‹ Monographie du cocon de soieChapitre 166 sur 189 · PORTUGAL · texte numérisé non relu

PORTUGAL

les produits étrangers, mais, vers cette époque, une émulation relative revient parmi les agriculteurs, quelques plantations se renouvellent, et, en 1854, une cinquantaine d’ateliers comportaient près çle quatre cents métiers, et mettaient en œuvre des soies presque en totalité indigènes.

Mais, d’une époque particulièrement funeste à l’Europe séricicole date le relèvement du Portugal.

Depuis le commencement du siècle jusqu’en 1859, la feuille de mûrier était généralement abandonnée aux personnes pauvres, qui, seules à peu près, élevaient le ver à soie dans les maisons les plus misérables du pays. L’éducateur filait les meilleurs cocons et confectionnait sa graine avec les plus mauvais, doubles, satinés, mal formés, etc.

A Chacimmème, la belle race piémontaise importée dans le temps s’était chargée de 35 % de doubles. A cette époque, sollicités par un négociant portugais, M. Moser, quelques graineurs, parmi lesquels je dois citer tout particulièrement M. Hector Meynard, de Valréas, sériciculteur des plus habiles, visitèrent le Portugal. M. Meynard pensait ainsi tourner le dos à l’épidémie, qui cheminait du côté de l’Orient.

Arrivé à Porto, il ne peut recueillir que de vagues indications sur les centres de production; il part presque au hasard, explorant Beira et Tras os Montes, ou il ne trouve que de petites éducations de 5 à 10 gr., une vingtaine par village.

Les mûriers appartiennent à la variété noire, ils sont de dimensions souvent colossales, rares, isolés, cachés dans

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les ravins, abandonnés sans taille et sans fumure, leur cueillette est si difficile qu’un homme ne peut en ramasser au delà de 60 kil. par jour ; telle est la division des magnaneries, que souvent les femmes vont cueillir la feuille avec le panier qui leur sert à porter leurs œufs au marché.

M. Meynard a la plus grande peine à réunir 10 à 12,000 kil. de cocons, particulièrement en Tras os Montes ; à Beira il rencontre une seule belle race, d’origine espagnole.

La totale production portugaise peut s’élever à 150,000 kil. de cocons.

Bientôt, grâce au grainage, leur prix est doublé, et la valeur des semences exportées s’élève annuellement de 2 à 300,000 fr.

Le roi don Pedro V fait propager le mûrier blanc dans les provinces par les gouverneurs civils; il est sur le point d’accorder un privilège de filature à M. H. Meynard, lorsqu’une mort prématurée l’enlève.

En 1861, la vogue des semences de Bukarest fait tort à l’exportation portugaise, desservie d’ailleurs par son énorme proportion de cocons doubles (25 à 30 °/o) 5 cette exportation s’accroît sous forme de cocons, car en filature de quelque importance on ne peut citer alors que celle du baron Nova Cintra, fondateur de l’orphelinat de Porto.

En 1864, l’exportation des semences s’élève de 3,000 à 3,500 kil., celle des soies à 6,500 ou 7,000 kil., des cocons secs à 60,000 kil.

En 1867, les cocons et soies portugais paraissent favorablement à l’Exposition de Paris.

PRUSSE

Le cocon de Beira-Alta, importé en 1860 par M. Meynard sous le nom de Montagnes occidentales , est représenté à la fig. 61 ; une variété de Porto à la fig. 147.

La collection du musée industriel renferme, sous les nos 205 à 210, divers types de Villa-Nova-de-Gaga, de Cerveira , de Condé , de Lordello et Barcellos.

En 1870, la production portugaise approche d’un million de kilogrammes.

Actuellement, l’exportation portugaise conserve une certaine importance malgré ses doubles, car l’emploi fait de ces semences pendant douze années d’épidémie furieuse, établit chez elle une somme de résistance peu ordinaire, que j’attribue sans hésitation à l’extrême division de l’éducation, à l’emploi du mûrier noir sauvage, et à la non-sélection.

En dérogeant à ces principes, en se civilisant, le Portugal créera sans aucun doute des races de cocons plus distinguées, mais qui n’auront jamais la solidité passée.

PftUSSE

Les premières traces de l’industrie séricicole en Prusse se rencontrent au milieu du seizième siècle, dans le Brandebourg; mais ce ne fut que vers la fin du dix-septième

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que des réfugiés français y introduisirent l’art d’élever les vers à soie.

Jusqu’à Frédéric II leurs tentatives 11e reçurent que de faibles encouragements, mais ce roi consacra des sommes considérables à faire exécuter des plantations de mûriers, en fit border les routes, et complanter les places publiques.

En 1774, dans les contrées de Magdebourg, Alberstadt et quelques points de la Poméranie, comme dans les Kummarck et Neumarck, on récolta plus de 13,000 livres de soie. En 1784, 14,000 k

L’entretien et l’emploi des mûriers furent sévèrement surveillés.

A la mort de Frédéric, quelques grandes magnaneries exploitées pour son compte particulier furent abandonnées, et cet abandon en entraîna d’autres. La nature des soies, filées uniquement par le paj^san, devint moins bonne. En 1810, un décret gouvernemental, daté de Postdam, abolit toutes les contraintes existant, et des millions d’arbres furent abattus et brûlés.

En 1820, le marchand d’estampes Bolzani, de Berlin, détermina de nouveau le gouvernement à s’occuper de sériciculture. Bolzani récolta en 1825 mille boisseaux de cocons (595 kil.)

Il lut fortement secondé par le conseiller de Turck, par

M. Ilëese, de Berlin, et par l’instituteur Ronlow. De Turck établit en 1840 une immense plantation à Stéglitz, plus une

1 La livre prussienne égale un demi-kilogramme.

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magnanerie et une filature, qui, à cette heure, est l’établissement central du pays.

En 1835, le mouvement s’accentua, l’autorité défendit de toucher aux plantations qui s’accrurent de dix mille arbres. Le Brandebourg comptait alors quatre cents magnaneries, un comité de sériciculture y fut fondé.

(Il faut citer d’ailleurs parmi les causes, qui, à certaines époques, ont empêché la destruction totale du mûrier en Prusse, l’opinion admise que les plantations de cet arbre arrêtent net la marche dévastatrice des chenilles processionnaires.)

En Poméranie et Silésie d’autres comités se formèrent, et-le gouvernement, pour favoriser les éducations, accorda 2 et 1/2 à 5 silbergroschen par kilogramme de cocons (30 à 60 c.) prime qui continua jusqu’en 1861.

En 1852, dans trois filatures, il se mit en œuvre 11,500 boisseaux de cocons (6,800 kil.).

En 1861, 28,600 boisseaux (16,750 kil.). La production n’a jamais dépassé ces derniers chiffres, accrus de 10,000 boisseaux convertis en graines.

. En 1857, 58 et 59 particulièrement, sont arrivées en France et en Italie quelques semences de Prusse (la fig. 59 représente une race milanaise de cette provenance), mais elles ont été atteintes de la maladie comme les autres.

Le cocon de Bolzani existe dans la collection du musée industriel sous les nos 329 et 330. C’est une race blanche ou jaune pareille à la Bergamasque.

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