RACES CIVILISEES ET RUSTIQUES
Aussi, en 1856, n’hésitai-je point à diviser les races de cocons en deux catégories : celle que caractérisait la finesse du grain, que je nommai civilisée , parce qu’elle me parut le produit de la domestication moderne, et celle douée d’un grain grossier, que j’appelai rustique , parce qu’elle me parut fournie par la continuation d’usages plus anciens.
Les Italiens qualifiaient eux-mêmes d 'alla rustica les petites éducations, prédominant très-largement dans les pays à gros grain, comme la Romagne.
Je publiai en brochure cette théorie, en l’accompagnant d’une planche héliographiée, classant les cocons alors connus.
Je la reproduis ci-contre.
Dans ce travail, je manifestai l’espoir que la maladie respecterait les races à gros grain.
Mon illustre maître, M. Robinet, émit des doutes sur la valeur de ma théorie.
Il ne lui parut point prouvé que le gros grain fût un caractère de rusticité ; il voyait la grossièreté du grain régner dans certaines contrées, la finesse dans certaines autres, et pensait que la nature plus ou moins serrée du tissu était le résultat d’influences de local, de climat, de sol et de feuille.
« J’ai toujours estimé, lui répondis-je, dans \e Journal cl’ Agriculture pratique , qu’en outre les influences de sol et de climat, que j’admets avec vous, certains usages, tels que celui d'abréger la durée des éducations à l’aide de la chaleur artificielle, et l’usage plus généralisé du mûrier
greffé, ont apporté une modification notable dans le sens de l’amoindrissement du grain, en même temps qu’ils altéraient la robusticité.
« J’admets qu’en dehors des questions de sol et de climat ces pratiques accessoires n’ont pas prévalu dans les mêmes proportions pour les pays qui conservent la rusticité des races.
« Si je considère le grain grossier comme caractérisant la rusticité, c’est parce que le grain fin est incontestablement spécial aux pays où la domestication est plus avancée 1 . »
Quelques années plus tard, en 1860, les circonstances devaient fournir une éclatante justification à cette théorie, par la démonstration de la proposition renversée, et dans des circonstances toutes spéciales.
De 1837 à 1848, M. Frapolli père, grand éducateur lombard, élève le ver à soie dans vingt-deux fermes diverses, échelonnées entre Garbagnate, huit milles au nord de Milan, et Sesto-Calende, extrémité sud du lac Majeur.
11 cultive la race Brianze jaune, jusques à cette dernière époque, à laquelle il introduit dans ses éducations la race Sina qui lui est remise par M. Robinet.
L’espèce Sina est exclusivement continuée jusque^ en 1858 dans cette contrée infectée depuis 1854, etdonne encore alors un produit dépassant trente-quatre kilogrammes par once.
1 Deux ans après, Fabbri appuyait ma théorie dans ies termes suivants : « Oso dire clie l'osservazione di Duseigneur e un làtto confermato, che in generale le razze di bozzolo a graua gros sa, vano meno sogette all'infezione. »