SI
témoignerait par la de l'action du stimulant artificiel qui l'affecte; que, si la plante ne répond pas à ce stimulant aussitôt que la Heur, c'est parce que la sève , dans les Camellia , se porte pendant l'hiver en plus grande abondance vers les boutons, destinés par la nature à se développer plus tôt que la partie arborescente. C'est donc la fleur qui doit éprouver la première l'influence du calorique, et en se ressentant de l'appel artificiel qu'on lui fait contre son gré, elle doit manifester son imperfection dans toutes ses parties. Gela est si vrai, que, si l'on examine un Camellia en fleurs en novembre ou décembre, on le trouvera, quant a la partie arborescente , dans un état de repos le plus apparent ; et, quant à la floraison, on y découvrira un développement prématuré, précoce, incomplet - y de sorte que, si I on compare une fleur de novembre avec une fleur de mars, on remarquera une différence notable entre elles, sous le triple rapport de la couleur, de la forme ou du volume.
Nous concluons donc que la panacbure qui se rencontre en hiver dans certaines fleurs de Camellia, tels que les Variegata, Elsphinstonia, Chandlerii, Rex Bataviœ, Rubricaulis et autres, est due h l'altération accidentelle ou artificielle de la sève, laquelle altération ne produit pas une maladie proprement dite, mais une interversion de l'ordre de la floraison, dont les résultats sont défaut de maturité dans les boutons, imperfection de couleurs dans les pétales, irrégularité dans les formes, et diminution de volume dans la corolle.
§ 26. — Sur Us Camellia italiens, anglais et américains.
Camellia italiens.
On peut avoir des Camellia de semences dans tous les pays, parce que dans tous les pays on peut cultiver le Camellia; mais cette plante ne rapporte pas fruit partout également : en France, par exemple, elle en donne quelques uns, en Allemagne fort peu, en Belgique et en Angleterre de même. Il y a cependant quelques Camellia de semences dans ce dernier pays, parce que là il y a plus d'horticul-
leurs anciens que partout ailleurs, là la culture du Camellia date d'une époque plus reculée, là enfin on a des graines de cette plante provenant de la Chine, du Japon, et même de l'Amérique.
Mais le pays en Europe où l'on obtient le plus de semences de Camellia, c'est en Italie, surtout à Milan, à Florence et à Naples. Nous parlerons d'abord de ceux de Naples, parce que c'est à Naples qu'on possède le plus ancien et le plus fort Camellia simple qui existe en Europe. L'histoire de cet arbre gigantesque se trouve en peu de mots dans le cours de cet ouvrage. Cet arbre magnifique, livré à la pleine terre depuis sa plantation première, qui date de 1760 , se couvre de fleurs et de fruits annuellement depuis plus de 50 ans. Ses graines sont les premières graines indigènes qu'on ait semées en Europe, avec peu de succès il est vrai, parce que la mère, se trouvant seule dans ce lieu, n'a été fécondée que par ellemême ' y mais il est vrai de dire que c'est de ce Camellia que sont sorties les premières variétés à fleurs simples plus belles que celles de la mère, lesquelles, ayant été fécondées par d'autres étrangères ou indigènes, ont enrichi les collections de variétés nouvelles plus ou moins remarquables. C'est donc le Camellia de Naples qui, par ses graines portées à l'étranger ou restées dans le pays, a contribué le premier à améliorer les variétés anciennes que nous possédons.
Cependant ce n'est pas de Naples, de ce climat enchanteur, que nous viennent en plus grand nombre les Camellia de semis, et cela non pas à cause de l'ardeur du soleil , non pas à cause des changements atmosphériques locaux, non pas à cause des autres difficultés qu'on rencontre généralement dans tous les pays , mais parce qu'à Naples il y a peu d'amateurs et de jardiniers qui se livrent à la culture des plantes étrangères. La nature ayant tout fait pour eux, ils ne font rien pour aider la nature. Oh! si j'étais à Naples, je planterais, dans un certain endroit que je connais, une forêt de Camellia, et je suis sûr que j'y réussirais à merveille.
Mais, si Naples ne renferme pas beaucoup d'amateurs de Camellia, Florence, au contraire, en compte un nombre très étendu. Dans ce pays délicieux, on cultive avec succès les végétaux exotiques de tous les climats, et, depuis quelques années qu'on s'y est adonné a la culture du Camellia, il y a à Florence beaucoup d'amateurs distingués et beaucoup de jardiniers commerçants qui possèdent de beaux Camellia anciens et nouveaux, qui en cultivent spécialement de semences , et qui tous les ans enrichissent le commerce de variétés nouvelles.
Les noms de MM. Ridolpbi , Guicciardini et Ricardi, très connus dans les annales de l'agriculture universelle, méritent aussi d'être cités honorablement pour les services qu'ils rendent à l'horticulture. Dans les vastes jardins de ces amateurs on trouve des plantations considérables de Camellia qui ont six et sept mètres d'élévation, qui se couvrent tous les ans de fleurs et de fruits, et qui offrent par leur admirable végétation un coup d'œil enchanteur. Ce sont ces amateurs qui ont les premiers propagé le goût de la culture du Camellia a Florence, et les dames de la haute société, telles que mesdames Torregiani, Boutourlin et Nancini, en suivant l'exemple de ces grands maîtres, obtiennent tous les jours de merveilleux succès. A Florence, les cultivateurs de Camellia augmentent prodigieusement tous les ans , et c'est aux efforts de MM. Pucci, Arnoud, Sloanne, Schneider, Macdonal, Baroni, Santarelli, qu'on doit en grande partie cet heureux résultat ) et, puisque nous parlons des amateurs d'horticulture de Florence , il nous sera permis de nommer ici le savant docteur Pizzatti, qui y possède une des collections de Camellia les plus choisies et les plus riches qui existent en Italie. Amateur passionné, il en tire de tous les pays ; il n'épargne ni soins ni dépenses, ni sacrifices personnels, lorsqu'il s'agit d'acquérir quelque variété qui puisse être digne de sa belle collection. Aussi c'est un ravissant spectacle que la serre de M. Pizzatti au moment de la floraison du Camellia !
Mais de tous les pays de l'Italie c'est Milan qui abonde
le plus en horticulteurs qui cultivent le Camellia de semence. Celui qui le premier en donna l'élan fut le feu docteur Sacco. Cet habile amateur, en 1830, en possédait douze mille de graines, recueillies dans son jardin.
C'est de ses semis que sont sorties plusieurs variétés remarquables qui figurent maintenant dans le commerce. Plus tard MM. Mariani, Casoretli, Negri, Martin Burdin, Lechi, Calciati, les jardiniers de Lainatc, de Monza , des lies Borromées et autres, suivirent l'exemple de feu M. Sacco, et introduisirent ainsi successivement dans le commerce une foule de variétés plus ou moins estimées. Tous ces messieurs réunis possèdent aujourd'hui plus de 40 mille Camellia de semence.
Mais, comme le bien est souvent à côté du mal, nous devons dire que les jardiniers milanais, si favorisés par la nature, abusent quelquefois des dons qu'elle leur accorde j aussi sont-ils généralement accusés de jeter tous les jours dans le commerce, sous des noms emphatiques, ampoulés et vides de sens, une quantité de Camellia de nul mérite, des médiocrités pitoyables. Ces accusations sont bien fondées , justes, et universellement partagées ; mais nous aimons à croire que les jardiniers qui en sont l'objet n'ont pas en vue le but d'une ignoble et criminelle spéculation ; nous croyons plutôt qu'ils agissent ainsi entraînés par une cause naturelle, involontaire et innocente, que voici :
Les jardiniers milanais, qui visent a obtenir exclusivement des nouveautés par la voie du semis, ne possèdent pas, en général, ces belles variétés étrangères du Japon, de la Chine , anglaises et américaines, qui forment la base de nos collections j en conséquence , ils manquent de moyens de comparaison, et ce défaut les égare souvent dans l'appréciation de leurs produits : il s'ensuit que ce qu'ils appellent rare, nouveau, magnifique, n'est souvent que médiocre, ancien et commun. Les étrangers ont raison de crier contre cet abus, et, quoique nous le croyions involontaire, cependant nous
saisissons avec empressement cette occasion pour engager les jardiniers milanais à changer cette manière d'agir , qui leur fait le plus grand tort ; nous les prions d'être dorénavant plus circonspects, plus justes et plus sévères dans leurs gains. C'est ainsi qu'on bornera le nombre des variétés et qu'on aura des collections plus choisies.
N. B. Si nous reproduisons cet article dans cette troisième édition, c'est pour féliciter les jardiniers italiens du profit qu'ils ont su tirer de nos bons conseils. Non seulement ils ont depuis quelques années amélioré leur choix, mais encore les variétés qu'ils ont introduites dans le commerce sont la plupart dignes de figurer parmi celles du premier ordre. Ce sont : C. Ihïchesse d'Orléans, Saccovera, Cruciata, Orphée* Soulangiana nova, Archinto, Magnifica rosea, Grand Alexandre, Pirzio, Panceri, Rodomonte, Bradamante, Pénélope, Mazeppa, Belle Irène, Villageoise, Collelti, Parini, Plinio, A Iba novissima,Innocenza,Billottii,Nassiniana,Lombardii, Sultana, Fortuita, Pallade,Pluton, Ugoni, Negri, Radaelli, Napoléon, Maria Padilla, Montironi, Apollo, Diva Maria, Porta, Spiraliter imbricata, Colombo..,.
CamelUa anglais.
Nous ne pouvons parler de Camellia de semence sans nommer ceux qui nous viennent des Anglais. Les plus beaux Camellia européens qui embellissent nos serres nous viennent de l'Angleterre et de l'Ecosse. Les horticulteurs de ces pays, qui possèdent toutes les variétés connues, sont à même de comparer, juger et choisir. Sévères, consciencieux et intelligents, les Anglais et les Ecossais ne livrent au commerce que ce qui est véritablement nouveau, véritablement beau, véritablement digne de l'admiration universelle. Nous ne sommes que juste envers MM. Chandelcr, Knight, Low et Henderson, en disant qu'ils ont rendu de grands services h l'horticulture.
Camellia américains.
Il y a environ vingt ans que les Américains s'occupent de la culture du Camellia. Les endroits où cette culture se fait avec plus de succès sont New-York, Philadelphie et Boston j et ce sont les gens les plus élevés de la société qui s'en occupent avec une persévérance incroyable. Doués d'une probité rare, instruits, pleins d'honneur et de modération, ces messieurs introduisent tous les ans dans le commerce quelques variétés d'un mérite réel. MM- Floy, Harrisson, Smith, JBuist, Wilder, Pheitoood, Landreth, Dunlop, trouveront ici les remerciments que nous leur adressons au nom de l'horticulteur.
§ 27. — Contre l'usage de palisser les Camellia
dans les serres.
Plusieurs amateurs de notre connaissance nous ont demandé ce que nous pensions sur l'usage de palisser les Camellia contre le mur du fond de la serre. L'expérience nous ayant démontré que ce mode de culture est mauvais , nous allons en donner des preuves «pour éloigner de cette idée ceux qui seraient tentés de faire ce malheureux essai. Tout le monde sait que le Camellia est un arbrisseau bien fait, droit, garni de branches latérales régulières , orné d'un beau feuillage, large, luisant, un arbrisseau enfin qui, par son beau port majestueux et élégant, offre à l'œil de l'homme, de quelque côté qu'on le regarde, un aspect agréable. Une plante si bien formée , quelque grande que soit sa beauté , est à moitié perdue, ou du moins en grande partie sacrifiée, lorsqu'on la fixe et on l'aplatit contre un mur. Secondement, la tige et les branches se trouvent gênées par les obstacles què lui présente le mur, sa végétation n'est jamais complète : les boutons qui sortent entre le mur et les branches sont ou sa-
crifiés, ou mal développés, ou à moitié cachés, et la floraison, lorsqu'elle y réussit, ne se montre qu'en partie.
Mais, indépendamment de tous ces motifs, il en existe d'autres plus importants pour renoncer à adopter cet usage : c'est la santé de la plante, qui est en danger ; les insectes, la poussière, l'humidité constante et froide du mur, le manque de circulation d'air, la privation de lumière, sont des ennemis qui l'attaquent tous les jours. Une végétation rabougrie apparaît d'abord; ensuite l'avortement des boutons, plus tard la chute des feuilles, enfin la mort du végétal, en sont les funestes conséquences. On peut bien , quoique avec peine, le nettoyer des insectes j je dis avec peine , car les insectes et leurs œufs qui sont sur les branches, contre la muraille, échappent à la vue et a l'adresse du jardinier ; on peut aussi le débarrasser de la poussière, mais imparfaitement , a cause des obstacles que présente la position des rameaux ; mais ce qui est impossible à pratiquer, c'est de le sauver de l'humidité excessive qui , s'échappant de tous côtés de la serre , vient se fixer [a tout instant contre le mur, pour y rester en permanence.
Pour toutes ces raisons donc , fondées sur la fatale expérience de plusieurs jardiniers qui en ont été victimes , nous insistons pour que les amateurs s'abstiennent de palisser les Caraellia : beau dans tous ses détails, le Camellia doit être vu par toutes ses faces.
§28. — Sur l'abus des noms et sur la double nomenclature de quelques Camellia. Moyen de ne pas se tromper.
Nous avons hésité long-temps avant de nous décider h écrire cet article j mais , voyant que la mauvaise foi fait tous les jours des progrès, et connaissant les conséquences fâcheuses qu'elle produit, nous avons cru bien faire de signaler le mal et d'en indiquer le remède.
Beaucoup d'amateurs, peu initiés dans la culture du Camellia, et encore moins familiarisés avec le langage de certains
jardiniers, se laissent séduire par l'appât des noms emphatiques que portent un grand nombre de Camellia dans les catalogues. C'est sur la foi de ces catalogues que ces amateurs inexpérimentés, sans connaître les variétés qu'ils recherchent, ni les personnes auxquelles ils s'adressent, font aveuglément leur choix ; et , après avoir supporté des sacrifices considérables d'argent et de temps , c'est au moment de la floraison qu'ils s'aperçoivent que leurs plantes sont médiocres ou qu'elles ne sont pas celles qu'ils ont demandées, ou même qu'on leur a donné la même variété sous plusieurs noms différents. Cet abus , devenu malheureusement fort commun , s'il fait beaucoup de tort aux acheteurs , en fait encore davantage aux marchands , car il leur ôte le principal mérite de l'honnête homme, la confiance.
Pour remédier à un inconvénient si funeste , nous n'avons qu'un conseil à donner aux amateurs : c'est ou de s'adresser, pour leurs achats , à des jardiniers connus par leur probité et instruits dans leur profession, ou de renoncer à faire une acquisition quelconque de Camellia sans avoir vu préalablement la fleur de la variété qu'ils recherchent, ou enfin sans avoir consulté notre monographie.
Nous disons d'abord de s'adresser à des jardiniers connus par leur probité et instruits. La probité est la première base du commerce 5 mais , en fait de Camellia , elle est insuffisante si elle n'est pas accompagnée de l'instruction. Un jardinier probe doit savoir et connaître ce qu'il vous donne ; il doit, en conséquence, pour sauver sa probité, s'assurer par luimême de l'identité de ses plantes, les étudier, les observer, les comparer avant et après leur floraison j en un mot, il doit, avant de livrer sa marchandise , pouvoir assurer et garantir l'amateur de l avoir servi en toute conscience.
Nous disons aussi de refuser de faire une acquisition quelconque sans avoir vu préalablement la fleur.... Un amateur qui veut former une collection choisie doit avoir devant lui beaucoup de temps , s'armer de beaucoup de patience, agir de
sang-froid , voir par lui-mémo , examiner, chercher, rechercher, et pour cela il y a deux moyens : c'est ou d'aller de serre en serre, de jardinier en jardinier, d'établissement en établissement; ou de se procurer des livres qui donnent la figure des fleurs les plus renommées, et pour cela nous sommes intéressé à lui indiquer notre iconographie (1). La fidélité qu'il trouvera dans l'exécution de cet ouvrage lui apprendra d'un coup d'œil la manière de faire un choix parfait j de plus , les instructions et les préceptes qui y sont contenus sur la culture de l'arbrisseau en question lui fourniront les moyens de les conserver en bonne santé.
Nous disons enfin de ne pas faire une acquisition deCamellia sans avoir consulté notre monographie.
Dans l'édition que le lecteur a sous les yeux , il y a environ 750 variétés décrites, et pour apprendre aux amateurs la manière de faire un choix selon leur goût, et pour que ce choix soit basé sur des notions plus précises, nous avons non-seulement marqué par une épithète spéciale, h la fin de chaque description, le degré de mérite propre h chaque plante, mais nous avons aussi fait connaître avec soin la synonymie sous laquelle elle se trouve dans le commerce, la forme de sa fleur, son origine, sa véritable nomenclature j en nn mot, nous n'avons rien négligé pour éclairer les amateurs, et pour qu'ils puissent agir avec connaissance de cause.
(I) Iconographie du genre Camellia on collection des Camcllia les plus beaux et les plus rares , peints d'après nature clans les serres de M. l'abbé Bcrlèse, à Paris, par M. J.-.I. Young; avec la description exacte de chaque fleur, accompagnée d'observations pratiques sur la culture de cette plante, par Pabbé Berlèse. Prix : 2 fr. 75 c. par livraison. Chez M. Cousin , éditeur, rue Jacob, n° 21 , Paris. Ouvrage entièrement terminé, en 150 livraisons ou *00 fleurs.