‹ Monographie du genre camelliaChapitre 12 sur 533 · AS · texte numérisé non relu

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toute la sève. On remédiera à ces graves inconvénients en visitant souvent le Camellia, le matin de bonne heure; on écrasera ces insectes avec un petit morceau de bois plat.

Les vers de terre (lombrics) s'introduisent aussi facilement daus les pots , inquiètent les racines et décomposent la terre ; la manière de les empêcher d'entrer consiste à mettre un morceau d'ardoise sous chaque pot, ou à placer l'arbuste sur des planches ou bien sur une couche de deux ou trois pouces d'épaisseur de gravier fin ou de sable de rivière, ou sur une pincée de verre pilé.

Lorsque les vers sont dans la motte de la plante et qu'on ne peut pas les extirper en la retirant du pot, on les oblige à sortir en arrosant les racines une ou deux fois avec une légère décoction de tabac. Nous avons employé avec succès une solution très légère de chaux vive; mais ce moyen, que nous ne conseillons qu'en désespoir de cause, s'il n'est administré avec beaucoup de précaution et de mesure, détruit complètement les organes inférieurs de la plante , qui se trouve perdue sans ressource.

§ 12. — Floraison du Camellia; manière de la forcer.

L'époque naturelle de la floraison du Camellia est ordinairement depuis le mois de décembre jusqu'à la fin de mars. Cependant, si, par une culture artificielle à laquelle il se prête facilèment, on veut bien calculer les phases de sa végétation et en suivre la marche, on peut avoir successivement des plantes en fleur depuis le commencement de septembre jusqu'à la fin d'avril. Nous allons indiquer le meilleur procédé à suivre pour réussir dans cette culture extra-naturelle.

Lorsqu'on voudra le faire fleurir en septembre, sa végétation devra alors être excitée au moins un mois plus tôt qu'à l'ordinaire. A cet effet, dès le mois de février, les plantes qui n'ont pas de boutons à fleurs et qui sont bien portantes seront choisies et rempotées d'après les principes indiqués plus

haut, si elles en ont besoin; la chaleur du milieu où elles se trouvent sera élevée, afin qu'elles puissent, par ce moyen artificiel , se mettre promptement en sève et achever leur première pousse un mois plus tôt que de coutume; on les sortira ensuite de la serre a la fin de mai, au lieu de ne le faire qu'a la fin de juin , et on leur donnera une exposition moins abritée que de coutume. En avril les plantes qui marqueront fleurs seront rentrées dans une serre aérée le jour et fermée la nuit, protégées contre les rayons solaires au moyen de toiles ou de légers paillassons et entretenues dans une atmosphère toujours tempérée et égale. A mesure que la température extérieure s'abaissera , on aura soin d'élever celle de l'intérieur. Par cette culture bien dirigée , on obtiendra de belles et abondantes fleurs dès le mois de septembre. On peut encore, vers la fin de ce mois, mettre les plantes prêtes a fleurir sur une couche tiède et couverte d'un châssis , en ayant soin de les ombrager et de leur donner de l'air le jour. Ces plantes, ainsi traitées , continueront h fleurir successivement.

Lorsqu'on voudra retarder la floraison du Camcllia, toutes les opérations que nous avons indiquées ne seront entreprises qu'un mois plus tard, pour les faire fleurir naturellement : de plus, par le moyen artificiel d'une atmosphère moins élevée, mais constamment égale, on parviendra de même à retarder de quelques semaines le développement des fleurs.

§ 13. — Quelles qualités doit avoir un Camelliapour être reconnu beau dans toutes ses parties?

Nous aurions de la peine a établir une règle à ce sujet , et, quoiqu'il soit vrai que la beauté est une qualité réelle, positive, et généralement sentie, cependant, en fait de belle nature, en fait de fleurs , la beauté dépend des goûts et des caprices des hommes.

Les botanistes, par exemple, ne reconnaissent que la nature sans altération ni mélange quelconque j ils regardent

comme des monstruosités les fleurs que les jardiniers proposent comme des modèles de beauté; ils disent que la nature est en défaut et criminelle même lorsqu'elle engendre de telles productions, et non en progrès; ainsi, pour eux, la fleur la plus appréciée est celle qui , entourée du voile le plus simple , étale à leurs yeux toutes ses parties sexuelles et les présente en état parfait.

Les amateurs aiment une corolle régulière, arrondie, dépourvue d'organes sexuels, et ceux-ci remplacés par des rangs multipliés de pétales; tous très bien imbriqués, et dont la dimension aille en augmentant par degrés et toujours régulièrement du centre à la circonférence, en décrivant une espèce de rosace écaillée comme le dos d'un poisson, à cœur déprimé, comme le C. blanc double ancien, ou YImbricala rubra.

Les peintres , au contraire, préfèrent une corolle bien faite, il est vrai, mais composée de plusieurs pièces dissemblables, c'est-à-dire de pétales inégaux j une corolle qui, sous une forme irrégulière et bizarre , offre à leur imagination unè foule de désordres et d'accidents naturels : telles sont les fleurs des C. Pomponia plena, Preston éclipse.

Pour nous un beau Camellia est celui qui réunit le plus grand nombre de qualités possible.

Un port régulier , une végétation vigoureuse , une tige droite et branchue, un large feuillage presque horizontalement placé , à surface plane, d'un vert obscur, un arbre qui se met à boutons abondamment tous les ans, qui les garde solidement, qui les développe presque tous naturellement en petit nombro à la fois, qui donne une fleur bien organisée, grande ou petite , et l'une et l'autre ont leur mérite, mais régulière à la circonférence , d'une forme en coupe , évasée ou étalée , peu importe, mais à pétales extérieurs imbriqués avec grâce, formant avec ceux du centre un ensemble uniforme , soit à cœur déprimé, soit à cœur relevé, en boule ou en pompon ; toutes ces formes nous paraissent également séduisantes. L'absence des organes sexuels est essentielle à la beauté que nous estimons;

les modèles que nous offrons sont les Leana superba , le Derbyana.

Nous ne nous prononçons pas sur la qualité des couleurs : toutes les nuances, tous les accidents, toutes les bizarreries que nous accorde la nature aidée par l'art, nous les admettons avec une égale appréciation.

C'est ici le lieu de répondre à une question qu'on nous fait à chaque instant, c'est-à-dire s'il y a des Camellia odorants.

Nous avons dit que la fleur du Camellia est inodore , c'est là un des caractères négatifs de sa nature , et cette abstraction d'une qualité essentielle est tellement reconnue , que le vulgaire vous répète à chaque instant : Quel dommage que le Camellia n'ait pas l'odeur de la rose ! Mais à cette règle générale il y a exception réelle , constante, et que les gens les plus incrédules peuvent constater. Plusieurs variétés, dont une même ancienne, le Myrtifolia, introduite en Europe en 1808, offrent une odeur suave, douce et délicate, qui ressemble à un mélange de l'odeur de la fleur d'Orange et d'Acacia; mais cette odeur ne se développe que lorsque la plante est exposée au soleil, ou qu'elle vient d'être frappée récemment des rayons de cet astre bienfaisant. Les Colvilii, Punctata major, Nannetiana nova alba, et autres, présentent cette qualité remarquable.

§ lû. — Y a-t-il un moyen de déterminer une plante à augmenter la dimension de ses fleurs ?

Quelquefois une culture trop soignée , au lieu de contribuer à améliorer la floraison, produit un effet contraire.

Lorsqu'un Camellia en état de luxuriante prospérité Se couvre de boutons , il a besoin d'être soigné plus que ceux qui se trouvent dans un état de végétation ordinaire. La moindre altération dans son système végétatif peut faire ou tomber les boutons, ou avorter les fleurs.

La pratique nous a indiqué que, pour amener ce Camellia à compléter sa floraison, il faut le soutenir par des arrosements

modérés à la vérité, mais continus, même en hiver j le tenir dans l'endroit le plus éclairé de la serre, à une température la plus égale possible , et ne le changer jamais de place avant sa floraison.

Pour le déterminer à augmenter la dimension de ses fleurs, nous avons l'habitude d'employer deux moyens. Le premier consiste à diminuer le nombre de ses boutons ; ceux qui restent, étant plus nourris, se développent avec plus d'aisance.

Le second , si c'est une variété simple , semi-double , et même double, est de supprimer les organes sexuels apparents-, les sucs nutritifs qui doivent concourir au développement des organes éliminés se portent dans les parties correspondantes de la corolle , et ce redoublement de nourriture contribue à lui donner une dimension plus considérable.

§ 15. — — Pourquoi certains Cameîlia bien portants refusent-

ils de fleurir?

L'expérience nous offre plusieurs raisons de ce fait, dont deux seules nous paraissent bien fondées : c'est ou parce que la plante est trop vigoureuse , ou parce qu'elle est trop jeune.

En premier lieu , lorsqu'une plante douée de toutes les conditions requises refuse de se mettre h boutons, nous la contrarions dans le cours de sa végétation en la rempotant au commencement de sa pousse et en diminuant le volume de sa motte. La sève, ainsi contrariée, se déplace , et se porte vers les branches à boutons.

Nous disons en second lieu qu'une plante refuse de fleurir parce qu'elle est trop jeune , et voici ce que nous entendons par les mots trop jeune.

Les Camellia obtenus de semences en Europe , n'ayant pas encore acquis un certain degré de force et de solidité , fleurissent peu et toujours en raison directe de l'âge qu'ils acquièrent. Nous avons observé , par exemple , que les Camellia d'origine japonaise et chinoise, tels que le rouge, le panaché

et autres anciens, dont l'âge est devenu séculaire, portent des boutons indistinctement sur toutes les branches 5 le sommet, principalement, en est garni plus queles branches inférieures. Tout individu provenant soit de boutures, soit de greffes, soit de marcottes , prise sur une plante âgée, fleurit plus abondamment et plus facilement que toute plante de graine qui n'a que quelques années d existence, et ses fleurs sont alors d'une dimension plus complète. Celle-ci , au contraire, donnera quelques fleurs,'il est vrai, a l'âge de 10 ou 12 ans, et quelquefois beaucoup plus tôt par le moyen de la greffe j mais elle n'en produira en abondance qu'au fur et à mesure qu'elle vieillit , et c'est surtout près du pied , sur les branches inférieures , que les boutons se montrent les premiers , sont les plus robustes j leur qualité diminue à mesure qu'on monte vers l'extrémité supérieure.

§ 1 6. — Moyens d'empêcher les boutons de tomber.

Pour prévenir la chute des boutons, espoir légitime de l'horticulteur, et pour amener le Camcllia h fleurir tous les ans en abondance, il faut soigner constamment et d'une manière spéciale sa culture depuis le rempotage jusqu'à l'épanouissement des fleurs. Nous ne reviendrons pas sur la manière de le rempoter, mais nous dirons 1° qu'il est indispensable , immédiatement après cette opération , de tenir le Caraellia a la température de 15 h 18° centigrades le jour et de 13 à 15 la nuitj 2° qu'aussitôt que les jeunes pousses ont terminé tout leur développement, pendant qu'elles sont encore à l'état herbacé, il faut augmenter la chaleur de la serre et la porter de 16 à 20° le jour et de 15 à 18 la nuit. Celte augmentation de température détermine les boutons à paraître avec plus de facilité , d'abondance et de vigueur. Nous avons observé que , si l'on ne vient pas au secours de la nature par une augmentation artificielle de chaleur h cette époque , les nouvelles pousses, abandonnées h une trop basse température,

s'arrêtent tout h coup et s'endurcissent avant leur aoûtement naturel. Dans cette conjoncture, la sortie des boutons, devenue plus difficile en raison de la dureté du bois , ne s'effectue que plus tard; souvent ils sont, par cette raison, peu abondants et même incomplets : aussi , au premier changement atmosphérique , les boutons ne manquent-ils pas de tomber. On pourrait croire que ce funeste inconvénient provient de co qu'ils ne reçoivent plus cette nourriture laiteuse des pousses herbacées , qui contribue puissamment a les fixer, dès leur apparition, à la branche qu'ils doivent plus tard décorer.

Lorsque les boutons sont entièrement formés (ce qui arrive, comme nous l'avons dit, environ trois semaines après la fin de la première pousse), on aura soin de diminuer graduellement la chaleur de la serre jusqu'à l'époque de la sortie des plantes en plein air j ce qui doit avoir lieu vers la fin de juin.

Enfin, placé a son exposition d'été, le Camellia demande l'exécution la plus stricte des soins indiqués dans le § 5.

Mais ces mêmes soins, convenablement dirigés, ne suffiraient pas encore pour empêcher la chute des boutons, si l'on négligeait d'entretenir la plante dans une température toujours égale, entre 9 et 10° centigrades le jour, et 6 à 7 la nuit, depuis le 1 er octobre jusqu'à la fin de mars. Nous appuyons à dessein sur cette expression de température toujours égale, parce qu'en effet, quand bien même on tiendrait le Camellia , pendant la saison rigoureuse, toujours entre 2 ou 3° centigrades seulement au dessus de zéro, en permettant toutefois à l'atmosphère extérieure d'augmenter la chaleur, ou bien encore, si la température de la terre était toujours entre 12 k 15° centigrades, cette double différence, restant constamment la même, ne saurait, dans les deux cas , nuire à la floraison. Dans le premier seulement, elle sera plus tardive, et plus précoce dans le second j mais si, dans cette dernière hypothèse, la chaleur artificielle est, par instants , trop violente par l'action d'un foyer mal dirigé, la plante fleurit bien, il est vrai ; mais,

n'ayant pas joui d'uno température constamment uniforme, dans la serre, jusqu'à la saison de sa sortie ordinaire , elle languit, se dépouille après la floraison, et souvent il n'est plus au pouvoir de l'horticulteur de remédier au mal j elle périt sans ressource. Tel est le sort des Camellia forcés, destinés à décorer nos salons d'hiver, et à fournir le tribut de leurs brillantes fleurs dans les réunions du grand monde.

Une égalité de température est donc essentielle pour la conservation des boutons. Son changement trop subit dû soit h l'introduction instantanée d'un air trop froid dans la serre au moment où la température y esta 12° centigrades d'élévation, soit a une chaleur trop élevée, de 14 à 16, introduite trop rapidement lorsque le thermomètre y marque zéro, ces deux transitions subites et violentes produisent les mêmes résultats, la chute des boutons ; la raison nous en parait évidente.

Lorsque les boutons sont près de s'épanouir , une chaleur douce et continue les fait avancer rapidement (la végétation du Camellia n'ayant lieu alors que dans cette partie de son individu). Si donc a une excessive élévation d'atmosphère on lait succéder tout à coup un abaissement considérable de calorique, la sève, saisie par ce brusque changement, s'arrête j les boutons, ne recevant plus une nourriture aussi abondante qu'auparavant, se dessèchent et tombent.

Un physiologiste ne remarquera pas sans intérêt avec combien de puissance la chaleur et le froid agissent instantanément sur lts boutons , lorsqu'ils sont parvenus à un certain degré de développement; la différence la plus légère dans la température du milieu qu'ils occupent les affecte considérablement.

On ne saurait donc trop insister sur la nécessité de tenir , en hiver, la température de la serre toujours à peu près au même degré d'élévation. Au printemps, cette régularité est moins nécessaire, parce qu'il n'y a plus à craindre de transitions aussi brusques, et que la chaleur solaire augmente cha-

que jour davantage; mais, en hiver, les variations atmosphériques étant fréquentes et instantanées , et la vie des plantes n'étant confiée qu'à des moyens artificiels, on conçoit facilement que la plus grande surveillance devient nécessaire si I on veut diriger selon les circonstances la température qu'elles demandent.

Pour agir d'après ces sages principes, il est donc important d'avoir un ou deux thermomètres dans la serre, placés l'un sur le mur de derrière et l'autre sur le devant, et de les observer attentivement plusieurs fois tous les jours. Lorsque le thermomètre est a U° centigrades seulement au dessus de zéro, fermez les portes et les panneaux de la serre. Si, malgré cette précaution, le thermomètre ne marque pas une chaleur convenable, allumez doucement le fourneau , mais n'élevez pas trop haut ni trop subitement la température intérieure ; h ou 5° centigrades de chaleur constante valent mieux que 10 passagers et interrompus. N'ouvrez plus vos portes que lorsque l'air extérieur est au degré convenable, ou lorsque le soleil frappe les vitraux supérieurs de la serre, et que la chaleur interne s'y trouve à 10 ou 12° centigrades d'élévation. Souvenez-vous que la plante est comme une horloge qui a besoin d'être remontée tous les jours par degrés, et non par saccades.

Nous avons vu une fois tomber, en quarante-huit heures de temps, les boutons d'une centaine de beaux Camellia renfermés dans une serre, et cela pour avoir fait succéder brusquement à 14° centigrades de chaleur, auxquels ces plantes étaient » habituées depuis quelques jours, une température de fi° centi-

grades au dessus de zéro. Nous concevons fort bien qu'un changement si extraordinaire de température puisse désorganiser la marche ascendante de la sève et causer de si funestes conséquences.

Enfin, pour empêcher les boutons de tomber , il y a encore un moyen très simple, dont nous devons la connaissance à feu Cels, et que nous avons employé souvent avec succès. Ce moyen consiste a placer le Camellia chargé de boutons sur

une couche tempérée de 1 m. ZiOcent. de largeur sur 960 mi!, de profondeur, a le couvrir d'un châssis vitré , à entourer le coffre, à l'extérieur seulement, de réchauds, de fumier neuf de cheval, ou de feuilles sèches bien entassées. On se gardera bien de mettre du fumier dans l'intérieur de la couche, carl'évaporation produite par ce corps renfermé nuil à la floraison. On traite alors les Camcllia placés dans la couche de la même manière que ceux de la serre, c'est-à-dire qu'il faut leur donner de l'air toutes les fois que l'atmosphère extérieure le permet, les couvrir de paillassons la nuit ; s'il gèle, on double les couvertures, et on les laisse couverts jusqu'au dégel complet : on leur rend alors de l'air par degrés, et on les arrose avec modération. A ce sujet, nous pouvons citer un fait assez curieux.

Nous avons vu, dans l'hiver rigoureux de 1829 à 1830, M. Cels père renfermer sous châssis et couvrir de paillassons et de litière de très beaux Camellia blancs et panachés chargés de boulons, les y laisser ainsi privés d'air et de lumière pendant tout l'hiver; et cependant, à l'ouverture de ses coffres, d'où l'humidité s'échappait par nuages et semblait noyer les plantes, leurs boutons se trouvèrent presque tous intacts, bien frais, bien nourris, quelques-uns même déjà épanouis, et tous, au bout de quelques jours, étaient admirablement développés.

C'est ici le lieu de faire mention de quelques variétés de Camellia dont les boutons s'épanouissent difficilement, à cause de la multiplicité des pétales qu'ils renferment : ce sont les Camellia Dorsetti, Gigantea, Rex Georgius et quelquefois les Woodsii, Chandlerii et Florida, surtout si c'est en hiver.

Les boutons de ces plantes ne s'entrouvrent souvent qu'à moitié, et quelquefois même encore moins; ils restent dans cet état pendant quelques jours et finissent enfin par tomber.

Si l'on ouvre ces boutons après leur chute , on trouve une certaine quantité d'eau réunie dans leur calice> et les pétales du centre dans un état de décomposition. Nous croyons devoir

attribuer à cette humidité stagnante la destruction de la force végétative du court pétiole qui soutient le bouton , et dont la pourriture détermine la chute.

Celte observation nous a conduit h essayer une méthode particulière pour obtenir une floraison régulière de ces Camellia. Cet essai nous ayant réussi deux ans de suite, nous allons le faire connaître dans l'intérêt des amateurs. Nous plaçâmes, pendant l'hiver, plusieurs de ces variétés, et notamment les Woodsii et Dor&etti, dans un lieu aéré , bien éclairé, sec et assez froid ; nous réduisîmes le nombre des boutons, afin de laisser plus de sève et de vigueur à ceux qui restèrent; nous eûmes soin d'entretenir les plantes dans une atmosphère assez basse, afin de retarder la croissance et le développement des boutons jusqu'à la belle saison, époque où la chaleur nouvelle est à la fois plus égale et plus active. À la fin de l'hiver, ces Camellia furent transportés dans la terre et placés dans l'endroit le plus favorable ; on les arrosa souvent , mais en leur donnant peu d'eau à la fois. Au printemps, toutes ces plantes développèrent leurs boutons avec aisance, et nous offrirent une floraison magnifique (1).

§ 1 7 . — De la conservation du Camellia dans les appartements.

Le Camellia est une plante si agréable et si élégante, que tout le monde le recherche pour décorer les salons ; mais son séjour dans ces lieux pour lui malsains et trop chauds détériore les principes vitaux de son organisation et le fait bientôt périr.

Nous avons pensé que, pour jouir long-temps de sa fleur sans endommager la plante, on pourrait isoler le Camellia du feu et des exhalaisons méphitiques du corps humain, par le moyen de glaces non étamées. Placez, par exemple, quelques

(1) Nous invitons les amateurs à répéter cette expérience, et nous les prions de nous faire part du résultat.

tablettes contre une des parois du salon, chargez ces tablettes de plusieurs variétés de Camellia en fleur, et entourez de glaces transparentes ce gradin ainsi garni. Ces plantes ne souffriront point dans un lieu pareil, et la variété de leurs fleurs vues à travers ces glaces ne fera que croître en éclat, en grâces, et multipliera ainsi les jouissances des spectateurs. On aura soin de leur donner de l'air tous les matins, avant d'allumer le feu du salon, et, lorsque la floraison aura cessé , il faudra les remettre de suite dans une bonne serre, ou mieux encore sous châssis.

Le Camellia en fleur renfermé entre les fenêtres d'un salon construites a doubles vitraux et à l'exposition du midi réussit encore mieux j ses fleurs et sa verdure sembleront plus brillantes, et sa santé surtout ne souffrira nullement de sa sortie de la serre.

§ 18. — De la culture du Camellia en pleine terre.

Le» Camellia livré à la pleine terre , soit dans un conservatoire, soit dans une bâche ou serre quelconque , pousse vigoureusement, prend en peu d'années une grande extension , fleurit abondamment et avec facilité ; mais si l'on néglige de donner de l'écoulement aux eaux des arrosements, si on le prive entièrement du contact de l'air libre, surtout en été, la terre dans laquelle il se trouve planté se décompose aisément ; les racines alors sont atteintes les premières par la putréfaction , et l'arbuste se dépouille et périt.

Pour prévenir ce triste résultat de la négligence, il est donc essentiel, avant de mettre en pleine terre le Camellia, de préparer le terrain de manière a ce que l'eau ne reste pas stationnaire autour de ses racines, ce qu'il est facile d'obtenir en garnissant le fond du local où on veut le planter de quelques centimètres de sable , sous lequel sera placé un lit de gravats ; il sera bon encore de laisser sur le sable tout le gros des racines qu'on aura retiré de la terre de bruyère en la bat-

— GOtant. Ainsi mis à demeure , on aura grand soin de donner au Camellia de l'air libre en été , de le faire jouir surtout de l'atmosphère humide et de la rosée des nuits de cette saison en retirant les châssis , s'il est couvert j enfin il sera utile de renouveler la terre qui entoure ses racines, tous les trois ou quatre ans seulement.

Le Camellia livré à la pleine terre, sans abri, sous le climat de Paris, ne résiste pas au dessous de 6 a 7° centigrades de froid; en conséquence, ce serait une expérience inutile à tenter que de l'y exposer à un froid plus vif. Si les hivers sont doux, il s'y conserve a la vérité, il végète même bien pendant l'été, et offre un aspect riant en automne; mais les variations fréquentes de l'atmosphère à cette époque amènent la chute de ses boutons. Il n'en est pas ainsi dans d'autres pays plus rigoureux, où l'atmosphère est plus constante et moins variable, comme nous le ferons voir plus bas.

Dans les pays chauds, placé a l'abri du soleil, à l'exposition du nord et dans les terrains qui lui conviennent, le Camellia devient un arbre magnifique, offrant, au moment de sa floraison, un aspect enchanteur. On peut jouir de ce coup d'œil à Caser ta, près de Naples; il existe dans ce superbe domaine royal un Camellia planté en 1760. Ce Camellia a environ 10 mètres de hauteur, et occupe, par ses branches latérales, un espace de plus de 6 mètres de circonférence. A des milliers de fleurs dont il se couvre au printemps succède une fructification abondante, qui offre le moyen de le multiplier à l'infini. Nous avons visité bien des fois cet arbre admirable, et, pour en perpétuer le souvenir, nous l'avons dessiné et peint sur les lieux mêmes, avec toute l'exactitude que nos faibles moyens nous permettent. Nous avons fait hommage du dessin original à notre maître et honorable collègue M. de Candolle père.

§ 19. — Quel degré de froid peut supporter le Camellia livré extérieurement à la pleine terre? Peut-on l'acclimater?

Nous pouvons affirmer que le Camellia résiste aux plus grands froids du climat de la France. Plusieurs expériences faites à ce sujet dans différents endroits, tels qu'Angers, Nantes, et les alentours d'Avranches, Rennes , nous confirment dans cette opinion. A Angers, par exemple, MM. Cachet et Roy, l'un et l'autre praticiens habiles, doués de la plus grande probité et vrais dans tout ce qu'ils affirment, nous ont assuré que ces arbrisseaux ont supporté chez eux , en 1838, 18° centigrades de froid constant sans souffrir, qu'ils ont fleuri au printemps comme à l'ordinaire, et végété ensuite comme s'ils avaient été en serre.

Ce sont les Camellia Warrata, Carnea, Pœoniœflora, Florida, Rubraplena, Variegata, Rivini, Lucida, Lindbria , Chandlerii, Oxoniensis, Donklari, Elphinstonia,Pomponia, Althœœflora, Gloria mundi, Crassifolia, Pink, Ornata.

Le Reticulata a péri, le Blanc double n'a pas fleuri , ses boutons ont gelé; mais la plante n'a pas souffert.

Notre savant collègue M. Oscar Leclerc, dans son excellent Mémoire sur les effets des gelées dans différentes parties de la France, a observé que le Camellia simple a paru le plus délicat et a cédé le premier à l'intensité du froid.

Cependant, nous dira-t-on, tous les Camellia qui ont résisté a 18° centigrades de gelée sont greffés sur des Camellia simples.

D'où vient donc cette apparente anomalie? C'est une question physiologique que nous n'osons pas résoudre; mais nous rapporterons les paroles de notre savant collègue , qui donne a ce sujet comme une explication probable ce qui suit :

L'action du froid est d'autant plus sensible sur les végétaux qu'ils sont plus en sève.

La greffe exerce une action directe sur celte ascension, si

la sève est moins active dans les Camellia doubles que dans les simples; il est donc possible que l'individu mixte soit moins impressionnable aux gelées que les individus simples.

Si l'on nous objecte qu'à Paris et dans ses environs les Camellia ont péri à 9 ou 10° centigrades de froid, nous répondrons que cette perte est due à l'inconstance du climat local, qui est excessivement variable, et où I on passe rapidement et à plusieurs reprises, dans la même saison, de l'état le plus tempéré au froid le plus intense. Ainsi nous avons vu, le U janvier 1838, le thermomètre à 8° centigrades au dessus de zéro, et, deux jours après, le froid était à 13° centigrades.

Vers le 3 février, il y a eu un dégel complet qui a duré jusqu'au 12; le thermomètre , pendant ce temps, était élevé à 13° centigrades au dessus de zéro. Le 12, le froid a repris avec une intensité inattendue. Les plantes ont regelé et ont été frappées de la manière la plus vive .

Ces variations, qui ont eu lieu plusieurs fois dans le même hiver, ont produit la perte des arbres les plus rustiques, et ont réalisé le dicton ancien :JLes crises répétées tuent la constitution la plus robuste.

Dans les pays, au contraire, où le froid est constamment le même, où les variations sont moins fréquentes, moins rapides et moins sensibles, comme à Angers, Nantes, etc., le Camellia reste en repos et supporte l'extrême congélation, comme les plantes les plus rustiques. Ce n'est donc pas le froid le plus intense de ce pays qui fait périr le Camellia, mais les variations atmosphériques locales.

Les amateurs qui sont sous l'empire de cette influence atmosphérique doivent prendre des précautions , et d'abord !• placer les Camellia en pleine terre à l'exposition du nord. La rusticité des arbres, en général, est due le plus souvent , tantôt a l'époque tardive de leur entrée en sève au printemps , tantôt à la rapidité avec laquelle ils achèvent les phases de leur végétation automnale. Tant que la sève n'est point appelée dans les tissus, nous voyons les arbres les plus délicats de nos

jardins supporter des froids assez violents, tandis que, dans les circonstances contraires, des végétaux beaucoup moins sensibles ordinairement périssent. Le repos plus ou moins complet de la sève au cœur de l'hiver est donc un moyen de sauver le Camellia en pleine terre.

2° Placer le Camellia en pleine terre dans un lieu élevé plutôt que bas. D'après les observations faites jusqu'ici, les lieux bas sont incomparablement plus exposés aux désastres causés par les gelées que les lieux élevés : ainsi les mûriers et les câpriers de la plaine de Cujes, les oliviers de Draguignan, les vignes de Grenoble et de Genève, les vallons de l'Aire, de la Seine, de l'Ârve et du Rhône , sont cités comme ayant éprouvé les plus grands dommages. M. Alphonse de Candolle, observateur aussi judicieux que son père , rapporte qu'il a vu périr môme des sorbiers assez vieux dans les ravinsj que des hautins, rangés dans le sens de la pente des collines plus ou moins inclinées, ont été régulièrement gelés sur toute la ligne dans le bas, tandis que le mal diminuait vers le haut} qu'à la base des campagnes de Composières, dont le sol est incliné du pied du Salève jusqu'à Carouge, une foule de végétaux très rustiques ont péri, bien qu'ils n'aient pas souffert sur les hauteurs de Landecy.

3° Les abriter dfu soleil dans toutes les saisons, et surtout durant l'hiver. L'action solaire exerce en toutes saisons sur l'ascension de la lymphe une puissance bien active, et quelquefois meurtrière. En été, les branches qui reçoivent le plus de chaleur et de lumière sont les premières à éprouver le mouvement de la sève : en hiver, ce sont aussi celles qui redoutent davantage le froid.

4° Les entourer d'une atmosphère aussi égale que possible, c'est-à-dire les défendre des vents trop froids du nord pendant l'hiver, et de ceux de l'ouest et du sud-ouest dans toutes les saisons. Long-temps en contact avec l'Océan, chargés d'une humidité saline et grossis dans leur course sans obstacles , les vents d'ouest et du sud-ouest arrivent sur nos côtes, impé-

lueux et délétères 5 ils étendent leur influence, comme un fatal niveau, sur toutes les parties vertes des végétaux qui ne sont pas protégés par des abris et qui se trouvent en contact avec eux.

5° Enfin il faut éviter toute transition rapide du chaud au froid , afin d'empêcher les tristes effets répétés du gel et du dégel. Les horticulteurs qui sont naturellement favorisés par un climat constant, même le plus rigoureux, peuvent se livrer sans crainte , au moyen de quelques légères précautions , à la culture du Camclliaen pleine terre j ceux qui se trouvent dans des circonstances différentes , en employant les moyens que nous venons d'indiquer, y réussiront de même : nous leur en assurons le succès.

On nous demandera peut-être si nous prétendons, par ces moyens , parvenir h acclimater le Camellia. Nous répondrons h cette question avec beaucoup de réserve. Sans nous immiscer dans des théories évasives à ce sujet et sans nous prononcer pour ou contre l'acclimatation des arbres en général, nous pensons , et c'est la notre système , que plus nous suivrons de près la marche de la nature , plus nous seconderons les efforts delà fructification du Camellia en Europe, plus nous parviendrons a habituer ses descendants à se soumettre progressivement aux intempéries d'un climat plus rigoureux que le sien - y cela veut dire que nous naturaliserons son espèce par les variétés dont il devient la souche. M. Oscar Leclerc nous fournit plusieurs preuves à l'appui de cette assertion. A Toulon , par exemple, les orangers de pépins résistent mieux aux hivers rigoureux que ceux qu'on est dans l'usage de greffer sur bigaradier. Le petit oranger de Chine, qui vient habituellement de ses graines , s'est montré le moins impressionnable de tous. Dans les parties de Saône-ct-Loirc où presque toutes les vignes ont gelé, les ceps nés spontanément dans les haies ou les bois ont à peine souffert.

Nul doute donc que les Camellia qui , soit par des moyens artificiels, soit naturellement, végètent eu pleine terre,

comme a Naples, à Angers, à Rennes et ailleurs, et qui y fructifient, ne deviennent la souche d'une famille généralement plus apte a braver les intempéries des saisons européennes que ceux qui nous viennent directement du Japon. C'est là notre opinion.

§ 20. — De la taille du Camellia.

Il est peu de plantes exotiques qui supportent la taille aussi bien que le Camellia. En pratiquant cette opération avec intelligence et aux époques convenables, le Camellia prend la forme qu'on veut lui donner, et fleurit en plus grande abondance. Ces époques sont au printemps , aussitôt après la floraison, avant la première pousse, ou à l'automne. Si Ton pratique la taille au printemps, il faut, aussitôt après cette opération délicate , rempoter l'arbuste avec soin , le passer dans une autre serre dont la température soit plus élevée, pour le déterminer à pousser de nouvelles branches aptes à se bien aoûter avant les froids. Si on le soumet à la taille à l'automne, on sera obligé, il est vrai, de sacrifier les boutons existants, on perdra même un an pour la jouissance de ses fleurs : car, à cette époque, la végétation du Camellia se dispose au repos ; mais aussi la pousse du printemps qui suivra la taille n'en sera que plus vigoureuse, et les branches nouvelles dont il se trouve paré commenceront à porter des boutons la seconde année.

De plus , les Camellia taillés en automne peuvent, après la taille, rester en plein air jusqu'au moment de la rentrée ordinaire des plantés dans la serre ; ceux qui sont taillés au printemps doivent être mis sous bâche vitrée aussitôt après l'opération , comme nous l'avons dit plus haut ; sans cette précaution , ils végètent lentement , ne donnent que de petites pousses languissantes, et restent plusieurs années sans fleurir.

§21. — Sur la fructification du Camellia. Manière de le

féconder artificiellement.

Les premiers Camellia qui ont fructifié en Europe sont ceux à fleur simple , ensuite ceux à fleur semi-double, puis ceux à fleur double , et quelquefois ceux môme à fleurs pleines.

Il est vrai que ces derniers ne fructifient que très rarement, et seulement dans certaines conditions , a la fin, par exemple , de leur floraison ; et cela parce que, les dernières fleurs étant ordinairement moins pleines que les premières , et les parties sexuelles n'ayant pas subi leur entière transformation en pétales à cause de l'épuisement de la plante, dans ce cas ces fleurs nouent leur fruit. Nous avons recueilli, cette année (1838), des fruits murs sur les Camellia Pomponiaplena, Imperialis, Pœoniœflora, Imbricata, Chandlerii ; mais nous avons remarqué, pour la troisième fois, que les fruits de ces plantes sont moins volumineux, moins nourris et moins sûrs que ceux que nous donnent les plantes a fleur semi - double on simple.

Notre honorable ami M. Wilder, de Boston (Amérique), nous mande qu'il a obtenu des graines des Camellia Myrtifolia, Colvilii, Elégant Chandlerii, Imbricata, Incarnat a y qui ont promptement levé, qu'ils prospèrent, et que quelques uns annoncent même une prochaine floraison.

M. Sacco, de Milan, est peut-être l'horticulteur qui a obtenu les plus grands résultats à ce sujet.

Nous avons vu chez lui, en 1836 , douze mille Camellia do semences, la plupart obtenues sur les fleurs simples et les semi-doubles, quelques unes sur les doubles, et très peu sur les pleines.

Les Pinck, Variegata i Varrata, Corallina, Althœœflora, Pomponia, Pœoniœflora , Imperialis , Coccinea, après les simples, sont ceux qui lui ont rapporté le plus de fruits; en-

suite les Pomponia semi-plena, Papaveracea, Punetata sitnplex, Alba simplex, Aitonia, Lanckmani, Varrata striata, Dianthiflora , Grandiflora, Gallica alba, Welbanksiana, Lindleya, Paradoxa, Princeps, Argentea, Blanda, Cardinales Fulgens, Rubricaulis, Staminea, Spathulata, Sanguinea, Oleifera, Sassanqua, sont les variétés qui fructifient chez M. Sacco tous les ans, et en telle abondance , que nous avons vu les branches de ces plantes courbées sous le poids de leurs fruits.

Indépendamment des variétés de semis qui nous viennent d'Italie, les Anglais et même les Allemands, qui tirent les graines du Japon, et aussi de l'Amérique, introduisent tous les ans dans le commerce de nouveaux Camellia. Nous reviendrons sur cette matière dans un article spécial.

Dans le climat de la France, le Camellia ne fructifie qu'en petite quantité, et d'abord parce que cette plante n'est pas généralement cultivée , surtout dans les pays favorisés par une haute température, ensuite parce que nous tenons ses racines renfermées constamment dans des caisses , où la végétation est plus ou moins gênée ; mais, si nous ne sommes pas parvenus comme les Italiens a pouvoir compter sur la quantité, nous en sommes indemnisés par la qualité, qui en est supérieure. La raison est toute simple : nos collections étant très nombreuses, composées d'individus dont quelques uns très anciens, en conséquence d'un taille gigantesque et robustes, d'autres d'une force médiocre, mais choisis en qualité, les fruits que nous obtenons étant fécondés soit naturellement, soit artificiellement, le résultat doit être plus heureux que là où les collections sont bornées, et fécondées par des plantes ordinaires. Nous répéterons cette réflexion à l'article 26. Nous dirons, en attendant , que Paris, Nantes, Angers , Rennes , Lille et Bollwiller, nous ont fourni des variétés superbes, et, si nos jardiniers voulaient se donner la peine de soigner sérieusement cette branche de l'horticulture , leurs efforts seraient sans doute couronnés du plus grand succès.

Voici quelques instructions à cet égard :

1° Les plantes destinées à la fructification , c'est-à-dire celles qu'on veut féconder artificiellement, doivent être mises à part dans la serre, à l'exposition la plus claire, espacées les unes des autres , jamais remuées et médiocrement arrosées , surtout dans les mois rigoureux j il faut se garder de les arroser sur les feuilles au moment de la floraison.

2° L'application du pollen étranger doit être faite plusieurs fois, à des jours différents, et toujours le matin ou le soir, entre deux et trois heures.

3° Cette opération doit être faite avant la maturité des étamines légitimes j le pollen étranger laisse des traces plus assurées de son concours.

U° La sortie de la serre de ces plantes doit avoir lieu le plus tard possible , vers la fin de juin; mieux vaudrait même les garder toujours dans la serre , si on pouvait leur donner tous les soins qu'elles exigent.

Si elles sont en pleine terre à l'extérieur, il faut, dès qu'elles sont en fleur, les abriter des vents, des pluies, de toutes les intempéries de l'atmosphère. En général , pour avoir une bonne fructification , soit a l'intérieur, soit à l'extérieur, il faut se donner beaucoup de peine et traiter ces plantes comme on soigne les vers à soie, c'est-à-dire en ne les perdant jamais de vne , et en réglant leur atmosphère minutieusement et selon les circonstances. Quant à la partie qui regarde la fécondation artificielle , on parvient à la diriger selon le caprice, et les résultats n'en sont que plus heureux. Il est constant que les fleurs les plus belles nous viennent des fruits obtenus par des individus h fleurs simples ou semi-doubles. La réussite ne dépend que de l'adresse et de la sagacité de l'opérateur.

Qu'on féconde artificiellement un CameïïiaPomponiasemiplena avec un Camellia Dorbyana , on aura certainement un bon résultat; mais qu'on féconde un Camellia simple par un simple , le résultat en sera ou médiocre ou douteux.

Mais comment doit-on opérer celte fécondation artificielle ?

Voici deux moyens dont l'emploi est très facile et à la portée de tout le monde.

Le premier consiste a secouer le pollen d'une fleur sur une autre fleur j mais ce moyen d'agir n'assure pas toujours une bonne réussite, à cause de la présence du pollen légitime, dont la plus légère quantité annule l'action du pollen étranger.

Afin donc d'empêcher le pollen légitime de féconder le stigmate de sa propre fleur, il faut retrancher avec une minutieuse adresse toutes les étamines , aussitôt que les fleurs s 'entre 'ouvriront. Lorsqu'on voit le pollen des organes du Camellia avec lequel on veut opérer prêt à sortir des anthères , c'est alors le moment de le secouer à plusieurs reprises , et plusieurs jours de suite , sur le pistil du Camellia castré. Il est nécessaire que la castration soit faite de grand matin, parce qu'en enlevant les étamines qu'on veut rendre inutiles on peut les remuer impunément , l'humidité de la nuit rendant le pollen moins prompt à remplir l'office que la nature lui a dévolu.

Mais comme ce procédé ne tendrait qu'à augmenter les monstruosités, ou , si l'on veut, à ne donner que des variétés plus bizarres , et qu'il n'assurerait point la fructification, il faut opérer la suppression des boutons à bois qui accompagnent la fleur j par ce moyen , la sève détournée reflue dans la fleur, et tend à nourrir et à perfectionner le fruit.

§ 22. — Delà multiplication du CameUia. .

On multiplie le CameUia de trois manières : par semis , par boutures ou marcottes, et par greffes.

Par semis. — On sème sur une couche tempérée et sous châssis , dans une terrine remplie de terre de bruyère passée au crible fin , les graines arrivées naturellement à leur point de maturité j ce que l'on reconnaît aisément quand elles se détachent spontanément de leur péricarpe j on couvre les terrines d'une légère couche de mousse pour y entretenir con-

stamment une douce humidité. Ces graines restent souvent deux ans sans lever, et quelquefois elles lèvent dès la première année. Lorsque les plantules ont atteint 50 millim environ de hauteur, on les enlève de la terrine avec un peu de motte ; on les place dans de petits pote séparés , et on les repose sur la môme couche , en les abritant de l'air et du soleil , jusqu'à ce qu'elles soient en état de supporter le plein air; on les traite ensuite comme les autres Camellia. Au bout de 5 ou 6 ans , presque tous les individus sont en état de fleurir ; quelques uns cependant restent jusqu'à leur douzième année sans porter fleurs ; nous en avons nous-méme fait l'expérience : des graines de Camellia que nous avions recueillies sur l'arbre de Caserta , et semées en 1819, n'ont fleuri qu'en 1831 ; et deux individus provenant de ce semis fleurirent en 1836 pour la première fois; ceux ci avaient, par conséquent, plus de 15 ans d'existence.

Le moyen de déterminer les Camellia de semence à fleurir plus promptement est de les greffer aussitôt qu'ils ont des branches aoûtces , c'est-à-dire à peu près à leur seconde ou troisième année. On aura soin de pratiquer cette opération sur des individus assez forts ; le succès en sera plus rapide et plus certain.

Par boutures.» — On emploie ce moyen pour se procurer des sujets francs de pied , mais le plus souvent pour avoir des sujets destinés à la greffe; dans ce cas, c'est le Camellia rot^e simple, ou le Pinck, que l'on destine à cet usage. Voici la manière la plus simple de faire des boutures :

On choisit au printemps , sur des Camellia simples ou semidoubles, des rameaux du bois de l'année précédente; on les coupe à la longueur de 10 à 16 centimètres; on les plante tous ensemble à peu de distance les uns des autres , dans des terrines remplies de terre de bruyère bien tamisée. On place ces terrines, recouvertes d'une cloche , dans la tannée d'une bâche ou serre chaude toujours ombragée. De temps en temps il feut avoir soin do relever les cloches, d'en essuyer la

buée à l'intérieur, de bassiner quelquefois les boutures avec un petit arrosoir fait exprès. Ces boutures ainsi préparées s'enracinent au bout de six semaines a peu près : on les transplante alors , quand les racines sont nettement développées , chacune dans un très petit pot , où elle restera jusqu'à ce qu'il soit opportun de la greffer. On peut aussi multiplier le Camellia de boutures dans des serres froides, sans le secours de la tannée et de la chaleur artificielle ; mais ce moyen est trop long et souvent incertain.

On multiplie encore le Camellia par le moyen des marcottes et du couchagej mais la plupart des horticulteurs ont renoncé généralement à cette double manière d'opérer, parce que les sujets ainsi traités demandent trop de temps pour s'enraciner, occupent un espace trop grand dans les serres ou les bâches , parce qu'enfin cette voie exige le sacrifice des plus belles branches, et que le rapport n'est pas en proportion du temps et de la dépense qu'elle occasionne. La greffe est donc le moyen de multiplication qui a prévalu partout.

§ 23. — Des différentes manières de greffer les Camellia.

Greffe. — Le Camellia qu'on veut multiplier se greffe ordinairement sur le Camellia à fleur rouge simple, ou sur toute autre variété simple ou double que l'on voudra sacrifier. Nous avons maintenant plusieurs manières de pratiquer la greffe j nous ne parlerons que des plus usitées, et surtout de celle que les Belges emploient le plus communément pour propager les variétés nouvelles et d'un grand prix.

Greffe en approche, — La greffe la plus usitée, la plus facile à pratiquer, comme la plus naturelle et la plus ancienne, est certainement la greffe dite en approche. Cette greffe, qui peut avoir lieu dans toutes les saisons , se fait plus généralement en mars, en pratiquant le long de la tige une entaille de 25 à 40 millim. de long, en faisant la section entière de l'aubier, jusqu'au jeune bois, sur le sauvageon qu'on fait servir

de sujet, et le plus bas possible de la tige. On agit de même sur la branche du Camellia qu'on veut multiplier. On joint bien soigneusement l'une contre l'autre ces deux parties ainsi entaillées , et en ayant soin que ces deux écorces coïncident exactement j on les lie ensemble avec de l'écorce de tilleul qu'on a d'abord tenue humide. Au bout de quelques mois, ces greffes se sont parfaitement identifiées ensemble ; mais on ne les sèvre que peu à peu , avec une incision faite , par degrés , tous les huit ou dix jours , jusqu'à la séparation entière et dans Tordre mensuel suivant : les Camellia greffés en mars sont bons à sevrer h h fin d'août, ceux de mai en octobre, en s'y prenant toujours un mois d'avance pour pratiquer l'incision graduelle que nous venons d'indiquer.

Greffe en fente, — C'est la greffe ordinaire, que tout le monde connaît , mais qui ne se pratique sur les Camellia que depuis les résultats immenses qu'en a obtenus notre excellent ami M. Soulange Bodin dans son grand établissement de Fromont près Ris. Ce savant horticulteur emploie cette greffe de préférence, parce que dans toutes les saisons il peut, par des moyens artificiels uniquement destinés à cet effet, ranimer la sève des plantes et les faire végéter. Chez M. Soulange, cette greffe remplace celle des Belges , dont nous parlerons plus bas j elle offre les mêmes avantages, c'est-à-dire économie de temps et de matière , et peut-être plus de sûreté dans les résultats. Par l'emploi de ce moyen ingénieux, un petit rameau de l'espèce qu'on veut multiplier, muni d'un seul œil et implanté sur un sujet congénère, donne au bout de six semaines un arbrisseau complet.

La greffe étouffée se fait également sur de jeunes sujets de deux ou trois ans , comme sur des vieux et forts individus très âgés j la manière seulement de s'y prendre est tout à fait différente, mais les résultats en sont les mêmes. Dans les deux cas, les sujets doivent être vigoureux et bien portants autant que possible, car la bonne santé de ceux-ci contribue pour beaucoup à rendre facile la reprise des greffes.

La greffe étouffée se fait de deux manières , en fente et en placage. La première consiste à amputer le sujet à 4 millimètres au dessus d'une feuille munie d'un bon œil; à fendre le sujet longitudinalement en face de cette feuille, aux deux tiers de son épaisseur, à y insérer la greffe, qui doit être taillée en lame de couteau, en finissant en pointe très aiguë, afin qu'elle remplisse bien la fente du sujet j à ligaturer ensuite, et a couvrir avec de la poix la partie amputée, afin que l'humidité ne puisse pas entrer dans la plaie. On se gardera bien de couvrir de poix les côtés de la fente j cela pourrait empêcher la soudure des écorces.

Quand l'opération est finie , il faut plonger les pots dans la tannée d'une couche , tiède si c'est au printemps et chaude si c'est l'hiver, c'est-à-dire entre 25 à 30° centigrades , et les couvrir d'une cloche ou globe en verre. Les cloches doivent être essuyées tous les deux jours, et, lorsqu'on s'aperçoit que les plantes greffées sont humides , il faut alors leur donner de l'air pendant trois ou quatre heures selon la saison. Ce terme suffit ordinairement pour les sécher ; mais il est très essentiel de renouveler l'air chaque fois qu'il y aura humidité sur les greffes : car, si on les laissait quelque temps dans cet étal, elles pourriraient promptement.

M. Soulange appelle cette greffe étouffée, parce que les plantes, aussitôt greffées, passent dans la tannée d'une bâche très basse et sous cloche, où elles ont l'air d'être étouffées.

Ceux qui disent que cette manière d'opérer endommage les racines du sujet, pendant qu'on les soumet à la chaleur humide et étouffée de la bâche, se trompent complètement. Nous possédons depuis plusieurs années beaucoup de Camellia ainsi greffés, et nous ne nous sommes jamais aperçu d'aucune maladie qui pût provenir de cette cause. Nous citerons même un fait caractéristique à l'appui de cette assertion. En janvier 1830 , ayant fait une excursion à Fromont, nous choisîmes et nous transportâmes avec nous , par un froid très intense , contre l'avis du maître et du jardinier de cet établissement,

une douzaine de petits Camellia rares, greffés selon le procé* dé ci-dessus et nouvellement sortis de la serre. Malgré toutes nos précautions, nous trouvâmes la terre des pots entièrement gelée à notre arrivée à Paris. Espérant encore les sauver , malgré ce funeste accident, dont notre obstination était la cause unique, nous eûmes soin de les entretenir tout l'hiver dans une température douce et uniforme , et nous vtmes avec plaisir, au printemps , tous nos jeunes Camellia végéter vigoureusement. Certes, si ce procédé de notre ami de traiter par la chaleur humide de la bâche les jeunes individus greffés était pernicieux et en altérait les racines , à plus forte raison la gelée que les nôtres essuyèrent , jointe a cette cause, eût dû les faire périr sans ressource.

La seconde greffe est la greffe des Belges, qu'on peut aussi appeler étouffée : elle consiste à enlever, sur le coté du sujet et le plus bas possible, une partie de son écorce avec une très faible portion de son bois , de la même manière et dans le même sens que dans la greffe par approche ; à tailler la greffe en biseau, de manière à remplacer exactement]) par sa base la partie enlevée sur le sujet 5 à poser cette greffe contre la plaie, et a ligaturer le tout solidement sans employer aucun enduit.

L'opération terminée, on couebe horizontalement le pot et la plante greffée sur une tannée froide et sèche, ou sur un lit de mousse également sèche , sur laquelle les branches doivent être seulement couchées, et le pot plongé toujours horizontalement jusqu'à sa moitié j on recouvre ensuite, aussi soigneusement que possible, la partie greffée avec une cloche en verre dont on entoure les parois de mousse ou de tannée sèche pour empêcher l'air d'y pénétrer, ou bien on enfonce verticalement dans une couche tiède et sous une cloche ordinaire les petits Camellia greffés j on les visite souvent et on leur donne les soins indiqués plus haut. Au bout de quinze jours, trois semaines, un mois, selon la saison, la greffe est parfaitement soudée ; c'est alors le moment de la sortir de la pour la

placer debout dans un coffre bien clos, pendant quelques jours, où on lui donnera de l'air graduellement , en évitant les transitions rapides , qui sont toujours pernicieuses aux jeunes multiplications.

Cette greffe, exécutée depuis le printemps jusqu 'à l'automne, est aussi avantageuse et expéditive que la première 5 elle lui est même en quelque sorte supérieure, en ce sens qu'elle peut être employée sur les grandes et anciennes plantes , sans causer aucun embarras.

Il est entendu que le rameau ou la greffe dont on se sert doit avoir (comme nous l'avons dit plus haut) à peu près deux centimètres de long, un bon œil et une feuille.

Greffe par approche en bouture. — Autrefois, en mariant la greffe au sujet, on la plantait, en manière de bouture, au pied du sujet même, et on obtenait un résultat à peu près semblable à celui que donne la greffe des Belges ; mais ce mode d'opérer, exigeant un rameau d'une certaine longueur, ne permet pas de tirer le même profit de la plante mère. Au reste, ce procédé et celui des Belges sont expéditifs et économiques (1).

§ 24. — Sur les variations auxquelles sont sujettes les fleurs de Camellia f et sur le choix des plantes greffées et nouvel" lement sevrées.

1° Une longue expérience , mille fois répétée, nous a fait remarquer que les fleurs du Camellia varient souvent , tantôt par des causes naturelles, tantôt par des causes accidentelles, toujours selon les circonstances , la saison , la culture. Si l'on place, par exemple, le Camellia dans une température toujours élevée, et qu'on le force de fleurir plus tôt que de coutume,

(1) Malgré l'assertion contraire d'un certain écrivain amateur, qui , par parenthèse, n'a jamais cultivé un seul Camellia de sa vie, nous répétons l'avis'que le Thé ( Bohea ou\ viriclis ) , peut servir utilement de sujet pour la greffe du Camellia. Qu'on aille a Versailles, chez M. Margat père , on en verra la preuve.

sa fleur sera incomplète, plus petite qae nature, d'une forme imparfaite et presque avortée. Si, par des causes accidentelles, le Camellia fleurit, même naturellement , contre saison, ou trop tôt , par exemple en octobre , ou trop tard , comme en mai , les mêmes conséquences d'altération s'y manifesteront.

Les belles fleurs complètes , remarquables par la régularité de leurforme, leur dimension, leur couleur et leur abondance , ne paraissent que dans la saison naturelle de la floraison du Camellia , qui est février et mars , et ce sont toujours les arbrisseaux bien soignés, parvenus a un degré de force, de prospérité, et a un certain âge, qui produisent constamment les plus beaux résultats.

2° Les petites plantes d'un ou deux ans de greffe rapportent quelquefois des fleurs tellemement différentes de celles de leurs mères, que l'on croirait, au premier abord, que l'on a été trompé par le marchand.

3° 11 arrive souvent qu'un Camellia dont la fleur est double, bien faite et d'une grande dimension, porte sur la même tige des fleurs inégales , les unes doubles , larges , les autres semidoubles , de moyenne force , quelques unes même simples et petites.

Les mêmes variations ont lieu sous le rapport des couleurs. On rencontre souvent sur le même arbrisseau des fleurs, les unes rouge cerise foncé , les autres rose clair ; les unes rose strié de rouge, les autres rouge uni. Les hybrides;du Pomponia, tous les Punctata, par exemple, sont sujets à ces variations. Ces bizarreries sont indépendantes de la volonté de l'horticulteur j c'est la nature seule qui en est responsable: aussi nous l'accusons hautement pour prévenir les reproches qu'on pourrait faire aux jardiniers marchands, qui ne sont nullement coupables des caprices de la mère universelle.

4° Les fleurs obtenues pour la première fois sur des 'plantes de semis sont rarement belles et complètes $ il faut attendre deux ou trois floraisons avant de juger si une plante a ou n'a pas de mérite.

C'est ici le Ben d'apprendre aux amateurs à choisir une plante de greffe. Lorsqu'on entre dans la serre d'un jardinier, on est séduit par la quantité de boutons dont est couverte une greffe sevrée de l'année : c'est presque toujours sur cet individu que nous portons notre choix , sans faire attention aux qualités principalesqu'il doit avoir pour réussir, une fois que nous le possédons.

Avant d'acheter une de ces plantes nouvellement sevrées , nous engageons l'amateur a foire attention à la santé de l'individu greffé , et surtout à la force du sujet. Celui-ci doit être toujours plus fort, plus vigoureux et plus gros que la greffe qui lui est implantée. Lorsqu'il [n'y a pas proportion en plus en faveur du sujet, il se forme un bourrelet autour de la greffe même j la plante languit, reste en arrière, pousse avec difficulté, et rarement elle devient d'une belle apparence. Il arrive quelquefois qu'au bout de trois ou quatre ans l'équilibre se rétablit, surtout si le sujet est en bon état, et alors la floraison recommence j mais si la disproportion entre la greffe et le sujet, an lieu de disparaître , augmente, alors la plante décroît tous les ans davantage , et la mort s'ensuit.

Ainsi, lorsque vous voulez choisir une plante nouvellement greffée, faites attention si le sujet est bien portant, s'il est plus fort que la greffe; si celle-ci est vigoureuse , ne regardez pas si elle a des boutons; quand même elle en aurait, la floraison ne sera qu'incomplète : mieux vaut qu'elle ait des yeux à feuilles que des boutons a fleurs.

§ 25. — Pourquoi certaines variétés deCamellia, telles que les Variegata, Elpbinslonia, Chandlerii, Rex Batavia? ef autres, donnent-elles des fleurs bicolores, panachées , en hiver, et pourquoi sont-elles unicolores, rouge uni, au printemps ?

Cette question, soulevée plusieurs fois à la Société d'horticulture de Paris, n'a jamais été complètement résolue. Fondé

sur quelque expérience à ce sujet, nous voulons foire connaître ici nos observations.

Nous pensons, comme tant d'autres, que la panachure n'est autre chose qu'un accident provenant ou de maladie, ou de faiblesse, ou de quelque autre altération dans l'ordre naturel de sa sève. Cet état d'altération se déclare avec plus ou moins d'intensité, selon les circonstances : ce sont la température, la puissance des engrais, la terre, les localités, l'air, l'eau, et tant d'autres causes inconnues, qui affectent la plante, et la portent à subir des modifications qui ne sont pas naturelles. Si ces accidents sont l'effet d'une cause prépondérante et en permanence, les résultats sont graves, et quelquefois même funestes ; si les circonstances sont légères et de peu de durée , les effets de la panachure sont de même passagers et n'offrent aucun danger. Nous voyons tous les jours des arbrisseaux se panacher dans leurs feuilles à cause de l'épuisement de la terre dans laquelle ils se trouvent, et revenir à leur état primitif aussitôt qu'on leur donne une terre substantielle.

L'influence de ces circonstances explique, ce me semble, l'objection de certains horticulteurs, qui soutiennent que la panachure des fleurs du Camellia Variegata et autres n'est pas un effet de souffrance. Voici leur langage :

« Nous avons dans nos serres plusieurs Camellia Variegata dans l'état le plus prospère, doués de la végétation la plus vigoureuse, d'un vert noir, chargés de boutons, qui se développent tous les ans complètement, Si ces plantes étaient malades , disent-ils , elles montreraient quelque part des symptômes de souffrance ; leur végétation serait moins active , leurs boutons tomberaient , leur floraison serait incertaine ou incomplète ) au lieu de cela, elles ne fleurissent que mieux, en hiver panachées , et rouges au printemps. Il y a donc une autre cause que la maladie, qui produit ce changement de couleurs. »

A ce langage nous répondrons par les mêmes arguments que nous venons d'exposer plus haut 5 les voici :

Il est incontestable 1° que la précocité artificielle dans la floraison des plantes produit une altération dans Tordre naturel de la végétation ; en conséquence , la précocité artificielle doit nuire plus ou moins à la santé des végétaux.

2° Toute plante qui ne fleurit pas dans sa saison ordinaire , et qui le fait dans une autre, soit avancée, soit retardée, est déterminée par une cause extérieure plus ou moins agissante, plus ou moins connue , plus ou moins salutaire. Or la saison de la floraison naturelle du Cameilia, en Europe, c'est la fin de l'hiver, le commencement du printemps; l'expérience prouve ce fait. Si Ton tient le Cameliia dans une bâche, sans feu, soumis constamment à la température de zéro, la plante ne se portera que mieux, et ne fleurira qu'en mars.

Si la floraison arrive plus tdt, c'est parce que la plante a été sous l'influence d'une chaleur artificielle, ou qu'elle a éprouvé les bienfaits d'une nourriture trop soignée, ou par quelque autre motif inconnu , qui n'a altéré en rien, il est vrai , sa végétation arborescente , mais qui , ayant déterminé sa sève a agir, avec plus de violence et malgré elle, sur son système organique, a développé la fleur plus tôt que la nature ne l'a demandé , et avant que celle-ci ait eu le temps de perfectionner ses couleurs. L'expérience peut prouver ce fait facilement.

Ouvrez un bouton de Cameilia variegata parvenu aux deux tiers de sa maturité, les pétales qu'il contient sont alors verdit très; quelques jours plus tard, ils sont jaunâtres ; puis ils passent du jaunâtre au blanc, et du blanc au rouge. Si ce changement s'opère par degrés, avec le temps, peu à peu et selon l'ordre de la nature, alors il y a perfection dans la fleur et dans ses couleurs. Si ce temps est hâté par la chaleur ou par quelque autre cause produisant les mômes effets que la chaleur, il y a alors développement précoce et imparfait j il y a alors plus ou moins d'intensité dans les couleurs, plus ou moins de régularité dans la forme, selon la longueur du temps qui lui manque pour compléter sa maturité naturelle j et cela est si vrai, que, plus les fleurs dont nous parlons sont

précoces , pins elles sont panachées de blanc j plus elles avancent vers le printemps, plus elles sont d'un rouge uni. Pour se convaincre de ce fait, qu'on entre dans une serre en novembre, ou qu'on visite les marchés aux fleurs a cette époque, et on ne verra que des fleurs panachées j qu'on revienne en mars, et l'on trouvera que les fleurs de cette même variété sont entièrement rouges. L'expérience suivante vient à l'appui de notre opinion.

Nous plaçâmes en octobre 1833 un Camellia variegata chargé de boutons a l'extrémité d'une serre tempérée , celle-ci séparée par une cloison en planches d'une bâche très chaude. Nous fîmes passer un rameau de ce Camellia, portant quelques boutons, dans la bâche chaude , et nous dîmes d'avance que ces boutons , appelés par la chaleur artificielle à se développer vers la fin de novembre, donneraient des fleurs panachées à la vérité , mais que le blanc dominerait le rouge. Le fait répondit entièrement à notre attente. Nous retirâmes , après la floraison, la branche de la serre chaude, nous laissâmes le Camellia tout entier dans la serre tempérée , et il arriva que les fleurs qui se développèrent à la fin de février furent toutes unicolores rouges.

On nous objectera peut-être que la chaleur, agissant sur toutes les parties de la plante, devrait laisser quelque trace de son action sur ces mêmes parties y mais ils n'en est pas ainsi , disent les jardiniers. Un Camellia panaché , et soumis constamment à un léger degré de chaleur, garde toutes les apparences d'une bonne santé, donne des fleurs précoces, complètes , bien développées. Il est donc étonnant , ajoutent ces mêmes praticiens, que son imperfection ne se déclare que sur les couleurs.

Nous répondrons que la chaleur artificielle agit, il est vrai , sur tous les organes de la plante , mais d'une manière plus ou moins sensible, en raison de l'espace de temps qu'elle reste sous la puissance du calorique j mais qu'à la longue, et par une chaleur plus intense , elle se mettrait en végétation , et

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