‹ Monographie du safranChapitre 2 sur 14 · CULTURE DU SAFRAN · texte numérisé non relu

CULTURE DU SAFRAN

Tans les terrains ne conviennent pas au développement du safran ; c’est ainsi qu’il réussit mal dans les terres humides, argileuses ou trop fortes. On doit toujours avoir soin de choisir des terres légères, un peu sablonneuses et noirâtres. Elles ont une grande analogie avec celles affectées dans le midi à la culture de la garance.

Berlhier, dans ses Analyses de terre végétale, 1854, donne la composition suivante d’une bonne terre à safran, des environs de Puiseaux :

Sable qnarlzeux. .....

Silice..

Alumine.

Oxyde de fer.

Carbonate de chaux. . . .

Eau et matières organiques

Le sol, après avoir été convenablement fumé, est préparé par trois labours donnés dans l’espace d’une année avec la houe ou la bêche, savoir : le premier à la tin de décembre, le second en avril, et le troisième un peu avant de planter, c’est-à-dire vers la fin do mars. Ces opérations délicates ont pour but de préparer la terre et de la rendre friable, et en quelque sorte tamisée, comme les plates-bandes d’un jardin.

Les bulbes sont mis en terre avec ou sans leurs enveloppes, à une profondeur et à des distances qui varient selon le sol, le climat et les usages du pays, habituellement à huit ou dix centimètres les uns des autres, et à quinze ou vingt centimètres de profondeur. On emploie environ 48 ou 50 kilogrammes de bulbes par hectare, de manière à obtenir environ 49,500 pieds sur cette surface.

Les bulbes ne tardent pas à produire des racines, mais les fleurs ne paraissent qu’en automne.

Cependant le cultivateur n’est pas au bout de ses peines; sa récolte ne sera abondante qu’autant qu’il aura donné tous ses soins à la plantation qu’il a faite. Il doit, de six semaines en six

argile 0,279.

semaines, biner et sarcler la safranière pour la purger des mauvaises herbes. Ce dernier point est capital; négligé il peut être la cause de la ruine complète de la safranière, comme nousle verrons plus lard. Le dernier sarclage se fait peu de temps avant l’apparition des fleurs.

A cette période de la végétation du crocus une pluie douce est salutaire; elle hâte la floraison, et la récolte est d’autant plus abondante et facile que le temps devient sec et chaud lorsque la planie est en pleine floraison, ce qui, comme on le sait, a lieu au mois d’octobre.

Durant tout ce temps le cultivateur redouble de zèle ; il laboure superficiellement le sol, ratisse à 5 ou 6 centimètres seulement de profondeur, en évitant autant que possible de couper les fleurs naissantes. Puis commence la récolte, travail long et minutieux qui se pratique lorsque les fleurs sont encore peu ouvertes: celles-ci se succèdent pendant trois semaines à un mois, d’autant plus rapidement que l’air est sec et chaud. Au reste, je reviendrai sur la façon dont se fait la récolte.

Ce qu’il y a de remarquable, c’est que l’été, les champs où l’on cultive le safran ressemblent à une jachère, et sur la lin de l’automne et au commencement de l’hiver, ils offrent le spectacle de la plus intéressante verdure, parce que les feuilles se prolongent et deviennent plus longues après que la fleur est passée.

Les feuilles, vers la fin de mai, sont presque sèches ; elles sont alors arrachées et servent à nourrir les vaches. A cette époque, les cultivateurs commencent à labourer leurs safranières en vue de la récolte prochaine.

Ils y reviennent à trois reprises différentes, remuent un peu la terre a 8 ou 10 centimètres de profondeur seulement, une première? fois vers le 15 juin, une seconde fois à la fin d’août; quant à la troisième fois, ce n’est qu’un simple ratissage. Arrive le mois d’octobre, et avec lui apparaissent les nouvelles fleurs.

Cette cuKure se renouvelle ainsi pendant trois années consécutives; ce n’est qu’à la quatrième qu’on relève les bulbes et que la safranière est changée de place. Le champ qui a produit du safran pendant trois ans retourne à l’agriculture ordinaire, et ce n’est

qu’aprés douze à quinze ans qu’il est de nouveau employé à produire du safran.

Après avoir passé en revue le mode de culture du safran, voyons de quelles précautions doit être entourée la récolte du produit que l’on n’obtient qu’avec tant de peines.

Page 1