M. DC. XII
» Dans la cour, comme si c'était un splendide sanctuaire des temps anciens, vous voyez les statues antiques de Diane, de Mars, d'Hercule, de Mercure, de Téthis et de plusieurs nymphes encore; puis les bustes en bronze de Jules, d'Hadrien et de quelques autres Césars, à peu près de grandeur naturelle. Enfin, si vous avez à cœur la peinture, en tant qu'imitatrice des œuvres de l'éternel auteur de la nature, il vous sera donné de contempler en longues files tout ce qu'ont produit de capital les artistes les plus habiles du dernier siècle et de celui-ci, les Albert Durer, les Michel- Ange, les Martin Devos, les Raphaël d'Urbin, et autres génies dignes des Zeuxis et des Appelle {*).
» Nous ne saurions passer sous silence cette noble collection d'antiques manuscrits qui resplendissent dans ce palais, à côté d'autres innombrables volumes dont les hommes les plus doctes ont fait les écrins et les fontaines de toutes les sciences (*) . »
Thomas-François d'Oiselay mourut en 1 629, ne laissant qu'un fils qui s'éteignit lui-même sans postérité en 1637. Conformément aux dispositions testamentaires du chancelier, la succession des Granvelle fut dévolue à Jacques-Nicolas de la Baume, comte de Saint- Amour, petit-fils , par sa mère Hélène , du plus jeune des frères du cardinal.
Les comtes de Saint-Amour, qui brillaient par les talents miHtaires, étaient loin de posséder au même degré les aptitudes httéraires et artistiques. Gentilshommes de vieille souche, ils
(1) Voir aux pièces justiûcatives (n«>IV) J'invenlaire des œuvres d'art qui existaient dans le palais Granvelle au début du xvu* sièclç, (•) J.-J. Chiffletu Vesonlio, pars 1". pp. 35-36,
n'avaient souci que de briller dans les Cours. A cette indifférence pour les choses de F intelligence, se joignirent les visées ambitieuses de r un d'entre eux, Charles-François, qui, durant une période de dix années (1 664-1 674) caressa tour à tour les cabinets d'Espagne et de France pour obtenir la succession de son oncle, le marquis d'Yenne, au gouvernement de la province. Ces sollicitations lui coûtèrent des sommes folles, et, ses ressources patrimoniales n'y suffisant pas, il se mit à vendre ou à distribuer en cadeaux « mille belles choses de la maison Granvelle, qui estoient, dit un contemporain (*) , les effets de la faveur du père du cardinal (•). » Ce qu'il estimait le moins, les papiers et les livres, fut abandonné à la merci de ses serviteurs. On vit alors
(I) Jules Chifflbt, Mémoires swr les deux conquêtes de la Franche^omté .par Louis XIV et sur la période \%\iermèdiùire (1668-1674) , liv. IV, ch. 6, ms. de la bibliothèque de Besançon. ~ Cf. D. L^vesque, Mémoires, t. \, p. 199.
(*j Le musée du Louvre doit posséder un certain nombre des objets d'art ainsi dispersés. On n'y rattache cependant à cette provenance que deux seuls morceaux : un torse de Jupiter, qui passe à tort pour un présent fait par les citoyens de Besançon à Louis XIV, tandis qu'il a été offert, en 1683, à ce monarque par le comte de Saint-A.mour ; puis un magnifique médaillon en bronze représentant le buste de Charles-Quint, vu de profil et de grandeur naturelle, richement encadré, sous Tépaule duquel on lit l'inscription suivante :