MALADIES DU SAFRAN
Quelle que soit la vigilance du cultivateur, quelque grande que soit son expérience, il ne voit point toujours le produit de son travail répondre à son espérance. C’est que le safran de même que la vigne, de même que la pomme de terre, a ses maladies,
aussi terribles que celles de ces derniers végétaux. Ces maladies sont au nombre de trois, différentes les unes des autres et désignées par les noms de fausset, tacon ei mors. Je vais dire un mot de chacune d’elles, en indiquer la nature et le moyen de les combattre, et- ici je placerai une observation récente faite par M. Monthus.
Fausset. — Le fausset est une exostose, une excroissance en forme de nayetqui, si l’on n’y prend garde, ne tarde pas à faire périr l’oignon. On ne sait à quoi attribuer cette maladie, on ne peut donc la prévenir, et lorsqu’elle s’est déclarée, il faut extirper l’excroissance.
Tacon — Le tacon, mot ce! tique qui signifie tout rapide, est uu ulcère qui ronge en peu de temps l’intérieur de la racine. On ne sait rien sur l’origine de cette maladie ; pour la combattre, on n’a d’autre moyen que d’enlever l’endroit ulcéré, et l’on arrive quelquefois, par cette pratique, à arrêter les progrès du mal.
Mors — Le mors ou la mort est au safran ce que la peste est aux animaux. Cette maladie est occasionnée par le développement de petites racines de plantes parasites qui ne s’élèvent jamais hors de terre. Ces racines vont s’implanter dans l’oignon, et déterminent la destruction de plusieurs plans de celui-ci en se communiquant de l’un à l’autre.
Cette plante parasite avait été appelée sclérote par Persoon, et avait reçu le nom botanique d etuber parasiticum; mais Decandolle l’a retirée du genre sclerolium, lui a donné le nom de rhizoctonia crocorum, et en a fait le type d’un nouveau genre : je veux parler du genre rliizostomc.
Ce petit champignon est la plus terrible des maladies du safran ; il n’est pas rare de le voir se généraliser dans une safranière qui se trouve alors détruite en peu de temps.
On attribue ce fléau à l’insuffisance du sarclage. On comprend maintenant toute l’importance de cette opération, importance que j’ai fait ressortir lorsque je traitais de la culture du safran. Quand le fléau s’est manifesté, on n’a d’autre moyen pour s’op-
poser au progrès de la contagion que de creuser des fosses circulaires autour de l’endroit infecté et de rejeter au loin toute la terre enlevée, car une petite partie de celle-ci suffirait à propager la contagion.
On arrive généralement par ces opérations à limiter le foyer d’infection; mais il ne faut pas oublier qu’une safranière qui a été ainsi ravagée par le rhizostome le serait de nouveau si l’on était assez imprudent pour y tenter une nouvelle plantation de bulbes avant une quinzaine d’années, espace de temps qui n’est pas toujours suffisant.
M. Monlhus, qui se livre à la récolte du safran depuis plusieurs années, croît être parvenu par le mode de culture qu’il a adopté à éviter du même coup les trois maladies que je viens de signaler. Voici le procédé’ de M. Monthus :
Nous avons vu que les bulbes étaient plantés vers la fin de mai; M. Monlhus ne les plante qu’au mois d’août, à une profondeur de huit à dix centimètres et dans un terrain sec et calcaire. Il récolte les stigmates en octobre de la façon que nous connaissons, puis fume les terrains et ne renouvelle la plantation de bulbes que tous les trois ans.
Par ce procédé, M. Monthus n’a point la prétention d’obtenir un produit ni meilleur ni plus abondant mais plus constant, puisque les maladies du safran seraient évitées. L’expérience démontrera jusqu’à quel point la proposition de M. Monlhus est vraie. S’il en était ainsi, ce serait un grand pas de fait dans la culture de cet important végétal dont le rendement est si faible; pour s’en faire une idée, il suffit de consulter le tableau de Pereira qui a calculé que : un âcre (1/2 hectare environ) de safraniers produisait de 1,800 à 2,000 grammes de safran sec, et qu’il fallait 153,600 fleurs pour en fournir 1 kilog. Il perd les 4/5 de son poids par la dessiccation.
SAFRAISS DU COMMERCE.
Nous savons déjà que l’on trouve dans le commerce plusieurs espèces de safran, toutes produites par le crocus sativus, et ne différant entre elles que par la qualité ; ce sont : le safran du Gâtinais, le safran d'Espagne, le safran d'Angoulême, 1 esafran d'A vignon, le safran deCarpentras, le safran d'Égypte, le safran du Levant, le safran d'Orange. Ces variétés ont des caractères communs et des caractères particuliers qui permettent de les distinguer l’une de l’autre.
Caractères communs — Quelle que soit la variété du safran que l’on a à examiner, on doit toujours la trouver composée de filaments longs, plus ou moins larges et élastiques, d’une couleur rouge, donnant sur l’orangé foncé, sans mélange d’étamines qui se reconnaîiraient à leurs anthères et à leur couleur jaune. Il doit colorer la salive en jaune doré, avoir une saveur amère, une odeur forte vive et pénétrante, agréable et qui ne sente pas le fermenté.
Tous les brins, à l’exception de quelques étamines isolées de crocus qui peuvent s’y trouver, doivent être composés d’un style filiforme, partagée son extrémité en trois stigmates aplatis, creux, vides à l’intérieur, s’élargissant peu à peu en forme rie cornet jusqu’à l’extrémité qui est comme bilabiée et frangée ; chaque division de l’extrémité est plus large que le style.
Nous verrons plus loin quels sont les produits qu’il doit donner à l’analyse.