‹ Monographie du safranChapitre 13 sur 14 · SAFRAN · texte numérisé non relu

SAFRAN

CARTHAWE.

souci.

Parfaitement clair, d’un rouge foncé, odeur et saveur franches de safran.

Assez clair, couleur jaune brunâtre, odeur et saveur faiblement herbacées.

Très-clair, couleur jaune paille, presque inodore, saveur faiblement amère.

Traité par lo nitrate d'argont. . . , T

Pas do changement sensible.

Précipité floconneux brun verdâtre, liqueur surnageante claire, jaune vi-

Précipité gris noir, volumineux, liqueur surnageante claire, jauno vineux pâle.

Par le chlorure de fer.

Coloration brun rouge foncé.

Coloration moins

brunâtre.

Précipité noir floconneux peu abondant, liqueur surnageante brun noirâtre.

6° Sable. — Sil’on mêle au safran, soit du sable, soit de la grenaille de plomb, il sera facile de le reconnaître en agitant une poignée de safran prise dans le milieu du sac au-dessus d’un tamis de crin, ou bien en jetant une partie de safran dans l’eau : le plomb, le sable, et les matières analogues tombent au fond du liquide.

T Fibres musculaires. — Un examen attentif permettra de distinguer les fibres musculaires colorées et desséchées, des stigmates du crocus. Ces fibres, chauffées, se contournent, ce que ne font jamais les stigmates du safran.

Telles sont les substances qui sont les plus fréquemment employées à falsifier le safran et tels sont les moyens qui permettent à coupsûr de les reconnaître. J’aborde maintenante deuxième groupe, moins nombreux mais indispensable à connaître.

Falsifications rares du safran. — Dans ce deuxième groupe, je rappelle des sophistications qui ont été signalées et qui pourraient se présenter de nouveau :

Le safran a été falsifié et peut l'être encore avec:

Fleurons teints de souci.

Fleurs de grenadier.

Fleurs de chardon des teinturiers.

Étamines du crocus vernus.

Carbonate de chaux et miel.

Fleurs de fuminella.

1° Fleurs de souci ,— En 1845, un pharmacien de Bergues (Nord), Vondenbroucke, a signalé la présence dans le commerce d’un safran contenant de 10 à 12 pour 100 de fleurs de souci teints au moyen de la matière colorante du bois de Fernambouc. Ces fleurs plongées dans l’ammoniaque ont coloré cette solution en rouge groseille vineux, réaction caractéristique du bois de Fernambouc, tandis que le safran colore cet alcali en jaune

2° Fleurs de grenadier. — Cette falsification doit être bien rare, on ne la trouve que signalée dans les auteurs.

3° Fleurs de chardon des teinturiers. — Cette sophistication est presque aussi rare que celle qui précède. Ces fleurs ont une odeur faible et communiquent, par la macération, une teinte très-foncée à l’eau et à l’alcool.

k° Etamines du crocus vernus. — Au commencement de ce petit travail, j’ai signalé l’existence d’une espèce de crocus vernus. Guibourt rapporte une falsification du safran faite avec les étamines de ce crocus.

Le professeur Decaisne, qui a examiné cet échantillon, a reconnu que les étamines qu’il contenait, n’appartenaient pas au crocus salivus et par conséquent y avaient été introduites avec intention. Et en effet les étamiues du crocus sativus supportent des anthères terminées en pointe de flèche, tandis que celles que contenait l’échantillon en question étaient terminées par des anthères arrondies.

Pour les séparer du safran , Decaisne projeta une petite quantité de ce safran dans l’eau : les stigmates allèrent au fond,

les élamines vinrent surnager en môme temps qu’elles se décolorèrent, laissant ainsi voir qu’elles avaient été colorées artificiellement.

Si Decaisne n’avait pas poussé plus loin ses investigations, il n’aurait reconnu qu’une partie de la fraude, car les stigmates du crocus qui étaient tombés au fond de l’eau renfermaient des languettes de souci. Ceci prouve qu’un même échantillon peut avoir subi plusieursfalsifications différentes.

5° Carbonate de chaux et miel. — On trouve aujourd’hui (1869) dans le commerce, un safran falsifié assez habilement. A première vue ce safran est de belle venue, si bien que s’il n’est de la part du praticien qui le reçoit, l’objet d’un examen attentif il peut être parfaitement accepté.

Ce safran est d’une densité considérable. La fraude consiste en carbonate de chaux ou craie coloré à l’aide d’un agent que M. Blachez suppose végétal. Cette coloration, qui est d’un jaune plus terne que celui du safran, contribue beaucoup à éveiller l’attention de l’observateur. Cette poudre calcaire formée en pâle, trèsprobablement avec du miel, ce qui donne beaucoup de poids, est fixée le long des stigmates, tantôt isolée, tantôt sur un groupe de cinq ou six filaments qu’elle enveloppe presque complètement. Ce dernier cas est la fraude la plus complexe, car non seulement la craie et la matière qui la fixe sont en plus grande quantité, mais encore les stigmates ont, pour la plupart subi l’infusion et conséquemment l’épuisement.

Si le safran est placé dans un lieu sec et manié fréquemment, cette pâte se désagrégé en partie, alors la poudre colorée qui en résulte se répand dans la masse et dans l’enveloppe.

Sur trois échantillons de safran provenant de maisons différentes, M. Blachez a obtenu pour 2 grammes, 0,25 à 0,35 centigrammes de carbonate de chaux. Si maintenant l’on tient compte de l’excès d’humidité, on arrive à reconnaître qu’il y a au moins 4/5 de matière étrangère.

Pour isoler le carbonate de chaux, il suffit de mettre dans un verre à expérience du safran en contact avec quantité suffisante d’eau pour qu’il baigne. La poudre tombe au fond, on la recueille,

puis on la traite par l’acide acétique ou l’acide chorhydrique : l’acide carbonique se dégage avec effervescence.

6° Fleurs de fuminclla. — Jusqu’ici nous n’avons trouvé dans le safran falsifié que des matières indigènes, mais il ne faudrait pas croire que les personnes avides de gros bénéfices reculeraient devant l’emploi de substances exotiques dont ils ne connaîtraient la nature et les propriétés que très-imparfaitement. Voici un exemple à l’appui de mon dire :

M. Léon Soubeiran a eu à examiner un échantillon de safran falsifié avec des fleurs d’une plante qui porterait au Brésil, d’après Truelles le nom d e Fuminclla. Ces fleurs ont les caractères suivant, qui permettent de les distinguer des stigmates du crocus sativus :

Sans avoir pu en indiquer le nom botanique, M. L. Soubeiran a reconnu qu’il avait affaire à une synanthérée. Pour la séparer du safran auquel elle ressemble beaucoup par sa couleur, il a pris une poignée du safran suspect et l’a agitée au dessus d’une feuille de papier : les fleurs de Fuminella, plus courtes et plus lourdes que les stigmates du crocus sont tombées les premières. Elles sont d’une largeur égale dans toute leur longueur et contournées sur elles-mêmes par suite de la dessiccation.

Examinées au microscope, elles sont sous la forme de languettes plus longues que larges, terminées à une de leurs extrémités par trois dents sensiblement égales, et elles forment à l’autre extrémité une sorte de cornet ou de tube très-court. Quatre nervures partent de ce tube pour parcourir presque parallèlement la longueur de cette lame et viennent se réunir aux trois dents supérieures.

Quant aux organes sexuels, il a été impossible à M. Soubeiran d’en trouver même la trace.

Le petit tube qui constitue la fleur semble formé de cellules allongées, d’une matière amorphe tenue en dissolution dans le liquide qui avait servi à ramollir la Heur sous le microscope.

Je ne puis terminer l’histoire des falsifications du safran sans mentionner celle qui suit:

On trouve dans le tomeX du Journal de pharmacie (1869), d’importants détails sur une nouvelle falsification du safran. Cette

note ne fait point connaître la nature de la substance étrangère qui salit le crocus salivus, cependant je crois pouvoir affirmer que c’est une substance minérale; laquelle ? je ne puis le dire. Rien ne s’opposerait à ce que ce soit du carbonate de chaux , ce sel ayant déjà rendu de signalés services à Messieurs les fraudeurs. Au reste, voici la note :

La solution aqueuse de la matière colorante d’un échantillon de safran, était trouble, et ne pouvait en aucune façon s’éclaircir. Le safran avait, d’ailleurs une belle couleur et un très-bel aspect. La couleur était d’ailleurs rehaussée par l’addition traditionnelle d’une petite quantité d’huile facile à reconnaître au premier coup d’œil. Sous tous les autres rapports, et sans examen plus approfondi, ce safran pouvait passer pour loyal et marchand. Voici les expériences qui ont été faites sur ce safran, et sur un safran qui pouvait être considéré comme pur.

Un gramme de ce dernier safran a été brûlé avec le plus grand soin dans un creuset de platine, et le poids des cendres s’élevait à 8 centigrammes environ. Un gramme du safran qu’on croyait fraudé, a été incinéré également dans un creuset de platine, et a laissé 25 centigrammes de résidu, c’est à dire le quart du poids du safran employé.

Si donc, pour faire preuve d’une certaine tolérance, on admet qu’un gramme de safran non adultéré peut donner 10 centigrammes de cendres, celui dont il s’agit en donnait 15 p. 100 de plus qu’il ne fallait. Lorsqu’il s’agit d’une substance aussi chère que le safran, on voit qu’une semblable addition ne manque pas d’importance. Il est donc bon, comme on le voit, d’examiner le safran au point de vue du résidu qu’il laisse parla calcination. C'est une opération facile à exécuter et que les pharmaciens ne doivent pas négliger de faire.

Après ce que l’on vient de voir, il est inutile d’ajouter que le pharmacien doit lui-même préparer sa poudre de safran, s’il ne veut s’exposer à acheter un mélange d’une petite quantité de safran avec une plus grande quantité de substances étrangères, telles que jaunes d’œufs cuits, carthame, étamines pulvérisées, etc. Un pareil mélange jeté dans l’eau, ne se'coraportera pas avec ce liquide comme la pondre de safran et sera par suite reconnu.

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