VALACHIE, BULGARIE, MOLDAVIE
Le mûrier est cultivé de temps immémorial en Roumanie, mais spécialement en Valaehie et Bulgarie, où il croît spontanément dans les îles du Danube et de quelques rivières.
Les paysans l’ont de tout temps tiré de cette source, et planté dans leurs jardins et leurs vignes, pour élever une race de vers robustes, mais donnant des cocons de couleurs bigarrées, irréguliers de form ', et généralement satinés (fig. 140 et 141).
La race milanaise (fig. 144) ne fut introduite en Valachie qu’en 1857, grâce au patronage du prince Stirbey.
Un Italien, Villarezi, dont le nom ne sera point oublié en Roumanie, fut chargé par ce prince de l’établissement d’une pépinière, et de la substitution des races ; la ferme de Panteleïmon, près Bukarest, fut créée, et les produits valaques furent remarqués aux expositions de Londres et de Paris.
La guerre d’Orient vint entraver ce progrès ; Villarezi quitta le pays, on ne pensa plus aux encouragements industriels ; la pépinière du gouvernement se transforma en un buisson de sauvageons, et la race milanaise n’avait pas gagné grand terrain, quand l’épidémie prit de l’extension en France et en Italie.
C’est ici la place d’un chapitre, applicable du reste à bien des pays, et que l’on peut intituler : Grandeur et décadence de la sériciculture roumaine .
Vers la fin d’Orient (I85G) la Valachie pouvait produire 300 kil. de semences, qu'elle tirait de cocons ne valant guère que 2 fr. 60 c. Ce fut à cette époque que les premiers spécimens furent apportés en France par un mécanicien lyonnais, M. Rœck ; ils contenaient à petite dose la race milanaise.
En 1858, l’attention fut appelée sur la Valachie par M. Poumay, consul de Belgique à Bukarest. Le pa}'s passait alors pour récolter 50,000 kil. de cocons indigènes, et 20,000 de milanais, de quoi produire 3,500 et 1 ,500 kil. de semences.
M. Marziano, directeur de h Office de statistique , évalue alors la production de graine valaque à 380 kil.
PROVINCES DANUBIENNES
La Bulgarie, à la même époque, récoltait, particulièrement clans les districts de Ellena, Gabrowa, Tirnowa, etc. , 170 à 180,000 kil. de cocons, pour bonne partie convertis en semences, vendus sous le nom générique de Balkans (fig. 126).
La fig. 160 représente un cocon de Widclin de bonne qualité, ceintré, légèrement pointu, et d’un blanc argentin.
Quant à la production moldave , confondue avec la bulgare, on n’en parlait guère.
En 1859, le prix des cocons de la race milanaise, ou de ses croisements, cpü se font sur une grande échelle, varie de 6 à 8 fr. ; Marziano évalue la production de semences à 575 kil.
En 1860, la production valaque atteint 6,000 kil., celle bulgare, 9,000 ; les cocons ont monté à 10 ou 12 fr.
En 1861, les graineurs paient jusqu’à 30 fr., grâce aux manœuvres des entremetteurs juifs. En 1862, le grainage des provinces danubiennes dépasse 20,000 kil.
Ces plus-values énormes ont troublé les esprits les plus fermes ; la Voix de la Roumanie déclare que la question séricicole a été prise au sérieux par le gouvernement et le prince régnant, et que désormais rien ne peut entraver la marche en avant de cette industrie.
En 1863, l’exportation est d’au moins 25,000 kil. ; tout le grainage européen s’est abattu sur le pays et veut le cocon Bukarest. Grâce à la surproduction, le mal est devenu grand ; l’avidité des hommes a mis hors de toute
STATISTIQUE
proportion la production avec les divers moyens de l’obtenir 1 .
Certains grainages coûtent déjà 1,000 fr. le kil.
D’autre part, un Valaque d’avant-garde, observateur sérieux, M. Golesco, membre du parlement de Bukarest, m’écrit en décembre de la même année.
« Je vois une stérilité notable dans le papillon, comparativement avec l’an dernier ; tandis qu’il fallait 12 à 14 kil. de cocons pour en obtenir un de graines, il en a fallu 19. Prédominance du mal, accouplement difficile, stérilité comparative, tel est le caractère de la campagne 1863, que je vous donne pour certain; sans savoir, d’ailleurs, s’il faut l’attribuer à un commencement de dégénérescence, ou n’y voir qu’un fait passager. »
Hélas ! ce n’était pas le commencement, mais bien la fin !
En 1864, la Voix de la Roumanie, tristement désabusée, constatait l’échec absolu des races roumaines en Europe, la disparition des graineurs dirigés vers d’autres régions, et cherchait seulement à préserver l’éducateur de l’excès du découragement.
Le directeur de l’établissement de Panteleïmon, M. F. Setti, conseillait au gouvernement valaque d’acheter des semences étrangères aux sources les plus pures, et se
1 Avant que les graineurs français et italiens n'y introduisissent les pratiques de leurs pays, les éducateurs roumains se contentaient de déposer les papillons sur des rameaux de bruyères, laissaient l'accouplement s'effectuer en liberté, enlevaient les insectes morts et conservaient la graine en cet état jusqu'à la récolte.
livrait à l’éducation de celles du Japon, qui auront joué un si large rôle durant l’épidémie.