbres fruitiers.
Cette préférence s'explique aisément. C’est en effet dans les vergers et les vignes que poussent en abondance les petites plantes sauvages dont la graine forme sa nourriture préférée au printemps et pendant la première parte de Pété.
Sur la fin de l'été et en automne, 1l s’écarte de son domaine et va visiter les Jardins potagers, les champs de navette, de millet, de blé de canari, les plants de
(1) En Lorraine, notamment autour de Metz, son habitat est absolument limité aux vergers (1) et aux vignobles parsemés d'arbres fruiüers; il recherche les coteaux plus ou moins élevés et habite trèsrarement la plaine, mème quand elle est plantée d'arbres fruitiers.
Le savant M. Z. Gerbe n'apprend que dans le Midi (particulièrement dans le Var), il habite, en été, la montagne, les coteaux élevés où abondent les chènes verts; en hiver, il descend dans la plaine assez volontiers. — Je suis heureux de reproduire ici le témoignage d’un
homme que j'ai le bonheur de connaître, que j’honore, que J'aime et que je considère, à bon droit, comme un des premiers ornithologistes du xIx° siècle.
(2) À partir du 8 ou 9 octobre, alors que les graines potagères sont cueillies, égrénées, ou flétries par la gelée blanche, on ne rencontre guere le Cini que dans les vignes où il retrouve en abondance du sénecon, du plantain, etc.
(1) Cet habitat est aussi celui qu'il préfère en Allemagne, du moins dans la vallée du Rhin et dans celle de la Moselle, entre Thionville et Coblentz.
NIDIFICATION, REPRODUCTION. 19 salade, mais ces excursions sont de courte durée. Dès qu'il s’est bien rassasié, il se hâte de regagner avant la nuit son domicile accoutumé.