‹ Monographie du genre camelliaChapitre 11 sur 533 · SI · texte numérisé non relu

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naturelle , une trop grande quantité d'aliments snr le corps humain , nous voulons dire une véritable indigestion, qui tuerait bientôt le Camellia , après avoir altéré et pourri ses racines, nageant dans une humidité trop dense, qu'elles ne peuvent plus absorber. Mais, comme, avec un peu d'habileté , l'on peut éviter tous ces inconvénients , nul doute , et cela résulte des faits, nul doute, disons-nous, que le Camellia ue réussisse mieux dans un espace où ses racines peuvent s'étendre à leur aise , que dans un pot étroit, où elles se trouveront gênées et dans la nécessité de se replier sur elles-mêmes.

§ 3. — Le Camellia se trouve-t-il mieux dans une caisse en bois ou dans un pot de terre?

Nous sommes convaincu, par les résultats heureux que nous obtenons à cet égard, que la caisse est préférable au pot.

1° Le bois des caisses se met aisément ? au niveau de la température de l'air ambiant ; en conséquence , la caisse conserve plus long-temps une douce humidité , qui convient à la santé du Camellia.

2° Le hàle, si fatal aux plantes , exerce avec plus de difficulté sa désastreuse action.

3° L'isolement de la caisse , produit par les pieds sur lesquels elle se trouve placée , empêche les vers de terre de s'y introduire.

U° Enfin la régularité de la caisse offre un coup d'œil plus agréable a la vue.

Nous ne saurions ajouter d'autres raisons que celles que nous offrent l'expérience et la comparaison. Tout le monde , en entrant dans nos serres , admire l'état vigoureux de nos Camellia , et tout le monde s'aperçoit de la différence qui existe entre ceux qui sont dans les caisses et ceux qui sont dans les pots.

Nous ne proscrivons pas pour cela les vases. Nous admettons leur utilité aussi bien que les jardiniers les plus éclairés.

Nous soutenons seulement que les horticulteurs qui en veulent aux caisses le font parce qu'ils ne savent pas s'en servir : c'est qu'ils négligent de proportionner la motte de la plante à la grandeur de la caisse , et alors ils subissent des désastres. Ne connaissant pas le véritable motif de ce résultat, ils crient contre les caisses, contre le plein air, contre les gradins en planches. Nous les laissons faire , en leur disant que les caisses et les pots sont excellents j seulement nous leur apprendrons que , si dans l'emploi des unes et des autres ils négligent la règle des proportions que nous venons de leur indiquer, ils éprouveront de graves mécomptes j mais ceux occasionnés par la disproportion des vases seront en plus grand nombre, plus fâcheux et plus sérieux que ceux produits par la disproportion des caisses, attendu que les agents de la végétation rencontrent plus d'obstacles d'action sur la terre cuite que sur le bois.

Si l'on veut savoir notre manière d'opérer à cet égard, nous dirons que nous commençons à mettre dans des caisses de 135 millim. des plantes qui ont environ 300 millim. de haut; nous les gardons dans cette caisse trois années consécutives : tous les ans , au printemps, nous leur ôtons à la surface deux doigts de terre , que nous remplaçons par autant de nouvelle ; la quatrième année, nous les sortons de la caisse, et après les avoir délivrées, autant que possible , de l'ancienne terre, nous les plaçons dans d'autres caisses de 162 millim. j ainsi de suite.

Aussitôt que le Camellia est rencaissé ou rempoté , il est important de l'arroser abondamment , et même sur les feuilles, avec la pomme de l'arrosoir, et de le remettre ensuite dans la serre (lorsque toutefois cette opération a eu lieu aussitôt après la floraison), dont la température doit être de 10 à 15° centigrades au dessus de zéro le jour, et de 10 a 13 la nuit : car autrement, il suffirait, après l'avoir arrosé, de le placer à l'ombre pendant quelques jours. Une plus for e chaleurdansla serre, a cette époque, lui ferait émettre de

longues pousses étiolées , d'autant plus qu'en avril , la chaleur du soleil augmentant d'intensité chaque jour, il est indispensable alors de couvrir les serres de toiles claires ou de légers paillassons pendant tout le temps que les rayons du soleil frappent les vitraux : sans cette précaution , les feuilles seraient brûlées ou maculées.

§ 4. — Des arrosements , et de Veau convenable à cette

opération.

Il est de principe, en horticulture , que les végétaux exotiques à feuilles persistantes , qui, dans nos serres, se trouvent en état de végétation presque non interrompue et plus ou moins active , selon le milieu où ils se trouvent , ont besoin , même en hiver, d'un certain degré d'humidité suffisante pour fournir à l'alimentation des feuilles et des racines. Il n'en est pas ainsi des plantes exotiques h feuilles caduques j ces plantes, tout le temps qu'elles sont en repos, n'ont presque pas besoin d arrosement. Le Camellia, étant un végétai à feuilles persistantes, aime une humidité pour ainsi dire constante , surtout en été; les fréquents arrosements qu'on lui donne dans les jours brûlants de cette saison contribuent puissamment à ranimer et à soutenir sa belle végétation. Mais, la seconde pousse terminée , lorsque son bois nouveau est tout à faitaoûté , comme disent les jardiniers, à peu près vers le milieu du mois d'août, lorsque les boutons sont formés, alors, à partir de cette époque jusqu'à la floraison prochaine, la distribution des arrosements devient difficile et demande beaucoup d'attention , car c'est en grande partie de ce soin bien dirigé que dépend la santé de la plante. Trop ou trop peu d'humidité produit les mêmes inconvénients. Les racines sèchent ou pourrissent, toute la plante languit, les feuilles et les boutons, se flétrissent et tombent , et enfin la plante meurt. La première étude est donc de savoir saisir un juste milieu entre l'humidité et

-Sùla sécheresse, surtout pendant la durée du temps où le Camellia doit rester enfermé dans la serre.

Mais quel est donc ce juste milieu qui convient au Camellia ? quelle est la quantité d'eau qu'il demande ? à quelle heure du jour doit-on la lui donner ? enfin quelle est l'eau qui lui est la plus propice ? Toutes ces questions sont d'une grande importance et très faciles h résoudre. Nous ayons dit qu'en général le Camellia aime une humidité presque constante, mais cela ne veut pas dire qu'on doive lui donner une grande quantité d'eau à la fois ; il est essentiel seulement de réitérer souvent les arrosements , afin d'entretenir toujours la terre dans un degré d'humidité suffisante pour maintenir la fermentation , mais pas assez dense pour la détruire ; ce qui arriverait indubitablement, si l'eau était versée avec trop d'abondance. Quant aux heures du jour les plus favorables pour arroser lo Camellia , nous dirons qu'elles sont subordonnées aux saisons , et surtout à l'état de la température extérieure. En hiver, soit que les pâles et faibles rayons d'un rare soleil viennent réjouir la nature attristée , soit qu'elle en reste privée long-temps , comme c'est l'ordinaire, il faut, dans ces courtes journées , arroser cette plante entre neuf et dix heures du matin , afin que la terre ait le temps de se réchauffer, en permettant l'évaporation d'une partie de son humidité. Si on arrosait le Camellia le soir, la fraîcheur de la nuit jointe à celle de l'eau arrêterait les progrès de la sève , aucune évaporation n'aurait lieu , et la chute des boutons pourrait être la conséquence d'une opération si intempestive. En été, au contraire, lorsque le Camellia est en plein air, on l'arrosera le soir, parce que l'eau contribuera à entretenir la fraîcheur de la terre pendant la nuit , et la plante , baignée dans cet humide milieu , réparera les effets absorbants de la chaleur du jour.

Mais il ne suffit pas toujours de mouiller les racines du Camellia. Quand la température de la serre se trouve sèche et trop élevée, ce qui arrive souventdans les mois de mai et do juin (car notre avis est de laisser le Camellia dans la serre au

moins jusqu'à la fin de ce dernier mois), les feuilles de cette plante ont besoin qu'on leur rende l'humidité salutaire qu'elles trouveraient ordinairement, à cette époque, dans l'atmosphère extérieure et à l'ombre. On se sert alors d'une seringue ou d'une pompe à main , pour faire tomber sur le feuillage du Camellia de l'eau propre et tenue médiocrement fraîche , en forme de pluie très fine. Ce mode d'arrosement , qui est si utile au Gamellia lorsqu'il est dans la serre , à la fin du printemps, est encore plus utile s'il est fréquemment employé en été, lorsque ce même arbrisseau se trouve exposé en plein air. Nous pensons même qu'a cette époque il est avantageux d'arroser le sol environnant , pour rendre à l'air une partie de son élasticité , et aux végétaux les vapeurs dont ils font leur nourriture aérienne.

Mais si les arrosements donnés à propos contribuent efficacement a la vigueur du Camellia , l'oubli prolongé des arrosements, je veux dire la sécheresse, produit des effets contraires. La sécheresse attaque cet arbrisseau dans ses racines , et, lorsque celles-ci en sont frappées, il n'y a plus moyen d'arrêter les progrès du mal. La terre de bruyère, devenue trop sèche, ne se prête plus à l'absorption de l'eau , ou, si elle en permet le passage, ce sera sous la forme d'ue infiltration, et à l'endroit seul où l'eau ne trouvera pas d'obstacle et traversera le pot sans imbiber les racines du végétal moribond. Le Gamellia abandonné à la sécheresse n'offre d'abord aucun symptôme de souffrance; mais il se dépouille tout à coup de son feuillage, le bois devient rabougri , les boutons tombent, et la mort s'ensuit.

Pour le rappeler a la vie , si le mal n'est pas incurable , il faut le rempoter à l'instant, lui donner une terre fraîche, le rabattre court et le tenir sur une couche d'une chaleur modérée, sous un châssis, le priver d'air et de soleil, en le mouillant très modérément , et seulement par degrés. Il faudra surtout bien se garder de le tremper dans Veau avec la motte , comme font quelques jardiniers ; cette transition rapide nui-

rait également a la plante et pourrait achever le mal que la sécheresse avait commencé. Un autre moyen de le sauver est de le livrer à la pleine terre , sous châssis , où il recouvrera plus promptement sa vigueur primitive.

Les eaux de fontaine, de puits, quand elles sont sélénitcuses ou calcaires , les eaux même de rivière , qui se chargent, dans leur cours, de divers sels , si ceux-ci ne sont pas dissous par l'action du soleil , sous l'influence duquel elles doivent rester au moins vingt-quatre heures , sont nuisibles à la végétation du Camellia.

Les eaux de pluie conviennent davantage à la santé de cette plante; n'étant point encore saturées de principes alcalins , elles ont la propriété de dissoudre plus facilement les sels terreux qu'elles contiennent, et qui sont propres a pénétrer dans le tissu de la plante.

Mais les meilleures eaux pour le Camellia sont celles des mares exposées continuellement a l'influence du soleil et de l'air. Ces eaux, qui contiennent en abondance des principes de nutrition, surtout quand elles se trouvent mêlées à des détritus de corps animaux et végétaux , qui leur fournissent une certaine quantité de carbone et d'azote , agissent d'une manière merveilleuse sur les orgaues voraces du Camellia. Mais ces eaux ne doivent être employées que l'été, et quand l'arbuste est exposé en plein air. En hiver, et dans la serre , on arrosera le Camellia avec de l'eau sans mélange, et qui aura séjourné pendant quelques jours dans un coin de la serre même.

§ 5. — Delà sortie du Camellia en plein air.

L'époque de la sortie et de la rentrée du Camellia dans la serre , ainsi que l'exposition qu'on lui donne pendant l'été, influent puissamment sur l'état de santé dont il jouit pendant l'hiver. L'expérience de plusieurs années nous prouve que l'époque a laquelle on doit le sortir est celle où il a compléte-

ment achevé sa première pousse, où le bois nouveau est aoûté, et où les boutons ont tout à fait paru , ce qui arrive ordinairement à la fin de juin. Le Camellia n'aime pas le grand soleil, il se plaît à l'ombre, dans le milieu d'un air libre, doué d'élasticité et de fraîcheur. L'exposition du nord, où les premiers rayons du soleil naissant viennent le caresser, est celle qui lui convient le mieux ; et , en effet , placé au soleil , la formation de ses boutons se fait trop promptement , et la floraison est moins belle, quand même elle ne reste pas incomplète. Les précautions à prendre lors de la sortie sont les mêmes qu'on emploie pour toutes les plantes de serre ; la plus importante est un abri k l'ombre, dans un endroit bien aéré. Les abris les plus avantageux pour le Camellia sont les haies vives, les charmilles, ou des lignes de Thuya d'Orient, espacées de 2 mèt. 1/3 à 3 mèt. l'une de l'autre. Ces dernières ont l'avantage d'offrir, par leur feuillage toujours vert et rapproché au moyen de la taille en éventail, une épaisseur convenable, beaucoup de solidité en même temps que de vie et de beauté. Avec un tel abri , on n'a a redouter ni la force des rayons solaires, ni les orages, ni les vents pernicieux, ni quelquefois même les ravages de la grêle.

Nous avons l'habitude de laisser le Camellia profiter de ces abris jusqu'à la fin d'août. Dans les premiers jours de septembre , cette plante doit être exposée à l'influence du soleil pendant une grande partie de la matinée , à peu près jusqu'à midi, et rester ainsi jusqu'au moment de sa rentrée dans la serre. Cette exposition chaude affermira les derniers efforts de la végétation et consolidera les boutons, joie et récompense des soins qu'il coûte à l'horticulteur.

Cette méthode de sortir les Camellia en plein air en été est reconnue utile de tout le m onde, et adoptée des horticulteurs expérimentés de tous les pays. MM. Tamponet, Paillet, Cels, Keteleer, Mathieu, Lemichet, Fion,Margat, tous ces maîtres de l'art, exposent leurs Camellia en plein air, pendant au moins trois mois de la belle saison. De même, les Belges, les

Allemands, les Suisses, les Italiens du nord , les Américains septentrionaux , et généralement tous les horticulteurs de la France, sortent plus ou moins long-temps leurs Camcllia en été. Aussi nous saisissons cette occasion pour engager les amateurs à se méfier de la trop jeune pratique de tenir les Camellia constamment en serre pendant toute Vannée, et de leur refuser impitoyablement pendant toute leur vie les bienfaits salutaires du plein air. Nous engageons les amateurs h se méfier de cette pratique , parce que nous la croyons nuisible à la santé du Camellia et contraire aux intérêts commerciaux.

Elle est nuisible a la santé du Camellia, parce que, celte plante étant originaire d'un climat qui est à peu près comme le nôtre en été , plus on s'éloigne de la culture de son climat natal , moins bien elle doit se porter ; et au contraire , plus on suit les habitudes de son pays , plus elle doit prospérer. En effet, placé en été a l'ombre d'arbres verts comme nous l'avons indiqué plus haut, où les agents de la végétation sont très efficaces , la liberté de l'atmosphère très pure, le Camellia y jouit amplement de l'humidité convenable qui lui est nécessaire , des rosées bienfaisantes de la nuit , des pluies douces du soir, et des principes d'électricité qu'elles contiennent j là enfin il profite de toutes les circonstances heureuses du plein air qui favorisent la végétation, la soutiennent , l'excitent , la renforcent, l'embellissent. L'utilité de ce principe de culture est tellement reconuu , que tous les cultivateurs de plantes exotiques n'hésitent pas aujourd'hui a exposer en plein air pendant deux mois de l'été même certains végétaux des tropiques, et certes jamais ces plantes n'avaient été plus belles , plus fraîches , plus rustiques , plus vigoureuses que nous les voyons, parce que le grand air ranime et raffermit la végétalion. Nous ne doutons pas que tout physicien, aussi bien que tout horticulteur instruit et doué de bon sens, ne trouve cette pratique conforme a la loi de nature.

Agir différemment, c'est-à-dire tenir les Camellia constamment en 6errc , les priver pendant toute leur vie des influen-

ces salutaires et du contact du plein air, c'est contrarier la nature du Camellia , c'est désorganiser sa force végétative , c'est amollir la plante, l'énerver sans ressource ; c'est la condamnera l'étiolemcnt, à la stérilité.

Nous disons aussi que la méthode de tenir les Camellia en serre pendant toute l'année est contraire aux intérêts com- * merciaux , et voici pourquoi. Les jeunes plantes qu'on destine à la vente , lorsqu'elles sont habituées continuellement à la prison cellulaire de la serre, deviennent délicates, supportent avec peine les longs voyages, et à la plus légère transition de température, ont plus de difficultés à s'habituer au changement de climat ; en un mot elles ne sont pas aussi rustiques que celles cultivées en plein air, et sous ce rapport ce serait un mauvais service que la méthode d'emprisonnement rendrait aux acheteurs si elle était généralement adoptée.

Rentrée. — Les grandes pluies de l'automne, qui sont froides et fréquentes, énervent le Camellia et s'opposent toujours au succès de sa floraison ; ce sera, en conséquence , se conformer aux principes de la bonne culture que de le rentrer aussitôt que le temps pluvieux persiste à se montrer, d'autant plus que, les nuits étant devenues fraîches , et les jours étant encore assez chauds, cette différence importante de température entre le jour et la nuit peut devenir nuisible h l'arbuste. Ce motif doit donc déterminer l'amateur à rentrer le Camellia vers . les derniers jours de septembre au plus tard, et à toujours choisir pour effectuer cette opération le plus beau temps possible.

§ 6. — Manière d'abriter du soleil les Camellia renfermés

dans la serre.

Nous avons l'habitude de garder en serre les Camellia jusqu'à la fin de juin, et cela pour deux raisons que l'expérience confirme : 1° par ce moyen, le Camellia étant à l'abri des variations atmosphériques de la saison printanière , ses jeunes pousses se développent naturellement sans interruption, et

forment an bois parfait ; 2° les boutons à fleur, qui paraissent dès que le bois s'aoûte, se consolident mieux, et ne sont plus susceptibles de tomber au moment de se gonfler pour fleurir.

La principale difficulté est de préserver constamment cette plante du grand soleil, à partir du 1 er mars jusqu'à sa sortie, par des moyens faciles, qui ne la privent pas des bienfaits de la lumière , et qui n'exigent pas à tout instant la présence du jardinier, tels que les toiles, les grillages, les paillassons , etc. Voici un procédé simple, infaillible et économique, que nous employons tous les ans. Il consiste a peindre ou à barbouiller intérieurement, aux premiers jours de mars , les carreaux de la serre avec du blanc d'Espagne délayé dans du lait ou dans de l'eau mêlée avec un peu de colle de farine. La colle n'a d'autre but que de fixer plus solidement la couleur. Lorsque les Camellia sont sortis, on lave cette peinture avec une éponge; ces deux opérations sontl'affaire d'un moment. On ne saurait croire les bons effets que produit cette douce lumière, la brillante végétation qu'elle favorise, le beau vert qu'elle donne au feuillage, la tranquillité qu'elle assure et les malheurs irréparables qu elle prévient.

§ 7. — Des serres propres au Camellia.

Le Camellia étant un arbrisseau rustique, il prospère assez bien dans toutes les serres j mais , pour que sa floraison soit belle et abondante , il faut le tenir dans une serre médiocrement élevée, et le placer le plus près possible de la lumière. Les individus doués d'une certaine force , et qui dépassent 2 à 3 mètres de hauteur, fleurissent partout, s'ils ne sont pas contrariés par des circonstances accidentelles , telles que celles que nous exposerons plus bas. Mais les jeunes plantes, celles nouvellement sevrées, ou qui n'ont que 3 à 4 décim. de haut, espèces délicates et rares , demandent une vive lumière pour bien fleurir. Il est vrai que cette position offre aussi des incon-

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vénients assez graves, entre autres les coups de soleil du printemps., qui, d'un moment a l'autre, peuvent frapper une plante , la brûler, et en altérer la santé. Mais on peut prévenir ces accidents en tendant tous les jours, vers huit à neuf heures du matin , des toiles claires sur les vitraux , et en les retirant aussitôt que le soleil disparaît, ou en adoptant le moyen simple et facile de la peinture que nous venons d'indiquer plus haut.

Pour répondre au désir que nous ont manifesté quelques amateurs, nous tracerons ici les dimensions d'une serre h Camellia et nous dirons un mot sur sa disposition intérieure :

Longueur indéterminée , mais pas moindre de 1 5 mètres sur 5 de large ; hauteur, de môme , 5 mètres sur 2 j placée au niveau du sol , et non enfoncée à quelques décimètres en terre , comme celles des marchands.

Intérieur. Un gradin de 1 mètre et 300 millimètres de large, adossé contre le mur de fond ; une allée de 800 millimètres de large, qui fasse le tour de kr serre, en embrassant, dans son milieu , un second gradin de la même dimension et en face du premier ; une tablette de 650 millimètres de large sur le devant , pour placer les petites planches : voilà une disposition favorable à la santé des végétaux, commode pour le service du jardinier, et agréable à la vue du maître. On peut, à la place du second gradin , établir une plate-bande pour y livrer à la pleine terre un certain nombre de Camellia ; on aura soin alors de les mettre en quinconce , et à la distance d'un mètre l'un de l'autre.

Celle-ci est certainement une bonne serre économique, à la portée de tout le monde, utile et même agréable; mais ce n'est pas une serre modèle. Celle que nous appelons de ce nom , qui réunit toutes les conditions requises pour le bienêtre des Camellia d'une grande dimension, c'est la serre dite chinoise ou hollandaise, à deux toits ou pans égaux et vitrés, bâtie sur un mur de pourtour d'un mètre d'élévation et vitrée de tous côtés.

Voici ses dimensions :

Longueur indéterminée, mais large au moins de 7 mètres et élevée intérieurement sur le milieu également de 7 mètres. Une serre ainsi construite réunit une infinité d'avantages. L'immense quantité de lumière qui circule dans ce bâtiment frappe les plantes de tous côtés indistinctement , détermine la sève à se porter également tout autour d'elles ; la végétation n'est nulle part gênée , et l'arbrisseau se trouve garni également de branches latérales dans tous les sens. On pourra nous objecter qu'elle présente aussi plus de difficultés pour la garantir de la gelée et les coups de soleil j mais aussi quelle compensation sous le triple rapport de |a salubrité qu'elle procure aux végétaux, de la quantité de plantes qu'elle contient, et du coup d'oeil magnifique qu'offrent les Camellia lorsqu'ils sont en pleine floraison ! Amateurs , pesez bien nos réflexions, et vous ne tarderez pas a adopter le plan que nous indiquons et que nous avons nous-même exécuté.

La serre à Camellia doit être garnie, comme les autres serres ordinaires, d'un poêle ou fourneau bien construit en maçonnerie, ainsi que les tuyaux, qui seront en terre cuite , d'une forme ronde, ou en fer fondu, ou même en tôle épaisse.

Ce fourneau, placé dans l'intérieur de la serre, sera appuyé contre une des murailles internes, celle de devant le plus ordinairement. Sa porte doit donner ou en dehors ou dans un cabinet construit aceteffet, et séparé de la serre parun moyen quelconque, afin qu'en allumant le feu la fumée ne puisse pas y pénétrer. On ne saurait croire combien est nécessaire la stricte fidélité à suivre ces indications.

L'article suivant va nous l'apprendre en détail.

§ g. — Précautions à prendre pour la conduite des fourneaux.

Une foule de précautions sont nécessaires dans la conduite des fourneaux. Sans parler des résultats funestes que le feu

cause souvent dans les serres, c'est-à-dire l'incendie , dont tant d'amateurs sont victimes, ceux produits par la fumée ne sont pas moins irréparables. On aura donc grand soin que le fourneau soit solidement construit, que les tuyaux joignent parfaitement entre eux, afin que la fumée ne trouve point d'obstacles. Ce n'est pas par un beau temps froid que vous éprouverez des contrariétés, mais dans certains jours humides , lorsque la température extérieure se dispose à changer. Par ce temps, on a beaucoup de peine à allumer le fourneau, et cependant il fout faire du feu car la température peut changer pendant la nuit et une forte gelée peut survenir. Pour ces cas il faut avoir un poêle de rappel , qui sera placé en dehors , à l'extrémité de la serre, à l'encoignure des tuyaux. On ne fera qu'allumer ce petit poêle avec quelques copeaux , cela suffit pour donner du tirage au grand fourneau de la serre. Cet objet est de la plus grande importance.

Amateurs, si vous aimez vos Camellia, ne vous fiez pas a vos jardiniers , visitez vous-mêmes vos serres le soir, faites attention à tout ce qui concerne le feu; examinez si les tuyaux joignent bien, si la terre ou le plâtre qui les unissent ne se sont pas détachés, car souvent le feu de quelques jours les fait tomber ; souvent aussi l'humidité intérieure causée par le bistre arrête la fumée, et la fait rétrograder, surtout si l'atmosphère extérieure est pesante. Rappelez-vous que la moindre fumée sur les Camellia produit les plus funestes effets ; elle attaque leurs feuilles, contrarie leur sève et l'empoisonne j les boutons tombent, et la plante est souvent frappée de mort. Rappelez-vous enfin que le feu continu des poêles dessèche l'air intérieur, lui ôte son élasticité : alors le Camellia, se trouvant privé de cette nourriture aérienne si nécessaire à la végétation, languit d'abord, et, à la longue, s'il n'est pas secouru promptement, finit par succomber.

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§ 9. — Moyen de remplacer tous ces inconvénients par des

avantages réels.

L'amateur qui veut vivre tranquille sur le sort de ses Camellia , et les voir prospérer sans crainte ni danger, doit remplacer le fourneau ou poêle ordinaire par un appareil de chauffage par l'eau chaude, dit thermosiphon. Cet appareil, très simple dans sa construction , d'une manœuvre facile , n'offrant aucun des dangers d'une machine à vapeur, peut élever la température d'une serre à 20, 30, 60 centigrades, en produisant ce degré de chaleur humide que nous croyons si favorable aux Camellia. Un appareil de cette nature ayant doubles tuyaux en zinc, de la longueur de 15 mètres, coûte 70 fr. ; une chaudière en fer fondu, contenant deux voies d'eau , 50 fr. j un petit fourneau en briques, 25 fr. j menus frais, 10 fr. : total, 155 fr.

Mais , comme le zinc même galvanisé n'est pas de longue durée, nous engageons les amateurs à faire une dépense un peu plus forte: c'est d'employer le cuivre à la place du zinc , et nous indiquons un habile mécanicien , fort honnête homme, M. Gervais, rue Saint-Jacques, n. 135, qui fournit un calorifère à doubles tuyaux de 15 mètres de long sur 9 centimètres de large , le tout en cuivre, pour le prix de 380 fr., y compris la pose et autres menus frais ; et il en garantit le succès.

Les avantages de cet appareil sont incalculables ; indépendamment de l'économie de combustible, de la prolongation beaucoup plus considérable de la chaleur produite, de la sécurité, du non-desséchement de l'air dans les serres , l'appareil thermosiphon ne produit jamais de fumée, dont les dégâts , comme nous l'avons dit plus haut , sont sans remède. Il est vrai que la vapeur humide concentrée peut devenir nuisible aux^Camcllia qui la reçoivent si elle est trop abondante, et si elle y demeure trop long-temps. On s'en aperçoit de suite

en regardant au plafond de la serre, aux vitraux, aux murailles, où elle s'attache, et, s'il y a excès, on s'en débarrasse promptement lorsque l'atmosphère extérieure le permet, en ouvrant quelques panneaux ou les portes de la serre , et en allumant en même temps le fourneau pour tempérer ainsi l'air nouveau qu'on y introduit par les ouvertures indiquées. Si ce moyen est impraticable à cause de l'intensité du froid , on pourra alors essuyer, avec des torchons secs attachés à un bâton, les endroits où l'humidité se trouve condensée sous la forme de gouttelettes.

Les amateurs qui n'emploient pas le thermosiphon , et qui se servent encore du fourneau ordinaire , feront attention , lorsqu'ils sont obligés d'entretenir le feu pendant quelque temps à cause du froid , feront attention , dis-je, au dessèchement de la terre des pots ou caisses j ils n'oublieront pas d'arroser les Camellia qui se trouvent près du feu , comme les autres, s'il y a lieu : car la sécheresse pourrait les atteindre , et causer parmi eux, comme nous l'avons démontré, des désastres irréparables et certains.

§ 10. — De l'air et de la température des serres.

L'air étant un des éléments les plus indispensables à la prospérité des plantes, il faut qu'il soit tempéré et qu'il circule librement dans les serres. Un air vif, sec et froid, nuit au Camellia; un air humide et chaud favorise sa végétation. Un thermomètre placé dans l'intérieur doit donc régler la température de la serre ; et, quoique le Camellia puisse supporter quelques degrés de froid sans souffrir, cependant, pour amener à bien sa floraison, il lui faut une température constante de 8 à 9 centigr. de chaleur.

Tant que l'atmosphère extérieure est a peu près à ces degrés , ce que doit indiquer un bon thermomètre placé au nord, dans le jardin , les portes et les panneaux de la serre peuvent rester ouverts; mais on aura soin de les fermer aussitôt que

la chaleur extérieure marquera seulement 6 ou 7 centigrades au dessus du point de congélation.

]1 est bon aussi d'aérer les Camellia une fois tous les matins, même dans les jours un peu froids, si le soleil est à l'horizon.

Les feuilles du Camellia offrant une surface assez large , luisante , poreuse et un peu humide , elles attirent la poussière qui circule incessamment dans la serre et en sont bientôt cou* vertes j ce corps étranger les empêche d'exercer leurs fonctions absorbantes, ou, pour mieux dire, il obstrue les organes (pores) qui sont destinés à aspirer les gaz nourriciers qui les environnent, comme aussi à l'expiration de ceux qu'ils servent à dégager : il faut donc de temps à autre, pendant l'hiver, débarrasser le Camellia de la poussière qui le couvre. Voici plusieurs manières d'opérer.

Quelques personnes lavent les feuilles avec une petite éponge ; mais , outre que l'éponge, si elle n'est pas continuellement lavée elle-même , absorbe la poussière des feuilles lavées , et la communique de nouveau a celles sur lesquelles on la passe , cette éponge laisse un peu d'humidité qui attirera bientôt de nouvelle poussière.

Le moyen le plus utile est de se servir d'un petit linge fin et sec, et d'en frotter les feuilles légèrement et avec précaution : elles acquièrent à l'instant tout leur luisant naturel , et offrent de nouveau un aspect de vigueur et de santé.

Pendant que le Camellia est en serre , et même en plein air, une mousse assez épaisse , qui souvent provient de la qualité de l'eau qu'on emploie dans les arrosements, tapisse la partie supérieure de la motte. Il faut, soit à la sortie , soit à la rentrée des plantes, enlever soigneusement cette mousse, ôtant de la surface du pot autant de terre que l'on pourra, et la remplacer par de la mousse nouvelle qui ranimera l'ancienne et vivifiera la plante.

S 11. — Des insectes nuisibles au Camellia.

Le Camellia est attaqué , soit en plein air, soit dans les serres, par plusieurs petits insectes, qui sont les pucerons, les fourmis, les punaises, les kermès, les cochenilles , etc.

Il n'est pas aisé de détruire ces divers insectes, et les procédés que nous allons indiquer demandent beaucoup de soins et d attention.

Les pucerons se développent dans les premiers jours de printemps; ils s'emparent des pousses les plus tendres, les couvrent avec une telle abondance, qu'il semblerait que les bourgeons sur lesquels ils se trouvent ont entièrement changé de couleur; pompant incessamment la sève abondante dont ces jeunes rameaux sont remplis, ceux-ci languissent, leurs feuilles avortent, et bientôt ils meurent, si la main de l'homme, les pluies on certains vents secourables, ne viennent à propos les débarrasser. On tue bien ces insectes en brûlant du tabac dans la serre , ou en lavant avec une solution de savon noir les branches infectées , ou mieux encore en les écrasant soigneusement avec les doigts.

Viennent ensuite les fourmis; quoiqu'on dise qu'elles ne vivent qu'aux dépens des premiers, nous croyons être certain qu'elles se nourrissent aussi des pousses tendres du Camellia; leur nombreuse progéniture est d'ailleurs incommode, partout où elle se montre, par les dégâts qu'elle cause quand , par exemple, elle niche dans les vases mêmes des Camellia. On se débarrasse de ces insectes en les attirant dans de petites fioles remplies d'eau saturée de miel, où ils accourent en grand nombre et se noient.

Outre ces deux genres d'insectes, il y a encore les kermès (vulgairement la punaise des orangers, que l'on rencontre aussi sur la surface des feuilles et même sur les bois desjeunes branches) et les cochenilles , qui s'attachent au collet des pousses nouvelles, dans les aisselles des jeunes feuilles, et en sucent

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